Profitez-en, après celui là c'est fini

Du design « brut »

août 29th, 2009 Posted in Brève, Personnel | 8 Comments »

Fin des vacances !

croatiandesigners

J’aime beaucoup cette pancarte croisée dans une rue de Zadar, en Croatie.

Puisque c’est comme ça je m’en vais, n’essayez pas de me retenir

août 3rd, 2009 Posted in Brève, Mémoire, Personnel | 11 Comments »

ugljanIl fallait que ça arrive, je prends des vacances, je pars pour un séjour de quelques semaines dans un petit port de pêche de l’Adriatique où de fiers insulaires risquent leur vie sur des bateaux minuscules pour ramener des thons, comme l’ont fait leurs pères et les pères de leurs pères pendant des milliers d’années, bravant la mer à l’aller et affrontant à présent lorsqu’ils rentrent au port les regards sombres et culpabilisateurs des écologistes. Je ne me hasarderais pour ma part sans doute pas à causer là-bas du thon rouge, victime de surpêche et dont on annonce la disparition en 2012.
Là-bas, je n’aurai pas de connexion Internet. Certains aiment ces épisodes déconnectés, pour ma part j’ai plus de mal.
Donc je disparais du réseau. Juste avant cela, puisque l’on parle de réseau, j’emporte un petit souvenir, cette communication de Serge Soudplatoff, signalée par Read Write Web.
Sur les trois quarts d’heure que dure l’intervention, je n’ai strictement rien appris, je connais l’histoire et le fonctionnement du réseau, comme une grande partie du public du reste. Je n’ai pas non plus été surpris par les visions prospectives développées ou par les anecdotes relatées (cliquez sur l’image pour voir et entendre).

Serge_Soudoplatoff_internet

Par contre j’ai été quelque part assez ému. Non pas ému par l’évocation du passé du réseau (ce qui serait bien mon genre) mais ému de voir que quelqu’un de renseigné pouvait, aujourd’hui encore, se montrer positif voire même franchement optimiste en pensant à la manière dont le réseau modifie peu à peu l’économie, la politique, et la société toute entière. Pour moi qui ai vu naître l’Internet grand public1, l’histoire récente du réseau est plus désespérante qu’autre chose : verrouillages politiques et légaux divers, captation de l’énergie (créative notamment) des internautes par de grosses sociétés… Et je ne parle pas des services qui n’ont jamais si mal fonctionné qu’à présent, comme l’e-mail, gangréné par le spam et négligé par les opérateurs, ou les forums usenet, eux aussi délaissés par les fournisseurs d’accès. Le mail et Usenet sont deux services qui appartiennent pourtant à l’épine dorsale du réseau d’origine.
Ce que Serge Soudplatoff, acteur de l’industrie de l’informatique et du réseau, rappelle ici, c’est qu’Internet a moins changé au contact du monde extérieur, du monde séculaire disons (car ça a été un sanctuaire, Internet), que le monde n’a changé au contact du réseau. Au fond, même si je n’y crois qu’à moitié (j’ai un verre à demi-vide à opposer à chaque verre à demi-plein du conférencier), ça fait plaisir à entendre et du reste, c’est bien dit.
Vague impression d’avoir retrouvé ici quelque chose que j’avais perdu en route sans même en avoir conscience.

kali

Bon, sur ce, je pars au soleil et au bord d’une mer tiède dans le but précis de m’enfermer pour lire toute la journée.

  1. Je dis bien grand public — j’ai connu le réseau avec l’arrivée de Compuserve en France au milieu des années 1990. Un jour je parlerai de ce temps au moins de vingt ans qui ne peuvent pas le connaître, le temps des pages sans images sur fond gris, avec des textes invariablement noirs et des liens bleu électrique, l’époque où le seul fait d’avoir un site personnel permettait de se faire embaucher par Lagardère…  [↩]

Dumbphones

juillet 31st, 2009 Posted in indices, Interactivité, logiciels, Parano | 18 Comments »

iPhoneJ’ai toujours dit que j’achèterais un iPhone le jour où Apple enlèvera la pénible fonction «téléphone»1, mais je commence à me demander si c’est une bonne idée. Les dispositions diverses qui font de l’iPhone une plate-forme de développement et d’exploitation logicielle particulièrement cohérente en font aussi un objet verrouillé qui appartient plus à son constructeur qu’à ses utilisateurs. Si Apple dépense beaucoup d’énergie à refuser le portage du player Flash d’Adobe sur iPhone (ce serait la porte ouverte à pléthore de jeux et autres applications récréatives ou sérieuses dont l’économie échapperait totalement à Apple), la sécurité générale de l’engin ne semble pourtant pas parfaite puisque des hackers ont démontré hier pendant la conférence Black Hat Cybersecurity qu’ils pouvaient contrôler à distance n’importe quel iPhone via de banals SMS.
Tout ça n’a pas grand intérêt et je suppose que le manque de sécurité des téléphones mobiles — outil parfait de surveillance des communications, de l’activité et de la localisation de leurs propriétaires — est connu de tous. J’ai été plus étonné de la promptitude de la presse planétaire à parler de la faille de sécurité des iPhones alors que les hackers auteurs de la démonstration, Charlie Miller et Collin Mulliner, ont aussi annoncé disposer de méthodes de détournement par SMS des plate-formes Windows Media Mobile et Google Androïd. On n’a pas beaucoup parlé non plus de la mise-à-jour des téléphones Blackberry aux Émirats arabes unis : en constatant que leurs batteries se vidaient nettement plus vite depuis la mise à jour de leur système, les habitants des Émirats ont finit par comprendre que leur opérateur télécom (contrôlé par l’état) avait installé un logiciel espion sur leurs smartphones.
Bref je m’étonne qu’on parle surtout du défaut de sécurité de l’iPhone alors que c’est l’ensemble du parc des téléphones intelligents qui rencontre des problèmes en la matière.

Il y a plus étonnant : dans l’affaire des e-books effacés par Amazon, je pense n’avoir vu aucun article de presse mentionner le fait que ce scandale ne se limitait pas aux lectrices Kindle2 d’Amazon, mais concernait aussi les iPhones d’Apple. Or c’est le cas, ainsi qu’on peut l’apprendre en lisant la plainte déposée par deux malheureux acquéreurs d’e-books de George Orwell2.

Je suppose qu’il ne faut voir dans tout ça qu’une habitude de la presse à simplifier les nouvelles, d’autant que les e-books supprimés sur iPhone l’ont été par le vendeur, à savoir Amazon.

