Profitez-en, après celui là c'est fini

Amusement 4

mars 18th, 2009 Posted in Amusement, Brève, Interactivité | 2 Comments »

Je signale la sortie de la quatrième livraison du magazine chic et trendy Amusement (Videogames – Interaction – Style – Inspiration).
Ce numéro est consacré à l’Internet des objets, et il contient, en première mondiale, une puce RFID. Cette puce donne accès à un contenu réservé, sur Internet. Ne me demandez pas de vous en expliquer le détail, mais tout ça est lié à cinq éditions spéciales de paires de chaussures Nike elles aussi équipées de puces qui donnent accès (j’ignore avec quel dispositif de lecture) à des œuvres d’artistes « numériques »1, Studio Gkaster (Pierre Magnol/Pierre Fabre), Messhof (Mark Essen), Philippe Jarrigeon, Electronic Shadow (Yacine Ait Kaci2/Naziha Mestaoui), Factoid (Pierre Nouvel / Valère Terrier) et Le Tone.
En attendant le jour où il y aura des puces RFID sous nos épidermes et que les portiques antivol des magasins s’en serviront pour nous parler en nous appelant par notre prénom, autant s’amuser avec ! Cependant, pas d’inquiétude, le jour où ça cessera d’être amusant, nous y seront habitués depuis si longtemps que l’idée d’être intraçables nous donnera une désagréable sensation de vertige ou de nudité publique.

À part ça, un article d’Aurélien Bambagioni3 sur le peu de liens entre l’art contemporain et les jeux vidéo, un dossier Digital Art par Pierrick Thébault, une interview de Bruce Sterling (auteur de science-fiction, un des inventeurs du Cyberpunk mais aussi du SteamPunk) par Hans Ulrich Obrist, un article toujours aussi léger de votre serviteur, et puis des tas d’autres choses que je n’ai pas encore lues puisque je ne dispose de mon exemplaire que depuis quelques heures.

Parmi les contributeurs, on note les signatures de Nicolas Nova, Étienne Mineur4, Cyril Lener, Ben Hammersley, Camille Paloque-Bergès, Marjorie Philibert, François Bliss de la Boissière, Valeria Costa-Kostritsky, Thomas Mondémé, Nicolas Santolaria, Éric Simonovici et Rémi Vermont. Et pour les images, Romain Albertini, Laure Ambroise, Jean Pacôme Dedieu, Théo Gennitsakis, Philippe Jarrigeon, Roman Jehanno, Romain Laurent, Ronan Merlot, Mathilde Nivet, Elene Usdin, Florence Tétier, David Stettler, Quentin Vijoux et Virassamy.
C’est toujours 5 euros, dans les kiosques ou en ligne.

  1. C’est à dire : artiste dont la production a un rapport avec les « nouvelles technologies », technologies dont la nouveauté est parfois passablement antique. Il faudra qu’on trouve un meilleur mot pour le dire un jour. []
  2. Salut Yacine ! []
  3. Salut Aurélien ! []
  4. Salut Étienne ! []

Le Palais de la découverte en danger

mars 17th, 2009 Posted in Dans la boite-aux-lettres, indices | 4 Comments »

Le Palais de la Découverte est à nouveau menacé… Ce musée situé au coeur de Paris dans une aile du Grand-Palais et placé sous la tutelle du ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur (comme l’Observatoire de Paris ou le Jardin des plantes) devrait à présent fusionner avec la Cité des sciences et de l’industrie. Pour beaucoup, une telle fusion semble logique mais elle ne l’est pas du tout, les deux établissements ayant une philosophie bien différente.
La Cité des sciences a été pensée comme un lieu spectaculaire et démagogique (j’emploie le mot sans connotation péjorative) où le public peut passer la journée à tout apprendre sur des sujets amusants ou importants, selon les expositions en cours (le cerveau, Star Wars, les déjections et les bruits corporels, l’écologie,…). De manière très intéressante, la Cité fait se rencontrer la science et l’ingénérie du niveau le plus pointu avec l’art et la culture. Ici, on montre, on épate, on amuse. Je vois la Cité comme une version géante de la vulgarisation scientifique telle qu’on la trouvait dans les foires il y a cent ou deux cent ans. Le public payait pour voir sous des tentes des gens se faire électrocuter, pour voir des moulages anatomiques sur les méfaits des maladies vénériennes ou encore pour assister à des démonstrations du phonographe d’Edison et du cinéma des frères Lumière (lorsque le cinéma a lassé les bourgeois du Boulevard des Capucines, c’est chez les Forains qu’il a survécu).
Certains me trouveront durs avec la Cité : de fait, c’est une usine culturelle énorme au bilan tout à fait passionnant et auquel mon jugement général ne rend pas forcément justice, mais il me semble clair que la Cité a été conçue dans un but spectaculaire et non scientifique.

