Profitez-en, après celui là c'est fini

Images en vrac (5)

janvier 8th, 2011 Posted in Vrac | 9 Comments »

Quelques images trouvées ici et là, que je commente dans le plus complet désordre, comme d’habitude.

Fait-divers : le supermarché Cora de Rocourt, près de Liège, a proposé une promotion sur les consoles PlayStation 3, vendues à la moitié de leur prix. Des centaines de gens étaient venus pour faire l’achat mais la promotion était limitée à quinze articles, ce qui a provoqué une véritable émeute. Le dernier client à avoir obtenu un ticket lui permettant d’acheter l’objet convoité a été roué de coups. C’est un enfant de douze ans.

Nous nous entourons de systèmes toujours plus sophistiqués (téléphone, automobile, ordinateur, publicité, grande distribution, etc.), dont plus personne ne maîtrise tous les aspects, qui nous permettent d’accéder plus immédiatement à la satisfaction de nos désirs — des désirs normés, façonnés par le marketing. Ironiquement, tous ces dispositifs, si évolués soient-ils, semblent ne servir qu’à nous faire retourner à notre état initial de primates agressifs, non civilisés, sans patience, nerveusement incapables de supporter la moindre entrave.
Je ne suis pas sûr que ce processus soit réversible1.

Fait-divers criminel, à présent.
Reynaldo Dagsa, politicien philippin, prenait une photo de sa famille le soir du nouvel an lorsqu’un homme l’a tué d’une balle.

Sur la photographie, on voit distinctement l’assassin en train de pointer sa victime juste avant que le coup parte.  Le meurtrier a pu être identifié grâce au cliché. C’est la dernière photographie d’un homme, qui représente à la fois sa vie de tous les jours, exprimée par le banal portrait de famille, et un évènement dramatique, celui qui scelle son avenir immédiat, ou plutôt son non-avenir.

Le musée du crime et de la police de Sidney a mis en ligne des centaines de photographies issues des archive de la police locale. Certaines sont de véritables chefs d’œuvres.

Parmi ces images, on trouve aussi de nombreuses « mug shots » de suspects arrêtés : petits et grands voyous, prostituées, travestis,…

Ce qui est relativement émouvant dans ces portraits, c’est qu’ils sont souvent chargés d’expression, que chaque visage est vu comme celui d’une personne et non comme une simple donnée statistique et anthropométrique, contrairement à nos actuelles photographies d’identité, au cadrage extrêmement précis et dont le sujet ne doit absolument pas être expressif — puisque ces portraits sont vraisemblablement destinés à l’analyse mécanique par des logiciels de reconnaissance des visages2.

Il y a deux jours, justement, j’ai voulu réaliser une série de photographies d’identité. Je suis entré dans un photomaton, j’ai payé cinq euros, et là, mauvaise surprise, il m’a été impossible de suivre les instructions données par une voix enregistrées (« veuillez choisir le type de photographie que vous désirez »…), car l’écran de contrôle était éteint ou défectueux, détail auquel je n’avais pas prêté attention avant de payer.
Dans la cabine, il était écrit « cet appareil ne rend pas la monnaie ».

J’ai donc tenté l’opération en aveugle, en appuyant sur les divers boutons qui se trouvaient devant moi. Subitement, l’appareil s’est mis à me parler en allemand, langue que je ne maîtrise pas le moins  du monde. Un peu par miracle, j’ai réussi à obtenir les photos que je voulais. Mais voilà le problème : avec des dispositifs qui reposent sur des écrans, on se retrouve totalement handicapé lorsque l’écran ne fonctionne plus.

C’est ce qui arrive aux malheureux usagers de la gare Saint-Lazare qui voudraient savoir quand leur train part et qui veulent se rendre dans une gare dont le noms se situe, dans l’ordre alphabétique, après Les clairières de Verneuil. Pendant des semaines (cliché de gauche), le dernier panneau d’affichage était éteint mais le précédent, bien qu’endommagé, permettait tout de même de lire les informations concernant les gares jusqu’à Rosny-sur-Seine.

À présent (photo de droite), le troisième panneau affiche des messages informatiques sans intérêt pour les usagers. Heureusement, à l’intérieur de la gare, on trouve d’autres panneaux permettant de connaître l’horaire des trains.
Quand ils fonctionnent.

