Profitez-en, après celui là c'est fini

Flashmob – débriefing

février 18th, 2009 Posted in Études, Lecture | 4 Comments »

Une bonne Flashmob repose sur la surprise : on se balade dans la rue, on fait ses courses au supermarché, et subitement, des gens qu’on croyait aussi badauds que nous se mettent, tous ensemble, à chanter, à danser, à s’immobiliser, à se battre à coup d’oreiller, à dire un slogan, à marcher à l’envers… Pour ceux qui ne sont pas dans la confidence, la réalité semble temporairement basculer. Pour que ça fonctionne, il faut un dosage optimal de badauds et de performers. Quand avec Nathalie je danse et je chante dans la supérette Atac (la danse et le chant permettent de supporter la musique intrusivement imposée par les hauts-parleurs, essayez, vous verrez), je suppose que j’ai l’air original, enjoué, ou un peu fou. Qui ne m’a jamais vu secouer mes 80 kilos et mon mètre-quatre-vingt-et-quelques sur du Kylie Minogue n’a rien vu. 

Quand je suis arrivé ce midi place Saint-Michel, avec une demi-heure d’avance, il y avait déjà quelques piétons en station debout, la main dans la poche, prêts à en extraire un livre au premier bruit ressemblant à un sifflet. J’ai fait quelques tours dans les étages du magasin Gibert Jeune. Quand j’en suis sorti, la place était devenue noire de têtes d’universitaires. Certains avaient même apporté des pancartes, cette préparation de flashmob peu discrète (dans un lieu qui est plus un lieu de rendez-vous qu’un lieu de passage) ressemblait avant tout à une manifestation. Du reste, elle en était un peu une. L’appel à participation avait été extrèmement bien diffusé. Le journal Libération a dénombré cent lecteurs, je parie sur le double au moins.
Le scénario a en tout cas été respecté. À midi, coup de sifflet, chacun sort son livre préféré et le lit à haute voix. 

On a ainsi pu entendre lire Marcel Proust, Jonathan Swift, Charles Dickens, Boris Vian, Alain Robbe-Grillet, Franz Kafka, Armand Gatti, Étienne de la Boétie, Édmond de Rostand, Bernard Werber (euh…), Michel Onfray, Brecht (dans le texte), Samuel Beckett, Alfred Jarry, Vercors, Jacques Lacan, Michel de Montaigne, Louis Aragon, Guillaume Apollinaire, Oscar Wilde, Cormac McCarthy, Vladimir Nabokov, Martin Amis, Ernest Hemingway, Alexis de Tocqueville, Henry David Thoreau, Friedrich Nietzsche, Paul Lafargue, Claude Lévi-Strauss, George Orwell, Eugène Süe, Italo Calvino, Georges Pérec, Jack Kerouac, Edgar Poe, Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, William Burroughs, Shinji Iida, Christian Salmon, Éric Hazan, Luc Boltanski, Pierre Desproges… Et bien entendu Mme de Lafayette pour sa Princesse de Clèves.

J’étais venu avec Le Gène égoïste, de Richard Dawkins, parce que je crois bien que c’est mon livre préféré. Je ne l’ai pas lu ici, j’ai plutôt pris des photos de la performance, parce qu’un essai de génétique n’est au fond pas tout à fait adapté à la lecture à haute voix qui n’a d’ailleurs jamais été mon exercice préféré.
Beaucoup photographiaient ou filmaient, et parfois se filmaient eux-mêmes lisant, un téléphone multimédia au bout du bras. 

En photo : L’intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, L’art : une histoire d’expositions, par Jérôme Glicenstein (lu par l’auteur lui-même, plutôt fier puisque le livre est, suivant un timing impeccable, paru aujourd’hui-même), Le mode story par Martin Tupper (un livre dont il n’existe que huit cent exemplaires), le Discours Sur Les Sciences et Les Arts de Jean-Jacques Rousseau et, enfin, Masse et puissance par Elias Canetti.

