Profitez-en, après celui là c'est fini

Lanterne magique

mars 28th, 2010 Posted in Cimaises, Images | 5 Comments »

Il ne me restait plus que deux jours pour voir l’exposition Lanterne magique et film peint : 400 ans de cinéma à la Cinémathèque française, j’y suis allé hier samedi.
Je n’ai pas eu le droit de prendre des photos1, alors je me suis contenté d’acheter une carte-postale.

Quoi de neuf dans cette exposition ? Pas grand chose évidemment : la lanterne magique a été inventée à la fin des années 1650 (par l’astronome Christiaan Huygens, pense-t-on) et son actualité n’est pas frénétique, notamment depuis l’avènement du cinéma qui l’a totalement supplanté. Dans une scénographie que j’ai trouvée réussie, des dizaines et des dizaines d’appareils sont montrés, accompagnés de centaines de plaques peintes à la main et de centaines de documents très instructifs — estampes, boites de jeux, notices d’utilisation, figurines. On prend ici la mesure de l’importance économique de la lanterne magique en son temps et le nombre de personnes qui vivaient de cette industrie : colporteurs d’images, peintres spécialisés, inventeurs de procédés divers visant à perfectionner l’appareil, notamment par la création d’éléments mobiles articulées, permettant un début d’animation.
J’ai été un peu surpris de voir que la production exposée était relativement éloignée de l’imagerie d’Épinal ou des chromolithographies — autres formes populaires en leur temps d’images colportées et souvent narratives.
On peut noter des thématiques communes à tous ces médias bien sûr (histoire, leçon de choses, édification morale, légende dorée), mais aussi certaines absences (très peu d’adaptation littéraire hors religion, me semble-t-il, dans le domaine de la lanterne magique) et la forte présence de registres qui me paraissent assez singuliers : le grotesque et la pornographie, l’illustration de chansons (on peut imaginer que les images étaient projetées pour accompagner le chant du public ou du colporteur… un ancêtre du clip ?), les voyages, les thèmes surnaturels et enfin l’abstraction géométrique (chromatropes, kaléïdoscopes).
En étant projetée, en quittant le domaine de l’impression pour celui de la lumière et de la performance éphémère, l’image voit-elle son « territoire »  ou son statut changer ?

Une vertu de la scénographie est de montrer les objets en train de fonctionner : outre les projections permanentes motorisées, on peut manipuler une des lanternes magiques et un animateur reconstitue un spectacle de « Pantomime lumineuse » par Émile Raynaud.
Pour finir, l’exposition établit un lien entre les projections d’images abstraites du XIXe siècle et les animations expérimentales dessinées à même la pellicule par des auteurs relativement récents tels que Len Lye, Norman McLaren et Jose Antonio Sistiaga. Une installation d’Anthony McCall, Solid-light films, montre que la lumière et la projection restent aujourd’hui d’excellents matériaux pour les artistes2, mais aucune allusion n’est faite au diaporama (la lanterne magique l’ancêtre du projecteur de diapositives, autant que du projecteur de cinéma) ni à des œuvres numériques ou cybernétiques qui s’appuient sur la lumière et la projection. Ceci dit le sujet est tellement vaste qu’on ne peut pas se plaindre qu’il ne soit pas traité.
J’ai trouvé l’ensemble d’excellente tenue, sans éléments inattendus mais présenté d’une manière qui permet de comprendre ce qu’a été la lanterne magique en son temps, ce qu’étaient les gestes des opérateurs et comment se déroulaient les séances. On ne connaîtra en revanche pas l’odeur de la combustion de la bougie ou du pétrole, on ne verra pas la fumée sortir des cheminée des lanternes magiques et on ne saura pas à quel point la flamme que produisaient ces éclairages était vacillante : tout cela fonctionne désormais avec des ampoules électriques.
Le catalogue m’a semblé très complet mais aussi un peu cher (quarante-cinq euros), je me le procurerai d’occasion.

  1. Interdiction que je comprends assez bien : cette exposition se tient dans le noir et les visiteurs qui prennent des photographies ne savent pas toujours désactiver leur flash… []
  2. Dans cette œuvre, ce n’est pas ce qui est projeté que l’on regarde, mais la projection elle-même, rendue visible par la diffusion d’un fumigène. []

La presse électronique en 2001 (1968)

mars 26th, 2010 Posted in Interactivité au cinéma, publication électronique, Vintage | 11 Comments »

Un intéressant extrait de 2001 L’odyssée de l’espace, rédigé en 1965 et sorti en 1968, c’est à dire un an avant la naissance effective du réseau Internet — et un an avant le premier alunissage, mais c’est une autre histoire.

Lorsqu’il en eut assez des rapports officiels et des mémos, il brancha son minibloc d’information sur le circuit du vaisseau et parcourut les dernières nouvelles de la Terre. Il formait l’un après l’autre les numéros de code des principaux journaux électroniques du monde. Il connaissait par coeur la plupart et n’avait pas besoin de consulter la liste qui figurait au dos du bloc. En jouant sur la mémoire de la visionneuse, il pouvait consulter la première page et choisir rapidement les rubriques qui l’intéressaient. Chacune avait son propre numéro de référence et, lorsqu’il le formait, le rectangle qui avait les dimensions d’un timbre-poste s’agrandissait sur l’écran. La lecture achevée, il suffisait de revenir à la vision de la page entière et de choisir une autre rubrique.
Parfois, Floyd se demandait si le minibloc et la technologie fantastique qu’il supposait représentaient le sommet des découvertes humaines en matière de communications. Il se trouvait en plein espace, voyageant à des milliers de milles à l’heure et pourtant, en quelques fractions de seconde, il lui était possible de consulter n’importe quel journal. Le mot même de journal était une survivance anachronique en cet âge électronique. Le texte se modifiait automatiquement d’heure en heure. Même en ne lisant que la version anglaise on pouvait passer sa vie entière à absorber le flot sans cesse changeant des informations retransmises par satellite.
Il était difficile d’imaginer que le système pût être modifié ou amélioré. Pourtant, songea Floyd, tôt ou tard il disparaîtrait pour être remplacé par quelque chose qui renverrait les miniblocs au rang des presses de Gutemberg.
La lecture des journaux électroniques amenait souvent une autre réflexion : plus les moyens de diffusion se faisaient merveilleux, plus barbare, atterrant et choquant était leur contenu. Accidents, désastres, crimes, menaces de conflits, éditoriaux sinistres — tels semblaient être les sujets principaux des articles qui se propageaient dans l’espace. Floyd en venait parfois à se demander si tout cela était vraiment aussi terrible qu’il y semblait. Les informations d’Utopie, après tout, auraient sans doute été atrocement ennuyeuses.

Arthur C. Clarke, 2001 L’odyssée de l’espace (1968) trad. Michel Demuth

Ce texte n’est évidemment qu’à moitié prophétique puisque son principe d’accès à l’information ne fait que reprendre des idées plus anciennes comme le Mundaneum de Paul Otlet et Henri La Fontaine (1934), le Memex de Vannevar Bush (1945) ou encore le projet Xanadu de Ted Nelson (1965). En revanche, l’évocation du dispositif de lecture, le minibloc, me semble plus originale puisqu’il s’agit apparemment d’un livre électronique tel que l’on en commercialise à présent.

