Profitez-en, après celui là c'est fini

Colonel Moutarde lance son blog

octobre 2nd, 2009 Posted in Bande dessinée, Link-dropping | 8 Comments »

colonelmoutarde

Colonel Moutarde se décide à lancer son blog-bd, intitulé Tabula Rasa, et c’est une sacrément bonne nouvelle. Je suppose qu’elle s’est décidée le jour où tout le monde a cessé de lui demander « Ben alors, quand est-ce que tu montes un blog ? ».

Je suis fan depuis une page lue dans le journal Jade, il y a un peu plus de dix ans. C’était une tranche de vie scénarisée par Philippe Dumez qui racontait un trajet en bus sur la petite ceinture, terminus Picpus. Le propos était frais et le dessin charmant (assez différent de ce qu’elle fait actuellement), mais surtout il y avait quelque chose de très vif et d’un peu brusque dans le découpage. Derrière le trait séduisant — Moutarde est illustratrice, notamment pour la mode et les journaux féminins —, se cache un vrai sens de la férocité comique que l’on voit très bien, entre autres, dans l’excellente série Grenadine et Mentalo1 dont je regretterai toujours l’interruption, due à la fin du journal Capsule Cosmique. Je pourrais parler de tout ça longtemps mais je dois sortir. Au moins j’aurais annoncé la nouvelle.

  1. Lire : Haut les mains, peau de pingouin ! et Fille ou glaçon ? []

La grande lessive

octobre 1st, 2009 Posted in Au cinéma, Écrans et pouvoir | 6 Comments »

lagrandelessive_dvdEn lisant l’essai L’Obsolescence de l’homme : sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle (1956), de Gunther Anders, j’ai ressenti le besoin de revoir La Grande Lessive (!) (le point d’exclamation fait partie du titre, ainsi que je l’explique plus loin), film tourné en 1968 par Jean-Pierre Mocky. En effet, la critique de la télévision qu’effectue Gunther Anders n’est pas très éloignée de celle que propose le cinéaste maudit à qui l’on doit Un drôle de paroissien, L’Ibis rouge et La Cité de l’indicible peur.
Le regard que nous portons à présent sur la télévision me semble centré sur la question des contenus : la publicité, les émissions débilitantes ou immorales, l’apport culturel souhaitable, etc.
Pour les gens qui ont connu l’arrivée du poste de télévision dans les foyers, les premières questions qui se sont posées ont été plutôt celles de l’invasion de l’espace domestique par l’objet téléviseur et du changement de polarité de l’organisation familiale, qui au lieu d’être centrée sur la table de la salle à manger s’est dirigée vers le poste de télévision, transformant la table familiale en périphérique du téléviseur. La radio, extrêmement importante au cours des décennies précédentes n’avait par nature aucune raison de forcer ses auditeurs à la fixer. Ces questions sont aujourd’hui un peu négligées, parce que le téléviseur a gagné la partie, il tient une place dans la vie de chacun de nous1, ce n’est plus exactement un intrus mais juste quelque chose qu’il faut gérer : que choisir entre les dizaines ou centaines de chaînes ? qu’est-ce qui est acceptable en termes de contenu ? combien de temps les enfants ont-ils raisonnablement le droit de visionner la télévision ? Où placer le téléviseur dans la maison ?
Le regard que peuvent porter ceux qui ont vu la télévision entrer dans la vie de leurs contemporains me semble assez précieux, car les problèmes qu’ils posent n’ont pas disparus, ils sont juste enfouis sous une masse d’autres problèmes nouveaux.

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Le sujet est bien introduit par la séquence d’ouverture du film. La caméra se balade de foyer en foyer et constate l’état d’hébétude de familles entières, qui mangent sans regarder leurs assiettes, les yeux rivés sur des speakerines ou des westerns. Certains gags de cette séquence ne sont même plus vraiment compréhensibles : l’époux qui regarde la télévision dans son lit et délaisse sa femme ; les gens qui passent d’une chaîne à une autre (ici avec deux téléviseurs mais peu importe). Les écoliers ne peuvent plus apprendre leurs leçons et se couchent si tard le dimanche qu’ils sont incapables de suivre leurs cours le lundi.

