Profitez-en, après celui là c'est fini

Una città

mars 26th, 2011 Posted in Brève, Lecture, médiatisation | 2 Comments »

À la terrasse d’un café vénitien, on peut se faire croire qu’on parle la langue de Dante Alighieri juste parce qu’on improvise des noms de plats en prenant un accent qui arrive à nous abuser nous-mêmes et que le serveur fait obligeamment mine de trouver compréhensible : « un acqua frizzante per favore, è uno assietta di pericoloso sporgersi allarabiata, pronto signorino, capito ? ».
Mais bon, voilà, je ne parle pas du tout italien, c’est un vrai regret personnel. L’italien est une langue qui semble toujours si familière à l’oreille, dont on se dit (pour un francophone évidemment) qu’on est à deux doigts de la comprendre… Un jour j’apprendrai. Je me suis fait cette promesse il y a longtemps. Et lorsque je saurai l’italien, je lirai Una Città, revue vingtenaire paraissant tous les mois et qui est consacrée à collecter des interviews sur des sujets sociaux, partant du principe que l’écoute est un acte politique ou philosophique fort, une forme de militantisme. Cent-quatre vingt deux numéros sont sortis et plus de deux mille deux cent interviews de personnalités anonymes ou non ont été réalisées : un conseiller municipal, un fan de heavy-metal, un policier, un écrivain,…

J’ai le très grand honneur et le plaisir de figurer dans le numéro 182, où je suis interrogé, à la suite de mon article Wikipédia a dix ans, sur mes tentatives d’amener des étudiants à comprendre la philosophie contributive de l’encyclopédie Wikipédia et sur la manière dont j’envisage ce projet et son évolution. Je ne peux pas vraiment lire le résultat (trois pages) mais je fais confiance à mon intervieweuse, Francesca Barca, qui s’est déplacée jusque dans ma banlieue bucolique et qui parle un français parfait, pour en avoir fait la transcription la plus fidèle.

MakerBot et Arduino

mars 23rd, 2011 Posted in Design, Études, Interactivité, Sciences | 9 Comments »

Aujourd’hui mercredi 23 mars 2011 à l’école des Beaux-Arts de Rennes, journée consacrée aux outils de prototypage électronique pour des étudiants en art, communication et design.

John Lejeune, de Hackable-devices, a présenté aux étudiants deux générations de l’imprimante 3D MakerBot, qui permet de réaliser des objets tangibles à partir de modélisations virtuelles.

MakerBot est un projet dérivé de RepRap. Diffusée sous licence libre, cette imprimante 3D est régulièrement améliorée par ses utilisateurs et devient de plus en plus fonctionnelle et de plus en plus sophistiquée au fil des générations.

Je suis content d’avoir vu cet appareil en fonction, il est assez impressionnant. La finition n’a rien à voir avec ce que proposent les imprimantes 3D de l’industrie, mais il n’empêche que ça fonctionne et que c’est une technologie accessible aux particuliers, non seulement financièrement (le kit complet, où il ne manque qu’un fer à souder, vaut ~1400 euros), mais aussi techniquement car le fonctionnement de l’objet est compréhensible et son améliorabilité semble une évidence.

Hackable-devices a pour vocation de diffuser des appareils diffusés sous licence libre, ce qui signifie que leurs spécifications ne sont pas soumises à des brevets, qu’ils sont documentés de manière complète et qu’ils peuvent être librement améliorés ou modifiés par leurs utilisateurs.

Parmi les produits recensés par Hackable-devices il y a des appareils hackables (bidouillables) très divers : cartes de prototypage de type Arduino bien sûr mais aussi téléphones mobiles, collecteurs de données, netbooks, ordinateurs, plug-computers, etc.

Off Screen

mars 23rd, 2011 Posted in Au cinéma, Écrans et pouvoir, Parano | 1 Comment »

Le 11 mars 2002, soit six mois jour pour jour après le 11 septembre 2001, John R., un conducteur de bus de 59 ans se présente à l’accueil de la Tour Rembrandt, gratte-ciel d’Amsterdam. Il est armé, affirme être en possession d’une bombe et exige que l’on convoque la presse mais aussi le dirigeant de la division électronique grand public de la société Philips, car il a des révélations à faire. L’affaire se complique lorsqu’il découvre que les bureaux de Philips ont déménagé pour l’immeuble d’en face une semaine plus tôt. Pendant la durée de la prise d’otage, le film raconte sous forme de flash-backs les évènements qui ont amené John R. à se retrouver dans cette situation. L’histoire est vraie, cela nous est dit dès les premières images, mais le film, réalisé par le néerlandais Pieter Kuijpers en 2005, la raconte de manière assez subjective et se place du point de vue du preneur d’otage.

