Profitez-en, après celui là c'est fini

End credit art

octobre 23rd, 2009 Posted in Clips, Images | 1 Comment »

Un clip de l’excellent Keith Schofield, pour le groupe Justice. Le concept est simple : à la fin d’un film très années 1980, le héros, qui vient de tuer le méchant et d’embrasser la belle, se promène dans la ville le cœur serein. C’est le moment des « end credits » : le générique de fin. La musique, très répétitive et très « end credits », justement, est un remix de Let love rule de Lenny Kravitz. Pour moi le clip aurait presque pu en rester là : un long générique de fin.

justice_Lennykravitz_let_love_rule

Mais Keith Schofield s’est amusé à donner une consistance aux titres qui défilent sur l’écran. Le héros prend conscience de leur présence et voit, par exemple, qu’il peut poser des objets dessus. Il joue un peu avec, mais le générique devient envahissant, lui cause des embarras divers et l’empêche de dormir.
Pour finir, il détruit le texte défilant avec une bate de base-ball.
Le principe du générique qui interagit avec le film n’est pas inédit, mais le résultat est réussi.

Nathalie Kosciusko-Morizet ouvre son blog

octobre 21st, 2009 Posted in Brève, Interactivité | 17 Comments »

Un maire et ministre qui lance un blog, ça n’est a priori pas très original, mais cette fois il s’agit de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui est un peu le ministre de tutelle de tous les internautes puisqu’elle est « Secrétaire d’État au Développement et à la Prospective de l’économie numérique ». Nkm est présente sur Facebook depuis longtemps, sur Twitter depuis quelques mois et elle lance donc à présent un blog. Le site n’a été officiellement ouvert que ce matin, par un message envoyé sur Twitter, mais il contient des articles qui remontent à décembre 2008, comme un billet dans lequel elle raconte ce que sont les « queules », les arbres tressés par les gaulois que l’on trouve dans la forêt de son enfance et dont la poésie et le mystère l’ont inspirée.

queule_nkm

Je dois dire que j’adore (très sincèrement) Nathalie Kosciusko-Morizet. J’aime son côté étheré, son genre « Mélusine » — son physique de fée mélancolique —, sa façon de faire semblant de ne pas être une erreur de casting, sa façon de supporter stoïquement que ses collègues du gouvernement ne la consultent jamais sur les sujets pour lesquels elle a été nommée, sa manière bourgeoise, posée, diplomate, de dire à ces mêmes collègues qu’ils ne comprennent pas grand chose aux questions du « numérique » — ils jouent aux cow-boys, elle joue à la dinette en faisant croire qu’elle joue aussi aux cow-boys et en sachant, du reste, que c’est elle qui a raison1.
Sur son blog, d’ailleurs, il y a des recettes de cuisine.

nkm_blog

Les trois photographies qui sont placées en en-tête du site nous montrent un personnage un brin narcissique (elle est jolie, on ne lui en voudra pas d’en profiter, le même genre d’images est autrement embarrassant lorsqu’il s’applique à Xavier Bertrand ou à Jean-François Copé), et au fond solitaire. Sur la photo de gauche, elle s’affirme Internaute et utilisatrice de Macintosh : geek, mais chic. Sur la photo de droite, elle affiche une expression neutre avec peut-être une pointe de dégoût et d’interrogation, un petit côté « qu’est-ce que je fiche ici ? ». La photo du milieu, lugubre, hésite entre, je ne sais pas… David Lynch, Diane Arbus et Nan Goldin ? La ministre y est photographiée au flash en pleine nuit, centrée dans l’image, debout sur un gazon mal entretenu, enceinte. Ambiance dramatique, avec un faux-air de Blair Witch Project. Elle est compétente, et même, disent certains, ambitieuse et cynique. Quel est le degré de construction ou d’imposture dans son image de fée sylvestre ? Le personnage fonctionne pour moi, en tout cas.
Beaucoup cherchent à pousser la ministre à dire du mal de son gouvernement, à critiquer les lois de son gouvernement (Hadopi, entre autres), parce qu’ils pensent savoir ce qu’elle pense elle-même de ces sujets ou ce qu’elle devrait en penser. Je sens que les commentaires du blog seront animés !

(Les images sont bien évidemment piquées sur le blog de Nathalie Kosciusko-Morizet)
(edit 14:50 : la section « liens »
est très intéressante, on y croise de nombreux sites dont le contenu n’est pas réputé franchement sarkoziste – l’indispensable Bug Brother, par exemple, ou encore la Quadrature du net. Y apparaissent aussi deux blogs bd : le gentillet site de Pénélope Bagieu, et le drôlissime et saignant blog de Marion Montaigne, « tu mourras moins bête« )

  1. Une autre Nathalie m’a confié avoir adopté la même stratégie lorsqu’elle jouait dans la cour de récréation à l’école primaire. []

Esthétique et politique

octobre 20th, 2009 Posted in Cimaises, Images, indices | 4 Comments »

Barack Obama vient de recevoir le prix Nobel de la Paix, non tant pour ce qu’il a accompli ni même pour ce qu’il va accomplir mais, plus vraisemblablement pour l’espoir de changement qu’il incarne : il est Obama, mais avant tout il n’est pas Bush.
La Maison-Blanche a lourdement communiqué sur un volet symbolique de ce changement, à savoir le choix des œuvres d’art dont Barack et Michelle Obama ont choisi de s’entourer pour remplacer les illustrations redneck de Thomas C. Lee apportées par George Bush junior.