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(attention, je raconte le film)
La situation excède les professeurs d’un lycée parisien, et notamment Armand Saint-Just, professeur de français qui, malgré son air distingué, ses citations latines, ses petites lunettes et son collier de barbe, ne se contente pas de se plaindre, il agit. Avec son collègue Missenard, professeur d’éducation physique, il prévoit de saboter les antennes de télévision du quartier. On notera que Saint-Just2 est interprété par Bourvil, ancien apprenti boulanger habitué à des rôles de français moyen sans grande instruction, tandis que le prof de sport Missenard est interprété par Roland Dubillard, étudiant de Gaston Bachelard et auteur de théâtre et de poésie. L’inversion inattendue des rôles est plutôt savoureuse, d’autant que l’on remarque à l’image que Bourvil est infiniment plus sportif que Dubillard.

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Leur complice Benjamin (Jean Tissier, légende du cinéma qui a commencé sa carrière comme soldat de Napoléon pour Abel Gance !), un chimiste, a mis au point un vernis qui brouille la diffusion des émissions de télé lorsqu’on en asperge les antennes. Leur première tentative est un succès, mais le sabotage ne tarde pas à être identifié par les techniciens de la télévision, d’autant que les occupants de l’immeuble sont rendus fous furieux par l’interruption des programmes. Le docteur Loupiac, chirurgien-dentiste aux dents esquintées, libidineux et corrompu jusqu’à la moelle (Francis Blanche, odieux à souhait), subtilise les sulfateuses de Saint-Just et de Missenard avec le projet de faire chanter ces derniers. Cela ne se passe pas comme prévu : les inspecteurs de la brigade radiophonique sont persuadés qu’il est le coupable, ce qui le contraint à fuir son cabinet et à s’associer aux deux professeurs. Les trois hommes ont quarante toits à saboter, ceux des quarante élèves de Saint-Just. Ils sont traqués par deux inspecteurs et un commissaire, eux-mêmes pilotés par le directeur de la télévision, Jean-Michel Lavalette (Jean Poiret, parfait bien sûr).

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Le spectateur se régale des saynètes qui ponctuent la mission de sabotage, notamment lorsque les trois complices se réfugient chez le père d’un collégien, monsieur Delaroque (Michael Lonsdale), grand bourgeois alcoolique à qui ils se présentent vêtus de ses propres habits. Bon, ça ne se raconte pas, il faut le voir, comme il faut voir Jean Poiret se faire gratter le dos dans son bain par Bourvil3 qu’il croit être la jeune fille au pair suédoise tandis que Francis Blanche, déguisé en femme — un cauchemar —, prend la température de ladite jeune fille au pair : du grand n’importe quoi, amené avec la liberté et le détachement caractéristiques du cinéma de Mocky.

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Le plan d’Armand Saint-Just fonctionne, en tout cas : les élèves de sa classe chahutent tandis que ceux des classes voisines continuent à dormir sur leurs tables. Saint-Just décide d’expliquer ses méfaits à ses collègues, qui saluent unanimement son courage et ses résultats sans oser lui prêter main-forte, à l’exception d’une jeune enseignante, Mélane, chez qui Saint-Just et le docteur Loupiac de réfugient un temps, alors que Missenard a été arrêté.

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Lavalette, le directeur de la télévision, lance un appel à tous les spectateurs à qui il demande de monter la garde sur les toits et de trouver Saint-Just et Loupiac. Tous les hommes valides sont réquisitionnés (un poste télé couleur est promis à celui qui capturera les saboteurs), à tel point que les prostituées sont forcées de quitter la rue pour exercer leurs professions sur les toits de Paris.
Saint-Just et Loupiac kidnappent Lavalette pour pouvoir passer leur message à la télévision. Par malchance, Loupiac est emprisonné à son tour, et il ne reste plus à Saint-Just qu’une seule solution : menacer de priver la France entière de télévision en utilisant son vernis sur la tour Eiffel… Pour finir, Saint-Just aura l’honneur d’une entrevue avec le président de la République (Charles de Gaulle à l’époque). Les dernières scènes du film ont été tournées au début du mois de mai 1968, juste avant les évènements.

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La Grande Lessive (!) est inspiré d’un fait-divers authentique repéré par Mocky et Bourvil (très impliqué dans la production et le scénario du film) dans le quotidien Ouest-France : un enseignant breton, excédé par l’état de fatigue de ses élèves avait détruit les antennes de télévision de son village. Le film aurait dû s’appeler Le Shproum ou Le Tube, mais les distributeurs ont forcé Mocky à le nommer La Grande Lessive. L’année précédente, Les Grandes vacances avait été le film préféré des spectateurs français et il succédait à ce titre à La Grande vadrouille, succès historique de l’année 1966. Le spectateur semblait donc favorable aux films qui s’appelaient «le/la/les grand(e)(s) [quelque chose]». Forcé d’accepter le titre, Mocky a obtenu que celui-ci se termine par un point d’exclamation entre parenthèses, manière obscure de signifier la bêtise de ce titre imposé.

