Profitez-en, après celui là c'est fini

Spam wallpaper-art

avril 23rd, 2009 Posted in Brève, Dans la boite-aux-lettres | 4 Comments »

Que faire du spam qui innonde chaque jour les boites e-mail en proposant des solutions aux misères les plus fondamentales de l’homme moderne (amour, travail, argent) ? . En attendant le jour où, je cite, «.un brillant scientifique trouvera la solution définitive pour éradiquer du web le plaisir doux-amer du spam.», l’atelier italien de design ToDo recycle les messages commerciaux non-sollicités sous la forme d’un papier peint qui peut même être réalisé sur mesure en fonction du lieu où il sera posé.

 

(remarqué par Bruce Sterling)

Traducteur, raccoleur

avril 20th, 2009 Posted in Les pros | 39 Comments »

Un fameux adage italien l’édicte : traduttore, traditore (traducteur traître). Pour faire suite au billet précédent, voici un florilège de titres d’adaptations. On trouve des titres idiots (La chevauchée fantastique), des titres encore plus idiots destinés à capitaliser un succès (La charge héroïque qui informe le spectateur que le réalisateur est le même que pour La chevauchée fantastique), des titres qui essaient de raconter le film… Et puis beaucoup de promesses de films « pimentés » (Traducteur, raccoleur).  Le plus amusant est que ces traductions sont parfois faites de l’anglais vers l’anglais : Modern Sex, Sex Academy, Sex Crimes.

Œuvre originale signification (approximative) adaptation française
Stagecoach Diligence La chevauchée fantastique
She Wore a Yellow Ribbon Elle portait un ruban jaune La charge héroïque
The Searchers Les chercheurs La prisonnière du désert
My Darling Clementine Ma clémentine chérie (tiré d’une balade célèbre) La poursuite infernale
Popeye Œil éclaté Mathurin
The Return of Ray D. Le retour de Ray D. Modern sex
Female brain Le cerveau féminin Les secrets du cerveau féminin
The god delusion Le délire (de la foi en) dieu Pour en finir avec Dieu
Cruel intentions Intentions cruelles Sex intentions
Not Another Teen Movie Pas un film d’ados de plus Sex academy
Tangled Dans des complications Sex Trouble
Wild things Choses sauvages Sex crimes
The in crowd Les « branchés » (cf. commentaire) Sex & Manipulations
Mädchen, Mädchen Les filles, les filles Girls & Sex
The Bangers sisters Les soeurs Bangers Sex fans des sixties
Love, Honour and Obey Amour, honneur et obéissance Gangsters, Sex & Karaoke
Out cold Au frais dehors (?) dans les pommes Snow, sex & sun
Denial Déni All about sex
It happened one night C’est arrivé une nuit New York Miami
North by northwest Nord par nord-ouest La mort aux trousses
Final analysis Analyse finale Sang chaud pour meurtre de sang froid
Eraserhead tête de gomme Labyrinth Man
The scarlett letter La lettre écarlate (roman classique) Les amants du nouveau monde
Blind date Rendez-vous en aveugle Boires et déboires
Kind Hearts and Coronets Bons cœurs et couronnes (tiré d’un vers célèbre) Noblesse oblige
Desk Set Matériel de bureau ? Une femme de tête
The passionate friends Les amis passionnés Les amants passionnés
Under capricorn Sous le capricorne Les amants du capricorne
They live by night Ils vivent la nuit Les amants de la nuit
Ossessione Obsession Les amants diaboliques
Tomorrow is another day Demain est un autre jour Les amants du crime
Daisy Kenyon Daisy Kenyon (nom propre) Femme ou maîtresse
The brides of dracula Les fiancées de Dracula Les maîtresses de dracula
A touch of class Une touche de style (?) Une Maîtresse dans les bras, une femme sur le dos
The Other Boleyn Girl L’autre fille Boleyn Deux soeurs pour un roi
Closer Plus proche Closer, entre adultes consentants
Beyond the forest Au delà de la forêt La garce
Bufere Orages Fille dangereuse
American Pie: The Naked Mile American Pie : le mile nu (en référence à une course cycliste naturiste) American Pie présente: String Academy
If these walls could talk 2 Si ces murs pouvaient parler 2 Sex revelations
Death game Jeu mortel The seducers
Born yesterday Né(e) d’hier Comment l’esprit vient aux femmes
The net Le réseau Traque sur internet
Weird science Science étrange Une créature de rêve
They drive by night Ils conduisent de nuit Une femme dangereuse
The enforcer (une personne qui obtient quelque chose par la force) La femme à abattre
Rollover Roulé-boulé (?) Une femme d’affaires
The Legend of Lylah Clare La légende de Lylah Clare Le Démon des femmes
Hitting a new high Atteindre un nouveau sommet La femme en cage
Too much, too soon Trop, trop tôt La femme marquée
His girl friday sa fille à tout faire (allusion à Robinson Crusoé) La dame du vendredi
A woman under the influence Une alcoolique Une femme sous influence
The revolt of Mamie Stover La révolte de Mamie Stover bungalow de femmes
Road house Restaurant routier La femme aux cigarettes
Three secrets Trois secrets Secrets de femmes
I’ll see you in my dreams Je te verrai dans mes rêves La femme de mes rêves
Fig leaves Feuilles de figuier (référence à la Genèse, en français ce serait plutôt feuilles de vigne) Sa majesté la femme
Casanova and co. Casanova et compagnie Treize femmes pour Casanova
In the spirit Dans l’esprit (?) Deux femmes pour un tueur
Hannie Caulder (nom propre) Un Colt pour trois salopards
Marnie (prénom) Pas de printemps pour Marnie

