Profitez-en, après celui là c'est fini

Réponse de la Halde

février 15th, 2011 Posted in Dans la boite-aux-lettres | 8 Comments »

Est-il normal de se voir refuser un service non-lié à la téléphonie mobile au motif que l’on n’est pas équipé d’un téléphone de ce type ? Plutôt symboliquement qu’autre chose, j’avais saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité à ce sujet, il y a une semaine.

Comme prévu, on m’explique que mon cas ne figure pas dans la liste discriminations connues du code civil. Je note que la lettre est polie et précise (même s’il s’agit à l’évidence d’un courrier-type), et que la réponse est venue très rapidement.

J’avais aussi contacté l’UFC-Que Choisir?, la réponse est venue encore plus vite, par voie téléphonique : il semble que mon témoignage ait vivement intéressé la section départementale de l’Union fédérale des consommateurs, et ils y donneront suite, mais j’ignore totalement sous quelle forme et je ne sais pas si cela restera cantonné au département ou s’il est possible que cela ait des répercussions jusque dans le magazine Que Choisir?.

À suivre…

Prison automate

février 14th, 2011 Posted in Les pros, Parano, stationspotting | 31 Comments »

Après de longs mois de travaux, la gare de mon modeste et bucolique village du Val-d’Oise a été complètement ré-agencée.
La comparaison entre « avant » et « après » me semble très instructive à faire en ce qu’elle témoigne des changements opérés dans les rapports entre la société des chemins de fer, ses usagers et ses employés.

Je ne suis pas certain que mes schémas seront très clairs et je sais qu’ils ne sont pas très exacts.
Le premier dessin (ci-dessous) montre la gare avant les travaux. Depuis la rue, on accédait librement aux voies, c’était à chacun de prendre la responsabilité du compostage du billet, comme sur les quais des grandes gares parisiennes. On pouvait aussi accéder à l’intérieur de la gare, dont le gros de la surface était occupé par le personnel de la SNCF, réparti en deux guichets et un bureau de réservation grandes lignes, bureau qui avait déjà été fermé plusieurs mois avant le début des travaux et qui avait été remplacé par un automate capricieux : « si vous voulez acheter un billet grandes lignes au guichet, il faut aller à Argenteuil [5km] ou à Paris [15km]« .

Après les travaux (ci-dessous), la gare a été vidée des agents, il ne reste qu’un unique guichet, fréquemment fermé. L’espace de services a été transformé en un simple hall, que l’on peut traverser. Le lieu est équipé d’automates d’achat de billets (banlieue et grandes lignes) et une zone a été réservée pour accueillir une boutique semble-t-il, mais elle est pour l’instant inoccupée. Ce hall n’est pas assez spacieux pour qu’on y ait disposé des bancs.
Pour accéder aux voies, depuis la gare ou depuis la rue, il faut à présent passer des portillons automatiques, c’est à dire être muni d’un ticket ou d’un passe RFID.
Il n’est plus question, par exemple, de se rendre sur le quai pour tenir compagnie à quelqu’un qui va prendre son train.

En fait, si l’on utilise des tickets, et non un passe, on se trouve prisonnier sur le quai dès lors que l’on a passé les portillons, car si on décide de sortir, on ne pourra plus revenir dans la gare. Le quai fonctionne alors un peu comme une nasse.
Sur une vue satellite, j’ai indiqué en jaune la zone à laquelle l’usager qui a passé les portillons est contraint.

Supposons qu’une annonce informe les voyageurs de la suppression d’un train. C’est très fréquent et cela signifie que le prochain train ne passera pas avant un quart d’heure. Autrefois, on patientait en sortant et la gare, typiquement pour profiter d’un des services qui se situent à proximité immédiate : bar-tabac, maison de presse, distributeur bancaire, boulangerie, épicerie, cabines téléphoniques, pharmacie. À présent, il est impossible de sortir, le voyageur doit rester sur le quai, abrité de la pluie par un préau mais pas du vent ni du froid, et ceci, donc, pendant un quart d’heure.
Il existe sur le quai un distributeur « Selecta » où l’on peut acheter une bouteille d’eau à près de deux euros ou des biscuits et autres aliments sucrés.

La raison d’être des portillons est, comme dans le métro1 et le RER je suppose, de limiter la fraude des usagers (fréquente) et d’empêcher la circulation de personnes qui n’ont rien à faire sur le quai (rare). C’est légitime sans doute, mais en même temps assez autoritaire et contraignant. Ce système avantage par ailleurs fortement les voyageurs qui utilisent une carte de transport du type « Navigo »2.

Ceux qui utilisent de simples tickets sont, comme on l’a vu, prisonniers sur le quai, quai auquel ils peuvent par ailleurs avoir des difficultés à accéder car seul un petit nombre de portillons (parfois en panne) sont équipés pour le passage des tickets.
La langue médiatique actuelle aime bien prétendre que les voyageurs sont « otages » des mouvements sociaux, eh bien ils peuvent aussi être « séquestrés », « piégés » par des portillons automatiques.

Pour les gens qui arrivent par la partie sud de la ville (la gare se trouve du côté nord), un distributeur de billets a été installé dans un couloir vide et crasseux, sous la surveillance d'une caméra. Une partie de la gare a été refaite, mais la partie non-refaite n'a même pas été nettoyée !