Les pannes d’écrans sont problématiques car depuis que les panneaux mécaniques ou manuels ont été remplacés par ces affichages informatiques, plus souples, les horaires sont notifiés « en temps réel », c’est à dire que les panneaux n’affichent pas les horaires prévus mais s’ajustent sur les horaires constatés. Lorsqu’ils ne fonctionnent pas, l’usager est totalement perdu.

Sur la photo suivante, il ne se passe rien. C’est un remords : l’image représente le bout d’un couloir de la station de métro Saint-Lazare où j’ai assisté à une scène amusante que je n’aurais pas osé photographier sur le coup.

Un vendeur à la sauvette de DVDs, originaire d’Inde ou du Pakistan, je pense, était en train de négocier avec un homme que je suppose être chinois et qui lui faisait remarquer en anglais que, dans son pays, les DVDs — entendre les DVDs piratés de longs-métrages américains récents — sont nettement moins chers. C’est la mondialisation.

Pour finir, un détail autographe de Charles Baudelaire trouvé dans les épreuves d’imprimerie des Fleurs du mal : « Je tiens absolument à cette virgule ». La virgule est bien évidemment restée.

On remarque énormément d’indications typographiques dans ces épreuves de contrôle : corps du texte, casse, approche, hauteur des lignes…

  1. Les émeutes y compris pour des biens qui n’ont rien de vital ne sont pas une nouveauté, bien entendu. Dans les années 1900, mon arrière-grand-mère avait décidé d’amener des jouets aux enfants des pires quartiers de Londres, où elle vivait. Je lis dans ses mémoires : « En voiture accompagnée d’un policeman j’ai foncé dans ce quartier avec mon chargement. Descendue de voiture je fus assaillie par une foule affamée et malgré la protection du policeman, mes vêtements furent déchirés et mis en morceau. C’est vous dire la violence de l’assaut et le désir poussé jusqu’à la sauvagerie pour obtenir l’objet convoité. Longtemps après je fus hantée par cette vision impensable de cette misère grouillante humaine ». []
  2. La reconnaissance des visages se généralise. En consultant les délibérations de la Cnil à ce sujet (il faut effectuer une recherche avec les mots clés « reconnaissance » ou « visage »), on constate que de plus en plus de sociétés équipent leur système de sécurité de dispositifs de reconnaissance faciale. []

« Un film abécédaire » au Palais de Tokyo

janvier 6th, 2011 Posted in Cimaises, Dans la boite-aux-lettres | No Comments »

Éléonore Saintagnan, dont il a souvent été question ici, montre Un film abécédaire au Palais de Tokyo du 7 janvier au 30 janvier. Le vernissage aura lieu ce soir, jeudi 6 janvier, entre 19 et 21 heures.
J’avais déjà parlé de cet excellent petit film ici.

Dans la salle d’en face, un autre diplômé du Fresnoy, Emmanuel Van der Auwera, présente un autre film, Bring us to ourselves, Mikhaïl, troublant retour sur la fin de l’Union soviétique et sur sa trivialisation par une publicité pour un bagagiste de luxe.

Une bonne année 2011

janvier 1st, 2011 Posted in Brève, Personnel | 11 Comments »

Je nous souhaite à tous une excellente année 2011, pleine de projets passionnants.

Vous pouvez cliquer sur l’image (ou sur ce lien) pour voir notre carte de vœux interactive, au format Processing (ne fonctionnera que si, comme 80% des gens, votre navigateur est équipé du plug-in Java).

Encore un livre sur Processing

décembre 27th, 2010 Posted in Lecture, Processing | No Comments »

Le livre que Jean-Michel Géridan et moi-même avons écrit, Processing : le code comme outil de création vient de partir à l’impression, il sortira le 4 février au prix de 28 euros chez Pearson (Campus press).

