Profitez-en, après celui là c'est fini

Nodesign.net

mars 31st, 2011 Posted in Design, Lecture | 2 Comments »

Les éditions Pyramid ont eu la bonne idée de consacrer un livre à l’agence Nodesign.net (Jean-Louis Frechin et Uros Petrevski) dans la très populaire collection Design & Designers (120 pages, 13 euros). L’ouvrage est préfacé par Véronique Vienne. L’ensemble rend bien compte du travail réalisé au fil des années par cette agence qui lie interfaces et objets (l’objet est une interface, l’interface est un objet) dans un esprit qui se veut modestement (ou présomptueusement) anti-gadget et prospectif. Nodesign.net, historiquement lié à l’Ensci, a collaboré avec Orange, Renault, Parrot, l’Ircam, la RATP,…

Je connais Jean-Louis Frechin depuis un certain temps puisque nous avons été collègues à l’Ésad d’Amiens (où il était là depuis bien plus longtemps que moi) et que j’ai été programmeur sur deux titres de la série des Petits Débrouillards, qu’il a réalisés chez Montparnasse Multimédia, à la grande époque du cdrom culturel, il y a bien longtemps. Je me permets donc de lui dire : bravo Jean-Louis !

Processing Paris #2

mars 30th, 2011 Posted in Dans la boite-aux-lettres, Études, Processing | No Comments »

Je signale la seconde édition des ateliers Processing Paris, organisé à la Fonderie de l’Image. Ces trois Workshop de deux jours se tiendront simultanément les 22 et 23 avril 2011.

Le premier atelier, pour niveau débutant, sera animé par Christian Délécluse, artiste, enseignant à l’école spéciale d’architecture de Paris. Il constituera une initiation à Processing : création de compositions visuelles, puis interactivité clavier/souris, découverte de l’aléatoire, manipulation de l’image et du son.

Le second atelier, pour niveau intermédiaire, sera animé par Julien Gachadoat et portera sur la programmation orientée objet et la réalisation d’applications complexes, interprétant notamment des données provenant d’Internet.
Le troisième atelier, pour programmeurs aguerris, sera animé par Hartmut Bohnacker, un des auteurs du livre Design Interactif. Cet atelier, qui se déroulera en anglais, sera consacré à l’étude des créations de systèmes de particules et à la simulation de phénomènes physiques (vitesse, inertie, gravité, friction, attraction, répulsion, collision,…). Les librairies Toxiclibs, Box2d et Traer Physics seront mises à contribution. Pour ce « Masterclass », un bon niveau en anglais et une connaissance de la programmation orientée objet sont indispensables.

Lieu : La Fonderie de l’Image, 83 Avenue Gallieni, 93170 Bagnolet (métro Gallieni).
Les tarifs sont, selon les ateliers choisis, de 60, 75 et 90 euros.
On peut en savoir plus sur le site www.processingparis.org et s’inscrire ou demander des informations à l’adresse info@freeartbureau.org.

De la politique-fiction dans Le Nouveau Détective

mars 27th, 2011 Posted in indices, Parano | 49 Comments »

Sur la banquette d’un train, j’ai trouvé un numéro du Nouveau Détective, hebdomadaire dédié au récit de faits-divers et d’enquêtes criminelles. Je connais ce titre comme tout le monde mais le fait est que je ne l’avais jamais lu, je m’étais contenté d’en imaginer le contenu sur la foi de ses couvertures choc évoquant des affaires judiciaires sordides.

Le Nouveau Détective est la continuation de Détective, fondé en 1928 par Joseph Kessel et Gaston Gallimard. Il a connu d’autres avatars : Qui Détective, Qui Police, et depuis une trentaine d’années, donc, Le Nouveau Détective. La diffusion de ce journal en 2011 est de plus de 270.000 exemplaires chaque mercredi, ce qui me semble considérable pour un journal qui fait finalement peu parler de lui. Un tel tirage est certes inférieur à celui de France Dimanche, Ici Paris et de Voici (450.000 exemplaires chaque), mais il est comparable au tirage de Marianne, du Journal du Dimanche ou de VSD, deux fois supérieur au tirage du quotidien Libération, et cinq fois supérieur au tirage des Inrockuptibles (50.000 exemplaires). C’est donc loin d’être un média négligeable. On ne le trouve pas dans les salles d’attente de cabinets dentaires, on l’achète (1,60€) pour le lire chez soi. Le Nouveau détective n’est plus lié à Gallimard mais est édité par les éditions Nuit et jour, connues aussi pour le titre Horoscope. Nuit et jour, qui appartient à présent au groupe allemand Burda et au groupe italien Rizzoli a été un véritable empire de presse après la seconde guerre mondiale avec des titres tels que Radar, Rêves, mais aussi Galaxie, l’édition française de la revue américaine de science-fiction Galaxy.1