Séparé de son épouse après plus de trente ans de mariage, John R. ne se résigne pas à prendre sa retraite malgré l’insistance de son employeur. Il semble avoir quelques manies bizarres et sa perception de la réalité n’est pas exactement celle des autres. Un jour, il bande le pied d’une passagère qui a fait une chute et avec qui il a eu une conversation badine sur son emploi chez Philips. Quelques jours plus tard, il apprend que cette femme a porté plainte contre lui pour insultes. Plusieurs fois, on s’étonne de la manière dont John est traité dans sa compagnie de bus, parfois raillé pour ses manies curieuses, parfois réprimandé pour son insistance à venir travailler alors que ses horaires ont été réduits. Régulièrement, John scrute son téléviseur écran large Philips car il a remarqué que très peu de programmes 16/9e étaient disponibles et que dans les bandes noires qui se trouvent de part et d’autre des images diffusées, apparaissent des messages codés. Il écrit de longues lettres chez Philips mais personne ne lui répond jamais.

Un jour, sur le trajet de son bus, sur une route de campagne, il recueille un homme dont la voiture est tombée en panne et qui se rend dans son village natal. En partant, l’homme oublie son attaché-case dans le bus et John découvre en l’ouvrant que ce passager est Gerard Wesselinck, un dirigeant de la société Philips. Il décide d’aller rendre ses affaires en mains propres à Wesselinck. En passant, il veut l’interroger au sujet des nombreuses lettres qu’il a envoyé : ont-elles été lues ? L’homme lui explique qu’un service de la société est dédié à ouvrir le courrier des consommateurs, mais qu’il est évidemment rare que des courriers lui soient transmis à lui.

Quelque temps plus tard, Wesselinck prend à nouveau le bus de John. Il a même acheté une carte d’abonnement. John est alors certain qu’il n’y a aucune forme de hasard dans l’enchaînement des situations : si le dirigeant de Philips a pris son bus, s’il a oublié son attaché-case, c’était exprès, c’est parce qu’il a bel et bien lu ses lettres. Lorsque John lui explique  ce qu’il pense avoir deviné de la situation, Gérard ne dément pas.

Gérard, qui devient l’ami de John, lui explique qu’il a effectivement lu toutes ses lettres, et qu’il a même été frappé par la vérité de ce qu’elles contenaient, par la clairvoyance de John. Oui, dit-il, les écrans larges envoient bien des messages codés. Un jour, Gérard emmène John en rase campagne dans une bâtisse discrète où se trouve un prototype d’écran de télévision. Alors qu’il ne fait que regarder des poissons rouges, John est saisi par des sentiments très divers : une forte envie d’uriner ou de vomir, une sensation de chaleur inconfortable, une peur irrépressible, une colère ou une excitation sexuelle, etc.

Ce téléviseur manipule le cerveau des spectateurs, et cela inquiète Gérard qui explique à John que les actionnaires, avides d’argent, veulent commercialiser ce produit sans le tester sérieusement et sans mesurer les conséquences qu’il aura. De plus, Gérard craint d’être évincé de chez Philips. L’homme qui lui a tout appris, son mentor, a déjà disparu et tout est fait comme s’il n’avait jamais existé.

Pour son anniversaire, John invite son supérieur hiérarchique et sa femme, qui ne viennent ni l’un ni l’autre. On sait que John fait peur à sa femme, mais on ne sait pas trop pour quelle raison. En revanche, Gérard se présente, et il est accompagné de la présentatrice du Quizz, le jeu télévisé favori de John. Tous trois partent dans une salle de tir où ils s’entraînent sur une cible.

Plus tard, la présentatrice confie à John que Gérard a besoin de son aide. Comme cadeau d’anniversaire, John a reçu de Gérard une arme à feu. Lorsqu’il revient travailler le lendemain, John apprend qu’il a été licencié. Tout est en place pour la prise d’otage, mais les choses ne se passeront pas comme prévu : Gérard refuse de venir, prétend ne pas connaître John et a été promu à la tête de Philips… Aux fenêtres, John exige que soit affiché le slogan We mislead1.

Évidemment, l’histoire se termine mal.

On comprend assez rapidement que John a quelques petits problèmes avec la réalité et a quelques idées fixes — il se sent notamment poursuivi par un jeune homme qui l’a agressé. Ce n’est pas mal filmé, les acteurs sont bons, notamment l’acteur principal, John Decleir, qui a une physionomie extraordinaire qui peut rappeler Spencer Tracy. Pourtant le spectateur reste extérieur au délire, ne se sent finalement ni entraîné, ni perturbé. Peut-être paralysé par le fait qu’il s’appuyait sur une histoire vraie et cherchant avant tout à bâtir un personnage cohérent dans sa folie, le scénariste n’a pas osé produire un récit véritablement inquiétant sur le thème de la paranoïa, d’une psychose centrée sur les objets technologiques et les émissions télévisées. C’est sans doute assez dommage, on est loin de réussites telles que Videodrome ou They Live, mais le film se regarde malgré tout avec intérêt.