Les automates coûtent cher à fabriquer, à installer et à maintenir, notamment ceux qui sont en permanence disposés en extérieur. J’ignore s’ils coûtent à l’usage plus ou moins cher que les employés qu’ils remplacent. Je soupçonne dans l’emploi de l’automate une lâche manière de laisser la machine, réputée impartiale et implacable, faire des choses qu’un élément humain ne pourrait jamais faire. Si un employé de la SNCF nous cognait ou nous coinçait lorsque nous n’entrons ou ne sortons pas à la vitesse qu’il juge bonne, il aurait sans doute à s’expliquer ; et s’il laissait quelqu’un muni d’un titre de transport valide sortir de la gare mais plus y retourner, il semblerait de la même manière agir de façon hostile et injuste.

L'affichage mécanique a été remplacé par des écrans. La lisibilité est moins bonne car les écrans sont petits. Les noms de gares ou doivent souvent être abrégés. Lorsqu'il fait grand jour et que les écrans sont face au soleil, on ne voit pas grand chose non plus. Dans l'exemple ci-dessus, les écrans sont simplement éteints, ce qui arrive souvent. La nuit, en revanche, on les voit briller, y compris aux heures où la gare est fermée et où plus aucun train ne circule.

Il faut pourtant bien rappeler qu’un automate n’a rien d’impartial. Son activité est toujours le résultat d’un programme, c’est à dire que ses actions ont été prévues, pensées, voulues. Derrière chaque machine, se trouve un projet, une volonté.
En fait, les technologies grâce auxquelles fonctionnent les automates pourraient rendre toutes les opérations plus fluides et plus amicales si elles étaient voulues ainsi. Il pourrait par exemple être possible de souscrire à des abonnements faits « sur mesure » (deux jours par semaine par exemple) ou d’accepter qu’une personne munie d’un ticket valide puisse sortir et rentrer dans la gare librement. Le fait que cela ne soit pas fait ne montre sans doute rien d’autre que le mépris avec lequel les usagers sont considérés ou, au mieux, montre seulement que leur confort ou leur agrément ne sont pas particulièrement pris en compte.

L'affichage des horaires de train a récemment changé de fonctionnement. Puisque les écrans peuvent être mis à jour, ils s'adaptent au trafic réel au lieu d'indiquer les horaires de référence. Il ne faut pas croire que cela constitue un avantage, au contraire cela permet que des changements ne soient pas signalés clairement et même, ce qui n'arrivait jamais auparavant, cela permet que des trains passent deux ou trois minutes avant l'horaire prévu.

Il n’y a pas que du mépris, il y a aussi de la méfiance, ainsi que le démontre l’ahurissante inflation du nombre de caméras de surveillance nouvellement installées. Il y en a sur les quais, à chaque point de passage et à l’intérieur de la gare. Sans les avoir recensées précisément, je pense pouvoir en dénombrer plus d’une vingtaine, et ce pour une toute petite gare située dans une paisible commune bourgeoise et sans histoires. On peut supposer que le coût d’exploitation de ces caméras est plutôt important. J’ignore si toutes appartiennent à la SNCF ou si certaines sont la propriété de la commune ou de la police nationale.

Le réseau Transilien (les trains de banlieue dont le terminus est toujours une grande gare parisienne) appartient à la SNCF et à Réseaux ferrés de France mais son coût d’exploitation est en très grande partie financé par le syndicat des transports d’Île-de-France, c’est à dire par le secteur public. La SNCF, quand à elle, est un établissement public, mais ce statut est amené à changer, la commission européenne a récemment exigé que, comme la Poste, la société nationale des chemins de fer français devienne une société anonyme. Le motif officiel est l’ouverture loyale à la concurrence, mais des arrières-pensées peuvent être soupçonnées : après tout, la SNCF brasse des dizaines de milliards d’euros mais, en dehors de quelques partenaires, prestataires3 ou sous-traitants, cela ne rapporte à personne, des actionnaires privés ne se distribuent pas de dividendes ou de coupons,…

Une fois devenue une société comme les autres, la SNCF pourra rapporter des sommes importantes, à condition sans doute d’augmenter ses tarifs, d’augmenter le montant des subventions qu’elle perçoit des collectivités locales et de baisser le coût et la marge de manœuvre de ses usagers comme de sa main d’œuvre, c’est à dire les gens qui ont fait vivre directement ou indirectement cette société pendant près de trois-quarts de siècle.

  1. Les portillons automatiques sont généralisés dans le métro depuis 1975 et existent dans le RER depuis sa création. [↩]
  2. Depuis ma gare, pour quelqu’un qui doit se rendre à Paris, l’abonnement Navigo n’est financièrement intéressant qu’à condition de prendre le train cinq fois aller et cinq fois retour chaque semaine au minimum — ou à condition d’avoir un employeur qui assume tout ou partie du coût de la carte de transport. [↩]
  3. L’agence de voyages américaine Expedia, pour le site voyages-sncf.com par exemple. Site lourdement condamné par la justice pour ses pratiques de concurrence faussée en 2009. [↩]

Téléprésence physique

février 13th, 2011 Posted in Design, Filmer autrement, Interactivité | 8 Comments »

Lyndon Baty est un adolescent texan dont le système immunitaire déficient rend impossible toute existence normale parmi ceux de son âge. Pour cette raison, il emploie le système Vgo, qui lui permet d’assister aux cours à distance grâce à un drone de substitution.

Ce n’est pas le premier engin de ce genre, mais celui-ci semble assez bien pensé. Il permet à celui qui le manipule à distance (via le réseau Internet, et notamment grâce à Skype) de se mouvoir, de voir, d’entendre, d’être visible et d’être audible — d’être présent, quoi —, mais il est par ailleurs léger, ne cherche pas à avoir une forme humanoïde et coûte bien moins cher que d’autres systèmes du même genre : environ 6000 dollars à l’achat, auxquels s’ajoutent ensuite chaque année 1200 dollars pour le service.