En feuilletant le journal, je n’ai pas été très surpris par son contenu : une maman et son bébé brûlés vifs dans une voiture piégée par le père et époux ; des coups de feu mortels à Rivesaltes ; une femme dont on a retrouvé le tronc dans une valise ; un gourou ; des jumelles disparues ; un haut fonctionnaire devenu SDF et meurtrier ; une femme sauvagement assassinée dont les photos provoquent des malaises au procès… Au dos du magazine, après tous ces exemples macabres de méchanceté humaine, on trouve en pleine page une publicité pour une « convention obsèques » dont les clients recevront en cadeau une station météo électronique. On trouve aussi des pages de variété : dessins d’humour, mots-croisés, horoscope, florilèges de bons mots, nouvelles légères diverses, et même une biographie d’Annie Girardot dont il est sous-entendu que François Mitterrand a été l’amant d’un soir. Outre la publicité pour la « convention obsèques », le journal contient une vingtaine de réclames, réparties sur deux pages : rencontres, astrologie, voyance, et puis un cours par correspondance qui promet à ses souscripteurs de pouvoir en faire des détectives professionnels en six mois seulement. Parmi les articles légers, on en trouve un qui raconte les malheurs d’un homme persécuté par la justice au motif qu’il a jeté un magazine sur lequel se trouvait son nom dans une poubelle qui n’était pas faite pour ça. L’article, intitulé Pas de tri sélectif dans la connerie, se conclut par ces mots : « Vous voilà avertis : si vous vous aventurez à jeter vos détritus à la poubelle, prenez soin de supprimer toutes les traces qui permettraient de remonter jusqu’à vous. Car sans le savoir, vous pourriez être poursuivi pendant que chaque jour, on découvre que de vrais voyous et même des assassins sont laissés en liberté ».

Parmi tous ces sujets, un article m’a franchement étonné. Intitulé Et si ça arrivait vraiment ?, le papier raconte la trame d’un roman publié il y a près de quarante ans par Jean Raspail2, le Camp des saints, récit d’anticipation au succès important en son temps semble-t-il, qui raconte le débarquement d’un million d’indiens affamés sur la plage de Nice. Déferlant comme des grillons, ils piétinent sans la moindre reconnaissance les « gauchistes et les intellectuels » qui étaient venus les accueillir. Le gouvernement, que la compassion rend lâche, envoie l’armée, mais autorise les militaires à ne pas suivre l’ordre de refouler cette marée humaine de souffreteux. Un vieux professeur de lettres, profondément épris de son arrière-pays niçois, prend l’initiative de résister, bientôt rejoint par « quelques hommes de sang froid dont un colonel et un ministre ». Il refuse d’abandonner sa maison vieille de trois siècles au débarquement de misère qui déferle sur le Var. Mais cette résistance déplaît à l’Assemblée populaire multiraciale de la commune de Paris, qui gouverne le pays et qui décide de choisir le lundi de pâques pour bombarder le mas provençal de ce bon catholique.

L’auteur de l’article, anonyme, prétend qu’un tel roman est trop subversif pour notre époque et affirme qu’aucun éditeur n’oserait prendre le risque de le rééditer en 2011 du fait de « nouvelles lois qui limitent la liberté d’expression en France » et font que le livre contient, selon des avocats, « 87 motifs de poursuites pénales ». Le lecteur un tant soit peu attentif sourira de cette évocation d’un livre « maudit », « interdit », alors même que l’article annonce… sa très récente réédition par Robert Laffont.

