Profitez-en, après celui là c'est fini

Dark Angel

février 22nd, 2010 Posted in Hacker au cinéma, Surveillance au cinéma | 9 Comments »

Interrompue après deux saisons seulement, Dark Angel se regarde pourtant avec plaisir et, pour ce qui me concerne, avec un certain intérêt. La série a disparu à cause de la chute du nombre de téléspectateurs pour sa seconde saison, chute due à un changement de jour de diffusion aux États-Unis, passé du mardi soir au vendredi soir. La rumeur impute ce changement de jour suicidaire à un désaccord scénaristique entre le diffuseur Fox et les créateurs de la série, James Cameron et Charles Eglee. Parmi les points litigieux, les uns et les autres semblent avoir eu une vision différente de la manière dont devait évoluer la vie sentimentale de l’héroïne. D’autres rumeurs incriminent l’éphémère série Firefly, par Joss Whedon, qui était une priorité pour Fox. Je n’en sais guère plus, mais Dark Angel a conservé, dix ans après, une solide base de fans, lesquels militent toujours à coup de pétitions pour qu’une troisième saison soit tournée.

L’histoire commence près de dix ans après la diffusion de la série, démarrée en octobre 2000. En 2009, donc, se produisent les deux évènements fondateurs de l’univers de Dark Angel. Tout d’abord des jeunes gens nés de manipulations génétiques s’échappent du centre ultra-secret où on les entraînait à devenir des super-soldats. Ils se dispersent avec l’intention de vivre normalement. Parmi eux se trouvent la petite X5-452 (que nous connaîtrons plus tard sous le nom qu’elle s’est donnée à elle-même : Max Guevara), l’héroïne de Dark Angel.
Dans la séquence d’ouverture de la série on voit des enfants courir en chemise de nuit et pieds nus dans la neige, en pleine nuit, poursuivi par des militaires armés et équipés de scooters des neiges… Tous ne parviennent pas à s’échapper.

Quelque temps plus tard, un groupe terroriste se rend responsable d’une catastrophe technologique planétaire en provoquant une impulsion électro-magnétique qui annihile toutes les données numériques, perturbe les communications et désorganise le réseau électrique. En quelques secondes, le monde, et notamment les États-Unis, basculent dans un chaos complet.
Dans de nombreuses fictions (James Bond, 24 heures chrono,…), le héros empêche une telle catastrophe d’advenir. Dans Dark Angel, c’est le début de l’histoire.
L’Impulsion électromagnétique n’est pas une fantaisie de scénariste, c’est un effet physique qui est pris très au sérieux par les experts en stratégie militaire : en faisant exploser une bombe atomique dans certaines couches de l’atmosphère, on peut provoquer un véritable tsunami électromagnétique apte à paralyser longuement tout appareil électrique ou électronique et à supprimer toutes les données qui sont stockées magnétiquement (disques durs, mémoires flash, disquettes, bandes magnétiques). On pense par ailleurs qu’une catastrophe de ce type peut advenir de manière naturelle, à l’occasion d’une éruption solaire particulièrement violente comme celle de 1859.

Dans Dark Angel, la catastrophe n’est pas la seule explication du déclin américain, elle est plutôt le révélateur d’une fragilité extrême qui procède surtout d’un abandon de toute idée de progrès, y compris au niveau social. La science et les technologies ont connu des développements mais ceux-ci ne sont que les conséquences prévisibles de progrès antérieurs et ne profitent au fond qu’à l’armée ou à des intérêts privés et mal intentionnés — le premier « méchant » que l’on rencontre dans Dark Angel est à la fois un parrain de la drogue et un important patron dans l’industrie pharmaceutique qui s’entend avec l’état pour fournir les vétérans de la guerre des Balkans en faux médicaments. Un des personnages de la série résume les choses ainsi : « le gouvernement, la police, tout ce qui devait protéger les gens a été retourné contre eux »1. On retrouve là un trait typique de la vision du rapport entre technologie et société que James Cameron développe dans ses films, de Terminator à Avatar. Comme toujours, le propos politique de James Cameron peut facilement passer inaperçu, car s’il dit les choses, lourdement parfois, il ne dépense jamais d’énergie à dire qu’il les dit, et c’est sans doute ce qui lui permet de développer une critique sociale et politique à l’insu des spectateurs qui bouderaient son propos s’ils y voyaient une forme de propagande. Passionné de sciences et de technologie, James Cameron semble persuadé que les motivations des grosses sociétés et des états transforment les technologies en un fléau.
Mais le remède à ce fléau réside aussi dans la technologie et c’est le cas ici : Max Guevara (Karl Marx / Che Guevara ?), née du génie génétique, est aussi le pire ennemi de ceux qui ont voulu faire d’elle une arme de guerre. Quant à son ami Logan, il profite de ses compétences informatiques mais aussi de l’argent (sale) de sa famille pour être « Eyes only » (en français : « le veilleur »), un cyber-journaliste qui émet des émissions pirates d’une minute dans lesquelles il dévoile le résultat de ses enquêtes sur des projets secrets, des personnalités corrompues, etc.

Dans l’épisode pilote, que se situe en l’an 2019, Max est âgée de dix-neuf ans et est employée par Jam Pony, un service de coursiers à bicyclette de Seattle. Cet emploi lui permet entre autres de bénéficier de laisser-passers car la ville est quadrillée de zones hermétiquement closes et dont les limites sont gardées par des policiers. Max fait son possible pour rester inconnue des gens de Manticore, le centre secret où elle a grandi, dont elle est recherchée. Elle ne s’intéresse pas à la politique, mais elle espère retrouver la trace des autres jeunes gens échappés de Manticore en même temps qu’elle, ce pourquoi elle loue les services d’un détective privé. Pour payer ce dernier, elle effectue des cambriolages, profitant de ses capacités physiques hors du commun. Un soir, elle pénètre un appartement cossu où elle rencontre Logan Cale, le cyber journaliste, et comprend qui il est. Profitant de ses contacts et de son accès aux bases de données policières, Logan ne tarde pas à en savoir long sur Max. Il lui propose un partenariat : il lui fournit des informations pour qu’elle l’aide à jouer les redresseurs de torts. En échange, il l’aide à enquêter sur le centre de Manticore et lui fournit de l’argent. Au cours de l’épisode, Logan est blessé dans une fusillade, ce qui le laissera paraplégique. À compter de ce moment et pour quarante-deux épisodes, Max et Logan font équipe : lui, handicapé et immobile mais capable de savoir tout ce qu’il se passe dans la ville ; elle, mobile et indépendante mais vivant sans projet particulier : en héroïne cyberpunk typique, elle cherche à se débrouiller et, s’il ne tenait qu’à elle et si elle avait le choix, il est probable qu’elle admettrait le monde tel qu’il est.

Max, comme tous les anciens cobayes de Manticore, a un code-barre tatoué sur la nuque et souffre de temps à autres de crises neurologiques dues à une fragilité génétique. Pour y survivre, elle doit se procurer un médicament spécial qu’elle achète au marché noir.