obama_collection1

Il y a quelques poids lourds : des tableaux ethnologiques du peintre aventurier George Catlin, un bronze de Degas, une peinture réaliste de Winslow Homer, une nature morte de Giorgio Morandi, des compositions de Josef Albers, Mark Rothko, Sam Francis, Jasper Johns, Nicolas de Staël, Edward Corbett ou encore Richard Diebenkorn. La sélection compte aussi des artistes vraisemblablement choisis pour des raisons encore plus symboliques que les autres tels que Leon Polk Smith (amérindien) et Alma Thomas (Afro-américaine).
Toutes ces œuvres ont été empruntées à des collections de Washington : le Smithsonian, la galerie nationale d’art et le musée Hirshhorn.

obama_collection2
On remarque deux œuvres conceptuelles, I think I’ll par Ed Ruscha, qui évoque l’indécision, et Black like me, de Glenn Ligon, qui fait référence au livre homonyme de John Howard Griffin (en français Dans la peau d’un noir, 1962), dans lequel un journaliste « blanc » grimé témoignait des conditions d’existence des « noirs » au texas — ouvrage capital dans l’histoire du mouvement des droits civiques. Ce choix fait écho à la question de l’identité de Barack Obama, trop noir pour les uns, trop blanc pour les autres, considéré comme un étranger par certains et par un produit typique de la culture élitiste classique américaine par d’autres, etc.

deux_westerns

Peut-on lire l’avenir politique dans le choix d’œuvres dont s’entoure un président ? La question a souvent eu son importance dans l’histoire de l’art, de nombreux gouvernements ou de nombreux régimes ont utilisé la création artistique (et les artistes) pour construire leur identité et même parfois pour appuyer leurs positions idéologiques ou philosophiques.
La presse mondiale s’est montrée dithyrambique au sujet de la sélection faite par le président américain : « moderne », « audacieux », « original », etc. Je ne suis pas tellement d’accord : il n’y a presque que du tableau et chaque choix semble un peu trop précautionneusement pesé pour être honnête. On note une nette attirance pour l’expressionnisme abstrait, c’est à dire (je vais me faire taper dessus mais tant pis !) pour une forme d’art essentiellement décorative.
Cependant l’ensemble est de très bon goût, de bon ton, chic, quoi, très Obama au fond.

morsepatent

Il y a une œuvre qui détonne par sa nature et peut-être aussi pour ce qu’elle représente, c’est le prototype du télégraphe électrique de Samuel Morse. Assez bon peintre, Samuel Finley Morse est un des plus importants personnages de la science américaine, à côté de Benjamin Franklin, de Thomas Edison et de Nikola Tesla. On lui doit d’avoir importé dans son pays la photographie, technologie que lui avait présenté un autre peintre-savant, Jacques Louis Mandé Daguerre. Mais c’est évidemment pour le télégraphe électrique et pour le code Morse (créé pour lui plutôt que par lui je pense) qu’il est resté célèbre. Cette invention a accompagné la conquête de l’ouest et permis de construire les États-Unis, mais elle est aussi le point de départ de toutes les communications filaires ultérieures et dans une certaine mesure, de l’invention de l’ordinateur.
Un excellent choix.

La Grande-Bretagne demande pardon à Alan Turing

octobre 19th, 2009 Posted in Interactivité, Mémoire, Sciences | 11 Comments »

Alan_turing_memorialLe 10 septembre dernier, par la voix de son premier ministre Gordon Brown, la Grande-Bretagne a officiellement présenté ses regrets à la mémoire d’Alan Mathison Turing, un des principaux inventeurs de l’ordinateur, mort il y a cinquante-cinq ans après un procès en infamie des plus sordides. Turing n’a obtenu aucune reconnaissance pour le rôle capital qu’il a joué pendant la seconde guerre mondiale avec ses travaux sur le décryptage et dont Gordon Brown dit à présent que, sans exagération, l’issue de la guerre aurait pu être bien différente sans sa contribution. Tenu au secret, comme tout ce qui se rapportait à l’informatique britannique1, il a au contraire été persécuté pour son homosexualité, rendue publique à l’occasion d’une plainte déposée par lui contre un jeune amant qui l’avait cambriolé. Il semble que ce ne soit pas la découverte de son homosexualité qui lui ait valu les problèmes que l’on va voir, mais qu’il ait payé cher de n’avoir pas nié le fait et même, d’avoir affirmé qu’il n’y avait rien de condamnable dans sa manière de vivre.
Son statut de héros de la guerre lui a tout de même réservé un triste privilège, celui de pouvoir troquer une peine d’emprisonnement (la peine normale pour « gross indecency » — indécence dégoûtante, c’est le nom britannique de l’attentat à la pudeur) contre une castration hormonale. Turing a accepté d’être soumis à un traitement aux œstrogènes destiné à réduire sa libido. Cela se passait en pleine guerre froide, époque où l’on considérait qu’il existait un rapport évident entre homosexualité et espionnage au profit de l’URSS… Turing n’a plus eu le droit de poursuivre ses recherches secrètes avec le Government Communications Headquarters, l’institution britannique dédiée au renseignement qui a inspiré la National Security Agency américaine — et qui n’en est à présent qu’un satellite.