Ce rêve mouillé national-masochiste a de quoi faire pouffer de rire, mais Le Nouveau Détective le place dans la rubrique « Prémonition » et mélange le résumé du roman avec des citations politiques (« La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde »), des considérations générales un peu cliché qui ne signifient pas grand chose dans la pratique (« Immigration : des vides juridiques à combler ») et des énonciations fantaisistes de « faits » en rapport avec l’immigration clandestine, à grand renfort de cartes d’état-major qui présentent les flux migratoires comme une bataille stratégique dont toutes les directions semblent pointer vers l’Europe occidentale et même, vers la France, présentée comme un désirable pays de cocagne dont les habitants n’ont été que trop accueillants et trop bons.
La conclusion qu’essaie de vendre l’article est que le roman de Jean Raspail, fiction quarantenaire, n’a fait que décrire une situation qui, mutatis mutandis, se serait vérifiée depuis, ou serait en passe de l’être. La démonstration est confuse, sans logique, bête, ignorante des faits, fantasmatique et comique. Mais c’est pourtant ce genre d’article, peut-être, qui motive certains bulletins de vote3.

Je me sens presque vexé ou honteux de réaliser que je n’ai jamais eu la curiosité de jeter un œil sur ce type de presse, car au fond, c’est sans doute dans des « lieux » de ce genre que se forge une partie de la conscience politique du public4 et il serait sans doute imprudent de négliger leur existence.

  1. Lire : Nuit et jour, un empire de presse de l’après-guerre, par Charles Moreau / Fantastik Blog. []
  2. Ancien consul de France en Patagonie, Jean Raspail a manqué de peu l’Académie Française en 2000. Je n’ai jamais rien lu de lui à vrai dire, pas même sa sulfureuse tribune La patrie trahie par la République, publiée en 2004 dans le Figaro. Sur la photographie publiée par Le Nouveau Détective, l’écrivain n’a pas l’air commode. []
  3. Pas sans rapport, on lira avec intérêt (mais peut-être pas avec étonnement) l’article Comment les métaphores programment notre esprit, par Rémi Sussan sur InternetActu, qui évoque des études tendant à prouver que l’appréhension que le public peut avoir d’un fait dépend des métaphores qu’on emploie pour le présenter — j’en tire pour ma part comme conclusion qu’il est très important d’être exigeant en matière d’art, de littérature et de fiction. Si nous réfléchissons pour partie par le biais de storytelling, autant que ce storytelling soit de qualité, non ? []
  4. Entendre le mot « le public » au sens de « tout le monde » ou « les gens », sans connotation péjorative ou sans lien direct avec l’idée de spectacle. Quand à la locution « conscience politique », je m’en explique en commentaire : ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec certaines idées qu’elles ne relèvent pas de la « conscience politique ». []

Rencontre à la bibliothèque universitaire du Havre

mars 26th, 2011 Posted in Personnel, Processing | No Comments »

Comme annoncé précédemment, Jean-Michel Géridan et moi-même, avons présenté notre livre Processing : Le code informatique comme outil de création à la Bibliothèque universitaire du Havre avant-hier soir. La séance était introduite par Pierre-Yves Cachard, directeur de la bibliothèque, et animée par les questions de Damien Olivier, professeur d’informatique à l’Université du Havre. Je n’ai pris des photos qu’avant le début de l’intervention, évidemment.

Trente-cinq ou quarante personnes assistaient à ce petit évènement, dans le cadre somptueux de la bibliothèque universitaire centrale.
Parmi le public, très divers, on trouvait notamment des gens issus des sciences dites « dures », ce qui s’est avéré très intéressant, car s’il n’y a plus vraiment besoin de convaincre les gens du milieu de l’art contemporain (y compris ceux que cela fâche) ou du design qu’il existe une création « numérique » (champ qui n’est d’ailleurs plus forcément « spécialisé », distinct du reste de la création plastique), j’ai perçu que ce fait était nettement plus inédit pour des scientifiques de formation et de pratique. Apprendre que nous pouvons utiliser les mêmes outils (algorithmes, fonctions mathématiques, théories physiques, etc.) pour créer en liberté des objets destinés à être montrés dans des expositions ou édités a constitué pour certains, je pense, une nouveauté intéressante et, peut-être un jour, fertile.

Bref, il s’est bel et bien agi d’une rencontre. Beaucoup de sujets ont été traités, notamment le fonctionnement du logiciel Processing, quelques exemples d’applications, mais aussi les limites créatives induites par les logiciels propriétaires. Beaucoup de sujets ont été oubliés ou négligés, il aurait sans doute été possible de continuer longtemps.