Dans l’univers de Dark Angel, les gens sont habitués à se débrouiller : ils graissent la patte d’un policier pour avoir le droit de profiter d’un squatt ils vivotent grâce à de petits boulots et ils évitent de se faire remarquer des drones qui patrouillent en permanence au dessus de la ville. Malgré la difficulté de leurs existences respectives, les habitants du Seattle de 2019 font preuve pour la plupart d’une grande solidarité. Cela permet à la série de développer pléthore de seconds rôles parfois très réussis, notamment ses collègues Original Cindy, Sketchy et Herbal, sa co-locataire Kendra et son employeur Reagan Ronald, surnommé « Normal » du fait de ses positions néo-conservatrices complètement décalées dans un monde à la dérive. Un autre personnage important est le colonel Lydecker, qui traque Max sans relâche d’épisode en épisode. Il existe d’autres personnages vraisemblablement inventés pour les facilités scénaristiques qu’ils apportent, comme l’inspecteur de police et le médecin qui sont amis et complices de « Eyes only ».

Au fil des épisodes, la série perd un peu de son caractère d’origine. Peu à peu, les décors sont moins ambitieux — les voitures équipées de bombonnes de gaz, les foules de clochards ou les paysages urbains inspirés de Hong Kong ou Tokyo2 se font rares par exemple. Deux éléments thématiques sont ajoutés à la série au cours de la seconde saison : la découverte d’une société secrète millénaire qui produit aussi des surhommes et qui a un rapport avec Manticore, d’une part, et l’intervention d’évadés transgéniques physiquement monstrueux, comme Joshua, le pacifique géant mi-homme mi lion, qui donnent à la série un petit côté bouffon. En fait, dans la seconde saison, on a l’impression que les scénaristes ont exploré de nombreuses pistes, notamment inspirées par la série Buffy, qui était alors au faîte de sa popularité, ou encore de la série X-Men, pour obtenir un regain de succès. Le résultat est malheureusement plutôt une dispersion des bonnes idées. À la fin de la série, les humains transgéniques, devenus une foule nombreuse, se réfugient dans Terminal City, une zone sinistrée et chimiquement malsaine de Seattle, où ils créent leur propre gouvernement baptisé Freak Nation3. Pour finir, on comprend même que Max n’est pas une « transgénique » comme les autres, qu’elle possède quelque chose d’unique qui fait d’elle une sorte de messie et d’enjeu pour la survie de l’humanité entière… Hum. Il est sans doute heureux que la série se soit interrompue à la seconde saison, tout compte fait.

Le personnage de Max Guevara s’inscrit dans la tradition des « ass-kicking girls » (les filles botteuses de train) avec Wonder Woman (l’originale, car celle de la série télévisée ne fonctionne pas du tout), Emma Peal (The Avengers), le lieutenant Ripley (Alien), Sarah Connor (Terminator), Nikita, Pocahontas, Lara Croft, Sydney Bristow (Alias), Buffy et Faith (Buffy) et River Tam (Firefly). Comme Buffy, elle est directement inspirée par le personnage de Spiderman (James Cameron a d’ailleurs travaillé sur Dark Angel après avoir abandonné la production d’un Spiderman au cinéma), c’est à dire un héros au physique poids-mouche et au sens de l’humour développé qui tente de mener de front une vie privée chaotique et, incognito, une mission ingrate et non désirée mais d’intérêt public.

La dernière image de l’ultime épisode montre les « transgéniques » de Terminal City en train de hisser leur drapeau à la manière des soldats d’Iwo Jima, clin d’œil d’un goût douteux qui intéressera les lecteurs de l’étonnant Diplopie, par Clément Chéroux, ouvrage qui montre entre autres le glissement iconographique qui a permis aux médias d' »héroiser » l’attentat du 11 septembre 2001 : l’image qui s’est imposée aux États-Unis en lieu et place de celle des tours effondrées a été celle des pompiers new-yorkais hissant le drapeau de leur pays sur les ruines des tours…
Dark Angel est contemporain de l’attentat des tours jumelles puisque la seconde saison a commencé à être diffusée le 28 septembre 2001.

Dark Angel reste une des rares séries que l’on peut qualifier de cyber-punk4 ou de bio-punk. L’interprète, Jessica Alba, était impeccable dans son rôle (on regrettera de voir la même actrice si mal employée dans le rôle de Sue Storm, dans la série filmée des Fantastic Four) et la bande son alterne hip hop et trip hop avec de grands noms (MC Lyte, Public Enemy, Tricky, Q-Tip, Foxy Brown et bien d’autres) qui participent à installer une ambiance plutôt originale où le désespoir d’un futur bouché ne parvient jamais à s’imposer complètement.
Il existe des romans et des jeux vidéo inspirés de l’univers de Dark Angel mais je ne les connais pas et j’ignore s’ils sont intéressants. Malgré tout ses défauts, la série vaut encore d’être vue, dix ans plus tard.

  1. « The governement, the police, everything intended to protect the people had been turned against them » — Logan Cale, dans le premier épisode.  []
  2. Les mégapoles asiatiques sont une référence incontournable du registre cyberpunk, sans doute parce qu’elles sont un modèle de télescopage entre modernité technologique et désordre visuel. []
  3. Ce qui rappelle un peu Alien Nation, un film de série B et une série télévisées de 1988 qu’avait produites Gale Ann Hurd, l’épouse de James Cameron à l’époque []
  4. Dans le registre, citons Max Headroom, qui contient aussi un personnage de cyber-journaliste, et Robocop, où de la même manière la frontière entre sécurité et fascisme est assez mince et où le progrès technologique et le déclin social ne sont pas incompatibles. []

Internet ? Bof ! (1995)

février 21st, 2010 Posted in Mémoire, Vintage | 8 Comments »

Il y a quinze ans, l’astronome, ingénieur et essayiste Clifford Stoll a publié dans NewsWeek (27 février 1995) un article intitulé « Internet? Bah! » dans lequel il prenait position contre l’euphorie qui naissait autour du réseau et du multimédia. Il n’était pas ignorant de son sujet puisqu’il a connu le réseau dès ses débuts et qu’il avait eu un rôle important dans la capture du célèbre hacker Markus Hess, quelques années plus tôt. La publication de l’article précèdait la sortie de Silicon Snake Oil — Second Thoughts on the Information Highway, un essai du même auteur.

La lecture de l’article en anglais est édifiante, mais voici brièvement son propos : La politique sur Internet ? Impossible. Pour preuve, dans le comté de Westchester, une expérience de mise à disposition des communiqués de presse sur Internet ne touche qu’une trentaine d’électeurs ; L’accès au savoir ? Irréaliste, le réseau est trop désordonné, il est impossible de trouver une information aussi élémentaire que la date de la bataille de Trafalgar ; La lecture sur Internet ? Trop inconfortable, jamais la lecture du journal sur un écran ne concurrencera la lecture sur papier ; Le commerce en ligne ? Impossible encore, les transactions financières ne sont pas assez sûres, et le public veut parler à des vendeurs humains ; Acheter des billets de train ou d’avion sur le web ? Tout aussi absurde pour les mêmes raisons !

Ce que je trouve intéressant dans le propos de Clifford Stoll, ce n’est pas tant qu’il se trompait sur tout, mais qu’il démontre qu’il était encore possible, en 1995 (année de l’accès au réseau par le grand public), de ne voir dans Internet qu’un engouement passager autour d’un jouet finalement destiné à n’être utilisé que par une poignée de spécialistes.