L’objet est assez élégant, il est équipé, notamment, de phares qui lui permettent de voir et surtout, d’être vu. Comme le montre la vidéo promotionnelle de Vgo, ce genre de machine peut permettre, par exemple, de visiter à distance un entrepot.

Un peu plus étrange, le QB de Anybots (deux fois plus cher), auquel ses concepteurs ont eu l’idée étrange de donner un visage : une grosse tête et deux yeux.

Ça me semble une assez mauvaise idée, car au lieu de regarder le petit écran sur lequel s’affiche l’image du pilote du drone, il me semble que l’on a tendance à fixer le « visage » du robot et donc, à oublier qu’il s’agit d’un dispositif de substitution. Cette illusion peut détourner l’objet de son but initial et créer des situations plus problématiques qu’autre chose (me semble-t-il).

Nous sommes en plein dans le sujet du film Surrogates (2009), de Jonathan Mostow, où Bruce Willis effectue une enquête policière sur des morts suspectes alors même que les humains n’existent les uns pour les autres que par l’intermédiaire de robots qu’ils pilotent à distance.

Nous reparlerons de Surrogates une autre fois. En plus d’être un film de science-fiction assez réussi (inspiré d’un comic-book de Robert Venditti et Brett Weldele), c’est une réflexion sur l’angoisse que nous pouvons avoir de vivre les uns parmi les autres ainsi qu’une satire du culte de l’apparence physique.

Un cheval de Troie en très gros sabots

février 11th, 2011 Posted in Parano | 9 Comments »

Curieuse « une » de Direct Matin, ce non moins curieux quotidien gratuit né de l’association du groupe Bolloré (communication et sondages en France avec Havas, CSA, Harris,… ; transport et logistique en Afrique) et du quotidien dit « de référence », Le Monde.
Ce qui me frappe dans le numéro d’hier, c’est ce logo du journal sous forme d’un phylactère qui semble aujourd’hui être dit par un policier vu de dos. La nouvelle qu’illustre ce policier du matin direct, c’est l’adoption par l’assemblée, après un an de débats parlementaire et dans une relative indifférence médiatique, de la loi Loppsi 2.

En 1998, le principe du fichage ADN des délinquants sexuels a été adopté, à l’initiative de la ministre de la justice de l’époque, Élisabeth Guigou — et non Nicolas Sarkozy, qui s’est vanté d’en être à l’origine lors de l’émission « Paroles de Français » hier. Ce fichier concernait et ne concernerait jamais, nous disait-on, que les délinquants sexuels, promis juré… Année après année, notamment pendant que Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur (mais aussi avec le socialiste Daniel Vaillant un peu plus tôt), le fichage a été étendu à d’autres délits, puis finalement à tous les délits à l’exception des contraventions, et ceci que l’on soit coupable ou simplement mis en cause dans une enquête. Jusqu’ici, tout va bien, ou presque, je suis prêt à parier que cela correspondait au vœu de la majorité des français qui pensent que ça peut limiter les erreurs judiciaires. Il faut dire que les séries policières diffusées à la télévision n’insistent pas trop sur les failles techniques de ce système d’identification, notamment lorsque l’on compare des ADN de personnes apparentées. Il semble que le nombre ahurissant d’échantillons ADN collectés (2% de la population française) pose par ailleurs un véritable problème d’échelle aux laboratoires qui procèdent aux identifications.
Est-il trop humiliant de devoir crachouiller sur un coton-tige tendu par un fonctionnaire ganté lorsque l’on a eu le malheur d’être associé de près ou de loin à une affaire quelconque, ou bien est-ce que les injustices que cela permet d’empêcher valent le coup que les choses se passent ainsi ? Personnellement, je ne saurais trancher.

En revanche, on peut s’étonner que le prélèvement ADN ait été étendu aux militants syndicaux, ainsi qu’on l’a appris lorsque certains ont refusé de se soumettre à l’opération. De l’affreux, de l’ignoble, de l’indéfendable délinquant sexuel, on est donc passé au militant syndical capturé à proximité d’une manifestation houleuse.
Il y a trois ans, des gendarmes du Nord avaient tout de même fait scandale lorsqu’il est apparu qu’ils comptaient prélever l’empreinte génétique de deux enfants de 8 et 11 ans, coupables d’avoir volé un jouet dans un supermarché.

Rien ne court-circuite mieux l’entendement que l’évocation de la violence gratuite, du viol pédophile ou, bien sûr, du terrorisme. C’est pourquoi, lorsque sont créées des lois motivées par ce genre de crimes, nous serions bien avisés de nous rappeler que ce sont sans doute des lois qui risquent d’avoir une portée infiniment plus grande que prévu, que la question à se poser n’est pas de savoir si tel crime nous dégoûte ou nous révolte, mais de savoir si nous voulons véritablement abdiquer toutes nos libertés.

Comme il n’est pas possible de commettre un acte meurtrier ou un viol par le biais du réseau Internet, l’argument mis en avant, c’est la « pédo-pornographie ». Il est médiatiquement établi qu’un tel type de pornographie serait impunément répandu sur Internet, et que les consommateurs et les producteurs de ce type d’images s’organiseraient en réseau souterrain…
Je ne connais pas d’études qui attesteraient de ces faits, de leur importance véritable ou de leur gravité, mais si le journal télévisé de TF1 le dit, c’est que ça doit être vrai, n’est-ce pas ? Et puis c’est si répugnant qu’on ne veut même pas y penser, que l’on est même prêt à sacrifier un peu de sa liberté dans l’espoir que cela cesse d’exister1.

