Profitez-en, après celui là c'est fini

Objets bavards

septembre 16th, 2009 Posted in Design, Lecture | 3 Comments »

sterling_objets_bavardsComme beaucoup d’auteurs de science-fiction, Bruce Sterling a une compréhension des temps présents pleine de sagesse et de folie tout à la fois. Comme tous les auteurs de science-fiction, il croit, il sait, qu’il y a une poésie à chercher dans le futur et dans la technologie. Enfin, comme une très large majorité d’auteurs de science-fiction sans doute, Bruce Sterling se passionne pour les objets, la science-fiction étant bien souvent une affaire d’objets, de gadgets comme il le dit lui-même : le sabre laser de George Lucas, l’orgue empathique de Dick, le telecran de George Orwell, les véhicules spatio-temporels divers et variés,…

Tout en s’abritant derrière son irresponsabilité (il n’est pas designer lui-même), Sterling se pose sérieusement la question de savoir ce que seront les objets de demain.
Il commence par établir une typologie des objets et de leur évolution historique qu’il classe comme ceci :
— les artefacts (au sens qu’a ce mot en archéologie), outils rudimentaires liés aux civilisations de chasse ou d’agriculture : le couteau, la masse…
— les machines, objets complexes et reposant sur une source d’énergie artificielle : horloge, automobile. Sterling date leur avènement au XVIe siècle, mais à la suite de Jean Gimpel1, j’irais jusqu’au XIIIe siècle, avec les développements conjoints de l’horlogerie et de la construction de moulins. Les machines existent depuis l’antiquité (au moins) bien entendu, la question à trancher étant de savoir à partir de quand il s’est avéré impossible de vivre sans.
— les produits, qui sont des objets manufacturés et édités en grand nombre d’exemplaires identiques. Sterling en date l’avènement aux alentours de la première guerre mondiale, qui a effectivement vu naître des produits de masse qui auraient été différents, ou qui n’auraient peut-être pas pu exister sous la même forme autrement.

shapingthings_mitJusqu’ici, il n’est pas difficile de suivre l’auteur. Viennent ensuite trois autres classes d’objets aux contours plus flous :
— Les Gizmos, des objets d’une complexité suffisante pour qu’il soit plus difficile de les simplifier que de les augmenter, qui requièrent un apprentissage de la part de leurs utilisateurs et qui s’appuient sur d’autres objets pour exister. Les logiciels, typiquement, appartiennent à la classe des gizmos. L’auteur en date précisément l’avènement à l’année 1989 mais il ne dit pas vraiment pourquoi.
— Les Spimes, qui sont les objets du futur immédiat selon Bruce Sterling. Ils sont notamment traçables, identifiables, localisables, munis de puces RFID (acronyme que l’auteur propose de remplacer par le mot arphid) et existant en réseau. On peut à chaque instant savoir ce qu’ils sont et à quoi ils servent, se documenter à leur sujet sur Internet, etc. Leur acte de naissance pourrait être daté de 2004, année où l’armée américaine a imposé à ses fournisseurs d’équiper leurs productions de puces RFID.
– pour finir, les Biots,  que Sterling place dans un futur que nous ne verrons pas tous (~2060), et qui sont des objets nés d’une maîtrise technologique particulièrement avancée, pouvant être fabriqués, utilisés et détruits sans interférer avec l’environnement. Ils ne sont pas évoqués en détail dans le livre.

Sterling prend l’exemple d’une bouteille de vin, objet plusieurs fois millénaire qui a été au cours de son histoire artefact, machine (lorsqu’une économie complexe s’est créée autour du commerce du vin), produit, gizmo (la bouteille s’accompagne d’un lien vers un site web) et bientôt, spime. À chaque mutation, la quantité d’informations que fournit l’objet est augmentée, c’est même la caractéristique principale de chacune de ces révolutions.
Le point important du livre, c’est la notion de Spime. Puisqu’il s’agit d’un objet qui n’existe pas encore, et qui peut-être n’existera pas réellement, enfin pas au point qu’il soit impossible de vivre sans (même si tous les indices concordent), cette notion reste difficile à appréhender, ou du moins, appartient encore à la science-fiction. On peut cependant d’ores et déjà réfléchir à la porté sociale, économique et politique d’une telle évolution de l’objet. Bruce Sterling s’y essaie. Il évite avec un certain brio de jouer les Cassandre ou les prophètes et pour finir, renvoie la balle dans le camp des designers : à eux de jouer, à eux d’imaginer, à eux d’inventer. De manière très paradoxale, un écrivain de science fiction c’est quelqu’un qui a conscience de ce que le futur n’est pas déjà écrit.
Ce que Sterling rappelle par ailleurs très bien c’est que notre société humaine actuelle est ridicule et non viable à moyen-terme et que l’invention de nouvelles formes d’échange, de rapport à l’objet et à son récit doivent impérativement être pensées. Ce n’est pas de la métaphisique, c’est une question résolument terre-à-terre. Le thème du livre est aussi de se demander comment nous allons gérer la complexité du présent et de l’avenir.

artefact_machines_produits

Je n’ai pas une grande capacité à imaginer ce que sera après-demain en partant de ce que sera demain – je ne suis pas auteur de science-fiction – alors je ne sais pas quoi penser de tout le volet prospectiviste de l’ouvrage, mais tout cela donne à réfléchir, c’est une lecture extrêmement fertile.