(illustrations : Jen, incompétente chef de bureau dans la série The IT Crowd et victime d’un canular de ses collègues, présente un boitier noir aux actionnaires de la société Reinholm Industries comme étant « Internet » : léger, sans fil, prêté par le « conseil des sages du réseau » et démagnétisé par Stephen Hawkins lui-même afin de pouvoir être transporté sans danger. Devant un public conquis, elle explique qu’il faut éviter les photographies au flash car cela pourrait abimer Internet, ce qui aurait pour résultat de plonger le monde dans la barbarie la plus sombre)

The Anderson Tapes

février 20th, 2010 Posted in Surveillance au cinéma | 4 Comments »

Le DVD était soldé quatre euros. La collection s’appelle « Martini movies ». Le film, The Anderson Tapes (en Français : Le dossier Anderson) date de 1971 et est réalisé par Sidney Lumet (Douze hommes en colère, SerpicoUn après-midi de chienNetwork,…). Sur la jaquette, fort laide, on voit Sean Connery quarantenaire, Christopher Walken dont c’est le premier vrai rôle au cinéma et Dyan Cannon, troublant sosie de l’ancien garde des sceaux Élisabeth Guigou. Dyan Cannon est connue pour avoir été l’avant-dernière épouse de Cary Grant et pour avoir incarné le juge Whipper (c’est à dire « fouettard », qui est incompréhensiblement rebaptisée « juge frimousse » dans la version française) de la série Ally McBeal.
Je n’avais jamais entendu parler de ce film et la mention « Martini Movies » promettait un film policier ou un film d’espionnage suranné et réjouissant.
Bref, une acquisition irrésistible.
Les bandes magnétiques visibles au premier plan du visuel de la jaquette auraient dû me mettre la puce à l’oreille : The Anderson Tapes a plus d’un lien avec les sujets que je traite régulièrement sur le présent blog.

Le film commence par un générique rédigé en typographie de type MICR, évoquant fortement l’informatique, nous verrons plus loin pourquoi. Sur un écran de télévision, filmé en direct avec une caméra vidéo portable, Sean Connery raconte son parcours de cambrioleur pendant une séance de discussion de groupe entre détenus d’une prison. Il évoque le caractère (dit-il) sensuel du métier de perceur de coffres-forts. L’animateur de la discussion lui fait remarquer que son métier de cambrioleur était peut-être un dérivatif, un moyen de remplacer une vie affective normale.

Le cinéphile trouvera savoureux d’établir un parallèle avec le film Marnie (1964) de Sir Alfred Hitchcock, qui est pour les uns le dernier chef d’œuvre du maître, pour les autres, le début de la fin de sa carrière, et dans l’absolu, un des plus cuisants échecs commerciaux du maître du suspense comme de Sean Connery lui-même, qui tentait alors sans succès d’exister par un autre biais que par son rôle de James Bond. Dans Marnie, le personnage de Mark Rutland, interprété par Sean Connery, enquêtait sur une de ses employées, Marnie Edgar (Tippi Hedren), qu’il avait pris en flagrant-délit de dévaliser son coffre-fort. Plutôt que de livrer Marnie à la police, il l’avait  laissé faire et l’avait forcée à l’épouser. La scène du coffre-fort reste un petit chef d’œuvre de perversité et Hitchcock établit constamment un lien psychanalytique entre le vol et la sexualité — parallèle assez naïf et furieusement phallocrate ou en tout cas très daté : le héros épouse sa femme en la faisant chanter mais lorsqu’elle lui refuse ses faveurs, c’est parce qu’elle est névrosée ! Malgré toutes ses qualités cinématographiques, Marnie est à peu près aussi « psychologique » (qualité qu’on lui prête souvent) que La mégère apprivoisée de Shakespeare.

The Anderson Tapes est selon beaucoup d’historiens du cinéma le film qui a permis à Sean Connery d’abandonner son rôle de James Bond. Tout s’y passe à l’envers de Marnie : le héros n’a que peu de contrôle sur les évènements dont il se croit le planificateur ; la belle blonde est amoureuse de lui mais exerce le métier de courtisane et elle quittera assez cyniquement le cambrioleur, dont elle est pourtant amoureuse, pour son « bienfaiteur ».
Enfin, le climax moraliste est tout sauf un happy-end. Il a été imposé par les producteurs qui avaient peur que l’impunité du héros fasse fuir le public.

The Anderson Tapes se résume rapidement : à peine sorti de prison, Sean Connery décide de dévaliser l’immeuble huppé dans lequel habite sa maîtresse, le jour du labour day, à New York. La première partie du récit est consacrée à la préparation de l’opération : recrutement de complices, pourparlers avec la maffia, repérages,… La seconde partie du film montre le cambriolage en train de se faire, l’action de la police et la fin funeste de l’entreprise. Le récit du cambriolage est intercalé de scènes situées dans le futur, pendant l’enquête qui va suivre. Les témoins ou les victimes racontent ce qu’ils ont vu, entendu ou ressenti. Ce montage non-linéaire fonctionne assez bien.

Cette trame mille fois traitée au cinéma se distingue ici par le motif redondant de la surveillance. Le tout début des années 1970 marque en effet le départ véritable de la surveillance vidéo urbaine1. Plus étonnant rétrospectivement, The Anderson Tapes évoque la surveillance sonore par les services de police ou le FBI, détail prémonitoire à l’affaire du Watergate, qui a éclaté le 17 juin 1972, soit un an jour pour jour après la sortie du film. Chaque fois qu’un dispositif de surveillance apparaît à l’écran, il est salué par un son de synthétiseur analogique, qui nous signale que le fait est d’une nouveauté et d’une modernité extrême, aux limites de la science-fiction.
Pour « Duke » Anderson, qui a passé des années en prison, ce monde de surveillance est quelque chose de complètement nouveau, et ce film aura au moins la vertu de nous rappeler que les caméras omniprésentes dans l’espace public ont un jour été quelque chose d’inédit.

Dans The Anderson Tapes, le processus de préparation du cambriolage rencontre constamment des services de surveillance qui ne communiquent pas entre eux : services fiscaux, surveillance politique (avec la surveillance d’un local des Black Panthers, notamment), police, brigade des stupéfiants, détectives privés,… Mais c’est chaque fois par accident car « Duke » Anderson, le héros, n’est pas surveillé (excepté au début du film, peu après sa libération, lorsqu’il est pris pour un voleur alors qu’il essaye d’aider un ancien co-détenu dans une gare ferroviaire), il est amené à fréquenter des gens qui le sont, mais personne ne s’intéresse à son cas à lui, et donc son opération de cambriolage est préparée puis exécutée sans que les services policiers concernés soient avertis.
C’est finalement un enfant paraplégique et radio-amateur qui préviendra la police.

