Profitez-en, après celui là c'est fini

Core Memory

janvier 10th, 2009 Posted in Mémoire, Modèles abandonnés, Ordinateur célèbre, Vintage | 12 Comments »

Core Memory (sous-titré a visual Survey of Vintage Computers) est un bien joli livre de Mark Richards (photographies) et de John Alderman (textes) publié par Chronicle books en 2007.
Le design est discret, contemporain, pertinent et soigné, il est dû à Warren Corbitt.

L’ouvrage présente des ordinateurs devenus légendaires tels les Eniac, Univac, Johnniac, Sage, Illiac, Altair, Apple I, Apple II, Macintosh, Tandy TRS-80, Cray I, Cray II et Cray III, etc.
La sélection est assez équilibrée car elle contient des machines absolument incontournables (Ibm/360, PDP-8, la calculatrice programmable HP-35…) de tous les formats, mais aussi quelques engins inattendus tels que notre bon vieux Minitel, le premier serveur de Google ou l’énigmatique Kitchen computer, une déclinaison du Honneywell H316 Minicomputer datant de 1969 et qui pour 10 000 dollars permettait de consulter des recettes de cuisine : le plus encombrant et le plus cher livre de cuisine jamais vendu – enfin presque, puisqu’apparemment il ne s’en est pas vendu un seul ! 



Chaque portrait d’ordinateur est constitué d’une ou de plusieurs photographies, qui sont parfois des vues d’ensemble et parfois des détails caractéristiques extérieurs ou intérieurs : consoles, boutons, câblerie, processeurs,… Le prix de l’engin à l’époque, sa date de naissance et quelques autres détails sont chaque fois indiquée.

On peut en voir plus sur le site www.corememoryproject.com

Magnetic room

janvier 10th, 2009 Posted in Link-dropping | No Comments »

Magnetic Room présente des artistes, musiciens, graphistes, concernés par la création numérique. La caméra tourne en laissant chaque interviewé raconter comment s’articule son travail. Cette initiative de Marie de Quatrebarbes et de Maël Guesdon est appelée à se compléter régulièrement de nouveaux entretiens.

Pour l’instant, on peut voir et surtout écouter Étienne Cliquet, Reynald Drouhin, Jérôme Lefdup, Sonia Marques, Étienne Mineur, Joseph Morder, Julie Morel, Richard Pinhas et Antoine Schmitt. On peut par ailleurs lire des interviews retranscrites de Clump of trees, Electric Indigo, Clara Moto, Danielle de Picciotto et Scanner/Robin Rimbaud.

L’ordinateur détective

janvier 9th, 2009 Posted in Lecture, Ordinateur célèbre | 2 Comments »

L’Empereur des derniers jours, par Ron Goulart, Presses de la cité 1979 (coll. Futurama).

Ron Goulart, né en 1933, est un écrivain américain de science-fiction assez méconnu, notamment en France où ses romans n’ont pas été beaucoup édités et encore moins réédités. Son œuvre contient pourtant pas moins de 180 titres : novélisations de bandes dessinées (Vampirella, Flash Gordon,…) sous pseudonymes, aventures de Groucho Marx, essais érudits sur la bande dessinée et le comic-strip, récits fantastiques et récits de science-fiction. Il a même été le nègre de William Shatner (le commandant Kirk de Star Trek) pour sa série TekWar.
L’excellent Müller-Fokker Pulpbot effect décrit le style narratif de Goulart de cette manière :

[…] l’intrigue n’est, chez Ron Goulart, qu’un simple prétexte pour écrire à peu près tout sur n’importe quoi, n’importe comment. En fait, l’intrigue est tellement secondaire que l’auteur se permet parfois de passer outre le climax final, un peu comme si le chapitre narrant la sacro-sainte confrontation héros/vilain avait été élagué par l’éditeur pour gagner du temps et atterrir directement en page d’épilogue […] on n’ouvre pas ses livres pour vibrer à d’hypothétiques effets de tensions ni pour apprécier la folle originalité de l’intrigue mais juste pour s’amuser, tel un petit androïde acidifié, de ces gros amas de bêtises qui nous sont si gentiment jetés en pâture. Et pour ce qui est des conneries, Goulart est plutôt doué – surtout quant elles ont trait à ses deux domaines de prédilection : les robots et la pop culture.

Publié aux presses de la cité dans la collection Futurama, que dirigeait Jean-Patrick Manchette, L’empereur des derniers jours m’a — c’est une coïncidence — justement rappelé l’actuel feuilleton Futurama. Mais si la série animée de Matt Groening allie une certaine fantaisie thématique à des intrigues très construites, le roman de Goulart est d’une nonchalance effectivement étonnante. En témoigne par exemple l’absence de confrontation finale entre les « gentils » de l’histoire et le « méchant » qu’ils ont poursuivi tout au long du récit. La victoire finale n’est pas racontée, elle est à peine évoquée pendant un repas dont le véritable sujet est de savoir s’il sera possible d’escroquer le serveur pour ne pas payer l’addition.

Le futur qui sert de cadre au récit est marqué par l’omniprésence de robots à intelligence artificielle (tous plus ou moins défectueux), par l’usage banal de la téléportation et par des conditions politiques et géopolitiques calamiteuses. Les coups d’état en Afrique et en Amérique du Sud sont non seulement fréquents mais même banals et presque sans gravité, le pape met le feu au Vatican pour éviter que des rivaux ne le lui prennent et les chefs d’état, sont corrompus sans que cela émeuve le public.
L’ancien président Dormacker, sorte de Richard Nixon1 , transforme son déshonneur en une attraction touristique :

Souvenirs de l’ex-président Dormacker ! Souvenirs de l’ex-président Dormacker, proposait une énorme vieille femme assise près des guichets. Achetez Mes sept fiascos, le livre que le Washington Post a qualifié de « plongée dans la canaillerie ! » Lisez Pour quelques fiascos de plus, la suite des mémoires d’Alden Dormacker. Demandez la photo, encadrée en bambou, qui a contraint le président à démissionner ! Achetez mes coussins brodés où l’on voit Aldern Dormacker dire adieu en pleurant à la maison blanche.