La liste contient des titres de films de toutes les époques et quelques titres de livres. Ces adaptations fantaisistes s’avèrent parfois fort embarassantes. Par exemple un titre comme Les secrets du cerveau féminin semble être celui d’un guide idiot alors que le livre est un ouvrage (de vulgarisation certes) écrit par une éminente chercheuse en neurobiologie et faisant le point sur l’état de l’art dans son domaine.

Tensions autour de la « sousveillance »

avril 19th, 2009 Posted in indices, Parano | 3 Comments »

Avec la multiplication des téléphones capables d’enregistrer des séquences vidéo, les affaires dans lesquelles des membres des forces de l’ordre doivent répondre de violences commises dans l’exercice de leurs fonctions se multiplient. Inquiets de la diffusion de ces images (parfois bien à tort car elles peuvent tout aussi bien permettre de démontrer leur bonne foi), il n’est pas rare que des policiers prennent l’initiative de détruire les images sur lesquelles ils apparaissent. Plutôt que de détruire ou de confisquer les appareils, ils se contentent d’en supprimer les fichiers. Je veux bien croire que la chose soit fréquente puisque je l’ai vécu moi-même : des contrôleurs SNCF et des policiers m’ont réclamé de vider une carte-mémoire d’appareil photo. Ils y étaient allé complètement au bluff et devant des dizaines de témoins, l’affaire s’est donc réglée sans dommage.
Comme d’habitude, c’est la Grande-Bretagne qui se trouve à la pointe des débats en matière de surveillance et de sousveillance1. Une loi britannique votée en février dernier rend illégale la réalisation de toute photographie ou vidéo amateur montrant des policiers dans l’exercice de leur métier si leur action est liée à la lutte contre le terrorisme. Or « lié à la lutte contre le terrorisme », ça ne veut pas dire grand chose et, selon l’analyse de nombreux commentateurs britanniques, c’est la porte ouverte à une interdiction de filmer la gestion policières de manifestations publiques comme celle du G20 à Londres le 1er avril dernier, manifestation pour laquelle une vidéo amateur diffusée sur Internet avait permis de remettre en cause la version officielle de la mort de Ian Tomlinson, un passant de 47 ans mort d’une hémoragie interne après avoir été sans raison projeté au sol par un policier qui se situait derrière lui.

La vidéo est particulièrement éloquente puisque l’homme marche en confiance, les mains dans les poches et se fait violemment bousculer de manière apparemment complètement injustifiable. On trouvera très intéressant de comparer cette vidéo à la série d’images diffusée par une grande agence photographique qui montre le décès du même Ian Tomlison d’une manière complètement opposée : la police n’est plus auteur d’une agression mais apporte une assistance compassionnelle (l’image que je reproduis ci dessus a tout de la Pietà !) à un homme en train de mourir. 

La police métropolitaine de Londres a lancé en février 2008 une campagne publicitaire qui engage chaque citoyen à surveiller les photographes amateurs et à les signaler aux policiers : Thousands of people take photos every day. What if one of them seems odd? Terrorists use surveillance to help plan attacks, taking photos and making notes about security measures like the location of CCTV cameras. If you see someone doing that, we need to know. Let experienced officers decide what action to take2. Nous en sommes donc à surveiller les surveillants des surveillants !

Dans ce cadre, un éditeur de logiciels pour téléphones portables, hippocampsoftware, a créé un logiciel gratuit pour téléphones BlackBerry baptisé GandhiCam, qui permet d’assurer la sécurité de ses fichiers vidéo.
En effet, sitôt les images créées, le logiciel les adresse par e-mail à leur propriétaire, sans la moindre opération manuelle.

  1. C’est vrai, le mot est laid, surtout en français, et la « sousveillance » n’est jamais qu’une « surveillance » mais faute de mieux, je continue à l’employer. [↩]
  2. Traduction rapide : Des milliers de gens prennent des photographies chaque jour. Que faire si l’un d’eux a l’air louche ? Les terroristes utilisent la surveillance pour préparer des attaques, prennent des photos et des notes au sujet des dispositifs de sécurité tels que la localisation des caméras de surveillance. Si vous voyez quelqu’un en train de faire ça, nous avons besoin d’en être informés. Laissez les policiers expérimentés décider des mesures à prendre [↩]

Locas, de Jaime Hernandez

avril 19th, 2009 Posted in Bande dessinée | 31 Comments »