Le film contient une certaine part d’humour noir en ce sens que tous les gens « normaux » et respectables ont des réactions anormales au cambriolage : une vieille dame y voit l’aventure de sa vie, un homme marié préfère laisser son épouse se faire torturer (ce qui n’arrive pas) que de donner la combinaison de son coffre, le gardien de l’immeuble accepte contre un petit billet que les locataires (ses employeurs) soient espionnés, et l’état dépense une énergie considérable à surveiller les citoyens. Lorsque l’affaire du cambriolage de John « Duke » Anderson et ses complices est terminée, tous les services qui ont pratiqué des activités de surveillance se dépêchent de tout effacer car leurs enregistrements sont illégaux, donnant raison à « Duke » qui expliquait au début du film à quel point la frontière qui sépare parfois l’illégalité de la légalité peut être fine : « Qu’est-ce que la publicité sinon un abus de confiance légalisé ? Et que diable est le mariage ? Extorsion, prostitution et racollage avec un cachet gouvernemental. Et qu’est-ce que la bourse ? Une course de chevaux truqués.  Dans certains business, un gars vole une banque et c’est une réussite. On voit sa tête sur tous les magazines. Un autre gars vole un magazine et il se fait arrêter ».2

The Anderson Tapes traite de nombreux sujets d’une grande actualité au moment de sa sortie et semble porter un message politique : la société peut se montrer hypocrite et l’état est parfois l’ennemi du citoyen.
Pourtant l’ensemble reste léger et profite d’une bande originale toute en orgue Hammond par le grand Quincy Jones, qui préfigure un peu son désormais classique3 Summer in the city sorti deux ans plus tard.

  1. Selon Wikipédia, la ville d’Olean, dans l’état de New York, a été la première municipalité américaine à s’équiper d’un réseau de caméras, en 1968. []
  2.  What’s advertising but a legalized con game? And what the hell’s marriage? Extortion, prostitution, soliciting with a government stamp on it. And what the hell’s your stock market? A fixed horse race. Some business guy steals a bank, he’s a big success story. Face in all the magazines. Some other guy steals the magazine and he’s busted. []
  3. Summer in the City par Quincy Jones est une reprise de la chanson de Lovin’ spoonful, mais la version de Quincy Jones a connu un regain de succès récent en servant de base à des morceaux emblématiques du Trip hop et du Hip Hop par Massive Attack, Nightmares on Wax et Pharcyde notamment. []

iProcessing

février 18th, 2010 Posted in Brève, logiciels | 9 Comments »

Le grand suspense de mon existence d’homme moderne, c’est de savoir si un jour je serais acculé à utiliser un téléphone portable. Jusqu’ici j’ai réussi à l’éviter mais régulièrement je m’aperçois qu’un service ne m’est pas aisément accessible précisément parce que je n’ai de téléphone mobile1.
Ceci étant dit, je ne suis pas mécontent d’apprendre qu’il existe enfin un portage de Processing sur iPhone (et donc, je suppose, iPad). Pour l’utiliser, il faut employer l’IDE de programmation Xcode (sur Macintosh exclusivement).

Il s’agit en fait d’une adaptation à l’iPhone de processing.js (implémentation du langage Processing écrite en Javascript) qui s’est vu adjoindre les fonctions javascript/HTML5 de la plateforme iPhone, notamment les fonctions liées à l’interactivité. Beaucoup de commandes de processing n’existent pas dans son implémentation javascript : communication avec les imprimantes, appels à des librairies diverses, enregistrement d’images, courbes de Bézier, 3D,… Mais cette plate-forme progresse régulièrement et ses performances ne sont pas ridicules. On ne pourra sans doute pas tout faire avec iProcessing, mais ça a le mérite d’exister (merci Jean-Michel pour le signalement).

voir aussi : Processing pour téléphone Android, Processing pour openFrameWorks, Processing.

  1. Les billets de train sont par exemple appelés à être remplacés par des SMS. Imaginez l’économie pour la SNCF : après avoir remplacé les guichetiers par les utilisateurs (qui doivent se débrouiller avec des bornes automatiques), ce sont les utilisateurs qui vont supporter le coût et la possession des terminaux d’acquisition des billets []

Pour votre confort et votre protection, votre ordinateur va être placé sous surveillance et votre accès à l’information va être filtré.

février 16th, 2010 Posted in Parano | 5 Comments »

Où en sont nos libertés, donc ?
Par un article du Post, je découvre la persistance d’une pratique ridicule : la rafle de numéros du Canard Enchaîné. Lorsque le célèbre « journal satirique paraissant le mercredi » sort une information embarrassante, il peut être un bon calcul pour la personne gênée de piller les maisons de presse afin de s’assurer que l’information ne sera pas diffusée, notamment dans le cas d’une information de portée locale, comme ici, les conditions rocambolesques dans lesquelles Christian Estrosi a assuré sa succession à la présidence du conseil général des Alpes Maritimes par Éric Ciotti — qui se trouve être le rapporteur de la loi Loppsi dont nous allons parler plus loin.

Un article du Canard Enchaîné (3/12/09) que vous aurez peut-être eu du mal à vous procurer si vous habitez les Alpes Maritimes.

Ce qui m’intéresse dans cette affaire, c’est que Le Canard Enchaîné n’a pas de site Internet, ou presque. Le célèbre hebdomadaire ne dispose pour l’instant que d’une page web où l’on peut retrouver des reproductions de ses « unes » et qui permet de s’abonner à l’édition papier puisque, disent-ils, « notre métier, c’est d’informer et de distraire nos lecteurs, avec du papier journal et de l’encre. C’est un beau métier qui suffit à occuper notre équipe ».
Dans un sens, les pratiques qui consistent à clouer le bec au Canard prouvent que son métier reste utile à l’ère du réseau : si on les censure, c’est le preuve qu’ils dérangent. Mais en même temps, on peut mesurer la fragilité de ce modèle de diffusion et de périodicité, surtout quand la grande presse se refuse à donner un écho aux petites et grandes affaires débusquées par le Canard : la plupart du temps, les quotidiens nationaux ne semblent accepter de traiter une nouvelle que si ils en sont eux-mêmes auteurs1 ou si cette nouvelle est déjà connue de tous. Ainsi, une conversation de bistrot par Brice Hortefeux donnera du grain à moudre à Libération pendant des jours, alors que le même journal négligera complètement des nouvelles véritablement importantes. Le principe semble être que le journal se vendra mieux s’il parle au public des nouvelles qu’il connaît déjà et dont il a même forgé la célébrité à coup de messages sur Facebook.
Même si c’est parfois l’anecdote qui prime, on est forcé de constater que des médias Internet réactifs permettent de lever des lièvres avec plus de succès que ne le fait le Canard : Rue89Fakir, Bakchich, Le Post, Arrêts sur image, Mediapart, certains blogs comme celui de maître Eolas, mais aussi les extensions en ligne de journaux papier comme Le nouvel observateur, Marianne2, etc.

Et ceux-là, on ne peut pas les faire oublier en achetant leur tirage, ni espérer qu’ils finiront par sombrer dans l’oubli. Pour l’instant il n’existe pas beaucoup de moyens d’étouffer un scandale qui commence sur un site web informatif sauf à risquer de perdre les apparences de la démocratie.
Cette puissance du web explique sans le moindre doute le besoin que ressent le politique de sur-légiférer Internet (Lsi, Lcen, Davdsi, Hadopi, Loppsi) sous des prétextes vertueux (la rémunération des artistes ; le droit à la vie privée ; la lutte contre la toxicomanie) ou angoissants (le terrorisme ; la cybercriminalité ; la pédophilie).