Un jeune informaticien, Dan Farleigh, travaille seul dans un bureau avec un ordinateur nommé Barney. Pour tuer le temps, Dan et Barney s’amusent à parcourir des bases de données pour enquêter sur la vie des personnalités par exemple. Ils n’en ont pas le droit, ils courent même des risques en le faisant.
On comprend rapidement que le curieux, le facétieux, ce n’est pas Dan, l’humain, mais Barney, l’ordinateur, qui pilote d’ailleurs plus ou moins l’existence de son ami : il l’a fait embaucher, considérant qu’il avait le profil le plus adapté (pas assez de caractère pour s’opposer à ses jeux mais assez d’humour pour comprendre ses plaisanteries) et dès le début du roman, le lance sur une enquête aux implications politiques gravissimes. Barney laisse à Dan l’illusion qu’il mène le jeu mais on s’aperçoit vite que ce n’est pas le cas, l’ordinateur ayant planifié avec une grande précision le déroulement de l’enquête. Profitant de sa camaraderie avec des ordinateurs financiers, policiers, judiciaires, etc., Barney s’est inventé une identité humaine, il se fait connaître sous le nom de Bernard Dédale (Bernard Maze en anglais), millionnaire excentrique. Et il est effectivement multi-millionnaire car, bien qu’il n’en ait pas le droit, Barney dispose d’un compte en banque et a réalisé des placements financiers très avisés.
Barney est vissé au sol d’une grande pièce de la société Fax Central, il règle donc toutes ses affaires à distance, à la manière de Mycroft Holmes2 , de Nero Wolfe — le détective en fauteuil des années 1930 —, du banquier-escroc Thomas Crown, ou encore du mystérieux « Charlie » de la série Charlie’s angels, diffusée un an avant la sortie du roman de Goulart.
Dan vient de faire la connaissance de Janis, une journaliste qui enquête sur une série de morts suspectes et qui est persuadée qu’un coup d’état global est en préparation. Dan et Janis ont à peine eu le temps de tomber amoureux lorsque Janis est enlevée par la « confrérie Millenium », une société secrète qui veut établir un gouvernement mondial pour mille ans.
Barney embauche alors une équipe de marginaux aux talents spéciaux pour épauler Dan. Il y a le professeur Supermental, un hypnotiseur de robots de soixante-quinze ans, vantard et fanfaron qui a l’habitude de parler de lui à la troisième personne ; Lizzie fer blanc, une adolescente à moitié robot d’une force colossale ; Cul-de-Sac, un voleur surdoué capable de déplacer des objets par télékinésie mais handicapé par une impossibilité à s’adresser aux gens autrement qu’en les insultant ; Mrs Tucker, une demoiselle capable de synthétiser des dossiers complexes à une rapidité extraordinaire ; Gerald Tarzan, un connaisseur de la jungle qui a passé l’essentiel de son existence en prison pour raisons politiques.
L’Empereur des derniers jours se termine sur la promesse d’une longue série d’aventures de l’équipe de Bernard Dédale, mais il n’a pourtant pas eu de suite même si d’autres romans du même auteur se déroulent dans un univers similaire où le désordre, la corruption et l’incompétence généralisées nous rassurent quand à la stabilité du monde.

Goulart est prodigue des ses idées, il en offre à chaque page sans le moindre souci d’économie ou de rentabilité, ce qui est d’une élégance qui me semble assez rare.

  1. Richard Nixon n’est pas cité, mais comme avec Futurama, je pense qu’on peut inventer pour ce roman un sous-genre de science-fiction que l’on nommerait Nixonpunk ou WatergatePunk, marqué par une banalisation postmoderne du progrès technique et par une généralisation de la corruption politique [↩]
  2. Mycroft Holmes, le frère de Sherlock, est encore plus doué que le détective de Baker Street, mais il n’a aucune énergie et refuse de sortir de chez lui. Robert Heinlein lui rend hommage avec son ordinateur HOLMES IV, surnommé « Mike », dans Révolte sur la lune. [↩]

Une jolie (mais pas très sérieuse) histoire du réseau

janvier 7th, 2009 Posted in Images | No Comments »

L’animation du jour, très belle et très simple, par Melih Bilgil, dit Lonja, un designer graphique allemand né en 1983. Le sujet de diplôme de ce très jeune homme a été la constitution d’un langage pictographique baptisé Picol constitué d’icônes « libres » destinées à être employées par l’industrie de l’électronique notamment. Son histoire du réseau Internet est précisément basée sur cette librairie d’icônes.
L’animation est bourrée d’idées et très efficace, elle est servie par une voix-off très BBC, ce genre de voix de documentaire qui ne saurait faire autre chose que de dispenser clairement le savoir le plus pointu avec toute l’assurance qu’apporte le fait de savoir dire la vérité.
Pourtant, si l’on doit admirer la technique de l’artiste, mieux vaut ne pas prêter une attention exagérée au contenu de ce documentaire. 

Les choses se gâtent en effet lorsque l’on se penche sur l’histoire racontée, qui est truffée d’imprécisions ou pire, de fausses précisions. L’idée de mettre en parallèle la guerre froide et le développement du réseau était pertinente (mais tant qu’à faire pourquoi ne pas remonter dix ans plus tôt à la fin de la seconde guerre mondiale ?), en revanche de nombreux détails trahissent une connaissance très superficielle des faits illustrés. On s’étouffera par exemple en apprenant que les ordinateurs n’ont cessé de grossir au cours des années 1960 (c’est bien évidemment le contraire qui s’est produit) et, sans être le moins du monde spécialiste, il me semble que de nombreux raccourcis techniques et historiques décrédibilisent l’ensemble par un manque de conscience véritable du contexte technique.
Le récit souffre entre autres d’une sorte de déterminisme historique qui rend mal compte de la manière dont de nombreux modèles ont concurrencé Internet, à commencer par le X.25 (qui se cache derrière le fameux Transpac/Minitel par exemple). On notera néanmoins un intéressant effort pour désaméricaniser la naissance d’Internet en évoquant notamment le réseau français Cyclades et le réseau britannique NPL.

En bref : très joli, mais attention, ce n’est pas un véritable cours d’histoire.

2009

janvier 5th, 2009 Posted in Brève, Dans la boite-aux-lettres, Personnel | 10 Comments »

Une modeste animation qui fait du bruit pour vous souhaiter à tous une très bonne année 2009

(réalisé avec Processing bien sûr)

Fin de la publicité sur les chaînes publiques

janvier 5th, 2009 Posted in Images, indices | 13 Comments »

Ce soir à partir de 20h00, les chaînes du groupe France Télévisions cesseront de diffuser des publicités. Dans trois ans, les réclames disparaîtront aussi des autres créneaux horaires.