  1. Dans la réalité, les slogans, rédigés dans un anglais approximatif, étaient « Philips Mislead » et « CEO Kleisterlee is lies ». — du nom de Gerard Kleisterlee, l’actuel président de Philips.  [↩]

Le grand ordinateur (Il était une fois… l’espace)

mars 18th, 2011 Posted in Dans le poste, Ordinateur célèbre | 11 Comments »

Albert Barillé, mort il y a deux ans, est connu pour la série d’animation Colargol puis pour la série pédagogique des Il était une fois… (Il était une fois… l’homme, Il était une fois… les découvreurs, Il était une fois… la vie, etc.). Pour la plupart des enfants de ma génération, il aurait été impossible de rater les cinq minutes pédagogiques quotidiennes de Il était une fois… l’homme qui, sans rire, ont mis en place ma conscience de la chronologie mondiale. Les faits racontés étaient un peu simplistes, l’action souvent parsemée de séquences bouffonnes. Le dessin des personnages, dû à Jean Barbaud (bon dessinateur par ailleurs) et repris dans chaque série, était tout de même assez laid et n’était pas franchement flatté par l’animation, de qualité très médiocre. Pourtant, l’envie d’instruire, de montrer aux petits téléspectateurs ce que l’histoire ou les sciences pouvaient avoir de passionnant était très forte, communicative, et c’est ce qu’il faut en retenir.

Le générique d’Il était une fois… l’homme, présentait en raccourci l’évolution de la vie sur terre jusqu’à l’apparition de l’homme, puis l’évolution de l’histoire humaine, jusqu’à un présage futuriste assez sombre : des humains courant vers des fusées pour quitter la terre, en proie à la guerre nucléaire. La terre finit même par exploser. Cette prédiction macabre, plutôt étonnante pour un programme pour enfants, signe des angoisses de l’époque, était déjà de la science-fiction.
Après le succès de Il était une fois… l’homme (1978) et avant Il état une fois… la vie (1986), Albert Barillé s’est lancé dans une série assez atypique puisque dénuée de prétentions pédagogiques, Il était une fois… l’espace (1982), qui, un peu à la manière de la série Star Trek, suit les aventures d’une patrouille d’explorateurs de l’espace dans un univers presque totalement unifié et pacifié. Au fil des épisodes, ce point de départ est un bon prétexte à explorer diverses thématiques classiques de la science-fiction : une planète consciente, des robots qui se révoltent, les civilisations oubliées, les naufragés de l’espace, les pillards de l’espace, etc. Une caractéristique intéressantes de cette série est que les villes et les vaisseaux spatiaux sont dessinés par Manchu, célèbre illustrateur de couvertures de romans de science-fiction, dont le travail est un peu dans la veine de Chris Foss il me semble. Le même illustrateur a ensuite travaillé sur une autre série de science-fiction française, Ulysse 31.

La musique est composée par Michel Legrand, comme dans tous les dessins animés ultérieurs produits par Barillé, et elle est plutôt réussie, quoique moins riche en diversité de thèmes que l’excellente bande son de la série Capitaine Flam, par Yuji Ohno.
Il était une fois… l’espace n’a pas été un succès. Je suppose que cette manière de se situer entre science-fiction sérieuse et dessin animé un peu puéril n’a pas énormément intéressé le public à une époque où l’on pouvait suivre les aventures autrement palpitantes du robot géant Goldorak ou celles du pirate de l’espace Albator. On peut retenir de Il était une fois… l’espace une vision positive de l’avenir de l’humanité qui, malgré la subsistance de l’ambition guerrière chez certains personnages, nous est annoncé comme un futur de prospérité, de raison et de science où, comme dans Star Trek, Valérian et Laureline, Star Wars ou Les pionniers de l’Espérance, tous peuvent vivre en harmonie, qu’ils soient blancs, noirs, verts, hommes ou femmes et quelque soit le nombre de leurs yeux ou de leurs tentacules.

La toute fin de la série — ses six derniers épisodes précisément — constituent un cycle cohérent dans lequel interviennent des machines pensantes, c’est ce qui motive le présent billet. Cette partie a connu une exploitation en salles sous forme d’un long-métrage intitulé La revanche des humanoïdes.

Les péripéties ne sont pas très importantes, mais pour résumer, la confédération galactique se trouve aux prises avec deux ennemis : les habitants de Cassiopée, qui sont devenus une dictature, et leurs mystérieux alliés, des robots humanoïdes. C’est, en fait, parce qu’ils comptent sur l’appui de ces alliés que les gens de Cassiopée ont quitté la confédération et ont décidé de l’attaquer. Ce qu’ils ignorent, c’est que pour les robots humanoïdes, cet opportunisme guerrier est juste la preuve qu’ils doivent retirer aux humains une partie de leurs libertés. En effet, construits par un savant génial et solitaire deux siècles plus tôt, ces robots planifient de gérer, pour leur bien, l’existence de toutes les espèces pensantes de l’univers, sous l’autorité centrale du « grand ordinateur ». Et il ne s’agit pas d’une application des lois de la robotique asimovienne, car pour le grand ordinateur, peu importe si l’installation de cette dictature doit faire des milliers de victimes. L’ordinateur, sûr de son bon droit, ne s’aperçoit pas qu’il fait ce que beaucoup de despotes avant lui ont fait : penser que la fin justifie les moyens et qu’il rendra l’univers entier parfait une fois qu’il l’aura eu soumis. Personne ne pense à le lui faire remarquer. Plusieurs protagonistes humains tentent en revanche de vexer la machine en lui disant qu’elle n’est pas humaine, car il lui manque toutes sortes de caractéristiques comme l’humour ou le goût pour les arts, passions que l’ordinateur rejette avec mépris. Lorsqu’on lui demande si une machine pourrait composer une sonate comparable à celles de Mozart, il répond : « Cela pourrait se faire, mais quelle en est l’utilité ? La musique exprime le désir de l’homme de se perdre dans l’infini, c’est une rêverie, c’est une fuite ».
Pourtant, Le grand ordinateur n’est pas tout à fait dénué de sensiblerie puisqu’il voue une sorte de culte à son créateur, dont le vaisseau est devenu un mausolée et dont les traits ont servi d’inspiration au bâtiment principal de la ville.