  1. Je sais ce que l’on va me dire, mais non, non, un iPhone sans téléphone ça ne fait pas un iPod Touch, car ce dernier n’embarque pas d’appareil photo [↩]
  2. On peut lire ce document ici (format pdf).  [↩]

Auto-tune the news

juillet 27th, 2009 Posted in Chansons, logiciels | 18 Comments »

autotuneLe logiciel Auto-tune, sorti en 1997, permet de caler des notes chantées sur celles qui sont jouées au clavier. Il sert entre autres à corriger les voix mal ajustées, de manière différée ou en «temps réel», par exemple lors d’un concert. Plus ou moins discret, il peut rappeler le son du vocodeur (Herbie Hancock, Daft Punk) et donner l’impression d’une voix constament en train de muer.
On appelle souvent l’auto-tune «effet Cher», puisque le premier titre musical marquant à avoir employé le logiciel Auto-tune de manière particulièrement identifiable est Believe, par la chanteuse Cher. Un certain nombre d’autres logiciels permettent à présent d’obtenir les mêmes effets.
Quand on suit les télé-crochets comme la «Nouvelle Star», on remarque que beaucoup de jeunes gens à présent vingtenaires qui ont formé leur oreille à des chansons auto-tunées s’efforcent spontanément d’en imiter l’effet sans assistance d’un logiciel : ils reproduisent talentueusement un procédé créé au départ pour masquer palier à la médiocrité des chanteurs. C’est un peu comme si l’on portait un plâtre, des lunettes de vue ou un appareil dentaire pour avoir l’air élégant.

jayzdoa

Le mois dernier, le rappeur Jay-Z s’en est pris à l’auto-tune, technique qu’il juge malhonnète, dans un titre justement intitulé The Death of Auto-tune, issu de l’album du même nom. Le système n’est pourtant pas dénué de qualité créatives, notamment lorsqu’on l’utilise pour transformer des phrases parlées en phrases chantées.

C’est ce que font les Gregory Brothers, un quatuor de blue-eyed soul («musique soul aux yeux bleus») new yorkais qui est composé de trois frères, Andrew, Michael et Evan Gregory, auxquels s’ajoute Sarah, l’épouse d’Evan Gregory.

Depuis le mois d’avril dernier, les Gregory Brothers ont produit six clips destinés à être vus sur Youtube et qui sont réunis sous le nom générique Auto-Tune the News. Ces films ont eu un grand succès, tout le monde est tombé dessus et s’est amusé en voyant Barack Obama pousser la chansonnette. Le projet me semble pourtant bien supérieur aux vidéos virales habituelles.

Le principe est de récupérer des extraits de journaux télévisés puis de les monter, de les mettre en musique et éventuellement d’y incruster des éléments (les membres du groupe, principalement, dont l’un porte souvent un costume de singe et participe aux émissions sous le nom d’angry gorilla) filmés sur fond vert, sous le lit de Michael Gregory.

gbrothers1

La forme est complètement libre et tout cela est réalisé avec des moyens accessibles à des amateurs ou à des semi-professionnels : les logiciels Logic Express, Auto-tune, Melodyne, Final Cut Express et iMovie. Lorsque les producteurs de télévision réalisent des montages vidéo comparables (pour ne parler que de la vidéo), c’est souvent avec des logiciels de «compositing» aux prix prohibitifs tels que Flame, After effects ou Combustion. Mais ici, la plate-forme de diffusion n’offre qu’une qualité sommaire et l’aspect low-tech est fièrement revendiqué.
Il est probable que la musique n’ait aucun sens sans les images, et réciproquement, et que les clips eux-mêmes n’aient guère d’intérêt ailleurs que sur des plate-formes de vidéo en ligne.

La profession de foi, chantée (évidemment) dans le générique final est : every thing sounds better autotuned — Tout sonne mieux, une fois «auto-tuné».
Il y a là un message très simple : le discours politique (au sens le plus large car de nombreux sujets de société sont traités) que diffusent les journaux télévisés sonne faux. La musique, à vrai dire, ne l’arrange pas, et ridiculise les ultra-réactionnaires comme le politicaly correctness. Il fait aussi apparaître le recours, dans le discours public, à des méthodes rhétoriques issues des prêches religieux qui ont aussi fondé une bonne partie de la musique américaine.

gbrothers2

La formule n’a semble-t-il pas été trouvée tout de suite : les premières vidéos postées, réalisées pendant la campagne présidentielle, étaient plus grossièrement politisées (1, 2, 3, 4) et n’utilisaient pas systématiquement l’auto-tune. Ont ensuite suivi des vidéos mettant en scène des personnes et des discours respectés par les auteurs : Winston Churchill, Martin Luther King et John Fitzgerald Kennedy. Enfin, sont venues les vidéos dont je parle plus haut : Basket-ball, déboires de l’économie, Pentagone (11/04/09), Pirates, homosexualité, drogue (21/04/09), Cuba, amitié avec l’afghanistan, bipartisme (15/05/09), Spas, serbes, Sotomayor (29/05/09), La laitue, les bénédictions de l’Amérique (19/06/09), Michael Jackson, la drogue, Sarah Palin (11/07/09 — ma favorite pour l’instant).
On peut par ailleurs acquérir les titres du label Gregory Residence Records (Auto-tune the news mais aussi les titres soul élégant de l’album Meet the Gregorys brothers) au format mp3 sur Amiestreet.com.

Bionic Woman

juillet 26th, 2009 Posted in Robot au cinéma, Série | 29 Comments »

bionic_womanDans L’Homme qui valait trois milliards (The six million dollar man, 1974), l’astronaute Steve Austin, dont le corps a été réduit à l’état de débris par un accident, était réparé par les techniciens de l’Office of Scientific Intelligence de la CIA. Doté d’un corps partiellement robotisé (bionique), il met sa force et sa vitesse au service de ceux qui l’ont sauvé. La série a connu un grand succès et une série dérivée intitulée Super Jaimie (The Bionic Woman, 1976)  a été lancée sur un prétexte voisin : Jaime Sommers, championne de tennis, subit un grave accident de parachute et son fiancé Steve Austin convainc les autorités de faire pour la jeune femme ce qui avait été fait pour lui : réparer son organisme avec des prothèses électroniques et en faire un sujet d’expériences et un petit soldat pour des missions réclamant des capacités extraordinaires.

D’une manière générale, on peut dire que les séries des années 1970 à 1980 n’étaient pas très bonnes, car leurs scénarios étaient répétitifs et leurs protagonistes, plutôt monolithiques dans leur psychologie. Cela fonctionnait malgré tout parfois, si l’ambiance était suffisamment forte (le paranoïaque The Invaders), si chaque épisode offrait son lot de surprises et de fantaisie (The Avengers, Star Trek, Cosmos 1999), ou si la morne répétition des actions se justifiait par le récit (The Prisonner, Mission Impossible).  Bien entendu, ceux qui avaient huit ou dix ans à l’époque de la diffusion de Trois drôles de dames, Wonder Woman, l’Homme de l’Atlantide, Starsky et Hutch et Super Jaimie en gardent un bon souvenir, moi le premier, mais visionner à nouveau ces séries est difficilement supportable à présent car nos standards ont changé. Les séries telles que Hill Street blues (1980) ou dans un genre bien différent Twin Peaks (1990), ont fortement modifié les pratiques scénaristiques : foison de personnages, surprises, récits mêlant série (l’épisode se suffit à lui-même) et feuilleton (l’ensemble des épisodes raconte une histoire complète), protagonistes tiraillés par diverses émotions… Tous ces ingrédients se sont imposés comme standards, donc, jusqu’à devenir plutôt banals, et c’est dans ce contexte qu’a été créée une toute nouvelle série sur le prétexte de La femme bionique : Bionic Woman (2008).