Dans le film 2001, de Stanley Kubrick, réalisé en même temps que la rédaction du livre, on ne voit pas vraiment le minibloc. Le moment pendant lequel Floyd lit la presse sur le minibloc est remplacé par une séquence où, en transit dans une station spatiale, il s’arrête à une cabine de « Picturephone » pour converser en visio-conférence avec sa fille.

Bien plus tard dans le récit, on voit en revanche les astronautes Poole et Bowman qui regardent la chaîne de télévision BBC12 sur des écrans plats orientés « portrait », posés sur leur table. Leur disposition très précise et très symétrique ne permet pas de dire s’ils sont encastrés sur la table ou s’il s’agit de dispositifs mobiles façon « tablet pc ».

TVPaint (publicité)

mars 24th, 2010 Posted in logiciels | No Comments »

(Non non, cette publicité ne me rapportera rien, mais je viens de passer deux jours à me former puis à former à TVPaint, je me permets donc d’en conseiller l’acquisition à toute personne qui voudrait réaliser des dessins animés sur ordinateur)

TVPaint est un des derniers survivants du logiciel d’animation européen. Développé depuis 1991 par Hervé Adam, ancien étudiant aux Beaux-Arts de Metz1, son nom rappellera des souvenirs aux possesseurs d’ordinateurs Amiga ou aux utilisateurs de stations Silicon Graphics. Il est aujourd’hui disponible sur Macintosh et sous Windows. Une version Linux a aussi été réalisée, elle peut être testée mais elle n’est pas encore commercialisée.
Très lié à l’industrie et à la tradition du dessin animé, TVPaint cumule les fonctions de logiciels de dessin bitmap comme Photoshop et Painter à ceux de logiciels d’animation et de compositing comme After Effects. Contrairement à ToonBoom studio, TVPaint n’est pas un logiciel d’animation vectorielle et ne produit pas d’animations au format Flash. Il n’est pas non plus adapté à l’animation en trois dimensions. Il permet en revanche de retoucher directement des fichiers vidéo et contient, entre autres, un moteur de particules permettant de générer des systèmes complexes (feu, pluie, neige,…), un outil de déplacement de caméras (version professionnelle), des outils de morphing, de déplacements de sprites, des filtres, une possibilité d’annoter l’animation, d’organiser les séquences, etc. La version de base a selon moi un grand défaut qui est de ne proposer qu’une seule piste sonore. Par ailleurs les outils d’édition du texte dans la version professionnelle sont apparemment meilleurs que ceux de la version de base que je trouve un peu frustes.
La grande force de TVPaint, c’est la qualité, la souplesse et l’extensibilité de ses outils de dessin qui permettent entre autres d’imiter de manière très réaliste tous les rendus typiques des arts graphiques : crayon, pastel, peinture, etc.

Ce logiciel est utilisé par un certain nombre d’écoles (La Poudrière, les Gobelins, La Cambre, Saint-Luc, Lisaa,…), de studios d’animation, de sociétés de communication… Parmi les exemples connus de tous, on peut mentionner des publicités Maif, Badoit, Clairefontaine, des habillages télé divers (Karambolage sur Arte, etc.), mais aussi évidemment des films d’animation.
La prise en mains complète est à mon avis un peu difficile, en tout cas pour toute personne qui a des automatismes liés à la suite Adobe. Outre quelques problèmes de brevets qui interdisent l’utilisation de certains procédés ou de certains repères visuels, la raison est sans doute à chercher dans l’histoire du logiciel, qui se réfère très spécifiquement à la logique du film d’animation traditionnel (table lumineuse, perforations, etc.). De nombreux raccourcis-clavier sont prévus pour respecter cette logique, ce qui implique un petit apprentissage.
Une fois les notions acquises, on se rend compte que certaines bizarreries de TVPaint sont plutôt plus efficaces que les choix faits pour des produits homologues chez Adobe et autres.

Plusieurs extensions à TVPaint sont possibles. Un SDK (software development kit) pour C++ est diffusé gratuitement auprès des utilisateurs enregistrés. Un langage de script permet par ailleurs d’automatiser l’utilisation de fonctions. Enfin de nombreux éléments de travail – typiquement les pinceaux créés par les utilisateurs – peuvent être conservés. TVPaint est extrêmement configurable (ordre des menus, raccourcis claviers…).
De nombreux films réalisés avec TVPaint ont été primés, on peut entre autres mentionner les courts et longs métrages de l’animateur indépendant Paul Fierlinger, dont le film My Dog Tulip vient d’être terminé, ou encore Beton, une fable pacifiste réalisée par deux étudiants en art israéliens, Ariel Belinco et Michael Faust2.

Le prix normal est de 475 euros pour la version de base et 950 euros pour la version professionnelle mais des tarifs inférieurs sont prévus pour les écoles et les étudiants ainsi que pour les achats groupés — là, il faut se renseigner directement auprès de l’éditeur. Une version d’essai est disponible. Elle n’est pas limitée dans le temps et contient toutes les fonctionnalités de la version normale, à un détail près : elle ne permet pas d’enregistrer son travail.

La société TVPaint Developpement est d’un format familial — six employés, situés dans les environs de Metz — et résiste vaillamment depuis bientôt vingt ans aux méthodes antipathiques (tracasseries légales autour des brevets, recours au piratage comme dumping déguisé,…) de la concurrence nord-américaine.
Il me semble que ça mérite d’être salué.

  1. D’autres étudiants en école d’art se sont lancés dans la fabrication de logiciels de création : Éric Wenger (Metasynth, Bryce),  Akira Rabelais (Argeïphontes Lyre), John Maeda (Design by numbers) et bien entendu Ben Fry et Casey Reas (Processing). Il serait intéressant de se pencher sur le sujet : à quel point les outils développés par des créateurs à leur propre usage sont-ils effectivement novateurs et originaux ?  []
  2. Voir aussi la galerie de TVPaint et le blog Paperless animation, qui recensent des travaux réalisés avec TVPaint, ainsi que le site du studio DoncVoila qui utilise ce logiciel.  []

Fatal error

mars 21st, 2010 Posted in Interactivité au cinéma | 6 Comments »

fatal_error_dvdDes avocats de Seattle sont atteints par un mal inconnu pendant qu’ils participent à une visio-conférence avec leur patron, un magnat de la presse australien. Alors que celui-ci leur parle des inquiétants progrès de son redoutable concurrent, Digicron, les avocats d’affaires semblent tout d’abord mal à l’aise, puis suffoquent complètement avant de se transformer en statues grisâtres et cassantes. Une sorte de lèpre express qui rappelle la transformation en statue se sel de la femme de Loth, dans la Genèse.
Un agent d’entretien qui se trouvait dans les parages sans pour autant avoir été directement exposé au virus souffre de cataracte. Il est vaguement secouru par Nick Baldwin (Antonio Sabato), un ambulancier qui lui aussi passait dans le coin par hasard et qui se révèlera, ça tombe bien, être un médecin de premier plan, et même un chercheur en épiémiologie et en virologie, relégué à un emploi de brancardier pour cause d’insubordination. C’est son bon cœur et son sens de l’efficacité qui lui jouent des tours : lorsqu’il y a une vie en jeu, il n’hésite pas à prendre des risques même s’il doit froisser les gratte-papiers de l’administration hospitalière.