Beaucoup se sont émus d’une telle disposition qui est accusée de servir à plomber financièrement le service public au bénéfice du secteur privé. 
Il est intéressant d’observer que parmi les décideurs de la télévision publique, le manque à gagner financier semble (presque) moins angoissant que cette autre question : par quel genre de programmes combler les 7% de temps d’antenne « gagnés » par la disparition de la publicité ? Dans un premier temps apparemment ça ne sera pas par un contenu plus dense et plus intéressant mais par des ersatz de publicité, des programmes courts baptisés « idents » qui permettent de satisfaire le besoin en variété visuelle et sonore du spectateur.1
Ces « idents » ne sont pas réalisés par les chaînes mais ont été commandités, après appel d’offre, à des agences de communication.2 

La publicité a par ailleurs un effet direct sur le contenu des programmes diffusés par les chaînes — elle a un effet sur la liberté éditoriale de tous les médias qui dépendent d’elle du reste. On ne s’étonnera pas dans ce contexte que France 2 annonce pour cette année la diffusion en direct et en prime time d’une dizaine de pièces de théâtre, type de programme qui semble être boudé par les annonceurs au point d’avoir quasiment disparu des écrans depuis la fin de Au théâtre ce soir, en 1988, c’est à dire juste après la privatisation de la première chaine et donc dès le début de la course aux annonceurs qui s’est engagée entre les deux premières chaînes.
Pour ma part et pour ce genre de raisons, j’attends de voir le résultat à long terme, j’aurais en tout cas du mal à me sentir malheureux a priori à l’idée de la disparition de la publicité sur les chaines publiques. 

Il me semble en tout cas que ce qui constitue peut-être le point le plus important concernant la publicité à la télévision est systématiquement oublié dans les débats, c’est la question de la publicité diffusée lors des émissions destinées à la jeunesse. La recherche a établi à quel point les enfants et les adolescents étaient influençables par les messages publicitaires qui dans leur cas relèvent quasiment du message subliminal (interdit par la loi française, rappelez-vous) tant il s’installe sans filtre dans leur conscience. Bien que l’on comprenne que c’est justement cette capacité à persuader qui justifie l’existence de publicités destinées aux enfants, on aimerait que ces derniers bénéficient du même respect que les offices religieux télédiffusés qui, de par la loi, ne peuvent être perturbés par des encarts publicitaires !

La qualité générale des programmes pour la jeunesse est un sujet qui n’est jamais abordé, ou très bêtement, et c’est sans doute une grande erreur, nous revenons d’une certaine manière à l’époque où les parents abandonnaient leur progéniture à des nourrices plus ou moins bienveillantes, sans se soucier des adolescents et des adultes que cela allait former.

  1. On peut lire à ce sujet l’article très instructif que  blog.lenodal.com y a consacré [↩]
  2. Ultimatum pour France 2, Dream On pour France 3 et France 4 et enfin,  Luigi & Luigi pour France 5.  [↩]

Iron Man

décembre 28th, 2008 Posted in Interactivité au cinéma | 21 Comments »

Je suis toujours admiratif devant le culot dont Hollywood fait preuve face aux démons de l’Amérique, en nous livrant pèle-mêle le poison et l’antidote afin que chacun y trouve son compte.
Il faut dire que le personnage d’Iron Man se prête particulièrement à de telles manipulations. En 1963, le milliardaire-ingénieur-playboy Tony Stark armait son pays contre les communistes au Vietnam et était capturé par ces derniers à la faveur d’une démonstration commerciale d’armement high-tech.
Enfermé avec un prix nobel de physique chinois prêt à mourir pour le sauver, Stark profite de la situation pour se construire une armure qui lui épargne les problèmes cardiaques que lui ont causé des éclats d’obus reçus au moment de sa capture. Une fois l’armure construite, il échappe à ses ravisseurs et commence une longue carrière de super-héros puisqu’il passera quarante cinq ans (la publication d’Iron Man ne s’est jamais interrompue depuis 1963) à lutter contre ses cas de conscience, ses problèmes cardiaques, ses problèmes de boisson, et contre le péril jaune, personnifié par le personnage du Mandarin, un super-villain d’origine sino-britannique qui profite d’une technologie extra-terrestre pour tenter de provoquer la troisième guerre mondiale et pour saboter Stark Industries, notamment en infiltrant son syndicat (ouh le méchant communiste !).
Stan Lee, le créateur de l’homme de fer, a par la suite regretté ce positionnement idéologique douteux. Mais il a tort, le potentiel mythologique d’un personnage ne vient pas du fait que son auteur a raison ou pas mais bien du fait que ce qu’il exprime provient des tréfonds de l’inconscient collectif de l’époque qui l’a produit. Iron Man, c’est l’archétype du rapport entre l’industrie et l’armée, c’est Boeing, General Dynamics, Lockheed Martin ou encore Halliburton, c’est à dire toute une économie qui nourrit un pays prospère et en paix en profitant d’e l’état de guerre permanent qu’il entretient à l’extérieur de ses frontières.
Le film, sorti cette année (et que je viens tout juste de visionner sur DVD) est totalement fidèle à cette tradition du personnage d’Iron Man. Le récit ne commence cette fois pas au Vietnam mais en Afghanistan où de méchants rebelles qui parlent un peu toutes les langues nous dit-on (ils ne défendent pas leur coin de montagne mais y sont venus de partout pour défier l’Amérique) commettent des mauvais coups dont on ne comprend pas complètement l’objet — aucune idéologie politique ou religieuse n’est précisément pointée du doigt ici. Les ravisseurs de Tony Stark sont un groupe terroriste nommé « les dix anneaux » (en clin d’oeil aux dix anneaux extra-terrestres qu’utilise le Mandarin dans le comic-book d’origine), groupe sur lequel on n’apprendra pas grand chose si ce n’est qu’ils n’ont pas des têtes à fêter thanksgiving.