Mon fils m’a demandé comment on pouvait espérer exprimer quelque chose avec cette performance : qui allait nous comprendre, surtout que l’on ne peut pas répondre aux questions des passants tout en lisant. Effectivement, mais peu importe. Ce genre de performance sert avant tout à exprimer que l’on a choisi un camp, celui du livre, et donc par extension, celui du savoir, de la mémoire, et pourquoi pas du sentiment esthétique, contre d’autres logiques à la mode (avoir une Rolex avant cinquante ans, comme dit Jacques Séguéla ?)

Ailleurs : Protestation par le livre (Jlggb blog) ; De la flashmob à la manifestation (Arts des nouveaux médias) ; Fini les blocages à l’université, maintenant on fait Flashmob (street reporters) ; Une manif’ à livre ouvert (Bakchich.info) ; Une Galerie FlickR ; Des vidéos sur Dailymotion et sur Youtube : 123, 4, 5, 6

Flashmob ce jour à midi

février 18th, 2009 Posted in Dans la boite-aux-lettres | 3 Comments »

À faire circuler… Performance collective – Flashmob
Appel à participation – Faire circuler.  

Que vous soyez petits ou grands, universitaires ou traders, engagés ou désillusionnés, venez nous rejoindre pour une mobilisation éclaire pour soutenir les Universités en grève mercredi 18 février à midi place Saint Michel. Une action de mobilisation collective sous la forme d’une FLASHMOB1 est prévue à midi (12H00) Place Saint Michel à Paris.

Date : MERCREDI 18 Février 2009
Lieu : Place Saint-Michel à Paris 
Heure : 12h00 précise 

Instructions à suivre :

  1. Munissez-vous  d’un livre (de préférence votre livre préféré).
  2. Rendez-vous sur sur la place Saint Michel à midi précise (12H00) le mercredi 18 févier. 
  3. Au coup de sifflet, Immobilisez-vous pour une lecture de 5 minutes à haute voix.
  4. Au deuxième coup de sifflet dispersez-vous !!!

+ d’INFO : http://flashmobilisation.blogspot.com

  1. flashmob, terme anglais traduit généralement par foule éclair ou mobilisation éclair, est le rassemblement d’un groupe de personnes dans un lieu public pour y effectuer des actions convenues d’avance avant de se disperser rapidement. Le rassemblement étant généralement organisé au moyen d’Internet, les participants (les flash mobbers) ne se connaissent pas pour la plupart.  []

Rater sa vie

février 17th, 2009 Posted in Brève, indices | 13 Comments »

Il est difficile d’estimer si une existence est « réussie » ou non, pour peu que cela signifie quelque chose. Le publicitaire Jacques Séguéla, dans l’émission Les 4 vérités / Télématin (13/02/2009), a donné son point de vue qui réduit subitement deux-mille cinq cent ans de philosophie à un critère assez simple, qui est qu’il faut porter la même montre que Steve McQueen ou Paul Newman.
Parlant des taquins qui reprochent au président d’exhiber ses montres hors de prix, il explique :

Comment peut-on reprocher à un président d’avoir une rolex ? Une rolex. Enfin, tout le monde a une rolex. Si à 50 ans on n’a pas de rolex, c’est quand même qu’on a raté sa vie.

Nous voilà édifiés. Je serais curieux de connaître l’argumentation qui va avec.
Par chance, grâce à Internet et à la mondialisation, il est de plus en plus facile de se procurer des contrefaçons de montres Rolex. Nous allons pouvoir donner un sens à nos existences pour un prix raisonnable.