Le directeur de l’hôpital qui l’emploie le hait mais ce n’est pas le cas du laboratoire de recherches en biologie de l’armée américaine, dont la directrice Samantha Carter (Janine Turner, dans une pâle imitation de la Dana Scully de X-Files) décide d’employer le séduisant médecin idéaliste pour son enquête. Il faut dire que le virus a déjà frappé ailleurs, qu’il a fait une quinzaine de victimes et qu’aucun indice ne permet de comprendre de quoi il s’agit.
Très rusé, ce virus disparaît des organismes qu’il a infecté sitôt après les avoir détruits.

On commence à y voir plus clair le jour où un informaticien de l’armée, qui travaille sur une modélisation informatique du parasite, est subitement victime des mêmes symptômes que tous ceux qui en sont morts. Le mal semble en effet capable de transiter depuis les écrans vers les yeux de ses proies : comme dans l’histoire de Loth, à nouveau, c’est par le regard que l’on s’expose à la mort par pétrification.
Pendant ce temps, Albert Teal , le patron de Digicron, prépare le lancement d’un produit révolutionnaire, un boitier de réception de programmes audio-visuels qu’il espère voir dans chaque foyer, mais aussi dans les distributeurs bancaires. Albert Teal est interprété par Robert Wagner, acteur de la médiocre série L’amour du risque, devenu célèbre moins pour sa carrière de comédien que pour avoir épousé deux fois l’actrice Natalie Wood et pour avoir été présent sur le bateau d’où son épouse est tombée à l’eau et s’est noyée.

Rapidement considéré comme suspect, Albert Teal entrave l’enquête de Nick et de Samantha, non parce qu’il est coupable (il ne l’est pas) mais parce qu’il veut que rien ne vienne perturber son grand lancement, son «big turn on», comme il dit, son grand virage technologique et commercial. Cette manière d’agir le rend encore plus suspect bien entendu.
Lorsque Samantha et Nick lui parlent d’un virus dans le boitier électronique qu’il s’apprête à diffuser largement, Albert Teal explique que la chose est impensable : Le boitier est, dit-il, vérifié avec les meilleurs logiciels anti-virus du monde, plusieurs fois par jour. Tout les spécialistes de la sécurité informatiques le rappellent pourtant régulièrement : la pire erreur est de se croire trop protégé. Le virus en question est assez atypique puisqu’il se déclenche lorsque l’on éteint ou lorsque l’on endommage le boitier Digicron. Une fois déclenché, il étend son influence au monde biologique.

On découvre pour finir que le coupable est un ingénieur passablement retors, Ned. J’ai du piquer du nez au moment où ce dernier explique ses motivations profondes parce que je n’ai pas le moindre souvenir de ses justifications. À un moment, il ligote Samantha sur un fauteuil de bureau de sa cave dans le but de soumettre la jeune femme au virus mortel. Heureusement, Nick arrive à temps pour la sauver.
La fin est aussi prévisible que laborieuse : pendant le compte à rebours du lancement planétaire de Digicron, le héros court partout dans le but de saboter l’opération. Et devinez quoi : il y parvient, il sauve le monde, avec l’aide de Samantha qui, évidemment, finit l’aventure dans les bras du bellâtre, lequel quitte son emploi de brancardier et redevient médecin.

Le film semble presque trop bien porter son nom : Erreur fatale. Erreur de produire un tel film, erreur de diffuser un tel film, erreur de le visionner. La jaquette vend un film d’horreur mais le spectateur a du mal à se sentir concerné. Les acteurs ont tous l’air d’être les mauvais sosies d’autres acteurs, le scénario ne tient pas la route même au dixième degré et on n’est d’ailleurs pas certains que le réalisateur (Armand Mastroianni, auteur de plusieurs dizaines de téléfilms) l’ait compris.

Ce téléfilm, réalisé en 1999 pour « Stéphanie Germain Production » (déjà coupable de Virtual Obsession) et édité en DVD aux États-Unis, est basé sur le roman Reaper, par Ben Mezrich. Mezrich est l’auteur à succès de Bringing down the house, l’histoire vraie d’un groupe d’étudiants du MIT partis à Las Vegas ruiner des casinos en mettant à profit leurs connaissances en mathématiques — récit qui a été adapté au cinéma sous le titre 21.
Je n’ai pas lu Reaper, mais le résumé qu’en fait Wikipédia est un peu différent du scénario de Fatal Error, et a priori plus intéressant : ce n’est pas un ingénieur, mais une ingénieur-e, Melora Parkridge, qui a créé le virus Reaper dans le but de détruire toutes les technologies du monde. Les conséquences de son plan lui échappent vite : le virus est devenu une conscience artificielle qui tue les humains en les électrocutant ou en diffusant un message subliminal qui pousse les cellules de leurs corps à se calcifier. Finalement, le virus mute et devient capable de contrôler les pensées et les gestes des spectateurs de télévision, notamment ceux d’un dénommé Ned (le prénom de l’ingénieur dans la version filmée) qui protègera ensuite l’équipement informatique qui abrite le virus contre les activités de Nick et de Samantha.
Ces derniers sauvent néanmoins le monde.

La trame du roman me semble légèrement moins bête que celle du téléfilm, mais peu importe, l’idiotie du propos et l’absurdité scientifique ne sont pas le problème de Fatal Error — si on y songe, David Cronenberg a fait des merveilles avec des scénarios d’un genre tout à fait comparable. Les problème, c’est la réalisation, plate et sans grande fantaisie.

L’aquarium ne m’a pas trouvé intéressant

mars 21st, 2010 Posted in Interactivité | 12 Comments »

Le frisson du moment sur Internet depuis quelques semaines, c’est le site ChatRoulette — de chat, discussion, et roulette, comme le roulette du casino —, système créé par un jeune russe de dix-sept ans nommé Andrei Ternovskiy. Le principe est simple : des gens situés derrière leur webcam sont mis en relation avec d’autres gens de manière automatisée et aléatoire. Ils peuvent communiquer par la vidéo, le son et l’écriture. Il arrive que cinquante mille caméras soient connectées simultanément. Cinquante mille caméras qui sont potentiellement situées n’importe où dans le monde.

Reporter intrépide (ou simple citoyen du web qui ne veut pas mourir idiot), j’y ai consacré quelques sessions.
Le présent article date en fait un peu (c’est le dernier des blogs, je peux bien y écrire le dernier des articles consacrés à ChatRoulette, non ?), mais je n’ai trouvé le temps de le finir et de l’illustrer qu’aujourd’hui.

La première chose qui me frappe personnellement c’est la confrontation qui se fait entre les images. En haut, on trouve un interlocuteur qui nous est absolument étranger. On ne sait ni son nom ni même depuis quelle latitude il se connecte et parfois, on n’est même pas sûr que son image soit effectivement diffusée en direct. En dessous, on voit la personne la plus familière qui puisse exister pour chacun : soi-même. Les deux visages ont généralement un regard en biais. En effet, chaque personne filmée fixe son écran et non sa webcam et il en résulte l’impression diffuse que chacun est occupé à quelque chose d’autre. Pourtant c’est bien son correspondant que chacun est en train de regarder. L’interlocuteur anonyme peut être une personne quelconque, généralement un homme et généralement un jeune adulte. Parfois il est masqué, caché, ou ne se représente que par une image fixe (un plan sur un message écrit, par exemple, ou bien sur un décor) ou cadrée de façon à trahir le moins possible l’identité de la personne filmée. Parfois il y a deux personnes, ou trois, ou autant qu’on peut en faire entrer dans le champ de la webcam — un paquet de collègues de bureau par exemple. Parfois aussi on ne voit qu’une partie de l’anatomie d’une personne : un torse, des fesses, ou un sexe (une image sur vingt ?), car évidemment, ChatRoulette est un lieu d’exhibitionnisme et de voyeurisme comme seule la garantie d’anonymat la permet.

