Profitez-en, après celui là c'est fini

The terminal man

mars 4th, 2011 Posted in Ordinateur au cinéma | 5 Comments »

J’avais déjà parlé ici du roman L’Homme terminal, par Michael Crichton, ce Jules Verne moderne et américain décédé en 2008.
J’ai enfin pu me procurer l’adaptation filmée, édité en DVD aux États-Unis1.
Sorti en 1974, The Terminal man est réalisé par Mike Hodges, à qui on doit Get Carter, Pulp, et surtout le réjouissant Flash Gordon de 1980.

Harry Benson (George Segal) est un programmeur informatique d’une intelligence supérieure qui, depuis un traumatisme crânien, souffre d’une forme atypique d’épilepsie le plonge régulièrement dans un état de rage incontrôlable, ce qui a fini par faire de lui un homme très dangereux, notamment pour sa famille. Il accepte de devenir le cobaye d’une expérience inédite : son cerveau va être relié en permanence à une interface informatique de la taille d’un timbre poste, alimentée par une pile atomique, qui permettra de stabiliser son humeur, un peu comme un pacemaker réguler le rythme cardiaque.

Pour corser un peu l’affaire, Benson a développé une psychose : il est convaincu que les ordinateurs sont les ennemis de l’espèce humaine et planifient sa destruction ou son contrôle. Il n’était peut-être pas le candidat idéal pour subir la première transplantation neuronale d’un ordinateur.

Pour être précis, ce n’est pas exactement un ordinateur qui est implanté dans le cerveau de Benson, mais une connexion à un ordinateur extérieur. C’est ce qui explique que le récit se nomme L’Homme terminal.

Un peu comme dans The Andromeda Strain (1971), le scénario insiste sur le protocole scientifique : conférence préparatoire, opération, tests, etc. L’opération est interminable, mais filmée de manière suffisamment précise pour rester regardable. On n’éprouve pas de peine à imaginer que l’auteur est aussi celui qui allait créer la série Urgences vingt ans plus tard.
On pense beaucoup à l’imagerie de la conquête spatiale, d’autant que les médecins sont équipés de véritables scaphandres.

Un travail intéressant est fait sur le son de cette séquence : on n’entend presque rien sauf lorsque les chirurgiens parlent. Puisqu’ils portent des masques étanches, leurs conversations doivent être amplifiées et leur parole est couverte par un bruit blanc, comme avec un talkie-walkie. De temps à autres, un instrument fait un bruit surprenant en étant posé ou manipulé. À un moment, une alarme électronique retentit avec violence pour signaler un problème potentiel.

Une fois l’opération effectuée, les scientifiques testent leur gadget. Depuis une console, ils s’amusent à stimuler une des quarante connexions placées dans le cerveau de Benson. Lorsque l’on appuie sur un premier bouton, le cobaye pense à un sandwich au jambon. Il n’a pas faim, ni envie de quoi que ce soit mais c’est cette pensée qui lui vient spontanément.

Chaque fois qu’ils appuient sur un nouveau bouton, les médecins provoquent des réactions diverses chez le patient : fou-rire, régression,… Ils parviennent notamment à rendre Benson dégoulinant de lascivité, au grand embarras de Janet Ross, la psychiatre qui se trouve avec lui dans la salle pour l’interroger sur ses sensations. Il y a un peu de perversité, ou en tout cas de potacherie un rien phallocrate, chez ces scientifiques qui attendent que la situation ne soit pas loin de dégénérer pour faire passer Benson à d’autres idées.

Le dispositif est en tout cas un succès : lorsque la première crise de démence s’annonce, l’ordinateur la détecte et y remédie en envoyant d’autres stimulations à Benson.

Le soir qui suit les premiers essais, alors que tout le monde célèbre ce succès en tenue de soirée, l’informaticien qui surveille le système est inquiet : les crises sont bien neutralisées, mais depuis l’implant, le délai qui les sépare ne cesse de raccourcir. Ce même soir, Benson échappe à la surveillance du policier qui était en faction devant sa porte. Aidé par sa maîtresse, une danseuse, il s’enfuit en voiture, livré à lui-même.

Lorsqu’une nouvelle crise survient, Benson assassine sa maîtresse et continue à poignarder son lit de manière compulsive et obsessionnelle.

Les médecins et la sécurité tentent d’abord de retrouver Benson sans déclarer son absence à la police. Il y a une assez bonne scène où on les voit tous, dans l’hôpital, chuchotant en tenue de soirée et tentant calmement de reconstituer les évènements.

