Profitez-en, après celui là c'est fini

Les machines ne sont pas neutres

juin 29th, 2011 Posted in Brève, médiatisation, Parano, stationspotting | 20 Comments »

Pas peu fier, je découvre ce matin avant de prendre un train que mon article Machines hostiles, écrit pour le numéro de juillet du Monde Diplomatique, vient de sortir. Il occupe la dernière page, ce qui me semble intéressant car l’article qui se trouvait à la même place dans le numéro de juin (Consommateur au labeur, par l’économiste Laurent Cordonnier) recoupe partiellement mes préoccupations. Ici, je traite de la méchanceté qui peut se cacher derrière l’apparente neutralité mécanique des machines — thème qui n’étonnera pas mes lecteurs assidus.

Mon premier jet, nettement plus long, partait un peu dans toutes les directions, au risque de se perdre totalement. La version finale bénéficie du rewriting efficace et pertinent de Philippe Rivière que je remercie au passage1.

Il est assez amusant que je retrouve mon nom dans le Monde Diplomatique car mon tout premier site web, installé sur le serveur Mygale il y a presque exactement quinze ans2, est précisément né pour publier une réponse que Nathalie et moi-même avions faite à un article publié dans le Monde Diplomatique, un article assez réactionnaire et plutôt xénophobe, bien éloigné de ce que nous aimions dans ce journal auquel nous étions abonnés. L’article en question était écrit par un jeune maître de conférences en information-communication qui s’en prenait à la bande dessinée japonaise en répétant les arguments de Ségolène Royal, qui, le saviez-vous, avait écrit un livre entier contre les dessins animés nippons quelques années plus tôt3.
Espérons qu’avec l’article un rien luddite que je publie, ce n’est pas moi qui, à mon tour, me montre un peu « vieux con ».

  1. Et tant qu’on y est je remercie aussi Guillaume Barou qui, avec Philippe Rivière, s’est intéressé à ce que j’écrivais sur le présent blog. []
  2. Décembre 1996, je pense. []
  3. Ségolène Royal, Le ras-le-bol des bébés zappeurs, Robert Laffont, 1989. []

Le jeu vidéo et la violence

juin 23rd, 2011 Posted in Fictionosphère, Interactivité | 9 Comments »

Nadine Morano, ministre de l’apprentissage et de la formation professionnelle, précédemment chargée de la famille, a dit hier sur iTélé, en commentant un triste fait-divers (le décès d’une jeune fille frappée à mort à la sortie de son collège) :

« Quand je regarde les programmes que nous avions quand nous étions plus jeunes, comme Flipper le Dauphin, l’autobus impérial (sic), ou encore de bonne nuit les petits, et les dessins animés…, je trouve qu’on ne les amène plus dans un monde de sérénité (…) Il y a une augmentation de l’ultra-violence dans la jeunesse, il faut se demander pourquoi, au regard de l’éducation – donc le rôle des parents -, au regard de notre société avec le développement de certains films très violents ou de certains jeux vidéo »

« De mon temps, c’était mieux », quoi.

Pourtant, en étant un tant soit peu objectif, on est forcé d’admettre que Flipper le Dauphin, l’Autobus à impériale et Bonne nuit les petits ne se contentaient pas de véhiculer une ambiance de sérénité, mais étaient aussi des séries passablement idiotes malgré des qualités auxquelles, les ayant vues enfant moi-même, je reste attaché1. Si nous acceptons le postulat qu’une série télévisée violente est responsable de la violence, faut-il accepter l’idée qu’une série qui véhicule de la sotise rend sots les enfants qui l’ont suivie ? Espérons que non. Et inversement, les générations futures seront-elles supérieurement intelligentes pour avoir regardé des séries actuelles telles que The Simpsons, Futurama ou Family Guy, qui sont d’une richesse thématique inouïe2?

Ce n’est pas la première fois que Nadine Morano présente le jeu vidéo comme cause possible des violences qui existent chez les jeunes et qui sont apparemment en augmentation. D’autres avant elle ont accusé la bande dessinée3, le cinéma, la musique rock, et bien avant tout ça, la lecture en général, soupçonnée de corrompre la jeunesse en lui donnant des rêves inaccessibles et en lui faisant perdre tout sens des réalités.