Chaque participant peut à tout instant cliquer sur le bouton « next » pour changer d’interlocuteur : Au suivant ! En tant qu’homme quarantenaire et barbu et peu porté sur l’exhibitionnisme, je ne suis sans doute pas le contact le plus recherché, car la plupart de ceux qui arrivent face à moi ne tardent pas à me « nexter » (l’expression « se faire nexter » s’est imposée en un rien de temps). J’ignore ce qu’ils cherchent précisément (de jeunes femmes à l’air avenant ou des scènes d’exhibition je suppose ?), mais je sais que je n’ai pas le profil le plus intéressant. J’ai lu une statistique selon laquelle les hommes sont « zappés » au bout de cinq secondes en moyenne.

Une fois, la caméra distante m’a montré un aquarium. Je n’ai pas vu le visage de son propriétaire, mais j’ai là aussi été « nexté ». Ne pas parvenir à éveiller l’intérêt d’un aquarium, je suppose qu’il sera difficile de vivre une expérience plus lamentable sur Chatroulette.

Le plus navrant, pourtant, c’est ce qu’il se passe dès qu’une mise en relation semble pouvoir durer plus de quelques secondes. Là, on constate rapidement que l’on n’a rien à se raconter qui excède les questions factuelles et polies « where are you ? » — « Beijing » — « Paris »« ok »« see you »… Ce site nous amène donc au niveau zéro de la communication tout en employant des canaux hautement technologiques et en nous offrant divers médiums : geste, mimique, voix, texte. On se sent rapidement comme un hamster qui tourne dans sa roue : on avance, mais rien d’intéressant n’arrive jamais, chaque nouvelle connexion rend l’expérience plus décevante. Pourtant on clique sur « next » encore et encore. On ne sait pas ce qu’on cherche, mais on sait qu’on ne le trouvera pas.

Le jeu de la mort

mars 18th, 2010 Posted in Écrans et pouvoir | 20 Comments »

Le contexte : Christophe Nick, journaliste, ancien grand reporter du regretté Actuel, a reproduit pour la deuxième chaîne française une expérience classique de la psychologie sociale, la célèbre expérience de soumission à l’autorité mise au point par Stanley Milgram au début des années 1960. Dans l’expérience d’origine, le cobaye était placés en situation d’électrocuter un autre cobaye (en réalité, une personne jouant le rôle de cobaye) lorsque ce dernier ne répondait pas correctement aux questions qui lui étaient posées. Sous l’autorité d’un scientifique en blouse blanche, des personnes absolument normales s’avéraient capables de se comporter en bourreaux et d’appuyer sur des leviers malgré les cris de douleur poussés par leur victime. Cette expérience, qui avait inspiré le film I comme Icare, d’Henri Verneuil, entendait mettre à jour le mécanisme qui avait permis à des gens normaux de participer à la furie nazie, notamment.
Dans l’émission qui vient d’être diffusée, le laboratoire a été remplacé par un plateau de télévision. Le prétexte n’est plus celui d’une expérience scientifique mais celui d’un jeu intitulé Zone Xtrême, et le scientifique en blouse blanche a été remplacé par une animatrice avenante, Tania Young.

Le propos de Christophe Nick est de s’interroger sur nos faiblesses psychologiques autant que sur la puissance et le caractère potentiellement néfaste de la télévision. Le premier point est rapidement démontré. Avec l’aide de l’universitaire Jean-Léon Beauvois, Tania Young parvient à amener 80% des participants au jeu à accepter, contre tous leurs principes et en semblant eux-mêmes souffrir, de torturer une personne dont ils entendent les hurlements. Dans une variante de l’expérience où l’animatrice quitte le plateau et laisse chacun seul face à ses choix, les cobayes parviennent à abandonner le jeu dès qu’il cesse d’être drôle. Mais lorsqu’elle reste et qu’elle utilise quelques phrases-clé précises, rares sont ceux qui trouvent la force d’arrêter. Le processus est plutôt bien analysé, on voit des comportements très précis se mettre en route à diverses étapes de l’expérience : le rire, les tentatives d’aider discrètement le faux-cobaye à éviter les électrocutions, la négociation, le fait de couvrir la voix du faux-cobaye, etc.
J’ai lu après l’émission que le profil sociologique des participants avait été précisément calibré : autant d’hommes que de femmes, âgés de 25 à 55 ans, n’ayant jamais participé à un jeu télévisé et n’étant pas en demande de le faire (j’ai raté le début et j’ignore comment ils ont été recrutés précisément), et ayant un niveau d’études qui va de Bac-2 à Bac+3. Le propos de Christophe Nick est de prouver que nous pouvons tous être victimes de la pression du groupe et de l’autorité d’une personne qui nous a été présentée comme ayant un ascendant hiérarchique sur nous.
Une chose qui ne me semble pas avoir été dite au cours de l’émission ni après, qui aurait peut-être pu consoler les participants, c’est le fait notoire en psychologie que les gens qui sont le plus aisément soumis à l’autorité sont non seulement des gens normaux, mais souvent aussi des gens serviables ou consciencieux, des braves gens en somme, comme s’il fallait être un peu égoïste ou nonchalant pour avoir la force d’esquiver le piège que peut représenter l’autorité.

« Le jeu de la mort » est aussi le titre du tout dernier film de Bruce Lee. Mauvais film, on en retient une image saisissante : la différence physique entre le maître du Jeet Kun Do et le basketteur Kareem Abdul Jabbar.

L’insistance de Christophe Nick à vouloir parler de télévision masque par ailleurs les enjeux plus larges de cette question de la soumission à l’autorité : tout le monde ne passe pas à la télévision, mais tout le monde en revanche est amené à exécuter des ordres arbitraires et parfois à faire souffrir directement ou indirectement une personne sous le commandement d’une autre, contre son gré, dans son cadre professionnel notamment.
Une chose rassurante apparaît tout de même : si « n’importe qui » peut être bourreau, il semble aussi que « n’importe qui » puisse se montrer réfractaire aux ordres iniques — ceux qui ont agi avec courage ne semblent eux non plus pas avoir grand chose d’exceptionnel.
L’impact de la télévision n’est pas la partie du sujet qui s’avère la mieux traitée par le reportage, qui malgré pléthore d’images d’antennes de télévision et un commentaire assorti ne parvient pas à être très convaincant, l’expérimentation n’incluant absolument pas de variante hors télévision, ni de changement de contexte qui révèleraient quelque chose de précis sur ce point. Que se passe-t-il avec un public qui réagirait différemment ? Avec un animateur au lieu d’une animatrice, avec une animatrice laide, avec deux animateurs qui ne sembleraient pas d’accord entre eux…?1
Une chose m’a frappé, qui a peut-être un rapport avec les médias et peut-être pas (peut-être est-ce avant tout en rapport avec notre statut d’animal social), c’est que les participants au jeu, qu’ils se soient montrés soumis ou au contraire récalcitrants, ont énormément utilisé le mot « image » ou la notion de regard pour qualifier leurs actions ou leur personnalité, par des phrases redondantes telles que « ça ne correspond pas à l’image que j’ai de moi » ou « je ne me vois pas comme ça », « je ne me voyais pas me lever ».