Une leçon de manipulation dans le journal télévisé de TF1 (9/02/10). Laurence Ferrari commence par évoquer les violences scolaires. Le second sujet traite d'un mystérieux enleveur d'enfants dans le nord (il n'est jamais parvenu à ses fins mais la région vit dans la terreur et TF1 met les choses en scène avec des travelings sur des établissements scolaires filmés depuis une voiture...). Enfin, la loi Loppsi 2 est présentée comme un dispositif dédié à régler ces problèmes notamment par l'instauration d'un couvre-feu pour les mineurs de moins de treize ans et par l'extension du réseau de videosurveillance : "La gauche et les magistrats jugent cette loi liberticide", conclut-elle à l'adresse d'un public qui est sans doute, dans sa large majorité, mûr pour être cueilli et pour accepter sans le savoir qu'on réduise son accès à l'information.

Mais de quoi parle la loi Loppsi2 que l’on nous vend comme bénigne (quelques caméras de plus…), qui vient d’être adoptée et dont le vote solennel aura lieu demain à l’Assemblée ?
De beaucoup de choses, de beaucoup trop de choses sans doute : sécurité routière, contre-espionnage, surveillance3, et surtout, réseau Internet.
Parmi les dispositions,  il y aura la possibilité pour la police de s’introduire chez les citoyens pour installer des logiciels espions sur leurs ordinateurs. Charmant, et en contradiction totale avec les lois de la république qui faisaient jusqu’ici du domicile privé un sanctuaire — hors flagrant-délit. Je suppose que c’est la partie de la loi qui est destinée à faire scandale puis à être abandonnée, qui servira d’os à ronger au conseil constitutionnel (il en faut toujours).
Il y aura ensuite de nouvelles possibilités de croisements de données : fichiers administratifs et policiers existants (casier judiciaire, fisc, sécurité sociale), mais aussi données glanées sur le web (Google, Facebook) et données dont disposent les opérateurs de téléphonie et d’accès à Internet (relevés de communications, connexions).
Pour finir, il y a l’instauration du principe d’un contrôle en aval du contenu du réseau Internet, c’est à dire d’un filtrage. Le prétexte est la pédophilie, qui répugne suffisamment chacun de nous pour faire passer n’importe quelle loi4. On peut compter sur une extension rapide des crimes et des délits concernés, il suffit de se rappeler du destin des prélèvements ADN, autorisés il y a douze ans et qui ne devaient concerner que quelques centaines de pédophiles… Aujourd’hui, le fichier d’empreintes génétiques de la police française recense plus d’un million de personnes.
Finalement ils n’ont pas tort, au Canard enchaîné : pour les faire taire, pour l’instant, il faut courir de kiosque en kiosque pour acheter tout un tirage. Pour faire disparaître du réseau Rue89 ou Backchich, il suffira sans doute d’y trouver un commentaire contenant un lien vers un site illégal qui justifiera un « blackout » général.

Ne nous y trompons pas : l’unique but du contrôle, c’est le contrôle.

Lire ailleurs (quelques articles au hasard) : Bug Brother, Bug Brother bis, Numerama, TheInternets (Astrid, reviens !), PCinpact, PCinpact bis (article qui démontrer que le blocage de sites est déjà possible après action judiciaire), La Quadrature du net, Zythom,…

  1. Et encore : une journaliste d’un quotidien national me racontait récemment qu’elle s’est échinée des mois durant à faire passer un sujet exclusif… Sa rédaction ne s’est finalement réveillée que lorsque les autres journaux ont traité la question… []
  2. Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure []
  3. Novlangue : on ne devra plus dire « surveillance » mais « protection ». Exemple : Une caméra de vidéoprotection. []
  4. En Italie, Silvio Berlusconi utilise la pédophilie (lui, le septuagénaire qui s’est montré à l’anniversaire d’une de ses maîtresses… qui fêtait ses dix-huit ans !) comme prétexte pour interdire la vidéo en ligne, qui entre en concurrence avec son empire médiatique. []

Barbie ingénieur en informatique

février 14th, 2010 Posted in archétype, Les pros | 12 Comments »

La société Mattel a récemment demandé au public de l’aider à décider de ce que devrait être les cent-vingt-cinquième et cent-vingt-sixième carrières de Barbie, la poupée mannequin qui aura été hôtesse de l’air et pilote (civil et milliaire), infirmière et chirurgienne, président des États-Unis et des nations unies, éducatrice et vétérinaire, artiste et designer, etc.

Le sondage, réalisé sur Internet, donnait le choix entre la chirurgie, l’architecture, l’écologie, la présentation du journal télévisé et l’ingénierie informatique. Ce sont les deux dernières carrières qui ont remporté les suffrages.
D’après le communiqué de presse de Mattel, le look de Barbie ingénieur en informatique a été forgé sur les conseils de la Society of Women Engineers et de la National Academy of Engineering. Parmi ses accessoires, Barbie dispose d’un ordinateur portable rose sur lequel sont écrites des colonnes de codes binaires, d’une oreillette bluetooth et d’un smartphone. Elle porte des lunettes.

Est-ce que la commercialisation de cette poupée permettra d’amener plus de jeunes filles à s’intéresser à la carrière d’ingénieur en informatique ? (elles n’ont jamais été si peu nombreuses à le faire qu’aujourd’hui, peut-être parce que la Barbie parlante de 1992 disait « le cours de maths est difficile ») Est-ce que ce modèle laissera des millions de petites filles croire qu’on peut s’occuper d’ordinateurs en se tenant debout, sans fauteuil et sans bureau ? Est-ce que cette Barbie amènera certaines à croire qu’on peut tenir un ordinateur portable sur la face interne de son avant-bras sans le faire tomber ?

Censure à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris

février 14th, 2010 Posted in Brève, indices, Parano, Pas gai | 20 Comments »

Les faits : invitée à participer à l’exposition Seven Day week end/Week end de Sept Jours, l’artiste chinoise Siu Lan Ko a eu la surprise de voir son œuvre décrochée quelques heures avant l’inauguration de l’exposition. Il s’agissait de deux banderoles  sur les faces desquelles étaient écrit les mots « gagner », « moins », « plus », « travailler », en référence à un des plus célèbres slogans de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, « Travailler plus pour gagner plus ». Selon le trajet et l’orientation du spectateur, ces banderoles pouvaient se lire de diverses façons : Gagner plus travailler moins ; Plus gagner plus travailler ; Travailler plus gagner moins ; etc.
La direction de l’école a refusé de s’expliquer sur ses motivations avant l’ouverture de l’exposition et a proposé à l’artiste de montrer son travail à l’intérieur de la galerie de l’école des Beaux-Arts plutôt qu’à l’extérieur, sur le quai Malaquais. Compromis aussi mesquin qu’inacceptable.

À gauche, Siu Lan Ko s'explique devant la presse et le public ; À droite, un extrait du catalogue. Photographies : J.-L. B., 2010.