Ce n’est pas par une ruse logique ou une question « trop humaine » que le grand ordinateur sera vaincu, mais grâce à l’intervention radicale et inattendue d’entités venues de très loin et qui se présentent comme une espèce pensante arrivée à maturité, qui ne connaît plus la guerre et qui n’a sans doute même plus d’existence matérielle. Lorsqu’une délégation humaine vient rencontrer cette espèce mystérieuse, c’est pour se faire conseiller de progresser, et de retourner à un état idéal : « au tout début, l’humain était pur esprit ». Bien qu’ils aient sauvé les hommes du grand ordinateur, ces êtres étranges refusent de donner à l’humanité les clés de leur sagesse, expliquant que toute connaissance ne saurait être que durement acquise. On percevra ici une nette influence du bouddhisme (les esprits devenus éternels sont fondus dans un grand tout et la sagesse procède de l’abandon de tout appétit…) mais aussi de 2001 l’Odyssée de l’espace. Je vois ce prêche new-age comme une scorie de la science-fiction de la décennie précédente.

Captures / La Tapisserie

mars 17th, 2011 Posted in Cimaises | No Comments »

Exposition Captures à la Tapisserie, atelier et, à présent, galerie. L’exposition court du 18 mars au 26 mars 2011, son vernissage a eu lieu ce soir. Une table-ronde modérée par Émilie Bouvard et Marie Frétigny se tiendra le 23 mars.

Les artistes présentés sont Jérôme Alexandre, Florent di Bartolo, Jean-Louis Boissier, Stéphane Degoutin, Jean-Michel Géridan, Julien Levesque, Albertine Meunier, Gwenola Wagon et Anne Zeitz.

La Tapisserie est située au 13 rue Pétion, à Paris, à quelques pas de la station de métro Voltaire.

De la vérification par anticipation

mars 14th, 2011 Posted in Au cinéma, Écrans et pouvoir, Images, indices | 15 Comments »

En continuation du billet précédent, j’ai revu hier Le Syndrome Chinois (James Bridges, 1979), qui m’avait marqué dans ma jeunesse. Ce n’est pas un grand film, on est loin des classiques de la paranoïa de la même décennie comme The Conversation, Klute, Three days of the condor, The Tenant, The Parallax view, Bullit ou Get-Apen.

Dans Le Syndrome chinois, une équipe de télévision assiste par hasard à un épisode de panique dans une centrale nucléaire californienne. Parvenant discrètement à filmer l’évènement, ils tentent de convaincre la chaîne d’en faire un sujet pour le journal télévisé, mais les enjeux financiers sont tels que le film est rangé dans un tiroir. Puisque l’incident a été évoqué par la presse, une enquête est rapidement menée et conclut que le public n’a pas été réellement mis en danger.

Continuant leur enquête, Kimberly Welles (Jane Fonda) et son cadreur Richard Adams (Michael Douglas) finissent par entrer en contact avec le responsable technique de la centrale, Jack Godell (Jack Lemmon), un ancien militaire, qui soutient que lui et son équipe avaient parfaitement répondu à une situation inattendue et que le protocole des centrales nucléaires gère même l’erreur humaine.

Par acquit de conscience, Godell effectue tout de même spontanément quelques vérifications. Il découvre avec horreur que les rapports d’experts sur la qualité des soudures de la centrale n’ont pas été faits depuis des années mais que la société qui s’en charge fournit, chaque année, une copie d’anciens documents. Très responsable, Godell veut que l’on stoppe la centrale pour refaire les expertises manquantes, mais on lui fait comprendre que ce n’est pas du tout le moment : des débats publics en vue de la création d’une nouvelle centrale ont lieu quelques kilomètres plus loin et l’arrêt d’une centrale est un processus extrêmement coûteux.

Lorsque Godell, la chaîne de télévision et des activistes anti-nucléaire projettent de rendre public le scandale des fausses expertises, Godell est menacé de mort et doit se réfugier dans sa centrale où, armé et hors d’atteinte, il convoque la presse pour s’expliquer.
Passablement agité, un peu trop technique dans ses explications, un peu confus dans son récit, Godell passe pour un forcené, ce qui permet à la direction de la société qui gère la centrale de le faire abattre impunément.
Ne pas être télégénique peut coûter très cher !

Kimberly, très télégénique, elle, même si elle a des difficultés à se faire confier des sujets sérieux, s’empare d’un micro pour expliquer avec une émotion non-feinte que Godell n’était pas un déséquilibré ni un alcoolique.
Le film s’arrête là-dessus, laissant toutes les questions ouvertes : le public sera-t-il alerté ? Le sacrifice de Jack Godell aura-t-il un impact positif ? Quand au spectateur, qui a tout vu, il sait qu’il y a à présent une fragilité dans la centrale : une catastrophe a été évitée, mais ça n’est que temporaire.