L’apport véritable de l’émission en tant que critique de la télévision vient plutôt du débat qui a suivi, un débat énervé qui illustre par l’exemple tout ce que la télévision a d’intrinsèquement totalitaire. Le débat a été diffusé en différé et je n’ai pas été étonné d’apprendre qu’il s’était déroulé de manière bien plus houleuse que ce qui a été montré dans le montage final. L’animateur, Christophe Hondelatte, a séparé ses invités en trois groupes : les participants au jeu (une demoiselle qui a abandonné l’expérience en cours de route et un jeune homme qui est allé jusqu’au bout), quelques intellectuels (un historien, une psychanalyste et deux philosophes)  et pour finir, trois spécialistes des médias (une journaliste de magazine télé, l’inénarrable Jean-Marc Morandini et enfin David Abiker, ancien d’Arrêts sur Images).
Le témoignage qu’Alexandre Lacroix a donné dans la presse par la suite est effrayant. Il raconte que l’animateur a tenté d’arracher au participant « bourreau » venu sur le plateau la confession de son homosexualité avant de la révéler lui-même. Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie Magazine (« partenaire de la soirée »), a ensuite osé prendre cet épisode scabreux comme exemple du caractère fasciste de la télévision. Ulcéré, l’animateur a voulu expulser du plateau le journaliste philosophe… Aucune de ces deux séquences n’a été diffusée.
Car voilà les limites de la télévision lorsque celle-ci fait sa propre critique aux heures de grande écoute : elle se donnera toujours le beau rôle, se posera en arbitre2. Lorsque la non-neutralité de  son rôle est mis à jour, ou seulement évoqué, la machine se fait odieuse et révèle son caractère dominateur, agressif et injuste.
Pas la peine d’être un spécialiste de l’éthologie humaine pour voir les techniques dépoloyées sur le plateau par l’animateur. Lorsque Géraldine Muhlmann, journaliste mais aussi agrégée de philosophie, garde la parole un peu trop longtemps à son goût, Christophe Hondelatte la pointe d’un doigt autoritaire et dominateur presque comique dans le contexte puisque celle qu’il intime gestuellement de se taire est précisément en train de dire que la désobéissance est un devoir pour chacun. Avec d’autres, il tente d’établir une connivence ou au contraire de distribuer le temps de parole, etc. Enfin il fait son métier d’animateur de plateau. Enfilant un a un comme des perles tous les poncifs de la télévision, il demande à la cantonade comment on peut prévenir ce genre de situations : quelle prévention, quelle réglementation ? La télévision va-t-elle vers toujours pire ? Il semble chercher à établir que France 2 n’est pas concernée par la question et évoque des responsables de TF1 et de la maison de production Endemol, spécialisée dans la télé réalité, qui ont finalement préféré éviter de participer au débat. Toujours pour extraire sa chaîne du débat, le journaliste a présenté une courte séquence de « zapping » étrange où, ponctuées par l’image fixe d’un œil bleu (enfin je crois, car ma réception TV n’est pas bonne), étaient diffusées sans explications des images choquantes issues de télévisions étrangères : roulette russe, dissection de cadavre, cycliste en sang.
Enfin, il se pose en arbitre d’un sens de la démocratie évidemment feint, qui donne la même importance à chaque intervenant, qu’il s’agisse d’une personne qui a des choses passionnantes à raconter ou au contraire de quelqu’un de parfaitement imbécile comme semble l’être Isabelle Morin-Dubosc, journaliste pour un programme-télé, qui s’est dite ulcérée que l’on fasse une expérience avec un jeu télévisé qui n’existe pas (!?) ou qui fustige les « beaux esprits » qui jugent la télévision et la France « d’en haut » qui se moque, dit-elle, de la France « d’en bas » par le biais de l’émission Strip-Tease.
L’émission s’achève dans une ambiance électrique sur la marche des funérailles de la reine Mary, d’Henry Purcell, air familier pour avoir été repris au synthétiseur par Wendy Carlos pour le bon mauvais film Orange Mécanique, par Stanley Kubrick.
Le sujet de la soirée, finalement, ça aura été d’établir une fois de plus l’embarras de la télévision face à ses responsabilités vis à vis du public et à son ambition de toujours être juge et partie. Même s’il ne maîtrise pas aussi bien son propos qu’il l’aurait sans doute voulu, on peut saluer l’effort méritoire de Christophe Nick et son souci de protéger les participants à son reportage vis à vis du jugement du spectateur.

Une image me reste, celle du professeur Jean-Léon Beauvois3, avec sa barbe blanche et sa physionomie de professeur, en train d’expliquer les bases de la psychologie sociale à Tania Young. À l’écran, entre les deux personnes, il y a une sorte de disproportion, une opposition caricaturale entre jeunesse et sagesse, glamour et ordinarité, sophistication et normalité. La belle et grande brune à la peau bronzée face au pâle professeur retraité. On pourrait presque sentir la différence entre leurs parfums respectifs. L’image est à la fois touchante et insupportable, ces deux mondes ne semblent pas faits pour cohabiter — quelle que soit la bonne volonté de la jeune femme, qui n’a pas l’air cruche —, comme  le spectacle et l’existence n’ont pas vocation à cohabiter, comme le mont Olympe ne peut souffrir très longtemps la présence des mortels.

Lire ailleurs : Critique de la télé-réalité ou télé-réalité de la critique ? par André Gunthert ; Le jeu de la mort sur France 2 : entre singes et loups, par Marie Muzard.

  1. La psychologie sociale a beaucoup étudié la télévision, on peut en avoir un aperçu dans le livre 150 petites expériences de psychologie des médias, par Sébastien Bohler, paru chez Dunod en 2008, qui recense de nombreuses expériences tout à fait passionnantes. []
  2. Relire Sur la télévision, de Pierre Bourdieu, qui était parvenu à fâcher jusqu’à Daniel Schneiderman, champion autant qu’il est possible de la critique de la télévision à la télévision.  []
  3. Co-auteur de l’excellent Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. []

L’ordinateur qui fait le bonheur (1974)

mars 15th, 2010 Posted in Vintage | No Comments »

Un document recueilli par Donald dans le numéro 4 du journal Pilote (nouvelle série) qui date du mois de septembre 1974, page 99.

J’aime tout particulièrement : « Vous pourrez être sincère, l’ordinateur Dateline n’est pas cancanier », phrase qui fait écho aux débats politiques de l’époque (le projet de fichier policier Safari, dont la divulgation par Le Monde en mars 1974 a finalement abouti à la création de la Commission Informatique et Libertés) mais aussi aux débats actuels sur la protection des données personnelles et sur la confiance que nous avons dans des sociétés comme Facebook ou Google à qui nous confions peut-être plus d’informations personnelles, voire intimes, que nous ne l’imaginons.