De toutes les œuvres d’envergure qu’a donné la bande dessinée américaine ces trente dernières années, je pense que ma préférence va aux comics de Jaime et Gilbert Hernandez1. Avec leur frère Mario (qui semble avoir cessé la bande dessinée depuis), « Los bros Hernandez » ont commencé à publier leur comic-book Love & Rockets en 1981, d’abord à compte d’auteur puis, depuis 1982, chez l’éditeur Fantagraphics. Certains n’hésitent pas à établir des comparaisons flatteuses avec La Comédie Humaine de Balzac ou avec les écrits de Gabriel Garcia Marquez. Ces comparaisons ne sont pas exagérées, Love & Rockets est un monument et fait partie de ces ouvrages dont les personnages et la fantaisie nous hantent longtemps après que nous les ayons lus et dont il finit par nous sembler qu’ils existent effectivement dans quelque univers parallèle au nôtre.

Les protagonistes des histoires de Jaime (Locas/Maggie & Hopey) et de Gilbert (Palomar/Heartbreak soup) ne se rencontrent pas (à quelques clins d’œil près) et n’évoluent même pas dans les mêmes univers — une Amérique centrale fantasmée pour Gilbert Hernandez et une banlieue pauvre de Los Angeles pour Jaime. Pourtant leur publication simultanée dans les mêmes fascicules semble assez naturelle, et on remarque chez les deux frères un même goût pour les récits à rallonge et les personnages bien campés, qualités augmentées par un vrai talent à maintenir une cohérence d’ensemble malgré une grande liberté formelle et narrative. Dans les Love & Rockets (et récits apparentés), tout se passe un peu comme si l’on mettait des images sur des récits un peu exagérés, très « sud ». On saute par ailleurs facilement d’un registre à un autre (naturalisme, fantastique, science-fiction, humour…). Bien que l’on voie les personnages à tous les âges de leurs vies, la chronologie générale des Love & Rockets n’est pas très sérieusement fixée. La parution française, fort négligente (on en reparle plus loin), n’y arrange pas grand chose.

On dit souvent, à raison à mon avis, que des frères Hernandez c’est Gilbert qui est le meilleur écrivain et Jaime qui est le meilleur dessinateur. Jaime est en effet un grand styliste qui produit une synthèse improbable entre le dessin inoffensif des Archie Comics, les traits de Steve Ditko et sans doute John Romita Sr. (respectivement premier et deuxième dessinateur des aventures de Spiderman), le noir et blanc élégant d’Alex Toth et de Milton Caniff,… auxquels on doit ajouter Hank Ketcham, l’auteur de Denis la malice. À quelques exceptions près, les récits de Jaime contiennent peu de drames véritable, ils suivent l’amitié de Maggie et Hopey, deux jeunes filles du quartier de Hoppers à Los Angeles. Maggie (Margarita Luisa Chascarrillo) est une reine de la mécanique un peu boulote et Hopey (Esperanza Leticia Glass) est une musicienne punk. Autour d’elles gravitent des personnages impossibles comme le milliardaire Costigan, qui a des cornes de démon, la belle Penny Century, épouse de Costigan, des catcheuses mexicaines professionnelles, des membres de gangs,… Et dans tout ça, beaucoup d’histoire d’amour qui débutent, se terminent, agonisent ou peinent à exister.

Bon, je vous ai assez fait l’article, je suppose que le message est passé : ces modestes bandes dessinées sont de la grande littérature.

Passons au coup de gueule. En découvrant hier la dernière traduction de Locas en librairie, j’ai maudit son éditeur, Delcourt. En effet le titre complet de ce dernier album est Locas, elles ne pensent qu’a ça.
« Elles ne pensent qu’à ça », quel sous-titre imbécile ! Les albums d’origine sont
Locas in Love et Dicks and Deedees.
Déjà il y a plus de quinze ans, Albin Michel avait sorti un album de Jaime Hernandez sous le titre Modern Sex — titre qui n’avait aucun rapport avec le titre d’origine,
The Return of Ray D. Ces titres racoleurs sont une vraie honte pour l’édition française, c’est un peu comme si l’on vendait Flaubert aux anglo-saxons avec un titre tel que Bovary: menage a trois2 et Sentimental education: sex in Paris. La jaquette intérieure contient des opinions tout aussi racoleuses par Arte et Beaux-Arts magazine. Pitié !

Après des parutions complètement erratiques chez divers éditeurs (Pain, amour et fusées, 1982 ; Mister X 1986 ; Birdland 1992 ; Modern Sex 1991 ; Mechanics, 1995), les éditions du Seuil avaient fini par avoir la bonne idée de publier en français les recueils anthologiques américains Locas et Palomar, découpés chacun en deux tomes. C’est par ces albums qu’il faut commencer : Love and Rockets : Locas (Première partie) et Love and Rockets : Locas (Deuxième partie) de Jaime Hernandez, et Love and Rockets : Palomar City (Première partie) et Love and Rockets : Palomar City (Deuxième partie) puis les Nouvelles Histoires de la Vieille Palomar de Gilbert Hernandez.
Malgré son titre putassier, Modern sex est aussi un excellent livre, on le trouve encore très facilement d’occasion.