super_jaimie_steve_austin

Faire un remake de l’histoire de Jaime Sommers plutôt que de celui de Steve Austin est un détail très symptômatique de l’époque contemporaine : après des décennies d’aveuglement, les producteurs de séries ont enfin compris que les personnages féminins avaient un potentiel infiniment supérieur à celui des personnages masculins, notamment dans les séries d’action. Le rapport au devoir, aux dilemmes sentimentaux ou professionnels, l’empathie ou la sympathie pour les amis comme les ennemis, tout cela fonctionne nettement mieux avec des femmes. Bien entendu de nombreuses séries ont eu des personnages principaux de sexe féminin (outre celles déjà citées, mentionnons The secrets of Isis, inconnue en France), et beaucoup ont vu dans ces récits une forme de féminisme qui ne refuserait pas la féminité (le lipgloss feminism). Il me semble malgré tout que les auteurs des années 1970 se débrouillaient pour que leurs héroïnes adoptent une attitude subordonnée et relativement passive. Le pompon est remporté dans ce registre par Wonder Woman, héroïne féministe par excellence, puisqu’elle est princesse des amazones, dans sa version comic-book qui devient à la télévision et au bout de quelques saisons une midinette enamourée de son supérieur dans l’armée américaine1. Terrible recul par rapport à la perversité et à l’humour de Bewitched (Ma sorcière bien aimée, 1964) qui faisait du mariage idéal de la middle-class une institution hypocritement et artificiellement maintenue en dépit d’un bouleversement des hiérarchies au sein du foyer.

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La Jaime d’origine, dont on nous précisait sans galanterie que son corps bionique avait coûté moins cher que celui de Steve Austin (qui d’ailleurs court un peu plus vite), est essentiellement une poupée Barbie au sourire éclatant et au brushing étudié, mais elle n’était tout de même pas totalement inintéressante, pour autant que je m’en rappelle. Le personnage est d’abord apparu dans L’Homme qui valait trois milliards. Femme bionique ratée (son organisme rejette ses organes électroniques et elle souffre de maux de tête), elle meurt après deux épisodes, laissant un Steve Austin inconsolable. Le public ne l’a pas entendu de cette oreille et a exigé le retour de Jaime Sommers. Une histoire cousue de fil blanc a dû être inventée pour la ressuciter : son cerveau a été cryogénisé, son corps réparé, à l’insu de Steve, et Jaime a pu revenir à la vie mais a perdu la mémoire et subit de violentes migraines lorsqu’on lui rappelle son amourette avec Steve.
Sous la couverture d’une maîtresse d’école et accompagnée (à la fin de la série) de son berger allemand bionique Maximillion (un million de dollars seulement, encore moins cher qu’une femme bionique !), elle se bat notamment contre des femmes robots, contre un coiffeur qui diffuse un sérum de vérité par les cheveux de ses clientes et contre l’intrigante Lisa, qui s’est fait donner les traits physiques de Jaime par chirurgie esthétique et qui utilise un produit dopant pour avoir une force équivalente.

Il y a des ombres dans l’histoire de ces soldats bioniques : leurs corps appartiennent au gouvernement et il leur arrive de devoir se défendre de leur propre employeur lorsqu’ils sont en désaccord avec lui ou qu’ils sont victimes de complots et autres affaires de sosies. Mais dans ce genre de série, à cette époque, tout cela restait à l’état de potentiel inexploité, nous sommes à des millénaires des états d’âme du major Kusanagi dans Ghost in the shell.

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La série Bionic Woman (2008), suivant les canons actuels, donc, exploite un peu tout ça, mais de manière finalement un peu décevante.
Lorsque l’on dit à la nouvelle Jamie Sommers que son corps (qui vaut cinquante millions de dollars !) appartient à une agence de contre-espionnage, elle ne se rebelle que bien mollement. Lorsqu’elle apprend que ses déplacements sont repérés en permanence («Pour ce prix-là, on a installé un GPS») et que tout ce qu’elle voit apparaît sur les écrans de l’agence, elle se scandalise quelques minutes puis n’en reparle plus. Elle apprend aussi que les nano-robots qui peuplent son organisme ont une date de péremption de cinq ans, et que son espérance de vie est donc plutôt courte. Elle en est passagèrement affligée mais n’en reparle plus non plus.
Interprétée par Michelle Ryan2, une jolie brune aux yeux clairs et au physique tout à fait contemporain, Jaime se trouve constamment tiraillée entre trois centres d’intérêt : sa petite soeur adolescente turbulente de quinze ans, dont elle est tutrice et qui apparaît régulièrement dans le récit pour compliquer l’existence de Jamie ; sa propre vie affective, qui ne la mène pas à grand chose ; enfin, son activité de sauveuse du monde.
Michelle Ryan est assez sportive et elle est plutôt crédible lorsqu’elle se bat (un peu moins lorsqu’elle court, d’autant qu’elle porte des talons). Elle effectue apparemment bon nombre de cascades elle-même, sous la direction de Dean Choe, qui a travaillé sur Dark Angel, X-men et bien d’autres fictions. Le montage syncopé et frénétique ne rend sans doute pas justice à la qualité des combats ou des effets visuels. Les plans sont souvent filmés de trop près pour qu’on apprécie bien tout ça. Dommage de recourir aux techniques cache-misère des mauvais clips musicaux lorsque l’on a manifestement les moyens de faire bien mieux.
Dans la série originelle, deux astuces de mise en scène étaient exploitées en permanence : le ralenti (qui donne paradoxalement une impression de vitesse ou de puissance) et un son de ressorts synthétiques. Ici, les effets sont bien plus discrets, mais quelques actions au ralenti se font remarquer de ci de là.
La relative discrétion des effets visuels sert au fond à dire que l’important, ce n’est pas la machine, mais bien la personne. C’est un des aspects réussis de la série.

bionic_woman_sarah

Jaime est fréquemment en contact avec Sarah Corvus, une autre femme bionique aux sentiments apparemment impénétrables et complexes dont l’organisme déraille et dont le cerveau a peut-être été piraté. Bon personnage interprété par Katee Sackhoff (Starbuck dans Battlestar Gallactica), elle représente un peu le sombre futur de Jaime : ne va-t-elle pas elle aussi se détraquer ? Entre les deux femmes se crée donc un lien ambivalent, où s’alternent discussions et bagares, coups de pouce et menaces. Après seulement quatre épisodes, le personnage de Sarah Corvus disparaît sans explications et tout le potentiel tragique de la série s’envole avec elle.