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Découvrant le thème du film qui semblait se moquer de ses spectateurs, Gaumont n’a pas cru a son succès et a décidé de sortir La Grande Lessive (!) à une période creuse, dans le but qu’il ne tienne l’affiche que deux ou trois semaines puis laisse la place à  Shalako, un western avec Sean Connery et Brigitte Bardot. Pour ce faire, Gaumont a dû contourner les règles contractuelles d’interruption de diffusion de films et tricher sur le nombre d’entrées réelles de La Grande Lessive (!). En effet, contre toute attente, le film connaissait un début de succès. Attaquée en justice par Mocky et Bourvil (je serais curieux de lire les minutes du procès), la Gaumont a été contrainte à faire marche arrière, offrant une seconde sortie et une nouvelle publicité au film qui, pour finir, aura eu deux millions de spectateurs et a été, depuis, diffusé à la télévision de manière très régulière.

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Le sérieux du sujet de Mocky est dédramatisé par la bouffonnerie générale du jeu des acteurs, tous plus cabots les uns que les autres. Pourtant, je crois bien que c’est un des films qui ont le plus participé à construire ma conscience politique. J’ai dû le voir pour la première fois à l’âge de dix ans et si certains détails m’ont échappé (le thème de l’alcoolisme notamment), son discours social sur le pouvoir des médias et l’aliénation du téléspectateur était tout à fait accessible à mon entendement et je pense (dois-je m’en inquiéter ?), que ma vision des choses n’a pas tellement progressé depuis — elle s’est tout au plus affinée et élargie, notamment grâce à des lectures comme celles de Gunther Anders, pour qui l’homo spectator (c’est moi qui emploie le terme), en faisant entrer le monde dans son salon, en abolissant les distances entre son espace intime et des célebrités ou des faits extérieurs, se voit lui-même privé de sa substance, mis en cage dans son propre foyer, transformé en ouvrier bénévole de son propre asservissement.
Évidemment, Gunther Anders traite de bien d’autres sujets, nous en reparlerons une autre fois.

  1. Quelqu’un qui n’a pas de téléviseur ne peut pas ignorer ce manque et peut même le subir, même volontairement, par les conversations dont son état le disqualifie. []
  2. Ce n’est sans doute pas un hasard si Mocky a choisi de donner à St Just un nom de révolutionnaire. C’est aussi le nom d’un personnage secondaire de la série de romans Le Mouron Rouge, mais je suppose que ce n’est pas voulu. []
  3. Scène reprise deux ans plus tard dans La Folie des Grandeurs, de Gérard Oury []

Vivre mieux, selon Le Parisien

septembre 30th, 2009 Posted in Brève, indices | 35 Comments »

Lu derrière l’épaule d’un jeune homme dans le métro, cet article du Parisien-Aujourd’hui-en-France. J’ai eu beaucoup de mal à me procurer un exemplaire. Le titre et le nom de la rubrique m’avaient bien fait rire : VIVRE MIEUX / Le site qui pousse à l’adultère.
Le bandeau de première page pointe sur l’article en annonçant, je cite : «Le site internet qui pousse à l’infidélité».
Apparemment, il s’agit d’un «coup» un peu fumeux (la boite essaie de se faire passer pour américaine, parle d’un lancement international imaginaire,…) du genre qui anime les conversations de comptoir que Le Parisien sert à susciter. La mécanique est connue : on lance une idée de service réputé choquant (faire les devoirs contre de l’argent, dénoncer les mauvais profs,…) et la presse démarre au quart de tour, quand bien même le service n’est absolument pas fonctionnel. Les choses se finissent souvent à l’Assemblée où un député de seconde zone se ridiculise en réclamant qu’on légifère sur le sujet choisi.
C’est peut-être à cause de cet article que le journal était épuisé partout, car j’apprends sur @rrêt sur image que ce matin les revues de presse radiophoniques ne parlaient que de ça. On pourra au passage s’étonner de l’absence totale de vérification des sources par Le Parisien, car plusieurs indices laissent penser que le site est un canular.