Ce qui est très particulier avec Le Syndrome chinois, c’est que douze jours après sa sortie, le film était en quelque sorte vérifié par l’accident nucléaire de Three Miles Island. La coïncidence temporelle de la sortie du film de fiction et de l’accident véritable ont profondément marqué le public et ont causé l’arrêt quasi-complet du développement du nucléaire civil aux États-Unis. Il est sans doute impossible d’en chiffrer le coût véritable.
Il a fallu, pour que ce film ait un impact, qu’il soit vérifié par la réalité, et il a fallu, pour que l’évènement ait un impact, qu’il ait été expliqué par un film.
Cet aller-retour entre réalité et fiction, interdépendantes dans leur impact potentiel sur l’opinion publique, me semble extrêmement intéressant.

Le retour de la fin du monde

mars 14th, 2011 Posted in Au cinéma, Bande dessinée, Images, Pas gai | 25 Comments »

Ce qui me fascine en voyant défiler les tristes images du Japon dévasté par une catastrophe naturelle et menacé par un accident nucléaire, c’est à quel point elles me semblent familières. Malgré leur envergure exceptionnelle et leur brutalité, ces évènements, j’y avais déjà assisté, et les japonais, plus encore que moi, tant les fictions qu’ils consomment regorgent de catastrophes de ce genre.

Katsuhiro Ōtomo, "Akira" (1982). La destruction de Neo-Tōkyō.

Nos journaux télévisés montrent à quel point les écoliers japonais sont entraînés à s’abriter sous leurs tables de classe dès qu’une secousse s’annonce. Ils évoquent aussi l’excellence des constructions anti-sismiques, en nous disant que les japonais sont toujours prêts à l’éventualité d’un tremblement de terre majeur ou d’un monstrueux tsunami. Mais cela va plus loin à mon avis. Par des récits de science-fiction surtout, les Japonais se sont aussi préparés psychologiquement. Et cette préparation par l’imaginaire fantastique n’a pas de destination pragmatique, elle ne dit pas comment se comporter pendant une catastrophe, elle établit la fatalité de la catastrophe.

"Godzilla vs Megalon" (1973), film de Jun Fukuda. Dans les films de la série Godzilla, le lézard géant et ses homologues Kaijūs (Gamera, Mothra, Rodan, Guidorah, Ebirah, Yonggary,...) incarnent souvent la vengeance de la nature malmenée par l'homme.

Bien entendu, pour produire des catastrophes crédibles, des récits « habités », il faut aussi que l’idée de l’éventualité d’une fin du monde soit bien ancrée dans l’esprit des auteurs de ces récits, ils faut qu’ils y croient eux-mêmes pour y faire croire.
Marshall McLuhan disait que la bande dessinée est un média « froid », c’est à dire un média qui réclame un effort conscient à son public et implique, en contrepartie, une certaine distanciation. Et ce n’est pas faux. J’ai pourtant connu un authentique sentiment d’effroi à la lecture de deux bandes dessinées, Dragon Head, par Minetarō Mochizuki et Ardeur (1980), par Alex et Daniel Varenne. Or ces deux séries sont des récits de fin du monde. Ardeur est un effrayant voyage dans une Europe ravagée par l’hiver nucléaire, écrit en plein « réchauffement » de la guerre froide. Je reparlerais peut-être un jour de cette série que je tiens pour un chef d’œuvre, du moins pour ses premiers tomes.

Minetarō Mochizuki, "Dragon Head" (1995)

Dans Dragon Head, un train se retrouve prisonnier d’un tunnel à la suite d’un séisme. Trois collégiens — deux garçons et une fille — survivent et essaient de quitter l’endroit et de comprendre ce qui est arrivé au Japon, apparemment victime d’une catastrophe majeure. Les divers protagonistes rencontrés au cours du récit connaissent tous les états de la peur : les uns se montrent pragmatiques, les autres basculent dans la folie complète. Personne ne sait rien, le pays entier est plongé dans les ténèbres, isolé du reste du monde.

"Ponyo sur la Falaise" (Hayao Miyazaki, 2009)

Même Ponyo sur la falaise (2009), de Hayao Miyazaki, qui a les apparences d’un conte pour enfants inspiré de la petite sirène d’Andersen, et qui est souvent présenté comme un des films les plus légers de son auteur, constitue à mon avis une lugubre évocation de l’absence, de la mort, du désastre, et de la violence du rapport de l’homme à la nature. L’héroïne qui donne son titre au film est la cause d’un tsunami qui noie une petite ville côtière. Si le spectateur choisira de croire que les pensionnaires d’une maison de retraite immergée sont sauvés de la noyade par un abri sous-marin plus ou moins magique, il n’est pas interdit de ne voir dans cette intervention qu’une fantaisie consolatrice.

Je trouve intéressante l’image qui suit, enregistrée sur une chaîne d’informations en continu il y a quelques heures. Confronté à l’impensable, le témoin des effets du désastre se sent projeté dans la fiction :

"Est-ce que c'est un rêve ? J'ai l'impression d'être dans un film ou quelque chose comme ça. Quand je suis seul je dois me pincer la joue pour vérifier si c'est bien réel" (un habitant de la ville de Rikuzentakata.