Digression sur la Croatie

J’ai lu ce livre cet été alors que j’étais perdu sur une île croate dans un village qui ne vit pas du tourisme mais de la pêche et de la culture de l’olive. Ce que je voyais de mes yeux illustrait tout à fait ce que je lisais, car si les habitants du village en question sont persuadés de vivre comme leurs plus lointains ancètres — ils font le même métier, leur  mode alimentaire, leurs occupations et leurs loisirs sont en apparence identiques —, ils vivent dans un monde qui n’a plus rien à voir avec celui de leurs grands-parents ni même de leurs parents. La brutalité de la manière dont ils se sont projetés dans une certaine modernité entraine une grande confusion. Les déchets sont à peine gérés (si ça ne sent pas mauvais et si ça ne pourrit pas, pourquoi ramasser ?), l’ampleur des changements que l’activité humaine implique sur l’état de l’éco-système ou sur celui de la vie sociale n’est pas comprise, le pays entier (et plus encore ses îles sans doute) est passé en quelques génération d’une civilisation de l‘artefact à une civilisation du produit, et la société de consommation a été désirée avec une telle force qu’elle semble à présent incapable d’accepter le moindre frein.

konzum_alcatraz

En France et dans la plupart des pays développés, depuis quelques décennies, l’idée s’est imposée qu’il faut réfléchir à tout cela. Je ne dis pas que nous faisons les choses qu’il faut faire, mais la préoccupation existe. Dans un petit pays en mutation récente et rapide comme la Croatie, ce n’est pas le moment, l’heure est à la frénésie, à la jouissance : avoir une maison monstrueuse façon Beverley Hills mais n’en occuper que la cave (parce qu’il fait trop chaud ailleurs et pour ne pas salir les pièces d’apparat), avoir le hummer de Jack Bauer pour faire des trajets de cinq cent mètres, n’acheter que des produits étrangers, chaque fois que c’est possible tout en étant ultra-nationaliste (jeune pays oblige)… Un pays qui ne réfléchit pas à son présent n’a pas d’avenir, dit Bruce Sterling. Un pays qui ne s’intéresse pas à son passé non plus et là encore, la Croatie est plutôt déroutante : un villageois peut habiter sans le savoir à quelques mètres d’un site archéologique romain entretenu par une quelconque fondation norvégienne, et les musées historiques et archéologiques que j’ai visité à Zadar et Biograd n’étaient fréquentés que par des touristes, et plus précisément, que par des touristes français2.
Les croates (ou en tout cas les dalmates, qui peuplent la côte croate, ou plutôt : ceux que j’ai rencontré) gagneraient sans doute à lire un tel livre et à placer leur pays dans le futur pour éviter de perdre leur passé sans s’en apercevoir.

Une adaptation franchement discutable

En anglais, Objets bavards a été publié par MIT Press en 2005 sous le titre Shaping Things (donner une forme aux choses). Il se vend là-bas environ 13 dollars. L’édition française vaut quant à elle 23 euros (plus de 30 dollars), alors que le livre est plutôt petit, 150 pages au format presque-poche. D’un point de vue graphique, cette adaptation française, supposément inspirée du travail de la graphiste de l’édition originelle, me semblait un peu suspecte, car c’est sans doute l’essai consacré au design le plus laid que j’aie jamais vu : la typographie, le graphisme, c’est du design (c’est à dire une réflexion sur l’adéquation entre la forme et la fonction de l’objet – je suppose qu’une telle définition rapide ne provoquera pas de débats), et cette édition française ressemble plutôt à un précis de soutien scolaire ou à un de ces affreux guides de marketing qui ressemblent eux-mêmes à d’abominables powerpoints et réciproquement.
Voulant en avoir le cœur net, J’ai  donc commandé la version américaine afin de la comparer à la version française. Force est de constater que la comparaison a de quoi donner honte à l’éditeur français (fypéditions).

comparaison_1

Le design de l’édition américaine est signé (et même postfacé) par la graphiste Lorraine Wild, connue notamment pour ses monographies d’artistes. Le graphisme de l’édition française n’est pas signé, on nous dit juste qu’il est inspiré du travail de Lorraine Wild. Mais voilà, tout cloche. Le choix originel de changer de typo pour les mots artefact, product, etc., qui permet de donner un impact visuel fort à chacun de ces paradigmes culturels, a bien été repris dans l’édition française, mais d’une part, ce n’est pas avec les mêmes typos (ce n’aurait pourtant pas été difficile puisque toutes étaient nommées à la fin du livre) et d’autre part, cela n’est pas appliqué très rigoureusement puisque dans l’édition française, la fonte employée pour le mot artefact est aussi celle qui sert aux titres des chapitres ! On comprend que les deux pages explicatives rédigées par Lorraine Wild aient disparu de l’édition française.

comparaison_3

Le livre d’origine contient aussi des mots soulignés à la manière d’une prise de notes de lecteur, et cela aussi est escamoté. On peut continuer longtemps à comparer les éditions3. Incohérence visuelle et laideur générale : on ne peut pas dire que l’auteur ait été très respectueusement servi par cette adaptation française, dont le prix est pourtant le double de celui de l’édition d’origine.