Baden Pailthorpe, "Sculpture Garden", 2011. L'artiste a placé des sculptures dans l'univers virtuel du jeu "Arma 2: operation arrowhead".

Ce qui est intéressant c’est que chaque fois, cela aboutit à une forme de censure ou d’auto-censure qui modifie profondément le marché économique au profit d’un ou deux de ses acteurs. Hachette avec ses lectures morales pour enfants sages du milieu du XIXe siècle — les bibliothèques vertes et roses — ; DC comics, Marvel et Archie — qui ont remplacé tous les éditeurs américains de bandes dessinées en quelques années ; Casterman, Dargaud, Dupuis, le Lombard et Vaillant4 — qui, sauf Disney, ont permis un temps de faire disparaître la bande dessinée américaine des maisons de presse francophone, notamment Tarzan, cible majeure de la censure de l’immédiat après-guerre ; de manière comparable, Goldorak, Albator ou Cobra ont été interdits de télévision à la fin des années 1980 du fait de leur immoralité supposée, de la maigre qualité (disait-on) du dessin ou de l’animation, et ceci au profit de productions françaises ou américaines objectivement honteuses et heureusement oubliées, telles que Denver le dernier dinosaure ou Jem et les hologrammes — dont il n’est pas exclu que je pense du mal juste parce que ces séries concernaient les enfants de la décennie qui a suivi la mienne : on est toujours appelé à devenir le vieux con d’un jeune con. Chaque fois, une génération s’offusque des passions immorales de la suivante et réhabilite celles de son enfance dans le même mouvement, en tentant de lui offrir une respectabilité critique ou universitaire, en se lançant dans des collections passionnées, etc.
Il s’agit donc d’un rejet de ce qui vient après soi, après un âge d’or qui, sans surprise, est toujours l’époque où l’on avait dix ou douze ans.
Digression : je remarque que c’est souvent (mais pas toujours) une idéologie réactionnaire qui profite des censures imposées à tel ou tel média. Hachette a diffusé auprès de la jeunesse du XIXe siècle la moralité perverse et niaise de la Comtesse de Ségur ; les aventures de Mickey Mouse ne concernent que la défense de la propriété privée ; les grands films Disney font l’apologie de l’autorité politique conférée de naissance ; la bande dessinée franco-belge a impunément véhiculé une propagande catholique souvent raciste ou en tout cas terriblement condescendante ; etc. Les exemples sont innombrables5. Fin de la digression.

Tant qu’ils en ont la force, les coqs de basse-cour tentent de blesser voire de tuer les coquelets qui vivent dans le même poulailler qu’eux. J’ai toujours pensé que le sentiment qui consiste à détester les passions des plus jeunes que soi n’était qu’une variante plus ou moins pacifique du même élan désespéré pour conserver le contrôle, pour rester « dans le coup ». Ce la peut prendre d’autres formes, plus respectables et positives du reste, comme le fait d’adorer la musique électronique de 2011 en ayant pourtant l’âge d’avoir connu la fin de la carrière de Fréhel et les débuts de Georges Brassens.
Pourtant, ce n’est pas parce qu’il est banal de critiquer les passions des plus jeunes qu’il faut s’interdire de le faire, ne serait-ce que pour une raison : ce sont ceux qui ont vécu plusieurs époques qui, quels que soient les biais de leurs raisonnements et la subjectivité de leurs observations, sont à même d’établir des comparaisons.