On pourrait bien sûr parler aussi de la manière dont les américains, autres familiers des catastrophes (tornades, séismes, inondations), ont toute une production cinématographique notamment, autour de ce thème. Ce qui ne concerne pas que les désastres naturels, d’ailleurs : l’accident de la centrale de Three Miles Island avait été décrit par avance dans le film Le Syndrome Chinois, et on aurait du mal à dénombrer toutes les images prémonitoires des attentats du onze septembre 2011 qui ont été inventées pour des fictions.

Et ici, en France, au fait ? À quoi nous préparons-nous ?
À quoi ne nous préparons-nous pas ?

(article que je dédie à Julien, Claude et Hajime)

Virtual Sexuality

mars 14th, 2011 Posted in Ordinateur au cinéma, Programmeur au cinéma | No Comments »

Sorti en 1999, et réalisé par Nick Hurran, Virtual Sexuality est un film britannique ostensiblement inspiré par le célèbre Weird Science (1985) de John Hughes. Le film de John Hughes utilisait avec brio et modestie le thème de la créature virtuelle pour traiter de la rêverie adolescente et montrer que l’on grandit non pas en réalisant tous ses rêves mais en apprenant à aimer la réalité, à l’accepter, à en tirer ce qu’elle a à offrir. Enfin quelque chose comme ça. Weird Science était doté d’un casting impeccable, avec, notamment, des adolescents qui ressemblaient à des adolescents. Ce n’est pas le cas dans Virtual Sexuality, dont l’actrice principale semble dix ans plus âgée que les dix-sept que lui attribue le scénario.

Cette adolescente qui n’a pas vraiment l’air d’une adolescente se prénomme Justine. Décidée à perdre sa virginité, elle écoute sa meilleure amie, Fran, qui est un peu plus expérimentée qu’elle. Quel garçon doit-elle viser pour que l’expérience soit parfaite, inoubliable et romantique ? Comment doit-elle s’y prendre pour le séduire ? Ayant décidé de jeter son dévolu sur un bellâtre nommé Alex, elle réquisitionne Chas, qui est à la fois l’ami et surtout souffre-douleur d’Alex, et l’éternel soupirant de Justine. Jeune homme complexé, vêtu de sweat-shirts informes et d’un vieil anorak, passionné d’ordinateurs, Chas n’est pas un garçon désirable, et Justine ne se soucie pas de connaître ses sentiments, elle veut juste l’utiliser pour provoquer une rencontre avec Alex dans un lieu de loisirs numériques qui vient d’ouvrir sous le nom Virtual Reality 2000.

Mais voilà, le jour du rendez-vous, Alex n’est pas là, alors Justine et Chas se retrouvent tous deux à essayer diverses attractions virtuelles, notamment un jeu de course d’aéronefs. Enfin, Justine est intriguée par un procédé expérimental : une cabine où son corps et son visage sont numérisés et où elle peut ensuite les remodeler à sa guise, afin de simuler sa beauté idéale. Justine s’amuse à modifier son corps en se donnant de grosses lèvres, par exemple, puis transforme son double virtuel en un homme grand et blond.

Au moment où Justine appuie sur le bouton « enregistrer », un chauffeur de taxi jette un mégot dans la rue à une centaine de mètres de là. Ce mégot atterrit dans une tranchée où deux ouvriers sont en train de s’occuper d’une conduite de gaz. L’explosion qui suit secoue violemment tout le centre de loisirs numériques dont les visiteurs sont projetés au sol. Lorsque Justine sort de la cabine, hébétée, elle découvre un spectacle de désolation et tente de rejoindre Chas qui, lui, la fuit comme si elle était devenue un monstre. Face à un miroir, elle comprend : elle est devenue le jeune homme dont elle avait modélisé l’image sur ordinateur. Et ce jeune homme porte des vêtements de fille beaucoup trop serrés pour lui.

L’explosion a donné une existence tangible à un personnage virtuel. On n’est pas loin de Weird Science, qui, en référence évidente à Frankenstein, utilisait la foudre comme énergie « donneuse de vie ». On voit le même genre d’évènement appliqué aux intelligences artificielles informatiques dans L’Ordinateur en folie (1969), Ghost in the machine (1993) ou encore Furtif (2005).

Justine parvient à convaincre Chas de son identité véritable. Elle ne peut pas rentrer chez elle et il est donc convenu qu’elle prendra le prénom Jake et s’installera chez Chas, qui lui prêtera ses vêtements. La mère de Chas semble vaguement espérer que son fils soit homosexuel et héberge le beau Jake de très bonne grâce. L’acteur qui interprète Jake prend des attitudes un peu efféminées et son personnage a du mal à se débarrasser de ses habitudes de filles (la tenue pour sortir du bain,…) mais parvient à exprimer tout ça sans pour autant tomber dans un registre caricatural trop bouffon, et c’est une des vraies réussites du film.