Après notre prestation, Guillaume Raoult, étudiant en 5e année design graphique, nous a montré une petite édition intitulée Processing Old School, où il a redessiné, grâce à un outil programmé sur mesure, des icônes visuelles telles que des motifs de tatouage ou des personnages de dessin animé.

Una città

mars 26th, 2011 Posted in Brève, Lecture, médiatisation | 2 Comments »

À la terrasse d’un café vénitien, on peut se faire croire qu’on parle la langue de Dante Alighieri juste parce qu’on improvise des noms de plats en prenant un accent qui arrive à nous abuser nous-mêmes et que le serveur fait obligeamment mine de trouver compréhensible : « un acqua frizzante per favore, è uno assietta di pericoloso sporgersi allarabiata, pronto signorino, capito ? ».
Mais bon, voilà, je ne parle pas du tout italien, c’est un vrai regret personnel. L’italien est une langue qui semble toujours si familière à l’oreille, dont on se dit (pour un francophone évidemment) qu’on est à deux doigts de la comprendre… Un jour j’apprendrai. Je me suis fait cette promesse il y a longtemps. Et lorsque je saurai l’italien, je lirai Una Città, revue vingtenaire paraissant tous les mois et qui est consacrée à collecter des interviews sur des sujets sociaux, partant du principe que l’écoute est un acte politique ou philosophique fort, une forme de militantisme. Cent-quatre vingt deux numéros sont sortis et plus de deux mille deux cent interviews de personnalités anonymes ou non ont été réalisées : un conseiller municipal, un fan de heavy-metal, un policier, un écrivain,…

J’ai le très grand honneur et le plaisir de figurer dans le numéro 182, où je suis interrogé, à la suite de mon article Wikipédia a dix ans, sur mes tentatives d’amener des étudiants à comprendre la philosophie contributive de l’encyclopédie Wikipédia et sur la manière dont j’envisage ce projet et son évolution. Je ne peux pas vraiment lire le résultat (trois pages) mais je fais confiance à mon intervieweuse, Francesca Barca, qui s’est déplacée jusque dans ma banlieue bucolique et qui parle un français parfait, pour en avoir fait la transcription la plus fidèle.

MakerBot et Arduino

mars 23rd, 2011 Posted in Design, Études, Interactivité, Sciences | 9 Comments »

Aujourd’hui mercredi 23 mars 2011 à l’école des Beaux-Arts de Rennes, journée consacrée aux outils de prototypage électronique pour des étudiants en art, communication et design.

John Lejeune, de Hackable-devices, a présenté aux étudiants deux générations de l’imprimante 3D MakerBot, qui permet de réaliser des objets tangibles à partir de modélisations virtuelles.

MakerBot est un projet dérivé de RepRap. Diffusée sous licence libre, cette imprimante 3D est régulièrement améliorée par ses utilisateurs et devient de plus en plus fonctionnelle et de plus en plus sophistiquée au fil des générations.

Je suis content d’avoir vu cet appareil en fonction, il est assez impressionnant. La finition n’a rien à voir avec ce que proposent les imprimantes 3D de l’industrie, mais il n’empêche que ça fonctionne et que c’est une technologie accessible aux particuliers, non seulement financièrement (le kit complet, où il ne manque qu’un fer à souder, vaut ~1400 euros), mais aussi techniquement car le fonctionnement de l’objet est compréhensible et son améliorabilité semble une évidence.

Hackable-devices a pour vocation de diffuser des appareils diffusés sous licence libre, ce qui signifie que leurs spécifications ne sont pas soumises à des brevets, qu’ils sont documentés de manière complète et qu’ils peuvent être librement améliorés ou modifiés par leurs utilisateurs.

Parmi les produits recensés par Hackable-devices il y a des appareils hackables (bidouillables) très divers : cartes de prototypage de type Arduino bien sûr mais aussi téléphones mobilescollecteurs de donnéesnetbooksordinateursplug-computers, etc.

Off Screen

mars 23rd, 2011 Posted in Au cinéma, Écrans et pouvoir, Parano | 1 Comment »

Le 11 mars 2002, soit six mois jour pour jour après le 11 septembre 2001, John R., un conducteur de bus de 59 ans se présente à l’accueil de la Tour Rembrandt, gratte-ciel d’Amsterdam. Il est armé, affirme être en possession d’une bombe et exige que l’on convoque la presse mais aussi le dirigeant de la division électronique grand public de la société Philips, car il a des révélations à faire. L’affaire se complique lorsqu’il découvre que les bureaux de Philips ont déménagé pour l’immeuble d’en face une semaine plus tôt. Pendant la durée de la prise d’otage, le film raconte sous forme de flash-backs les évènements qui ont amené John R. à se retrouver dans cette situation. L’histoire est vraie, cela nous est dit dès les premières images, mais le film, réalisé par le néerlandais Pieter Kuijpers en 2005, la raconte de manière assez subjective et se place du point de vue du preneur d’otage.