On a finalement trouvé Alain Turing mort d’avoir ingéré une pomme empoisonnée au cyanure. Sa mère a toujours défendu la thèse de l’accident, certains émettent l’hypothèse d’un meurtre perpétré par les services secrets de sa majesté mais la version généralement retenue est celle du suicide.
Il état âgé de quarante-et-un ans.

turing_ardoise

J’ai toujours été frappé (et je ne suis pas le seul, il s’agit d’un texte capital de l’histoire des sciences… et de la science-fiction2 ) par un court essai de Turing, Computing machinery and intelligence, dans lequel, en 1950, le mathématicien se demandait si la pensée humaine pourrait un jour être confondue avec la pensée mécanique. Il a proposé un protocole que l’on qualifie depuis lors de « Test de Turing » pour déterminer la nature d’un correspondant dont on ignore s’il ment ou s’il est honnête. Turing commence par se demander ce qu’est la pensée (mais considère que sa définition est impossible), puis ce qu’est la machine (qu’il finit par réduire à  « qui n’est pas un humain né de la manière habituelle ») avant de réfléchir à la question de l’intelligence artificielle — qui était loin d’être une préoccupation banale à l’époque3.

Dans sa démonstration, avant de traiter de la pensée artificielle, il se demande comment il serait possible, sans son, sans image, juste par le texte, d’identifier si un interlocuteur est de nature masculine ou féminine. Sans doute parce que je sais comment l’existence de Turing s’est achevée (et peut-être est-ce que je me rends alors coupable d’un rapprochement erronné), j’ai toujours vu dans cette histoire de dissimulation et de différence entre hommes et femmes, entre humains et machines, un appel à la tolérance détourné, une affirmation de l’égalité entre les esprits (ces machines à penser), au delà des apparences, des préjugés théologiques et philosophiques ou des conventions sociales ou même vestimentaires, questions qu’il traite dans plusieurs de ses écrits.
Il est intéressant de noter que Turing ne s’intéressait pas qu’à l’esprit, loin de là. Il fut un sportif accompli et même, un champion de marathon. Mais il a souffert, on l’a vu, de devoir constamment se cacher, et il a plus souffert encore d’avoir finalement cru pouvoir affirmer sa manière de vivre.

turingrunning

Alan Turing a prédit qu’un jour des machines seraient capables de passer son test avec succès — il s’est d’ailleurs lui-même penché sur la modélisation d’une vie ou d’une pensée artificielle sur ordinateur. Certains, au passage, se sont demandés si les humains étaient toujours aptes eux-mêmes à prouver  leur humanité4, ce qui nous ramène au test de Voight-Kampff dans Blade Runner mais c’est encore une autre histoire.

Nous n’en sommes pas encore au stade de devoir déterminer si nos interlocuteurs sont de nature mécanique ou au contraire humaine, mais nous pouvons réfléchir à la question de nos autres différences lorsque nous existons sur le réseau qui, par son architecture technique, est censé faire de nous des égaux— censé, car la réalité est bien plus complexe. En dehors de quelques éléments biologiques, des apparences et du contexte social, par exemple, pouvons-nous dire ce qui différence un homme d’une femme ? Sur un Canal IRC (discussion par voie exclusivement textuelle), en l’absence d’indications externes, on peut avoir une longue discussion sur le dernier film que l’on a vu en ignorant totalement si l’on s’adresse à un homme ou à une femme, à un handicapé (y compris non-voyant) ou à un « valide », à un « blanc » ou à un « noir », à un adolescent ou à un retraité, à quelqu’un qui vit aux antipodes ou à son voisin de pallier.
Il serait intéressant de demander aux internautes qui se retrouvent dans la situation de converser avec des personnes dont ils ignorent tout quelle image mentale ils se font de leurs correspondants, s’ils les supposent du même sexe qu’eux, s’ils leur imaginent une voix virile ou au contraire féminine… Je me rappelle m’être plusieurs fois fait une idée sur des gens en fonction de leur pseudonyme sur le réseau. J’avais pris à tort un dénommé « kiki » pour une femme, une dénommée « Goldfinger » pour un homme, un gamin parisien nommé « tabernacle » pour un québécois, etc., et je suis persuadé que chaque fois, mes rapports avec ces personnes ont été différents de ce qu’ils auraient été si je ne m’étais pas trompé à ces sujets.
Cette manière que nous pouvons avoir de chercher le moindre indice pour classer la personne dans un groupe social ou géographique tend à prouver que l’identification tient sans doute une part très importante dans notre vie relationnelle, avec tous les dégâts qui en découlent (sexisme, racisme, âgisme, réplication des stéréotypes, et, pour reprendre le mot de Bourdieu, violences symboliques).
À propos des différences entre hommes et femmes (on s’éloigne de plus en plus d’Alan Turing, certes), des chercheurs de l’Université de Northwestern, à Chicago, semblent avoir fait une découverte assez étrange concernant les exigences en matière de partenaires affectifs : c’est peut-être moins le sexe des personnes qui dicte leur état d’esprit en matière de sélection des partenaires que leur comportement dans l’espace5. Placés en situation de « speed-dating », des jeunes gens ont été amenés à en rencontrer d’autres par séquences de quatre minutes puis  à indiquer quelles personnes rencontrées ils souhaitaient revoir. Ce sont les hommes qui naviguaient de table en table, et le résultat a d’abord semblé confirmer un fait connu de longue date, qui est que les hommes sont moins exigeants que les femmes dans le choix de leurs partenaires. Mais lorsque, dans une autre expérience, ce sont les hommes qui devaient rester à attendre et les femmes qui venaient les rencontrer à leur table, la tendance s’est inversée et ce sont les femmes qui se sont avérées moins exigeantes dans le choix de leurs partenaires potentiels.