Jake découvre avec autant d’effroi que d’émerveillement le monde des garçons. Il découvre, entre autres, que le « beau » Alex est un mufle médiocre et vantard. Il découvre aussi rapidement l’effet que les jeunes filles peuvent avoir sur un garçon, et il se découvre une attirance irrésistible pour la « bimbo » de l’école, une blonde plantureuse et aguichante surnommée Hoover. Lui-même plait énormément à toutes les filles.

Alors qu’il tente d’expliquer à Fran qu’il est une incarnation masculine de sa meilleure amie, Jake tombe nez à nez avec celle qu’il croyait être : Justine.
Cela change tout. S’il n’est pas Justine transformée, alors qui est-il ? Une créature virtuelle, un produit de l’imagination, devenu réel. Existe-t-il seulement ?

Pendant ce temps, Jason et Monica, les créateurs du système qui a donné naissance à Jake et qui ont tout compris, projettent d’enlever le jeune homme pour effectuer des tests sur lui et commercialiser le produit qui fabrique des fiancés idéaux.  Ces personnages forment un couple professionnel étrange : lui, plutôt bel homme, est cupide et passablement idiot ; elle, ingénieur de génie, n’est pas vraiment la fille qui attire les regards — encore un cliché déjà rencontré, l’interdiction pour une femme scientifique d’être désirable.

Sensible au charme de Jake, qu’elle voit comme l’homme parfait, Justine décidé qu’il sera son premier amour. Mais Jake, de son côté, s’intéresse bien plus à Hoover. Désespérée de cet état de fait, Justine revient vers le mufle Alex, ce qui inquiète Chas. D’autant plus décidée à perdre son pucelage qu’elle a perdu tout espoir de trouver l’homme idéal, Justine entre dans un sex-shop et y achète, entre autres objets dont elle ne connaît que vaguement l’usage, des dizaines de préservatifs aux couleurs et aux parfums variés.

Chas parvient à convaincre Jake d’empêcher que Justine ne passe la soirée avec Alex. Au moment où Jake parvient à expliquer à Justine qui il est, il est brutalement enlevé par Monica et Jason, de la société Narcissus, propriétaire du système d’où il est né. Chas et Justine partent donc à la rescousse de Jake, qui a entre temps été plongé dans un sommeil hypnotique et est soumis à des tests dont la destination exacte reste confuse pour moi — mon DVD n’avait pas de sous-titres français et je dois admettre que l’anglais britannique ne m’est pas toujours le plus aisé à comprendre.

Reste que Chas et Justine parviennent à leurs fins. Une fois rentrés chez Chas, il est décidé de tout reprendre à zéro afin que Jake retourne dans les limbes dont il n’aurait jamais dû sortir.
Chas se révèle alors un excellent informaticien, capable d’inverser un processus aux limites de la magie… On retrouve ici un poncif habituel des fictions populaires, la figure du passionné d’informatique capable de réaliser de véritables miracles, allant de l’utilisation de logiciels aux branchements électroniques.
Comme prévu, Jake disparaît, définitivement.

Quelques jours plus tard, Justine embrasse Chas qui sera, finalement, son premier amant, mais pas son dernier. Décomplexé lui aussi, Chas fera quelques conquêtes. Moralité : tout est bien qui finit bien, les oisillons ont grandi et la perturbation de la réalité n’a été que temporaire.

Adapté de Dans la peau d’un garçon, roman pour ados de Chloë Rayban1, Virtual Sexuality est un petit film dénué de grandes prétentions qui traite sans tact inutile des vrais problèmes des adolescents et, notamment, de la différence qui sépare l’approche des filles et celles des garçons sur la question de l’amour et des rapports sexuels.
La réalisation, bourrée d’effets de montage virtuel, manque un peu de rigueur et de naturel, beaucoup de détails sont bâclés.
Pour autant, ce film léger n’a rien de honteux et le fait qu’il soit britannique lui permet d’être plus original, moins codé, moins mécaniquement déterministe que les teenage-movies hollywoodiens habituels. On appréciera entre autres les portrait de la mère et du beau-père de Chas.

  1. Les aventures de Justine Duval constituent une série souvent liée à des thématiques de science-fiction cybernétique dont Dans la peau d’un garçon est le second tome. Les autres sont L’effet Justine, Justine sérieusement amoureuse et Les Futures vies de Justine.  [↩]

Suivre la balle (philosophie basket-ball)

mars 12th, 2011 Posted in Mémoire | 10 Comments »

Quand j’étais au Lycée, j’avais une prof de sport, madame Testaud, qui n’avait pas totalement perdu espoir en moi dans certaines disciplines, et notamment, le basket-ball — il faut dire que sans être un géant, je faisais plutôt partie des « grands ». J’arrivais régulièrement à prendre la balle, à m’approcher du panier et à lancer, mais je marquais plutôt rarement. En fait je m’arrêtais, je visais avec concentration et je tirais, sans trop de résultat. Et cette madame Testaud me disait chaque fois « Tu dois suivre la balle ! ». Je n’y ai d’abord pas prêté attention, mais elle insistait, « suis la balle ! ». J’ai essayé de comprendre ce qu’elle voulait dire par là mais l’injonction, plutôt simple en apparence, me semblait finalement un peu absurde à la réflexion : comment ça, suivre la balle ? Pourquoi faire ? On marque ou on ne marque pas, non ? Une fois le lancer exécuté, à quoi bon continuer à courir ?
Mais j’ai fini par faire ce qu’on me demandait en abandonnant l’ambition de comprendre, j’ai suivi la balle. Et j’ai commencé à marquer.

