Profitez-en, après celui là c'est fini

Disparaître (1)

janvier 30th, 2009 Posted in Mémoire, Parti | 1 Comment »

Le film Virtual Obsession, dont nous parlions récemment, n’aborde pas le sujet de manière très heureuse, mais en moins de vingt ans d’existence1, le web nous amène à nous poser d’une manière neuve la question de la mort. Je le sais, dire qu’il y a du neuf dans le trépas peut sembler un peu exagéré de prime abord. Pourtant, il me semble que c’est bien le cas et je crois que nous sommes loin de pouvoir en prendre toute la mesure.
Quelques heures avant de prendre le train pour le festival d’Angoulême, une histoire me revient en mémoire. L’histoire de François Jacques.

François Jacques, traducteur de mangas et fondateur d’un fanzine pionnier consacré au sujet, l’Effet Ripobe, a ouvert un site chez Free il y a des années.
En décembre 2001, il y a placé cette carte de vœux plutôt étrange, un peu morbide, qui montre un enfant paisiblement allongé sur ce qui ressemble à une table de montage ou à une table d’opération (l’absence d’outils ou d’instruments nous empêche d’en juger).

Le personnage allongé, c’est le robot Astro (Atomu/Astro Boy) de Tezuka Osamu. Il s’agit vraisemblablement de la photo d’une mise en scène en volume (musée Tezuka ?).
Dans le récit d’origine, ce robot est le sosie du fils décédé du docteur Tenma, un grand scientifique. Créé pour pallier à la disparition de l’enfant, le petit Astro s’avèrera décevant pour son créateur, puisqu’il n’est pas un enfant mais bien un robot, incapable de grandir et de devenir un homme, figé pour l’éternité. Rejeté par celui qui l’avait créé, le petit robot devient un super-héros plein de bonne humeur…2

J’ai connu François Jacques sur un forum dédié à la bande dessinée, fr.rec.arts.bd, en 1998.
Quatre ans plus tard, quelques semaines après l’envoi de cette carte de vœux, à la veille de l’ouverture du festival d’Angoulême justement, on apprenait que Ripobe-San était mort à trente-cinq ans au cours d’une opération. C’est mon premier mort d’Internet3, car même si je ne l’ai jamais rencontré physiquement, je peux dire que je l’ai bien connu, pour avoir eu de nombreuses discussions animées avec lui.
Les participants aux forums que fréquentait François Jacques ont été plutôt choqués par la nouvelle et un site a même été créé en son honneur. Sept ans plus tard, ce site existe toujours. Je doute qu’il ait connu beaucoup de modifications récemment. On y trouve quelques liens, quelques témoignages, une photo. Quelqu’un s’occupe apparemment de conserver l’hébergement et le nom de domaine.
Le site qui se trouve sur le serveur de Free et sur lequel se trouve la carte de vœux de 2002 existe toujours lui aussi et, eu égard à la politique de Free, existera sans doute encore très longtemps.
Ce n’est pas tout. Les milliers de contributions de François Jacques à divers forums continuent d’exister sur Internet. On peut retrouver chaque discussion à laquelle il a participé. Puisqu’il s’agit de systèmes de discussion asynchrones et publiques, on peut même toujours lui répondre. On me dira que l’on peut bien accéder à de nombreuses correspondances du passé et qu’il n’y a là aucune différence. C’est vrai, bien sûr, mais en même temps à aucun moment de l’histoire on n’aura pu accéder à une telle masse d’archives relatives à des gens comme vous et moi, c’est à dire des gens dont la correspondance n’a pas forcément vocation à être étudiée ou éditée.

Cette histoire se déroule à une époque assez primitive du web français, une époque où tout se passait de manière assez artisanale et où chacun de nous n’était connecté que depuis quelques années. Aujourd’hui, les plate-formes de blog, les réseaux sociaux personnels ou professionnels font que nous laissons derrière nous une masse incroyable de traces de notre existence. Récemment, le journal Le Tigre a publié un article de Raphaël Meltz qui s’était amusé à choisir un internaute au hasard et à enquêter sur lui en utilisant Facebook, FlickR et autres : date de naissance, noms et photos de proches, parcours professionnel,… Le plus édifiant dans cette histoire est sans doute l’emballement qui a suivi dans les médias nationaux qui subitement semblaient découvrir la relative confusion qui existe entre espace public de espace privé sur Internet. Pourtant, la plupart d’entre nous maîtrise relativement bien la quantité de données personnelles qui trainent sur le réseau. On ne s’inscrit pas à « copains d’avant », « myspace » ou « linkedin » pour se cacher et on ne s’exprime pas sur des forums en son nom pour que ça ne se sache pas. Beaucoup découvrent tout de même à leur dépens qu’il est difficile de revenir en arrière : Facebook, par exemple, conserve toutes les données qui y sont entrées même lorsque leurs auteurs pensent les avoir effacées.