(origine de la photo d’illustration : non connue)

Pris dans la toile deux-zéro (3)

février 15th, 2009 Posted in indices, Les pros | 3 Comments »

Parlons cette fois des publicités en ligne.
Tout le monde connait le moteur de recherches Google, dont l’efficacité et la simplicité visuelle et fonctionnelle ont fait le succès. Le public a moins clairement conscience que Google, qui en apparence ne diffuse que des publicités textuelles et particulièrement non-intrusives, est aussi propriétaire d’Adsense, la plus puissante régie publicitaire en ligne. Il est aussi aisé de devenir annonceur sur le réseau Adsense qu’il est facile de devenir soi-même un support publicitaire pour Adense, et cette facilité concerne aussi bien les particuliers que les multinationales. Les budgets peuvent aller de quelques centimes d’euros par jour à des chiffres pharaonesques. Le système ne concerne pas que les sites internet puisqu’il s’étend notamment aux jeux vidéo en réseau.

Les publicités sont payées au clic (chaque webmestre peut donc constater dans ses statistiques que Google ne le trompe pas sur le nombre de publicités affichées) et les mots-clés sont facturés selon la loi de l’offre et de la demande — si un mot-clé est très demandé mais n’est présent que dans peu de pages d’annonceurs, il coûtera plus cher qu’un mot rarement réclamé mais très courant. Il est cependant impossible d’être assuré de l’honnêteté de Google qui peut discrètement modifier la cote de tel ou tel mot-clé sans que quiconque puisse vérifier le bien fondé de cet ajustement. En apparence avec ce système, tout le monde est indépendant et libre de ses actions.

On sait depuis longtemps que les choses ne sont pas si simples puisque certains annonceurs ont connu des mésaventures diverses, comme l’artiste Christophe Bruno qui a pu constater avec son Google AdWords Happening (2004) que l’insertion de publicités à caractère non-commercial (des poésies, en l’espèce), était proscrite. La publicité s’arroge depuis toujours le droit d’avancer masquer, mais elle refuse qu’on n’ait rien à vendre. D’autres ont découvert à leurs dépens qu’ils pouvaient se voir privés du droit d’appartenir au réseau d’annonceurs Adsense pour avoir imprudemment dévoilé le fonctionnement du service sur leur blog.

Mais ce n’est pas tout. Le récent effondrement des budgets publicitaires dû à la crise financière pourrait bien faire sortir le loup du bois. Du jour au lendemain, Google-le-moteur-de-recherches semble avoir fait baisser de manière aussi conséquente qu’injustifiable le « PageRank » des les sites du domaine lemonde.fr.
Le PageRank, c’est une note attribuée aux sites qui permet à Google de déterminer la place à laquelle afficher un site dans une réponse à une requête. Ce système, qui est une des raisons directes du succès du moteur de recherches, est censé être objectif car il repose sur des paramètres automatisés — le google ranking d’un site maintes fois cités par d’autres sites est meilleur que celui d’un site jamais mentionné nulle part. Des ajustement manuels sont évidemment prévus, ne serait-ce que pour se protéger des petits malins qui détournent le système en créant de faux-sites destinés à améliorer artificiellement leur popularité auprès du moteur de recherches. Toujours pour se protéger de tout détournement, le système de Google est extrêmement opaque.

Les sites du groupe Le Monde remportent un grand succès, les mesures d’audience en font régulièrement le numéro un des médias d’information francophones en ligne. En revanche, Lemonde.fr dispose de sa propre régie publicitaire (i-régie) et n’est donc pas inféodé à Google Adsense. Est-ce que Google a effectivement ajusté le PageRank de ces sites qui ne lui rapportent pas d’argent au bénéfice d’autres qui lui rapportent ? C’est techniquement possible et cela serait commercialement avantageux. En revanche, du fait de l’opacité du système et de l’instabilité permanente de sa base de données, on ne peut ni le prouver ni même le vérifier. Mais peu importe. Mon sujet n’est pas de taper sur Google mais de rappeler que la liberté offerte par un modèle économique qui repose sur la publicité est plutôt illusoire et peut même s’avérer être un piège.
On peut m’accuser d’enfoncer les portes ouvertes et me faire remarquer qu’il n’y a ici rien de bien neuf. Il y a cependant un changement, à mon sens, qui est que le fameux « Web 2.0 » permet au simple quidam, au propriétaire amateur d’un blog, par exemple, de tomber dans un piège qui jusqu’ici ne concernait que les médias établis.

