Profitez-en, après celui là c'est fini

STRP / Granular Synthesis

avril 15th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 2 Comments »

J’ai toujours bien supporté les oeuvres d’art qu’on pourrait qualifier de « difficiles ». Les œuvres qui éprouvent la patience du spectateur, celles qui n’hésitent pas à le prendre à rebrousse-poil, à le brusquer, à le décevoir en ne tenant aucune promesse énoncée ou en refusant le joli, le charmant, le sympathique, la connivence… Parce que je sais qu’en n’allant que vers ce qui correspond à nos automatismes de spectateur, on ne peut finalement obtenir que ce que l’on connaît déjà — punition qui correspond bien à la définition de l’enfer.

Mais il y a un genre d’œuvres qui me fait invariablement fuir, ce sont les œuvres qui me font souffrir physiquement. Avec Granular Synthesis, j’ai été servi, et je dois même avouer que j’ai finalement renoncé au visionnage d’un certain nombre de travaux.

Granular Synthesis est un duo d’artistes multimédia d’origine autrichienne composé de Kurt Hentschläger et Ulf Langheinrich. Ils travaillent ensemble depuis le tout début des années 1990 et le festival STRP d’Eindhoven leur rendait hommage cette année sur deux sites distincts : le festival STRP lui-même, et l’espace MU, dans l’immeuble De Witte dame en centre-ville.
Leurs travaux visuels et sonores sont  basés, comme leur nom le suggère, sur la technique de la synthèse granulaire, qui consiste à découper des données (sonores, typiquement, mais on peut aussi manipuler l’image selon ce procédé) en un grand nombre de petites unités qui sont ensuite recombinées et dupliquées puis jouées successivement.

La première visite que nous avons effectuée était celle de l’exposition The single screen works, au MU. Premier hic, il ne s’agissait que de vidéos linéaires préenregistrées alors que Granular Synthesis est plutôt connu comme un duo d’artistes performers qui exécutent des œuvres en direct pour un public.
Mauvais départ en ce qui me concerne. La première vidéo que j’ai vu en entier, LUX, agresse d’entrée le spectateur par des éclairs espacés ou stroboscopiques excessivement pénibles. Personnellement j’ai toujours détesté les stroboscopes de boites de nuit, et c’est sans doute en partie ce qui m’a toujours fait éviter ce genre de lieu. J’ai donc visionné LUX, si l’on peut dire, en fermant les yeux le plus clair du temps.

Dans Sweet Heart, une courte séquence vidéo est étirée dans le temps, réarrangée, retournée dans tous les sens. Ce n’est pas laid en soi, c’est même sans doute l’œuvre la moins déplaisante à voir (parce qu’on se raccroche à la figure humaine peut-être), mais ça dure un quart d’heure. Certaines œuvres, en étirant le temps, plongent le spectateur dans un état particulier ou modifient véritablement sa perception (les vidéos de Bill Viola fonctionnent bien sur moi par exemple). Mais là, j’aurais passé ce quart d’heure à regarder ma montre s’il y avait eu suffisamment de lumière pour ça et si j’avais eu une montre.

We Want god now est aussi une œuvre figurative puisqu’elle montre le corps en mouvement du danseur Michael Ashcroft. Seules dix secondes des mouvements du danseur ont été utilisés sur une dizaine de minutes filmées, pour aboutir à une vidéo qui dure au final une heure (mais la version que j’ai vu était ramenée à une quinzaine de minutes je pense, ou alors j’ai dormi plus que je ne croyais, comme la malheureuse Estelle qui en piquant du nez a laissé choir son appareil photo, qui n’y a pas survécu). Ici il se passe un petit quelque chose, le corps étêté du danseur passe d’un côté à l’autre et donne le sentiment de vouloir désespérément repousser des limites, de chercher à sortir de l’écran de projection, devenu une prison exigüe et oppressante. Je comprends très bien l’idée, mais je ne trouve pas pertinent de l’exposer ainsi. Une boucle dont le spectateur ne connait ni le départ ni l’arrivée et qui tournerait de manière infinie me semblerait plus adaptée que ce quart d’heure d’ennui.