Par ailleurs, il n’existe pas au monde une question qui ne mérite pas d’être posée, alors celle du lien de causalité entre télévision, jeu vidéo et violence peut et doit l’être, n’en déplaise aux videoludodules. Et il n’est pas aisé de répondre, car les faits sociaux relatifs aux médias de masse ne peuvent pas être facilement distingués les uns des autres (je veux dire par là qu’il n’est pas aisé de trouver une personne qui ne serait soumise qu’à un genre de message), sans compter que l’influence d’un média s’étend au delà de ceux qui en sont consommateurs. On peut, en revanche, effectuer des comparaisons interculturelles : le Japon, par exemple, est notoirement un pays où la violence physique et la délinquance semblent aussi exacerbée dans les fictions que rares dans la vie quotidienne. Mais cette comparaison est superficielle : il existe sans aucun doute au Japon des violences symboliques et des questions hiérarchiques pénibles à vivre de l’intérieur, comme en témoigne par exemple la fréquence de la prostitution occasionnelle chez les étudiantes et les lycéennes.
Les débats sur la mauvaise influence des médias concernent, curieusement, presque toujours la fiction. On parle nettement moins de la publicité, qui est pourtant un média particulièrement important, ou du journal télévisé, au contenu anxiogène. Est-ce que jouer à Grand Theft Auto fait plus perdre le sens des réalités que le fait d’apprendre par son poste de télévision que l’on doit avoir des vêtements de marque ou des gadgets hors de prix pour se sentir un vrai être humain et si l’on veut avoir des amis et des amours ? Est-ce que les Sims sont plus malsains que les couples parfaits qui roulent dans des voitures impeccablement propres, dans des décors somptueux, et ne semblent avoir aucune angoisse matérielle ? Est-ce que c’est un jeu vidéo qui pousse un gamin à arracher l’iPhone (500€)  des mains des passagers du métro alors qu’il est élevé par une mère célibataire qui est payée une misère pour nettoyer les bureaux avant l’arrivée des salariés du tertiaire ? En parlant de téléphone portable, d’ailleurs, qu’a-t-il apporté à la communication entre les gens, et qu’y a-t-il enlevé ?

Baden Pailthorpe, "Twist", 2009. Dans cette vidéo, les phénomènes athmosphériques d'un jeu de guerre deviennent un tableau animé qui rappelle la peinture de Turner.

Il existe une violence générale dans notre société, dont le jeu vidéo peut être pour partie symptôme et peut même être pour partie tenu pour cause, mais il me semble pour le moins imprudent de se montrer catégorique sur ces sujets.

J’ai participé aujourd’hui même au jury de Master du talentueux Baden Pailthorpe, artiste australien dont le mémoire a été dirigé par la philosophe Manuela de Barros. Le troisième jury était l’architecte Alain Cieutat. Plutôt que de se pencher sur un lien mécanique entre la violence présumée de certains jeux et la violence qui existe dans la société, le jeune artiste s’est intéressé au contenu idéologique des jeux, à la manière dont ceux-ci pouvaient être utilisés à des fins de propagande politique mais aussi d’entrainement militaire.

Les oeuvres produites par Baden Pailthorpe dans le cadre de sa réflexion sont en tout cas très intéressantes et cherchent non seulement à comprendre le jeu vidéo guerrier mais aussi à trouver des moyens de le détourner, de lui répondre, de le perturber.

Baden Pailthorpe, "Battle", 2011. Dans cette vidéo, un jeu de guerre est détourné et fait exécuter à des groupes de soldats des ballets absurdes.

Quelle vision du monde diffuse un jeu de guerre où tout personnage qui porte un turban est un terroriste ou un assassin en puissance ? Et quelle est l’influence de cette image lorsque Fox television martèle, peu ou prou, la même vision des pays où sont envoyés les soldats américains ? Est-ce qu’une image simplement « subie » a un effet différent d’une image « jouée » ? Est-ce qu’un jeu qui se situe dans un univers de science-fiction ou de fantaisie a le même impact qu’un jeu qui cherche à décrire une réalité existante ? Est-ce que les jeux font perdre le sens de l’irréversibilité de la mort et de la douleur aux joueurs ? Et si oui est-ce plus grave ou moins grave que les récits patriotiques qui ont envoyé la jeunesse française à Verdun ? Par ailleurs le jeu vidéo donne des réflexes au joueur : ces réflexes se transposent-ils dans le monde non-virtuel, dans quelle mesure, de quelle façon ?6. Enfin, on craint le violence comme sujet de jeu vidéo, mais que penser de la guerre, la « vraie », lorsque celle-ci ressemble de plus en plus à un jeu vidéo ?

Toutes ces questions méritent d’être posées. Mais pas forcément par Nadine Morano.

à lire ailleurs : Une interview de Yann Leroux par le Nouvel observateur ; Une tribune à charge publiée par Le Monde ; Un vieil article de Denis Colombi ; Un vieil article de ce blog.
La photographie du coq est de Peter van den Hamer.