Inversement, le Palais de la Découverte est un musée scientifique véritable, où des doctorants répètent inlassablement (mais très sérieusement) des expériences sur le sens de l’orientation des rats ou sur l’éléctricité. Devant le public, ils vérifient chaque jour les découvertes de Faraday et de Nicolas Tesla. Il y a aussi une part de spectaculaire bien entendu, mais avant tout une médiation pédagogique sans équivalent dans d’autres musées scientifiques à ma connaissance. Le Palais de la Découverte a pour but assumé de provoquer des vocations. Le public n’y est pas passif, il manipule, il pose des questions et les animateurs qui se trouvent en face de lui sont suffisament calés pour y répondre.

La transformation de la galerie de l’évolution du Jardin des Plantes en un musée statique et tape-à-l’œil constitue déjà un drame. On a jeté pour l’occasion des centaines de milliers d’animaux empaillés ramenés par les explorateurs des XVIII et XIXe siècle, parce que le public a surtout besoin que de lions, d’éléphants et de giraffes. Certes, les collections étaient dans un état lamentable et le musée avait été fermé pendant trente ans, mais le sens même du musée a complètement changé avec cette rénovation, il ne vaut pour moi guère mieux que les musées créationnistes ouverts aux États-Unis et en Suède : sans processus d’acquisition de la connaissance, la science n’est plus la science et l’on peut bien dire n’importe quoi.
Tout cela touche à des choses assez graves à mon avis, sur lesquelles je reviendrais dans un article ultérieur (promesses,…).

Pour en revenir à la situation du Palais de la Découverte, on m’envoie un communiqué annonçant une soirée de soutien qui se déroulera au musée le mardi 24 mars à partir de 19 heures.

Pour plus d’informations : http://www.sauvonslepalaisdeladecouverte.fr

Interactivité amusante

mars 16th, 2009 Posted in Brève, indices, Les pros | 25 Comments »

Le contexte, d’abord.
Jeudi prochain je dois prendre un train pour la bonne ville de Rennes mais cela tombe un jour de grève générale.Tout naturellement, je vais voir ce qu’en dit le site de la Société Nationale des Chemins de fer Français (SNCF) puisque, paraît-il, cette vénérable institution fait d’extraordinaires efforts pour informer les voyageurs.

En bas de la page à gauche, se trouve un petit encadré (pointé par la grosse flèche noire que j’ajoute à la capture d’écran) qui me propose de vérifier si mon train ne sera pas perturbé par des travaux ou des mouvements sociaux.

Cette zone contient trois promesses d’interactivité : un menu déroulant, où je suis invité à sélectionner la date de mon train ; un bouton valider ; un lien d’aide. Tout cela semble assez familier au premier abord, mais voilà, quand je clique, rien ne se produit. Rien du tout. Le menu ne se déroule pas, l’aide ne fait rien et le bouton valider est tout aussi inutile. C’est pour cela que je parlais de promesses d’interactivité et non de zone de dialogue.

Ce genre de chose se produit régulièrement à cause de ce fléau que sont les publicités au format flash qui s’affichent, en transparence au dessus de la page entière : tant que la publicité n’a pas été diffusée, on ne peut rien faire, aucun clic n’est pris en compte. 
Mais cette fois, ce n’est pas ça. La zone en question est en fait une simple image au format png. Le menu déroulant, le bouton et le lien sont des faux. Il ne s’agit pas d’une image de placement laissée là par un graphiste en attendant que les développeurs du site intègrent la fonction, car une rapide recherche sur archive.org permet de vérifier que cette section du site a déjà fonctionné dans le passé. C’est juste une imposture, une image qui sert à faire croire à tous ceux qui n’essaieront pas de cliquer qu’ils pourraient, s’ils voulaient, s’ils en avaient besoin, être informés. Un trompe-l’œil, un cache-misère.

… Impossible de ne pas penser à la scène de Tintin au pays des soviets où le reporter belge découvre (ou plutôt feint de découvrir ) que les usines modèles des soviétiques sont en fait fausses, que les bruits des machines sont ceux de tôles frappées et que les fumées qui sortent des cheminés sont celles de paille brûlée.

Reste à comprendre la raison de l’absence de cet outil d’information.