Pas grand chose à raconter sur le reste, si ce n’est que ces images et les sons qui les accompagnent me rappellent furieusement l’époque qui les a produites, à savoir le milieu des années 1990 — les années techno. Ce sont des années très riches à mon avis, mais le boulot de Granular Synthesis n’est pas franchement ce que j’en retiendrai d’urgence. En fait je trouve tout ça un peu facile, un peu gratuit, un peu léger et au fond un peu tape-à-l’œil.

Les dispositifs peuvent cependant être impressionnants par leur format : être complètement entouré d’un bruit gaussien ou de quelque chose qui s’en rapproche, peut faire perdre ses repères spaciaux, comme avec POL — une gigantesque installation multi-écrans — et hemisphere (de Ulf Langheinrich seul), un écran hémisphérique sous lequel le public se tient allongé. Ces deux installations, ainsi qu’une troisième intitulée Modell 5, mais inactive au moment où je suis passé (car destinée à des performances « live » je pense) se trouvaient sur le site de STRP.

À l’extérieur du festival se trouve une tente dont s’échappaient des fumigènes. Il s’agit d’une dernière œuvre signée Kurt Hentschläger (l’autre moitié de Granular Synthesis) et baptisée ZEE. À l’entrée, on est averti qu’il faut être majeur pour y entrer et on doit signer une décharge déclarant que l’on n’est pas épileptique et qu’aucun membre de notre famille ne souffre d’épilepsie à notre connaissance.
La rumeur prétend que cet « espace mental » (?) immersif soit de loin la meilleure œuvre liée à Granular Synthesis montrée au festival STRP. Pour ma part, il était trop tard pour le vérifier, je n’avais pas vraiment envie de finir ma visite du festival, que j’ai trouvé fort intéressant par ailleurs, sur une migraine. Et puis par principe, je ne signe pas de décharges de ce genre.

Je sais que des gens de goût aiment le travail de Granular Synthesis, et il y a sans doute bien des raisons de le faire, mais je constate que je ne suis pas le bon client et je doute que ça s’arrange.

Robot perdu (interlude)

avril 14th, 2009 Posted in Non classé | 3 Comments »

J’interromps momentanément ma série d’articles sur le voyage des étudiants de l’Esah du Havre à Karlsruhe et Eindhoven pour parler du projet Tweenbots, par Kacie Kinzer, dont je viens juste d’entendre parler (merci Wood) et que je trouve très intéressant.

Les Tweenbots, ainsi que les nomme l’artiste, sont des robots rudimentaires qui ne savent rien faire d’autre que d’avancer en ligne droite. Ils portent un petit fanion sur lequel est écrit « Help me » (aidez-moi) ainsi que le nom de l’endroit où le robot affirme vouloir se rendre.

L’artiste explique que, considérant leur fragilité et sachant les dangers de la ville, ses robots ont été conçus pour être « jetables ». Les tweenbots n’embarquent aucun dispositif permettant de suivre leur périple, Kacie Kinzer les a donc suivi elle-même, à bonne distance, avec une caméra dissimulée dans un sac.

Or à sa grande surprise, cela a fonctionné, c’est à dire que ces petits robots en carton au grand sourire ont été assistés avec bienveillance par des passants qui n’auraient peut-être pas répondu à un randonneur qui leur demanderait son chemin.

Pour sa première mission, par exemple, le petit Tweenbot a pu atteindre le sud-ouest de Washington square en étant parti du point opposé, en quarante-deux minutes et en bénéficiant de l’aide de vingt-neuf personnes. 

Ce genre d’expérience pourrait être poussée plus loin dans une optique épistémologique, en comparant par exemple le résultat qui serait obtenu si le robot était d’une autre taille, ou s’il avait une autre expression, etc. De manière instinctive, il me semble que ceci démontre que les gens n’ont pas peur des machines (dont la maladresse les rassure), ou en tout cas des machines qui sourient (et qui ne parlent pas ?).

Le robot perdu est un thème souvent rencontré dans le cinéma de science-fiction, il faudra que je pense à faire des recherches là-dessus.

Kacie Kinzer est étudiante à l’Interactive Telecommunications Program (ITP) de la Tisch school of the arts de l’Université de New York.