Parmi les personnages secondaires, il y a d’abord Will, le fiancé, jeune chirurgien et professeur d’université : «Quand avons-nous le droit d’intervenir dans l’œuvre de Dieu ? Cette question est au coeur même de la bioéthique». Jaime le voit mourir dans ses bras (tué par Sarah) et découvre peu après que ce brave garçon enquêtait sur elle depuis deux ans mais aussi que c’est lui qui a redonné vie à Sarah, à l’insu de tous. Will est par ailleurs le fils du créateur de la technologie bionique. On ne saura finalement rien des secrets de Will Anthros et de son père, encore une piste abandonnée de la série.
Il y a ensuite Jae, le préparateur physique de Jamie ; Antonio son superviseur (qui meurt dans un épisode assez idiot) ; Ruth Treadwell, la psychologue de l’agence (l’actrice Molly Price est bonne, mais le rôle s’avère négligeable, comme si les scénaristes n’avaient jamais trouvé comment occuper leur personnage) ; Nathan, le «geek sidekick» de service, qui sait souder un pied robot, réparer une oreille qui siffle et manipuler des logiciels d’aiguillage aérien.
Lors d’une mission, Jamie rencontre Tom Hatings, un bel espion qui appartient à la CIA. Il est l’homme de sa vie, elle le présente même à sa sœur, mais l’affaire n’est tout de même pas assez sérieuse pour qu’il ait envie d’apparaître dans les deux derniers épisodes. Bien entendu, il y a Becca, la petite sœur de Jamie, qui est ici employée d’une manière devenue classique depuis le Spiderman de Stan Lee (1962), pour raccrocher la super-héroïne bionique à des questions triviales diverses : à quoi sert d’avoir une force herculéenne lorsque le problème est de savoir si une jeune fille de quinze ans peut embrasser un garçon plus âgé ? Malgré les efforts de l’actrice qui l’interprète3, le rôle de l’adolescente est écrit d’une manière qui manque un peu de cohérence puisque, selon les besoins du récit, elle fera preuve d’une grande maturité ou bien sera au contraire une cancresse fêtarde, une adolescente capricieuse ou encore une passionnée de théâtre. Dans le premier épisode, Becca est même une hackeuse délinquante à qui un juge à interdit de toucher à un ordinateur : piste scénaristique qui est abandonnée aussitôt. On se demande parfois si les scénaristes n’ont pas égaré leur «Bible» — ainsi que l’on nomme l’ouvrage de référence sur lequel s’appuient les scénarios.

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Pour finir,  le patron de Jaime, Jonas Bledsoe, aurait pu être un assez bon personnage de figure paternelle bienveillante malgré son autorité. Il est interprété par Miguel Ferrer, l’innoubliable agent Albert Rosenfield de Twin Peaks.
On sent que les scénaristes se sont cherchés, sans succès, et l’évolution des divers personnages en est la preuve puisque que contrairement à la pente naturelle des séries, la plupart ont eu tendance à perdre en densité et en intérêt au fil des épisodes : le coach mystérieux qui a une liaison secrète avec la meurtrière Sarah Corvus finit par ne plus apparaître que traînant dans les locaux du quartier général sans trop savoir comment s’occuper. La psychologue, dont le rôle promettait, n’évolue guère mieux.

Une des idées intéressantes ici est que si Jamie parvient à devenir rapidement un agent spécial, ce n’est pas simplement parce qu’elle est dotée d’une grande force physique, c’est aussi parce qu’elle a un bon logiciel, qui lui permet notamment de maîtriser le Krav-Maga (le kung-fu israélien). Une partie des modifications de son organisme relève du software et non du hardware, idée qui était absente des séries Super Jaimie et de L’Homme qui valait trois milliards, du moins à l’origine puisqu’un téléfilm tardif qui est un peu le Vingt ans après du couple Jaime Sommers / Steve Austin, intulé Bionic Ever After? (1994), montre le couple bionique infesté par un virus informatique le jour de leurs noces4.

Le volet politique de Bionic Woman est sans doute ce qui m’a le plus intéressé, ou consterné. Pour résumer, les bienfaiteurs de Jaime, le Berkut Group, sont une agence privée de contre-espionnage spécialisée dans la chirurgie et la robotique et travaillant pour le gouvernement américain, dans le but (je cite) de «maintenir la civilisation», rien que ça. Le recours aux services externes est un classique dans les séries télévisées, mais c’est aussi devenu, notamment avec la récente guerre en Irak, une pratique courante5.

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L’obsession ici, ce sont les terroristes, qui sont partout. Dans le second épisode, des terroristes (en uniforme militaire) se baladent avec des camions-citernes pour déverser un gaz mortel dans les plus grandes villes des États-Unis. Gaz créé par des sociétés américaines, d’ailleurs, et ce genre de situation revient à plusieurs reprises : l’Amérique a eu ses torts, a fait des bêtises, alors il faut bien qu’elle en gère les conséquences, et ça peut passer par la protection de personnalités étrangères ignobles (un marchand de canons canadien, un dictateur africain sanguinaire mais qui sert de rempart aux Talibans dans son pays) ou le meurtre de personnalités innocentes (un médecin sud-américain qui en sait trop) ou non (un ingénieur qui s’apprête à vendre une technologie d’enrichissement nucléaire à la Corée du nord). Il va sans dire que Jaime se refusera toujours au meurtre et parviendra à empêcher tous ceux qu’a planifié son employeur, non sans étudier les arguments qu’on lui soumet.

Ces terroristes qui sont partout, surpuissants, sur-armés, et contre lesquels l’état et ses partenaires privés veillent patriotiquement et à l’insu du public, rappellent la fiction (et notamment la science-fiction) qui précède ou qui accompagne l’entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941 : pour préparer le pays à débarquer en Europe malgré une certaine indifférence populaire, des comic-books tels que Captain America, Superman, Batman, Namor et Wonder Woman, les cartoons de Tex Avery ou de Walt Disney ou encore des films tels que le Saboteur de Hitchcock (1942, ne pas confondre avec Sabotage, film de la période britannique du même Hitchcock), insistaient avec un degré de vraisemblabilité très variable sur la menace courue par les États-Unis sur leur propre sol : des nazis en sous-marin débarquent à New York, des espions à chaque coin de rue,…

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La «realpolitik» du «mieux vaut un meurtre (tiens) que quinze attentats (tu l’auras)» est admise sans réflexion par Jaime : au dernier instant, elle a des scrupules à supprimer une vie, mais au fond, les activités louches de son pays et de son employeur ne l’empêchent pas de dormir. Si on lui dit que la personne qu’elle doit assommer est un méchant, elle ne demande pas de précisions et l’ingérence dans les affaires d’autres pays lui semble évidemment naturelle.
La véritable propagande, ce n’est pas quand on parvient à rallier le public à ses opinion, c’est quand on parvient à ralier le public à ses positions, à ses activités : peu importe que les États-Unis aient un degré de responsabilité énorme dans les situations (ce n’est pas moi qui le dis, c’est explicitement précisé régulièrement dans le feuilleton), peu importe que certaines activités soient contraires au droit comme à la morale élémentaire (tuer un innocent ou protéger un affreux), peu importe si cela entretient l’hostilité générale vis-à-vis du pays, il faut malgré tout faire le boulot : «It’s a dirty job but someone has to do it», comme l’a dit George Bush junior.