  1. Mais je préférais de loin les émotions fortes que m’apportaient Le Prisonnier, Les Envahisseurs ou Albator, séries réputées plus perturbantes. []
  2. Il se passe plus de choses (situations, gags, références) en vingt minutes des Simpson qu’en plusieurs années de n’importe quelle série de mon enfance. Cela n’est pas forcément toujours une qualité : quelle est la place réservée à l’extrapolation, où sont les images ou les idées dont on croit avoir été spectateur pour les avoir imaginées ? Il me semble que plus une œuvre est sophistiquée et « solide » et moins le spectateur pourra en être le co-créateur.  []
  3. voir le livre Seduction of the Innocent, du psychiatre Frederic Wertham, qui a imposé une censure des comics américains après-guerre. []
  4. Les éditeurs francophones de bande dessinée qui ont imposé la censure étaient une alliance étonnante de supports catholiques et communistes. []
  5.  Une des premières bandes dessinées qui ait été critiqué pour son idéologie, à ma connaissance, est Tarzan, dont on craignait qu’il donne aux enfants des idées anarchistes : suivre ses propres règles, vivre d’amour et d’eau fraîche à moitié nu,… On a dit un temps que cela pourrait rendre les enfants fous et leur faire perdre pied avec la réalité, comme on a craint que les lecteurs de Superman ne finissent par se jeter du haut d’un gratte-ciel, croyant voler, ce qui, malgré une légende urbaine tenace relayée par des gens aussi sérieux que Francis Lacassin, semble ne s’être jamais produit. []
  6. Je peux attester avoir déjà importé dans le monde « actuel » des réflexes issus du monde virtuel, comme je le racontais dans un article sur le jeu Quake. []

Présentation de Processing

juin 22nd, 2011 Posted in Images | No Comments »

Une image de la présentation du 22 juin à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, avec Jean-Michel Géridan et moi-même. La photographie est de Jean-Louis Boissier.

On peut lire le compte-rendu qu’en a fait Jean-Michel ici : www.webdrama.org/?p=582 et le compte-rendu de Futur-en-Seine ici : futurenseinefr.blogspot.com.

[annonce] Processing / Mobilizing

juin 18th, 2011 Posted in Dans la boite-aux-lettres, Processing | No Comments »

Dans le cadre de Futur en Seine, Jean-Michel Géridan et moi-même parlerons de notre livre Processing : le code informatique comme outil de création en présentant, notamment, les réalisations de nos étudiants, tandis que Dominique Cunin et Jonathan Tanant parleront de leur logiciel, Mobilizing, développé depuis deux ans dans le cadre du programme Formes de la mobilités d’EnsadLabs, et qui est spécialisé dans la création d’applications pour les appareils mobiles et leurs spécificités (gyroscope, accéléromètre, multitouch, etc.).

Cela se passera à l’amphi Rodin de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, 31 rue d’Ulm à Paris, le 22 juin 2011 à 17h30.

Message de service, sans rapport : je suis en train de déménager tous mes noms de domaine d’un serveur à un autre, avec quelques incohérences (hyperbate.fr et hyperbate.com n’ont pas le même contenu, par exemple) et avec de nombreux aléas, interruptions de service, etc. Au passage, je remercie ici Nicolas Rennert sans qui plus rien ne fonctionnerait, et je remercie mes locataires de leur patience.

Internet ? C’est le moment ou jamais d’essayer ! (1998)

juin 8th, 2011 Posted in Vintage | 7 Comments »

Un prospectus datant apparemment de 1998, retrouvé au fond d’un tiroir…

L’abonnement de 77 francs (12 euros) est « illimité », mais il faut lui ajouter le coût des télécommunications téléphoniques, ce qui pouvait atteindre des sommes importantes dans mon cas.
L’exemple d’e-mail contient le texte : « Bonjour. J’espère que ton séjour se déroule bien. Tu peux nous joindre. Jérôme ».

iBlind

juin 7th, 2011 Posted in brevets, Parano | 26 Comments »

Apple vient de déposer un brevet pour un système très simple qui permet d’empêcher les utilisateurs d’appareils mobiles de filmer des concerts sans l’autorisation des artistes. « Appareils mobiles » ne signifie pas iPod touch et iPhone uniquement, la technologie peut aussi équiper n’importe quel smartphone, appareil photo ou caméra. Un signal infra-rouge, invisible à l’œil nu, signale à tout appareil équipé du capteur correspondant que l’enregistrement vidéographique est interdit.
Bien sûr, ce n’est qu’un des milliers de brevets qu’Apple a déposé et rien ne dit qu’il sera utilisé par quiconque, Apple compris. Néanmoins l’idée est lancée et je parie qu’elle fera son chemin, eu égard aux intérêts en jeu1.