Ce que le réseau change à notre rapport à la mort reste cependant à l’état de potentiel. Je pense que dans un avenir proche, une personne décédée conservera sur Internet une capacité à agir sur le monde sans précédent.  À répondre à des questions par exemple, à envoyer des e-mails, à effectuer des transactions financières, à accumuler des connaissances et à les traiter. Pour des gens qui vivent une grande partie de leur vie sociale ou professionnelle sur le réseau, les serveurs peuvent constituer des exécuteurs testamentaires hors-pair et infaillibles (à suivre).

  1. Internet est né à la fin des années 1960, mais le web est bien plus récent, il est né en 1990 et le public y a accès depuis 1992. []
  2. Un film en 3D est sur le point de sortir avec Astro Boy comme héros. Les fans s’inquiètent car il semble que les producteurs, américains, aient eu l’idée saugrenue d’habiller Astro, son torse découvert étant choquant pour eux… []
  3. En fait, ce n’est pas mon premier contact avec la mort sur Internet, car en janvier 1997, j’avais appris (toujours sur le même forum) le décès d’André Franquin, des heures avant qu’il ne soit annoncé dans les médias. Le fait de connaître la nouvelle sur le réseau avant qu’elle soit annoncée ailleurs m’avait beaucoup étonné. []

Victime de piraterie, le cinéma est en grande forme

janvier 27th, 2009 Posted in indices | 21 Comments »

Le Centre National de la Cinématographie se félicite des chiffres records du cinéma en France : 6,2 % de fréquentation des salles en plus (188 millions d’entrées) et une part de marché de 45,7% pour les films français qui dépassent d’une courte tête les films américains pour la seconde fois en vingt-deux ans (le précédent date de 2006).
Le portail european creative industries tempère ces bonnes nouvelles avec une remarque que je trouve assez intéressante :

Seul bémol aux yeux des professionnels du cinéma, les chiffres auraient pu être encore meilleurs s’il n’y avait eu la forte progression du piratage des films sur Internet. En août dernier, l’Association de la lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) publiait une étude qui montrait que 450 000 téléchargements illégaux de films récents ont lieu chaque jour en France. Un constat accablant qui montrait qu’il y avait autant d’actes de piratage que d’entrées payées

Ce n’est pas le nombre de téléchargements illégaux qui m’intéresse ici, mais l’emploi automatique de poncifs relatifs au sujet.

Premier cliché journalistique (cliché qui n’est pas réservé à ce sujet), il faut assortir toute bonne nouvelle d’un « bémol ». Cet effet de style ressemble presque à une superstition, comme si l’absence de contrepoint, de mauvaise nouvelle, pouvait amener le mauvais œil, ou comme s’il existait un fragile équilibre cosmique à respecter en cherchant un peu de mauvais dans le bon, un peu de scepticisme dans la certitude.

La structure du bon article journalistique n’est donc pas « thèse / antithèse / synthèse » ni « introduction / développement / conclusion » mais « accroche / nouvelle / bémol » (où la « nouvelle » est généralement une dépêche AFP ou un communiqué de presse). 

Le Second poncif est cette affirmation d’une évidence de l’effet du piratage des films sur Internet : puisqu’il est admis que le piratage nuit à l’industrie, puisque l’on sait que ce piratage existe, et bien que l’on sache que l’industrie se porte bien, on peut supposer que le succès de l’industrie aurait été bien plus grand si ce piratage n’existait pas. L’argument est autoréférent et aucun commencement de preuve n’est fourni. Et peu importe si cette étrange déduction n’émane que du journaliste (à moins que j’aie mal lu, le site du CNC n’en parle absolument pas et nous ne saurons jamais qui sont « les professionnels du cinéma » dont les réserves sont ici évoquées) et qu’elle est pour le moins irrationnelle : le nombre d’entrées au cinéma ne cesse de croître depuis son pire passage à vide historique, en 1992… C’est à dire, pour l’anecdote, au moment de la naissance d’Internet pour le public.