Au pays de Philips

avril 13th, 2009 Posted in Non classé | No Comments »

Après le ZKM à Karlsruhe, la seconde étape de notre voyage a été la ville d’Eindhoven où se déroulait le festival STRP. Eindhoven est une ville industrielle du sud des Pays-Bas dont la croissance est associée au succès de la société Philips, fabricant d’ampoules devenu un acteur majeur de l’industrie électronique et à qui l’on doit les brevets de nombreux supports de stockage : la cassette compacte, le cd-rom, le blu-ray disc et le laserdisc, pour ne parler que de ceux qui se sont véritablement imposés.

À Eindhoven, Philips est partout : usines et bâtiments administratifs (parfois réformés, comme De Witte Damme, qui abrite à présent une école de design, un espace d’exposition, un espace dédié au congrès, etc.). Le « P » de la célèbre équipe de football PSV Eindhoven signifie Philips (Philips Sport Vereniging). C’est dire.

La ville actuelle, née de la fusion de quelques villages (dont un se nommait Eindhoven), manque singulièrement de charme, mais ses usines ou ses anciennes usines sont extrèmement impressionnantes. Ce qui force le respect, c’est non seulement leur taille mais aussi leur austérité — et le fait de savoir que la plupart de ces bâtiments sont actuellement complètement vides. C’est dans un bâtiment du quartier de Strijp qu’a lieu le festival STRP, c’est d’ailleurs l’origine du nom.

En cherchant bien, au bout de deux jours en fait, nous avons trouvé un quartier un peu vivant, avec des restaurants gastronomiques (et un peu chers). Dans l’un d’entre eux, nous sommes tombés sur cette carte postale :

Elle a été beaucoup diffusée sur Internet mais elle reste assez amusante.
Au dos, on apprend que l’éditeur est www.boomerang.nl.

Sur la place de l’église, se trouvait les camions de dropstuff.nl, un projet artistique ambulant qui promène de ville en ville un écran géant ou sont affichés des réalisations d’artistes tels que Han Hoogerbrugge.

Sur un des camions, cette question : Is dit kunst ? — Est-ce de l’art ?

ZKM / World of games

avril 13th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 2 Comments »

World of games: reloaded, qui se trouve au dernier étage de l’espace d’exposition du ZKM, est la troisième et dernière exposition que nous aurons visité à Karlsruhe1. Le sujet de cette exposition permanente est évidemment le jeu vidéo.

À l’entrée se trouve une généreuse vitrine d’ordinateurs et de consoles antiques entassées sans grand effort esthétique ni même scientifique.

L’exposition, la vraie, ce sont surtout des dizaines de bornes sur lesquelles on peut jouer à divers jeux anciens ou récents installés sur les consoles de l’époque : Atari, Texas Instruments, etc.
Super Mario sur Nintendo 16, le tennis, Need for speed,…

Le fait de pouvoir expérimenter des jeux sur les machines qui les ont vu naître est assez intéressant, même si le contexte est faussé par les besoins spécifiques d’un musée : impossible de disposer une vieille console Atari sous un téléviseur de 1979 dans un coin de salon d’époque, il faut protéger les objets et tout est donc solidement fixé et même blindé.

Cette exposition, qui existe depuis cinq ans, mériterait à mon avis d’être un peu repensée.

  1. Par manque de temps, nous avons malheureusement été contraints d’abandonner l’idée de visiter Medium Religion, une exposition très prometteuse sur le thème de la religion avec entre autres Wim Delvoye et Adel Abessemed mais aussi et surtout de nombreux artistes que je ne connais pas du tout et dont les travaux sur le sujet m’ont l’air de grande qualité. []

ZKM / Notation

avril 13th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | 2 Comments »

L’exposition YOU_ser regorge de choses tout à fait sympathiques mais c’est à l’étage du dessus que se passent les choses sérieuses. L’exposition Notation : Kalkül und Form in den Künsten (Notation – Le calcul et la forme dans l’art), méritait à elle seule plusieurs visites, mais notre planning et les jours de fermeture du ZKM ne le permettaient pas. Cette exposition, conçue par Hubertus von Amelunxen (directeur de l’école européenne supérieure de l’Image à Poitiers/Angoulême), Peter Weibel (qui dirige le ZKM) et l’artiste Dieter Appelt. L’exposition a d’abord été montrée à l’Académie des arts de Berlin et restera au ZKM jusqu’à la fin du mois de juillet 2009.