Lorsque l’on découvre la corps de la danseuse, il est clair que Benson est plus que dangereux et toutes les forces de police sont mobilisées pour retrouver. Après avoir tué un prêtre à qui il était venu se confesser, et après avoir démoli un robot dont il avait écrit le programme, Benson se rend chez Janet, avec de mauvaises intentions.

Sans paniquer, Janet tente de se servir de son téléphone, puis se défend de son assaillant à l’aide d’un couteau de cuisine. Blessé, Benson parviendra à démolir en partie la porte de la salle de bains où s’est réfugiée sa psychiatre, mais finira par s’en aller.

On ne connaît pas son projet exact, mais il atteint finalement un cimetière. Retrouvé dans une excavation prévue pour accueillir une tombe, Benson est finalement abattu depuis un hélicoptère malgré la tentative de médiation de Janet.

Comme souvent chez Crichton (Jurassic Park,  Mondwest, Looker, Runnaway, etc.), le récit suit un fil tragique et sans surprise : des scientifiques ou des ingénieurs commencent par se lancer dans une expérience. L’expérience réussit parfaitement, mais ses conséquences mal anticipées provoquent une catastrophe qu’il convient ensuite de gérer au mieux. Même s’il pointe du doigt une certaine inconséquence de la science triomphante, Crichton n’a rien d’un néo-luddite et il me semble que sa philosophie de la science peut être résumée à « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».

The Terminal Man a été un échec commercial retentissant, et une expérience sans doute frustrante pour son scénariste, éjecté du projet en cours de production parce qu’il n’avait pas suivi le roman d’assez près, roman dont il était pourtant lui-même l’auteur. Les plans sont assez beaux, et tout est bien fait, mais l’ensemble est un peu morne. Je retiendrais surtout le rôle cérébral et sensible de Janet Ross, tenu par Joan Hackett, actrice disparue prématurément en 1983 à l’âge de quarante-neuf ans.

  1. Mon édition de ce film ne comporte pas de sous-titres, même pas en anglais. En revanche elle est équipée d’un système anti-piratage pénible qui a failli m’empêcher de réaliser des captures de photogrammes. En essayant plusieurs ordinateurs et plusieurs logiciels je m’en suis tiré, mais il n’en reste pas moins scandaleux que les éditeurs pénalisent régulièrement leur clientèle en fournissant des produits ostensiblement soupçonneux : les questions de Zones ou les insupportables clips de propagande contre le piratage ne touchent que ceux qui ont dûment acquis les DVSs. [↩]

La Gaîté Lyrique

mars 3rd, 2011 Posted in Cimaises, Interactivité | 11 Comments »

La Gaîté Lyrique se situe à un jet de pierre de la sortie du métro Réaumur-Sébastopol, côté Square Chautemps. Après un certain nombre de péripéties, la ville de Paris y inaugurait hier un centre d’art dédié aux arts numériques et aux musiques actuelles.

Une billetterie a été installée sur le boulevard Sébastopol. Il fallait avoir réservé par Internet. Un couple âgé demande avec raison comment faire, si l’on n’est pas connecté. Aucune solution mais : « ne vous inquiétez pas, ce n’est que pour l’ouverture, ensuite il y aura une billetterie normale à l’intérieur,… ». Eh oui, mais à ce moment-là, l’entrée sera payante !

Pour ces journées inaugurales, l’encadrement est très important : des gardiens filtrent l’entrée de la rue Papin, puis l’entrée du théâtre, et à l’intérieur, une foule de jeunes médiateurs accostent le chaland pour lui dire qu’il faut commencer par ceci ou par cela, prendre tel escalier dans tel sens et pas dans tel autre, ne surtout pas passer par là parce qu’il y a des artistes qui répètent, etc.

À l’entrée, un panneau nous informe que nous sommes susceptibles d’être filmés par les œuvres. On comprend vite pourquoi devant le dispositif Assembly où les visages des visiteurs sont exposés en une gigantesque mosaïque. Le son qui accompagne ces portraits est un peu cliché, un peu gratuit. En fait il provient d’une autre installation.

Au niveau -1, se trouvent deux (je pense) œuvres basées sur la lumière et le son dont je n’ai pas vraiment compris quel était leur degré d’interactivité exact, mais c’est plutôt beau à voir.
Un groupe est formé devant une porte : les gens veulent voir Room 101, œuvre spécialement créée pour cette exposition. On entre par dix pour trois minutes de spectacle. La file est longue, tant pis pour cette fois. Ce n’est pas tant d’attendre qui m’embête, que la promesse d’être enfermé pendant trois minutes. J’éprouve de plus en plus de déplaisir lorsque je me sens piégé ou puni par des œuvres. Peut-être que celle-ci est très bien.