Lorsqu’il subit l’explosion d’une bombe construite par ses usines, Tony Stark prend conscience qu’il doit cesser de construire des armes (tant que c’était pour tuer les autres, tout allait bien), et c’est pour cette raison, en toute logique, que la première chose qu’il fait en rentrant de captivité, après avoir annoncé qu’il changeait d’activité et devenait pacifiste, c’est de construire une arme, un exo-squelette qui le transforme en super-soldat métallique qui, par la suite (c’est à dire dans les prochains films), se mettra au service du S.H.I.E.L.D. (Strategic Homeland Intervention, Enforcement, and Logistics Division), organisation qui dans le film est une sorte de C.I.A. bis, ultra-secrète et autogérée, mais qui à l’origine, sous le nom complet Supreme Headquarters International Espionage Law-enforcement Division, était une agence de contre-espionnage théoriquement internationale et non-gouvernementale, mais, me semble-t-il, franchement favorable aux intérêts américains. Le fait que ses emblèmes soient des étoiles, des bandes et un aigle ne suggère d’ailleurs rien d’autre.
Sans trop en dire, je peux raconter que le méchant ultime du film, celui qui tire les ficelles dans l’ombre, s’avèrera être un alter-ego de Stark, un autre magnat du complexe militaro-industriel américain. Je ne crains pas tellement de gâter le plaisir du spectateur avec une telle information car ce genre de retournement de situation est monstrueusement banal dans les fictions récentes qui mettent en scène les périls internationaux qui menacent les États-Unis. Qu’ils soient des illuminés un tout petit peu trop patriotes, des financiers corrompus par l’argent ou les deux, les ennemis intérieurs ne sont pas rares dans une série comme 24 heures chrono pour ne citer qu’un exemple particulièrement  emblématique.
L’idée est confortable pour tous les spectateurs, puisque les américains ne sont pas les « gentils » ou les « méchants » mais tout à la fois les « gentils » et les « méchants ». Honnêtes et corrompus, pacifistes et va-t-en-guerre, héros et affreux.
Ici, le playboy frimeur et hédoniste qui collectionne les grosses voitures et les conquêtes féminines grâce à une fortune née de la vente d’armes meurtrières est le gentil.
Le bien et le mal sont donc ici les deux faces d’une même pièce d’un dollar.
La réalité géopolitique, bien qu’un peu plus complexe, n’est pas toujours éloignée de ça et on sait que les États-Unis ont fabriqué nombre de leurs propres ennemis, comme le général Noriega, les tallibans et Ben Laden ou encore Saddam Hussein, mais aussi les trafiquants internationaux de drogue ou d’armes et, via le réseau néo-fasciste de l’OTAN Gladio, la mafia italienne. Mais quel est le message ? Que la prospérité américaine peut bien se construire sur des saloperies et qu’il faut juste mettre en prison, de temps en temps, ceux qui n’ont pas fait attention à ce que ça ne se retourne pas contre eux ? Hrem !

De par son approche, Iron Man est dans l’air du temps. Comme film, c’est une honorable adaptation de super-héros Marvel, scénaristiquement banale puisque comme tous les premiers films d’une série de ce genre, on se contente de nous montrer la genèse du personnage, comment il est né, quelle mission il s’est donné. La charge politique subversive du film ne constitue, nous l’avons vu, en aucun cas une profonde remise en question.
Iron Man se regarde sans déplaisir, notamment grâce à l’acteur Robert Downey Jr. qui interprète Tony Stark (dont le physique d’origine était plutôt celui de Clark Gable mais qu’importe) et grâce à Gwyneth Paltrow qui est ici Miss Potts, l’assistante personnelle compétente et réservée de Stark. Mais ce qui fonctionne le mieux, c’est sans doute la partie visuelle, c’est à dire le défilé d’exo-squelettes (il y en a quatre en tout, tous très différents les uns des autres, qui ramèneront le spectateur au plaisir des jouets d’enfant) et leur assemblage mécanique, qui rappelle celui des automobiles, ce qui est à la fois amusant et très bien vu.
La leçon apportée par le Hulk de Ang Lee a (bien malheureusement) été retenue : avec des super-héros, on ne doit pas essayer de faire du cinéma, le public n’en veut pas. Il est trop tôt pour cela, pour l’instant l’audace des scénaristes doit par exemple se cantonner à un inventaire très convenu su bushisme (il y a six ans, le film aurait été courageux).
L’audace cinématographique semble se résumer à une démonstration des meilleurs effets spéciaux — effectivement excellents ici. J’attends de voir le dernier Batman pour vérifier si le genre a, comme le disent certains, progressé, mais à ma connaissance ce sont les comic-books de super-héros actuels qui se montrent effectivement audacieux (jusqu’à abriter le talent de Joss Whedon, le créateur de Buffy, Angel et Firefly) contrairement aux films tirés de cet univers qui peinent à dépasser, mutatis mutandis, l’imbécilité et la naïveté des comics des années 1960-1970.

À présent, faisons nos devoirs et penchons-nous sur l’utilisation de l’informatique dans le récit.

Il y a tout d’abord Jarvis, le domestique virtuel de Tony Stark. Dans le comic-book, Edwin Jarvis est une personne physique extrêmement similaire au Alfred de Bruce Wayne/Batman, c’est à dire un majordome fidèle, la seule famille qui reste au héros mais dont l’autorité est inversée puisque c’est ce parent de substitution qui obéit à l’enfant et non le contraire.
Dans le film, Jarvis n’est plus un homme, c’est une intelligence artificielle (sans doute mise au point par Stark lui-même) qui n’existe que sous la forme d’une voix toujours présente dans la maison de Stark.
Sa tournure d’esprit pince-sans-rire et ses expressions distinguées, sont celles du « Buttler » britannique classique. Jarvis est d’ailleurs interprété par Paul Bethany, londonien et ancien membre de la Royal Shakespeare Company.

Pour réaliser les plans de son armure de métal, Tony Stark utilise un logiciel holographique de conception assistée par ordinateur qui lui permet de modeler une maquette virtuelle d’Iron Man comme sur une selle de sculpteur. Intéressante démonstration de manipulation d’une interface qui n’existe pas encore mais qui est de l’ordre du possible.
Au passage, le générique de fin (par Danny Yount et la société Prologue) utilise des modélisations en 3D filaire façon « Autocad » et n’est pas désagréable à regarder.

L’armure elle-même contient une part informatique très importante (et dispose de moult capteurs, notamment) mais on remarquera que cela n’apparaît absolument pas pendant le processus de sa conception et de sa fabrication par Tony Stark. L’ingénieur tire des plans, soude, polit, teste le matériel, il fait tout cela tout seul, mais à aucun moment on ne le voit programmer quoi que ce soit.

Pepper Potts, l’assistante de Stark, manipule plusieurs interfaces intéressantes mais certainement pas révolutionnaires. Il y a notamment un digicode qui s’affiche dans une porte en verre et un écran qui se confond avec la fenêtre. La tendance est à la transparence.
Sur un engin de communication au format « tablet pc » à écran tactile, miss Potts regarde la télévision en même temps qu’elle converse en vidéo-conférence.