Dans le dernier album paru en France qui est, donc, abusivement titré Locas, elles ne pensent qu’a ça, Maggie et Hopey ne sont plus les adolescentes que l’on a connu, la première est divorcée et la seconde tente d’échapper aux avances d’un musicien… C’est tout aussi plaisant à lire que les précédents albums mais ce n’est sans doute pas la porte d’entrée la plus logique pour s’intéresser aux Love & Rockets, je profite juste de l’occasion de cette parution pour évoquer près de trois décénies de bandes dessinées par les frères Hernandez.

  1. Devant Chris Ware, Dan Clowes, Adrian Tomine, Charles Burns ou Art Spiegelman. Si si. [↩]
  2. en français dans le texte [↩]

STRP / Expo+ (2) Kiosk – Artifacts of a post-digital age

avril 19th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 2 Comments »

La seconde partie de l’exposition d’œuvres interactives du festival STRP est intitulée Kiosk – Artifacts of a post-digital age. Le commissariat de l’exposition est assuré par l’essayiste Domenico Quaranta et par Yves Bernard, pionnier du cd-rom interactif avec la société Magic Media (1994), enseignant à l’École de Recherche Graphique et initiateur de l’Interactive Media Art Laboratory (iMal) à Bruxelles.
On est entre de bonnes mains.

La particularité de cette partie de l’exposition, c’est que les œuvres montrées sont à vendre. C’est mal indiqué, je ne l’ai compris qu’à la lecture de la brochure, une fois rentré chez moi. Les deux curators avaient organisé une exposition similaire (dans son vœu d’associer les arts numériques au marché de l’art et aux collectionneurs) l’an passé à Bruxelles, intitulée Holy Fire: Art of the Digital Age. Les titres Holy Fire et Kiosk sont empruntés à des romans de Bruce Sterling.
À mon avis qui n’engage que moi, ce rapport au commerce disqualifie totalement les « artistes numériques » français, dont la plupart ne semblent pas chercher à produire des œuvres destinées à des collectionneurs non-institutionnel (sauf des livres). De fait, l’exposition acueille des britanniques, des belges, des italiens, des américains, des russes, des allemands, des norvégiens et des néerlandais, mais pas de français.

Sachant leur statut d’objets commerciaux, on comprend pourquoi tous ces travaux sont de format plutôt modeste et pourquoi on a un peu l’impression d’un entassement, à la façon d’un salon des Beaux-art, disons. Cette échelle est plaisante dans le cadre d’un festival, car ces manifestations ont la méchante habitude d’imposer au public de grosses machines tape-à-l’œil dénuées de rafinement et où, malgré les promesses d’interactivité, on se sent passif et spectateur avant tout. L’exposition Kiosk permet d’établir un rapport entre la personne et l’œuvre et de montrer des installations qui n’ont pas peur du décoratif.

La liste des artistes est à elle seule assez étonnante puisqu’on y trouve Manfred Mohr, un pionnier de l’art programmatique — je n’étais pas né quand il a commencé sa carrière ; des artistes plus récents mais eux aussi devenu historiques, Peter Vogel et Jim Campbell ; des célébrités du Net.art balbutiant, Alexei Shulgin, Olia Lialina et Mark Napier ; De jeunes artistes (dont certains ont déjà une vraie carrière) comme Golan Levin, Driessens & Verstappen, Marius Watz, Siebren Versteeg, Bjön Schülke, Sakurako Shimizu (une créatrice de bijoux inspirés par l’informatique), Aristarkh Chernyshev, Tonylight, Boredomresearch (Vicky Isley & Paul Smith), Alessandro Capozzo et Katja Noppes.

Les propositions sont très diverses, parfois interactives, parfois animées, parfois sonores,… Je ne vais pas tout décrire. Mes photographies ne sont pas fameuses, on trouvera de bien meilleures évocations de cette exposition sur le compte FlickR d’Yves Bernard et sur We Make Money Not Art.

STRP / Expo+ (1)

avril 18th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 5 Comments »

La partie exposition du festival STRP, baptisée Expo+, est découpée en deux parties, dont l’une (Kiosk) est thématique et sera l’objet de mon prochain et dernier article. L’autre partie de l’exposition, apparemment non titrée, contient des oeuvres numériques diverses.
Enfin si j’ai tout compris, car les deux expositions ont lieu dans un même espace et on peut facilement penser qu’elles ne font qu’un (enfin qu’une).

Pony, de Freerk Wieringa, est une licorne robotique qui s’anime notamment lorsque des passants passent à proximité d’elle. Le même artiste a animé un chien et une main géante lors de la précédente édition du festival. On trouve des vidéos de ses installations sur Youtube.
Le Infinite Cubed des artistes brésiliens Leonardo Crescenti et de Rejane Cantoni, tient un peu de l’attraction de foire : un cube de trois mètres de côté dont toutes les surfaces internes et externes sont des miroirs crée un lieu visuellement infini quelle que soit la direction dans laquelle on regarde. Monté sur quatre ressorts, le cube se balance selon les mouvements que lui donne la personne qui entre dedans. Une seule personne est autorisée à y entrer à la fois.