Tout est dû à United Visual Artists, un collectif britannique connu entre autres pour son travail avec Massive Attack. Comme souvent avec les arts numériques et a fortiori avec les installations qui reposent sur la lumière, les œuvres sont montrées dans le noir. Du coup on ne trouve pas bien les informations que l’on aimerait trouver : titre et date des œuvres notamment. Peut-être que ce n’est pas important. Le thème général est censé être celui du panoptique.
Au rez-de-chaussée se trouve Dans la chambre sonore, une petite pièce capitonnée où les United Visual Artists présentaient un système d’éclairage génératif répondant à une œuvre sonore du britannique Scanner, qui s’est inspiré des poésies de Charles Baudelaire. Premier contact un peu stroboscopique et irritant, j’en suis sorti assez vite tout en me disant malgré tout que ça n’avait pas l’air mal.

Gros succès pour l’installation située au second étage, un écran qui se fait passer pour un miroir où l’on voit émerger doucement notre image, avec un certain délai, comme s’il s’agissait d’une autre personne. Le public est plutôt fasciné et y reste un certain temps. La salle est lumineuse et agréable. On y voit aussi un écran géant où défilent les noms des partenaires du lieu et un bar constitué de modules lumineux assez jolis que l’on retrouve à plusieurs autres endroits dans le bâtiment. Derrière le bar, on aperçoit juste des robinets à bière-pression et des canettes de Red-Bull dans un frigo dont la porte est transparente.
Les modules lumineux sont une excellente idée, ils permettent d’éclairer sans violence certains lieux plongés dans la pénombre.

Très généralement, je trouve l’aménagement du lieu vraiment réussi, et l’accord entre les parties historiques sauvegardées et les éléments architecturaux plus récents fonctionne très bien. L’ensemble a un aspect science-fiction seventies revisité, on pense à 2001, Demon Seed, Solaris, Logan’s Run, Cosmos 1999, etc.
Je verrais bien un uniforme rétro-futuriste pour le personnel du lieu.

En passant, j’entends des petites dames qui tentent de se souvenir : « ça avait duré combien de temps, Planète Magique ? ». Elles doivent être du quartier, pour se souvenir du nom. Planète Magique, c’était ce parc à thèmes installé dans le théâtre il y a vingt ans par Jean Chalopin, le Walt Disney français des années 1980 (Inspecteur Gadget, Cités d’or, Ulysse 31, etc.).

Je dois être honnête, je me suis senti un peu indifférent aux œuvres présentées. Pas hostile, car rien n’est mauvais, mais indifférent car rien ne me surprend particulièrement. Mais ce n’est pas très important. Ce qui compte, c’est que le lieu promette, et il promet beaucoup.

J’ai beaucoup apprécié l’espace documentaire, situé au premier étage. On peut venir y lire des revues et des livres relatifs aux arts numériques dans des domaines pointus : le paysage, le corps, la lumière, les données, le code,… J’ai repéré du coin de l’œil quelques livres que je sais devenus un peu rares. Il y a une section de bandes dessinées.

Toujours au même étage se trouve un espace enfants où l’on trouve des livres précieux destinés au plus jeune public et qui jouxte une salle dédiée aux jeux vidéos.

Personnellement, je parie sur la réussite de ce lieu. Je n’ai aucun doute sur le fait que j’y reviendrai. Je suis curieux de voir à quoi ressemble la grande salle de spectacle, inaccessible pour cause de répétition lorsque je suis passé à côté. Vue du dehors, elle semble très impressionnante.

La boutique de la Gaîté Lyrique est située à côté de l’entrée. Elle est donc accessible indépendamment. Elle est tenue par l’équipe du magazine Amusement. Outre la littérature et les objets directement liés aux expositions, on trouve des livres sur les arts numériques et des objets très divers relatifs à cette culture, allant des geekeries un rien régressives (peluche Mogwai de Gremlins, modèle réduit de la DeLorean de Back to the future) à des objets rares ou beaux.

Jade 108U

mars 2nd, 2011 Posted in Bande dessinée | No Comments »

Jade, que j’ai connu il y a près de vingt ans et qui était un fanzine, puis un magazine distribué en kiosques, puis un webzine, est à présent une revue de seize centimètres par vingt-deux, au dos carré, dont chaque numéro traite du monde de la bande dessinée : rapport des auteurs à leur œuvre ou à leur public et vice-versa.
Jade 456u parlait par exemple du premier livre ; Jade 200u, des médias ; Jade 606u, du festival d’Angoulême ; etc. La numérotation étrange ne suit pas un ordre chronologique, mais désigne en fait la valeur Pantone de la couleur utilisée en couverture.