Comme tout le monde, l’affaire m’a scandalisé mais je suis forcé d’admettre que je me délecte de l’ironie de la situation.
En fait j’aime même beaucoup cette histoire pour ce qu’elle parvient à révéler (qui a dit que l’art contemporain n’était plus capable de provoquer de réactions ?), même si ce qu’elle révèle est précisément très inquiétant.
Il y a d’abord la lâcheté d’une institution qui ne s’est subitement plus sentie capable d’assumer un clin d’œil taquin (mais pas franchement violent) au président de la République, et qui n’a même pas assumé sa pleutrerie, prétendant n’avoir pas été dûment avertie du caractère politiquement provocateur de l’œuvre exposée.
On peut supposer qu’il n’y a eu aucune demande explicite de censure de la part de l’Élysée ni d’aucun ministère (le ministre de tutelle, Frédéric Mitterrand a d’ailleurs réclamé officiellement le retour de l’œuvre), mais Nicolas Sarkozy n’a pas besoin de demander quoi que ce soit tant il semble avoir installé un certain climat de terreur — on dit qu’il est extrêmement rancunier et qu’il harcèle personnellement au téléphone les rédactions pour réprimander les responsables d’articles qui lui ont déplu. Il n’y a donc pas de censure, mais bien pire, une autocensure. La panique est telle que les ordres n’ont pas besoin d’avoir été formulés — ni même peut-être voulus — pour être exécutés.

Les manifestations organisées par Reporters sans frontières à l'occasion des jeux olympiques de Pékin en 2008 pour protester contre le manque de liberté d'expression en Chine. Photos : Parispassion / FlickR (licence Creative Commons)

L’ironie de la situation, c’est bien entendu que l’artiste se trouve être chinoise, c’est à dire qu’elle vient d’un pays que, depuis la vertueuse France des droits de l’homme, on aime montrer du doigt. Pouvons nous continuer à donner des leçons à la Chine avec la même légèreté lorsque l’artiste censurée ici explique qu’« En Chine on parle beaucoup de censure mais moi, mon travail en Chine n’a jamais été censuré de manière si brutale » ?
Quel est exactement l’état de nos libertés publiques à quelques jours du vote solennel de la loi Loppsi qui va étendre l’empire des techniques de contrôle et de surveillance par l’état à un degré jamais atteint jusqu’ici ? Entre autres mesures, il est prévu que les policiers auront le droit de poser des « mouchards » logiciels sur les ordinateurs de citoyens, en s’introduisant clandestinement chez eux. C’est la première fois que, hors flagrant délit, la police se voit offrir en France le droit d’entrer dans le domicile d’un citoyen sans invitation explicite — mais TF1 et Le Parisien n’en parlent pas, ils préfèrent tourner des sujets sur la multiplication des caméras de « protection » (ils faut à présent éviter le mot « surveillance » apparemment) sur la voie publique.
Bien qu’elle soit déjà terminée (les œuvres seront exposées, on oublie tout), je ne doute pas que l’histoire de calicots de Siu Lan Ko fera le tour du monde, et ça ne sera pas volé.

Digression confuse : le travail, liberté, temps libre, maternité

« Un peu confus ton article,
j’ai l’impression que tu as voulu parler de trop de trucs en même temps »

(N.L.)

Attention, opposition d'images de mauvais goût (qui se comprendra dans la suite du texte). À gauche, la célèbre inscription "Arbeit Macht Frei" (le travail rend libre) sous laquelle passaient les déportés d'Auschwitz en entrant dans le camp (Photo Muu-karhu / Commons, licence Creative commons). À droite, une publicité pour "Fécondité", un texte de la série des "quatre évangiles" d'Émile Zola qui s'en prend aux couples qui ne veulent pas faire d'enfants car il considère que la prospérité nait de la nécessité de nourrir toujours plus d'enfants.

Il est peut-être dommage que l’on oublie au passage de parler de l’œuvre et du thème de l’exposition qui l’accueille : la place du travail et des loisirs dans notre société. Le débat est d’actualité depuis toujours, depuis que l’industrie a eu besoin de bras, depuis Paul Lafargue1, depuis le Front populaire, depuis les trente-neuf et les trente-cinq heures, depuis le fameux « travailler plus », mais aussi depuis que l’industrie a plus besoin de consommateurs que de producteurs.
Ces questions ont connu une autre actualité récemment avec la parution du livre Le conflit (la femme et la mère), d’Élisabeth Badinter, et surtout avec les nombreuses réactions que l’ouvrage a suscité2. Il semble (j’ai lu plusieurs reviews et interviews mais pas le livre) que la thèse développée par la philosophe féministe soit que l’émancipation féminine est presque incompatible avec la maternité, et qu’au contraire c’est le travail qui libère la femme. Le travail et tout ce qui permet de gagner plus (de temps) pour travailler plus : le biberon et les couches jetables notamment.

  1. Paul Lafargue, gendre de Marx, a publié en 1880 Le Droit à la Paresse, essai dans lequel on peut lire entre autres que « Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. ». []
  2. À titre personnel, je me sens un peu dérangé par la violence de la charge d’Élisabeth Badinter (dont j’avais beaucoup aimé XY, de l’identité masculine à sa sortie) contre l’allaitement (qui fait de la femme un chimpanzé, dit-elle), car si la détérioration des rapports entre hommes et femmes est peut-être une réalité (dans certains milieux, pour certaines tranches d’âge,…), la parentalité n’en est pas moins une expérience précieuse. J’ai trouvé assez intéressante la réponse de l’anthropologue et primatologue Sarah Blaffer Hrdy qui rappelle que l’instinct parental existe à un niveau neurologique et hormonal mais qui explique aussi que ce n’est pas une exclusivité des mères biologiques : en présence d’un bébé, même un homme produit de la prolactine — l’hormone qui intervient dans le processus de la lactation.  []

Idiocratie

février 12th, 2010 Posted in Brève, indices | 40 Comments »

Dans son prologue évolutionniste au film Idiocracy, Mike Judge avançait (mais sans s’en réjouir particulièrement) que dans le monde moderne prospère et confortable, en l’absence de prédateurs ou de défis, l’espèce humaine était appelée à décliner intellectuellement.
La marque de vêtements Diesel semble vouloir accompagner le mouvement avec son slogan « Be stupid » (soyez stupides). L’argumentaire de la campagne est de rappeler que trop réfléchir fait perdre le goût du risque et que sans risque, il n’y a pas d’invention1. Il y a une part de vérité là-dedans bien sûr : réfléchir fait hésiter2, certaines choses — un premier baiser ou le déclenchement d’une guerre3 — existent difficilement si elles sont trop calculées.

Quelques extraits de la campagne "Be Stupid" par la marque Diesel. "L'intelligent a le cerveau, le stupide a les couilles" ; "L'intelligent écoute sa tête, le stupide écoute son coeur" ; "L'intelligent critique, le stupide crée" ; "Soyez stupide" ; "L'intelligent dit non, le stupide dit oui",... Une partie de cette campagne accompagne les slogans de visuels très "jackass".