Le DansMachine4 de Jerôme Siegelaer est un travail assez classique finalement : le spectateur monte sur un petit estrade, des capteurs vérifient sa position ou ses mouvements et des projections affichent des séquences de danse exécutées par des vrais danseurs. Si on me payait un euro chaque fois que je tombe sur ce scénario d’œuvre interactive, je serais riche1. Parfois je me dis (et ça m’effraie) que je suis un peu blasé.

Bon, je suis un peu méchant, mais je dois admettre que les œuvres interactives qui m’indiffèrent le plus sûrement sont souvent celles qui mettent en jeu la danse. En fait je ne dois pas aimer la danse, sorti de Fred Astaire et de Gene Kelly.

Je n’aime pas non plus le sport mais ça ne m’a pas empêché de goûter Jump, par Yacine Sebti. Je n’en ai malheureusement pas de très bonne photo, mais dans ce dispositif, le spectateur est invité à sauter en l’air face à l’écran. Lorsqu’il le fait, son corps en mouvement est incrusté à l’image qui se trouve face à lui, pour un certain nombre de sauts. Les sauts synchronisés s’aditionnent (et finissent par disparaître) avec un effet qui rappelle l’ultra-classique court-métrage Tango (1980), par Zbig Rybczynski.

Un peu discret (je pense que beaucoup seront passés à côté sans le voir), j’ai bien aimé Probe, de Boris Debaeckere, une autre œuvre qui prend en compte le déplacement du spectateur. L’écran affiche une animation abstraite d’attente et lorsque l’on se place devant lui, des images tout aussi abstraites mais procurant une sensation de vertige apparaissent. Sans pouvoir en dire grand chose d’autre, je trouve que cette installation fonctionne assez bien.

Mais de toutes les œuvres présentées dans la partie non-thématique d’Expo+, ma favorite est sans contestation Bitquid, de Jeroen Holthuis, un très jeune artiste qui expose pour la première fois.

Ici, des données graphiques passent d’un écran à un autre. Elles ne sont pas transmises sous la forme d’impulsions électriques à la vitesse de la lumière, mais sous la forme de flux d’un liquide phosphorescent. Lorsque du liquide passe, cela équivaut à un 1 binaire et lorsque c’est une bulle d’air qui passe, à un 0. Ce fax hydraulique constitue une installation assez belle à voir et plutôt réfléchie et bien faite. J’ai un faible pour les travaux qui s’amusent à porter dans le monde analogique un processus issu du numérique — même si on peut bien entendu rappeler que, à un certain niveau, les circuits électroniques sont tout aussi analogiques que ces circuits liquides2.

Le IC Hexapod, de Matt Denton, est une installation assez amusante : dans un premier temps, on voit un robot à six pattes sur un support hémisphérique. Quand on s’approche de lui, il nous suit du regard… Quelques mètres plus loin on découvre avec stupeur que l’image enregistrée par la bestiole est projetée sur un grand écran (et semble-t-il sur Internet). Il y a là une trahison qui donne à réfléchir, puisque le rapport de sympathie qui s’instaure entre un inoffensif robot et le spectateur aboutit à une ironique exposition du spectateur.

En vis-à-vis, deux œuvres qui jouent un peu avec la culture bureautique : Moovi, par un jeune homme nommé Paul Verhoeven (homonyme du cinéaste), où un personnage animé parvient à faire bouger l’écran sur lequel nous le regardons ; Noteboek, par Evelien Lohbeck, un livre en forme d’ordinateur portable dont l’écran diffuse des courts-métrages en vidéo.

Pour finir, Two Stage Transfer Drawing, par Joan Healy.

Il s’agit d’un système de dessin : on caresse une surface qui ressemble à de la peau humaine et nos gestes sont repris, de manière malhabile, sur l’écran. Ce rapport entre la peau et la technologie fait très eXistenZ… J’ai eu pour ma part du mal à y croire mais il s’agissait bel et bien d’une performance, le rectangle de peau était le dos d’une véritable personne faite de chair et d’os, qui reproduit à l’écran les dessins que tracent, avec plus ou moins de gentillesse, les spectateurs, suivant les règles d’un jeu que connaissent bien les enfants.

  1. Mon favori dans le genre reste reste l’installation Lovers (1995), de Teiji Furuhashi, le fondateur de Dumb Type. Pourtant — et peut-être est-ce la raison de l’attachement que j’ai pour cette œuvre — je ne l’ai pas vu fonctionner, je me fie à son évocation dans l’excellent cd-rom de la 3e biennale de Lyon [↩]
  2. par exemple les « analog pong » et autre « real life pongs » [↩]

ZKM / Safe zones No. 7

avril 17th, 2009 Posted in Surveillance art, Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 2 Comments »

Petit retour au ZKM à propos d’une œuvre qui m’a beaucoup intéressé, Safe Zones No. 7 par l’artiste suédois Jonas Dahlberg. J’attendais d’avoir des détails et des visuels sur ce travail pour en parler. L’équipe du ZKM m’a gentillement donné les informations dont j’avais besoin et l’artiste lui-même m’a tout aussi aimablement fait parvenir les visuels.