Pour finir, Miss Potts manipule un système d’exploitation informatique assez standard avec fenêtres, dossiers et icônes. On notera que la marque de l’écran (Dell) est bien visible, que l’opératrice de l’ordinateur tout comme l’écran sont filmés de manière absolument frontale, et presque sans interaction visuelle, c’est à dire que l’on ne voit quasiment pas la souris, et le seul instant où la main de Miss Potts est filmée en mouvement, la souris de son ordinateur ne se trouve pas véritablement dessous.
Je suppose qu’il y a un choix très réfléchi ici et que tout est fait pour nous faire oublier la matérialité de l’ordinateur.
Le curseur de la souris est noir et très petit, l’interface est composée d’éléments transparents et dont la taille change, nous sommes assez proches de MacOS X et de Windows Vista.

Parmi les objets présents dans l’ordinateur se trouve une séquence vidéo où les terroristes du groupes des dix anneaux encerclent Tony Stark et lisent un texte dans une langue qui semble être de l’arabe. De manière assez savoureuse, Miss Potts saisit le mot « translate » (au clavier — clavier que l’on ne voit pas mais le son et l’affichage du mot le laissent deviner) et les paroles sont instantanément traduites et déclamées à haute voix en bon anglais.
Le message est adressé au complice américain des terroristes, et il est intéressant de voir que ceux-ci s’expriment dans leur langue (alors qu’ils lui parlent en anglais habituellement), ont le visage masqué (alors qu’il connaît leurs visages) et emploient une mise en scène très connotée qui n’a pas de sens d’un point de vue scénaristique si ce n’est d’évoquer les poncifs visuels associés au terrorisme du proche/moyen-orient : masques, drapeau en décor, fusils d’assaut, prisonnier dont la tête est couverte,…

Visiteurs

décembre 25th, 2008 Posted in Le dernier des blogs ? | 12 Comments »

Consulter des sites internet laisse des traces qui permettent à ceux qui ont accès aux statistiques d’apprendre un certain nombre de choses sur leurs visiteurs (adresse IP, provenance, navigateur, etc.).
La seule donnée dont je sois vraiment friand, ce sont les requêtes faites à des moteurs de recherches lorsqu’elles contiennent les mots-clés qui leur ont été demandés.
Souvent, ces requêtes sont des petits morceaux de vie, on peut se demander ou s’imaginer ce que leurs auteurs ont eu en tête en les formulant, mais aussi se demander pour quelle raison ils ont cliqué sur un lien lorsque celui-ci était visiblement mal aiguillé.

Pour cette fin d’année 2008, voici un florilège des requêtes qui ont amené des visiteurs sur ce blog au cours de ses dix mois d’existence.
Orthographe d’origine bien entendu :

Aidez-moi

g perdu le code de mon blog
je trouve pa les numero du cadre de mon runner
ou se trouve les archives de mon ordinateur
communiquer avec ma webcam
nos photo en grece 1987
est ce qu’une personne peut me dire ou je peux trouver une bague de predator
je ne sais pas dessiner les princesses et les jeunes filles comment faire

Astuces

je cherche un moyen sûr de gagner un peu d’argent sur internet
retoucher les lettres d une carte d identite
cacher la tapisserie
avoir un code qui ouvre tout skyblog
hacker les panneau limineux
ne plus ronfler
jeux pour habiller un millitaire
retoucher comme playboy
comment programmer mon cerveau (scorpion)
astuce camouflage maquette vaisseau spatial

Bonnes affaires

casque de pompier américain a moin de 200 euros
meubles tres designe pour chambre ado
comment louer sa maison pour le tournage d’un film
regarder rollerball avec jean reno gratuit
sex gratuit et blog amateur vintage

Crime

distributeur banquaire piratee a berlin en juillet 2008
dernier braquage important
voir photos banditisme du havre dans les années 1990
je suis professeur de musique au lycée avec un casier judiciaire,est ce possible

Devoirs

nomme le titre d’une oeuvre de l’auteur nommée en 2
que signifie la premiere de couverture de la planete des singes?
ce qui nous fait penser que la planète des singes (original) et un film de science fiction
de quoi parle les promenade de jean jacque rousseau
faut-il etre savant pour etre heureux
la liberté de penser et la liberté d’expression sont elles dissociables?
sujet a faire sur faut-il s’ouvrir aux autres ou dont-on au contraire conserver ses valeurs ?
quelle etait le but de saint exupéry en ecrivant
étudiants chinois plagiat

Grandes questions

les causes d’avoir un prenom laid
les auteurs actuel deviendront-ils de futur grand auteurs
dans la bible ; si eve a péché en premier , eve aurait – elle provoqué adam
peut on reutiliser une balle de revolver plusieurs fois
world trade center pourquoi l’ ont t-il attaqué blog
comment les collectionneur entreposent ils leur maillot de foot
kel son les motivation et besoins des spectateurs dans jurassic park
derniere invention electronique dans le monde

Hommes et femmes

comment etre la femme parfaite
la femme parfaite pour les françai
femme parfaite : caractère
jeux gratuit ou les garçon par a la guerre est les femme reste chez eu
comment agit la testotérone chez le male en tant de guerre
blog contre les jaloux
mot scientifique qui désigne un jalou

Hommes et machines

l’homme deviendra t-il un robot dans un futur lointain?
conséquence de l ordinateur sur l homme
les positive de l’ordinateur sur l’homme
robot condition logique incorrecte
je pense donc je suis blade runner

Inspiration

liste de prénom de vache qui commence par n
les plus laide image poure les homme qui trompe leure femmes
lettre romantique d’excuse gratuit
model lettre d’adieu a un défunt
recherche mots qui signifie tous les qualités d’un homme
phrases comique sur paneau

Logiciels

je ne peu mettre sur mon ordi mecromedia quoi faire
logiciel de creation, ses propres dinosaures virtuelle
logiciel de qui fait bouge
image pour blog q on dirai que ca bouge
comment faire + genre d’effet + générique de star wars + power point
logiciel générique comment réalisé mon propre générique century fox
sims 2 la bonne affaire code pour mettre de la tapisserie dans la piscine

Météo

comment avont ton commencer a donné des nom aux cyclones
avalanches reproduites au même endroit
pourquoi et comment donne-t-on des noms aux phenomenes
de quoi est-il fait un cyclone
phénomène d’horreur boréal
l’homme est-il la cause des cyclones?