Sur le plus grand panneau d’affichage des Galeries Lafayette, j’ai vu il y a quelques jours ce slogan, immense : « Be stupid ». Je n’avais pas d’appareil photo sur moi (quelle idée d’acheter un gros reflex que je ne sors jamais !) et quand je suis repassé, une semaine plus tard, l’ordre avait été remplacé par une publicité plus quelconque4. J’avais bien remarqué la même campagne sur Internet, mais dans le contexte urbain et à une telle échelle, l’effet est autrement impressionnant et rappelle la scène de They Live (Invasion Los Angeles), où le héros chausse des lunettes qui lui permettent de décrypter la réalité et découvre que les panneaux publicitaires ne contiennent en fait que des ordres subliminaux : consommez, obéissez, ne réfléchissez pas.
Difficile d’imaginer que les auteurs de la campagne « Be Stupid » (l’agence américano-britannique Anomaly) ne s’en sont pas inspirés.

They Live (1988), de John Carpenter. John Nada, muni de lunettes spéciales, décrypte la réalité médiatique et découvre que, derrière les visuels séduisants, les affiches et les magazines ne contiennent que des ordres : "consomme", "achète sans remettre en cause l'autorité", "obéis", "travaille huit heures, joue huit heures, dors huit heures", "ne pense pas".

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que l’on appelle le bon peuple à éviter d’être trop intelligent. Le fascisme, le nazisme et plus récemment le bushisme et le berlusconisme sont des exemples d’idéologies qui ont affirmé explicitement que trop d’intelligence était néfaste, qu’il fallait penser avec son cœur, ses tripes ou ses testicules — comme si les représentants de l’espèce humaine faisaient preuve de beaucoup trop d’intelligence en règle générale.

L’anti-intellectualisme de la campagne de Diesel est sans doute moins politique et on imagine bien où se trouve l’intérêt de cette société dans sa flatterie de la bêtise : entre une personne qui se demande s’il faut acheter un vêtement et une autre qui répond par la pulsion aux campagnes publicitaires, le choix est vite fait.

  1.  « Les cons, ça ose tout, et c’est même à ça qu’on les reconnait », faisait dire Jacques Audiard à Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs []
  2. citons Michel Galabru dans Le Gendarme à Saint-Tropez : « La réfléxion, ça ralentit le gendarme » []
  3. voir la remarque de Manuela en commentaire : les guerres sont réfléchies, bien entendu. C’est pour que les gens acceptent les guerres et acceptent même parfois de servir de chair à canon qu’il faut de la bêtise. []
  4. Sur son FlickR, Tristan Nitot a publié une photographie de ce spectacle (cf. Commentaires). []

Cuisine assistée par ordinateur

février 7th, 2010 Posted in Design, Interactivité, Modèles abandonnés, publication électronique, Vintage | 10 Comments »

Le projet de mettre un ordinateur dans une cuisine renaît régulièrement depuis quarante ans avec un succès inégal. Il faut dire que dans de nombreux cas, les concepteurs n’étaient sans doute pas cuisiniers eux-mêmes et leurs bonnes intentions se sont vite heurtées à des questions pratiques : comment manipuler un fragile ordinateur en ayant les doigts dans la farine et à quoi sert un terminal qui ne sait restituer les recettes qu’en langage binaire ?

1969. Le Honeywell Kitchen Computer est apparu au catalogue Neiman-Marcus (grand magasin de luxe), au prix de 10000 dollars – somme équivalente à 50000 dollars actuels. Dérivé du mini-ordinateur Honeywell 316, il pouvait stocker des recettes de cuisines, mais ne les restituait que sous forme de clignotements en langage binaire, imposant une solide formation d’opérateur informatique aux personnes qui auraient voulu l’utiliser. On pense qu’il ne s’en est vendu aucun. Photo de droite prise au Computer History Museum de Mountain View (Californie) par LaughingSquid / FlickR (cc-a-nc).

1983. L’Extra-cuisine de Brandt, un système domotique qui repose sur un ordinateur Thomson/Brandt TO7. La ménagère de l’an 2000, nous dit-on le journal « Micro7 », ne se sentira plus seule puisqu’elle pourra converser avec le four à micro-ondes et dialoguer avec le poulet qui rôtit pour savoir s’il est bien cuit. Je ne pense pas que le projet ait dépassé le stade du prototype ou même, de l’illustration.

Au cours de la première moité des années 1980, les publicités pour les micro-ordinateurs cherchaient à donner à chacun une bonne raison d’utiliser de tels engins : le jeu vidéo pour les enfants ; la programmation et la gestion de cave à vin pour le papa ; les recettes de cuisine et la comptabilité domestique pour la maman.

2000. La société 3com a commercialisé pendant quelques mois un terminal nommé Audrey, en l’honneur d’Audrey Hepburn. Équipé d’un modem et d’un écran tactile, il reprenait un peu le principe du minitel, quinze ans plus tard, et était dédié à la communication et aux applications domestiques, notamment la cuisine.

Années 2005-2010 : la console de jeux Nintendo DS, console portable la plus vendue de l’histoire, propose de nombreuses applications culinaires, du livre de cuisine traditionnel porté sur support numérique aux jeux ludo-éducatifs qui permettent d’apprendre des recettes et de s’entraîner virtuellement à hacher des oignons avec un stylet sur un écran de sept centimètres.

2007. Le Yummy Kitchen Connect (designer non connu) est un concept d’ordinateur domestique proposé au cours du concours Next-Gen PC Design organisé par Microsoft et l’Industrial designers society of America. L’ordinateur propose des recettes en fonction du régime que suit la personne et de ce qui se trouve dans son réfrigérateur. Il lit les codes barres et les puces RFID. Afin d’égayer le cuisinier, cet ordinateur diffuse par ailleurs des vidéos, de la musique ou des podcasts, et peut servir de webcam pour de la visio-conférence. Cet objet n’a semble-t-il pas été réalisé.

2008. Le Kitchen Sync, par Noah Balmer, jeune designer et étudiant au California College of the arts. Toujours à l’état de prototype, ce « livre de cuisine » wifi est lavable et peut se refermer pour être rangé. Il a obtenu le second prix à l’International Housewares Association competition.

2008. Le miBook est un livre électronique multimédia dédié au « personal coaching » dans divers domaines : bricolage, éducation, grossesse, voyages, mais avant tout, cuisine. Il est sorti au prix de 130 dollars et vaut à présent 90 dollars environ.

2010. Demy Kitchen Safe Touchscreen Recipe Reader. À écran tactile, il est prévu pour résister aux conditions d’une cuisine. Il fournit des recettes et sert aussi de minuterie. Le site prétend que « The Demy is the first and only kitchen-safe digital recipe reader », mais puisque vous avez lu ce qui précède, vous savez que ça n’est pas tout à fait exact.

En Bonus, l’amusante vidéo « Augmented (hyper)Reality: Domestic Robocop » par Keiichi Matsuda, étudiant en Master à l’école d’architecture Bartlett, à Londres (cliquer sur l’image).

Il me semble qu’il a existé aussi des services Minitel1 de cuisine, il faudrait retrouver un annuaire du genre pour vérifier s’ils ont eu une importance véritable en leur temps. Je ne me rappelle pas de scènes véritablement emblématiques de cuisine « numérique » dans le cinéma d’anticipation mais il y en a forcément eu aussi (n’hésitez pas à me signaler toute référence en commentaire à ce billet).

Finalement, le vrai succès de la cuisine sur support numérique ne serait-il pas celui des blogs2 et des réseaux sociaux culinaires ?