On peut2, à juste titre, s’interroger sur le refus de laisser le public s’approprier la culture populaire et inscrire ça dans le débat actuel sur les droits d’auteur, le piratage, le droit du public à prendre des photographies dans les musées, etc.
Cela pose une autre question techno-philosophique : lorsque l’on achète un appareil numérique quelconque, son usage (y compris son mauvais usage) nous appartient-t-il ou bien appartient-il au constructeur de l’appareil ? Et à présent que Google, Facebook ou Apple entendent maîtriser nos données numériques — devenues plus immatérielles que jamais avec le cloud computing —, s’imposant en quelque sorte comme les auxiliaires indispensables de nos mémoires et de notre vie sociale, quel pouvoir, exactement, leur donnons-nous sur nos existences ?

Dans « Men In Black » (1997), une agence secrète de gestion des populations d’origine extra-terrestre utilise un « neuralizer » (ou « flashouilleur ») pour effacer les souvenirs du public et lui épargner (sans lui demander si c’est ce qu’il veut) les angoisses qu’il subirait s’il était conscient de la complexité réelle du monde dans lequel il vit…

Mais le grand paranoïaque que je suis voit tout de suite une application nettement plus pragmatique au procédé inventé par Apple : la possibilité de créer des zones aveugles à toute « sousveillance »3. Certains lieux publics « sensibles » pourront être équipés des fameux émetteurs infra-rouge, par exemple. Il existe déjà des procédés pour rendre les caméras aveugles à l’aide de lasers, mais ceux-ci n’aveuglent que partiellement les appareils et ne fonctionnent pas dans toutes les conditions — ils doivent savoir où se trouve la caméra qu’ils veulent aveugler, notamment. Il est aussi possible, par voie légale ou par filtrage, d’empêcher en aval certains enregistrements vidéo d’être diffusés.
Ici les choses seront plus simples puisque c’est l’appareil enregistreur lui-même qui reçoit l’ordre de ne pas filmer.

J’imagine assez bien le message : « Afin de respecter les lois en vigueur dans votre pays, vous n’êtes pas autorisé à filmer dans cette zone ».

Le procédé pourra facilement être appliqué à de nombreuses activités : un concert de Lady Gaga, oui, mais aussi les vacances d’un mafieux, le démantèlement d’un camp rrom, une charge brutale de CRS ou encore un enlèvement politique au grand jour4, etc.
On dépense ces temps-ci une énergie considérable pour convaincre l’opinion qu’il est capital que les puissances en place (publiques ou privées) échappent à sa curiosité et à son pouvoir, au nom du maintien de l’ordre, au nom d’une mauvaise interprétation du droit à la vie privée ou encore au nom du droit des artistes et des sociétés à disposer de leurs créations. Il ne faut pas s’y tromper : les premiers clients du procédé d’Apple ou de toute autre technologie comparable qui sera développée dans le futur seront extrêmement mal intentionnés.

  1. nota : le nom iBlind est de moi, mais je n’ai pas déposé de brevet. []
  2. Lire notamment : Apple n’aime décidemment pas la culture populaire (mais n’est pas la seule), par Pier-Alexis Vial sur Culturevisuelle. []
  3. La sousveillance est l’activité inverse à la surveillance : ici la caméra ne pointe pas la foule, c’est la foule qui pointe la caméra. cf. cet article et celui-ci. []
  4. Les arrestations arbitraires et la mise au secret sont très à la mode ces temps-ci : on n’a toujours pas de nouvelles de l’artiste chinois Ai Weiwei ni de la blogueuse syrienne Amina Abdallah (Gay girl in Damascus) a disparu hier, encadrée par trois hommes armés. []

[Annonce] Particip-a-type

juin 5th, 2011 Posted in Dans la boite-aux-lettres, Diplômes, Interactivité | No Comments »

Élise Gay et Kévin Donnot, tous deux étudiants en cinquième année à l’École des Beaux-Arts de Rennes, passent leur Diplôme national supérieur d’expression plastique dans quelques jours. C’est à eux que l’on doit le graphisme du livre SF, de George Dupin, évoqué précédemment.