Il y a aussi des allusions politiques impressionnistes et discrètes dans le feuilleton. On apprend par exemple que le père de Jaime et de Becca, qui les a abandonnées après la mort de sa femme, est un irresponsable : «Tu veux le retrouver ? Cherche n’importe quelle manif et trouve le bar le plus proche» (comprendre : les gauchistes sont des irresponsables). Dans un épisode, Jaime demande aussi si le Canada dispose d’une armée, ce qui constitue à mon avis une allusion au refus canadien de s’engager directement dans le conflit en Irak aux côtés des États-Unis.
On trouve un islamiste derrière chaque pot de fleur : des terroristes du nom de fils du sable rouge qui officient au grand jour au Paraguay (parce qu’il n’y a pas de loi anti-terroriste là-bas nous dit-on !) où ils tuent leurs ennemis par décapitation (mais avec des machettes) au cri de Allah Akhbar ; Un étudiant musulman de Stanford est soupçonné de trafiquer des puces terroristes ? Pas de surprise, c’est bien lui le coupable ! Sur son mur se trouvent punaisés un article de presse (une femme, sa sœur et sa fille mortes dans un attentat) et une photo de femmes voilées : «C’est votre famille ? c’est leur mort qui vous a poussé à faire ça ?» demande Antonio au jeune homme… En guise de réponse celui-ci se met à psalmodier en arabe mais finit par se rendre aux arguments d’Antonio lorsque celui-ci lui dit avec la plus grande conviction que (je cite) «Trop de gens ont déjà sacrifié leur vie. Votre peuple. Notre peuple. alors il faut arrêter le carnage. Tout de suite».

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Mais voilà : le bushisme résigné de la série arrive un peu tard. Alors que le fasciste (appelons un chat un chat) Jack Bauer s’apprête à réfléchir à ses méthodes dans 24 heures chrono et que l’Amérique entière semble vouloir sortir de la guerre d’Irak, Bionic Woman débarque à contretemps. Or la propagande peut aller contre le bon sens mais pas contre le sens du vent qui se lève.
La sanction est évidente : la série n’a pas intéressé le public, malgré une grosse campagne de communication. Après huit épisodes de qualité scénaristique assez moyenne, sa diffusion, déjà interrompue par la grève des scénaristes (novembre 2007 – février 2008) est définitivement annulée.

  1. L’auteur de Wonder Woman, William Moulton Marston, était un psychologue et un féministe. Il avait créé son héroïne dans le but très précis d’offrir aux fillettes un modèle de femme positif et fort, mais aussi doté de qualités plus spécifiquement féminines, ainsi qu’il l’a expliqué lui-même : «Not even girls want to be girls so long as our feminine archetype lacks force, strength, and power. Not wanting to be girls, they don’t want to be tender, submissive, peace-loving as good women are. Women’s strong qualities have become despised because of their weakness. The obvious remedy is to create a feminine character with all the strength of Superman plus all the allure of a good and beautiful woman». [↩]
  2. Michelle Ryan est une actrice britannique inconnue du public américain. Pour interpréter Jamie Sommers, elle a dû se préparer physiquement, mais surtout travailler avec un coach vocal pour gommer son accent du Middlesex, qu’elle reprend néanmoins pour un épisode où elle se fait passer pour une étudiante étrangère à l’université de Stanford. [↩]
  3. Becca est interprétée par la jeune Lucy Hale, découverte dans un télé-crochet musical intitulé American Juniors. [↩]
  4. Je n’ai à vrai dire pas vu ce téléfilm, je me fie à des résumés lus sur Internet. [↩]
  5. On a ainsi pu dire que la guerre en Irak était essentiellement menée par des mercennaires et des consultants en stratégie ou en relations publiques de Blackwater Worldwide, Science Applications International Corporation, Caci, Computer Sciences Corporation, etc.  [↩]

Clic invisible

juillet 24th, 2009 Posted in Interactivité | 13 Comments »

frederic_mitterrandJ’ignore si Frédéric Mitterrand sera un bon ministre de la culture mais il est bien parti pour être distrayant : il parle beaucoup trop (jusqu’à annoncer sa nomination prématurément) et ne craint pas de se lancer dans des envolées grandiloquentes façon Malraux ou de répondre aux députés qui lui sont opposés d’un ton suavissime, ni de faire des confidences incongrues ou d’exprimer des opinions décalées1.
Lors de la première séance des débats de mardi autour de la loi dite Hadopi 2, notre ministre a décidé de donner un peu de hauteur (ou de patine érudite) aux discussions en évoquant l’histoire de Gygès, pâtre devenu roi dans La République de Platon2. Je le cite :

« Gygès était un simple berger d’Asie mineure qui, un jour d’orage, tomba soudain sur un anneau magique, doté du pouvoir de rendre invisible. La vie de Gygès n’était pas très amusante. Ce fut pour lui une chance inespérée. Il lui suffisait d’un clic et de tourner l’anneau pour disparaître. Gygès s’empara de ce fabuleux objet magique et, petit à petit, il perdit toute morale. Il en profita pour entrer dans le palais du roi, pour voler la femme du roi, pour assassiner le roi. La moralité de cette fable de Platon, c’est que la plupart des hommes ne sont justes que parce qu’ils sont visibles. Quand on est sûr de ne pas être pris, quand on peut disparaître d’un clic, alors c’est beaucoup plus facile de commettre des délits. »

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Ce qui m’amuse tout de suite ici, c’est l’usage du mot «clic» qui est même employé deux fois : «il lui suffisait d’un clic» /«quand on peut disparaître d’un clic». Le clic est une onomatopée assez récente qui évoque généralement le son produit par un dispositif mécanique : le clic de la ceinture de sécurité, le clic de la souris. Dans le récit de Platon, point de clic, Gygès fait tourner l’anneau autour de son doigt pour devenir invisible.
On pense tout de suite à la facilité que nous vantent les publicités en rapport avec les services hypertextuels : Accédez en un seul clic à tous vos services préférés (Club-Internet) ; E-fonctionnaires.com : tout savoir en un seul clic (Mutuelle nationale territoriale) ; Toute l’Europe en un clic (touteleurope.fr) ; Vos avis d’imposition à portée de clic (impots.gouv.fr).
L’usage que fait Frédéric Mitterrand de l’histoire de Gygès comme métaphore de la navigation sur Internet, est assez transparente : la facilité (le clic) et le fait d’échapper au regard (l’invisibilité) font perdre tout sens éthique aux internautes.

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Le «cadre psychologique» de la terreur du gendarme que défendait Christine Albanel laisse ici la place à un cadre social nettement plus civilisé puisque ce qui est implicitement affirmé c’est qu’en se sachant visible (puisque repéré et averti par e-mail), l’auteur du délit potentiel réfléchira à deux fois avant de télécharger Taxi 4.
On pourrait pousser cette intention plus loin, en ne condamnant personne mais en se contentant de dénoncer publiquement : tel jour, à telle heure, l’internaute Martin Durand a téléchargé Taxi 4. Entre ceux qui n’auront pas envie que l’on sache qu’ils se sont montrés trop pingres pour acquérir un DVD (2 euros d’occasion sur le site Priceminister) et ceux qui ne supporteront pas que le monde entier puisse savoir qu’ils regardent des films aussi médiocres, je suppose que le volume des téléchargements chuterait rapidement.