Safe Zones No. 7 fait partie de la collection permanente du ZKM mais cette œuvre a d’abord été montrée dans le cadre de l’exposition Ctrl [space] (2001), une exposition de groupe dédiée au thème de la surveillance. J’ai tenté de m’en procurer le catalogue mais il est épuisé chez l’éditeur (MIT press) et on ne le trouve pas à moins de 900 euros sur Amazon !
Un peu hors de mon budget. L’exposition devait en tout en tout cas être passionnante1.

Le dispositif est assez sophistiqué : devant la porte des toilettes publiques du musée, on peut voir deux moniteurs de surveillance standard en noir et blanc qui nous montrent, filmés du dessus, une cabine W.C. et une rangée d’urinoirs. Jusqu’ici, tout va bien, ou plutôt tout va mal : on nous espionne aux toilettes ? Un cauchemar d’enfant ! Pourtant ces écrans de contrôle sont si banals qu’on peut tout aussi bien passer devant sans les remarquer.

Une fois à l’intérieur de la pièce on découvre que la caméra filme effectivement en continu l’intérieur des toilettes, mais ce qu’elle filme, ce n’est pas le lieu lui-même mais une maquette représentant le lieu à échelle réduite. ouf.

Sans besoin de grandes explications, cette installation nous parle  de la banalisation de la surveillance mais aussi de l’intimité, de la sphère publique et de la sphère privée.
La mise en abîme et le jeu sur l’échelle des objets sont à eux seuls assez savoureux.

Je suppose que l’artiste a connu un petit succès avec cette oeuvre car il l’a semble-t-il décliné pour plusieurs autres lieux : (Safe Zones No. 8, Restaurant Riche, Safe Zones No. 9, Ausstellungshalle Zeitgenössische Kunst, Münster, Safe Zones No. 11, Moderna Museet Stockholm). Toutes les œuvres intitulées Safe Zones ne reprennent pas ce fonctionnement. La première, par exemple, est le plan des zones de l’appartement de l’artiste qui sont invisibles pour son voisin irascible dont l’appartement est situé en vis-à-vis.

(toutes les photographies qui illustrent cet article sont de Jonas Dahlberg / all pictures © Jonas Dahlberg)

  1. Ctrl [space]: Rhetorics of Surveillance from Bentham to Big Brother – (ZKM, Karlsruhe, 12 oct 2001 – 24 fév 2002),  commissaire : Thomas Y. Levin de l’Université de Princetown. Artistes : Vito Acconci, Merry Alpern, Lutz Bacher, Lewis Baltz, Denis Beaubois, Jeremy Bentham, Niels Bonde, Bureau of Inverse Technology, Paul Bush, Sophie Calle, Jordan Crandall, Peter Cornwell, Jonas Dahlberg, David Deutsch, Bart Dijkman, Diller + Scofidio, Harun Farocki, Dan Graham, Graft, G.R.A.M., Jeff Guess, Harco Haagsma, Jon Haddock, Institute for Applied Autonomy, Jürgen Klauke, Michael Klier, A.P. Komen & Karen Murphy, Rem Koolhaas/OMA, Korpys/Löffler, Laura Kurgan, Langlands & Bell, Ange Leccia, Chip Lord, Jenny Marketou, Jürgen Mayer H., Michaela Melián, Dan Mihaltianu, Heiner Mühlenbrock, Pat Naldi & Wendy Kirkup, John Lennon/Yoko Ono, Bruce Nauman, Chris Petit, Walid Ra’ad, Daniel Roth, Thomas Ruff, Julia Scher, Cornelia Schleime, Ann-Sofi Sidén, Lewis Stein, Stih & Schnock, Surveillance Camera Players,  Frank Thiel, Zoran Todorovic, visomat inc., Jamie Wagg, Andy Warhol, Peter Weibel, NYC Surveillance Camera Project  [↩]

STRP / Le café

avril 16th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | No Comments »

Les œuvres de Granular Synthesis, évoquées dans l’article précédent, ont constitué pour moi une épreuve sensorielle et un échec personnel puisque j’ai fui ces écrans braillards comme un pleutre, sans accepter me laisser embarquer une seconde.
Mais en dehors de ça, j’ai profité avec plaisir de la plupart des travaux exposés au festival STRP. Puisque nous n’y sommes restés qu’une demi-journée, nous n’avons pas réellement profité de la partie festival : concerts de Laurent Garnier, Aphex Twin ou Laurie Anderson, conférences, performances « live » de danse ou de multimédia, etc.
Nous n’avons vu que les expositions.

Le festival est donc installé dans un bâtiment de la friche industrielle du quartier de Strijp à Eindhoven. L’accès au quartier de Strijp puis l’accès au festival lui-même sont assez mal signalisés.
Après avoir passé le sas d’entrée, on arrive dans un hall intermédiaire où se trouvent une cantine et deux travaux artistiques. C’est la dernière fois que l’on voit la lumière du jour.