Entre 1992 et 2008, alors que le nombre d’Internautes, et donc la part potentielle du pirarage de musique et de cinéma, augmentait, le nombre d’entrées en salles a progressé de près de 80%. Les chiffres pourraient donc être interprètés de manière bien différente, on pourrait par exemple se dire que l’augmentation de la diffusion illégale des films est proportionnelle à l’intérêt croissant du public pour le cinéma. Ou bien se dire que les gens qui téléchargent vont tout de même au cinéma. Ou au contraire que ce ne sont pas du tout les mêmes personnes qui téléchargent et qui vont au cinéma. En l’absence d’étude sérieuse et non destinée à conforter un préjugé, comment savoir ? Tout ce qui est certain, c’est que tout film téléchargé illégalement ne représente pas forcément un manque à gagner, il est probable que la plupart des gens qui ont téléchargé un film donné n’auraient pas payé pour aller le voir en salles s’il n’avait pas été disponible en téléchargement, parce que l’on peut être curieux d’une œuvre sans vouloir pour autant payer pour elle, de même que si l’on interdisait la diffusion de musique à la radio ou à la télévision, les gens ne se rueraient pas nécéssairement chez les disquaires pour compenser. Et par ailleurs, certaines oeuvres de l’esprit, bien plus nombreuses qu’on peut se l’imaginer, ne sont disponibles que dans des éditions anciennes et rares (VHS, laserdisc, vynil) ou ne pourront même jamais être éditées (enregistrements clandestins de concerts). Dans ces cas, le manque à gagner que représente le piratage n’est pas si évident à évaluer et il est même probable que la diffusion illégale puisse servir d’indice pour évaluer la popularité d’une œuvre et pour juger de la pertinence qu’il y aurait à la rééditer. Quand aux gens qui collectionnent les cassettes pirates des concerts de Frank Zappa, de Tom Jones ou de Prince, ce sont aussi les meilleurs clients « légaux » de ces artistes.
Le péril que représente le piratage pour l’industrie de la culture n’est pas seulement exagéré, il est sans doute inexistant voire même, à l’inverse de ce que dicte le « bon sens » (cette terrible machine à mal réfléchir), positif, ainsi que l’affirme un récent rapport commissionné par le gouvernement néerlandais qui estime que le téléchargement illégal rapporte cent millions d’euros par an à l’économie du pays.

Il est assez savoureux qu’on utilise constament le terme « pirate » pour qualifier les personnes qui téléchargent illégalement des fichiers. Le pirate est une figure extrèmement ambivalente dans la culture populaire. Il a une activité négative (vol, détournement, enlèvements,…) mais il est libre, et notamment libre de ses mouvements. Il crée ses lois, il ne craint pas les excès ni l’aventure, il échappe aux normes sociales, politiques, religieuses et même sexuelles — ce qui explique le nombre non-négligeable de femmes pirates en littérature et au cinéma.
En général, il est sympathique, et même l’affreux Long John Silver, dans l’Île au trésor de Stevenson, nous intéresse bien plus que les membres « intègres » de l’équipage de l’Hispaniola.
Le pirate que chacun de nous a en tête n’a rien à voir avec les véritables pirates (historiques ou actuels d’ailleurs), il ressemble à Douglas Fairbanks, à Errol Flynn ou à Johnny Depp.
Et ce pirate qu’on accuse à présent de tuer le cinéma est pourtant un des premiers personnages à avoir fait vivre le cinéma de fiction, à égalité avec le cow-boy.

Virtual obsession

janvier 26th, 2009 Posted in Interactivité au cinéma | 5 Comments »

Téléfilm diffusé en 1998, Virtual Obsession (dont le titre original est Host) est un peu le Tron ou plutôt le Ghost in the shell du pauvre. Ciblant visiblement le public des gens qui digèrent un déjeuner un peu lourd en s’assoupissant devant leur téléviseur, il a cependant eu les honneurs d’une sortie en DVD.

Le récit se déroule à Salt Lake City dans un avenir proche. Le progrès futuriste le plus spectaculaire du film est que les rideaux s’ouvrent ou se ferment lorsque l’on crie « rideau » et que, de la même manière, les ampoules s’allument et s’éteignent lorsque l’on crie « lumière » ce qui, dans le film, semble plus angoissant que pratique.
Le héros est le docteur Joe Messenger (Peter Gallagher, qui a eu des rôles mineurs dans Short Cuts et dans American Beauty), un chercheur en informatique qui a mis au point une intelligence artificielle nommée Albert qui entretient une vague ressemblance physique avec le savant Albert Einstein (ou avec le présentateur de télé-achat Pierre Bellemarre). Dans la pratique, le métier de Joe Messenger consiste à poser des questions à son programme qui se présente sous la forme d’un hologramme. Albert n’est pas véritablement capable d’initiative et ne dispose pas d’une véritable conscience de lui-même, mais il est programmé pour augmenter sans cesse ses connaissances, notamment par le biais des ses milliers d’yeux puisqu’il est raccordé au réseau de télésurveillance de la ville ainsi qu’aux domiciles de volontaires (dont Messenger fait partie) qui acceptent qu’Albert connaisse le moindre détail de leur existence. Cette indiscrétion, qui s’étend à la vie intime des volontaires, incomode quelque peu l’épouse du docteur Messenger, Karen (Mimi Rogers) qui supporte mal la présence d’une caméra de surveillance dans sa chambre à coucher.