  1. Pour les moins de quinze ans qui me lisent : le Minitel est un système interactif de communication et d’information dont France Télécom livrait les terminaux gratuitement dans chaque foyer français. Il est toujours en service, notamment pour certains usages précis (annuaire, réservations de billets) mais la généralisation de l’accès à Internet l’a rendu désuet. []
  2. À ce propos, je recommande la fréquentation de celui de Nathalie. []

Apple contre Adobe (2)

février 6th, 2010 Posted in logiciels | 20 Comments »

La guéguerre entre Adobe et Apple fait couler énormément d’encre numérique et j’ai fini par tomber (merci J.-L. F.) sur un article assez éclairant publié sur le site Macbidouille. L’auteur de l’article, renseigné par une source interne à Apple, évoque les points techniques précis qui posent problème et font dire à Steve Jobs qu’Adobe est devenue « une société frileuse, comparable à Microsoft » — insulte suprême, même s’il ne faudrait pas oublier que la société de Bill Gates, malgré ses choix technico-commerciaux, est devenue un acteur majeur de la recherche privée en informatique.
Steve Jobs a frappé à un moment de grande faiblesse symbolique d’Adobe, puisque l’offensive a suivi de près les annonces d’abandon partiel du format Flash par les plate-formes vidéo Youtube, Dailymotion et Vimeo, l’annonce du lancement d’un programme de récupération de clients par Quark et l’annonce par Adobe du licenciement économique de près de 10% de ses employés. C’est ce qu’on appelle porter l’estocade (geste artistique pour les uns, manœuvre  furieusement opportuniste pour les autres), et on peut imaginer qu’il y a plus d’une arrière pensée commerciale derrière, puisque le nombre de gammes de produits sur lesquels Adobe et Apple sont en concurrence ne cesse d’augmenter : Final Cut contre Première, Quicktime contre Flash video, Soundtrack contre Soundbooth, Aperture contre Lightroom. Selon l’article, Apple préparerait même des concurrents directs à Dreamweaver (création de sites web), Flash et même à Photoshop.

On dit aussi que Steve Jobs a un vieux contentieux personnel avec Adobe, qui n’a jamais voulu développer de version du logiciel Photoshop pour le système NeXT, cet ancêtre de MacOS X créé par Jobs alors que ce dernier venait d’être chassé par Apple, qu’il avait pourtant fondé. Pendant qu’Adobe permettait à Apple de survivre grâce à Photoshop et à Illustrator, les ventes de NeXT ont énormément pâti de l’absence de logiciels de création. En revenant aux commandes d’Apple, Steve Jobs n’entretenait donc pas de lien affectif particulier avec Adobe — contrairement à une large majorité des mac-users — et le fait qu’Adobe ait tardé à sortir une version MacOS X de Photoshop (Photoshop 7, sorti en 2002) n’a rien arrangé.

David Geschke (gauche) et John Warnock (droite), les fondateurs d'Adobe Systems en 1982. Chercheurs universitaires, ils ont créé leur société en quittant le Xerox Palo Alto Research Center où ils avaient mis au point les bases de la technologie PostScript mais dont ils déploraient le manque de vigueur industrielle : le Xerox PARC était en ébullition constante mais Xerox ne commercialisait pas les technologies mises au point. (photo tirée du livre "Inside the publishing revolution - The Adobe story" par Pamela Pfiffner / Adobe Press).

L’article énumère des griefs précis d’Apple envers Adobe et je trouve intéressant (qu’on les trouve véritablement justifiés ou non) de les rapporter.

Tout d’abord, point éminemment technique, Adobe aurait différé puis bâclé son passage à Cocoa, la partie « moderne » (et amenée par Steve Jobs — encore une affaire personnelle, peut-être ?) de MacOSX, et utiliserait trop Carbon, la partie « historique » de MacOS. Dans le même temps, les versions pour le système concurrent Windows seraient nettement mieux optimisées. La suite Adobe CS5 tirera apparemment plus parti de Cocoa.
Ensuite, Apple accuse Adobe de manquer de réactivité technique : sur les 410 bugs de Flash (du lecteur Flash j’imagine) signalés par Apple, seuls 25 auraient été corrigés. À en croire l’article, Steve Jobs a un avis très tranché sur Flash qu’il qualifie d’« accumulation de technologies bricolées » et dont il dit qu’« Il faut une énorme quantité de puissance de traitement et de mémoire – il est trop inefficace, et prend trop de temps pour être maîtrisé »1.
Plus inattendu peut-être, Apple semble reprocher à Adobe son système d’anti-piratage (Adobe Software Activation), qui court-circuite le système d’exploitation dans son accès à la mémoire vive et au processeur de l’ordinateur, faisant courir de vrais risques de stabilité au système entier2. Et comme ce système d’activation est régulièrement contourné par les pirates, Adobe doit tout aussi régulièrement le modifier, créant à chaque fois de nouvelles instabilités potentielles.

Steve Jobs (gauche), Chuck Geschke (centre) et John Warnock (droite) au moment du lancement de l'imprimante Apple LasterWriter en 1983. C'est cette imprimante qui a imposé la technologie PostScript dans la chaine graphique et donc, assuré le succès conjoint d'Adobe et d'Apple. (photo tirée du livre "Inside the publishing revolution - The Adobe story").

Pour finir, Apple semble considérer que l’interface des logiciels Adobe a vieilli et perdu sa qualité « user friendly ». Ce point est cruel à évoquer car le succès d’Adobe s’est à mon sens construit sur deux axes : le professionnalisme (gestion de la colorimétrie, culture typographique, etc.) et l’interactivité. Mais si le premier point reste valide pour les logiciels de la chaîne graphique, on est forcé de constater qu’Adobe se repose sur ses lauriers pour le reste : en dehors de quelques changements pas toujours bienvenus dans l’agencement des icones ou des éléments de menus, peut-on dire que l’interface de Photoshop ou celle d’Illustrator ont progressé ? Je trouve pour ma part que ces deux logiciels ont perdu un peu de leur qualité pédagogique d’origine, qui permettait de comprendre assez instinctivement le fonctionnement de certains outils. Je n’ai pas fait de sondage mais il me semble que les utilisateurs de ces logiciels se cantonnent à manipuler les fonctions qu’ils connaissent depuis quinze ans et négligent complètement les nouvelles car celles-ci n’ont pas été très bien accompagnées par l’interface.

Pour autant, Adobe ne souffre pas encore vraiment du vieillissement de son sens de l’interactivité et pour l’instant, rares sont les produits concurrents qui possèdent le ratio simplicité d’usage/puissance fonctionnelle de Photoshop et d’Illustrator. Cela ne signifie pas pour autant que ces logiciels soient indépassables, on se rappellera à quelle vitesse Final Cut (Apple) s’est imposé dans le domaine de la vidéo numérique.
À suivre !

  1. Flash has become a collection of cobbled together technologies – a Kludge. It takes a huge amount of processing power and memory – it is too inefficient, and takes too long to learn. []
  2. métaphore qui vaut ce qu’elle vaut : imaginez que certains usagers d’une bibliothèque de prêt très bien organisée empruntent puis restituent des ouvrages sans le signaler et sans que ces emprunts soient dûment enregistrés… L’organisation entière de la bibliothèque serait fragilisée. []