La question est de savoir si, sur le réseau, nous nous déplaçons ou si nous sommes immobiles : notre vocabulaire repose sur la métaphore du déplacement (On « va » sur Facebook, on utilise un « navigateur ») mais nos corps restent plutôt immobiles.

  1. les ordinateurs Colossus, qui avaient servi à déchiffrer les codes de la machine allemande Enigma avec l’aide de Turing et qui avaient bien entendu coûté des sommes folles, ont été détruits sitôt la guerre finie, par exemple, on n’a appris qu’ils avaient existé que vingt ans plus tard. []
  2. Marvin Minsky et Harry Harrisson ont même écrit un roman de science-fiction nommé Le problème de Turing. []
  3. On trouve ce texte traduit en français sous le titre Les ordinateurs et l’intelligence dans La Machine de Turing, en poche aux éditions du Seuil.  []
  4. Je viens à ce sujet de commander Snakes in Suits: When Psychopaths Go to Work (en anglais seulement, malheureusement), de Robert Hare et Paul Babiak, qui ont vérifié que les cadres exécutifs sont, bien plus souvent que les autres, et notamment lorsqu’ils ont du succès au sein de l’entreprise, des psychopathes, c’est à dire des gens incapables d’empathie, de loyauté envers autrui et dénués de certains garde-fous moraux, ceux qui font par exemple que la plupart des gens ne peuvent pas imaginer de sacrifier une personne de sang-froid pour en sauver cinq autres.  []
  5. Lire l’article : Women May Not Be So Picky After All About Choosing a Mate, par Pat Vaughan Tremmel, sur le site de l’Université de Northwestern. []

Cours Introduction à la programmation multimédia

octobre 18th, 2009 Posted in Après-cours | Commentaires fermés sur Cours Introduction à la programmation multimédia

(ce billet concerne exclusivement les étudiants de l’université Paris 8 qui se sont inscrits à mon cours « Initiation à la programmation multimédia »)

La liste des étudiants admis à assister au cours se trouve sur le serveur Arpla.

Marketing viral pour Série qualité France

octobre 18th, 2009 Posted in Interactivité, Les pros, Série | 16 Comments »

ahcquonestbienquandonestdanssonbainContinuons à parler buzz…
Des blogueurs dits « influents » — Korben, Such a blogViinzPingoo et Presse-Citron (je crois que c’est tout) —, ont publié simultanément un billet consacré à une nouvelle série télévisée produite par Canal+, intitulée Kali. Devant la similarité des articles, beaucoup de leurs lecteurs ont soupçonné qu’il s’agissait de contenu publicitaire, certains blogueurs le revendiquant d’ailleurs  (comme Presse-citron), d’autres l’annonçant plus pudiquement sur le ton de la plaisanterie (« un petit coup de pub pour Canal+ » ; « Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que Canal+ m’a présenté la chose et que je trouve l’idée et le boulot réalisés assez impressionnants »), et d’autres encore essayant de se faire passer pour des V.I.P. (« Canal+ m’a autorisé à diffuser deux épisodes sur mon blog »)…
J’ai pu constater par moi-même que le fait d’être cité par Presse-Citron (ça m’est arrivé avec Scientists of America) rapportait un nombre de connexions tout à fait extravagant (quoique nettement en dessous de ce qui se passe si l’on est cité par Télé-Matin). On comprend dès lors que des sociétés incluent ces supports d’opinion que sont les blogueurs influents dans leurs plans médias. Il faut dire que ceux-ci sont faciles à acheter, car au fond ils ne sont pas gourmands et bradent leur prose (et parfois leur crédibilité comme on va le voir) pour quelques centaines d’euros au plus.
Ce qui est intéressant ici, c’est de constater le traumatisme que cela provoque chez leurs lecteurs, le véritable sentiment de trahison dont beaucoup font état dans les commentaires des articles.
Il ne s’agit pas de juger qui que ce soit mais de faire un constat : il existe entre le blogueur et son public un contrat affectif qui n’a pas nécessairement cours dans les autres médias.