Voilà comment, sans trop de bruit, de nombreux volets potentiellement liberticides et arbitraires de la loi Loppsi 2 ont été adoptés. Sur Internet, il ne peut circuler que de l’information, que des mots et des images. C’est bien trop pour nos gouvernants qui craignent avec raison (regardez ce qui est arrivé au pauvre Ben Ali) qu’on remette en cause leur pouvoir.
Gilles Sainati, magistrat, spécialiste du droit de l’informatique, a récemment qualifié Loppsi 2 de « Cheval de Troie totalitaire » en rappelant l’exemple frappant de l’extension régulière des prérogatives du fichier des prélèvements génétiques et en affirmant que Loppsi 2 peut tout à fait aboutir au même genre de situation en créant un précédent : pour la première fois, l’exception à la liberté d’expression ne sera pas dépendante d’un jugement (diffamation, etc.) mais pourra être appliquée arbitrairement par une autorité policière.
Si un contenu placé sur Internet est jugé contraire à la loi, il pourra être censuré d’autorité avant tout procès, soit en faisant pression sur les hébergeurs, soit par filtrage.

Pour mémoire, plusieurs ministres actuels ont jugé contraires à la loi les révélations de l’affaire Bettencourt ou encore les publications de télégrammes diplomatiques par Wikileaks.  Avec Loppsi 2, il semble qu’ils pourront empêcher que des informations de cet ordre nous parviennent par le réseau Internet. Ce sera à la presse de se charger de nous informer, avec son tact et sa pudeur de plus en plus navrants, car la presse, du moins celle qui est lue et qui aurait les moyens de réaliser de véritables enquêtes, est le propriété d’un tout petit nombre d’industriels extrêmement proches du pouvoir politique.

On peut critiquer la liberté d’expression en Chine, mais nous, où allons-nous, exactement ?

Média aussi complaisant que bien distribué, Direct Matin nous montre ce matin un président au sourire pour une fois non-carnassier, un peu réservé, mais dont l'index pointé semble emprunt de volonté et d'assurance. Cela suffira-t-il à nous vendre un nouveau quinquennat de sarkozisme et de phrases impayables telles que "tout le monde n'a pas l'idée de la civilisation rurale comme y'avait au début du XXe siècle" ou "Ce que vous venez de dire c'est ce que vivent le quotidien d'énormément de gens".

Le début de l’extrait de l’article consacré à Loppsi 2 dans Direct Matin est assez exemplaire de la désinformation que diffuse la presse : « face au vide juridique et à l’impunité qui règnent souvent sur la toile (…) ». Ce lieu commun, qui n’est soutenu par aucune autre référence que le fait d’être martelé, est bien évidemment faux : il n’y a pas de vide juridique sur Internet, toute loi française s’applique aussi sur Internet, et au contraire, c’est en créant régulièrement des lois d’exception que l’on rend la situation de moins en moins claire.
Une situation aussi peu claire que la phrase finale de l’article qui prête aux « internautes » (?) des réserves « faute de contrôle des sites censurés ».

Je sais bien que je ne dis rien que l’on ne sache déjà, mais après tout, il est important de marquer le coup, de dire que l’on n’est pas d’accord, de rappeler que, de toute évidence, nos gouvernants nous veulent plutôt du mal et qu’il faut commencer à songer à se défendre d’eux.

  1. Curieusement, personne ne parle de supprimer l’automobile pour lutter contre la pédophilie. C’est pourtant bien grâce à l’automobile que les enlèvements d’enfants ont pu avoir lieu. [↩]

La société savonnette

février 10th, 2011 Posted in indices, Interactivité, Parano | 10 Comments »

Dans mon précédent article, j’annonçais avec grandiloquence avoir saisi la Halde car une société me refuse ses services au motif que je ne suis pas équipé d’un téléphone cellulaire, alors même que le service en question n’a strictement aucun rapport avec la téléphonie.

Ma démarche était évidemment symbolique, je serais sans doute plus facilement pris au sérieux en effectuant une réclamation auprès des autorités de régulation du commerce et de la concurrence, mais il s’agissait d’attirer l’attention de chacun sur le fait que de nombreux services ne prévoient plus que l’on ne soit pas équipé d’un téléphone, et que cela va empirer. De même que seul un handicapé peut témoigner de ce que cela fait de pratiquer un monde prévu pour les valides, il faut bien que les sans-portables témoignent de ce qu’est leur vie dans un monde où ils sont nettement en minorité.

Quand je suis né, le téléphone mobile n’existait pas. Quand j’étais âgé de dix ans, c’était une sorte de fantasme : un jour peut-être, on pourrait téléphoner autrement qu’avec le lourd combiné gris au fil en spirale que fournissaient les PTT. À l’époque, Science & Vie pariait sur l’avènement de la montre-à-quartz téléphone et téléviseur plutôt que sur le téléphone portable tel que nous l’entendons. En fait, le téléphone cellulaire commençait à être fabriqué, inspiré par Star Trek, mais il allait passer pas mal d’années avant qu’il soit techniquement au point et suffisamment abordable pour être universellement diffusé. Aujourd’hui, non seulement beaucoup de gens ne peuvent pas vivre sans leur portable mais, comme j’essaie de le faire remarquer, il est de moins en moins prévu qu’on ait le droit d’y échapper.