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L’histoire de Gygès, tout comme celle de l’homme invisible de Herbert George Wells (The Invisible man, 1897) ou celui de Paul Verhoeven (Hollow Man, 2000), affirme que la morale procède du regard d’autrui — dans les trois cas, de manière fort différente, l’homme qui échappe au regard perd aussitôt tout sens éthique. Hors de la philosophie et de la littérature, l’importance de la visibilité sur la morale comme sur la capacité à se comporter de manière altruiste est un fait attesté par la psychologie sociale, et ce notamment par le biais d’expériences réalisées avec Internet. De nombreuses sociétés traditionnelles recourent ou recouraient d’ailleurs à l’exposition publique comme punition suprême.

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On pensera aussi au fameux «Sarkozy je te vois!» lancé en pleine gare par un professeur de philosophie qui s’est retrouvé pour cela devant un juge pour trouble de l’ordre public3. On pense aussi aux députés qui se sont subitement sentis fragilisés lorsque des internautes ont décidé d’assister aux débats entourant la loi Hadopi à l’Assemblée, pour ensuite pointer du doigt les «godillots», c’est à dire ceux qui n’assistent pas aux discussions mais viennent en rang voter les textes. Habitués à être peu exposés, certains ont même tenté d’empêcher une partie du public d’entrer dans les tribunes munis de trombinoscopes4. Être visible, être vu, n’a rien d’anodin.

ontheinternetMais l’internaute est-il effectivement anonyme ?
Comme chacun le sait ou le suppose, la plupart perdraient rapidement tout annonymat en cas d’enquête policière : les fournisseurs d’accès à Internet sont tenus de donner, sur demande d’un juge notamment, toutes les informations dont ils disposent sur les gens qui utilisent leurs services. Si je vais à l’instant sur le forum d’un magazine d’information et que j’y poste quelque chose de contraire à la loi (un appel au meurtre par exemple), les responsables dudit forum devront fournir aux enquêteurs l’heure à laquelle j’ai envoyé le message et l’adresse IP depuis laquelle je l’ai fait. Cette adresse IP (tout le monde en a une) permettra de remonter à mon fournisseur d’accès qui pourra dire à quel abonnement à Internet correspond la connexion de l’auteur du délit. Évidemment, un abonnement et un coupable sont deux choses différentes, c’est même toute la question de la loi Hadopi qui punit non l’auteur du délit de contrefaçon au droit d’auteur mais celui qui, en négligeant de sécuriser sa connexion, a permis que celle-ci soit utilisée à des fins délictueuses.
En revanche, lorsque le risque d’enquête judiciaire est improbable, certains se défoulent d’une façon qu’ils n’assumeraient probablement pas sous leur nom civil (n’est-ce pas, Geoffrey-Georges-Frédéric-Marc-Olive-Julien-Richard-Alithia ou quels que soient vos noms,…) et c’est ce qui motive la proposition du sénateur Yves Détraigne, qui voudrait que l’identité numérique de chacun soit centralisée par une autorité administrative5.

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L’idée pose quelques problèmes tout de même car l’invisibilité (l’anonymat, la discrétion) ne sert pas qu’à éviter d’assumer ses propos, elle permet aussi de s’exprimer en toute liberté sans avoir à subir de pressions. C’est le principe même du secret de l’isoloir de notre vote démocratique et c’est pour partie le moteur de la circulation de l’information : sources officieuses de la presse, expression de fonctionnaires astreints à un devoir de discrétion, etc., et cela vaut même, plus que jamais, sur Internet qui offre une audience potentielle inouie aux personnes et aux idées et que Denis Olivennes, patron du Nouvel Observateur qualifiait récemment de «tout-à-l’égoût de la démocratie». Internet n’est pourtant pas le far-west dénué de règles que fantasment certains car chaque forum, chaque canal IRC, chaque monde virtuel est un lieu de sociabilité, avec ses règles écrites et non-écrites, ses formes d’échange et son histoire.

Sans préjuger de la manière dont les choses vont tourner, je suppose que l’on peut dire que nous assistons à une crise de la question de l’identité, du public, du privé et de la citoyenneté. Que laissons-nous filtrer de nos vies, de nous-mêmes ? Quel est notre degré d’opacité ou de transparence ? Quel droit à l’oubli ? Quel droit à s’affirmer ? Jamais je pense les réponses n’ont été si diverses et si dépendantes de l’expertise ou du jugement de chacun.

Je termine ce billet un peu en queue de poisson, je me rends compte que je veux parler d’un peu trop de choses en même temps, arrêtons-nous pour l’instant. Les vacances se rapprochent.

  1. C’est en tout cas ce que pense le député Patrick Bloche qui expliquait à Astrid Girardeau pour Écrans : Frédéric Mitterrand lui était lunaire et exotique, totalement en dehors du sujet, avec des interventions à contre-temps qui nous ont complétement sciés. Il a sorti qu’il n’était pas assez téléchargé à son goût, et a passé son temps à dire que son fils n’arrêtait pas de pirater.  [↩]
  2. Hasard amusant, Yann Leroux le «Psy Geek» recourait précisément à ce mythe, exposé de manière plus complète — puisqu’il existe deux versions antiques de l’histoire de Gygès — dans un article intitulé L’imaginaire de la technique. [↩]
  3. Certains se sont étonnés que les policiers aient été suffisamment inconséquents pour créer une aussi belle histoire — la police et la justice qui défendent le président red-bull contre un inoffensif philosophe — l’épilogue est que le professeur de philosophie en question avait longtemps laissé entendre qu’il était RMIste, donc sans défense. [↩]
  4. Vous pouvez vérifier le sérieux de votre représentant ici : www.deputesgodillots.info [↩]
  5. Cf. Sur Internet, une autorité saura que vous être un chien, écrans.fr [↩]

Je suis un cyborg

juillet 23rd, 2009 Posted in Robot au cinéma | 5 Comments »

jesuisuncyborgUn fait-divers authentique : un dénommé Sean Stanley Smith a été arrêté récemment dans le Nevada. Signalé par un motard qui l’avait aperçu déambulant complètement nu aux alentours de l’autoroute, l’homme avait d’abord échappé à la police en s’introduisant dans un casino. Sous les yeus héberlués d’un groupe d’enfants (dans un casino ?), il avait finalement été maitrisé à l’aide de tasers.
En guise d’explications de sa conduite indécente et de sa résistance aux forces de l’ordre, il a affirmé être un robot venu du futur. Intoxiqué au LSD, il était en effet persuadé d’être un «Terminator».