Pris dans la toile deux-zéro (2)

février 10th, 2009 Posted in Mémoire, Parano | 4 Comments »

Dans un précédent article, j’évoquais la suppression de services en ligne non-rentables par Google. Cela me semblait une bonne illustration du danger qu’il y a à confier sans garanties ses données à une société dont la politique peut évoluer et obéit de toute façon à des nécéssités qui lui sont propres et qui peuvent s’éloigner des nécéssités de l’usager.
Cette fois, Google (encore !) s’en prend à un objet pour le moins intime : le blog personnel. On apprend en effet cette semaine sur Numérama que de nombreux blogueurs ayant recours au service Blogger/Blogspot, la plate-forme de weblogs de Google, ont vu des articles disparaître purement et simplement de leurs blogs. Par recoupement, ils ont compris que tout cela était exclusif à Blogger et concernant des posts contenant des morceaux musicaux au format mp3.

Que Google se protège des procès avec la Recording Industry Association of America (RIAA) est compréhensible et prévu par le contrat que passe l’usager du service avec l’hébergeur du blog. Le minimum serait pourtant, conformément à l’usage, de commencer par demander à l’utilisateur de supprimer lui-même le contenu problématique. Or ici, non seulement les usagers n’ont pas été sollicités mais ils n’ont même pas été prévenus, leurs articles ont disparu sans explications, sans négociation, ce sont des pans de la mémoire des blogueurs qui s’est évanouie.
Toujours avec la même brutalité, Google/Blogger ne s’est pas donné la peine de répondre aux auteurs de contenus qui voulaient plaider leur cause, notamment ceux qui estimaient disposer du droit de diffuser les fichiers musicaux mis en cause, car ils en avaient obtenu l’autorisation expresse des ayant-droits.

Selon la définition de Marx, dans la société industrielle, les prolétaires, plus pauvres que pauvres, sont ceux qui ne disposent pas de leurs propres moyens de production. Dans une société qui repose sur l’échange d’information, le prolétaire est celui qui ne dispose pas de ses moyens de diffusion.
À bon entendeur, salut.

L’École d’art de Cherbourg-Octeville en danger

février 9th, 2009 Posted in Dans la boite-aux-lettres, Études, Pas gai | No Comments »

Après Arras et Rueil-Malmaison, c’est de Cherbourg-Octeville que proviennent des informations alarmantes. Ayant des difficultés à supporter le coût financier de son école alors que l’état baisse sa subvention de 20% et qu’une rénovation des locaux se fait urgente, la municipalité de Cherbourg semble avoir engagé un processus de fermeture.
S’il semble acquis que l’école restera ouverte jusqu’à ce que ses étudiants aient fini leur cursus, le concours d’entrée pour l’année 2009-2010 ne sera vraisemblablement pas organisé.

Le drame est pourtant loin d’être certain. En effet, la volonté de trouver une solution aux problèmes de l’école semble bien partagée puisque le député-maire de Cherbourg-Octeville, Bernard Cazeneuve, appelle lui-même à signer la pétition dont il est le destinataire, estimant qu’une large mobilisation donnera un poids important aux élus soucieux de faire progresser le dossier. Parmi les pistes de sauvetage ou d’évolution de l’école, un partenariat avec l’école d’art du Havre (c’est chez moi ça !) et/ou d’autres établissements normands semble être sérieusement à l’étude.  

L’école supérieure des beaux-arts de Cherbourg-Octeville (Esbaco) n’accueuille qu’une trentaine d’étudiants en cycle supérieur mais sa qualité est reconnue et il est rare que ses promotions n’obtiennent pas 100% de réussite au diplôme national d’arts plastiques (DNAP, soit Bac+3). De plus, l’école est aussi un établissement ouvert sur la ville avec des ateliers périscolaires et des cours du soir.
Je n’ai pas trouvé de site consacré à l’actualité de l’école d’art de Cherbourg, mais quelques coupures de presse sont consultables en ligne : [1][2] et [3].