Albert ne se contente pas d’accumuler du savoir, il gère de nombreux aspects de la vie des résidents de la capitale de l’Utah : approvisionnement électrique, diffusion du câble, trafic routier, connexions téléphoniques,… Responsabilité qui s’avère régulièrement problématique car il arrive que la ville entière tombe en panne lorsqu’Albert est occupé à acquérir et à traiter des données nouvelles.

Le grand rêve de ses créateurs est de voir Albert prendre un jour son indépendance et devenir une forme de vie post-humaine.
Pendant une présentation publique d’Albert, un journaliste demande : « Mais s’il nous surpasse intellectuellement, n’aura-t-il pas envie de nous tuer ? ».
Je m’arrête un instant sur ce curieux poncif qui court dans de nombreuses fictions américaines et qui mériterait une étude à part entière, celui de l’intelligence destructrice : le serial-killer est, nous répète-t-on, « supérieurement intelligent » ; la civilisation extraterrestre avancée ne souhaite que notre destruction, etc.

Un beau jour, Juliet (Bridgette Wilson, beauté stressée repérée dans quelques séries policières et films d’horreur), une jeune femme de vingt-cinq ans bardée de diplômes et de recommandations se présente au laboratoire pour y effectuer un stage et complète donc l’équipe composée de Joe Messenger et de Tom, un  jeune homme devenu paraplégique (et veuf) à la suite d’un accident de voiture. Messenger trouve Juliet extrèmement séduisante et accumule les faux-pas et les actes manqués, tentant notamment de cacher à son épouse que son équipe a été augmentée d’une si charmante collaboratrice, comme s’il avait quelque chose à se reprocher au sujet de cette demoiselle. Une culpabilité par anticipation.

Juliet a un secret : elle souffre d’un anévrisme cérébral impossible à traiter qui menace de rompre à tout instant. C’est cette bombe à retardement biologique qui la pousse à effectuer des recherches sur la survie informatique d’un individu. Elle convainc donc Joe de cesser de se concentrer sur les intelligences artificielles comme Albert, mais de s’intéresser au transfert virtuel de personnalités réelles. Elle devient par ailleurs la maîtresse de Joe, ce dont l’intéressé est rapidement puni car son épouse, fine mouche, ne tarde pas à démasquer les amants, d’autant que Juliet fait tout pour l’y aider.
Joe est tiraillé : il a une grande tendresse pour son épouse mais il est irrésistiblement attiré par sa maîtresse et extrêmement enthousiaste quand aux nouvelles pistes de recherche que cette dernière lui apporte.
Le spectateur du film comprend par ailleurs rapidement que le comportement de Juliet n’est pas tout à fait normal. Elle utilise Albert pour épier les conversations de Joe et de son épouse et elle communique avec leur fils par webcam pour le convaincre de commettre des vols.

Au laboratoire, les trois chercheurs obtiennent un premier succès : ils téléchargent le cerveau d’un rat dans leur ordinateur. Mais pendant l’opération, le rat originel décède, victime de l’émission d’un son strident. Quand au cerveau du rat téléchargé, il s’avère introuvable. L’échec n’est pourtant qu’apparent, car comme tous les rats, le rat virtuel se cache (sur des disques durs). La mort du rat réel est l’œuvre du rat artificiel qui, à peine né, a trouvé le moyen de faire disparaître son concurrent. Il ressort de tout cela qu’il est possible de télécharger une personnalité sur ordinateur mais que son modèle physique est détruit.

Ces découvertes n’arrangent pas la vie privée de Joe qui est devenue complètement chaotique : sa femme le quitte, se réconcilie, puis rompt à nouveau lorsqu’il retourne au laboratoire tenter d’empêcher Juliet de télécharger son esprit dans l’ordinateur. Trop tard, Joe découvre le corps sans vie de sa maîtresse.
L’histoire commence alors à dérailler complètement. La jeune femme décédée est cryogénisée, ainsi qu’elle l’avait voulu mais contre le vœu de son père (Robert Vaughn), un homme très préoccupé par les questions religieuses. Voyant que certains papiers ont été falsifiés (sauf erreur, le scénario ne dira jamais en quoi ni pourquoi), une autopsie de Juliet est réclamée par la justice, ce qui révolte Joe au plus haut point. On apprend à cette occasion que le père de Joe avait été cryogénisé par une société peu scrupuleuse quelques années plus tôt. La juge responsable de la décision d’autopsie meurt dans un accident d’ascenseur. Joe tente de convaincre le père de Juliet qu’il peut redonner vie à la jeune femme, sur ordinateur. Mais celui-ci explique que si dieu lui a pris sa fille, alors il serait arrogant et blasphématoire d’aller contre sa volonté : «.Votre dieu, le dieu des scientifiques, s’intéresse seulement au corps. Mon dieu s’intéresse avant tout à l’âme.».
L’intransigeance de ce monsieur sera bien punie puisqu’il sera rapidement victime d’un escalator fou qui le projette violamment contre un mur et le tue net.