La situation existe au cinéma notamment dans le film Class of 1999 II: The substitute,  où un homme est persuadé , à tort, être de nature artificielle. Dans le monde réel, je ne sais pas si ce genre de délire science-fictionnesque atteint les psychotiques. J’ai demandé à un ami qui travaille en psychiatrie et celui-ci m’a dit que ça ne lui semblait pas fréquent. Je le cite : «Les ondes ont par contre un certain succès, l’impression d’être téléguidé ou influencé par  une force ou des personnes extérieures (délire d’influence). Franchement la politique, les services secrets, les sociétés secrètes ou la religion sont beaucoup plus porteurs que la science fiction. Paradoxalement les thèmes propres à la science-fiction sont peut-être trop fantastiques pour servir de base à un délire.»
Le cas de l’héroïne de Je suis un cyborg lui a en revanche fait penser au très impressionnant Syndrôme de Cotard, qui se rencontre dans les dépressions mélancoliques graves et où le sujet a un rapport particulièrement étrange avec son propre corps dont il pense ne plus disposer ou qu’il croit être étranger à lui-même ou qu’il pense, à tort, défectueux.

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Je suis un cyborg (Saibogujiman kwenchana) est un film coréen de Park Chan-wook (Old Boy), sorti en 2007. Il raconte le séjour en psychiatrie de Young-Goon (Lim Soo-Jung), une jeune fille aux antécédents sérieux puisque sa grand-mère, déjà, était persuadée d’être une souris. C’est quand sa grand-mère est finalement internée (à cause de l’odeur des navets dont elle se nourrissait) que Young-Goon prend conscience qu’elle est un cyborg et qu’elle peut discuter avec les néons. La radio qu’elle adorait écouter avec sa grand-mère lui sussure d’une voix douce qu’elle doit recharger ses batteries et aller tuer des infirmiers. Très rapidement, ce sont les infirmiers qui viennent la chercher, car, sur la chaîne de montage où elle assemble des radios, elle s’est intentionellement tranchée les veines et électrocutée.
À côté d’une enquête sur l’origine de son délire, toute le suspense du film réside dans le fait de savoir si Young-Goon va enfin s’alimenter normalement. Persuadée que la nourriture biologique peut la tuer, elle fait que lêcher des piles.
Elle rencontre Il-Soon (inteprété par Jung Ji-Hoon, un chanteur pop célébrissime sous le nom Rain), un électricien kleptomane qui se fait régulièrement et volontairement interner lorsqu’il est persuadé qu’il va se mettre à rétrécir jusqu’à disparaître. Le jeune homme, visiblement amoureux, fait son possible, avec l’aide d’autre patients, pour pousser Young-Goon à manger.

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Il va sans dire que Young-Goon n’est pas un cyborg, mais le réalisateur n’hésite pas à nous la montrer telle qu’elle s’imagine, en mécanique guerrière capable de tirer des balles depuis le bout de ses doigts, crachant des douilles par la bouche avec le visage inexpressif d’une poupée détraquée influencée par le romantisme cyberpunk de Ghost in the shell ou de Gunmm.
Les délires de tous les internés sont ainsi montrés comme eux se les imaginent.
Visuellement le film est somptueux, avec une image extrèmement sophistiquée qui peut rappeler certains vidéo-clips et qui aurait peut-être été insoutenable sur une telle durée (pas loin de deux heures) mais avec un sujet différent. Il y a quelques moments de grâce ou de poésie, aussi, comme une séquence incongrue de yodels alpestres ou encore une scène pendant laquelle Il-Soon convainc Young-Goon qu’il peut ouvrir une trappe dans le dos de la jeune fille pour y mettre un dispositif permettant de convertir le riz en énergie électrique : il accepte d’entrer dans son monde, de partager son délire pour l’aider à vivre tandis que le personnel hospitalier garde ses distances et ne parvient à aider personne. Le message est peut-être qu’il faut être fou soi-même pour pouvoir aider un fou. J’ignore si cela fonctionne dans la vraie vie, mais le résultat, dans ce film, est séduisant.

I’ll go crazy if I don’t go crazy tonight

juillet 23rd, 2009 Posted in Clips | 2 Comments »

Je ne parle pas souvent des beaux clips musicaux — il faut dire que j’en vois peu — alors que c’était une des missions premières de ce blog. Je signale celui-ci, qui est un dessin animé très réussi de David Oreilly pour I’ll go crazy if I don’t go crazy tonight de U2 (cliquez sur l’image pour voir le film).

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Les figures rappelleront certains jeux vidéo comme Zelda Windwaker ou Animal Crossing, mais aussi des dessins d’illustrateurs contemporains mais sous influence de l’illustration des années 1950 ou 1960 comme Marc Boutavant.

Petit pas

juillet 21st, 2009 Posted in Images, Sciences, Vintage | 6 Comments »

(publié à la minute exacte du quarante-quatrième anniversaire de l’évènement…)

Mon père était ingénieur à la Thomson (à présent Thales), fleuron de l’industrie française, à Gennevilliers. Lorsqu’il en avait le temps, il faisait un tour à la médiathèque de l’entreprise pour emprunter des livres, des disques ou des films. À l’époque, c’est à dire pendant les années 1970, les films ne s’empruntaient pas en vidéo mais sur pellicule super-8. Ils duraient quelques minutes seulement. On aimait surtout regarder des Disney (des Donald Duck, des documentaires animaliers ou des vues de Disneyland) , des Tom et Jerry, des Chaplin, des films du commandant Cousteau, et puis le film, qu’on a emprunté très souvent, celui des premiers pas de l’homme sur la lune.

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Puisque c’était une projection, il y avait toujours un peu de cérémonie dans ces visionnages : l’écran perlé qu’il fallait installer et dont je me rappelle distinctement et l’odeur et le bruit, le projecteur qu’il fallait sortir et surélever… C’était toujours un peu la fête.

Voir les images muettes de ces bonshommes prudemment sautillants avait quelque chose d’un peu magique. Même petit, je pense que j’avais conscience que c’était un évènement, un vrai, et un évènement de portée universelle. Et même si j’y ai assisté avec quelque chose comme dix ans de retard, j’avais l’impression de le voir en direct.
Aujourd’hui, on parle de retourner sur la lune, il y aurait 180 bonnes raisons à ça.  Mais l’envie véritable, la motivation, ne semble plus être là, et cette résignation ne concerne à mon avis pas que l’exploit technique et humain de l’alunissage, c’est toute une croyance dans un futur meilleur qui, à mon avis, fait défaut.

Lire ailleurs : La lune est pour demain. La promesse des images (André Gunthert)

Fragilisation du tangible

juillet 18th, 2009 Posted in indices, Interactivité, Lecture, Parano | 35 Comments »

kindle_refus_de_servirOù l’on reparle d’eBooks…

Quand quelqu’un évoque ses réticences vis à vis du livre électronique il parle souvent de la qualité visuelle ou de la sensation tactile : un écran et du papier, c’est différent. Les fabricants communiquent sur ce même terrain et assurent, à chaque sortie d’un nouveau produit qu’il est d’une qualité visuelle meilleure ou que la sensation se rapproche plus que jamais de celle du papier. À mon avis, la question du numérique n’a jamais été celle-ci et il suffit pour s’en convaincre de considérer les kilomètres de texte que chacun de nous stocke sur son ordinateur (nos e-mails pour commencer) ou consulte sur Internet. Une part énorme de notre «scriptosphère» (de notre environnement écrit, je ne sais pas si j’ai raison de recourir à ce néologisme ni s’il existe à cet usage) n’existe que sur nos ordinateurs ou bien sur des serveurs dont personne ne sait parfois où ils se trouvent1.