Séparé de son épouse après plus de trente ans de mariage, John R. ne se résigne pas à prendre sa retraite malgré l’insistance de son employeur. Il semble avoir quelques manies bizarres et sa perception de la réalité n’est pas exactement celle des autres. Un jour, il bande le pied d’une passagère qui a fait une chute et avec qui il a eu une conversation badine sur son emploi chez Philips. Quelques jours plus tard, il apprend que cette femme a porté plainte contre lui pour insultes. Plusieurs fois, on s’étonne de la manière dont John est traité dans sa compagnie de bus, parfois raillé pour ses manies curieuses, parfois réprimandé pour son insistance à venir travailler alors que ses horaires ont été réduits. Régulièrement, John scrute son téléviseur écran large Philips car il a remarqué que très peu de programmes 16/9e étaient disponibles et que dans les bandes noires qui se trouvent de part et d’autre des images diffusées, apparaissent des messages codés. Il écrit de longues lettres chez Philips mais personne ne lui répond jamais.

Un jour, sur le trajet de son bus, sur une route de campagne, il recueille un homme dont la voiture est tombée en panne et qui se rend dans son village natal. En partant, l’homme oublie son attaché-case dans le bus et John découvre en l’ouvrant que ce passager est Gerard Wesselinck, un dirigeant de la société Philips. Il décide d’aller rendre ses affaires en mains propres à Wesselinck. En passant, il veut l’interroger au sujet des nombreuses lettres qu’il a envoyé : ont-elles été lues ? L’homme lui explique qu’un service de la société est dédié à ouvrir le courrier des consommateurs, mais qu’il est évidemment rare que des courriers lui soient transmis à lui.

Quelque temps plus tard, Wesselinck prend à nouveau le bus de John. Il a même acheté une carte d’abonnement. John est alors certain qu’il n’y a aucune forme de hasard dans l’enchaînement des situations : si le dirigeant de Philips a pris son bus, s’il a oublié son attaché-case, c’était exprès, c’est parce qu’il a bel et bien lu ses lettres. Lorsque John lui explique  ce qu’il pense avoir deviné de la situation, Gérard ne dément pas.

Gérard, qui devient l’ami de John, lui explique qu’il a effectivement lu toutes ses lettres, et qu’il a même été frappé par la vérité de ce qu’elles contenaient, par la clairvoyance de John. Oui, dit-il, les écrans larges envoient bien des messages codés. Un jour, Gérard emmène John en rase campagne dans une bâtisse discrète où se trouve un prototype d’écran de télévision. Alors qu’il ne fait que regarder des poissons rouges, John est saisi par des sentiments très divers : une forte envie d’uriner ou de vomir, une sensation de chaleur inconfortable, une peur irrépressible, une colère ou une excitation sexuelle, etc.

Ce téléviseur manipule le cerveau des spectateurs, et cela inquiète Gérard qui explique à John que les actionnaires, avides d’argent, veulent commercialiser ce produit sans le tester sérieusement et sans mesurer les conséquences qu’il aura. De plus, Gérard craint d’être évincé de chez Philips. L’homme qui lui a tout appris, son mentor, a déjà disparu et tout est fait comme s’il n’avait jamais existé.

Pour son anniversaire, John invite son supérieur hiérarchique et sa femme, qui ne viennent ni l’un ni l’autre. On sait que John fait peur à sa femme, mais on ne sait pas trop pour quelle raison. En revanche, Gérard se présente, et il est accompagné de la présentatrice du Quizz, le jeu télévisé favori de John. Tous trois partent dans une salle de tir où ils s’entraînent sur une cible.

Plus tard, la présentatrice confie à John que Gérard a besoin de son aide. Comme cadeau d’anniversaire, John a reçu de Gérard une arme à feu. Lorsqu’il revient travailler le lendemain, John apprend qu’il a été licencié. Tout est en place pour la prise d’otage, mais les choses ne se passeront pas comme prévu : Gérard refuse de venir, prétend ne pas connaître John et a été promu à la tête de Philips… Aux fenêtres, John exige que soit affiché le slogan We mislead1.