Le thème de l’exposition, c’est le processus de prise de notes préliminaires ou constitutives de l’oeuvre d’art, dans divers registres : musique, chorégraphie, cinéma, théorie, étude du corps humain,… Les auteurs présentés sont extrèmement divers, et généralement de tout premier plan. L’œuvre la plus ancienne doit être une sculpture du vol d’un oiseau par le physiologiste Étienne-Jules Marey. Je ne connaissais ce travail que sous forme de photographie et il est assez émouvant de tomber dessus « en vrai », un peu par surprise. Il est tout aussi émouvant de découvrir le processus de travail de gens tels que Walter Benjamin, Bertold Brecht (qui prenait des photographies de la scène à intervale régulier pour régler ses mises-en-scène), Joseph Beuys,… Certaines travaux sont plutôt connus, comme ceux de Marcel Proust, Henri Michaux, Antonin Artaud ou ceux de compositeurs tels qu’Edgar Varèse, Pierre Boulez, John Cage, Iannis Xenakis et György Ligeti, mais là encore, quel plaisir de les voir autrement que sous forme de reproduction.

Parmi la centaine d’artistes, je note les noms de Carl André, Constantin Brancusi, Marcel Broodthaers, Gordon Matta Clark, Merce Cunningham, Theo van Doesburg, Joris Ivens, les designers Charles et Ray Eames (je n’ai pas vu ce qui était exposé d’eux à vrai dire), Paul Klee, Fernand Léger, Sol LeWitt, Man Ray, Chris Marker, Anthony McCall, Jonas Mekas, László Moholy-Nagy, Claes Oldenburg, Nam June Paik, Michael Snow et Cy Twombly.

Bel accrochage, cohérent, sobre et chaleureux dont je n’ai malheureusement pas ramené beaucoup de photographies véritablement exploitables.

Le catalogue de l’exposition Notation est malheureusement en allemand. Le site qui est dédié à l’exposition n’est pas exhaustif mais on peut y trouver quelques photographies d’oeuvres et la liste complète des artistes qui y sont exposés : http://www02.zkm.de/notation

ZKM / YOU_ser (3)

avril 13th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | No Comments »

Une autre oeuvre intéressante, toujours liée à l’exposition YOU_ser, mais exposée dans le hall du ZKM et non parmi les autres pièces, Flick_KA (2007), par Matthias Gommel et Peter Weibel.

Le dispositif n’a rien de sophistiqué : une cabine automatique de photographie permet de faire son portrait pour la somme d’un euro. Une fois l’opération réalisée, le sujet de la photographie récupère un tirage du cliché sur papier glacé. Jusqu’ici, rien que de très banal.

On remarque cependant des téléviseurs disposés à côté de la cabine, qui montrent une succession de portraits des personnes photographiées précédemment.
En effet, chaque cliché est stocké et diffusé sur le lieu de l’exposition mais aussi sur un site Internet dédié (www02.zkm.de/flick_ka), où l’on peut d’ailleurs déposer directement ses photographies.

Avec ce dispositif, le public devient lui-même une partie de l’œuvre et le consommateur-roi a la possibilité de voir son portrait montré au musée, privilège qui était jusqu’ici réservé aux souverains et aux notables mais que la photographie a peu à peu démocratisé.

L’idée est simple, efficace et évidente, l’ensemble très bien réalisé, notamment pour ce qui est de l’utilisation d’Internet.

ZKM / YOU_ser (2)

avril 12th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | No Comments »

Suite de l’exposition YOU_ser (dont nous n’avons pu voir, si j’ai bien compris, qu’un second volet) avec des œuvres diverses, comme Bubbles (Wolfgang Münch et Kiyoshi Furukawa), où les spectateurs peuvent interragir avec des bulles virtuelles à l’aide de leur propre silhouette en ombre portée. Le dispositif est simple et efficace et pousse très naturellement le public à interagir et à bouger dans tous les sens, mais cela sent un peu le réchauffé, non seulement parce que l’oeuvre a près de dix ans mais aussi parce que des dizaines de travaux très proches et souvent bien meilleurs ont été réalisés par d’autres artistes depuis.