Ce ne sera pas le premier, puisqu’il vient après le manuel collaboratif (et gratuit) réalisé à la rentrée sur Flossmanuals, mais aussi parce que l’éditeur Pyramid sort le 20 janvier prochain le livre Design génératif : Concevoir, programmer, visualiser, qui est l’adaptation en français de Generative Gestaltung : Entwerfen. Programmieren. Visualisieren, de Julia Laub, Hartmut Bohnacker, Benedikt Groß et Claudius Lazzeroni, paru en langue allemande chez Hermann Schmidt en 2009.
Je viens d’en recevoir un exemplaire :

Le livre fait 478 pages, il contient un grand nombre de très beaux exemples de réalisations exécutées avec Processing, qui inspireront sans aucun doute les graphistes et les artistes. Le cours de langage Processing me semble clairement rédigé. Il pousse assez loin l’étude de certaines fonctions complexes de la programmation visuelle (qui seront même intéressantes à étudier pour d’autres langages), comme le tracé de chemins, les arborescences, les courbes de lissajoux, les attracteurs, etc.
Les débutants n’y trouveront en revanche pas traitées toutes les fonctions de base de Processing (notamment tout ce qui concerne l’exportation : application, images,…), pas plus que l’emploi des librairies externes (vidéo, arduino,…).

Ce livre ne vise pas vraiment le public estudiantin, car son prix est de 75 euros, tout de même !

Esthétique du programme interrompu (brouillon de brouillon)

décembre 24th, 2010 Posted in archétype, Écrans et pouvoir | 8 Comments »

L’émission Saturday Night Live a diffusé cette semaine un court sketch assez intéressant. On y voit le « nerd » Mark Zuckerberg (du moins un acteur qui l’imite) remercier avec une niaiserie certaine le demi-milliards d’utilisateurs de FaceBook qui lui ont permis d’être sacré « personnalité de l’année » par Time Magazine. Subitement, son image est brouillée par une neige télévisuelle… Apparaît alors un homme en costume dans un intérieur chaleureux, un verre de cognac à la main, qui dit d’une voix grave et posée : « Hello again. It’s me, Julian Assange ».

Le sketch est plutôt drôle. Bill Hader, qui interprète Assange, se moque : « Time magazine, toujours sur la brèche, découvre Facebook quelques semaines seulement après votre grand-mère » ; Il résume sa situation : « Je dévoile gratuitement les données confidentielles de grosses organisations et je suis le villain. Zuckerberg vend vos données confidentielles à de grosses organisations, et il est l’homme de l’année » ; « la démocratie est morte. Bonnes vacances ! ». Les phrases sont ponctuées d’un rire gutural et sonore qui semble trahir, derrière le vernis du self-control, une excitation cynique aux limites de la folie.
Cela fait plusieurs semaines déjà que le Saturday night live show fait intervenir de cette manière le personnage de Julian Assange : l’image se brouille, interrompt une émission, et le « hacktivist » australien apparaît, y compris depuis une cellule de prison britannique, par exemple : « Vous vous demandez comment j’arrive à communiquer avec vous depuis une prison ? Vous avez sans doute mal écouté : je suis Julian Assange ! ».
Une sorte de super-héros de l’information, quoi.
Il finit ses interventions par la même déclaration : « quoiqu’on vous dise, si je meurs c’est que j’aurais été assassiné ».

Avec ce running-gag, le Saturday Night Live parvient à évoquer par l’image la divulgation sur Internet d’une gigantesque base de données confidentielles et secrètes, fait extrêmement abstrait et plutôt ingrat à figurer. De manière très naturelle, la représentation qui est convoquée ici n’a strictement aucun rapport avec Wikileaks mais s’inscrit dans une tradition bien plus ancienne, antérieure même à l’existence de la télévision, celle de l’émission piratée.

On trouvait déjà le même artifice dans Hackers (1995), où le jeune pirate informatique Cereal Killer prend le contrôle du réseau de télévision et interrompt l’émission en cours pour dénouer l’intrigue, révéler les noms et les crimes de celui qui devrait être en prison à la place de ses amis. Comme dans le sketch de Saturday Night Live, le pirate est annoncé par un bruit gaussien.

On se rappellera que le film Hackers commence par une bagarre entre deux pirates (Zero Cool et Acid Burn) qui s’arrachent le contrôle des magnétoscopes d’une chaîne du câble. Le film tentait par plusieurs biais (la 3D, notamment) de montrer ce qu’est une intrusion dans un système informatique, mais la preuve définitive, l’exploit qui parle instantanément, c’est donc d’agir sur la télévision, d’en perturber les programmes1.