Fusion

mars 15th, 2010 Posted in Hacker au cinéma | 2 Comments »

Le film est aussi réjouissant que lamentable : la terre ne fonctionne plus bien, les pigeons londoniens sont devenus fous, les pace-makers cessent brusquement de fonctionner, on voit des aurores boréales depuis toute la surface de la planète et des orages désagréables sèment le chaos.
Josh Keyes (Aaron Eckhart, qui interprètait le propagandiste survolté de Thank you for smoking et le personnage de Double-Face dans The Dark Knight), professeur d’université, est contacté par l’administration américaine pour savoir si la cause du problème est naturelle ou s’il s’agit d’un fait de guerre. Josh mobilise son laboratoire sur des programmes de simulation et finit par découvrir ce qu’il se passe : le noyau interne de la planète a cessé sa rotation, ce qui perturbe le champ magnétique qui fait fonctionner les boussoles et nous protège des rayons cosmiques.
Au lieu de donner un coup de fil aux services secrets qui l’avaient contacté en premier lieu, Josh tente d’approcher Conrad Zimsky, un professeur médiatique qui publie des ouvrages de vulgarisation tout en étant le plus grand spécialiste mondial du géomagnétisme. Zimsky est aussi un proche de l’armée américaine pour le compte de qui, on l’apprendra plus tard, il a mis au point une arme de perturbation du champ magnétique terrestre. La scène de la rencontre est très drôle. Josh dissipe un malentendu : « Je ne veux pas d’autographe, je veux que vous lisiez mon rapport » « De quoi s’agit-il ? »« Ça concerne la fin du monde ».  Voyant que le sujet semble important, Zimsky lit le rapport, mais finit par en réfuter les conclusions : « vous avez dû vous tromper dans vos calculs ».
Josh part alors se saoûler avec son camarade Serge Leveque (Tchéky Karyo), scientifique français spécialiste des armes qui avait lui aussi été contacté par le gouvernement américain. Mais Zimsky ravale son orgueil de mandarin et découvre que Josh a sans doute raison. Il convie donc ce dernier à une rencontre avec des militaires haut-gradés, à qui les deux scientifiques expliquent ce qu’il se passe et ce qu’il va se passer : on va tous mourir et il n’y a rien à faire puisqu’il est technologiquement impossible de se rendre à l’intérieur de la terre.

Impossible ? Mais non, un film des années 2000 ne peut pas s’arrêter là ! Quelque part sur le grand lac salé de l’Utah se trouve le docteur Brazzleton, ancien collègue de Zimsky que ce dernier a vraisemblablement spolié de ses découvertes dans le passé. Brazzleton a mis au point quelques inventions qui semblent avoir été imaginées précisément pour se rendre au centre de la terre : une foreuse laser surpuissante qui fait des trous dans les montagnes comme si elles étaient faites de beurre et un alliage extraordinairement résistant qui gagne en solidité à mesure que la pression à laquelle il est soumis augmente. Bref, il ne reste plus qu’à construire un vaisseau explorateur des grands fonds terrestres, un jeu d’enfant, quoi. L’équipage du navire est composé de tous les scientifiques, et de deux astronautes, un type dont on sait dès la première minute qu’il n’arrivera pas à la fin de l’histoire, et le major Rebecca Childs (Hilary Swank) une demoiselle extrêmement jolie dont on sait dès la première minute qu’elle arrivera à la fin de l’histoire, et dans les bras du héros, évidemment. La suite est assez mécanique et un peu ennuyeuse : tout fonctionne comme prévu, mais les pertes humaines se succèdent de manière prévisible et dans l’ordre le plus logique, chacun y va de son petit sacrifice rédempteur : Serge meurt pour que son épouse et ses filles vivent, Zimsky, qui est sans doute responsable de la catastrophe, accepte son destin, etc.
À la fin, il ne reste que le beau gars et la belle fille, qui tombent amoureux comme de bien entendu.

Bref, Fusion (The Core, en anglais), sorti en 2003, est un film de fin du monde assez banal, sans doute ni pire ni meilleur que Le Jour d’après demain et Armageddon mais infiniment moins réussi que Sunshine. On y retrouve quelques relents eux aussi pas franchement inattendus du Voyage au centre de la terre et un humour téléphoné assez habituel à ce genre de récit : « De quoi avez-vous besoin pour construire ce vaisseau en trois mois ? » — « de 50 milliards de dollars ! »« Vous prenez les chèques ? ».
Les notions scientifiques évoquées sont pour la plupart complètement fantaisistes, évidemment. Certaines séquences sont franchement comiques, comme une interminable destruction de Rome par la foudre qui, on ne sait trop pourquoi, ne semble viser que les monument tels que le Forum, le Colisée et les arcs impériaux, mais aussi des kitcheries inspirées de l’antique, comme le palais de Victor-Emmanuel II. Bref, un orage qui fait du tourisme.

Reste un personnage distrayant, celui de Taz Finch, dit « Rat » (Donald Joseph Qualls, physique intéressant de vieil ado, avec un nez en trompette qui lui donne un air de lutin de contes de fées), le hacker de service, car il en faut un. En effet, si la fin du monde est pour demain, il faut éviter la panique générale et c’est pourquoi « Rat » est embauché par le gouvernement pour empêcher la diffusion d’informations inquiétantes sur Internet.
Lorsque le FBI le contacte, « Rat » panique et détruit tout son matériel. Il brûle ses disquettes dans un grille-pain et met ses cdroms au micro-ondes. Il semble qu’il ait des activités illégales et lorsque sa porte est enfoncée, il bredouille quelque chose comme : « Les apparences sont trompeuses, je sais que vous croyez qu’il s’agit d’ordinateurs mais pas du tout » — les scénaristes se réfèrent ici aux affaires dans lesquelles des hackers célèbres (Kevin Mitnick, Kevin Poulsen,…) se sont vus interdire de s’approcher d’un ordinateur pour une certaine période.
Pourtant le FBI ne vient pas l’arrêter mais au contraire l’implorer d’apporter son aide. Le système que « Rat » met au point détecte les mots-clés embarrassants  (« fin du monde », « apocalypse »,… ?) et empêche les rumeurs qui se rapportent à l’opération de sauvetage du noyau terrestre de se propager en les censurant à la volée.
« Rat » accepte, en échange de la promesse qu’on lui fournisse des vidéos pornographiques.

Pendant la séquence où on lui propose cet emploi, « Rat » utilise un sifflet improvisé avec un emballage de chewing-gum sur le téléphone portable de Josh et le lui restitue en affirmant que l’opération a rendu le mobile capable d’appeler partout dans le monde sans payer les communications.  Il s’agit d’une allusion au célèbre phreaker (pirate téléphonique) John Draper, dit « Captain Crunch », qui avait découvert qu’un sifflet fourni dans les céréales Capt’n’Crunch émettait une note particulière capable de tromper les terminaux téléphoniques Bell sur la nature de leur correspondant et de rendre gratuites les communications opérées après le coup de sifflet… Mais l’affaire Captain Crunch date de la fin des années 19601 et il est peu probable que le réseau de téléphonie mobile des années 2000 puisse être piraté de la même façon.
Pendant tout le récit, « Rat » restera à la surface, au poste de commandement de la mission, mais le montage cinématographique est un peu ambigu et laisse presque croire que le hacker se trouve dans le vaisseau souterrain avec Josh et les autres. Je ne sais pas s’il s’agit d’une maladresse des images ou au contraire d’une ambiguïté voulue, car effectivement, « Rat » est solidaire de l’équipe qui se trouve sous la terre. Il leur transmet notamment, sans en avoir le droit, des informations, et il leur sauve la mise au moment où le sacrifice des membres de la mission est envisagé, en piratant une centrale électrique au cours d’une interminable scène de tentatives d’intrusions informatiques, tentatives qui se matérialisent par une cascade d’interfaces comiques sur lesquelles sont écrits des mots tels que « Secret Area » et « Restricted Zone ». Pour que l’on ne sache pas ce qu’il a fait, « Rat » affecte de passer son temps à jouer au jeu Pong.