On peut dire exactement pareil avec le réseau Internet : quand j’ai eu mon premier modem, la plupart des gens ignoraient ce qu’était Internet, mais quinze ans plus tard seulement, il semble difficile de vivre sans adresse e-mail et certains — rappelez-vous les débats entourant la loi Hadopi — ont même défendu qu’il s’agissait d’un droit fondamental pour chaque citoyen, aussi vital que l’approvisionnement en eau ou en électricité, que le fait d’être titulaire d’un compte bancaire. La dictature de la connexion me semble un sujet un tout petit peu différent de celui de la dictature du téléphone mais je ne trouve pas d’arguments de bonne foi pour défendre un tel point de vue. Peut-être est-ce surtout que je considère (mais quelle illusion sans doute) le réseau Internet comme (encore un peu) un outil d’émancipation, tandis que je vois le portable comme un outil d’aliénation. Le net est en grande partie organisé par ses « habitants » tandis que la téléphonie cellulaire est organisée par l’entente d’une poignée de sociétés multinationales, sur le dos de l’utilisateur final qui n’a et n’aura jamais d’autre droit que de choisir la couleur de son téléphone et le nom de l’opérateur auquel il devra verser chaque mois sa dîme.

Le téléphone mobile me semble un des vecteurs d’un problème bien plus large que Nathalie (je dois l’en créditer) baptise la « société savonnette », un monde, le nôtre, où il est impossible d’avoir prise sur quoi que ce soit, où les « réclamations » ne peuvent être autre chose que du défoulement1, et dont les organisateurs sont extrêmement bien protégés du public. Si votre opérateur de téléphonie vous brime, s’il vient de vous débiter une somme indue, si le service est défectueux, vous pourrez vous plaindre, engueuler quelqu’un au téléphone, mais la personne sur laquelle vous vous serez défoulé ne pourra quasiment rien pour vous, ce sera une habitante de Casablanca, de Tunis ou d’Amiens dont la formation professionnelle aura consisté, pour l’essentiel, à masquer son accent régional, et dont le pouvoir sera à peu près nul, car ce qu’on lui demande, ce n’est pas de régler votre problème, ce n’est pas de faire remonter des informations vers ses supérieurs, c’est juste de vous servir de punching-ball verbal, de tampon. Et votre défoulement, vous le paierez souvent au prix fort : un euro et demie la minute. Je crois que des associations de consommateurs ont obtenu que ces services taxés ne servent qu’à s’autofinancer et non à rapporter de l’argent, mais ce n’est pas la question essentielle, le vrai problème est que les « services commerciaux » téléphoniques servent à tout sauf à régler effectivement les problèmes.

Si les employés de votre opérateur téléphonique sont si incompétents, ce n’est pas que pour vous embêter, c’est aussi parce que le danger pour les grosses sociétés, ce sont précisément les employés compétents, c’est à dire les gens qui peuvent régler des problèmes, mais aussi en créer du fait que leur expérience ou l’étendue de leurs connaissances les rend indispensables. Ce n’est pas pour empêcher les gens de s’encroûter, de se fatiguer, que les grosses sociétés pratiquent le « turn-over », non, c’est pour que les salariés n’aient pas de prise sur leur poste, qu’ils ne deviennent jamais irremplaçables.
C’est pour ça que la personne qui se trouve au guichet de ma gare ne sait pas faire un billet grandes lignes, ne sait pas lire un horaire de train et n’a pas le droit de faire d’annonce lorsqu’on lui fait remarquer qu’il y a un problème à annoncer.
La personne qui se trouvait à sa place il y a quelques années savait faire tout cela.

Les machines, on en a déjà parlé ici, jouent un rôle évident dans ce processus : implacables, imperméables aux insultes, elles laissent le consommateur prendre seul toutes les responsabilités, le force à être compétent à leur place et aussi, à la place d’employés humains. Lorsque l’on achète un billet de train dans une borne SNCF actuellement, c’est à nous de faire preuve du savoir-faire nécessaire, de connaître les astuces de tarification, d’appuyer sur le bon bouton. Et si l’on se trompe, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même. On peut donner un coup de pied dans l’automate, mais il est solide, ou bien il est surveillé.

Une société où l’on ne peut plus jamais atteindre un responsable, une société dont les institutions (Poste, train,…) sont plus ou moins franchement privatisées, une société où l’on nous cache souvent nos droits (qu’il est de toute manière généralement coûteux de faire valoir), n’a besoin que d’un nombre très limité de castes pour fonctionner : des vigiles pour contenir toute la violence qui naît de cette organisation kafkaïenne, du personnel d’entretien et (c’est ce qui sauve temporairement la plupart d’entre nous), des gens pour payer tous les non-services rendus. Des gens qui, si possible, ne sont pas usagers de services parce qu’ils ont bien voulu l’être mais parce qu’il n’est plus prévu qu’ils ne le soient pas.

(illustrations, de haut en bas : © Magdalena Żurawska ; © Dmitry Ersler ; © Dmitri MIkitenko ; © Olga Filippova — comment parler de la société de services autrement qu’avec des photos factices et inquiétantes issues d’image banks ?)

  1. Un ami me rappelle l’hilarante émission satirique belge Basta qui s’est vengé de l’opérateur local Mobistar, apparemment célèbre pour son service téléphonique incompétent, en bloquant l’entrée de la société avec un préfabriqué déposé en pleine nuit. Lorsque l’agent de sécurité de la société appelle le numéro de téléphone qui est écrit sur l’algéco, il tombe sur un service qui lui parle poliment mais ne comprend ni ne réglera jamais son problème. [↩]

J’ai saisi la Halde !

février 9th, 2011 Posted in indices, Parano | 35 Comments »

J’essaie vainement de souscrire à un service chez Online.net, mais ça s’avère impossible, la validation de ma commande ne peut être effectuée tant que je ne saisis pas mon numéro de téléphone mobile.
Or, comme raconté précédemment, je ne dispose pas d’un engin de ce type et je ne compte pas m’en équiper pour l’instant.