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La photographie qui illustre l’article est assez savoureuse, une main d’homme avec alliance est crispée sur son clavier. Sur ce qui est censé être un écran (mais n’en est pas un) une jeune femme place son index devant la bouche, fait signe de se taire : chuuut!. Plus bas dans l’article, un universitaire que le Parisien qualifie de spécialiste du couple parle d’attitude postmoderne et de «polygaming». En fait il s’agit plutôt d’un spécialiste des médias, Pascal Lardellier, que je connais pour avoir commis un article assez médiocre sur la bande dessinée japonaise dans Le Monde Diplomatique il y a une douzaine d’années.

Je remarque que l’article utilise Internet pour déresponsabiliser  (et déculpabiliser ?) l’adultère, et s’abrite derrière Internet pour s’autoriser à traiter le sujet : «Le site qui pousse à l’adultère» ; «Le site internet qui incite à l’infidélité» (un site/incite ?) ; «Le désir d’une relation cachée est désormais affaire d’un clic».
Bref c’est le site qui pousse, le site qui incite, et c’est le clic qui donne le désir d’une relation clandestine !

Communiquez avec 30 millions de connectés

septembre 24th, 2009 Posted in Vintage | 3 Comments »

Retrouvé dans le numéro 2 de Univers>Interactif (Avril/Mai 1995).
J’aime cette époque où le nombre de personnes avec qui on allait entrer en contact était le premier argument de vente.

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À présent, Internet n’a plus à se vendre — tout le monde sait ce que c’est, tout le monde l’utilise. Aujourd’hui, on estime le nombre d’internautes à plus d’un milliard.

Vers un avenir radieux grâce au web ésotérique

septembre 24th, 2009 Posted in Brève, indices | 1 Comment »

astrobourseJe n’ai pas beaucoup de temps pour mettre mon site à jour ces temps dernier car la rentrée est extrêmement chargée. Entre les années scolaires des différents établissements qui m’emploient qui démarrent, les projets qui auraient du être finis avant la fin de l’été et ceux qui se préparent pour les mois à venir, je n’arrête pas.

Mais comment est-ce que je pourrais m’empêcher de transmettre cet amusant communiqué de presse boursier de la société Index Multimédia déniché par hasard ?
Index Multimédia (anciennement 123 multimédia) est une startup célèbre pour son service TchaTche et pour ses services destinés aux possesseurs de portables : sonneries, logos,… Après un succès croissant jusqu’en 2005, le chiffre d’affaire de cette société, quoique conséquent, ne fait plus que régresser.

Index Multimedia lance deux nouveaux services ésotériques pour être en toute intimité le partenaire de votre vie : www.astroweb.fr et www.astroweblive.fr. Désireux de se positionner sur un marché de l’ésotérisme et de la voyance en hausse, en complémentarité avec sa gamme actuelle de produits et services innovants, la société toulousaine Index Multimedia lance deux nouveaux services www.astroweb.fr et www.astroweblive.fr pour un conseil individualisé en toute intimité.

Astroweb.fr, exhaustif et convivial, vous offre la possibilité de mieux vous connaître, de faire face à l’avenir avec sérénité et de résoudre vos problèmes personnels. […] Astroweb un vrai partenaire pour votre vie.

Sur Astroweblive.fr les plus célèbres voyants et médiums proposent des consultations par audiotel, vous serez surpris de la qualité et de l’exactitude de leurs prédictions. Choisissez celui ou celle qui sera votre guide vers un avenir radieux.

Le communiqué date de la fin du mois de juillet. Les deux sites en question semblent en panne (en tout cas aujourd’hui).
Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus, le cours de l’action d’Index Multimédia semble avoir plutôt remonté après cette annonce (sans qu’il me soit possible de dire si les évènements sont liés).
On peut en tout cas supposer que l’action se serait écroulée si l’annonce avait dit : «désormais, notre société basera sa stratégie financière, sa stratégie d’embauche et l’agencement de ses locaux  sur les conseils d’experts en Yi-King, astrologie et Feng-Shui».
En effet, l’astrologie est favorable au business, à condition d’être celui qui l’organise, pas celui qui croit les promesses d’avenir radieux.

La communication institutionnelle sur Internet en 1995

septembre 22nd, 2009 Posted in Vintage | 9 Comments »

Trouvé dans le numéro 2 du journal Interactif (Avril-Mai 1995), la page d’accueil du site de la Maison Blanche. À l’époque, tous les sites sont sur fond gris et ne contiennent pas ou peu de photos et encore moins d’efforts graphiques. Vu la mise en page, je suppose qu’il s’agit d’une grande image avec zones cliquables. Malgré les apparences, il s’agit donc d’un site extrêmement ambitieux pour l’époque.