Plus proche du cas de Julian Assange et de Wikileaks, on se rappellera de Eyes Only (jeu de mot entre les documents top secret et le fait que le personnage ne montre que ses yeux), dans la série Dark Angel (2000), un « hacktiviste » qui révèle aux populations de l’Amérique post-catastrophe de 2019 des faits ignorés : corruption, mauvais gouvernement, délinquance en col-blanc, etc.

Avant toute émission, une voix explique « ce message ne peut pas être arrêté et ne peut pas être tracé, c’est la seule voix libre d’Amérique ».
Il est intéressant que Eyes Only se décrive comme une « voix » (et pas comme une « image » par exemple), mais ce n’est pas étonnant car l’émission télévisée pirate n’est que le descendant naturel de l’émission de radio pirate ou en tout cas de la guerre des ondes, qui ont eu une importance politique réelle dans l’histoire — pensons à Radio Londres, par exemple, ou à Voice of America — et dont je retrouve une trace précoce en fiction avec le film américain Freedom Radio (Anthony Asquith, 1941), où un allemand au cœur pur découvre avec horreur que le parti Nazi est en fait méchant, ce qui le pousse à résister par les ondes2.
Même si tous les états du monde ont fait leur possible pour contrôler la radiodiffusion sur leurs territoires respectifs, les émissions pirates ont toujours attiré une grande sympathie de la part du grand public, parce qu’elles symbolisent la reprise en main du pouvoir de communiquer, d’informer, et même de distraire, à destination des masses par des gens qui n’ont pas attendu qu’une autorité politique ou financière leur en donne le droit.

Toujours dans le registre « Robin des bois », on peut citer « Riders of the storm » (1986), où The Captain (Dennis Hopper) et sa bande de vétérans du Viet-nam survolent les États-Unis dans un bombardier B-29 reconverti en studio de télévision pirate mobile. La présidente des États-Unis tente de les faire cesser d’émettre à coup de missiles nucléaires… Mais ils parviennent à révéler ses secrets malgré tout, et notamment le fait qu’elle est un homme travesti.

Dans l’excellent They Live (1988), des scientifiques émettent à leurs risques et périls pour avertir leurs compatriotes qu’ils sont victimes d’une invasion extraterrestre et que le monde dans lequel ils pensent vivre n’est qu’une illusion.

Le public ne comprend pas ces images et les trouve désagréables et peu rassurantes, d’autant qu’elles sont accompagnées d’un brouillage qui provoque des migraines : les émissions de pur divertissement sont alors un soulagement pour les spectateurs.

Dans Robocop 3, Nikko, une petite hackeuse surdouée d’une dizaine d’années, parvient à remplacer les émissions télévisées d’une chaîne locale de Détroit par un message qui explique aux spectateurs que la société privée embauchée pour « réhabiliter » les quartiers pauvres est en réalité venue expulser tous leurs habitants et va se rendre coupable d’un véritable bain de sang.

Dans le monde réel, le piratage d’émissions télévisuelles est un fait rarissime car il réclame des moyens importants et est surveillé avec une grande attention.
Le 27 avril 1986, un pirate nommé « Captain midnight » a interrompu la diffusion d’un film sur HBO pour diffuser un message de protestation contre le cryptage de la chaîne, devenue payante. L’auteur du message était un ingénieur en télécommunications. L’incident a eu des répercussions juridiques et techniques, puisque la peine pour ce genre de délit a été sensiblement durcie et que les émissions transmises via les satellites ont dû être « signées » pour que seuls les programmes légitimes puissent être diffusés. Arrêté, « Captain Midnight » a bénéficié d’un très important soutien populaire.

Le 22 novembre 1987 a eu lieu une autre action spectaculaire. Cette fois, le pirate a diffusé à deux reprises des images d’une personne portant un masque de Max Headroom. On n’a jamais su qui était l’auteur de cette action.
Il faut dire que la série Max Headroom est particulièrement intéressante. Max Headroom est une intelligence artificielle qui vit dans le réseau télévisé et qui prend régulièrement le contrôle des écrans. Mais ce n’est pas tout. Son modèle, Edison Carter, employé d’une grande chaîne, est lui aussi fréquemment amené à diffuser des images contre la volonté de ses employeurs, en profitant de la puissance du direct. Enfin, Max Headroom et Edison Carter sont régulièrement en contact avec Big Time TV, une chaîne de télévision pirate.