Les deux œuvres sont Free-man, de Koert van Mensvoort, et Unbelivable frying object (ufo), de Guus Voermans. L’un comme l’autre sont des machines absurdes. Free-man est un pac-man trop facile (pas de la labyrinthe, pas d’ennemis) et UFO est une mécanique complexe et fantaisiste destinée je pense à cuire un œuf à la poëlle. La machine en question ne fonctionne qu’avec un opérateur, nous avons donc pu l’admirer mais pas la voir fonctionner.

Les achats de nourriture et de boisson, sur le site du festival, se font avec une devise locale inventée dont on peut faire le change à l’entrée. Le café, baptisé « Lightcafe » est très joliment mis en lumière, son comptoir et son enseigne changent de couleurs en permanence. Dans la même salle conviviale, on trouve des tables en béton et des fauteuils-pouf, des luminaires divers, et quelques œuvres, notamment Whitevoid, par Christopher Bauder et Willem Claassen, une forme géométrique complexe en volume sur laquelle sont projetées des animations abstraites, pour un effet Tron.

Toujours dans le même lieu, on trouvait Making the invisible visible, de Frans Hoithyusen (des photographies d’objets invisibles à l’œil nu réalisées avec un microscope électronique mis à disposition par Philips) , Breathing Cloud, de Dorette Sturm une sculpture légère et « vivante » (qui simulait une respiration) , et Standard Time, par Mark Formanek et Datenstrudel (une très belle horloge filmée donnant l’heure exacte sous forme de construction en volume).

Au fond de la salle, un espace baptisé Play-Grounds diffuse un programme permanent d’images novatrices dans le domaine du vidéo-clip et de la publicité.
Mes photos ne sont pas très lisibles car l’endroit est plongé dans l’obscurité.

STRP / Granular Synthesis

avril 15th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 2 Comments »

J’ai toujours bien supporté les oeuvres d’art qu’on pourrait qualifier de « difficiles ». Les œuvres qui éprouvent la patience du spectateur, celles qui n’hésitent pas à le prendre à rebrousse-poil, à le brusquer, à le décevoir en ne tenant aucune promesse énoncée ou en refusant le joli, le charmant, le sympathique, la connivence… Parce que je sais qu’en n’allant que vers ce qui correspond à nos automatismes de spectateur, on ne peut finalement obtenir que ce que l’on connaît déjà — punition qui correspond bien à la définition de l’enfer.

Mais il y a un genre d’œuvres qui me fait invariablement fuir, ce sont les œuvres qui me font souffrir physiquement. Avec Granular Synthesis, j’ai été servi, et je dois même avouer que j’ai finalement renoncé au visionnage d’un certain nombre de travaux.

Granular Synthesis est un duo d’artistes multimédia d’origine autrichienne composé de Kurt Hentschläger et Ulf Langheinrich. Ils travaillent ensemble depuis le tout début des années 1990 et le festival STRP d’Eindhoven leur rendait hommage cette année sur deux sites distincts : le festival STRP lui-même, et l’espace MU, dans l’immeuble De Witte dame en centre-ville.
Leurs travaux visuels et sonores sont  basés, comme leur nom le suggère, sur la technique de la synthèse granulaire, qui consiste à découper des données (sonores, typiquement, mais on peut aussi manipuler l’image selon ce procédé) en un grand nombre de petites unités qui sont ensuite recombinées et dupliquées puis jouées successivement.

La première visite que nous avons effectuée était celle de l’exposition The single screen works, au MU. Premier hic, il ne s’agissait que de vidéos linéaires préenregistrées alors que Granular Synthesis est plutôt connu comme un duo d’artistes performers qui exécutent des œuvres en direct pour un public.
Mauvais départ en ce qui me concerne. La première vidéo que j’ai vu en entier, LUX, agresse d’entrée le spectateur par des éclairs espacés ou stroboscopiques excessivement pénibles. Personnellement j’ai toujours détesté les stroboscopes de boites de nuit, et c’est sans doute en partie ce qui m’a toujours fait éviter ce genre de lieu. J’ai donc visionné LUX, si l’on peut dire, en fermant les yeux le plus clair du temps.

Dans Sweet Heart, une courte séquence vidéo est étirée dans le temps, réarrangée, retournée dans tous les sens. Ce n’est pas laid en soi, c’est même sans doute l’œuvre la moins déplaisante à voir (parce qu’on se raccroche à la figure humaine peut-être), mais ça dure un quart d’heure. Certaines œuvres, en étirant le temps, plongent le spectateur dans un état particulier ou modifient véritablement sa perception (les vidéos de Bill Viola fonctionnent bien sur moi par exemple). Mais là, j’aurais passé ce quart d’heure à regarder ma montre s’il y avait eu suffisamment de lumière pour ça et si j’avais eu une montre.