Le dernier numéro, Jade 108U, qui sort tout juste des presses d’impression et devrait être disponible partout dès le 3 mars, traite du rapport entre la bande dessinée et le « numérique ». Les blogs, les blogueurs, Facebook, les forums, la critique, et divers sujets liés sont abordés par des textes et (surtout), par des bandes dessinées.
Au sommaire :  La révolution numérique par Maël Rannou & Yvang, Tout nouveau, tout beau, toi-même ! par Wilizecat, Le numérique, c’est facile par Anthony Rageul, Une histoire vraie par Pascal Jousselin, Pourquoi je n’aime pas Facebook par Obion, Bastien Vivès vu par Thibaut Soulcié, Changement d’adresse par Pierre Druilhe, Une partouze avec des schtroumpfs allemands par Rémy Cattelain, Romuald par Jean-Baptiste Blandin, La critique d’une critique par BSK, Hello Dave ! par Terreur Graphique (qui plagie de manière hilarante 2001: a space odyssey), Un langage à la mode par James, Étude de mœurs par Émilie Plateau, un entretien avec Thomas Cadène par James à propos de Les autres gens, Si loin, si proche par Pochep, Jean de la lune raconte la bande dessinée numérique par Fabrice Erre, Blog-man par Archie, Scènes quotidiennes de la vie ordinaire par Fabcaro, Entre les mains des winners par Pascal Jousselin, Puissance maximum par Cubi, Technologies par Fifi, L’enfer des forums par James et Sylvain Ricard, le dernier épisodes des Correspondances par Guillaume Guerse & Marc Pichelin, À confesse par Nicolas Moog.
J’y ai pour ma part écrit quelques pages sur le rapport entre bande dessinée et Internet.

Sauvés (Fabcaro, "Scènes quotidiennes de la vie ordinaire")

L’ensemble constitue un instantané du rapport entre des auteurs de bande dessinée dite « indépendante » et cet objet tellement à la mode actuellement qu’est le monde numérique. Il y a les blasés, les enthousiastes, les prudents, les eschatologues, et ceux qui s’amusent d’eux-mêmes et des autres en attendant de voir.
On pourra sans doute regretter le caractère extrêmement franco-français du contenu des interventions, et notamment la mienne, qui ambitionnait de donner une perspective historique au sujet et qui aurait donc pu ou dû être un peu plus ouverte sur le monde.
Certaines observations me semblent en tout cas extrêmement pertinentes.

Quatre-vingt huit pages pour seulement sept euros et cinquante centimes !

Portes ouvertes à l’École Supérieure d’Art du Havre

mars 1st, 2011 Posted in Après-cours, Dans la boite-aux-lettres | 34 Comments »

Les samedi 12, lundi 14 mars, mardi 15 et mercredi 16 mars 2011 se tiennent les portes ouvertes à l’École Supérieure d’Arts du Havre, 65 rue Demidoff.
L’ouverture des portes de l’école aura lieu samedi 12 mars à 14h00.
L’affiche est de Laura Bruneau, 2e année communication.

Deux expositions seront inaugurées samedi : Villa des oiseaux (atelier Territoires singuliers), au 20 rue Massillon, à 15h00 ; Espagnolades et autres pièces (François Martin) dans la galerie de l’Esah, à 17h00.
Le jour de l’ouverture, Céline Pollet réalisera des portraits des visiteurs et, de 14h à 18h, l’atelier se sérigraphie fonctionnera sans interruption.
Tous les jours, les étudiants guideront les visiteurs parmi les divers ateliers de l’école. De nombreuses expositions seront proposées au public, dont une exposition-vente de multiples d’étudiants.

Pour en savoir plus et se renseigner sur les dates de concours et les modalités d’inscription à l’école : esah-lehavre.fr.

Processing World Tour, première étape

mars 1st, 2011 Posted in Processing | 2 Comments »

Le jeudi 24 mars à 19h30 à la bibliothèque universitaire centrale du Havre, Jean-Michel Géridan et moi-même présenterons le langage Processing et notre livre, Processing : le code informatique comme outil de création.

La rencontre sera animée par Damien Olivier, professeur d’informatique à l’Université du Havre et membre du laboratoire LITIS. L’affiche est de Virgile Laguin.
La bibliothèque universitaire centrale se situe au 25, rue Philippe Lebon, 76600 Le Havre. Entrée libre.