Je viens de lire sur le site Numérama une information qui a de quoi faire bondir : Amazon, qui commercialise son eBook Kindle, a sciemment effacé, à distance, des livres électroniques légalement acquis sur le lecteur d’eBooks de leurs propriétaires — livres parmi lesquels figurent ironiquement 1984 et La Ferme des animaux de George Orwell. Les clients ont été dédommagés et Amazon tente de faire passer le message que la situation est exceptionnelle et due à des problèmes de droits d’auteur puisqu’un éditeur commercialisait des livres sans en avoir le droit et qu’un autre a changé de politique, ces deux cas forçant Amazon à supprimer les textes existants.
Comme il ne s’agit que d’histoires de droit d’auteur et d’argent, tout cela se règle sans trop de surprise — l’argent est la motivation la plus banale et donc la plus rassurante qui soit. Mais si demain un tribunal impose à Amazon de détruire un livre numérique parce qu’il contient des secrets d’état, des passages diffamatoires, ou qu’il est en contravention avec une loi sur l’histoire officielle, puisqu’à présent on vote des lois pour dire à l’historien ce qu’il doit penser de la Turquie, de la colonisation ou de la Shoah ?
Pire encore, les documents numériques pourront être simplement modifiés : des noms qui changent, des passages escamotés, des images retouchées, tout est imaginable.

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Je vois deux signes inquiétants ici. Le premier, c’est bien entendu la fragilité du support numérique où les données ne connaissent pas d’altération mais peuvent subir un effacement intentionnel ou pâtir de l’évolution des supports (avez-vous toujours un lecteur de CDI ?) qui imposent leur actualisation régulière. Comme programmeur pour des artistes, je suis souvent confronté à ce besoin de mettre à jour des œuvres.
Mais bon, ça on le sait, un fichier numérique, un livre ou une peinture ne vieillissent pas du tout de la même manière mais cela peut se gérer, notamment par la diffusion (y compris le téléchargement illégal) et par une réflexion sur l’ouverture des formats de données.
Ce qui est moins gérable et plus angoissant, c’est de comprendre qu’un objet «intelligent» et «communiquant», c’est aussi un objet qui peut obéir à son constructeur plus qu’à son propriétaire. Cela fait quelques temps que des logiciels commerciaux peuvent être modifiés mais aussi désactivés et altérés (de manière non intentionnelle en tout cas, par des mises à jour ratées)  à distance par leurs éditeurs. De temps en temps, je vois que la console Wii des enfants se met à émettre une lumière bleue comme si elle voulait attirer mon attention : en réalité, elle me fait juste savoir qu’elle échange des données avec Nintendo, la maison mère. Il s’agit d’aller chercher la bulletin météo et les titres de l’actualité, mais cela pourrait aussi bien servir à inhiber des fonctions ou à vérifier si je n’emploie pas de puce permettant de lire des jeux piratés.
Mais qu’un dispositif qui se réclame de la tradition du livre — un des objets les plus robustes qui aient jamais été pour conserver et transmettre la pensée — soit capable de changer de contenu sans l’accord de son propriétaire…

sterling_objets_bavardsJ’ai peur que ce ne soit qu’un tout petit aperçu du monde de demain, où les objets seront sans doute insoutenablement interactifs et traçables. À chaque instant, ils pourront se retourner contre nous, la lampe Ikéa refusera d’éclairer un numéro de Que Choisir? qui évoque les allergies dues au taux de formol contenu dans les meubles de la marque suédoise, l’automobile boycottera les pompes à essence de telle compagnie (ou inversement), l’appareil photo nous interdira de prises de vue dans des zones du monde choisies ou à des périodes précises, etc. : toutes les entraves à nos libertés (ventes liées ou forcées déguisées, publicité masquée, désinformation, collecte d’information illégale…) qui sont organisées artisanalement par les sociétés pourront s’effectuer de manière discrète, automatique et unilatérale.
Nous en avons déjà un aperçu avec Internet ou avec la téléphonie mobile. Beaucoup se refusent à la paranoïa vis-à-vis de l’information : les caméras qui nous filment ? Le téléphone ou la connexion qui nous fliquent ? C’est presque sans gravité dans une social-démocratie plutôt stable : que la gendarmerie sache que j’ai dit du mal de tel ministre sur Facebook ou que j’étais à la station Pyramides il y a trois jours, au fond, ça ne change rien à ma vie.
Mais si justement on pouvait modifier mon existence à distance ? Si subitement ma clef refusait, exprès, d’ouvrir la serrure pour laquelle elle est conçue ? Si la machine à laver n’acceptait de lancer son programme qu’après que l’on ait regardé une publicité pour une cafetière tout aussi désagréable ? On rentre là dans un monde un peu magique à la Disney, avec des theières animées, des voitures qui sourient et des portes qui peuvent bouder. L’idée du tangible, du manipulable, pourraient bien disparaître en partie des objets comme nous perdons prise sur les services.

Tout ceci me rappelle que je suis assez impatient de lire l’essai de Bruce Sterling sur le futur des objets, intitulé Objets bavards (22 euros, quand même !), qui, je le suppose, évoque ces sujets, dans une perspective apparemment plus positive que celle qui est la mienne2.

Mise à jour du 19 juillet : Je viens par ailleurs de lire sur le blog Automates Intelligents un texte plutôt dense mais passionnant qui traite de la mutation du rapport de l’homme aux objets : L’expression des systèmes anthropotechnique dans les cerveaux et les génomes individuels, par Jean-Paul Basquiast.
Mise à jour du 20 juillet : J’apprends qu’Amazon ne s’est pas contenté d’effacer certains ouvrages mais a aussi effacé les notes de lecture qui y sont associées. Ainsi, le NY Times publie le témoignage de Justin Gawronski, un jeune homme de 17 ans, qui a eu la mauvaise surprise de voir le roman 1984 disparaître de sa lectrice Kindle, mais aussi de constater que les notes qu’il avait prises pendant sa lecture avaient été effacées elles aussi. Difficile de ne pas noter l’ironie que constituent ces pratiques concernant 1984, roman dystopique dans lequel l’information et la connaissance du passé sont constament modifiées par les armées de censeurs du ministère de la vérité.
Mise à jour du 31 juillet : les autodafés numériques ont aussi été pratiqués sur iPhone.

  1. Lire à ce sujet le texte Dataware et infrastructure du cloud computing, par Christian Fauré, dans l’ouvrage Pour en Finir avec la Mécroissance (Stiegler, Giffard, Fauré), éd. Flammarion 2009. [↩]
  2. Note ajoutée le 31 juillet : j’ai acheté le livre, je me le réserve pour les vacances. Je dois avertir les éventuels lecteurs qu’il est hors de prix : le format est celui d’un Que Sais-je? mais le prix est de 22 euros ! L’original, Shaping things, est disponible en anglais pour 14 dollars. [↩]