Exposition « +1 » à l’école supérieure d’arts du Havre

mars 16th, 2009 Posted in Cimaises | No Comments »

Quelques photos du vernissage…
Comme on le voit, l’accrochage est suffisamment minimaliste (huit pièces d’assez petit format à l’exception d’une projection) pour qu’on ne voie aucune œuvre sur ce cliché :

L’exposition « +1 » a commencé à la fin du colloque « Esthétiques spéculatives 2 » organisé par Stéphane Trois Carrés où intervenaient plusieurs membres de l’association Les Algoristes : l’historienne de l’art Élise Aspord (auteur d’une thèse sur L’ Art évolutif et comportemental) ; Pierre Berger, qui est entre autres vice-président d’ACM/Siggraph FranceXavier Gouchet, ingénieur et chargé de cours en Arts et technologie de l’image ; Benjamin Raynal et Adrien Hérubel, de l’Institut d’électronique et d’informatique Gaspard-Monge (Marne la Vallée).
J’ai clos le colloque en parlant de mes douze années de collaboration avec Claude Closky, ce qui faisait un peu le lien entre cette journée consacrée aux outils de création numérique (et dont le public était composé de nombreux profs d’arts plastiques du secondaire) et le vernissage de l’exposition.

J’en profite pour remercier tous ceux qui m’ont aidé d’une manière ou d’une autre pour le montage et la préparation de cette exposition, à commencer par Claude Closky bien sûr, mais aussi Thierry Heynen, Daniel Boisselier, Thibaut Sallard, Michel Bréant, Charly, Corinne Peuchet, Danielle Gutmann, Juliette Guernet, Solène l’Hostis et Laeticia Leleu.

OpenProcessing

mars 15th, 2009 Posted in Brève, Link-dropping, Processing | 5 Comments »

Le site OpenProcessing.org, dont la dernière version a été lancée le mois dernier, est un dépôt de créations réalisées avec Processing. Inspiré du modèle FlickR, il permet de partager ses travaux selon des licences libres. Chaque création est accompagnée de son code source.

Site « communautaire », OpenProcessing permet par ailleurs à ses utilisateurs de commenter les diverses créations déposées. Le commentaire, qui est parfois quelque chose d’inutile dans le cas des dépôts de vidéo ou d’images (Youtube, FlickR, DeviantArt, etc.), a ici tout son intérêt puisqu’il peut servir à suggérer des améliorations ou des variantes du code.

Livre électronique

mars 15th, 2009 Posted in Mémoire, publication électronique | 17 Comments »

À l’occasion de l’ouverture du salon du livre, les journaux télévisés s’agitent beaucoup autour du concept de « livre électronique ». On place un micro sous le nez des bibliophiles pour  qu’ils disent si à leur avis le livre-papier est une idée dépassée et s’il sera remplacé dans un futur proche par le support numérique1. Les interviewés répondent bien entendu non aux deux questions, souvent sur un mode sentimental : le toucher du papier, l’odeur de l’encre, rien ne remplace ça disent-ils. Ensuite on demande à un professionnel du livre s’il pense que le livre numérique rencontrera des problèmes de piratage, comme c’est le cas du disque et du film, à quoi le professionnel répond que non pas du tout, puisque toutes les mesures ont été prises pour l’empêcher. Pour finir, le reporter conclut le sujet en s’étonnant de la vigueur du marché du livre dont le chiffre d’affaire ne baisse pas malgré l’engouement suscité par les e-books, engouement qui n’est pour le moment une évidence que pour lui, mais passons.  Je suis toujours sidéré de la capacité des journaux télévisés à meubler des sujets sans grand intérêt par des micro-trottoirs où les «acteurs» d’un domaine sont transformés en mauvais acteurs de réclames. Et il s’agit bien de réclame car, manifestement, on a décidé de nous vendre le livre électronique cette année.

J’ai pour ma part une impression de déjà-vu, et ce n’est pas qu’une impression puisque les premiers e-books commercialisés datent d’il y a plus de dix ans. Le e-book est un serpent de mer technologique qui n’a toujours pas trouvé son public à ce jour. Et par charité je ne rappelle pas la période où le cd-rom allait (on nous le jurait) remplacer le livre. Est-ce que cette fois sera la bonne ? Considérant le prix des engins et le prix des fichiers à lire (10 euros pour un best-seller immatériel), j’en doute un peu, mais je peux me tromper.

La technologie a cependant énormément évolué. On utilise aujourd’hui de l’encre électronique (ou du papier électronique, c’est la même chose), qui se distingue des écrans à cristaux liquides par son aspect — la page n’est pas éclairée par en dessous, mais par la source de lumière dont on dispose, comme le papier normal — et par sa faible consommation — le papier électronique n’a besoin de courant électrique qu’au moment du changement de page.