En parlant du livre, j’en ai aperçu deux exemplaires, bien en vue, à la Fnac des Halles :

Cette fois, ce n’est pas moi qui leur ai demandé de l’acheter ! (promis, après ça, je cesse de photographier ce malheureux livre dès que je le croise quelque part).

Atelier VGhAck

mars 1st, 2011 Posted in Dans la boite-aux-lettres | No Comments »

Organisé par le département informatique et par le département arts de l’Université Paris 8, l’atelier VGhAck sera consacré à expérimenter et à détourner le signal vidéo.

« En expérimentant nous verrons comment prendre le contrôle et détourner le signal vidéo passant de l’ordinateur à un écran, jouer entre soudures, interrupteurs, programmes informatiques et regarder l’image comme un signal électrique. Novice ou expérimenté, vous êtes bienvenus à cet après-midi de découverte et partage ».

L’atelier se tiendra au « bocal » (Salle A187), le jeudi 3 mars 2011, de 15h à 19h.
Université Paris 8 : 2, rue de la Liberté, 93200 Saint-Denis.
Métro : Saint-Denis Université (Ligne 13).
Contact : edouard1983 (chez) gmail (point) com et hugo (point) deo (chez) gmail (point) com.

Mes séquences de cinéma #6 : Fellini Roma

février 25th, 2011 Posted in Scènes choisies | 1 Comment »

Roma (1972) de Federico Fellini est un film qui m’a durablement marqué mais que j’ai vu assez jeune et dont j’avais conservé depuis un souvenir confus et diffus. En le visionnant à nouveau, je comprends d’où me vient cette impression : c’est un film qui ne suit pas une trame précise mais qui alterne les séquences sans s’astreindre à une linéarité chronologique. On saute régulièrement de l’Italie fasciste à l’Italie contemporaine par des saynètes contemplatives souvent interchangeables. Avec quelques éléments autobiographiques et beaucoup de souvenirs sensoriels plus que narratifs, Fellini évoque Rome, jusques à nos jours et depuis l’antiquité, rappelée par ses vestiges autant que par le biais du fantasme cinématographique.

Plusieurs scènes du film sont très marquantes et se répondent : séances de cinéma et de spectacles, scènes de bordels, repas à quelques centimètres des tramways, vie sous les abris pendant un bombardement, découvertes d’une maison souterraine superbement décorée de peintures antiques pendant le percement d’un tunnel du métro, défilé de mode religieux,…

La scène que j’avais sans doute retenu avec le plus de force, c’est le circuit qui est effectué par la caméra sur l’Autostrade 90, autoroute circulaire qui entoure Rome.

La séquence débute à un péage, où l’équipe d’un film se prépare à tourner. Cette équipe filmée est aussi celle qui réalise le film, et elle tourne ici aux deux sens du terme : elle tourne physiquement autour de Rome et tourne un film qui traite de Rome. Une fois partis, on croise des prostituées, des vagabonds, un cheval qui court seul sur la route. On regarde fugacement à l’intérieur des véhicules qui roulent à côté de nous, on regarde au loin les usines fumer, on essaie d’apercevoir le macabre spectacle d’un accident sur le bord de la route : une piste de veaux morts qui nous mène à un camion en flammes, renversé. On voit des hommes assis dans un camion, un autre qui tient un miroir, une bâche qui vole comme un fantôme, et tout cela pour terminer sur la rencontre du cortège d’une manifestation contre la bourgeoisie, traversée par une Mercedes où l’on distingue des ecclésiastiques.

Alors que la nuit tombe, l’équipe du film envoie des fusées éclairantes pour faire apparaître des ruines romaines situées sur le bord de la voie. Au fil du trajet, la pluie tombe de plus en plus fort, jusqu’à inonder la route et rendre difficile la vue au travers des pare-brises.

En un peu moins de neuf minutes de trajet automobile et cinématographique, le spectateur sera entré en contact bref avec une extraordinaire quantité de mondes différents.
Si j’aime vraiment cette scène, c’est peut-être parce que Fellini a réalisé ici un bout de film que nous faisons tous régulièrement en pensée, à Rome ou ailleurs.