We Want god now est aussi une œuvre figurative puisqu’elle montre le corps en mouvement du danseur Michael Ashcroft. Seules dix secondes des mouvements du danseur ont été utilisés sur une dizaine de minutes filmées, pour aboutir à une vidéo qui dure au final une heure (mais la version que j’ai vu était ramenée à une quinzaine de minutes je pense, ou alors j’ai dormi plus que je ne croyais, comme la malheureuse Estelle qui en piquant du nez a laissé choir son appareil photo, qui n’y a pas survécu). Ici il se passe un petit quelque chose, le corps étêté du danseur passe d’un côté à l’autre et donne le sentiment de vouloir désespérément repousser des limites, de chercher à sortir de l’écran de projection, devenu une prison exigüe et oppressante. Je comprends très bien l’idée, mais je ne trouve pas pertinent de l’exposer ainsi. Une boucle dont le spectateur ne connait ni le départ ni l’arrivée et qui tournerait de manière infinie me semblerait plus adaptée que ce quart d’heure d’ennui.

Pas grand chose à raconter sur le reste, si ce n’est que ces images et les sons qui les accompagnent me rappellent furieusement l’époque qui les a produites, à savoir le milieu des années 1990 — les années techno. Ce sont des années très riches à mon avis, mais le boulot de Granular Synthesis n’est pas franchement ce que j’en retiendrai d’urgence. En fait je trouve tout ça un peu facile, un peu gratuit, un peu léger et au fond un peu tape-à-l’œil.

Les dispositifs peuvent cependant être impressionnants par leur format : être complètement entouré d’un bruit gaussien ou de quelque chose qui s’en rapproche, peut faire perdre ses repères spaciaux, comme avec POL — une gigantesque installation multi-écrans — et hemisphere (de Ulf Langheinrich seul), un écran hémisphérique sous lequel le public se tient allongé. Ces deux installations, ainsi qu’une troisième intitulée Modell 5, mais inactive au moment où je suis passé (car destinée à des performances « live » je pense) se trouvaient sur le site de STRP.

À l’extérieur du festival se trouve une tente dont s’échappaient des fumigènes. Il s’agit d’une dernière œuvre signée Kurt Hentschläger (l’autre moitié de Granular Synthesis) et baptisée ZEE. À l’entrée, on est averti qu’il faut être majeur pour y entrer et on doit signer une décharge déclarant que l’on n’est pas épileptique et qu’aucun membre de notre famille ne souffre d’épilepsie à notre connaissance.
La rumeur prétend que cet « espace mental » (?) immersif soit de loin la meilleure œuvre liée à Granular Synthesis montrée au festival STRP. Pour ma part, il était trop tard pour le vérifier, je n’avais pas vraiment envie de finir ma visite du festival, que j’ai trouvé fort intéressant par ailleurs, sur une migraine. Et puis par principe, je ne signe pas de décharges de ce genre.

Je sais que des gens de goût aiment le travail de Granular Synthesis, et il y a sans doute bien des raisons de le faire, mais je constate que je ne suis pas le bon client et je doute que ça s’arrange.

Robot perdu (interlude)

avril 14th, 2009 Posted in Non classé | 3 Comments »

J’interromps momentanément ma série d’articles sur le voyage des étudiants de l’Esah du Havre à Karlsruhe et Eindhoven pour parler du projet Tweenbots, par Kacie Kinzer, dont je viens juste d’entendre parler (merci Wood) et que je trouve très intéressant.

Les Tweenbots, ainsi que les nomme l’artiste, sont des robots rudimentaires qui ne savent rien faire d’autre que d’avancer en ligne droite. Ils portent un petit fanion sur lequel est écrit « Help me » (aidez-moi) ainsi que le nom de l’endroit où le robot affirme vouloir se rendre.

L’artiste explique que, considérant leur fragilité et sachant les dangers de la ville, ses robots ont été conçus pour être « jetables ». Les tweenbots n’embarquent aucun dispositif permettant de suivre leur périple, Kacie Kinzer les a donc suivi elle-même, à bonne distance, avec une caméra dissimulée dans un sac.

Or à sa grande surprise, cela a fonctionné, c’est à dire que ces petits robots en carton au grand sourire ont été assistés avec bienveillance par des passants qui n’auraient peut-être pas répondu à un randonneur qui leur demanderait son chemin.

Pour sa première mission, par exemple, le petit Tweenbot a pu atteindre le sud-ouest de Washington square en étant parti du point opposé, en quarante-deux minutes et en bénéficiant de l’aide de vingt-neuf personnes. 

Ce genre d’expérience pourrait être poussée plus loin dans une optique épistémologique, en comparant par exemple le résultat qui serait obtenu si le robot était d’une autre taille, ou s’il avait une autre expression, etc. De manière instinctive, il me semble que ceci démontre que les gens n’ont pas peur des machines (dont la maladresse les rassure), ou en tout cas des machines qui sourient (et qui ne parlent pas ?).

Le robot perdu est un thème souvent rencontré dans le cinéma de science-fiction, il faudra que je pense à faire des recherches là-dessus.

Kacie Kinzer est étudiante à l’Interactive Telecommunications Program (ITP) de la Tisch school of the arts de l’Université de New York.