Il y a dix ans, quand on demandait aux gens qui en avaient vu (ou pas, d’ailleurs) ce qu’ils pensaient des lecteurs d’e-books à cristaux liquides, ils disaient que la lecture était pénible, désagréable à l’oeil, trop lumineuse… Mais en dix ans il s’en est passé des choses, et notamment le fait que nous sommes tous amenés à lire des pages et des pages de texte sur nos ordinateurs portables, sur nos écrans LCD d’ordinateur de bureau ou sur des téléphones. La lecture sur ordinateur est entrée dans les mœurs même si elle concerne généralement des textes courts (quelqu’un a-t-il déjà lu un roman entier sur ordinateur ?), non pour une question d’écran d’ailleurs mais souvent pour une question d’ergonomie.
La baisse du prix et l’augmentation de l’étendue des mémoires informatiques modifie en tout cas complètement ce genre d’objet, qui peut à présent embarquer des milliers d’ouvrages et bientôt des bibliothèques entières. Deux cent ou cinq cent mille pages dans un objet qui pèse moins de 300 grammes, voilà qui semble intéressant. L’universitaire qui compte passer l’été à travailler peut enfin répondre à la question « quel livre emmèneriez-vous sur une île déserte ? »

Sur son blog, Christophe Druaux expose les principaux défauts du livre numérique à commencer par le fait que la «liseuse» constitue un équipement supplémentaire qui peut faire doublon avec plusieurs ustensiles capables d’afficher du texte (ordinateur, ultraportable, pda…). Nous verrons bien.
J’ai assisté par hasard à une conversation sur le sujet à laquelle participait un célèbre auteur de bande dessinée. Il n’a pas parlé de l’odeur du papier ou du noir de l’encre, mais il a rappelé un fait tout bête qui est que le livre, le bon vieux livre, est bien un des seuls moyens de stockage des œuvres de l’esprit qui fonctionne sans piles, sans dispositif de lecture. Contrairement au disque, au cd-rom, au site web, au dvd, et bien entendu à l’ebook.
Inversement, les fichiers numériques, bien qu’ils soient théoriquement duplicables à l’infini et sans perte, connaissent une obsolescence rapide. J’ai personnellement une belle collection de cd-roms qui ne fonctionnent plus (support endommagé, inadaptation aux systèmes actuels) et il n’y a pas de raison que l’e-book s’en tire mieux. Supposons par exemple que dans trois ans Amazon décide de laisser tomber sa liseuse Kindle 2, ou qu’une faille du format vis à vis du piratage oblige ses créateurs à le modifier, eh bien ceux qui auront acquis des romans au format propriétaire du Kindle 2 perdront rapidement tout. Or la chose (l’abandon d’un format par ses promoteurs) n’est pas une chose possible, c’est une chose absolument certaine. Tout ce qui peut sauver les e-books de ce problème, ce serait qu’un format protégé de fichier s’impose (certains lecteurs lisent le pdf et le rtf il est vrai, mais ce ne sont pas des formats qui permettent d’éviter le piratage)

Ce qui m’amène aux sympathiques oeuvres du jeune artiste Cody Trepte (né en 1983) qui porte le numérique sur support papier, au contraire de la tendance qui consiste à tout virtualiser.
Avec One Year of archived e-mail, l’artiste stocke une année entière de courrier sur cartes perforées.

Avec son Photo Album, il transforme chaque photographie en un livre rempli de zéros et de uns. La couverture de chaque cahier est une description de l’image.

  1. Les médias d’information parlent sans cesse du « passage du livre au numérique ». Ils semblent oublier que la vraie « révolution numérique » dans le monde du livre a déjà eu lieu, c’est l’arrivée de logiciels de traitement de texte, de composition typographique et de mise en page. Quand à la littérature sur support électronique, elle existe depuis 1971 au moins avec le projet Gutenberg  []

Science-Fiction et vocations scientifiques

mars 9th, 2009 Posted in Au cinéma, Brève, Sciences | 4 Comments »