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Il faut dire que le vice-président de l’époque, Al Gore, est sans doute la personnalité politique qui aura le plus pesé sur l’histoire du web. Alors qu’il n’était encore que sénateur, les dispositifs législatifs qu’Al Gore a imposé à l’administration de George Bush senior ont marqué le départ du chantier des «autoroutes de l’information» mais aussi permis la création du premier navigateur web largement diffusé, NCSA Mosaic.
Marc Andreessen, qui a participé à la naissance de Mosaic et qui a été plus tard le créateur de Netscape, a dit, en 2000 que, je cite : «si ça avait été laissé à l’industrie privée, ça ne serait pas arrivé, ou en tout cas pas avant des années».

Et dire qu’on l’a connue toute petite

septembre 21st, 2009 Posted in Études, Personnel | 15 Comments »

Dix-neuf ans plus tard, il fallait bien que ça arrive !

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Ma fille aînée, Hannah, vient de quitter ce matin le nid familial, direction Strasbourg où elle est inscrite en première année aux Arts-Décoratifs, excellente école pour ce qu’elle veut faire, à savoir de l’illustration. Elle va marcher dans les pas de Tomi Ungerer, Blutch, Lisa Mandel, Matthieu Sapin, Hélène Georges, Serge Bloch, Lucie Durbiano, Marjane Satrapi… Mais je crois que ce qui l’a décidée à choisir cette école parmi celles où elle était reçue, c’est que les locaux sont superbes.
On pourra suivre les progrès de la demoiselle sur son blog d’illustrations / bande dessinées. Enfin quand elle aura sa connexion Internet, ce qui n’est pas forcément pour demain.

La fois où je me suis battu contre Rolex

septembre 20th, 2009 Posted in indices, Personnel | 34 Comments »

affaire_rolexLa phrase de Jacques Séguéla en a fait bondir plus d’un : «Si à cinquante ans on n’a pas une Rolex c’est quand même qu’on a raté sa vie». Il y avait là quelque chose de tellement obscène, de tellement odieux et de tellement misérable dans cette association entre luxe ostentatoire et projet d’existence que j’ai aussitôt acheté un nom de domaine en rapport : rolexavant50ans.com. Je ne savais pas vraiment quoi y mettre, je ne voulais pas en faire un site anti-sarkoziste par exemple (la phrase de Séguéla avait été lâchée pour défendre le fait que l’actuel président porte ostensiblement une montre de luxe), ni même un site anti-séguéliste (on en ferait vite le tour).

Je voulais parler du toc, du grand vide encombrant et dominateur que constitue le monde que l’on nomme «de la communication». Le blog qui en résulte, lancé sans plan véritable avec Nathalie, propose des images de divers ordre : travaux d’artistes ou réclames pouilleuses, clins d’œil moqueurs ou points d’interrogation, oppositions, juxtapositions, collections… Et tout cela sans trop d’explications, surtout, car il s’agit d’ébaucher un portrait de la société de consommation et de son imaginaire et rien de plus. Les quelques posts explicitement imprécateurs ne sont d’ailleurs pas les plus intéressants.

Or donc, un beau soir que je me trouvais en la bonne ville de Rennes, Nathalie m’apprend au téléphone qu’il y a un problème : l’avocat de la société Rolex l’avait appelée le matin même pour lui réclamer, en toute simplicité, de transférer le nom de domaine rolexavant50ans.com à la société genevoise ou de le faire détruire. Sous peine de poursuites. Elle avait d’abord parlé à un stagiaire apparemment simple d’esprit avant d’avoir, en direct, l’avocat lui-même. La société Rolex, légitimement concernée par la contrefaçon, fait systématiquement annuler tout nom de domaine contenant le nom «Rolex».
Bravache, je m’indigne : «ça ne va pas se passer comme ça!». Nathalie m’explique que l’avocat en question lui a bien fait comprendre que nous ne ferions pas le poids, que même au cas improbable où la justice nous donnerait raison in fine, cela pèserait bien plus lourd sur notre budget que sur le leur. Je me défends : je ne vends pas de montres, quel rapport ? Pour faire tourner l’avocat en bourrique, je lui demande de me fournir la preuve que le nom Rolex est bien une marque déposée valide. Tout en me rappelant poliment que je n’ignore pas la notoriété de Rolex puisque je cite le nom dans un nom de domaine, il s’exécute et me fournit une copie du trademark de Rolex. En revanche il ne m’a pas fourni la preuve qu’il représentait bien la société Rolex, arguant du fait qu’il n’a en aucun cas le droit de prétendre représenter un client sans que celà soit vrai — argument étonnant puisque c’est comme si quelqu’un disait qu’il n’a pas pu commettre un vol parce que le vol est illégal.