Nos musées

février 22nd, 2011 Posted in Cimaises, Images, indices, Les pros | 23 Comments »

Intéressant débat cette semaine autour du droit de prendre des photographies dans les musées.
Sur Slate le 10 février, Vincent Glad a publié Musée d’Orsay : la carte postale contre le téléphone portable, un article traitant des happenings contre l’interdiction de prendre des photographies au musée d’Orsay. Jean-Marc Proust lui a répondu trois jours plus tard, toujours sur Slate, par l’article Musées : plaidoyer pour le no photo, dont le titre est suffisamment explicite. Enfin, le 18 février, André Gunthert a livré son analyse de la question sur Culturevisuelle dans l’article La photo au musée, ou l’appropriation dont je citerai cette réflexion : « Comme la majeure partie de la pratique photographique privée, ce qu’elle manifeste est d’abord de l’amour. Refuser aux gens d’aimer les œuvres à leur manière est un acte d’une grande brutalité et un insupportable paradoxe au regard des missions du musée ».

À mon tour je vais tenter de traiter du sujet.

La signalétique du musée du Louvre détourne des œuvres anciennes : cratère grec, peinture baroque, mosaïque romaine, etc. Certains jugeront le procédé un peu putassier, mais ce n’est pas mal réalisé. On ne le voit pas bien sur mon cliché mais l’objectif de l’appareil du photo du panneau « pas de flash » (à gauche) est en relief, et pour cause : c’est une caméra de surveillance, mise en abyme qui me semble intéressante. Le panneau qui interdit de toucher aux œuvres est curieux puisqu’il montre deux personnages faits de mosaïque, donc appartenant au même univers. Il s’agit, de plus, d’un homme et d’une femme : le message n’est pas si clair… Est-ce le contact physique entre personnes, le lien tactile, qui est interdit ? 

Pendant longtemps, les musées nationaux qui présentaient des œuvres entrées dans le domaine public n’appliquaient qu’une règle : les visiteurs pouvaient faire les clichés qu’ils voulaient, mais à la condition de bon sens de ne pas se gêner les uns et les autres, et à la condition de ne pas risquer d’endommager les œuvres. Pour ces raisons, l’utilisation de flashs ou celle de trépieds est généralement proscrite par le règlement intérieur des musées, ou en tout cas soumise à autorisation.
Cette situation pouvait être jugée légitime : après tout, ces musées sont constitués d’œuvres acquises par l’état, ce trésor appartient donc à chaque français, et d’ailleurs pas seulement à chaque français puisque des égyptiens, des italiens, des irakiens, des iraniens, des grecs ou encore des hollandais, entre autres, peuvent penser eux aussi qu’ils ont un petit droit symbolique sur les bas-reliefs, les sculptures ou les peintures que l’on trouve au Louvre, puisque beaucoup viennent du même pays qu’eux et y ont même parfois été dérobés. Quand à ceux qui ne croient pas trop à la fiction des nationalités, ils remarquent que l’art appartient au patrimoine de l’humanité toute entière.
Lorsque les œuvres ont des auteurs vivants ou décédés depuis moins de soixante-dix ans, il en va un peu différemment puisque se pose alors une question juridique de droits d’auteur. Question qui ne justifie pas nécessairement une interdiction de photographier, d’ailleurs, car s’il serait évidemment interdit à quelqu’un de diffuser sans autorisation une reproduction d’œuvre contemporaine — ce qui peut concerner une installation, une affiche publicitaire, un bâtiment, ou même l’éclairage d’une exposition —, il n’est pas pour autant interdit aux particuliers de photographier ladite œuvre, en tout cas si elle est située dans l’espace public. La tendance générale, autour du droit d’auteur (Sonny Bono act, droit de prêt des bibliothèques publiques, taxe sacem, lois Dadvsi et Hadopi, conjuration Acta,…) est d’étendre l’empire et la durée des droits, et de restreindre à un minimum les exceptions et les licences accordées au public.

Une autre tendance a bouleversé les musées de France à partir des années 1980, l’obligation de se transformer en lieux touristiques véritables, si ce n’est rentables, aptes en tout cas de s’imposer non comme de simples espaces institutionnels de conservation et d’exposition, mais comme des lieux de passage obligés et des marques commerciales exportables et rémunératrice. À bien des égards, ça a été une bonne chose : les budgets ont augmenté et la qualité de l’accès aux œuvres a pu être améliorée. Mais il y a des cas troubles, comme la grande galerie de zoologie du museum d’histoire naturelle, qui est passée de l’état de musée scientifique tristement abandonné (et fermé plusieurs décennies durant) à l’état de musée pédagogique technicolor, vidé de ses extraordinaires collections (je ne connais pas les chiffres précis mais plusieurs dizaines de milliers d’oiseaux naturalisés ont été jetés) et où ne reste plus qu’un défilé de peluches sélectionnées pour leur beauté et parce que les enfants les connaissent (lion, girafe, etc.), choix qui donne à l’ensemble un aspect d’arche de Noé bigote et cinématographiquement éclairé, résultat un peu perturbant si l’on se souvient que lieu se nomme toujours « grande galerie de l’évolution ». Le débat est difficile à trancher : vaut-il mieux réaliser des expositions d’une grande qualité scientifique qui n’attireront pas de public ou bien faut-il chercher à séduire avec une présentation « pédagogique » sans intérêt scientifique ? La beauté ou la vérité ? La science austère ou la distraction spectaculaire et idiote ?
On voit très bien cette tension opérer pour tous les musées placés sous la tutelle de l’éducation nationale : le Muséum ; le musée de l’homme / musée du quai Branly ; le palais de la découverte / cité des sciences et de l’industrie.
Il me semble que les choix politiques tranchent généralement en faveur de la séduction.