Une question se pose par ailleurs : l’enthousiasme de ces jeunes gens pour la série Kali serait-il le même s’ils n’étaient pas sponsorisés pour le manifester ? Les deux épisodes visibles pour l’instant ne me donnent en tout cas pas plus envie que ça : une fille se réveille dans l’Eurostar (bon…) sans savoir son propre nom (ah…), elle est surprise de savoir parler français (eh ben dis-donc…) et elle tabasse par réflexe des types louches et bien entendu chauves qui la poursuivent (hé…).
Montage cache-misère, dialogues télescopés, originalité douteuse… jusqu’ici on a surtout l’impression de trop connaître tous les éléments de l’addition : Jason Bourne + John DoeAlias + Total Recall + Dark Angel + Bionic Woman + The Long Kiss Goodnight24… Influences auxquelles on ajoutera quelques gimmicks visuels  « qualité France » assez lamentables, comme les éternels quartiers généraux filmés en clair-obscur qui constituent des décors particulièrement peu coûteux.

kali_canal

Dès qu’une société de production française tente de s’attaquer à la science-fiction, c’est en se cantonnant à une réutilisation bébête de recettes éprouvées récemment de l’autre côté de l’Atlantique.  Dommage, car il y a ici de très bons éléments : les nanotechnologies, les technologies en général et notamment les technologies de surveillance — qui nous valent ici un pastiche éhonté d’une scène très réussie de la trilogie Jason Bourne dans laquelle le héros évolue dans une gare en évitant les caméras de surveillance.
Ce qui est un peu irritant, c’est que cette attitude des « créateurs » français de fictions techno-futuristes est le produit d’un véritable complexe vis-à-vis des États-Unis. Comme s’il fallait tout reprendre à zéro, comme s’il était impossible de faire de la science-fiction sans copier ce qui remporte du succès ailleurs. Or la France est une patrie de la Science-Fiction, depuis plus de deux siècles, et une patrie de la série populaire depuis presque aussi longtemps (Dumas, Süe, Gustave Le Rouge, Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Allain et Souvestre…), et qui l’est d’ailleurs restée en bande dessinée. Qui aura le courage de produire une adaptation actuelle de La Poupée sanglante, de Fantômas ou de La conspiration des milliardaires ?1

La SFP de 1975 était infiniment plus audacieuse que Canal+ en 2009.

  1. Liens sponsorisés ! []

Le buzz du prince Jean

octobre 12th, 2009 Posted in Après-cours, Interactivité, Personnel | 30 Comments »

jeansarkozyhashtagLa semaine dernière, j’ai animé une session d’atelier dit « intensif » (le mot réservé dans les formations artistiques, notamment, est « Workshop ») à l’école d’art du Havre. J’avais invité Pierre Lecourt, créateur du site blogeee.net, à intervenir auprès des étudiants sur la question du « buzz », du marketing viral et de la diffusion d’information par le biais des réseaux sociaux notamment. En effet, s’il est, professionnellement parlant, assez éloigné du monde de l’art et du design graphique, il a une véritable expérience à partager sur le sujet des campagnes de communications qui s’appuient sur les spécificités du réseau.
Une fois sensibilisés, les étudiants devaient réaliser en un temps record (nous fûmes un poil trop ambitieux à ce sujet) un travail quelconque — mini-site, vidéo, mais pourquoi pas aussi intervention urbaine — destiné à créer un « buzz ». Il a finalement été décidé que cet atelier ne serait qu’un début, amené à n’être clos qu’à l’intersemestre, à l’occasion d’un second workshop, car presque aucune proposition — et il y en a eu de bonnes qu’il serait dommage d’abandonner à l’état de projet — ne pouvait aboutir à temps. Vendredi après-midi, avant de rentrer chez moi, j’ai lancé rapidement mon propre « buzz », un site idiot au sujet de la grippe A-H1N1 dans la lignée de Scientists of America.
Un peu bêtement, j’ai ensuite raté mon train, si bien que je ne suis rentré chez moi qu’à 23 heures passées. Toujours pénible. Bien fatigué de ma longue journée, j’allume mon ordinateur pour voir ce qui se passe de neuf dans le monde ou en tout cas, dans ma mailbox. Sur Twitter, je m’aperçois qu’un nouveau hash-tag (un mot-clé caractéristique) redondant a fait son apparition : #jeansarkozypartout. L’excitation de Twitter autour d’un sujet est quelque chose d’assez étonnant, le « buzz » se fabrique en temps réel, les messages s’enchaînent, se répondent… Pas d’opinions argumentées ou de discours, non, juste des liens, des blagues ou des humeurs diverses. Je découvre que tout cela est lié à l’évidence d’une nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’Epad (Établissement public pour l’aménagement de la Défense), une institution au budget pharaonesque. Or Jean Sarkozy, qui n’est titulaire à ce jour que d’un baccalauréat, n’a pas d’expérience professionnelle et n’est âgé que de 23 ans semble n’être qualifié pour le poste que pour une unique raison : le poids politique de son père. La situation n’est pas scandaleuse, inquiétante, révoltante, antidémocratique, non, elle est tellement outrée qu’elle en devient comique. C’est ce qu’ont apparemment pensé les usagers de Twitter, à commencer par Florent Latrive, de Libération, qui a posté des messages tels que « Jean Sarkozy candidat à l’académie française » ou encore « Jean Sarkozy rachète @rue89 ». En quelques minutes, Jean Sarkozy était devenu un mème, c’est à dire un phénomène sur le réseau Internet1. Trouvant la lecture de certains tweets assez réjouissante d’absurdité — dans la veine des Chuck Norris Facts — j’ai voulu créer un petit programme en ligne de collecte et de classement du flux de messages. Un peu fatigué (la facture prétend qu’il était 01h47 au moment où cela s’est passé), limite fiévreux il faut croire, j’ai eu l’idée saugrenue d’acheter le nom de domaine « jeansarkozypartout.com ». Je pense que c’est le fait de voir que ce nom était disponible qui m’a donné envie de l’acquérir.

jeansarkozypartout

Dans un éclair de lucidité je me suis ensuite rendu compte qu’il fallait que le site pour lequel j’avais acheté ce nom de domaine existe rapidement : dans quelques jours, on se sera habitués à l’idée que la zone économique la plus riche de France soit dirigée par un gamin et je me retrouverais alors avec un nom de domaine particulièrement inutile sur les bras. Gros malin que je suis.
Cela fait longtemps à vrai dire que je cherchais l’occasion de réaliser une application qui tire parti de la plate-forme Twitter, mais une heure après avoir commencé mon programme, j’ai dû abdiquer et remettre les choses au lendemain. Je passe les détails passablement soporifiques de la suite du travail — je n’ai pas fait que ça de mon week-end, étant attendu sur bien d’autres projets.