Ils m’ont demandé de relayer l’annonce de la publication leur projet Particip-a-type, démarré à l’occasion de Dynamic Typeface, un workshop du studio néerlandais Catalogtree.

Particip-a-type.co.cc est un site participatif de création typographique en ligne.
Chaque nouvel utilisateur est invité à modifier le dessin du caractère créé par l’utilisateur précédent, influençant à son tour le suivant. Les fontes dessinées sont archivées et téléchargeables au format Opentype pour être utilisées.
Tous les caractères portent l’empreinte de la grille triangulaire de base, qui donne une unité à l’ensemble, évite une trop grande stabilisation des formes et invite à la modification.
Toutes les fontes sont distribuées gratuitement, sous licence Creative Commons BY-SA, étant admis que la paternité appartient à l’ensemble des contributeurs du site. Il s’agit donc d’un outil libre (FLOSS) de dessin de caractère, prenant en compte les questions actuelles de partage et de mutualisation de la création.
Il utilise TTX, un logiciel libre de LettError.

Voilà, à vous de jouer, contribuez !

Une image familière

juin 2nd, 2011 Posted in Cimaises, Images, Personnel | 5 Comments »

En 2001, envoyé une semaine à Venise avec Nathalie, Claude Closky et toute l’équipe du Musée d’Art Moderne du Luxembourg pour l’inauguration de son site Internet pendant la biennale, j’ai eu le temps de visiter les pavillons des différents pays et de prendre quelques photos avec mon tout premier appareil numérique, un Fuji MX2700, reçu deux ans plus tôt d’un client qui ne pouvait me payer que de cette manière. L’appareil, plutôt luxueux pour l’époque, pouvait prendre une quinzaine de photos en 1800×1200 pixels ou une centaine en 640×480. J’ai préféré la quantité à la qualité, je n’ai donc malheureusement fait que des photographies en très basse résolution.
Parmi les images ramenées, il y avait celle-ci, prise dans le pavillon finlandais :

La visiteuse de l’exposition regarde avec attention un mur qui semble plutôt vide. En fait, ce qui se trouve devant elle est une série de fils tendus parallèlement au sol. L’œuvre, baptisée North, était due à Tommi Grönlund et Petteri Nisunen, mais je ne l’ai su que bien plus tard, d’autant que le collectif responsable de l’exposition du pavillon finlandais avait choisi de ne pas mettre en valeur les noms des auteurs individuels des pièces présentées.

Quatre ans plus tard, j’ai chargé cette image sur Wikipédia pour illustrer l’article consacré à la biennale de Venise, article que j’avais d’ailleurs créé un an plus tôt. Et puis je l’ai utilisé (enfin je crois que c’était moi mais je ne peux plus le vérifier) pour illustrer le modèle « série art contemporain », une petite palette affichée à droite de chaque article de la série, palette qui contenait des liens vers les principaux articles génériques consacrés à l’art contemporain : portail, liste d’artistes, etc.
Cette palette a été associée à plus de 800 articles.
Récemment, les palettes de « séries » ont été supprimées, au profit d’un bandeau discret d’appartenance à un champ thématique. Mon image est toujours présente sur Wikipédia, mais uniquement pour illustrer la biennale de Venise.
De manière amusante, beaucoup de gens ont cru que ce visuel était une illustration des sujets des articles sur lesquels il était présent, et il n’est pas rare de le voir reproduit aux quatre coins du web, accompagné de légendes fantaisistes. Certains voient du papier peint, d’autres des monochromes, d’autres encore de l’art optique et même, de l’art vidéo. Parmi les artistes à qui l’œuvre a été attribuée à tort, je note entre autres Pierrette Bloch, Herbert Zangs, Roman Opalka ou encore, Claude Closky. Par ailleurs, un des véritables auteurs de l’œuvre m’a contacté personnellement il y a deux ans pour obtenir une version de l’image en plus haute définition et pour savoir si la personne photographiée devant le mur était Yoko Ono, dont il savait qu’elle avait visité l’exposition. Je n’ai pu l’aider ni dans sa quête d’une image de bonne qualité ni le renseigner quand à l’identité de la spectatrice.