Dans la dernière séquence, « Rat » se rend dans un cyber-café avec sous le bras un dossier ficelé sur lequel est écrit en gros « secret ». Son but, à l’exact opposé de ce pourquoi il avait été embauché, est de faire connaître au monde entier ce qu’il s’est réellement passé. Nous retrouvons ici le mythe de l’éthique du hacker, qui obéit à un code de conduite personnel et pour qui l’information doit circuler.

La scène est incohérente mais reste intéressante parce qu’elle égrène tous les clichés du genre tels qu’ils ont été fixés par certaines séries télévisées ou par des films tels que Hackers (1995). Pour commencer, « Rat » y apparaît comme particulièrement insouciant, on le voit notamment poser un gâteau entamé sur le dossier confidentiel et siroter un milk-shake. Ensuite, il prend le contrôle de tous les ordinateurs voisins pour diffuser son message. Ce point précis n’est pas idiot, l’emploi de plusieurs ordinateurs sur le réseau pour commettre un forfait permet de masquer l’origine du message et de gagner en puissance2, mais dans le film, la prise de contrôle des ordinateurs (un peu trop proches pour brouiller les pistes) manque un peu de discrétion puisqu’elle est annoncée par un écran sur tous les postes.
Pour finir, « Rat » appuie sur la touche « enter » de son ordinateur, et une infographie nous montre la diffusion globale du message.

  1. Après un passage en prison, John Draper s’est fait connaître comme pionnier de la micro-informatique en créant notamment EasyWriter, le premier traitement de textes des ordinateurs Apple II et des PCs. []
  2. À ce sujet, Vinton Cerf, un des créateurs d’Internet, a récemment déclaré qu’il estimait qu’un ordinateur sur quatre dans le monde appartient à un « botnet », c’est à dire qu’il est contrôlé par un pirate et sert à d’autres desseins que ceux de leurs propriétaires — diffuser des spams par exemple. []

Deux ans

mars 13th, 2010 Posted in Brève, Le dernier des blogs ?, Link-dropping, Personnel | 17 Comments »

Ce blog a deux ans.
Il a commencé par un post consacré à évoquer mes rapports avec Nana Mouskouri et mon expérience de retoucheur photo d’avant photoshop. Il s’agissait chaque fois de compléter des discussions entamées avec mes étudiants. Je me suis ensuite plu à parler des films dont le héros est un ordinateur (et sujet connexes), avec un succès particulier pour mes articles consacrés à Blade Runner, AlphavilleRollerballClass of 1999Le dernier starfighter et WarGames. Toujours au cinéma, mon article sur le film Steak a été beaucoup cité et beaucoup discuté. Parmi les articles qui ont eu un certain succès, ajoutons : Max HeadroomMygale.orgPerdu.com et >InteractifLa fin du web expérimental ; Les sujets de la surveillance et de la sousveillance, de la censure et de la brutalité mécanique, du piège que peut constituer le Web 2.0 (1)(2) et (3), du rapport entre les professionnels et les amateurs, entre l’élite et la plèbe ; Du piratage et des lois sur le droit d’auteur (Hadopi – une loi générationnelle, Barbarie et droit d’auteur, Cassette, HadopiL’auteur, ses droits, son public, Victime de piraterie, le cinéma est en grande forme, Les étudiants, Wikipédia et le plagiat).
J’ai espionné le monde entier et je me suis interrogé sur l’invisibilité de l’internaute. Je me suis intéressé à des archétypes tels que les whiz kids, les universitaires et les digital na(t)ives. J’ai raconté ma vie (Ce qu’il reste, Le jour où j’ai croisé le fer (blanc) avec Pierre Assouline, Pourquoi je quitte mon poste d’administrateur sur Wikipédia, Le buzz, le bourdon).
Je me suis intéressé au design et à l’art (Typographie pour humainsTypographies cybernétiquesArt brut algorithmiqueDu design et de l’art, Génériques de films,…). J’ai rédigé un cours consacré au langage Processing, etc., etc.
Au total, quatre cent quarante deux articles en comptant celui-ci. Je n’ai cité plus haut que ceux qui ont eu le plus de lecteurs ou qui ont été le plus souvent cités sur d’autres blogs.

À ma grande honte, je dois admettre que la plus grande partie des visiteurs de ce blog ne sont venus que pour lire un article, celui qui s’intitule « sous les jupes des filles ».
Il existe des mystères dont le succès ne se dément pas.

Illustration : Deux Ans de vacances, d’après Jules Verne, dessin de Léon Benett

Service après-après-vente

mars 13th, 2010 Posted in Brève, indices, Interactivité, Personnel | 21 Comments »

Mon interview dans Libé au sujet des « digital na(t)ives » aura eu la vertu de provoquer le débat. L’adresse des trois versions de l’article disponibles en ligne1 et de ma mise au point ont été « twittées » des centaines de fois et commentées sur des forums ou des blogs divers2.
Le ton avec lequel mes propos sont reçus change énormément selon l’endroit où on peut les lire. Sur le site de Libération par exemple, la totalité des commentaires va dans mon sens ou au delà, parfois sur l’air de « il n’y a plus de jeunesse ma bonne dame » et de « de mon temps les gosses s’amusaient avec un bout de bois » (certes, mais ils n’avaient pas le choix). C’est aussi le seul lieu où ma légitimité en tant qu’observateur n’est pas remise en cause et où le caractère empirique de mes observations ne m’est pas reproché. Peut-être que cela signifie que la presse « traditionnelle » conserve une forme d’autorité que n’ont pas d’autres médias : si c’est dans le journal, c’est que ça doit être vrai, si cette personne est interviewée, c’est qu’il y a une bonne raison3. Il est intéressant de noter que ce forum de Libération n’a été actif que dans les heures qui ont suivi la publication de l’article alors que d’autres n’ont commencé à devenir actifs qu’après et le sont restés plus longtemps.

Il en va bien autrement sur Écrans.fr où mon propos est accueilli de façon moins bienveillante (et au fond pertinente), non sur le fond, mais sur ma méthodologie : « rien n’est étayé » ; « vous auriez tout aussi bien pu m’interviewer, j’aurais dit grosso-modo la même chose ». Cependant, le constat de la fin de l’aventure de la micro-informatique (et en route pour d’autres aventures, très certainement) est là aussi généralement admis mais certains y voient quelque chose d’extrêmement positif, comme un dénommé oomu qui conclut un texte assez brutal par :
« Avant, on _déconseillait_ de s’intéresser aux Zordinateurs,  on méprisait, on insultait, on crachait sur l’outil et ceux qui voyait son utilité finale. Comment pouvait vous croire à une régression quand maintenant tout jeune vit avec ces outils et ne s’étonne plus si certains créent avec ? Y a beaucoup plus d’acceptation maintenant qu’auparavant. L’époque informatique actuelle est meilleure. Avant c’était tarte ».
Un autre contributeur, que je connais sous le nom de A_, reprend à son compte l’idée d’une passivité croissante face aux outils, qu’il constate sur les forums :
« Pour se rendre compte de la passivité des générations actuelles il suffit de visiter des sites communautaires d’entraide comme Clubic, commentçamarche, hardware-fr, 95% (oui au pif, parce que je le veau bien) des questions sont posées des ados dont les questions sont solubles en moins de deux minutes avec Google en prenant deux trois mots clefs de leurs messages et la première page de résultats ».
Cette observation (difficile à démontrer) m’a rappelé un de mes étudiants, bon programmeur, qui se reconnaîtra sans doute et qui travaille en permanence avec une fenêtre de discussion en direct ouverte. Pendant qu’il rédige son code, il questionne un de ses amis qui a déjà eu à résoudre les problèmes sur lesquels il travaille : « ça ne marche pas, qu’est-ce que je fais ? ». Cette méthode s’avère très efficace, l’information circule à toute vitesse, les compétences se complètent et l’expérience des uns profite aux autres. Là, on est on est vraiment très loin de l’expérience du passionné solitaire de micro-informatique que j’ai été qui s’abimait les yeux sur son Sinclair ZX81 et qui lisait et relisait le manuel du langage Basic4. Pour le coup, je pense que les jeunes gens qui ont un compte FaceBook, qui utilisent MSN ou les textos depuis leur enfance ont une approche naturelle et parfois quasiment symbiotique de ces outils, de leur manipulation technique comme de leurs règles non-écrites. Cette manière de mutualiser la compétence a un petit côté Village des damnés, récit dans lequel les enfants d’un village, nés au même moment dans des conditions mystérieuses, profitent collectivement des connaissances individuelles : lorsque l’un d’entre eux a résolu un problème, tous s’avèrent capables de le résoudre à leur tour.