Il semble qu’aucun piratage de ce genre n’ait été motivé par le besoin de transmettre un message politique — un des rares exemples que je connaisse dans le registre est celui de la secte Falung Gong, qui a émis illégalement en Chine en 2002.
En revanche il est souvent arrivé qu’un plateau de télévision soit subitement envahi par un groupe d’activistes. C’est ce que fait l’énigmatique « V » dans le comic-book (et le film) V pour Vendetta. Menaçant de faire exploser le bâtiment, le terroriste équipé du masque de Guy Fawke3, « V » diffuse un message séditieux par lequel il invite ses compatriotes britanniques à se révolter, un an plus tard, contre un pouvoir brutal et corrompu.

Même s’il ne pirate pas un signal radio, « V » provoque un brouillage gaussien sur les écrans de contrôle du bâtiment lorsqu’il y entre.

Le groupe informel Anonymous, dont on a beaucoup parlé récemment pour sa défense de Julian Assange, utilise souvent le masque de Guy Fawke comme symbole. Dans une de leurs vidéos (diffusées sur Youtube),  les Anonymous mélangement même Max Headroom (fond, montage haché) et Guy Fawke. Cette vidéo est destinée (comme beaucoup d’actions des Anonymous) à dénoncer le fonctionnement et les buts de l’Église de Scientologie.

(Remerciements à Moez, qui m’a permis de me procurer certaines images dans une qualité acceptable)

  1. Bien entendu, le rapport entre Wikileaks et le « hacking », si souvent évoqué par la presse, est assez douteux là encore : ce service repose sur des technologies de cryptage et de confidentialité tout à fait normales et non sur un détournement d’un système existant. Cependant, Julian Assange est issu du monde du hacking. Au passage, j’ai découvert que le livre Underground, rédigé par Suelette Dreyfus, avec l’aide d’Assange, et qui est en partie une autobiographie de ce dernier, est disponible librement sur le site du projet Guntenberg. Tant mieux car dans le marché du livre d’occasion, ce livre avait atteint plus de deux-cent euros, avant de devenir définitivement indisponible. []
  2. Il faudrait parler aussi de QRN sur Bretzelburg, chef d’œuvre d’André Franquin, mais ça sera pour une autre fois.  []
  3. Guy Fawke, membre éminent de la « conspiration des poudres » contre le roi Jacques 1er en 1605, a été torturé et pendu. C’est semble-t-il son prénom qui a donné le mot anglais « guy » pour désigner une personne. []

Ours polaires

décembre 24th, 2010 Posted in Dans le poste, Filmer autrement | 8 Comments »

Les grandes chaînes françaises de télévision publique n’en finissent pas de faire du « divertissement de qualité » (quoique cela veuille dire — pas grand chose sans doute, si l’on se fie au résultat) et submergent le matin les enfants de spots pour des sodas et des gâteaux gras-salés-sucrés, histoire d’équilibrer leur budget malgré la suppression de la publicité après vingt heures.
De son côté, et malgré le même genre de problèmes de budget, la BBC reste la BBC, c’est à dire une chaîne qui ne prend pas le grand public pour une troupe imbécile à abêtir.

Dans sa grande tradition d’innovation dans le domaine du film naturaliste, la BBC vient de produire un documentaire d’exception, Polar Bear: Spy on the ice, qui montre l’intimité de l’animal qu’on dit souvent le plus dangereux et le plus cruel du monde, l’ours polaire. Pour filmer l’animal de près sans s’en approcher, la production a mis au point des drones adaptés au contexte : une caméra-traîneau qui glisse sur la neige à la recherche d’animaux émettant de la chaleur ;  Un iceberg espion qui navigue entre les morceaux de glace à la vitesse de la nage des ours et filme avec deux caméras, l’une immergé et l’autre en surface ;  Une caméra boule-de-neige, dont la forme est particulièrement résistante aux agressions de l’ours et qui sait se déplacer et peut filmer des images haute-définition même en roulant. Sa mobilité lui permet de rejoindre sa station d’accueil, la caméra-blizzard ;  la caméra-blizzard, enfin, qui est prévue pour résister à des températures extrêmes et pour être manipulée à un kilomètre de distance. Elle peut se déplacer à une vitesse de 80 km/h. En cas de menace, elle envoie comme diversion la caméra boule-de-neige, bien plus résistante aux agressions.