Évidemment, l’histoire se termine mal.

On comprend assez rapidement que John a quelques petits problèmes avec la réalité et a quelques idées fixes — il se sent notamment poursuivi par un jeune homme qui l’a agressé. Ce n’est pas mal filmé, les acteurs sont bons, notamment l’acteur principal, John Decleir, qui a une physionomie extraordinaire qui peut rappeler Spencer Tracy. Pourtant le spectateur reste extérieur au délire, ne se sent finalement ni entraîné, ni perturbé. Peut-être paralysé par le fait qu’il s’appuyait sur une histoire vraie et cherchant avant tout à bâtir un personnage cohérent dans sa folie, le scénariste n’a pas osé produire un récit véritablement inquiétant sur le thème de la paranoïa, d’une psychose centrée sur les objets technologiques et les émissions télévisées. C’est sans doute assez dommage, on est loin de réussites telles que Videodrome ou They Live, mais le film se regarde malgré tout avec intérêt.

  1. Dans la réalité, les slogans, rédigés dans un anglais approximatif, étaient « Philips Mislead » et « CEO Kleisterlee is lies ». — du nom de Gerard Kleisterlee, l’actuel président de Philips.  []

Le grand ordinateur (Il était une fois… l’espace)

mars 18th, 2011 Posted in Dans le poste, Ordinateur célèbre | 11 Comments »

Albert Barillé, mort il y a deux ans, est connu pour la série d’animation Colargol puis pour la série pédagogique des Il était une fois… (Il était une fois… l’homme, Il était une fois… les découvreurs, Il était une fois… la vie, etc.). Pour la plupart des enfants de ma génération, il aurait été impossible de rater les cinq minutes pédagogiques quotidiennes de Il était une fois… l’homme qui, sans rire, ont mis en place ma conscience de la chronologie mondiale. Les faits racontés étaient un peu simplistes, l’action souvent parsemée de séquences bouffonnes. Le dessin des personnages, dû à Jean Barbaud (bon dessinateur par ailleurs) et repris dans chaque série, était tout de même assez laid et n’était pas franchement flatté par l’animation, de qualité très médiocre. Pourtant, l’envie d’instruire, de montrer aux petits téléspectateurs ce que l’histoire ou les sciences pouvaient avoir de passionnant était très forte, communicative, et c’est ce qu’il faut en retenir.

Le générique d’Il était une fois… l’homme, présentait en raccourci l’évolution de la vie sur terre jusqu’à l’apparition de l’homme, puis l’évolution de l’histoire humaine, jusqu’à un présage futuriste assez sombre : des humains courant vers des fusées pour quitter la terre, en proie à la guerre nucléaire. La terre finit même par exploser. Cette prédiction macabre, plutôt étonnante pour un programme pour enfants, signe des angoisses de l’époque, était déjà de la science-fiction.
Après le succès de Il était une fois… l’homme (1978) et avant Il état une fois… la vie (1986), Albert Barillé s’est lancé dans une série assez atypique puisque dénuée de prétentions pédagogiques, Il était une fois… l’espace (1982), qui, un peu à la manière de la série Star Trek, suit les aventures d’une patrouille d’explorateurs de l’espace dans un univers presque totalement unifié et pacifié. Au fil des épisodes, ce point de départ est un bon prétexte à explorer diverses thématiques classiques de la science-fiction : une planète consciente, des robots qui se révoltent, les civilisations oubliées, les naufragés de l’espace, les pillards de l’espace, etc. Une caractéristique intéressantes de cette série est que les villes et les vaisseaux spatiaux sont dessinés par Manchu, célèbre illustrateur de couvertures de romans de science-fiction, dont le travail est un peu dans la veine de Chris Foss il me semble. Le même illustrateur a ensuite travaillé sur une autre série de science-fiction française, Ulysse 31.