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On pouvait continuer longtemps dans le registre des taquineries (je rends hommage au calme dont a fait preuve l’avocat en question) mais j’ai un peu réfléchi. D’une part je n’ai pas les épaules pour me lancer dans un procès (les seuls avocats que je connaisse servent à préparer des guacamoles), et d’autre part, l’idée qui a motivé l’achat du nom de domaine n’avait jamais été de parler d’un honorable horloger de précision helvétique : je m’en fous complètement des Rolex, ce sont plutôt ceux qui les portent et les raisons pour lesquelles ils veulent qu’on voie qu’ils les portent qui m’intéressent.
Donc j’ai laissé choir, non sans exiger qu’on me rembourse le prix de l’acquisition du nom de domaine, exigence à laquelle, toujours très calme, l’avocat m’a répondu que son client acceptait de payer la somme de 4,90 euros que j’avais précisément demandé, en remboursement. J’aurais adoré qu’ils refusent de payer une somme si mesquine, mais non. Je me demande si l’avocat a réellement appelé les directeurs généraux de Rolex pour leur demander si ça ne les gênait pas de me rembourser cinq euros. J’ai un petit doute.
Entre temps, le contenu du site rolexavant50ans point com a déménagé pour l’adresse grossemontreavant50ans point com.

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Au moment d’effectuer la destruction du domaine, je m’aperçois que l’opération est plus difficile que prévu. D’abord on me le refuse pour une question de délai réglementaire entre le moment de l’enregistrement du nom et le moment de ma requête (j’explique ça à l’avocat qui accepte d’attendre), mais ensuite on m’apprend qu’il faut que j’imprime puis que je remplisse un formulaire à adresser à mon registrar (la société auprès de laquelle le nom est enregistré) par recommandé. Voyant l’énergie que cela réclamerait (la poste se trouve à un quart d’heure de marche) et le coût (comment donc, m’indignais-je, je ne vois pas pourquoi je paierais 3 euros pour céder un bien que j’ai acquis !), je ne me suis pas exécuté, contrairement à la promesse que j’avais faite et préférant le procès : qu’ils viennent ! Je ne saurais dire où finissent la paresse et la tendance à la procrastination et où démarre l’orgueil dans cette affaire pitoyable.
Pour finir, l’avocat me propose simplement de lui fournir mon code d’autorisation de transfert, acceptant de se charger du reste à ses frais. Fair enough : après tout, je les aurais assez embêtés comme ça.
Trois jours après m’être exécuté, écrasé, couché, rendu, je reçois un mail m’informant que la société «domaindiscount24» veut initier un transfert du nom de domaine rolexavant50ans.com et me demande si je l’accepte. Je clique.
Fin de l’histoire. Pas de quoi se vanter, mais j’espère que je vous aurai fait rire un peu.

(illustrations : la photo de gâteau a été piquée au blog culinaire Sucrissime. Le troll et le géant doré viennent du jeu Guildwars. Les bourgeois de Calais proviennent d’une illustration scolaire)

Gros doute

septembre 18th, 2009 Posted in indices | 70 Comments »

desirsdavenirCes derniers jours j’ai ri parmi les hyènes du nouveau site de Ségolène Royal, desirsdavenir.org, lancé le 15 septembre. Ce site, laid au dernier stade, rappelle ceux de l’Église de Scientologie ou du gourou Raël. Les typographies employées sont ridicules, les rubriques ont leurs noms disposés dans des cartouches aux bords arrondis, rangés de part et d’autre d’une vidéo où l’ancienne candidate à la présidentielle exprime son indignation tous azimuths. Cette vidéo centrale fait très télévision, très je-ne-comprends-rien-au-net1.
Elle force légèrement son côté dame de catéchisme, allant jusqu’à paraphraser les évangiles («une maison doit être construite sur des fondations solides…»). La mise en page, prévue pour s’inscrire dans l’écran de manière frontale fait plus tract politique ou powerpoint que site web. Dans la version d’origine (vite changée), le fond de l’écran était entièrement occupé par un paysage grandiloquent de steppe au soleil couchant, image qui s’est avérée faire partie des fonds d’écran donnés avec le système d’exploitation Windows.
À tout ce ridicule s’en est ajouté un autre : L’Express a révélé que la société responsable de ce fiasco avait adressé une facture de 41 860 euros à Pierre Berger, mécène de Ségolène Royal. Et Pierre Berger refuse d’honorer cette facture. La société prestatire n’a pas de site web (chose inédite dans le domaine) et surtout, s’avère (selon l’Express) être dirigée par le compagnon de Ségolène Royal.