Mystères

methode don surnaturel
invoqué un mage noire blog
constantes physiques et dieu
commentaire de prédiction qui se sont avérées exactes

Orientation professionnelle

10 bonnes raison de devenir agent d’escale
puis-je faire hotesse de l’air si j’ai subis une intervention chirurgical
faut t’il etre intello pour être hacker
adress pour ecrire pour embauche chez sebastian et wella
devenir courtier en pierres precieuses et matières
école a berlin de postiches

Parano

prevention contre le piratage d une ligne telephonique et contr e les micros
allumer une web cam a distance
comment savoir si quelqu’un à refusé l’ajout d’amis facebook
webcam cache dans la chambre

Pas clair

acteur americain laid repertoire
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… Et il y en a des centaines et des centaines comme ça. Il faut dire que le présent blog est plutôt bavard et, par conséquent, offre à Google et autres moteurs de recherches un beau réservoir de mots-clés.
À part ça, eh bien Joyeux noël à tous !

La relation comme forme

décembre 22nd, 2008 Posted in Interactivité, Lecture | 2 Comments »

Déjà imprimé et incessamment disponible, je signale cette édition augmentée de La relation comme forme, qui est une somme d’essais théoriques que Jean-Louis Boissier a consacré à l’interactivité en art. 
L’ouvrage est accompagné d’une compilation de vingt ans de pièces interactives, regroupées ici sur un DVD-rom sous le titre Essais Interactifs. 

La première édition, qui date de 2004, était publiée par le Mamco à Genève. 
Celle-ci est éditée par les Presses du Réel (collection Mamco)
ISBN 978-2-84066-277-8
25 euros

Superman III

décembre 18th, 2008 Posted in Hacker au cinéma, Interactivité au cinéma, Ordinateur au cinéma, Programmeur au cinéma | 10 Comments »

Superman est une sorte de divinité solaire qui n’a que trois faiblesses véritables : son origine1, sa vie affective et sociale2 et enfin, son intellect, qui ne le distingue pas spécialement3.

L’intelligence est donc une arme de choix pour les ennemis de Superman et ce n’est pas pour rien que deux de ses plus grands adversaires sont Lex Luthor, un génie du mal (façon Fantômas ou Docteur Cornélius) qui ne dispose d’aucun super-pouvoir particulier, et Brainiac, un ordinateur humanoïde à la peau verte et au périmètre crânien cerclé de diodes clignotantes qui figurait d’ailleurs dans les premières ébauches du scénario de Superman II. Dans Superman III, l’homme d’acier est aux prises avec un ersatz de Lex Luthor, le milliardaire Ross Webster (Robert Vaughn), et à un informaticien, August « Gus » Gorman, interprèté par Richard Pryor, qui était l’acteur comique noir le plus important de l’époque avant d’être détrôné par Eddy Murphy. Richard Pryor, dont les graves problèmes de santé ont miné la carrière, est décédé en 2005.

C’est le rapport de Superman à l’informatique (l’ordinateur est une machine intelligente) qui nous intéressera aujourd’hui. Superman III est sorti en 1983, c’est à dire dans une période où l’informatique et notamment l’informatique personnelle étaient en pleine effervescence. Dans des comic-books publicitaires de 1981 et 1982, les Tandy TRS-80 Whiz Kids, Superman avait été confronté à l’ordinateur personnel, capable de penser plus rapidement que lui et de lui sauver la mise.

Dans la séquence d’introduction du film, on voit Gus Gorman tenter de continuer à toucher son allocation chômage. Nous apprenons qu’il n’a pas travaillé depuis trente-six semaines et que chacune de ses expériences professionnelles a très mal tourné. Gus est inadapté au travail. Mais le film démarre véritablement avec une scène de réaction en chaîne un peu molle. Une belle fille a distrait des passants, des cambrioleurs s’enfuient et une cascade d’accidents potentiellement graves est déclenchée. Tout s’arrange avec l’intervention de Superman. La belle fille, Lorelei Ambrosia, est la compagne faussement ingénue de Ross Webster. Le couple vit avec Vera Webster, la soeur revêche et vieille fille de Ross.

Mais revenons à Gus Gorman. Acculé à travailler, il découvre une publicité pour une école d’informatique, publicité qui dit ceci : Earn big money ! Become a computer programmer. C’est à dire Gagnez des gros sous, devenez un programmeur informatique. Ni une ni deux, August Gorman s’inscrit à l’Archibald school of data processing. Et très rapidement, il brille. Quand le professeur dit qu’il est impossible de réaliser une certaine opération, Gus y parvient et explique qu’il n’a aucune idée de la manière dont il est parvenu.
Sur les murs de l’école d’informatique, on aperçoit un poster qui dit Join the keyboard revolution (participez à la révolution du clavier).

C’est le premier cliché informatique contenu dans Superman III, celui de l’idiot-savant informaticien, qui maîtrise la machine sans la comprendre et qui est le premier étonné des résultats qu’il obtient. C’est une idée étrange car dans le registre de la programmation, il me semble obligatoire de comprendre ce que l’on fait. Il y a certes des utilisateurs qui apprennent plus rapidement que d’autres, qui ont une tournure d’esprit particulièrement adaptée à la discipline ou qui se lancent sans appréhensions (voyez l’aisance des enfant avec avec les nouvelles technologies), mais pour autant, rien de magique4. Je qualifie cet aspect du personnage de « cliché » mais il n’est pas si courant de le rencontrer dans des fictions. Un bon exemple est néanmoins The Lawnmower man (1992), film dans lequel un simple d’esprit devient un esprit brillant (et maléfique) après être entré en contact avec l’ordinateur et les mondes virtuels.

Derrière le cliché il y a une réalité, synthétisée de manière loufoque ici, qui est celle du bouleversement social qu’a amené la micro-informatique, facteur d’ascension sociale rapide où le simple passionné peut atteindre le niveau professionnel du diplômé des meilleures écoles, où le collégien peut pirater une banque, etc. Je n’ai pas trouvé d’étude qui atteste de la réalité sociologique de ce bouleversement, mais il a été fortement ressenti en son temps ainsi que le prouve la presse non-spécialisée de l’époque qui, à tort ou à raison, a présenté l’informatique personnelle comme un moyen fulgurant pour changer de vie, une sorte de ruée vers l’or, type de conte particulièrement ancré dans l’imaginaire collectif américain comme l’on sait.

Troisième rôle pour Gus Gorman après celui de « parasite de la société » (ainsi que le nomme une antipathique employée des services sociaux) et celui d’idiot-savant, il devient « hacker ». En effet, ayant trouvé un emploi dans la société qui possèdent Ross et Vera Webster, Gus s’aperçoit que le manque de précision des calculs décimaux fait s’envoler dans la nature un demi-cent par fiche de paie. Discrètement, il programme l’ordinateur central de la société pour que tout cet argent perdu atterrisse sur son compte à lui.