Le chantier du grand Louvre, au milieu des années 1980. Les palissades étaient très réputées pour leurs graffitis.

J’ai commencé à fréquenter le Louvre il y a plus de trente ans. Ma grand-mère m’y emmenait souvent le dimanche, m’expliquant qu’il faudrait une vie entière pour connaître tout le musée — opinion que je colporte régulièrement à mon tour. Il me semble qu’il y avait une entrée du côté du jardin des Tuilleries et une autre du côté opposé, rue de l’amiral de Coligny. Le musée était lugubre et silencieux, son public était en grande partie composé des gardiens de salle. Ce n’était plus le cas dans mon enfance, mais on m’a raconté que pendant longtemps, ces gardiens étaient des infirmes de la guerre de 1914-1918, ce qui devait installer une ambiance particulière.
Certains ont crié au scandale lorsque l’on a édifié une pyramide de verre dans la cour du Louvre, se sont plaints que l’on voyait mal le bâtiment, mais ils avaient oublié (s’ils l’ont jamais su) que le lieu abritait depuis des années une fourrière automobile.
Pendant la durée du chantier, j’allais souvent là-bas photographier les palissades, car on pouvait y voir les premiers graffitis à la mode new-yorkaise de Paris. J’allais aussi dans le musée, et j’ai le souvenir d’un certain capharnaüm, de peintures disposées pèle-mêle… On pouvait par exemple découvrir un minuscule et précieux Astronome de Vermeer situé au dessus de trois rangées de scènes de genre sans grand intérêt — cela faisait pourtant un bon demi-siècle que Vermeer avait été redécouvert.
Certaines salles étaient exiguës, mal surveillées, et il n’aurait sans doute pas été difficile (et je suppose que c’est arrivé) de subtiliser une miniature d’un primitif flamand.
Peut-être noircicè-je le trait, mais il me semble que le Louvre était dans un état lamentable.
En devenant un musée moderne, aménagé pour accueillir des flots de touristes, le Louvre est devenu une marque et le temple a accueilli des marchands. La vieille boutique de cartes-postales recourbées par l’âge et de livres poussiéreux  a été remplacée par des cafés, des restaurants, des échoppes de reproductions et de beaux objets. Les activités du musée ont été mises en valeur, comme par exemple la très médiatique restauration des noces de Cana, de Véronèse, réalisé pour partie en public, jusqu’à compromettre la sécurité du tableau, d’ailleurs.

Située contre une énorme cimaise — celle qui portait les Noces de Cana de Véronèse autrefois —, la Joconde est tenue à distance de ses admirateurs qui la distinguent assez mal.

Il me semble que c’est en devenant des marques, des labels, que les musées ont commencé à oublier un peu leur mission de service public. Les tarifs augmentent (le Louvre, c’est dix euros l’entrée — pour que l’établissement reste rentable malgré la gratuité pour les moins de 18 ans, il fallait bien trouver l’argent quelque part), les musées acceptent des sponsors intéressés (l’industrie du sucre pour une exposition sur l’agriculture antillaise ; Sanofi pour une exposition sur les virus ; la Sacem pour une exposition sur la contrefaçon, etc.) et des tensions apparaissent, le musée n’est plus « chose publique » mais devient une marchandise, un lieu bien balisé qui se protège de ses usagers, qui essaie d’empêcher à tout prix que ceux-ci s’approprient les collections, fusse par la banale action de prendre des photographies.
De manière superficielle, on pourrait trouver cela illogique puisque le Louvre ou Orsay ne sont pas des sociétés anonymes et ne versent pas de dividendes : où sont les enjeux financiers qui expliqueraient la tentation d’une telle forme de confiscation ? En réalité, derrière les musées se cachent de nombreux enjeux qui n’ont rien de symbolique : marché de l’art, marchés publics, communication, tractations internationales diverses (un « Louvre Abou Dabi » ?),…
Mais ça ne saurait à soi seul expliquer l’interdiction des photographies dans les musées, car la valeur financière de quelques clichés d’œuvres d’art réalisés dans ce genre de conditions est nulle et le sera toujours. Ce que les gens qui photographient dans les musées veulent emporter chez eux, ce ne sont pas les œuvres,  c’est plutôt le souvenir ou la preuve d’avoir cotoyé ces œuvres, c’est de pouvoir dire « j’y étais ».