(Illustrations: Les Parapluies de Cherbourg, par Jacques Demy. Original, hein !)

Internet et pouvoir

février 7th, 2009 Posted in Brève, Link-dropping, Parano | 8 Comments »

Dans la section commentaires de l’article qui précède, Antoine Bablin signale l’interview de Benjamin Bayart par Astrid Girardeau sur Écrans.fr. L’article en question, intitulé Tout le monde a intérêt à transformer Internet en Minitel, mérite vraiment d’être lu.
Il ne nous apprend rien d’inédit mais il donne une bonne idée des enjeux de pouvoir sur Internet et de la mauvaise pente que prend le réseau. Car s’il reste techniquement a-centralisé, de nombreuses pratiques (commerciales notamment) tendent à remettre en cause sa neutralité. 

Dans un autre registre, Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat au Développement de l’Economie numérique depuis trois semaines, vient de découvrir que son accès à Internet était limité. Son prédécesseur au même poste, Éric Besson, ne s’en était pas plaint, lui qui voulait que les français s’abandonnent à Internet1. Pour des raisons, nous dit-on, de sécurité, la ministre-de-l’Internet est privée de nombreux contenus (Dailymotion et Youtube entre autres). Elle aurait2 déclaré au Parisien, je cite, «.en raison de dispositifs de sécurité qui existent autour du Premier ministre, il m’est impossible de naviguer sur tous les sites qui ont de l’image.»
L’information est amusante mais elle n’a rien de bien étonnant en France, nos élites ayant toujours répondu aux questions de sécurité (notamment informatique) par la restriction et la censure, comme on le voit avec les mesures de filtrage que le gouvernement compte imposer aux fournisseurs d’accès à Internet.

  1. Pour que la France tire tous les bénéfices économiques, sociaux, sociétaux et démocratique d’Internet, nous devons, en toute simplicité, succomber à l’enthousiasme. (La République numérique, éd. Grasset). Qu’il soit pris au sens propre ou au sens figuré, le verbe succomber exprime un abandon de toute résistance, une forme de défaite.  []
  2. J’emploie le conditionnel car même si elle est reprise par plusieurs sites, cette phrase ne figure pas dans l’interview du 3 février 2009 qui se trouve retranscrite sur le site du quotidien Le Parisien/Aujourd’hui-en-France []

Une homepage se tourne

février 6th, 2009 Posted in Vintage | 17 Comments »

Fin 1996. La rumeur enfle : un serveur nommé « mygale » permet à qui le veut, gratuitement, librement, de disposer de cinq mégaoctets d’hébergement et d’une adresse e-mail. Du jamais vu. Je cours m’inscrire, avec succès. À l’époque, on accède à Internet avec un modem bas-débit. C’est lent et le modem chante. On est encore un peu étonné ou émerveillé chaque fois que quelque chose fonctionne.
Mon site sur Mygale est un fourre-tout, j’y place mes premières expériences de création artistique en ligne ; Un article (qui a connu un certain succès en son temps) sur les mangas ; Des dessins divers et variés ; Une page sur une maîtrise d’arts plastiques qui n’a jamais été terminée ; Un sous-site consacré au groupe de musique électronique de mon frère à l’époque ; Une fausse interview de Pierre Boulez qui se dit passionné de Michel Fugain (repris sans vérification sur un site consacré à Boulez!) ; Des nouvelles de la famille ; Les e-mails de tous mes amis en ligne…
Chaque page était éditée à la main, en langage HTML d’abord, puis avec l’éditeur visuel Claris Homepage. Les fichiers étaient envoyés de manière laborieuse, en saisissant des ordres FTP en ligne de commande sous MS-DOS. Aujourd’hui, pour beaucoup de raisons (par goût et pour maîtriser mieux ce que je fais), je persiste à faire en code des choses qui peuvent se faire avec des systèmes visuels et intuitifs, mais à l’époque, on n’avait pas le choix et il n’existait pas de systèmes tels que les weblogs ou les wikis pour créer du contenu sans pré-requis technique.
Dans la foulée, j’ai eu une proposition d’embauche au Studio Grolier (Hachette), car avoir un site personnel était un diplôme suffisant.