Il ne s’agit pas de simples gadgets spectaculaires, ces caméras ont déjà permis d’apprendre et de comprendre des choses sur le comportement et la biologie des ours.
La télévision met ici ses moyens importants au service de la science et pas uniquement du divertissement.

Images en vrac (4)

décembre 20th, 2010 Posted in Vrac | 9 Comments »

Quelques images trouvées à droite et à gauche, que je commente dans le plus complet désordre, comme d’habitude.

[une publicité diffusée en ce moment] Une secrétaire fait l’admiration de son fils, venu la visiter au bureau, par sa capacité à devancer les désirs de son patron.
« comment tu as deviné ce qu’il voulait, m’man ? », demande le fils.

« Je suis aussi futée que ma machine à café », répond la mère.
Puisqu’il est fait de 3D virtuelle, l’enfant sera pas forcé de passer des années devant des psychiatres pour digérer l’angoissante réflexion de sa mère qui vante son impeccable adaptation fonctionnelle aux besoins de l’entreprise en se comparant à une machine. Peut-être sont-ce nos sociétés (ou au moins l’agence qui a pondu ce spot) qui devraient se poser quelques questions.

Yann Leroux a passé sa thèse de doctorat en psychologie de l’Université de Nanterre le lundi 20 décembre à 10 heures. Son mémoire était intitulé Psychodynamique des groupes sur le réseau Internet. Le jury était composé de Serge Tisseron (directeur de recherches), Anne Brun, Bernard Chouvier et Sylvain Missonnier.
On a pu suivre la soutenance en direct sur Twitter :

Jolie mise en abîme du sujet, finalement. Félicitations au nouveau docteur (mention : très honorable).

Dans un autre registre, la « réalité augmentée » peut peut-être se découvrir une utilité en facilitant l’étude de faits qui échappent à la capacité de synthèse des dessins en deux dimensions. J’ai bien aimé à ce sujet l’intervention de Sylvie Tissot dans le cadre de la dernière édition des Entretiens du nouveau monde industriel.

La réalité augmentée lui sert à montrer les états simultanés de la matière dans les opérations de logique quantique, ce qui est particulièrement difficile à se figurer sans avoir recours à ce genre de représentation.

Microsoft a fêté ses trente-cinq ans en 2010 et va fêter en 2011 les trente ans du système d’exploitation qui lui a apporté l’hégémonie commerciale dans le monde de l’ordinateur personnel, MS-Dos.
Depuis deux ans, la société de Bill Gates et Paul Allen commercialise une gamme de tee-shirts inspirée de son histoire, que l’on ne peut, curieusement, acheter que dans quelques boutiques « physiques », et pas sur Internet.

On remarque la navigation dans le site, visuellement inspirée des lignes de commande DOS, qui restent le symbole d’une informatique qui a toujours été en retard sur son temps. Les tee-shirts ont pour motifs le Bill Gates « nerd » de la fin des années 1970 ou les logos les plus vintage de la marque. Il y a toujours eu chez Microsoft une capacité à l’auto-dérision qui me semble totalement absente chez le concurrent, Apple. Tandis qu’Apple réécrit constamment son histoire officielle pour dire « nous avons toujours eu raison », Microsoft semble plus apte à accepter la complexité et les zones ridicules ou erratiques de son passif.

Comme Apple, en revanche, Microsoft refuse de voir sa marque associée à des applications ludiques liées à la sexualité, puisque par un communiqué officiel, la « firme de Redmond » a déclaré condamner tout jeu « adult only » qui aurait recours à l’interface Kinect. En effet, la XBox est une plate-forme « familiale », donc on préfère s’y cantonner à des jeux éducatifs tels que America’s Army (bureau de recrutement virtuel créé par l’armée américaine), Hitman, Grand Theft Auto, etc.
C’est une vieille constante des industries du loisir : le meurtre, la guerre et la violence sont jugés moins dérangeants, moins immoraux, que la sexualité.