Un ami me propose d’utiliser son numéro (c’est sans doute comme ça que ça va se terminer), mais malgré tout, j’ai saisi la Haute autorité de lutte pour les discriminations et pour l’égalité.
Voici le texte que j’ai adressé très officiellement à la Halde :

Bonjour. La société Online refuse de me laisser accéder à un de ses services (la location d’un serveur web) car je n’ai pas de numéro de téléphone portable à lui fournir.
Or il n’est en aucun cas logique de lier ce service à la détention d’un mobile, pas plus qu’il ne serait logique de lier ce service à la possession d’un arrosoir.
Refusant totalement de m’équiper d’un tel ustensile pour diverses raisons, je me sens discriminé, et surtout, inquiet car il semble que des situations de ce type se reproduisent de plus en plus fréquemment.

On me dira avec raison que j’exagère un peu, que mon cas n’a aucune commune mesure avec le degré de gravité des discriminations dont souffrent toutes sortes de gens du simple fait qu’ils n’appartiennent pas au groupe dominant.

Néanmoins, même si je n’attends pas grand chose d’autre de la part de la HALDE qu’un mail m’informant que mon cas « ne rentre pas dans les cases prévues et que patatipatata… au revoir monsieur », je pense qu’il faut révéler que le fait de ne pas disposer d’un téléphone mobile peut constituer un motif d’exclusion, et que ce genre de situation ne risque pas de se raréfier — de nombreux prospectivistes parient, à court terme, que le téléphone cellulaire remplacera la carte bancaire ou certains titres de transport… Et comme presque tout le monde a un téléphone mobile, cette discrimination sera quasiment invisible.

Processing : le code informatique comme outil de création

février 4th, 2011 Posted in Lecture, Personnel, Processing | 29 Comments »

On m’avait bien prévenu : l’odeur du tout premier livre que l’on publie, tout juste sorti des presses de l’imprimeur, est incomparable. On ne m’avait en revanche pas dit que ça ne fonctionnait pas lorsque l’on est un peu enrhumé et que l’impression date d’une semaine.

Cependant, je ne boude pas ma joie, je viens de recevoir le livre Processing, le code informatique comme outil de création, par Jean-Michel Géridan et Jean-Noël Lafargue. J’ai enfin quelque chose à répondre à tous ceux qui me demandent « quand est-ce qu’il sort ? ». Voilà, le livre existe, il sort aujourd’hui, je ne sais pas s’il est déjà présent dans les rayons des librairies, mais ça ne devrait pas tarder.

Une formidable aventure

J’aurais pu recevoir mes exemplaires d’auteur hier mais le livreur ne s’est vraisemblablement pas donné la peine de sonner et s’est contenté de laisser un avis de passage signalant que le colis était trop volumineux pour être laissé dans la boite-aux-lettres.
J’ai donc dû aller au bureau de poste, muni de l’avis de non-livraison, pour récupérer le colis. Une fois chez moi, je l’ouvre : le carton, malgré son poids important, est absolument vide !

En fait il y avait un double fond.
En le soulevant, je découvre cinq exemplaires tous beaux, tous neufs. Fin de la palpitante odyssée du colis.

Le projet

Ce qui a motivé la réalisation de ce livre, c’est, tout d’abord, le constat qu’il n’existait aucun ouvrage francophone consacré à la programmation en langage Processing, pourtant extrêmement répandu, notamment au sein des écoles supérieures d’art, dans les domaines des arts numériques et du graphisme — particulièrement du graphisme d’information. Je pense même que le caractère généraliste (image 2D/3D, son,…) de Processing en fait même un outil très adapté aux représentations scientifiques et aux simulations visuelles de tout ordre.

À l’heure où sort ce livre, il n’est plus le premier ouvrage en langue française, mais le troisième, puisqu’il a été précédé par le manuel libre édité sur la plate-forme flossmanuals et rédigé notamment par Douglas Edric Stanley, Lionel Tardy ou Julien Gachadoat, puis par le luxueux Design Génératif, sorti chez Pyramid il y a quelques semaines. Cette concurrence est plutôt stimulante car les trois ouvrages sont bien différents mais leur existence témoigne d’un besoin.

Notre livre se veut à la fois modeste et ambitieux, ce qui apparaît à mon avis dès qu’on le prend en mains : il n’est pas très grand (22 x 16 x 2 cm), mais, contrairement à 99% des ouvrages consacrés à des langages de programmation, il est relié / cousu, et non bêtement boché / collé. La maquette, due à Jean-Michel, est soignée et graphiquement cohérente, ce qui là aussi éloigne ce livre de l’habituel manuel de programmation.
Immodestement sans doute, nous voulions que ce livre soit à la fois utile, maniable, pratique, complet, mais qu’il fasse aussi partie de ces livres que l’on veut conserver. Il faut dire que le langage Processing se prête particulièrement à cela puisqu’il est suffisamment bien pensé pour que chaque nouvelle version n’annule pas les précédentes, contrairement, par exemple, au langage ActionScript de Flash.
Nous ne remercieront jamais assez Patricia Moncorgé, directrice de ce projet, et Amandine Sueur, qui l’a épaulée, d’avoir accepté de nous suivre dans nos désirs plutôt inhabituels pour l’énorme usine à ouvrages pédagogique qu’est Pearson.

Le livre fait 300 pages, il explique Processing de manière progressive et plutôt complète puisque la quasi-totalité des fonctions de ce langage sont détaillées par des exemples. L’idée était que ce livre puisse satisfaire des débutants tout en étant un ouvrage de référence que les programmeurs confirmés conserveront à côté d’eux.
Certaines notions qui ne sont pas particulières à Processing, comme la trigonométrie1 ou la programmation orientée objet, par exemple, sont aussi expliquées.
Plusieurs librairies externes à Processing sont abordées, telles que les librairies vidéo, minim, pdf, network, ou encore la librairie Arduino, qui permet d’interfacer Processing avec des dispositifs physiques tels que des capteurs, des servo-moteurs, etc.