Lundi, en début d’après-midi, alors que je commence tout juste à m’occuper du graphisme du site avec l’aide de Nathalie qui m’a notamment proposé de m’inspirer du site Désirs d’Avenir, je reçois un coup de téléphone d’une journaliste du Post : « Comment avez-vous eu cette idée ? »« Que voulez-vous dire avec ce site ? »« Comment avez-vous préparé votre coup ? »… Un peu hébété, je bredouille un peu n’importe quoi, et j’apprends avec horreur que l’adresse du site circule déjà sur Twitter mais aussi dans la presse : l’AFP, Reuters, Libé,… Jusqu’au site de Ségolène Royal.
La journaliste du Post est en fait assez étonnée d’être la première à me contacter.

statsjsp
Tout est allé extrêmement vite ensuite et une demie-heure plus tard, le serveur était tellement sollicité qu’il n’était quasiment plus capable de remplir sa fonction. Un « buzz » complètement incontrôlé, quoi.
Ce serveur a de nombreux locataires et la situation est assez embarrassante vis à vis de ces derniers. Très vite, j’ai donc loué un second serveur destiné à ne plus abriter que le site www.jeansarkozypartout.com, même si celui-ci n’est même pas véritablement terminé. L’opération a été rapide et je me retrouve à présent bailleur de deux serveurs, dont un ne sera sans doute plus d’aucune utilité dans quinze jours.
Peu à peu, les choses se normalisent. J’attends à présent de voir la suite. Au téléphone, un journaliste m’a demandé :
« Craignez-vous des représailles de la part du clan Sarkozy ? ».
« Euh… Je devrais ? ».

  1. Le mot mème est emprunté (de manière un peu approximative à mon goût) au grand évolutionniste Richard Dawkins, pour qui les mèmes sont des réplicateurs culturels au même titre que les gènes sont des réplicateurs biologiques. Lire à ce sujet Le Gène égoïste. []

Internet Eyes

octobre 11th, 2009 Posted in Brève, Écrans et pouvoir, Filmer autrement, Parano | 5 Comments »

interneteyesLe journal Le Monde raconte ce week-end (11.10.2009) le lancement imminent d’un service britannique baptisé Internet Eyes, dont le but est de permettre à tout un chacun de remplacer les agents de surveillance des postes de contrôle, et ce de manière bénévole ou pour un salaire plutôt misérable. En informant un commerçant qu’il vient de se faire voler un paquet de bonbons, le cyber-surveillant gagnera des points (trois points pour un délit avéré) dont le cumul est censé lui permettre de s’assurer des revenus qui atteindront 1000 livres sterling au mieux — il n’est pas dit à quel total de points correspond cette somme. Les commerçants paient 22 euros par semaine pour que le flux de leurs caméras soit diffusés auprès des abonnés d’Internet Eyes. Les «regardeurs» (qui font le tableau, disait Marcel Duchamp) ne paient rien, excepté s’ils veulent pouvoir lancer plus de trois alertes par mois.
Chez chaque surveillant bénévole s’affiche en permanence (mais avec un changement toutes les vingt minutes), quatre caméras dont la localisation n’est pas connue. L’internaute qui repère un délit à signaler prévient Internet Eyes qui à son tour avertit le propriétaire de la caméra.
Plusieurs systèmes comparables ont été lancés, toujours en Grande-Bretagne, sur des canaux du câble. Ils concernaient uniquement les riverains des rues surveillées, riverains qui participaient donc à la surveillance de leur propre quartier sans quitter leur canapé. Je me rappelle avoir vu un sujet télévisé consacré à un de ces services qui avait fini par être interrompu du fait du manque d’entretien des caméras. Il ne s’agit donc pas d’un principe absolument inédit, mais on trouve ici plusieurs éléments nouveaux : la rémunération, la large diffusion anonyme et l’utilisation d’Internet.
Malgré les échecs précédents, il y a fort a parier que des services de ce genre aient effectivement un grand avenir, non seulement, comme le disent certains, du fait de la curiosité plus ou moins malsaine du public, mais aussi parce que prendre part à une telle entreprise permet d’avoir l’illusion d’en contrôler une partie. La Grande-Bretagne compte une caméra pour quinze habitants, on comprend que les citoyens veuillent être surveillants en même temps que surveillés.

ecrans

Internet Eyes pourrait tout à fait être un projet d’artiste ou un canular monté pour sensibiliser à la question de la citoyenneté, de la vie en communauté et de la surveillance (je pense toujours à l’éventualité d’un canular lorsqu’un service n’est annoncé que par quelques vagues pages d’un site web illustré par trois photos sorties d’image banks), mais si le système n’existe pas en novembre prochain, date prévue pour son lancement, il finira néanmoins par advenir dans un futur proche pour les raisons énoncées plus haut : la curiosité et le besoin de s’approprier un peu des outils du contrôle.
Par ailleurs le goût du jeu et l’appât du gain ajoutent une motivation certaine aux participants.
Quant au besoin du côté des clients du service, il existe et il est même très fort : seule une toute petite partie des caméras installées dans les rues, les boutiques, les écoles, etc., est effectivement regardée. Les outils de surveillance logicielle (non humaine donc) ne sont pas encore prêts ou pas encore adaptés à ces besoins précis.