Pourtant, même si le résultat est redondant et thématiquement pauvre, on doit saluer la grande inventivité dont a toujours fait preuve l’industrie de la pornographie ou de l’érotisme dans son recours aux nouvelles technologies (catégorie où j’inclus le livre imprimé, le cinéma, le cdrom, le réseau Internet, la réalité virtuelle, etc.), et très spécifiquement aux technologies du multimédia interactif.

Je parlais récemment du flou qui est utilisé par la télévision pour dissimuler les visages ou les marques. Plus ou moins discret, ce filtre n’est pas forcément neutre, comme le prouve le reportage diffusé au journal de TF1 le 16/12/2010 (20h22) :

Il s’agit d’un reportage sur le « père Samuel », un prêtre catholique de Charleroi qui embarrasse le Vatican : poursuivi pour escroquerie (voyance, thaumaturgie, exorcismes), blanchiment d’argent, célébration de mariages illégaux, mais aussi accusé de viols, le bonhomme sent le soufre. Les images issues du sujet de TF1 qui montrent les adeptes du prêtre sont floues à un tel degré qu’on peut avoir l’impression d’un problème de buée sur l’objectif.
En revanche, les personnes qui accusent ce curé louche d’exactions diverses ont droit à une image nette. Jusqu’ici, c’est logique, puisque les adversaires de la secte du père Samuel témoignent volontairement et à visage découvert.

Plus intéressant ou plus étonnant, les immeubles qui sont filmés au moment où le commentaire évoque des achats suspects d’appartements sont eux aussi floutés. Or, ce flou est purement décoratif car les bâtiments sont montrés à titre illustratif (rien ne dit qu’il s’agit de ceux évoqués) et sont faciles à identifier.
Le sujet se conclut sur un plan où l’on voit le prêtre dans un jardin : l’image est cette fois floutée à la manière des photographies de David Hamilton, et sont bordées d’un tour sombre un peu théâtral qui donne à leur sujet une aura lumineuse. Ici, aucun prétexte relatif à l’identification des lieux et des personnes ne tient, il s’agit d’un choix qui marque le point de vue de la chaîne sur le gourou belge : ce type n’est pas net.

Big brother sous le sapin

décembre 19th, 2010 Posted in Filmer autrement, Parano | 1 Comment »

Décidément, la surveillance est à la mode parmi les jouets cette année. Après Barbie Vidéo Girl, j’apprends l’existence de PlayMobil Top Agents, une gamme de figurines et d’accessoires centrée sur la thématique de l’espionnage. On y trouve entre autres un signal d’alarme, un détecteur de métaux, et puis cette voiture radio-commandée équipée d’une caméra de surveillance :

La voiture vaut 40 euros, le module de commande radio vaut 70 euros, tout comme la caméra et son moniteur, ce qui porte l’ensemble à 180 euros, ce qui n’est pas donné, c’est le prix du Parrot AR Drone ! La transmission se fait sans fil.

Le vertige du funambule

décembre 19th, 2010 Posted in Design, Lecture | No Comments »

Annick Lantenois, qui enseigne l’histoire et la théorie du design graphique à l’école régionale des beaux-arts de Valence, vient de publier Le vertige du funambule aux éditions B42, qui sont spécialisées dans la publication d’ouvrages consacrés au graphisme ou à l’art.
Le livre est sous-titré « le design graphique, entre économie et morale ».

Dans ce court essai, l’auteur tente de poser les questions fondamentales — et sans doute insolubles — de la morale du design graphique par des questions concrètes : que signifie l’abandon du blason par les municipalités au profit du logo ? Quels sont les enjeux du graphisme décoratif et ornemental opposé au design fonctionnaliste et austère ?… Le graphiste a-t-il pour mission de réduire la complexité de la société et de ses signes ou au contraire est-il là pour embrumer les esprits à coup de communication visuelle ? Quelle doit être l’implication du designer vis-à-vis des nouveaux médias et des outils de création numérique ?
Le livre pose beaucoup de questions, apporte des éléments de réflexion et des références souvent intéressantes, pour le quasi-béotien du domaine que je suis, en tout cas.