Des compléments, des exemples et les inévitables erratums que nous suggéreront nos lecteurs seront progressivement publiés sur le site If Design Else Art.

  1. Non non, ne fuyez pas en lisant ce mot, c’est très bien, la trigonométrie [↩]

La programmation comme jeu de plateau

janvier 31st, 2011 Posted in Interactivité | 4 Comments »

Un jeu de société pour apprendre la programmation en langage C++, dès onze ans. Équipés d’un dé, les joueurs se déplacent dans le programme. Ils doivent comprendre des notions telles que la boucle, les conditions et les variables. Le premier à franchir la ligne d’arrivée a gagné la partie.

Le jeu s’appelle C-Jump, il est l’œuvre d’un formateur en informatique, Igor Kholodov.

(Merci à Jean-Michel pour la trouvaille)

Le festival d’Angoulême 2011

janvier 30th, 2011 Posted in Bande dessinée, Cimaises | 8 Comments »

Nous sommes arrivés à Angoulême vers dix heures du matin jeudi, nous avons parcouru le festival au pas de course avant de prendre le train de dix-sept heures trente. Tout ça avait le goût de trop peu, nous avons raté l’exposition de la jeune bande dessinée belges où exposaient de vieux amis, nous ne sommes pas entrés dans le nouveau musée de la bande dessinée (même si nous nous en sommes approchés), nous avons raté presque tout et tout le monde. C’est décidé, la prochaine fois on restera deux jours.

La toute nouvelle statue de Corto Maltese sur la passerelle qui relie les deux rives de la Charente.

Avec l’Association en grève, et avec un président tel que Baru et une exposition sur les colonies, l’ambiance du festival d’Angoulême 2011 est politique et sociale. On y voyait même traîner Laurent Wauquiez, ministre des affaires européennes et président du mouvement « droite sociale », mais en l’écrivant, je me demande si ce n’est pas un peu hors-sujet.

Baru, président de la 38e édition du festival d'Angoulême, sur les lieux de l'exposition rétrospective qui lui est consacrée. Je me suis incrusté dans la séance de photos.

Hervé Baruela, dit Baru, a déjà trente ans de carrière derrière lui. Ce n’est pas l’auteur le plus médiatique qui soit, mais je ne connais personne d’un peu connaisseur du domaine qui ait été étonné qu’il reçoive le grand prix de la ville.

Une petite fille s'inspire des dessins du président du festival. Le jeudi et le vendredi sont les jours des scolaires pendant le festival d'Angoulême. Ils visitent, et ils recopient tout ce qu'ils voient.

Baru est très attaché au monde ouvrier, qu’il met en scène dans ses bandes dessinées. Ce monde a beaucoup changé, et les récits de Baru sont donc emprunts d’une certaine nostalgie, ce qui ne l’empêche pas de parler (et bien) de beaucoup de réalités d’aujourd’hui.

Une statue de Lénine devant le Centre International de la Bande dessinée et de l'image, où se tient l'exposition Baru. Au dos de la statue, dont la présence et la position couchée ne sont pas expliquées mais peuvent être devinées, on peut lire le slogan "debout les damnés de la terre". L'exposition se nomme DLDDLT.

Toujours au Centre International de la bande dessinée et de l’image, l’exposition Petite histoire des colonies françaises, d’après les quatre tomes de la série éponyme de Grégory Jarry et Otto T, aux éditions flblb expose, sous des traits simples et efficaces, cinq siècles d’une histoire sordide, celle de l’époque dite « moderne ».

L'exposition "Petite histoire des colonies françaises"

Si réussie que soit la scénographie, elle n’est pas tellement adaptée à la lecture et donne surtout envie d’acheter le livre.

Une vision inattendue de Wonder Woman dans l'exposition Kaleidoscope, par Hok Tak Yeung.

Aux ateliers Magélis, on pouvait voir une assez bonne exposition sur la bande dessinée de Hong Kong, tous registres confondus : strip d’humour, imitations de mangas, ou encore bande dessinée underground (avec notamment l’excellent Craig Au Yeung).

L'exposition sur la bande dessinée hong kongaise

La scénographie présentait tous les documents dans des flight-cases, sans doute ceux qui avaient été utilisés pour le transport de l’exposition. Pour tout voir, il fallait oser manipuler les tiroirs.

Anouk Ricard

Beaucoup de gens viennent à Angoulême pour faire dédicacer des livres. Nous, rarement, mais c’était tout de même un plaisir de demander à Anouk Ricard (Anna et Froga) de faire un dessin en page de garde de Patti et les fourmis.

"Ceci n'est pas un livre de Joann Sfar", bandeau promotionnel de "1h25" de Judith Forest, chez l'éditeur "La 5e couche".

Cette année, la « bulle1 New York », où se trouvent les petits éditeurs, était débarrassée de certains marchands de « para-bd » (figurines, posters, etc.). Les principaux éditeurs « indépendants » étaient à peu près tous présents : Cornélius, Six pieds sous terre, les taupes de l’espace, la 5e couche, l’Employé du moi, Atrabile, Cafe Creed, Ego comme x, Flblb, les requins marteaux, etc.
L’endroit est beaucoup trop chauffé. Certaines années il ne l’est pas assez.

Je ne connaissais pas du tout les éditions Cambourakis, chez qui on trouve de belles choses, notamment Siamese Twins, par la japonaise Takayo Akiyama.