Une petite mise au point pour commencer. Quarante mille euros pour un site web d’institution ou de parti politique, ça n’est pas nécéssairement trop, tout dépend ce que comprend la prestation. Ici, le résultat n’est pas à la hauteur du montant réclamé, c’est vrai, mais si l’on pouvait voir ce qu’ont payé tel et tel député, ministre, etc., pour leurs sites internet, il y aurait sans doute souvent de quoi rire ou de quoi s’indigner. Pas la peine de rappeler les scandales qui ont entouré récemment la création de noms ou de logos d’institutions publiques.

desirsdavenirmeme1

Ici, la blogosphère a tranché. Spontanément, divers webmestres ont publié des pastiches, des  jeux, des générateurs de faux sites, ou des vidéos consacrés à moquer le site désirs d’avenir. Il y a même eu un concours de «meme»2 sur un site créé pour l’occasion. Le serveur qui héberge désirs d’avenir, submergé de visites, n’a pas tenu le choc, et il a très rapidement été impossible de le consulter.
La cible de ces moqueries a agravé les choses par une défense au comique involontaire assez puissant puisqu’elle voit dans les centaines de milliers de connexions sur son site, je cite, «un succès formidable» tout en assurant son public qu’elle tiendra compte des suggestions qui lui ont été faites. Une de ses assistantes, Sophie Bouchet-Petersen, dénonce quant à elle «une opération soigneusement orchestrée» destinée pense-t-elle à détourner l’attention des français des deux problèmes du moment : la taxe carbone et la spoliation de votes de militants du parti socialiste dont aurait été victime Ségolène Royal.
Pour ma part, je suis prêt à parier que la majorité des auteurs de pastiches du site de Ségolène Royal ont voté pour elle à l’élection présidentielle (par conviction ou par défaut), et ne travaillent pas pour l’UMP ni même pour un courant antiségoléniste du Parti Socialiste. Il n’y a pas de complot, on pointera tout au plus du doigt une flagrante malhonnêteté intellectuelle de la part de L’Express qui cherche à scandaliser le bon peuple en sortant de gros chiffres : quarante mille euros c’est beaucoup d’argent bien entendu, mais comme je le dis plus haut, s’il y avait écrit le prix payé sur chaque site internet, il y aurait de belles surprises (de tous ordres, d’ailleurs). Quant au fait que ce soit la-boite-du-copain qui se soit fait confier la réalisation du site, ma foi, ça n’est pas un problème juridique ni même moral, un particulier ou un courant politique n’étant pas astreints à organiser des appels d’offre que je sache. On ne cherche pas toujours bien loin ses prestataires.

desirsdavenirmeme2

S’il n’y a pas de complot, pas de conjuration, je crains que l’affaire soit le symptôme de quelque chose de bien plus grave (et je bats ma coulpe, je n’ai pas été le dernier à faire circuler les adresses des sites moqueurs — d’autant que certains restent fort drôles), celui d’une société restée méchament phallocrate, où l’on s’indignera vertueusement des plaisanteries de café du coin d’un ministre d’état comme Brice Hortefeux, où l’on manifestera de la haine envers un président jugé agressif, mais où on traitera avec un mépris certain les Ségolène Royal et autres Rachida Dati dont les fautes ne sont pas forcément plus graves que celles des précédents cités. Aux vainqueurs de l’élection, on montre finalement plus de respect qu’aux vaincus (Vae Victis) ; Aux hommes, infiniment plus qu’aux femmes.
J’ai l’impression que si une femme mène une vie de femme, on ne le lui pardonne pas. Ségolène Royal a été crédible comme chalenger à une élection nationale lorsqu’elle était la compagne autoritaire d’un premier secrétaire empoté, et plus encore lorsqu’elle s’en est séparée. À présent, à nouveau «casée» (ainsi que le rappelle lourdement cette affaire de prestation de services), elle n’est plus qu’un sujet de moquerie, comme si le fait d’avoir un compagnon lui donnait d’office une position subalterne incompatible avec tout rôle dominant. De son côté, un Silvio Berlusconi affirme sa position de chef en Italie avec une vie affective (si l’on peut dire) basée sur le recours aux services de call-girls…
Il y a un problème, non ?