À présent, l’image qui renvoie au portail de l’art contemporain est un tableau de Théo Van Doesburg, initiateur du groupe De Stijl, décédé il y a quatre-vingt ans, donc assez peu « contemporain », au point que l’article qui lui est consacré sur Wikipédia n’est pas orné du bandeau « art contemporain » pourtant réalisé d’après une de ses peintures. En revanche cette image se réduit très bien au format d’une icone et est plutôt efficace, même si on lui reprochera de proposer une version un peu décorative et même un peu passéiste de ce qu’est la création artistique contemporaine.

Caroline Delieutraz, du collectif Microtruc, s’est intéressée à cette image et à son histoire précisément au moment où elle a perdu sa fonction d’illustration générique de l’art contemporain. Elle a donc eu le temps de réaliser un certain nombre de captures d’écran avant la disparition de la palette « série art contemporain » et a mené une investigation sérieuse sur l’image,  son usage et son statut, travail qui l’a naturellement menée à m’interroger sur le sujet : est-ce que cette image synthétise une certaine manière de considérer l’art contemporain ? Et puisqu’elle a sans doute été énormément vue, est-ce qu’elle peut avoir ensuite influé sur la perception que le public peut avoir de l’art contemporain ?

J’ai une mémoire de poisson rouge et j’aurais oublié l’existence même de cette image si Caroline ne me l’avait pas rappelée. Le résultat de son travail d’enquête, une vidéo d’une vingtaine de minutes, sera montré à l’espace 22,48m2 (30 rue des envierges, Paris 20e) à partir d’aujourd’hui, dans sa première exposition personnelle, intitulée Falling Pictures.

On avance

juin 1st, 2011 Posted in Lecture, Personnel | 5 Comments »

La rédaction de mon prochain livre progresse à grands pas. L’ouvrage est à présent annoncé sur le site de l’éditeur, avec sa couverture plus ou moins définitive. Plusieurs personnes m’ont écrit pour me dire leur impatience de savoir ce que j’allais raconter… J’espère qu’ils en auront pour leur argent, je m’y emploie en tout cas.
Je devrais terminer pour la fin du mois de juin mais on m’a octroyé un délai pour finaliser le travail, et je ne m’en plains pas, même si ça repousse d’autant le redémarrage de ce blog1.

En attendant la parution du livre (un peu avant le festival d’Angoulême), je vous conseille les livres de mes-amis-qui-ont-du-talent : le SF de George Dupin, déjà évoqué sur ce blog et enfin disponible, magnifique déambulation photographique parmi les utopies urbanistiques du monde moderne ; Roger Excoffon – Le gentleman typographe, par mon directeur de collection David RaultCent mille journées de prière, par Loo Hui Phang et Michaël Sterckeman, que j’ai juste feuilleté pour l’instant et qui m’a l’air superbe ; La Nuit, par Stanislas Gros, album poétique édité par Bayou/Gallimard et plus ou moins né de l’expérience Donjon Pirate2 ; Une Vie sans barjot par Appollo et Stéphane Oiry que, là non plus, je n’ai pas encore acquis mais qui, si on se fie à la précédent collaboration d’Appollo et Oiry, Pauline (et les loups-garous), ne peut être que très bien ; enfin, Blackbird, par Pierre Maurel, récit que j’avais déjà évoqué ici alors qu’il était auto-édité sous forme de fascicules et qui vient d’être relié en un seul volume et publié aux éditions de L’Employé du Moi. L’album est un objet très joli et franchement pas cher.

  1. Ce qui épargne au lecteur les banalités que j’aurais pu dire sur le fait-divers de Dominique Strauss-Kahn et sur son traitement médiatique, par exemple : tant mieux sans doute. []
  2. Un jour il faudra reparler de Donjon, qui est sans doute le plus beau et le plus gros soufflé de l’histoire de la bande dessinée. []

Le bug

mai 29th, 2011 Posted in Brève, Interactivité | 3 Comments »

De temps en temps, Google m’écrit pour me proposer de souscrire à telle ou telle offre commerciale. L’enveloppe que je reçois dans ma boite aux lettres ressemble à ça :

J’ai beau y être habitué, le fait de recevoir une enveloppe sur laquelle se trouve le logo de Google constitue toujours un petit choc, comme si j’étais en présence d’un objet qui n’a rien à faire là, qui est issu d’une autre dimension, d’un autre plan de la réalité.
Et c’est un peu ça, d’ailleurs.