« Suivre la balle », dans mon cas, ça a signifié, très concrètement, que je n’ai pas abandonné le ballon après l’avoir lancé mais que mon geste s’est inscrit dans une continuité cinétique : courir, envoyer, continuer à courir, rattraper la balle si le coup est manqué,… Au fond ça ne s’explique pas très bien, ça ne s’argumente pas, ça s’expérimente, comme toutes les actions qui engagent le corps et son intelligence spécifique1.
Mais au delà du basket-ball, de la balistique et du sport en général, j’ai conservé cette idée de « suivre la balle » que j’essaie de m’astreindre à appliquer à un certain nombre des choses que je fais. Je dis que j’essaie, parce que ce n’est pas forcément ma pente naturelle. « Suivre la balle » signifie alors être vraiment dans ce qu’on fait, ne pas faire les choses à moitié, ne pas croire qu’il suffit de lancer une idée, mais accompagner son évolution, ne pas seulement produire une œuvre (artistique ou autre — dans mon cas un site internet ou un livre sur le langage Processing, par exemple), mais la rendre publique, puis s’intéresser à la manière dont elle sera reçue, l’archiver ou documenter son existence, etc.

(image : photogramme extrait du neuvième épisode de la belle et terrible série The Wire)

  1. Les grands sportifs ont souvent des phrases obscures qui, si on les applique, fonctionnent. Par exemple Bruce Lee : « Le bon praticien d’arts martiaux n’est pas tendu, mais prêt », « Je ne crois pas en Dieu, je crois au sommeil », « Les pensées sont des objets », « Ce qu’on cherche, ce ne sont pas les branches, ce sont les racines », « Il faut suivre le flux, s’écouler dedans (…) rien n’est fixe », etc. [↩]

Trois ans

mars 8th, 2011 Posted in Le dernier des blogs ?, Personnel | 15 Comments »

Ce blog, ouvert le 8 mars 2008, fête son troisième anniversaire. L’air de rien, il s’en est passé, des choses, en trois ans, et le projet a beaucoup évolué puisqu’il s’agissait au départ de continuer mes cours à l’école d’art du Havre en fournissant aux étudiants des liens ou des documents iconographiques pour compléter mon propos, y compris le plus anecdotique. Peu à peu, j’ai commencé à avoir d’autres lecteurs que ceux pour lesquels ces pages étaient prévues et, avec Nathalie qui avait le même besoin avec ses étudiants à ce moment-là, j’ai ouvert un nouveau blog plus spécifiquement destiné à accueillir des compléments de cours.

Je racontais l’an passé tous les articles publiés pendant les deux premières années. Depuis, j’ai parlé télévision (2), chatroulette, mémoires universitaires, Science-fiction, j’ai tapé sur la psychanalyse, j’ai parlé du financement de la musique numérique, j’ai invité des amis à raconter leurs jeux vidéo, je me suis penché sur la question des Rroms, j’ai épluché la revue Planète à la recherche de mentions de la cybernétique, j’ai raconté les transplanteurs, j’ai livré ma vision subjective de Wikipédia, je me suis intéressé aux frères Bogdanoff (2) (3), j’ai parlé de mes rapports avec Facebook (2) et avec le téléphone portable, avec ce que j’appelle la « société savonnette » (2),… Bref, il y a à présent six-cent trente huit billets à lire ici, auxquels il faut ajouter quatre-vingt quinze articles à l’état de brouillon plus ou moins avancé. Malgré des thématiques disparates, je commence à voir où je veux en venir avec ce blog. Pas trop tôt.

À côté de ça, j’ai continué à collaborer régulièrement avec le magazine Amusement, plusieurs de mes articles ont été repris par Culturevisuelle et par Owni, plate-forme journalistique à qui j’ai aussi soumis des articles inédits sur des sujets plus directement politiques ou plus engagés que ceux traités ici : la question de la burqa et celle des rroms, notamment.
Avec mon excellent collègue Jean-Michel Géridan, j’ai publié un livre sur le langage Processing, mais ça ne s’arrête pas là puisque je dois remettre incessamment le manuscrit d’un autre livre à un autre éditeur, ce à quoi je dois ajouter quelques projets plus ou moins concrets avec d’autres co-auteurs ou tout seul, mais je préfère n’en rien dire avant que quoi ce soit ait sérieusement pris forme. Je dois ajouter le lancement, à l’école d’art du Havre, d’une revue (la date du premier numéro n’est pas fixée).
Bref, une année plutôt remplie, finalement.

En passant, un bon anniversaire à Graphism.fr (trois ans pile aujourd’hui aussi),  et à Olympe et le plafond de verre, qui nous a précédé de quelques jours dans le même âge.

(illustration : Les Tracts, par Kao Cha et Houa San-tchouan, publié en français par la maison du livre de Shanghai en 1965)