Intéressant, je découvre qu’un documentaire proche de mes préoccupations sort aux États-Unis : Monsters from the id (Monstres du «.ça.»), de Dave Gargani, un réalisateur de films publicitaires. Le point de départ de l’auteur, tel qu’il le raconte, était de réaliser une étude sur les films de science-fiction de série B des années 1950. Au fil des visionnages, sa manière de voir ces films a complètement changé. Au delà de la lecture que les historiens ont généralement de ce cinéma fait de cerveaux rampants et de tarentules géantes qu’on prend traditionnellement pour l’expression d’une peur du communisme et de la bombe atomique, il a perçu un positivisme scientiste et un grand enthousiasme envers la notion de progrès scientifique. Il raconte aussi que le savant fou (irresponsable et dangereux) a été concurrencé sinon remplacé par le savant « moderne » (responsable et soucieux du bien de l’humanité).
Cette observation précise me semble discutable, je vois pour ma part de nombreux savants modernes dans les fictions du XIXe siècle et, surtout, de la première moitié du XXe siècle, notamment chez Edgar Rice Burroughs, chez H.G. Wells avec The Time Machine bien sûr, mais aussi avec le superbe film Things to come (scénarisé par Wells juste avant la seconde guerre mondiale), où un monde détruit par la bêtise humaine est rebâti par une république de savants élégants… (on en reparlera)
On trouve aussi un personnage marquant de savant positif dans le Flash Gordon d’Alex Raymond, le docteur Zarkov. Il est vrai qu’avant-guerre les savants positifs sont souvent des explorateurs (anthropologues, archéologues…).

Dave Gargani remarque que celui qu’il nomme le « savant moderne » est brillant, charmant, et même bel homme. Si ce personnage du savant moderne existait déjà, il est possible effectivement qu’il ait été particulièrement présent dans les années 1950.
La thèse du documentaire est que cet enthousiasme pour la science qui anime le cinéma de science-fiction d’après-guerre a provoqué de véritables vocations scientifiques. La science-fiction ne servirait donc pas à prévoir un futur mais à le construire.
Le documentaire donne entre autres la parole à Homer Hickam, un ingénieur de la Nasa autodidacte, et à Leroy Dubeck, qui utilise la science fiction comme support pédagogique à l’université.

Le film traite aussi du présent, c’est à dire de l’actuel effondrement des vocations scientifiques aux États-Unis, pays qui se trouve (je cite la bande annonce mais je n’ai pas trouvé de détails sur ce chiffre) au 25e rang mondial en nombre de diplômés à l’université dans le domaine scientifique.  La baisse de l’importance du personnage du savant moderne dans le cinéma de science-fiction y est peut-être pour quelque chose, mais on peut imaginer que l’indulgence dont jouissent les thèses inspirées par la religion (créationnisme, dessein intelligent, géocentrisme) cause aussi beaucoup de tort à l’enseignement supérieur américain.
On pourrait comparer cette situation à celle du Japon, pays où les sciences et les technologies ont une importance énorme, qui est extrèmement avancé dans le domaine, par exemple, de la robotique, et qui est sans doute aussi le pays qui produit le plus d’œuvres de science-fiction à présent, notamment par le biais du dessin animé et de la bande dessinée.

Il y a certainement d’autres raisons, notamment le manque de considération actuel (car je crois que c’est un travers spécifique à notre époque) pour ce qui n’est pas utilitaire.

Dans un de ses premiers romans (refusé par l’éditeur et édité pour la première fois il y a quinze ans seulement), Paris au XXe siècle, Jules Verne imaginait que les sciences et les techniques deviendraient l’unique passion de la population des années 1960. Le héros du livre, Michel Dufrénoy, y est la risée de tout le pays et une source d’embarras pour sa famille car il a obtenu un premier prix en versification latine. La littérature est méprisée, les poésies ont des titres tels que Le parallélogramme poétique et l’on ne peut espérer percer dans la musique qu’avec des morceaux inharmonieux aux titres tels que Grande Fantaisie sur la liquéfaction de l’acide carbonique.
Cette opposition science/lettres ou science/arts, si clairement exprimée dans le roman de Jules Verne, est un vieux poncif.
Je pense qu’il s’agit d’un lieu-commun erronné : la science n’est pas plus à la mode à présent que ne l’est la littérature. C’est à mon avis, ce qui ne rapporte pas directement d’argent qui est méprisé. Donc l’art lorsque l’on ne peut pas parler de records chez Sotheby’s, la littérature lorsque l’on ne parle pas de best-sellers ou la science lorsque l’on ne parle pas de brevets rémunérateurs.