De jolies choses chez Treasure Fleet, un groupe d’éditeurs allemands, parmi lesquels se distingue notamment Bigrafiktion.
On pouvait voir aussi des micro-éditeurs lettons, roumains, britannique, israëliens,…

Remarqué, parmi les fanzines, Le poulpe multipotent (ci-dessus) et Misma (déjà noté il y a deux ans).
Entre autres achats, Les pièces détachées 1 & 2, par David Turgeon et Vincent Giard.

Comme d’habitude, on s’aperçoit dans la dernière demie-heure que nous n’avons plus de liquide, que, malgré un partenariat entre le festival et la Caisse d’épargne, on ne trouve de distributeurs d’argent nulle part à l’intérieur ou à proximité immédiate des « bulles », et que les éditeurs étrangers ne prennent pas les chèques.
On rentre comme toujours fourbus, en gardant au poignet les bracelets jaune fluorescent qui nous permettaient d’entrer et de sortir des différents lieux d’exposition.

  1. les bulles sont les chapiteaux qui abritent les différents espaces d’exposition du festival, éclaté dans la ville [↩]

L’Association dans la tourmente

janvier 29th, 2011 Posted in Bande dessinée | 11 Comments »

L’Association à la pulpe, plus connue sous le nom L’Association, est un éditeur parisien fondé en 1990 par une poignée d’auteurs : Matt Konture, Lewis Trondheim, Patrice Killofer, Stanislas Barthélémy, David B, Mokeït et Jean-Christophe Menu. En vingt ans, cet éditeur a révélé des talents très divers, à commencer par ceux de ses fondateurs, a joué un rôle central dans l’internationalisation de la bande dessinée « alternative » et a permis la réédition de trésors oubliés. Son catalogue contient des succès commerciaux ou critiques tels que Persepolis de Marjane Satrapi, Le Journal d’un album de Dupuy et Berberian, 676 apparitions de Killoffer de Patrice Killoffer, Les carottes de Patagonie de Lewis Trondheim, L’Ascension du haut mal de David B, Panier de singe de Ruppert et Mulot, Frank de Jim Woodring, Pascin de Joann Sfar, Changements d’adresses de Julie Doucet, La guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert, Coney Island Baby de Nine Antico, PyongYang de Guy Delilsle, Livret de phamille de Jean-Christophe Menu, mais aussi des rééditions de Gébé, Forest, Mattioli, des albums de bande dessinée expérimentale avec l’Oubapo (parent bédéphilique de l’OuLipo), des essais (Plates-bandes de Menu, Contre la bande dessinée de Gerner, Désoeuvré de Trondheim) et deux revues, l’éphémère Éprouvette et la vingtenaire Lapin.

Un des projets emblématiques de l’Association est le Comix 2000, ouvrage collectif de 2000 pages, au format dictionnaire et dont les bandes dessinées, muettes, émanent de plus de de trois cent auteurs venus d’une trentaine de pays.

L’Association doit énormément à Jean-Christophe Menu, qui a développé des principes graphiques éditoriaux cohérents, identifiables au clin d’œil, souvent imités mais rarement égalés, dans la lignée d’Étienne Robial période Futuropolis. Menu est aussi le bretteur de la bande, le militant, connu pour ses éditoriaux rageurs, ses combats, ses coups de gueule, ses manières d’enfant gâté et ses engueulades homériques.
Il y a dix ans, Menu a pris ses distances avec l’Association pour fonder sa propre structure, JC Menu éditeur. Son premier livre, Carnet, était une luxueuse collection de dessins de Jacques Tardi — auteur suffisamment populaire pour parier sur un succès qui aurait assuré une trésorerie conséquente à ce nouveau-né de l’édition.
Malheureusement, le livre était un peu trop cher et s’est mal vendu. Menu est donc revenu vers l’Association, dont il a définitivement pris les rênes, tout en refusant d’assumer précisément et officiellement ses responsabilités. Il y a bien longtemps, sans doute, que l’Association aurait dû devenir une société privée comme les autres : les prises de décision sont de plus en plus opaques, peut-être même aux franges de la légalité car, semble-t-il, le bureau exécutif n’a pas été renouvelé régulièrement. La plupart des membres fondateurs du collectif se sont peu à peu éloignés et le comité de lecture qu’ils formaient s’est dissous. La ligne éditoriale de l’Association est devenue un peu moins équilibrée, plus difficile à suivre et de nombreux auteurs historiques ou emblématiques du catalogue sont partis voir ailleurs, de gré ou de force.

Deux jours après que Jean-Christophe Menu ait soutenu avec succès sa thèse intitulée La bande dessinée et son double, on apprenait que les salariés de l’Association se mettaient en grève, protestant contre les conditions du licenciement de trois ou quatre d’entre eux (sur sept) sans concertation, sans prise en compte des solutions alternatives qu’ils proposent, sans tenue d’une assemblée générale extraordinaire, et sans connaissance complète de la situation comptable de la maison d’édition…
Soutenus par la quasi-totalité des auteurs et par la plupart des acteurs de l’édition « indépendante », les salariés de l’Association ont présenté, pour l’édition 2011 du festival d’Angoulême, le triste stand dont je montre les photos ici-même.
On peut manifester son soutien sur Lapétition.be.

Mise à jour du 29/01 à 15h47 : il semble que le stand de l’Association à Angoulême ait réouvert, ce qui fait suite à des discussions très encourageantes entre les différentes parties impliquées.

(lire ailleurs : Longue vie à l’Association (blog) ; La démocratie et son double – Cornélius ; le blog de Joann Sfar)