La musique est composée par Michel Legrand, comme dans tous les dessins animés ultérieurs produits par Barillé, et elle est plutôt réussie, quoique moins riche en diversité de thèmes que l’excellente bande son de la série Capitaine Flam, par Yuji Ohno.
Il était une fois… l’espace n’a pas été un succès. Je suppose que cette manière de se situer entre science-fiction sérieuse et dessin animé un peu puéril n’a pas énormément intéressé le public à une époque où l’on pouvait suivre les aventures autrement palpitantes du robot géant Goldorak ou celles du pirate de l’espace Albator. On peut retenir de Il était une fois… l’espace une vision positive de l’avenir de l’humanité qui, malgré la subsistance de l’ambition guerrière chez certains personnages, nous est annoncé comme un futur de prospérité, de raison et de science où, comme dans Star Trek, Valérian et LaurelineStar Wars ou Les pionniers de l’Espérance, tous peuvent vivre en harmonie, qu’ils soient blancs, noirs, verts, hommes ou femmes et quelque soit le nombre de leurs yeux ou de leurs tentacules.

La toute fin de la série — ses six derniers épisodes précisément — constituent un cycle cohérent dans lequel interviennent des machines pensantes, c’est ce qui motive le présent billet. Cette partie a connu une exploitation en salles sous forme d’un long-métrage intitulé La revanche des humanoïdes.

Les péripéties ne sont pas très importantes, mais pour résumer, la confédération galactique se trouve aux prises avec deux ennemis : les habitants de Cassiopée, qui sont devenus une dictature, et leurs mystérieux alliés, des robots humanoïdes. C’est, en fait, parce qu’ils comptent sur l’appui de ces alliés que les gens de Cassiopée ont quitté la confédération et ont décidé de l’attaquer. Ce qu’ils ignorent, c’est que pour les robots humanoïdes, cet opportunisme guerrier est juste la preuve qu’ils doivent retirer aux humains une partie de leurs libertés. En effet, construits par un savant génial et solitaire deux siècles plus tôt, ces robots planifient de gérer, pour leur bien, l’existence de toutes les espèces pensantes de l’univers, sous l’autorité centrale du « grand ordinateur ». Et il ne s’agit pas d’une application des lois de la robotique asimovienne, car pour le grand ordinateur, peu importe si l’installation de cette dictature doit faire des milliers de victimes. L’ordinateur, sûr de son bon droit, ne s’aperçoit pas qu’il fait ce que beaucoup de despotes avant lui ont fait : penser que la fin justifie les moyens et qu’il rendra l’univers entier parfait une fois qu’il l’aura eu soumis. Personne ne pense à le lui faire remarquer. Plusieurs protagonistes humains tentent en revanche de vexer la machine en lui disant qu’elle n’est pas humaine, car il lui manque toutes sortes de caractéristiques comme l’humour ou le goût pour les arts, passions que l’ordinateur rejette avec mépris. Lorsqu’on lui demande si une machine pourrait composer une sonate comparable à celles de Mozart, il répond : « Cela pourrait se faire, mais quelle en est l’utilité ? La musique exprime le désir de l’homme de se perdre dans l’infini, c’est une rêverie, c’est une fuite ».
Pourtant, Le grand ordinateur n’est pas tout à fait dénué de sensiblerie puisqu’il voue une sorte de culte à son créateur, dont le vaisseau est devenu un mausolée et dont les traits ont servi d’inspiration au bâtiment principal de la ville.

Ce n’est pas par une ruse logique ou une question « trop humaine » que le grand ordinateur sera vaincu, mais grâce à l’intervention radicale et inattendue d’entités venues de très loin et qui se présentent comme une espèce pensante arrivée à maturité, qui ne connaît plus la guerre et qui n’a sans doute même plus d’existence matérielle. Lorsqu’une délégation humaine vient rencontrer cette espèce mystérieuse, c’est pour se faire conseiller de progresser, et de retourner à un état idéal : « au tout début, l’humain était pur esprit ». Bien qu’ils aient sauvé les hommes du grand ordinateur, ces êtres étranges refusent de donner à l’humanité les clés de leur sagesse, expliquant que toute connaissance ne saurait être que durement acquise. On percevra ici une nette influence du bouddhisme (les esprits devenus éternels sont fondus dans un grand tout et la sagesse procède de l’abandon de tout appétit…) mais aussi de 2001 l’Odyssée de l’espace. Je vois ce prêche new-age comme une scorie de la science-fiction de la décennie précédente.

Captures / La Tapisserie

mars 17th, 2011 Posted in Cimaises | No Comments »

Exposition Captures à la Tapisserie, atelier et, à présent, galerie. L’exposition court du 18 mars au 26 mars 2011, son vernissage a eu lieu ce soir. Une table-ronde modérée par Émilie Bouvard et Marie Frétigny se tiendra le 23 mars.