1997. Mygale connaît de nombreux problèmes. Son fondateur, Frédéric Cirera, est un étudiant du laboratoire d’intelligence artificielle de l’Université Paris 8 (Mygale est son projet de maîtrise), ce qui lui a offert certains moyens mais qui s’est vite révélé handicapant. Le bureau de son laboratoire se trouvait pile à l’étage supérieur à celui du mien. J’étais allé rencontrer Fred Cirera et je regrette un peu de ne pas avoir pris de photo du lieu, qui aurait ressemblé à toutes les photos de pionniers de la micro-informatique. Le serveur Mygale, déjà célèbre dans le monde entier, n’était pas hébergé dans un data center solenel, il était composé d’ordinateurs d’âges divers disposés sur des coins de table et reliés par une pagaille de fils. L’administration voyait d’un mauvais œil cette utilisation de la bande passante du réseau Renater. En effet, puisque chaque « mygalien » était libre du contenu de ses pages, certains n’ont pas hésité à créer des sites publicitaires, ce qui était contraire à la charte du réseau de la recherche. Fred Cirera lui-même a tenté de mettre de la publicité sur Mygale pour financer le service (les « mygaliens » qui désiraient participer à l’effort de guerre étaient invités à ajouter à leurs pages le code permettant l’affichage de pubs, si je me rappelle bien les choses).
Les problèmes techniques s’accumulaient par ailleurs, du fait de l’augmentation exponentielle du nombre de propriétaires de sites sur Mygale. Mygale fut alors chassée de l’université en avril 1997. Après une interruption d’une quinzaine de jours (qui semblèrent des années), le serveur a été hébergé (quelques mois) par le fournisseur d’accès Havas on line (HOL).

1998 : Mygale fusionne avec The (virtual) baguette et devient Multimania. Fondé en 1995 par des français expatriés dans la Sillicon Valley, Baguette était un magazine « décalé » à une époque où il y avait encore peu de contenu en français sur la toile. Le succès avait été suffisant pour que, très rapidement, le studio Grolier/Club-Internet cherche à nouer un partenariat. De retour en France, les fondateurs de la Baguette ont donc tenté de trouver un modèle économique intéressant pour leur société, au désespoir d’une partie de leur public historique. Les pages personnelles gratuites de Mygale ont été un apport de contenu tout à fait bienvenu.
Multimania est arrosée de dizaines de millions de francs par les plus grosses sociétés, la fameuse « bulle de l’Internet » n’éclatera que quelques années plus tard. À l’époque, un français sur cent a accès à Internet et le modèle reste donc fragile, ce qui n’empêche pas Multimania d’être cotée en bourse en 2000. Peu de temps après, patatras, la « bulle » éclate, l’action de multimania s’effondre et le portail Lycos, qui avait déjà acquis Spray et Caramail, rachète Multimania.
Multimania était resté un des sites les plus fréquentés de France (derrière Yahoo et Voila.fr — un portail de France Télécom) et restait une référence en matière d’hébergement gratuit. Une partie du public s’est toutefois tournée vers d’autres hébergeurs : altern (plus ancien mais dont la notoriété s’est faite plus lentement), citeweb (devenu ensuite Fortune City) et puis surtout les services d’hébergement mis en place pour leurs clients par tous les fournisseurs d’accès, à commencer par Free.
Acteur dominant du domaine des sites de rencontres et de la discussion instantanée, Lycos a été doublé par Meetic, Match et autres. Numéro un de l’hébergement personnel gratuit, Lycos n’a pas vu venir le phénomène des blogs dont l’accessibilité technique a permis une explosion de la page personnelle.