Un an

mars 8th, 2009 Posted in Brève, Le dernier des blogs ?, Personnel | 24 Comments »

C’est avec une fierté mal contenue que je célèbre l’anniversaire, à la minute près, de la première année d’existence de ce blog. Comme on me l’a fait remarquer plus d’une fois — et à dire vrai j’avais prévu la chose —, « le dernier blog » n’aura pas vraiment été le dernier blog, il y en a eu d’autres depuis et il y en aura sans aucun doute d’autres dans l’avenir.
Ce n’est peut-être même pas mon propre dernier blog. J’ai néanmoins préféré ne pas changer de titre afin d’éviter d’égarer mes plus fidèles lecteurs et de ne pas m’enfermer dans des calculs mesquins (est-ce l’avant avant avant avant avant dernier blog, ou pour l’avant avant avant avant avant avant avant avant dernier ?).

Au passage, je salue quelques naissances : Webdrama archiv (le blog très attendu de Jean-Michel Géridan), Amazonie-Bay (mon frère Jérôme, j’ai déjà signalé ce blog il y a quelques semaines), Une grosse montre avant cinquante ans (un angoissant portrait en creux de la société de consommation) et, un peu plus vieux mais je ne l’ai pas mentionné ici je pense, Site views de Claude Closky ; Qui n’est pas un véritable blog d’ailleurs, mais il y ressemble.

À présent, quel bilan faire de cette année passée ? Tout d’abord je constate que la pratique du blog est extrêmement plaisante (ayant vécu l’époque héroïque de la home-page, que l’on codait à la main, j’ai longtemps eu une pointe de mépris pour la pratique du blog), c’est un moyen efficace pour stocker et retrouver ensuite des éléments de réflexion personnels et des bribes de choses apprises. Il n’est pas rare que je retourne à mon propre blog pour me rappeler le nom de tel artiste ou le scénario précis de tel film. Je m’en sers aussi comme outil de structuration de mes idées, c’est à dire que ce que j’ai produit ici peut servir de ferment à des textes plus structurés, notamment pour ma thèse à venir. Enfin, le blog constitue aussi un excellent moyen pour nouer ou renouer (anciens étudiants,…) des contacts.

Il y a aussi des aspects négatifs. L’espèce de besoin compulsif de publier des articles (pourquoi faut-il que j’aie publié mon article sur Terminator tel jour alors que tout le monde m’attend sur des projets rémunérateurs et sérieux ?). Encore plus navrant, le besoin d’aller consulter ses statistiques…
Parfois aussi on s’écoute parler, on oublie d’être lisible ou intéressant.
Par exemple, maintenant. Bon, j’éteins, je souffle, pffft. Un chouette anniversaire ma foi.

Les professionnels et les amateurs

mars 8th, 2009 Posted in Lecture, Les pros | 6 Comments »

Un petit article paru sur LeMonde.fr puis dans l’édition papier du journal Le Monde agite la « blogosphère » depuis deux jours. Intitulé Les blogs: info ou influence? et signé par Xavier Ternisien, il entend traiter d’un phénomène qui angoisse plus d’un titulaire de carte de presse : l’influence grandissante des blogueurs.
Sous couvert d’impartialité et par le biais de citations choisies, l’article affirme haut et fort que les blogueurs sont des journalistes en pyjama irresponsables, incapables de traiter de leur sujet de manière objective, qui ôtent le pain de la bouche de ceux qui exercent avec sérieux la profession de journaliste patenté.
Pourtant ce genre de journaliste-pas-sérieux existe aussi dans les médias établis, on appelle ça un éditorialiste, c’est à dire quelqu’un qui commente l’actualité par des opinions subjectives. Il ne vérifie rien, il ne donne pas des coups de fils pour recouper les informations et il ne fait preuve ni de distance ni d’objectivité. La presse a toujours connu ces deux formes de journalisme. Sous la Révolution française par exemple, certains journaux (quotidiens souvent) rapportaient le plus fidèlement possible les débats à l’Assemblée ou les nouvelles des champs de bataille, tandis que d’autres, à parution hebdomadaires, faisaient le commentaire politique de l’actualité. On lisait les premiers pour savoir ce qu’il se passait, et les seconds, pour conforter ses propres positions : le Vieux Cordelier de Camille Desmoulins si on est un « indulgent », Les Actes des apôtres de Rivarol si l’on est monarchiste, Le père Duchesne de Jacques-René Hébert si on est un « exagéré », etc. 
Ce n’est pas par hasard que je parle de la Révolution française puisque, dans l’histoire de ce pays en tout cas, cette période a été celle d’un bouleversement total de la pratique de la diffusion des idées. La liberté d’expression est devenue, pour quelques années, un droit1 et les corporations ont été supprimées, ce qui a permis à qui le souhaitait de s’établir imprimeur et d’éditer et de diffuser ce qu’il voulait. Pendant la période révolutionnaire, il s’est créé cinq fois plus de journaux qu’au cours des deux siècles précédents. Et pourtant, les moyens techniques qui ont permis une large diffusion et un abaissement de l’imprimé (presse à vapeur, grandes rotatives et lithographie notamment) n’avaient pas encore été inventés. Il faut dire que ces moyens baissent le prix unitaire des journaux mais impliquent des investissements importants. Ils sont à la base de la grande presse capitaliste.