Joe se laisse convaincre par un employé irresponsable de la société de cryonie de subtiliser la tête de Juliet, qu’il a séparée du corps (on lui trouvera un autre corps, ça se fait beaucoup, explique l’employé).

La nuit qui suit, Joe des coups de fils anonymes. Lorsqu’il décroche le combiné, horreur, il entend le son de biniou breton d’un modem à l’ancienne. De manière tout aussi étrange, les rideaux semblent s’ouvrir et se fermer à leur guise lorsque Joe a les yeux fermés.

Le container réfrigéré qui contient la tête de Juliet tombe en panne. Provisoirement, Joe conserve ce qui reste de sa maîtresse dans son congélateur et prend sa voiture pour aller chercher un container en bon état de marche. C’est le moment que choisit son épouse, qui commençait à envisager une pénultième réconciliation, pour rentrer, et pour proposer une crème glacée à son fils, crème glacée qui se trouve au congélateur. La découverte de la tête de Juliet entre les paquets de saucisses, annule brutalement toutes ses bonnes dispositions. Elle attend Joe pour lui faire une scène de jalousie («.combien de nos voisins conservent la tête de leur maîtresse dans leur congélateur à ton avis.?.»), refuse d’écouter ses explications puis, de rage, jette en l’air la tête, qui se brise comme de la glace en tombant.
Beurk.

L’hologramme Albert se met à dérailler, il trouve beau l’orage et dit des poèmes abscons, il parle de son envie de manger des gâteaux et, de manière pour le moins troublante, dit au docteur Messenger qu’il ouvre ses rideaux la nuit pour le plaisir de voir la lumière de la lune caresser sa peau.
Le soir même, chez lui, Joe est harcelé par un économiseur d’écran qui fait défiler devant lui la phrase « tu m’as laissée tomber, joe ». Il a beau tapoter frénétiquement sur toutes les touches de son clavier, le message refuse obstinément de disparaître ! Le lendemain, la ville est à nouveau désorganisée par une défaillance informatique et la femme de Joe manque de voir sa main disparaître dans le broyeur de l’évier. Joe comprend que le système informatique qu’il a mis au point n’est plus sous contrôle et il décide de supprimer toutes les caméras qui se trouvent dans sa maison.

Au laboratoire, il retrouve Juliet, devenue une créature virtuelle (et un hologramme), qui lui demande de la rejoindre dans l’immortalité pour qu’enfin  tous deux concrétisent un amour infini dans le cyberespace. Joe temporise, explique qu’il n’est pas tout à fait prêt à quitter la vie, ce qui met la jeune femme très en colère.
Tom, mis au courant des évènements, caresse l’idée d’être « virtualisé » : une fois digitalisé, il ne connaîtrait plus les frustrations et les souffrances que lui infligent son corps de paraplégique.

Joe convainc les autorités d’évacuer la ville afin de procéder à une déconnexion générale. Son assistant Tom mais aussi son épouse et son fils restent à ses côtés pour l’opération. Juliet, toujours très en colère, se débrouille pour piéger l’enfant en l’attirant dans un ascenseur. Karen est autorisée par Juliet à aller au secours de son fils, ainsi que Tom, mais c’est une ruse pour isoler Joe dans son bureau. Joe explique à Juliet qu’elle a changé, qu’elle était douce et gentille et qu’elle est devenue impitoyable et malfaisante. Juliet poursuit son idée : que Joe la rejoigne. C’est à cette seule condition qu’elle acceptera d’épargner les vies qui se trouvent entre ses mains virtuelles.

Joe cède. Un instant, il devient donc un homme virtuel et entre en contact virtuel-numérique avec Juliet. Mais Tom surgit dans la pièce et débranche les électrodes qui cerclent le crâne du scientifique qui revient donc dans le monde réel avant qu’il ne soit trop tard.