En attendant, je peux déjà raconter le film hollywoodien qui va être fait avec : Bruce Willis que sa femme vient de quitter (ou bien Nicolas Cage) est témoin d’un crime à venir, mais il n’a aucun moyen de prévenir quiconque, il doit agir seul. Ou alors c’est un paraplégique qui ne peut rien faire d’autre que de piloter son copain (ou mieux, son frère) policier Bruce Willis (ou Brad Pitt) par SMS. Ou bien c’est une armée d’internautes qui envoient à Bruce Willis toutes les infos (ils ne regardent pas les mêmes flux en même temps, il doivent donc se transformer en un Argos panoptès cybernétique) en temps réel via Twitter, en ne sachant pas toujours où se trouve ce qui est filmé bien entendu. À la fin, l’attentat est évité et son responsable, un français qui fume des cigarettes, sans doute Lambert Wilson, Tchéky Karyo ou Jean Reno, connaît la fin violente et cathartique qu’il aura bien cherché. Quelque chose entre Blow-up, 24 et Die Hard.

Photoshop Disasters, droit d’auteur et âges de la femme

octobre 7th, 2009 Posted in Images, indices, Les pros | 12 Comments »

ralflauren_photoshopdisasterComment une marque de prêt à porter internationale peut-elle intriguer pour dissimuler le ridicule d’une publicité très laide ? Elle fait jouer son droit d’auteur.
Photoshop Disasters, site de salubrité visuelle publique, vient en effet de se voir intimer l’ordre d’ôter un article publié le 29 septembre et consacré à montrer l’image reproduite ci-contre. La loi invoquée est le Digital Millennium Copyright Act, censé permettre la défense du droit d’auteur sur Internet.

La manœuvre,  d’une mesquinerie très « Thénardier », n’est pas légitime dans le contexte du droit d’auteur américain. En effet, s’il est vrai que le copyright américain peut nier en partie les droits moraux du créateur initial1, le « fair use » (usage légitime) protège les reproductions d’œuvres de l’esprit effectuées dans un but d’actualité ou de critique, et ce de manière bien plus étendue que pour le « droit de citation » du droit français qui, pour commencer, ne s’applique pas aux images2.
Bien que Photoshop Disasters se trouve dans son bon droit, la publicité Ralph Lauren a bel et bien disparu car le site est hébergé par Blogspot (Google) qui supprime sans discussion tout contenu faisant l’objet d’une procédure DMCA (Digital Millennium Copyright Act). Ce qui rappelle une fois de plus que confier son hébergement à un service web 2.0 est loin d’être un choix sans conséquences.
L’hébergeur du site BoingBoing a reçu la même injonction pour la même raison mais n’y a pas cédé.

On peut au passage s’attarder sur l’image, qui fait écho à la proposition de loi sur les photographies retouchées dont nous parlions ici-même le mois dernier. Grossièrement sur-retouchée, la jeune femme montrée a un crâne plus grand que son bassin. Il ne lui reste que deux caractères sexuels secondaires proéminents3, à savoir la poitrine et les traits du visage. Les graisses péri-trochantérienne (cuisses, hanches), celles qui se trouvent sur la face postérieure du bras, la graisse péri-ombilicale ou encore la graisse du jarret, ont été escamotées. Si l’on oublie les épaules imposantes  (la plupart des femmes ont des épaules plus étroites que leur bassin), qui sont un caractère sexuel secondaire masculin, la « femme » recréée ici par la sorcellerie de Photoshop correspond en fait à la définition de la petite fille, et très précisément, de la pré-adolescente : longs membres et absence de graisses. Ici, la transformation est tellement caricaturale qu’elle en devient comique, mais la publicité nous abreuve d’images de femmes transformées de la même manière quoiqu’un peu plus discrètement. On peut ajouter au dossier l’obsession de l’épilation. Si la suppression du duvet de la moustache et des poils des jambes et des avant-bras semble logiquement destinée à exacerber une certaine féminité (plus la pilosité de ces régions est importante et plus le sujet a des chances d’être de sexe masculin), on peut s’étonner que les poils des aisselles soient devenus quelque chose de totalement in-montrable dans la publicité (mais encore bien toléré dans la vraie vie) ou que l’épilation du pubis devienne une pratique extrêmement répandue, notamment chez les adolescents — voir par exemple le site (allemand) naked people qui, en déshabillant toutes sortes de « everyday people » révèle surtout que ces derniers, hommes ou femmes d’ailleurs, sont nombreux à pratiquer l’épilation intégrale.
Tout ça n’est peut-être pas très sain. N’y a-t-il pas une négation de la femme dans cette omniprésence médiatique d’un physique idéal correspondant à un âge qu’aucune femme ne pourra jamais retrouver ? Lorsque l’âge physiologique de référence était la vingtaine, nous restions dans une certaine logique biologique puisque cette époque de la vie correspond à un pic de fertilité et de séduction4, mais en faisant de la pré-adolescente un idéal pour la femme, que veut-on dire ?
Le rapport à l’anorexie qui était établi sans précautions épistémologiques particulières par le projet de loi sur les photographies retouchées procède peut-être d’une intuition valide. Non parce que l’image d’un corps outrageusement amaigri provoquerait effectivement une épidémie d’anorexie mentale (les études à ce sujet tendent à établir une infime corrélation, sans plus) mais parce qu’il y a dans le cas de ces images comme dans celui de l’affection psychiatrique5 un même refus de l’âge de la féminité.