Dans un autre genre, Phenotypes/Limited Forms (2007) par Armin Linke, invite le visiteur à réaliser une sélection de huit photographies choisies parmi un millier de clichés.  On pose ces images, toutes équipées de puces RFID, sur une table prévue à cet effet et, une fois la sélection classée et titrée, on peut l’imprimer et emporter chez soi le résultat. Les photos sont belles mais le système me semble un peu frustrant : on ne prend pas vraiment le temps de regarder les mille photos et on en imprime rapidement une sélection, mais qu’en reste-t-il ? Ces sélections sont-elles comparées après coup ? Il semble que oui mais ça ne concerne plus le manipulateur de l’œuvre.

Le site du ZKM n’est pas tout à fait à jour et ne contient pas les titres ni le nom des auteurs de toutes les œuvres présentées. Je ne suis donc pas sûr du nom de l’auteur de l’installation qui suit, pour laquelle chaque visiteur était invité à prendre un cube de pâte modelable jaune et à lui donner une forme, pour le récupérer à la fin de la visite.

De la même manière, je suis incapable de donner le nom de l’artiste qui a réalisé cette bibliothèque virtuelle interactive :

Ici, le spectateur se saisit d’un livre avant d’entrer dans la bibliothèque. La présence du livre déclenche alors un assaut d’images et de textes écrits et parlés. Cette nouvelle manière de lire me rappelle furieusement les cristaux d’archive que manipule Superman dans sa forteresse du pôle nord. Les livres et la bibliothèque, tout en néons, ont quelque chose d’assez joli à voir, mais ce qui est projeté à l’intérieur du lieu n’est pas aussi soigné.

ZKM / YOU_ser (1)

avril 12th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | No Comments »

Mercredi, nous avons visité deux expositions du ZKM en compagnie d’une chercheuse venue du Portugal (mais s’exprimant, pour nous, en français). La première exposition, intitulée YOU_ser (jeu de mot entre « you » et « user »), se focalise sur la participation du spectateur dans l’œuvre. On y voit des travaux récents ou au contraire assez anciens, relevant tantôt de l’art conceptuel plutôt traditionnel, tantôt de l’art numérique à la pointe de la technologie.

J’ai été frappé par deux oeuvres.
Tout d’abord, le travail du collectif Telewissen, fondé par Herbert Schuhmacher, qui consiste en un camion régie (un Combi Volkswagen) équipé pour filmer les gens dans la rue et diffuser leur image en même temps sur un téléviseur, à une époque où la vidéo était inconnue du public. Aujourd’hui, c’est l’émerveillement qui se lit sur les visages des spectateurs-sujets qui nous étonne et qui donne la mesure du chemin parcouru.
Il a existé une époque où l’image vidéo n’était pas une chose banale.

La seconde œuvre, MULTINODE_METAGAME (2007), par Catalina Ossa et Enrique Rivera, est un hommage artistique à un projet politique, le Projet Cybersyn lancé sous le gouvernement du président chilien Salvador Allende par le cybernéticien britannique Stafford Beer. Ce système devait permettre des échanges d’information en temps réel entre le pouvoir politique et les lieux de production industrielle afin de coordonner efficacement les actions de chacun. Ce système n’a pas eu le temps d’aboutir réellement mais il s’est tout de même avéré utile lors de la grande grève des camioneurs qui a paralysé le pays en 1972.

Après le 11 septembre 1973, date du décès d’Allende1, Cybersyn a été détruit.

Ce qui frappe dans ce projet, c’est sa double modernité. Il est d’abord marqué par une véritable envie d’organiser rationnellement le fonctionnement d’un pays, non pas à coup de lourdes planifications multi-annuelles ni à coup d’idéologies, mais en utilisant au mieux la communication et la réactivité permises par la révolution télématique.

Si je parle d’une double-modernité, c’est parce que le mobilier pop et les interfaces de Cybersyn sortent tout droit d’un film de science-fiction. On pense à 2001 l’odyssée de l’espace, Star TrekSoleil Vert, UFO, Cosmos 1999 ou encore Rollerball

La visite de l’exposition ne m’a pas permis de comprendre précisément quelle était la part de l’hommage, de la reconstitution ou de la simulation dans cette évocation du projet d’un gouvernement cybernétique et il n’y avait pas de catalogue de l’exposition, mais je compte bien me renseigner au sujet de Cybersyn.