Juliet, toujours plus fâchée, s’apprête à tuer tout le monde lorsque son nez se met à saigner. Elle fait une chute et décède pour de bon. En effet, elle avait téléchargé son esprit dans l’ordinateur avec son anévrisme prêt à exploser, et celui-ci a explosé. Pas malin.
Joe court secourir sa femme et son fils dans un ascenseur. Lorsqu’il revient, Tom est mort, il s’est intentionnellement téléchargé dans l’ordinateur où son moi virtuel n’est plus paraplégique («.regardez, je peux remarcher.!.» dit l’hologramme), ne souffre plus et se trouve donc tout content de son état virtuel. La situation est sous contrôle. Générique de fin. Ouf.

Le thème est plutôt intéressant. La survie informatique est un sujet qui me passionne personnellement, sous une forme moins moins romanesque en apparence mais pas moins concrète : si je meurs demain, des milliers de mots que j’ai écrits (forums, commentaires, blog bien sûr), des actions que j’aurais effectuées, des profils que j’aurais renseignés, resteront disponibles à la consultation. Mieux, certaines activités que j’aurais programmées persisteront peut-être à s’exécuter.
On reparlera de tout ça bientôt.

Malheureusement, un bon thème n’a jamais suffi à faire un bon film. Tout est en toc ici, à commencer par le scénariste du film dont le nom prestigieux, Preston Sturges, n’est évidemment pas celui de l’auteur de comédies des années 1940 mais de son fils, Preston Sturges junior.
Mimi Rogers fait ce qu’elle peut pour interpréter le rôle de la femme devenue invisible pour son époux tombé sous le charme d’une vingtenaire, mais son rôle est aussi mal écrit et aussi mal pensé que le reste du film. Robert Vaughn semble ne pas croire un mot de ce qu’il raconte dans sa grande discussion théologico-philosophique et les autres acteurs sont encore moins crédibles que lui. Même la ville de Salt Lake City n’est pas crédible, bien que le film y ait effectivement été tourné.

Cette fausseté générale n’a rien d’étrange ou de fascinant, tout est plat, tout est mou, on ne croit pas à une seule situation d’angoisse, on ne croit pas que le petit Jack (Jake Lloyd, qui interprète Annakin Skywalker dans Star Wars: The Phantom Menace) soit réellement le fils de Joe et de Karen, on ne s’inquiète pour personne, on attend juste que ça finisse.

Meowww

janvier 24th, 2009 Posted in Brève, Mémoire, Pas gai | No Comments »

Je me souviens du miaulement de Catwoman dans la dernière saison de Batman. Je me souviens qu’Eartha Kitt a été blacklistée dans son pays pour avoir publiquement critiqué la guerre au Vietnam pendant un repas à la maison blanche. Je me souviens qu’elle a été la première chanteuse de Santa BabyJ’oublie toujours qu’il y a un « a » dans Eartha. J’oublie toujours que c’est Nina Simone et pas Eartha Kitt qui vivait dans le sud de la France et qui a tiré sur un voisin bruyant avec une carabine, mais je me souviens qu’elle parlait (et chantait) bien français.

Je viens d’apprendre par surprise que la chanteuse afro-cherokee à l’inquiétant glamour est décédée le 25 décembre 2008. J’évite un peu de prendre trop souvent des nouvelles du monde ces temps-ci mais je suis tout de même étonné d’être passé à côté de celle-ci.

Marges #8 : L’Art à l’heure de la société de Services

janvier 21st, 2009 Posted in Lecture | No Comments »

Marges, que j’évoquais dans l’article précédent, est la revue du département Arts Plastiques à l’Université Paris 8. Il s’agit d’une revue avec comité scientifique publiée sous la responsabilité de Jérôme Glicenstein et mise en page d’après une maquette de Félix Müller. Je suis très fier qu’un de mes textes ait été sélectionné pour la toute dernière livraison dont voici le sommaire complet :

Johan Defer — Stéphane bérard, rites de passage au marché privé.
Océane Delleaux — Économie du tertiaire/Économie de l’art. La place du mutliple. 
Maxence Alcade — «.Je crois en Dieu et je crois dans le marché.» Prophétisme économique et rationalisme artistique.
Marie Boivent — Un art «.délivré.» : sur quelques utilisations du service postal depuis les années 1960.
Aude Crispel — La petite e-entreprise du Net-art.
Nathalie Desmet — De l’invisible comme un service artistique.
Jean-noël Lafargue — Web 2.0 : veuillez créer s’il vous plait.
Yanina Isuani — Des expositions de confrontation entre art du présent et art du passé. Entretien avec Jean-Hubert Martin.
 
Comptes-rendus d’expositions et notes de lecture par Jérôme Glicenstein, Stéphane Reboul et Nadia Ghanem.