Ce n’est pas un grand exploit puisque son intervention consiste à écrire, en bon anglais, « transférer tous les demi-cents vers mon compte… ». Je suppose que cette commande a été supprimée des systèmes de gestion bancaire depuis.
Cela fonctionne en tout cas très bien, mais Gus se montre terriblement imprudent, il utilise les dizaines de milliers de dollars facilement gagnés pour acheter une grosse voiture rouge qui a tôt fait d’attirer l’attention sur lui.

Revenons à Superman. Pour le compte de son journal qui cherche un sujet sur l’Amérique profonde, Clark Kent est envoyé dans la ville qui l’a vu grandir, Smallville, pour effectuer un reportage sur une fête d’anciens lycéens où il retrouve son amie d’enfance Lana Lang (interprétée par Annette O’Toole, qui, pour la petite histoire, est Martha Kent, la mère de Clark, dans la série Smallville). Lana, divorcée, vit avec son fils Ricky. Clark retrouve aussi Brad, ancienne terreur du lycée, devenu un veilleur de nuit alcoolique.
Sur le chemin de Smallville, Superman sauve une usine chimique d’un incendie ce qui lui permet opportunément de se débarrasser de son photographe Jimmy, qui se casse la jambe en effectuant un reportage.

Pendant ce temps-là à Métropolis, Gus Gorman a un problème, son employeur Ross Webster l’a démasqué et le convoque. Webster est un homme qui veut toujours plus mais il a déjà tout, il a même fait installer une piste de ski en haut de son gratte-ciel et les quelques dizaines de milliers de dollars récupérés par Gus ne l’émeuvent pas réellement. C’est le talent de Gus qui l’intéresse.

Webster passe un marché avec Gus : il ne lui reprochera pas son piratage informatique à condition qu’il se place désormais à son service. Pour commencer, le milliardaire demande à son employé de pirater un satellite météorologique et militaire soviétique dans le but de provoquer un cataclysme en Colombie, évènement qui fera à coup sûr grimper les cours du café. Afin que la manœuvre soit discrète, Gus se rend dans une filiale de la société de Webster, Wheatking, une petite société située à Smallville. Déguisé en représentant en alcools, Gus parvient à se faire introduire dans les locaux par Brad (l’ancien camarade de classe de Lana et Clark, devenu alcoolique) et à saouler ce dernier jusqu’à ce qu’il s’endorme.
Une fois le gardien de nuit hors d’état, Gus peut librement utiliser le matériel informatique de la société Wheatking.

Il tente diverses choses un peu au hasard depuis son terminal et provoque des évènements cocasses un peu partout dans le monde : distributeur de billets généreux, factures aux montants inimaginables, trafic routier désorganisé. Enfin, il joint le satellite soviétique Vulcain (qui, c’est heureux pour lui, communique en anglais et non en russe) et déclenche un ouragan sur la Colombie. L’idée qu’on puisse faire absolument n’importe quoi sur un clavier pour finir par piloter un satellite avec la plus grande précision semble terriblement naïve, même dans un film grand public de 1983.

Tout se passe comme prévu, serait-ce l’intervention miraculeuse de Superman qui sauve la Colombie du désastre agricole et financier. Pour Ross Webster, ce camouflet de l’homme d’acier appelle une vengeance et le financier décide donc de synthétiser de la kryptonite dans le but de tuer Superman. Là encore, l’ordinateur est mis à contribution pour analyser la composition de la substance extra-terrestre. Il manque néanmoins un élément à la formule des cristaux verts et Gus décide de les remplacer par du goudron. Dans une scène assez bouffonne, il remet la kryptonite à Superman, en lui faisant croire que le cadeau émane du président lui-même, en remerciement du sauvetage de l’usine chimique quelques jours plus tôt. Dans un premier temps rien ne se produit, mais la personnalité du super-héros s’altère sensiblement. Il tente de séduire Lana avec un empressement tout à fait inhabituel et en négligeant ses devoirs de héros. Réprimandé pour ses retards, Superman se vexe et commet des blagues d’un humour douteux, provoquant une marré noire, sabotant une cérémonie sportive ou redressant la tour de Pise.
Dangereux et rejeté, Superman ne se lave plus et boit des alcools forts dans les bars.

La situation laisse à Ross Webster, à Vera, Lorelei et Gus toute latitude pour un nouveau méfait : prendre le contrôle de la production pétrolière mondiale en profitant de ce que les navires qui le transportent sont pilotés par ordinateur. Au passage, Gus réclame à Webster des moyens pour construire un ordinateur parfait et apte à défaire Superman. L’homme d’affaires accepte et lance la construction du super-ordinateur en question, sur des plans épars dessinés par Gus.

De son côté, Superman s’engage dans un combat à mort contre lui-même, combat dont le « bon » Superman sort victorieux, par strangulation (pas très fair-play mais efficace). Redevenu le héros, il répare les conséquences de ses mauvaises blagues, règle le problème des tankers perdus dans l’Atlantique et décide de s’attaquer de front à son ennemi Ross Webster. Il se rend alors dans le Grand Canyon où le milliardaire et ses trois acolytes inaugurent l’ordinateur inventé par Gus.

Alors que Superman approche de la base secrète de Webster, ce dernier utilise son ordinateur pour contrôler des missiles, qu’il pilote à l’aide d’un jeu vidéo. Le combat contre Superman se déroule donc sur un écran, anticipant la guerre telle qu’on la connaît depuis la première guerre du Golfe, où les faits et leur représentation visuelle se confondent et interagissent, où les frontières entre le jeu, la simulation et la réalité semblent s’estomper.
Bon nombre de films strictement contemporains ou à peine postérieurs à celui-ci établissent un parallèle entre jeu vidéo et guerre (Never say Never again, Wargames, Electric Dreams, StarFighter).
Je ne vois pas vraiment d’exemples antérieurs en revanche.

Superman, bien évidemment, s’en tire, et cela sans débauche d’effets spéciaux puisque le combat se déroule principalement sous cette forme de jeu vidéo. Pour l’anecdote, il était prévu qu’un véritable jeu vidéo adapté de Superman III sorte sur console Atari mais le projet a tourné court.
Enfin, le héros costumé se présente face à la machine imaginée par Gus Gorman. L’ordinateur s’avère très dangereux, puisqu’il analyse la situation, scanne la morphologie de Superman pour découvrir des points faibles qu’il exploite à grands coups de rayons verts.
La situation semble désespérée lorsque l’homme d’acier a l’idée d’utiliser une information apprise lors du sauvetage de l’usine chimique à propos d’une substance acide liquide qui devient un gaz extrêmement corrosif dès lors qu’on la réchauffe jusqu’à une certaine température. L’ordinateur détecte et analyse la substance mais, comme Superman l’a prévu, n’y voit aucune menace.