Les artistes présentés sont Jérôme Alexandre, Florent di Bartolo, Jean-Louis Boissier, Stéphane Degoutin, Jean-Michel Géridan, Julien Levesque, Albertine Meunier, Gwenola Wagon et Anne Zeitz.

La Tapisserie est située au 13 rue Pétion, à Paris, à quelques pas de la station de métro Voltaire.

De la vérification par anticipation

mars 14th, 2011 Posted in Au cinéma, Écrans et pouvoir, Images, indices | 15 Comments »

En continuation du billet précédent, j’ai revu hier Le Syndrome Chinois (James Bridges, 1979), qui m’avait marqué dans ma jeunesse. Ce n’est pas un grand film, on est loin des classiques de la paranoïa de la même décennie comme The Conversation, Klute, Three days of the condor, The Tenant, The Parallax view, Bullit ou Get-Apen.

Dans Le Syndrome chinois, une équipe de télévision assiste par hasard à un épisode de panique dans une centrale nucléaire californienne. Parvenant discrètement à filmer l’évènement, ils tentent de convaincre la chaîne d’en faire un sujet pour le journal télévisé, mais les enjeux financiers sont tels que le film est rangé dans un tiroir. Puisque l’incident a été évoqué par la presse, une enquête est rapidement menée et conclut que le public n’a pas été réellement mis en danger.

Continuant leur enquête, Kimberly Welles (Jane Fonda) et son cadreur Richard Adams (Michael Douglas) finissent par entrer en contact avec le responsable technique de la centrale, Jack Godell (Jack Lemmon), un ancien militaire, qui soutient que lui et son équipe avaient parfaitement répondu à une situation inattendue et que le protocole des centrales nucléaires gère même l’erreur humaine.

Par acquit de conscience, Godell effectue tout de même spontanément quelques vérifications. Il découvre avec horreur que les rapports d’experts sur la qualité des soudures de la centrale n’ont pas été faits depuis des années mais que la société qui s’en charge fournit, chaque année, une copie d’anciens documents. Très responsable, Godell veut que l’on stoppe la centrale pour refaire les expertises manquantes, mais on lui fait comprendre que ce n’est pas du tout le moment : des débats publics en vue de la création d’une nouvelle centrale ont lieu quelques kilomètres plus loin et l’arrêt d’une centrale est un processus extrêmement coûteux.

Lorsque Godell, la chaîne de télévision et des activistes anti-nucléaire projettent de rendre public le scandale des fausses expertises, Godell est menacé de mort et doit se réfugier dans sa centrale où, armé et hors d’atteinte, il convoque la presse pour s’expliquer.
Passablement agité, un peu trop technique dans ses explications, un peu confus dans son récit, Godell passe pour un forcené, ce qui permet à la direction de la société qui gère la centrale de le faire abattre impunément.
Ne pas être télégénique peut coûter très cher !

Kimberly, très télégénique, elle, même si elle a des difficultés à se faire confier des sujets sérieux, s’empare d’un micro pour expliquer avec une émotion non-feinte que Godell n’était pas un déséquilibré ni un alcoolique.
Le film s’arrête là-dessus, laissant toutes les questions ouvertes : le public sera-t-il alerté ? Le sacrifice de Jack Godell aura-t-il un impact positif ? Quand au spectateur, qui a tout vu, il sait qu’il y a à présent une fragilité dans la centrale : une catastrophe a été évitée, mais ça n’est que temporaire.

Ce qui est très particulier avec Le Syndrome chinois, c’est que douze jours après sa sortie, le film était en quelque sorte vérifié par l’accident nucléaire de Three Miles Island. La coïncidence temporelle de la sortie du film de fiction et de l’accident véritable ont profondément marqué le public et ont causé l’arrêt quasi-complet du développement du nucléaire civil aux États-Unis. Il est sans doute impossible d’en chiffrer le coût véritable.
Il a fallu, pour que ce film ait un impact, qu’il soit vérifié par la réalité, et il a fallu, pour que l’évènement ait un impact, qu’il ait été expliqué par un film.
Cet aller-retour entre réalité et fiction, interdépendantes dans leur impact potentiel sur l’opinion publique, me semble extrêmement intéressant.