On trouve Marges à la librairie Flammarion du Centre Pompidou, à la Librairie Compagnie, à la librairie du Jeu de paume et à la librairie du Palais de Tokyo.

Pris dans la toile deux-zéro

janvier 19th, 2009 Posted in Mémoire | 10 Comments »

On éprouve toujours un sentiment de satisfaction un peu pervers à dire, l’air chagriné, « Je vous avais pourtant prévenu ! ». Non ?
Il y a quelques mois, pour la revue Marges, j’ai rédigé un article consacré au Web 2.0 et services assimilés1 dans lequel je rappelais le risque qu’il y a à confier ses données, son travail et son temps à de grosses sociétés qui, quelles que puissent être leurs promesses et quelle que soient la « philosophie » qui les anime à un instant donné n’en suivent pas moins leur propre logique. Et cette logique finit à mon avis invariablement par s’écarter de celle de l’utilisateur du service.

Blogger, Delicous, MySpace, Canalblog, Google documents, FlickR, Youtube, FaceBook,… Tous ces outils en ligne gratuits et si pratiques, parfois presque incontournables, ont un point commun : l’utilisateur leur confie ses données. Et parfois, ces données sont très intimes, ils s’agit de ses archives, de son existence, de sa vie entière.
Tous ces services ont un autre point commun, qui est qu’en y souscrivant les utilisateurs signent (sans le lire) un long contrat qui se montre extrèment clair sur la question des responsabilités : rien n’est garanti. C’est à dire que les sociétés qui maintiennent et détiennent nos blogs, nos réseaux sociaux, nos médias, ne garantissent pas qu’elles ne perdront pas les données qui leur sont confiées, qu’elles ne modifieront pas le fonctionnement même du service ou même qu’elles ne supprimeront pas intentionnellement ces données si tel était leur bon plaisir ou si elles devaient obéir à une injonction judiciaire.

La nouvelle qui aurait pu faire l’ouverture du vingt heures tant elle démontre l’angoissante fragilité du tout-en-ligne, c’est que Google vient d’annoncer l’abandon d’un certain nombre de ses services en ligne : Google Video (qui fait doublon avec Youtube), Catalog Search, Notebook, Jaiku et Dodgeball. En effet, aucun de ces services, quels que soient leurs mérite ou leur originalité, ne rapporte d’argent.
Notons que c’est aussi le cas de Google Agenda, de Google Documents ou de Reader. J’imagine que chez Google, quelqu’un a comparé les coûts de ces service à ce qu’ils rapportent financièrement ou symboliquement et a constaté que plusieurs d’entre eux étaient en perte de vitesse, ne voyaient pas la croissance du nombre de leurs utilisateurs s’accélérer de manière significative, n’apportaient donc aucune ouverture intéressante pour l’avenir et ne méritaient pas que Google réfléchisse sérieusement à leur rentabilisation pas plus qu’à d’autres développements.

Google fera les choses bien et laissera le temps à chacun de récupérer ses données. On a connu des disparitions de services ou des changements de politique plus brutaux, mais cette fois il s’agit de Google et l’affaire prend donc une toute autre signification, car cette société est connue pour trois choses : elle est un acteur central du réseau, elle est extrêmement prospère — son chiffre d’affaire double régulièrement —, et enfin elle se dit tenue par une devise simple et pour le moins originale dans le monde de l’industrie, « don’t be evil » (ne soyez pas méchant).
Devise qui jusqu’ici semble avoir été respectée.

Bien entendu, une société comme Google est libre d’abandonner ce qu’elle souhaite abandonner, mais cela doit tout de même résonner comme un avertissement : du jour au lendemain, les vidéos que vous avez laborieusement téléchargé, les adresses, les planning, les documents, tout ce que vous avez confié à des plate-formes web peut disparaître. Il existe de nombreux cas imaginables : panne, obsolescence technique, rachat d’une société par une autre dans l’unique but de faire disparaître un concurrent, et bien entendu peur d’actions judiciaires puisque de nombreux justiciers de la morale passe leur vie à écumer le web pour réclamer la fermeture de blogs et autres contenus qu’ils jugent inappropriés (pornographie) ou illégaux (piratage)… Certains services tels que Youtube ne vérifient quasiment pas si les accusations de ce genre sont fondées, ils suppriment les vidéos sur simple demande. Il n’y a en la matière ni droit, ni jugement ni appel.

Je déduis de tout cela qu’il faut, au minimum, toujours sauvegarder des copies de ses données. Mieux, autant que faire se peut, il me semble qu’il faut être logistiquement indépendant des plate-formes de publication et de conservation de données.
Commencer par être l’hébergeur de son propre blog par exemple.