Sans mobile

décembre 18th, 2010 Posted in Interactivité, Personnel | 33 Comments »

Quand on demande à l’oncle Scrooge McDuck (Balthazar Picsou, en français) comment il a fait fortune, il raconte souvent une histoire différente : prospecteur d’or dans le Klondike ou dans le Yukon, marchand de journaux à la criée, cireur de chaussures, ferrailleur, héritier dans son Écosse natale… Il paraît qu’une version « officielle », dotée d’une chronologie précise, a été dessinée par Don Rosa il y a une vingtaine d’années mais pour ma part, j’aime mieux l’absence de cohérence qui ressort des récits de Carl Barks1, absence qui fait sens, car aucune explication n’est vraie, ou bien toutes le sont, ce qui a fait la fortune de Scrooge McDuck ce n’est pas un évènement ou un autre, c’est son obsession de l’argent et son opiniâtreté à s’engager dans toutes sortes d’entreprises.

Eh bien je suis comme l’oncle Picsou, quand on me demande pourquoi je n’ai pas de téléphone mobile, je raconte chaque fois une histoire différente :

  • J’ai toujours bien vécu sans
  • J’ai n’ai pas envie d’attraper un cancer. Or malgré tous les démentis, le lien entre exposition aux micro-ondes du GSM et développement de tumeurs du cerveau, de cancers des testicules ou de cancers du nerf auditif ne semble contestable que parce que personne n’a envie que ce soit vrai. On m’objectera que je vis dans le WiFi et que mon téléphone « de maison » est sans fil. Tout ça est vrai mais il semble que le rapport entre la puissance d’émission et la proximité entre le téléphone et son utilisateur soit nettement plus problématique avec la téléphonie mobile qu’avec d’autres dispositifs radio.
  • Ça coûte trop cher. Je dois à ce stade avouer que je partage un second point commun avec Scrooge McDuck, qui est d’être pingre
  • Les pratiques commerciales des opérateurs et la manière dont ils abusent de l’état de dépendance de leur clientèle me donnent la nausée
  • Je veux avoir les yeux grand ouverts le jour où l’on n’aura plus le droit de ne pas avoir de portable, ou plutôt, le jour où les gens sans portable ne seront ni gérés, ni même tolérables. C’est pour assez bientôt à mon avis, je connais plusieurs services qui ne prévoient plus l’éventualité que l’on n’ait pas de numéro de téléphone mobile
  • Le téléphone portable est un outil de traçage et d’espionnage des individus, donc de contrôle. N’allez pas croire que je suis complètement paranoïaque, un vrai paranoïaque dirait que pour espérer ne pas avoir l’air louche, il faut justement avoir un téléphone mobile (et le laisser dans une pochette anti-ondes). En fait un vrai paranoïaque n’en parlerait même pas.
  • Je ne téléphone (presque) jamais

Et à vrai dire toutes ces raisons sont, à un degré ou un autre, absolument sincères. Il faut y ajouter la petite fierté snob de pouvoir dire « je n’ai pas de portable », comme on pourrait dire « je n’ai pas de voiture » (c’est le cas d’ailleurs), « je n’ai pas d’ordinateur », « je n’ai pas la télévision », etc.
Mais il y a sans doute une raison qui dépasse toutes les autres, c’est mon besoin de pouvoir disparaître, du moins pendant les quelques heures quotidiennes où je sors de chez moi pour aller donner cours, pour faire mon marché ou pour aller acheter le pain, chaque fois que j’effectue un trajet, finalement. Je crois que la question fondamentale n’est pas tant d’échapper aux autres que de pouvoir échapper aux sollicitations, aux distractions, et de pouvoir, plus qu’à tout autre moment, réfléchir, rêvasser, regarder, profiter, ou encore, si je ne suis pas seul à ce moment-là, discuter. Être à ce que je fais au moment où je le fais, même quand il s’agit de ne pas faire grand chose, d’ailleurs.
Un vrai luxe, à mon sens.

  1. Carl Barks, décédé il y a dix ans, est l’auteur qui a donné ses meilleures pages à la série Donald Duck. Les éditions Glénat viennent d’entamer une publication intégrale des récits de Carl Barks sous le titre La Dynastie Donald Duck, dans une traduction de Jean-Paul Jennequin. Don Rosa est considéré comme le meilleur successeur de Carl Barks, mais il lui manque beaucoup de la férocité graphique et thématique de son prédécesseur. []