Je ne pense pas que le modèle économique de la presse révolutionnaire ait été très sûr, il n’était en tout cas pas unifié. Il y avait des journaux sur souscription ou sur abonnement, payés à la pièce, tous plutôt chers, mais aussi des journaux affichés sur les murs et consultables gratuitement.
Sous le Directoire puis sous l’Empire, les libertés éditoriales et financières de la presse ont progressivement disparu, notamment à coup de frais fixes (taxes spéciales et obligation de rémunérer un « censeur ») et de tracasseries policières. C’est à ce moment que la presse est devenue « professionnelle », et chaque période de suppression de la liberté d’expression qui a suivi s’est accompagnée d’une réglementation du métier de journaliste. Aujourd’hui, la quasi-totalité de la presse professionnelle est dépendante de la publicité. Ce modèle est assez pernicieux, car en pratique il ne permet pas aux journalistes de faire une critique véritable de la société de consommation, d’autant que quelques dispositifs légaux tels que la loi sur la contrefaçon de marques, l’interdiction du pastiche lorsqu’il sert des fins de dénigrement commercial, l’interdiction de l’appel au boycott ciblé2 et la loi sur la diffamation permettent de museler les récalcitrants trop bruyants. On a le droit de dire du mal de n’importe quel parti politique mais, dans la pratique, il est bien plus risqué de s’en prendre à l’Oréal ou à Orange dont le pouvoir est pourtant immense. Parmi les premiers sites à avoir été attaqués devant la justice en France, on en trouve un qui avait eu le tort de détourner le logo de la marque Danone et un autre qui s’en prenait à la RATP. La justice prend souvent le parti de la liberté de l’information, mais au terme de procès longs et coûteux.

Revenons-en aux peurs des journalistes. L’article de Xavier Ternisien est juste médiocre (on ne peut pas être en grande forme tous les jours), il veut nous faire prendre une mauvaise collection de préjugés pour une enquête, ce qui revient d’ailleurs à se rendre coupable du crime de manque de conscience professionnelle dont il accuse les blogueurs.
La déontologie et la méthode ne sont bien sûr qu’un prétexte (sincère) improvisé pour ne pas parler du vrai problème, qui n’est pas le professionalisme, mais bien la profession. Le problème est économique. Journaliste est un métier de passion, bien sûr (en tout cas si j’observe mon grand-père, âgé de nonante-deux ans, et qui aurait pu cesser son activité il y a vingt-cinq ans mais qui persiste à publier un article chaque jour dans Le Parisien : on ne voit pas ça dans toutes les professions), mais c’est aussi un métier tout court et non un passe-temps.
Et voilà que débarquent les blogueurs, qui jouent à l’éditorialiste, au critique, à l’essayiste, sans être pour autant tenus par un employeur ou une fiche de paie. Cela se passe dans une certaine confusion puisque parmi les blogueurs, on peut trouver pèle-mèle des enfants, des adolescents et des adultes, de quasi-analphabètes ou de grands écrivains, des philosophes du dimanche ou des professeurs d’université, des responsables politiques nationaux ou de simples citoyens et même, assez souvent, des journalistes.
Le public suit et l’influence des médias traditionnels (y compris la télévision) chute. Les constructeurs informatiques ou les éditeurs s’aperçoivent qu’il est parfois plus rentable d’envoyer du matériel ou des biens culturels à chroniquer à des blogueurs qu’à des critiques professionnels. D’autant qu’un journaliste ne peut pas (ou en tout cas pas au premier degré) parler d’un gadget high-tech en écrivant « Trop morteeeel ». Or un blogueur même (et peut-être surtout) complètement trépané qui écrit, par peur qu’on cesse de lui envoyer des cadeaux, que le dernier téléphone qu’il a reçu est « Trop morteeeel » est sans doute un meilleur investissement pour le fabricant dudit téléphone que le journaliste consciencieux qui testera toutes les fonctionnalités de l’appareil et le comparera aux modèles concurrents. Il faut dire que ce genre de journaliste consciencieux n’est pas forcément si courant.
Dans le domaine de la bande dessinée, par exemple, on pourrait réécrire le dossier de presse ou la prière d’insérer fournis avec un album rien qu’en lisant trois ou quatre critiques parues dans la presse. On ne compte pas non plus les films que la presse nous vend avant même que les copies soient distribuées.
Vous me voyez venir. La presse paie aujourd’hui pour partie ses propres manquements professionnels car le public n’est pas dupe de ses errances. Errances qui datent, d’ailleurs : la pièce The Staple of News, de Ben Jonson, qui constitue une satire du journaliste sans scrupules, date de 1626 !3