On peut supposer que cette génération est en train de débarquer sur le marché de l’emploi avec une aptitude très élevée pour le travail collaboratif, non pas selon le modèle des bâtisseurs de cathédrales (tous ensemble pour créer un unique monument), modèle qui est celui de Wikipédia par exemple, mais sur le modèle de la collaboration entre individus qui se rendent mutuellement service en formant un réseau informel et amical.
Il s’agit sans doute d’une évolution positive (entraide, lien social) qui favorisera dans le monde du travail, à une échelle peut-être radicalement nouvelle du fait des canaux par lesquels cela passe, des stratégies individuelles de coopération telles que les éthologues les observent dans la nature (je cesse de t’épouiller si tu ne m’épouilles jamais, etc. — la littérature évolutionniste regorge de ce genre de choses). Seront favorisés ceux qui sauront se montrer généreux de leur temps ou de leur savoir à bon escient et en acceptant les règles qui ont cours dans les réseaux sociaux virtuels. Le fait de soigner son image publique sur Internet sera aussi une donnée très importante.
Cory Doctorow, auteur de science-fiction (entre autres) imaginait dans son roman Dans la Dèche au Royaume Enchanté une société future où la monnaie a été remplacée par la popularité sociale, qui se quantifie comme on dénombre ses « amis » sur Facebook, ses « followers » sur Twitter ou comme on estime son pourcentage de fiabilité sur les sites de vente entre particuliers.

Certains tirent de mon interview une conclusion désabusé, comme Félix Potuit, contributeur à Wikipédia, qui explique sur le « bistro » de l’encyclopédie contributive :
« L’économie libérale est parvenue à ses fins : créer des générations entières de consommateurs décérébrés. On leur branche les prélèvements automatiques sur leur compte à la naissance, et toute leur vie, ils baignent dans la pub, le bruit, le jeu vidéo, l’image de synthèse et le Red Bull, et ils payent pour ça. Ils mourront avant même de s’apercevoir qu’ils avaient un cerveau et qu’ils auraient pu s’en servir. Des poulets de batterie, exploités par une petite caste de milliardaires. Brave new world ! ».
Excessif et injuste sans doute (espérons), mais fougueusement exprimé.

Si l’on considère tous les commentaires qui ont été faits, on remarquera un fait sans doute malheureux : sauf erreur ou exception, il semble qu’aucun représentant de la génération des « digital natives » n’ait ressenti l’envie de participer au débat. J’ai évoqué un peu ces questions verbalement avec des étudiants, hier, et il m’a semblé percevoir un léger embarras, peut-être chez certains l’impression que mon propos constitue une forme de reproche généralisé — ce qui n’est évidemment pas le cas, il n’y a aucun reproche ici, mais au contraire une certaine inquiétude en constatant que les outils numériques sont de plus en plus verrouillés et rendus inaccessibles à l’amateur par l’industrie qui y trouve son compte (de même qu’elle préfère que les gens ne sachent plus cuisiner) mais aussi parce que la tendance vers le confort et la facilité est une évolution naturelle de toute technologie.  Ce n’est pas parce que nous étions malins que nous programmions en Basic en 1985, c’est surtout parce qu’il n’existait rien d’autre à faire sur un ordinateur.
Le fait est que notre monde numérique va se simplifier en apparence et se complexifier en arrière-plan : traçabilité, surveillance, objets intelligents (à quand le frigo qui nous menace de procès, comme chez Philip K. Dick ?), solutions commerciales propriétaires (Apple, Nintendo, Amazon,…). Nous ne verrons qu’une toute petite partie de l’iceberg alors même que nos existences dépendront de plus en plus de solutions technologiques sur lesquelles nous n’aurons aucune prise.

C’est pour cela qu’il me semble important d’être le plus possible conscient du fonctionnement des choses, de se prendre en mains. C’est ce que j’essaie d’appliquer en tant qu’enseignant : mes étudiants ne vont pas (ou pas tous) devenir programmeurs, mais j’essaie de leur apprendre qu’il n’y a rien de magique dans l’informatique ou dans un service en ligne, qu’il est à la portée de chacun de fabriquer un logiciel ou que le micro-ordinateur est un outil fantastique avant d’être un média interactif. Dans bien d’autres domaines, nous nous faisons ou nous nous sommes déjà fait priver de notre savoir-faire. Je m’inquiète pour ce champ précis parce que j’ai un modeste recul historique, mais le problème de l’autonomie existe dans bien d’autres domaines pour lesquels je n’ai pas de compétence : bricolage, couture, cuisine…
Quoi qu’il en soit, je ne me pose pas en juge de qui ou de quoi que ce soit et je ne cherche pas à donner de leçons, j’essaie juste de comprendre dans quelle direction le monde change, depuis mon petit bout de lorgnette et en profitant de mon expérience personnelle.

En complément à ce débat, on peut écouter l’émission du 12 février de Place de La Toile (France Culture) où Anca Boboc, sociologue chez France Télécom, parle du mythe de la génération des « digital natives » et du rapport que les jeunes gens concernés ont avec la vie professionnelle et la vie privée. On y apprend entre autres que les jeunes de la génération « Y » sont souvent amenés à devenir des utilisateurs avertis des outils numériques parce que l’on croit qu’ils sont des utilisateurs avertis : « on leur met une étiquette et on les pousse à respecter cette étiquette ». Dans la première partie de l’émission, on peut aussi écouter André Gunthert qui traite de la mutation de la photo de famille.

  1. un fac-simile sur le présent site, une version sur le site de Libération et une autre, assortie de corrections, sur celui de Écrans. []
  2. Par exemple : Gros Pixels, Solutions de Continuité et Veille et Analyse TICE. []
  3. Avec mauvais esprit, je dirais que de nombreux « philosophes médiatiques » ont bâti leur carrière sur l’autorité que leur donnent les médias de masse. []
  4. Les ordinateurs personnels ont longtemps été fournis avec un langage de programmation intégré, mais aussi avec un manuel d’apprentissage de ce langage de programmation. Aujourd’hui les choses s’acquièrent séparément puisque la programmation n’est plus du tout l’usage premier des ordinateurs personnels. []