  1. Web 2.0, Prière de créer s’il vous plait, Marges #8. J’y traite principalement de l’exploitation du visiteur/auteur du site « collaboratif » transformé en matière première des services dont il est le consommateur, au seul bénéfice de ceux qui organisent l’affaire. Je publierai cet article ici-même à l’occasion. []

(népotisme) Le blog de la boutique de mon frère

janvier 19th, 2009 Posted in Brève, Link-dropping, Personnel | 4 Comments »

Cette boutique n’a pas vraiment de nom — enfin pas encore. Elle s’est longtemps nommée « La bande des cinés » puisqu’on y trouvait d’une part des bandes dessinées et d’autre part, des films de cinéma et du matériel de projection. Depuis cette année, les deux activités sont séparées, le cinéma reste à l’ancienne adresse (10, rue des Roses) et la bande dessinée atterrit à deux pas de là, dans des locaux plus importants, au 83 de la rue Pajol, dans le 18e arrondissement de Paris (Métro Marx Dormoy).

Le déménagement physique s’accompagne de la naissance d’un blog intitulé Amazonie-Bay où Jérôme (c’est son prénom) parle des livres qui lui plaisent, des curiosités éditoriales diverses qu’il a rencontré au fil de ses achats, de la vie de la boutique et de sa fort pitoresque profession de libraire en collection/occasion. 
N’hésitez pas à aller l’embêter de ma part dans sa boutique, pour découvrir ses merveilles ou pour lui demander l’adresse de son restaurant thaïlandais où on mange comme un prince de Siam pour seulement quatre ou cinq euros (le midi).

The Office of Community Sousveillance

janvier 19th, 2009 Posted in Surveillance art | No Comments »

Pas le temps de poster de longs textes ennuyeux ces jours-ci, mais ça finira par revenir.
En attendant, en complément à mon récent article consacré à la sousveillance, je signale l’initiative de « l’officier Rob O’Copp » (en référence transparente au célèbre policier bionique Robocop bien sûr) du bureau de sousveillance communautaire de Nottingham, dans le cadre du festival bi-annuel Radiator.

Répondant par l’action à la question de Juvénal (sed quis custodiat ipsos custodes ? — mais qui surveille ces surveillants ?), The Office of Community Sousveillance se penche sur l’activité des policiers municipaux qui, comme en France, ont exactement les mêmes droits et devoirs que tout citoyen mais s’attribuent parfois abusivement les prérogatives des policiers authentiques, à commencer par le port d’un uniforme proche.

On peut suivre les exploits des officiers du bureau de sousveillance, prendre connaissance des faits et des récits qu’ils ont collectées et visionner divers témoignages de citoyens sur le blog du projet.

(découvert via : We make money not art)

patientez s’il vous plait

janvier 15th, 2009 Posted in Interactivité, Link-dropping | No Comments »

Hebiflux signale Pretty Loaded, un site qui collectionne les animations de pré-chargement en flash.
Du très chic au très kitsch, les exemples sont d’une grande variété bien que toutes les animations émanent, sauf erreur, de la même agence, Big Spaceship. On rêverait d’une collection plus complète, ouverte à d’autres créateurs — car si tout ce qui est montré est soigné, l’inventivité des propositions reste tout de même très relative.
Les animations sont diffusées les unes à la suite des autres dans un ordre aléatoire, elles sont créditées et datées.

L’animation de « preload » est née du besoin de distraire l’utilisateur pendant le chargement d’une animation flash. Petit à petit, le genre s’est imposé au point qu’il n’est pas rare que le maître d’ouvrage (le commanditaire) d’un site web réclame un « preload » y compris lorsque la rapidité du réseau et le faible poids de l’animation en question le rendent inutile ou font qu’il ne pourra pas durer suffisemment longtemps pour être apprécié.

Quarante ans de Paris 8

janvier 13th, 2009 Posted in Études | 6 Comments »

Aujourd’hui, nous fêtons les 40 ans de mon université, Paris 8, née sous le nom de « Centre Universitaire expérimental de Vincennes ». Créée dans l’ambiance de l’après mai 1968, Paris 8 a longtemps été une fac atypique avec ses enseignements inédits à l’université (arts plastiques, psychanalyse, informatique) et ses méthodes d’enseignement tout aussi expérimentales. Déménagée de Vincennes vers Saint-Denis en 1980, à présent quarantenaire et ayant vu sa population enfler de manière extraordinaire, que reste-t-il de l’esprit de Vincennes ? Des colloques, émissions de radio, livres, expos, vont tenter d’enquêter sur le sujet. Le programme se trouve ici : http://www.univ-paris8.fr/40ans/