Les blogueurs, de leur côté, offrent à leurs lecteurs et à l’industrie un éventail très étendu de pratiques. Il y a ceux qui ne font que répercuter les idées les plus convenues ; ceux qui s’avèrent benoîtement (et légalement) corruptibles ; et enfin ceux, les plus rares à mon avis (mais pas les moins suivis), qui profitent véritablement de leur liberté éditoriale pour traiter de sujets originaux, ou pour employer une approche originale.

Les choses se compliquent si l’on veut bien considérer que l’immense majorité des blogueurs constitue une armée de travailleurs bénévoles qui donnent leur temps, parfois leur talent, aux sociétés qui hébergent les blogs et qui profitent financièrement de ce contenu en l’utilisant comme produit d’appel pour une diffusion de publicités. Le site le plus visité de France, par exemple, est la plate-forme de blog de la radio Skyrock. Des adolescents (principalement) y publient leurs opinions (généralement assez stéréotypées) et parlent de leurs goûts vestimentaires ou musicaux. Sauf exception, leurs propos n’ont pas d’intérêt particulier, mais ils se lisent les uns les autres, constituent des sous-réseaux (les fans de Britney Spears,…) et engendrent au final un trafic très important. Sur chacune de ces pages, l’hébergeur de leurs blogs diffuse cinq ou six publicités ciblées. La liberté éditoriale de ces blogueurs est conditionnelle car sur chaque page, l’hébergeur propose aux lecteurs de signaler tout contenu douteux. 

Tout ça est en fait assez grave à mon avis mais il ne faut le reprocher ni au  « blogueur influent » ni au journaliste, mais à leurs lecteurs dont le niveau d’exigence est devenu assez faible. Bien entendu, ce niveau d’exigence est le produit d’une éducation et la presse écrite, mais aussi et surtout la télévision, y ont une grande part.
Le manque de pluralité véritable de l’information, qui découle paradoxalement de la concurrence entre les médias (aucun ne se hasarde à parler d’une guerre africaine dont les autres n’ont pas entendu parler, quand bien même la France y serait engagée) est une des raisons qui fait que le lecteur n’hésite pas à lire la presse gratuite plutôt que celle qui est payante.
Si les journaux veulent retrouver ce qui a justifié leur essor au XIXe et au XXe siècle, il faut qu’ils réapprennent l’originalité. Et les blogueurs, de leur côté, devraient user au maximum de leur liberté de parole (ce qui passe à mon avis forcément par l’hébergement indépendant) et cesser de ne faire que réagir au « buzz » du jour comme je viens d’ailleurs précisément de le faire avec cet article.

  1. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui a valeur constitutionnelle dans le droit français, spécifie : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi []
  2.  art. 225-2 du Code Pénal []
  3. Jean-noël Jeanneney : Une Histoire des médias, Le Seuil, 1996 []

Exposition +1, par Claude Closky

mars 7th, 2009 Posted in Cimaises, Dans la boite-aux-lettres, Interactivité | No Comments »

Du 12 mars au 15 avril 2009, la galerie de l’École Supérieure d’arts du Havre, accueillera à mon invitation une expositon de Claude Closky intitulée +1 qui sera consacrée aux compteurs réalisés par l’artiste sur différents supports : dessin, collage, objet, DVD, site web, installation multimédia interactive ou non.  

Le vernissage cloturera le colloque Esthétiques Spéculatives, qui aura lieu le jeudi 12 mars à l’école de 10 heures à 18 heures et où interviendront plusieurs membres de l’association les Algoristes invités par Stéphane Trois Carrés : Élise Aspord, Xavier Gouchet, Pierre Berger, Arnaud Palin de Sainte Agathe et Benjamin Raynal. Ils présenteront les outils de création numérique qu’ils développent (Alkwarel, Roxame) ainsi que d’autres outils « libres ». Jean-François Driand, directeur du Volcan, interviendra quand à lui pour présenter le Volcan numérique, et pour ma part, je compte occuper la dernière demi-heure de la journée à parler de mes douze ans de collaboration avec Claude Closky.