femme_balaiIl peut y avoir de nombreuses raisons non formulées derrière tout ça. Peut-être que pour une marque de vêtements, présenter des femmes trop séduisantes est d’un mauvais rapport (on regarde la femme, pas le vêtement, et il est plus facile de s’identifier à un cintre emperruqué qu’à une véritable personne). Peut-être qu’il s’agit de dé-sexualiser le corps, mais dans quel but précis ? Peut-être que les gens qui font la mode et sa communication n’aiment pas spécialement les femmes — c’est un cliché, mais comme tous les clichés il a son fond de vérité.
Peut-être, et ça ça serait grave, peut-être que les femmes (ou en tout cas celles qui encouragent implicitement une communication basée sur le refus de la féminité) n’aiment pas beaucoup être des femmes, pour ce que ce statut implique en termes d’aliénation ou de soumission à des violences symboliques, pour reprendre le mot de Pierre Bourdieu.

Bref, sans tirer trop de conclusions (j’ai déjà bien assez spéculé comme ça), tout cela pose des questions.

  1. On exagère cependant beaucoup en France la portée réelle de la distinction entre droit d’auteur et copyright à mon avis. []
  2. Rappelons avec quelle facilité la fondation Moulinsart a obtenu en Belgique (dont le droit d’auteur, sur ces sujets, est proche du droit d’auteur français) la censure, c’est à dire la saisie et le pilonnage pur et simple d’ouvrages consacrés à des sujets qui fâchent — l’alcoolisme de Hergé, son rapport au rexisme,… — car ces ouvrages appuyaient leur propos sur des extraits de bandes dessinées soumises à droit d’auteur.  []
  3. Les caractères sexuels secondaires sont ce qui permet de distinguer physiologiquement une femme d’un homme en dehors de leur appareil reproducteur : muscle, graisse, pilosité, forme du squelette. On appelle caractères sexuels tertiaires les éléments non-physiologiques qui servent à distinguer les sexes : vêtements, bijoux, mais aussi attitudes sociales,… Note : je ressors ici de ma pauvre mémoire les cours exceptionnels de Morphologie que dispensait Jean-François Debord aux Beaux-Arts de Paris lorsque j’y étais étudiant. []
  4. Ce sont les mêmes hormones qui développent les caractères séduisants et la capacité à procréer : c’est par exemple lorsqu’une jeune femme est en train d’ovuler que ses lèvres sont les plus gonflées, ce qui explique que les lèvres perdent en volume avec l’âge et notamment après la ménopause, et ce qui explique aussi le rouge à lèvres et le collagène []
  5. Je ne vais pas faire de psychologie de bazar sur le sujet (dont j’ignore absolument l’actualité de la recherche) mais il me semble évident que l’anorexie mentale est motivé par un refus des caractères féminins. []

À suivre aujourd’hui : Jean-Charles Massera

octobre 7th, 2009 Posted in Brève, Lecture, Link-dropping | No Comments »

jcmassera(France Finance, 7/10/09)
Lundi à 15h29 heure de Paris, le comité exécutif de Jean-Charles Massera World a présenté son nouveau site internet à ses actionnaires réunis pour l’assemblée générale ordinaire et extraordinaire du groupe. Les investisseurs semblent avoir bien réagi dans l’ensemble. JP Morgan Chase a augmenté sa recommandation d’un demi-point en saluant notamment la présence de contenu sonore sur le site, mais Goldman Sachs reste prudent et maintient sa recommandation courante, en rappelant que l’effet psychologique provoqué par le lancement du site «désirs d’avenir», il y a trois semaines, peut durablement plomber les performances du secteur. De fait, le rebond du Cac40 semble s’essouffler et les analystes doutent que la barre des 3800 points soit à nouveau atteinte avant la saint Glinglin (c’est à dire le premier novembre). Les valeurs sportives, notamment les valeurs cyclistes, devraient en tout cas tirer leur épingle du jeu et profiter de l’annonce.
Jean-Charles Massera, président exécutif de Jean-Charles-massera.com a déclaré que «Le projet d’introduction de ce site s’inscrit dans la dynamique de reconfiguration du Groupe menée depuis plusieurs années. Ce projet représente une nouvelle étape de la stratégie de croissance de JCM autour d’un ensemble cohérent de marques mondiales puissantes, dans l’univers de l’équipement de la personne, tant sur les segments de la littérature grand public que du Luxe».

À propos de Jean-Charles Massera : écrivain.