  1. Salvador Allende s’est suicidé après avoir lu à la radio un discours destiné au peuple chilien et alors que le Général Pinochet, fort de l’aide directe de la CIA, était en train de prendre le contrôle du pays pour y installer une dictature sanglante. Salvador Allende avait eu le tort de défier les États-Unis en nationalisant des industries chiliennes et en cherchant à établir une forme de socialisme (d’inspiration plus keynésienne que communiste, semble-t-il) en Amérique du sud []

Le ZKM / rencontre avec Bernd Linterman

avril 11th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | No Comments »

 
Le ZKM (Zentrum für Kunst und Medientechnologie), à Karlsruhe, est un centre d’art et de recherches en arts numériques qui fait référence depuis sa création il y a vingt ans. Le lieu est une ancienne usine d’armement qui contient entre autres une école supérieure, l’Académie de design (où je remarque parmi les enseignants les noms de Hans Belting, Günther Förg, Peter Sloterdijk, Jai-Young Park et Marie-Jo Lafontaine), un musée d’arts médiatiques, une galerie d’art contemporain et une galerie d’art moderne, mais aussi plusieurs instituts de recherche (cinéma, acoustique,…).

Notre visite s’est faite en deux temps. Le premier jour, le musée était fermé, mais nous nous sommes fait expliquer le lieu par Bernd Lintermann, artiste, chercheur, et directeur de l’institut d’art visuel du ZKM. Il nous a présenté une technologie de panoramas à 360 degrés mise au point par le ZKM pour projeter des oeuvres visuelles linéaires ou interactives.

On ne peut pas reprocher à notre hôte d’avoir pêché par excès de chaleur. Je ne sais s’il était là à la suite d’un pari perdu ou d’un chantage quelconque mais sa présentation n’a pas duré plus d’une demi-heure : le minimum syndical, quoi, un peu frustrant. Ou bien est-ce nous qui avons négligé d’encourager notre guide en disant des « oh! » et des « ah! » au milieu de ces images bluffantes ? C’est un peu triste à dire mais il n’y a pas eu véritablement d’échange. Il faut dire que la présentation était interrompue régulièrement par notre chef de troupe Olivier, forcé de traduire les explications aux étudiants qui ne comprennaient pas ou pas bien l’anglais. 

Certains panoramas, notamment ceux de Bernd Lintermann lui-même ou encore du Wooster group et de Jeffrey Shaw, étaient en tout cas très beaux.

Techniquement, le dispositif utilise six vidéo-projecteurs répartis tous les soixante degrés. L’écran circulaire a un diamètre de 8 mètres et affiche une image de 8192 par 928 pixels. Le logiciel de diffusion permet d’ajuster les projections de manière très fine avec des raccords en fondu. Le son est séparé en huit pistes. Les films peuvent être stéréoscopiques, interactifs ou linéaires, constitués de vidéos ou d’images créées en temps réel.

Petit tour en Allemagne et aux Pays-Bas

avril 11th, 2009 Posted in Voyage à Karlsruhe et Eindhoven | No Comments »

Me voilà de retour d’un voyage d’étude d’une petite semaine à Karlsruhe puis à Eindhoven, avec Olivier Lefebvre (du Volcan), Bruno Affagard, collègue à l’école d’art du Havre, et cinq étudiants de quatrième année : Anne-Marie Bouillé, Juliette Guernet, Bérénice Palier, Guillaume Raoult et Estelle Salm.

C’est le Volcan — la première maison de la culture de France, innaugurée par André Malraux en 1961 — qui organisait le voyage dans le cadre du Volcan numérique, une manifestation qui aura lieu du 16 au 27 juin 2009 et où seront exposées des oeuvres de Jeffrey Shaw (dont The Golden Calf, bon souvenir de la biennale Artifices en 1996), de Saburo Teshigawara, de Granular Synthesis, de Jean Michel Bruyère, de Dennis Del Favero, de Peter Weibel et de Neil Brown.
Le voyage a quand à lui été financé par les Industries du Havre.
Fin du générique.

Je ne vais pas raconter le trajet, ni le séjour (en auberge de jeunesse — j’aurai découvert ça, pas trop tôt à mon âge), ni les restaurants, ni les cafés, je pense que ça n’intéresse pas grand monde. Les articles qui suivent seront consacrés aux lieux visités (ZKM à Karlsruhe, festival STRP et espace MU à Eindhoven), aux œuvres découvertes et aux livres et autres objets ramassés en chemin.