  1. Ce que Ségolène traduit par «une nouvelle maquette accessible à tous et pas seulement aux internautes confirmés».  []
  2. Les meme, sur Internet, sont des créations virales qui se diffusent à partir de mêmes éléments (musique, vidéo). Je ne saurais pas le définir très bien (et personne ne le peut pour l’instant à mon avis) mais le nom vient du mème de Richard Dawkins, qui est un réplicateur conceptuel/culturel comme les gènes sont des réplicateurs biologiques. []

Réglementer la retouche photo ?

septembre 16th, 2009 Posted in Images | 57 Comments »

piedblancNe mangez-bougez plus, le petit oiseau va sortir !
Il y a quelques années encore, le public ignorait tout de la retouche photo. J’ai un peu raconté sur ce blog mon apprentissage du métier de retoucheur photo, au milieu des années 1980. On travaillait au crayon conté et au pinceau, c’était un métier très technique qui réclamait un certain savoir, beaucoup de soin et un coup d’œil certain (que je n’avais sans doute pas). Et puis Photoshop est arrivé, puis s’est perfectionné : à présent, grâce à cet outil, c’est avant tout le coup d’œil qui compte. Tant mieux du reste. Le site Photoshop disasters prouve régulièrement que, contrairement à ce qu’on voit dans les films, l’outil ne fait pas tout : raccords étranges, objets imparfaitement gommés, corps improbables,… les pires horreurs paraissent dans la presse et ne sont pas toujours remarquées.

Quel est l’impact des images factices sur la représentation que nous nous faisons de notre propre corps ? Il est sans doute considérable. Un groupe de députés vient de déposer une proposition de loi relative aux photographies d’images corporelles retouchées, destinée à compléter l’actuel article de loi Alimentation, publicité et promotion qui impose aux annonceurs pour certains produits alimentaires de faire figurer un avertissement sanitaire.

Considérant, je cite, que «(…) ces images [les images retouchées] peuvent conduire des personnes à croire à des réalités qui, très souvent, n’existent pas» et «répondant aux préoccupations du Gouvernement (…) de la proposition de loi visant à combattre l’incitation à l’anorexie», les parlementaires proposent de signaler la retouche sur les publicités destinées à la presse écrite et à l’affichage, mais aussi sur les images qui figurent sur l’emballage des produits, sur les affiches de campagne politique ou encore, sur les photographies d’art.
Sur la notion de «photographie d’art», je m’interroge un peu : faudra-t-il mettre un message de type «Mangez bougez» sur les photographies d’André Kerstész et de Man Ray ?

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Le message qui a été proposé pour signaler l’imposture est «Photographie retouchée afin de modifier l’apparence corporelle d’une personne», quant à l’amende, en cas de non respect de l’article, elle serait de 37 500 euros mais pourraît même atteindre jusqu’à 50% des dépenses consacrées à la publicité.

Je suis curieux de savoir où se trouve la limite : est-ce que lisser le grain de la peau d’un mannequin ne constitue pas déjà une tromperie qui laisse croire à chacun qu’il a absolument besoin de la crème hydratante que la jeune femme tient dans la main ?
Curieusement, il n’est pas question de publicités audiovisuelles, alors que nous savons que l’image vidéo n’est plus, et depuis longtemps, le compte-rendu objectif d’un enregistrement mais peut être tout aussi factice qu’une image fixe. Et cela ne va pas s’arranger, car si aujourd’hui la retouche vidéo demande de gros moyens et un savoir-faire, des solutions accessibles (techniquement en tout cas) sont sur le point d’être commercialisées, comme Unwrap Mosaic, de Microsoft.
Et allons plus loin encore : que penser des personnes dont l’apparence a été modifiée non par trucage mais par chirurgie esthétique ? N’imposent-elles pas elles aussi une image irréelle (pas inaccessible cependant) de la beauté ?
À suivre…

(merci à Olivier Auber, pixeltoo, schiste, JM Manach et bien d’autres pour avoir signalé le projet de loi sur Twitter, et merci à ma fille Florence pour avoir remarqué l’affiche reproduite ci-dessus). Lire ailleurs : Pour une police de l’apparence (André Gunthert), Loi de la retouche ou retouche de la loi ? (Olivier Ertzscheid). Voir aussi la précédente tentative de proposition d’amendement en rapport par la députée Valérie Boyer (Arrêts sur image).