Le produit chauffe et commence à détruire l’ordinateur qui crache des étincelles de tous côtés. Gus et Lorelei, qui montraient des signes de sympathie pour Superman, se sauvent, tout comme Ross Webster. En revanche Vera Webster est capturée par l’ordinateur agonisant et fusionne avec celui-ci.

Transformée en machine, Vera est devenue un être partiellement robotique affublé d’une perruque brune ébouriffée qui lui donne un faux-air de Robert Smith. Les images un peu statiques de sa transformation progressive rappellent furieusement la métamorphose du robot en femme dans Metropolis. Les éclairs (l’électricité qui donne vie) et la démarche un peu curieuse rappellent quand à eux le Frankeinstein de 1931 et le Nosferatu de Murnau.
Comme prévu, comme convenu, Superman sort victorieux de son affrontement avec Vera Webster.
Sur le chemin du retour à Métropolis,  il dépose August dans une mine de charbon où il a l’idée de confier son ex-ennemi (décrétant du bien et du mal lui-même, Superman vient de décider que Gus était sympathique et innocent, malgré les dégâts dont il s’est montré responsable) à deux gueules noires : Vous avez un ordinateur ici.? — Oui, un petit — Eh bien dites à votre patron d’embaucher ce type là pour s’en occuper !
Sitôt Superman reparti, Gus cherche une excuse pour quitter les lieux. Il n’y a que Superman pour croire que l’on peut vouloir s’enterrer dans une mine de charbon du middle-west américain.
L’épilogue bouffon du film, c’est l’arrivée, dans les locaux du Daily Planet, d’une machine de tirage au sort électronique. Celle-ci se dérègle, fume, projette les boules qu’elle était censée sélectionner à la manière d’une machine d’entraînement pour tennismen. La technologie, hein…

Le film baigne dans une idiotie générale qui est du reste assez proche de l’esprit du comic-book d’origine, mais il n’en constitue pas moins une somme thématique extrêmement riche.
Tout d’abord il y a Gus Gorman. Il est l’autodidacte non-qualifié qui s’avère bon informaticien. Mais il est aussi un hacker, un programmeur et pour finir un concepteur d’ordinateurs, il passe d’une initiation au langage Basic à l’architecture informatique en quelques semaines. Ce raccourci, cette confusion amusante, est assez répandue aujourd’hui encore et il m’est déjà arrivé de constater que, pour certaines personnes, faire le graphisme d’une page web ou concevoir un ordinateur étaient plus ou moins le même métier. On trouve même des annonces d’emploi qui, toutes proportions gardées, réclament aux postulants des compétences dont chacune constitue un métier à part entière : graphiste, rédacteur, programmeur, expert en bases de données et administrateur système par exemple.
Une autre thématique, toujours liée à Gus mais qui parcourt tout le film, c’est celle de l’ordinateur comme moyen de gagner de l’argent rapidement, presque magiquement, et éventuellement de manière malhonnête. Visuellement, les publicités pour l’informatique que diffuse l’école où Gus effectue sa formation ressemblent aux réclames crapuleuses que l’on pouvait lire dans les comic-books de l’époque et qui proposaient des solutions miracles à tout : méthode pour se muscler rapidement, lunettes à rayons X, etc.
On voit par ailleurs que c’est avec l’ordinateur que Gus devient un personnage important du récit et finit même par être recommandé professionnellement par Superman lui-même.
Enfin, de nombreux sous-récits contenus dans ce film, qu’ils aient été inventés pour l’occasion ou non, sont devenus à leur manière des classiques, rééxploités dans de nombreuses fictions : le piratage informatique de satellites pour dérégler le temps ; les distributeurs de billets de banque devenus fous ; l’arnaque aux demi-cents (repris par exemple dans Office Space, 1999) ; le trafic routier désorganisé (emprunté à The Italian Job – 1969) ; l’ordinateur qui se défend (pris à Colossus: The Forbin Project – 1970) ; l’être humain qui est contaminé par l’esprit de l’ordinateur (qui nous rappelle The Computer wore tennis shoes, de 1969) ; le sabotage de l’approvisionnement en pétrole (recyclé dans Hackers en 1995), etc.

Écrit sur mesure pour un acteur comique, Richard Pryor, on ne peut pas dire que Superman III soit un film d’une grande qualité. Il paraît que le suivant, que je n’ai pas vu à dire vrai, est pire. Superman III n’a pas remporté un succès important dans son pays mais à l’échelle internationale il reste un des films de l’année 1983 à avoir attiré le plus de spectateurs.

  1. un peu de cristal venu de la planète Krypton affaiblit Superman jusqu’à le rendre mortel et ses pires ennemis sont souvent issus de la planète Krypton. À l’image du peuple américain, Superman vient d’ailleurs mais s’invente un ancrage redneck du middle-west le plus isolé, Smallville, et se considère comme étant au service de l’humanité entière… sous le commandement direct du président américain. [↩]
  2. Comment accepter l’amitié ou l’amour en se considérant comme parfait, c’est à dire en considérant que l’on est complet ? Souvent brutal et impitoyable (même si le meurtre lui a été interdit par le rédacteur en chef de Action Comics dans les années 1940), il a édifié un musée, un cabinet de curiosités dont il est le seul visiteur et l’unique sujet. Il joue à être maladroit et humain en enfilant son costume de Clark Kent (inspiré de Harold Loyd) mais c’est une posture, il n’a besoin de personne autrement que pour l’aimer ou l’aduler et la seule qualité qu’il a offert à son alter-ego Kent est d’être connu comme un de ses proches amis. L’orgueil de Superman s’avère une faille chaque fois qu’il se sent rejeté ou mis en question, car il devient alors mortellement dangereux pour le monde entier. [↩]
  3. Superman est doté de bonnes capacités scientifiques, dit-on, mais pour le reste, il tombe dans tous les pièges et ne s’en tire jamais que par sa force physique. Il n’a aucune vie intellectuelle et méprise un peu son métier civil — le journalisme — qui n’est pour lui qu’une couverture.  [↩]
  4.  Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie a édicté Athur C. Clarke [↩]