Un panneau à l’entrée d’une église croate : pas de glaces, pas d’alcool, pas de cigarettes, pas de trottinettes, pas de chiens,… pas de photos.

Un indice.
En Croatie, les musées sont peu fréquentés — il m’a d’ailleurs semblé que leurs rares visiteurs étaient tous français ! —, malgré des collections archéologiques, historiques et artistiques parfois d’excellent niveau. L’entrée n’est pas chère et on prend les photos que l’on veut.
En revanche, la visite des églises non-archéologiques est devenue difficile. J’en ai même vu qui étaient gardées par des vigiles et dont l’accès était interdit aux touristes. Sur chaque église, un gros panneau sans ambiguïté indique tous les interdits liés au lieu, parmi lesquels, l’interdiction de prendre des photographies.
Or la Croatie, qui n’est indépendante que depuis vingt ans, est une ancienne république socialiste où la religion n’était certes pas autant brimée que dans bien des pays voisins, mais n’était pas pour autant bien vue. En reprenant un pouvoir temporel fort, favorisé par la croyance populaire que les guerres des Balkans étaient motivées par des divergences théologiques, l’église catholique croate a pu dicter ses conditions sur de nombreux points : rétrocessions de terrains confisqués et interventionnisme dans le débat politique notamment.
L’interdiction de prendre des photographies dans les églises croates, qui est une nouveauté, semble donc être l’expression d’un pouvoir temporel plutôt qu’une « sacralisation », d’une « sanctuarisation » de ces lieux dont les motivations seraient exclusivement spirituelles. Rien de surprenant, bien entendu, mais ça me semble être un indice très signifiant du fait que refuser les photographies, c’est avant tout asseoir sa domination sur un territoire.

Les conservateurs sont souverains quand au contenu des règlements intérieurs de leurs musées. Pourtant, ils seraient à mon avis bien inspirés de réfléchir attentivement aux implications philosophiques de la question. Ne sont-ils pas en train de participer implictement, à leur corps défendant je l’espère, à la tendance qui consiste à faire oublier aux citoyens que leurs institutions leur appartiennent ? Ce qui se joue là dépasse sans doute de beaucoup la question de la noblesse de l’art et de la vulgarité du tourisme.

L’école supérieure d’art du Havre au top

février 18th, 2011 Posted in Études | 4 Comments »

Agréable surprise dans le numéro de mars du mensuel Beaux-arts. En couverture, est annoncé un classement des dix meilleures écoles d’art de France, rien que ça !

Le dossier cherche à définir ce qu’est une bonne école d’art, en détaillant les missions et le fonctionnement de ces institutions et en présentant des interviews d’artistes enseignants et/ou anciens étudiants en école d’art. Le classement, réalisé parmi les 58 écoles supérieures (territoriales et nationales) françaises, contient l’école supérieure d’art du Havre, en neuvième position.

Il y a de quoi se réjouir, d’autant que les autres écoles classées ont des échelles, des budgets et des effectifs sans commune mesure avec l’Esah, dont sont salués ici les projets nombreux et ambitieux, notamment un partenariat avec l’Université de Xi’An en Chine ou la mise en place de certificats professionnalisants.

Dans les rayons

février 17th, 2011 Posted in Lecture, Personnel, Processing | 6 Comments »

Vu dans la Fnac qui se trouve sur mon trajet, ce jour, quatre exemplaires de Processing : Le code informatique comme outil de création. La semaine dernière, j’avais demandé à une vendeuse si le livre allait être disponible dans ses rayonnages.
Elle m’avait répondu « non, mais je peux vous le commander ».

– Euh… non non, c’est pas la peine, c’était juste par curiosité.
– Ah… (sourire) vous êtes l’auteur !
– Euh… (démasqué !)
– Bon, j’en commande deux. Allez, trois.

Il ne me reste plus qu’à faire ça dans toutes les librairies de France !