Le manque de clairvoyance n’est pas l’unique problème. Le rapport entre Multimania/Lycos et ses usagers n’a cessé de se dégrader. Des publicités intrusives et brutales ont été ajoutées aux pages à la volée (et plus récemment d’affreuses publicités au format flash qui vont jusqu’à recouvrir le contenu de la page), un service payant moins intéressant que nombre de service gratuits a été proposé par Lycos. Le public a peu à peu fui.
Au fil des changements techniques et commerciaux, j’ai fini par perdre le mot de passe qui me permettait de modifier ma « home page », laquelle est donc restée inchangée depuis 2000 ou 2001. J’ai pu, finalement, y accéder tout de même afin d’y placer un avertissement expliquant que le site ne devait être consulté qu’à titre purement archéologique (ici).

2009. Dans la nuit du 15 au 16 février, les sites personnels hébergés par Lycos seront tous supprimés. Lycos Europe et Lycos France cessent leur activité.
La fin d’une histoire.

edit (13/02/09) : Le service Multimania sera malgré tout continué par un repreneur mystérieux.
edit (13/01/2017) : Valérie Schafer, chercheuse qui travaille sur l’histoire du web français, me signale un article de son confrère Olivier Trédan, au sujet de Mygale.org

Publicité ciblée

février 5th, 2009 Posted in Brève, Images, Interactivité | 5 Comments »

Reçu d’une amie, ce faire-part envoyé par e-mail.
Chez gmail, on ne perd pas le nord, comme on le voit tout en haut du mail, en blanc sur fond bleu, avec cette publicité pour un croque-mort spécialisé dans la crémation.

Curieusement, une publicité aussi odieuse a quelque chose de rassurant. Certes elle signifie que Google lit et analyse les e-mails envoyés à des titulaires de comptes Gmail, mais elle signifie aussi que ce système de ciblage publicitaire est particulièrement bête, car un tel manque de tact serait difficilement imaginable venant d’un être humain.

Une forme de publicité potentiellement bien plus intrusive (car plus discrète) pointe le bout de son nez. D’ores et déjà testée à la station Étoile et destinée à être étendue à quatre cent unités, la RATP et Metrobus commencent l’exploitation du système Numériflash, des publicités diffusées sur des afficheurs à cristaux liquides équipés de caméras qui filment et interprêtent les réactions des passants aux messages publicitaires (le but étant de compter le nombre de personnes qui tournent la tête vers l’écran).

Une autre fonction pour l’instant inhibée permettra même d’envoyer par connexion sans fil des publicités sur les téléphones portables des passants. À quand les publicités qui reconnaissent les traits de nos visages et qui nous interpellent, comme dans Minority Report ? Ou les publicités qui modulent leur message selon qu’elles nous voient sourire ou au contraire nous renfrogner ?
Toute paranoïa et toute  lassitude vis à vis de la publicité mises à part, ces sortes de gros iPhones animés (mais non sonorisés pour l’instant), intelligents et communicants, devraient pouvoir trouver des applications artistiques très intéressantes.
On peut en voir une vidéo ici (merci Hannah pour le reportage)

Teaser

février 1st, 2009 Posted in Brève, Lecture | 7 Comments »

Un aperçu de La journée d ‘un journaliste américain en 2889, album dessiné par Guillaume Guerse d’après Michel Verne (le fils de Jules), avec une postface de David Vandermeulen qui nous éclaire notamment sur les débat qui entourent la question de la paternité de l’œuvre, longtemps attribuée à Jules Verne.
L’album sortira aux éditions Six Pieds sous terre dans quelques mois. 

Ce récit « steampunk » raconte la journée d’un magnat de la presse au XXIXe siècle. On y croise un système de visioconférence discrètement emprunté à Albert Robida (qui lui-même le tenait de George du Maurier), un prototype d’ordinateur et même un call-center.
On en reparle bientôt. En attendant, on peut aller lire la nouvelle d’origine en langue anglaise et sa version française.