  1. Jean Gimpel, La révolution industrielle au moyen-âge, éd. Seuil (Points). []
  2. Bien moins nombreux que les italiens, les allemands ou les slovènes, les touristes français se reconnaissent souvent de loin. S’il se trouve un noir dans un groupe, par exemple, ce n’est même pas la peine de demander : ce sont des français (et pan dans les dents d’Alain Finkielkraut et de Bernard Kouchner qui trouvent que le nombre de noirs dans l’équipe de France de football ne représente pas bien le pays). On les reconnait aussi à ce qu’ils consomment : une cousine de Nathalie qui tient un café se plaignait des français qui ne boivent que du café et de l’eau au lieu de la bière et des glaces. []
  3. Cela pourrait constituer un excellent exercice pour étudiants en design graphique. []

Un bon référencement garanti

septembre 15th, 2009 Posted in Les pros | 7 Comments »

referencementTous les webdesigners, je pense, ont eu une fois (ou plus d’une fois) un vrai mauvais client. Un ami d’ami à qui on fait un prix défiant toute concurrence puis qui nous annonce comme une bonne nouvelle qu’on a travaillé pour rien et que c’est son petit neveu, finalement, qui va s’en charger, parce qu’il accepte un prix encore plus bas. Un client dont la pingrerie est inversement proportionnelle aux exigences et à la compréhension de ce qu’est un site Internet ; un client qui s’attend à ce qu’en plus du graphisme et de l’ergonomie, on rédige les textes, et qui s’indigne presque qu’on n’ait pas transformé les titres de rubriques qu’il a imaginés en argumentaires commerciaux de plusieurs milliers de signes ; un client à qui on fournit un blog clés-en-mains, prêt à l’emploi, et qui demande avec un ton de reproche qu’on lui explique pourquoi il n’y a jamais de nouveaux articles ; un client qui demande toujours du «pareil que» : pareil que le concurrent, pareil que Apple (ben tiens !), pareil que Facebook (pour le site d’un plombier ?). Il veut être comme tout le monde et il veut qu’on le remarque, il est incapable de voir ce que sa demande peut avoir de contradictoire — mais il croira le premier expert en management qui lui vendra une méthode infaillible pour avoir du succès dans les affaires.
C’est le genre de client qui vous rappelle un jour pour se plaindre du trafic de son site, et dont vous apprenez par un lapsus que le chèque misérable qu’il vous a fait pour un très joli site ne vaut pas le dixième de ce qu’il a donné à une boite verreuse pour assurer un «référencement garanti» dont il vous demande à présent d’assurer le service après-vente.
Des tas de petites boites vivent de ces promesses qu’aucun honnête homme ne ferait et qu’aucune personne un tant soit peu dotée de bon sens ne croirait.
Au fond je crois bien que j’ai le règle d’un bon référencement : il faut un tout petit peu s’intéresser à Internet, et ne pas avoir peur d’avoir un site au contenu intéressant et de qualité. Mais le genre de client dont je parle ne comprend pas bien la démarche : «il n’y a vraiment aucune autre solution ? Il faut vraiment que ça intéresse les gens ?»

stats_de_la_honte2

Bon.
Malgré tout, est-ce que je peux promettre un excellent référencement avec Google ? (oui, si le site contient pas mal de texte notamment), est-ce que le site apparaîtra en haut de la page de Google quand quelqu’un y saisira le nom «Paris» ? (non ! Vous n’utiliseriez jamais Google s’il était assez mauvais pour permettre une telle chose, et d’ailleurs, combien de microsecondes l’internaute passera-t-il sur votre page avant de se rendre compte que ce n’est pas du tout ce qu’il cherche ?). Google privilégie le contenu (y compris sa mise en forme, qui doit se plier aux standards techniques qui qui lui agréent), l’adéquation entre ce que l’internaute recherche et les pages vers lesquelles il est renvoyé, la récurrence des mises à jour et bien entendu les liens depuis et vers des sites extérieurs. Il n’y a pas de mystère, et peu de moyens de berner durablement la vedette des moteurs de recherche, d’autant que son algorithme est constament modifié pour gagner en fiabilité .

Mais tout de même, tout de même, j’ai bien une botte secrète.
Au prochain client qui me demandera la formule miracle pour avoir du trafic sur son site, je saurai quoi dire !
Si vous voulez du trafic, publiez sur votre site une page dont le titre est «sous les jupes des filles».
Succès garanti : près d’une centaine de visiteurs uniques par heure !
Misère…

Le Tétris-like de l’ennui

septembre 14th, 2009 Posted in Interactivité, logiciels, Personnel | 5 Comments »

boretrisAprès trente ans de pratique du jeu vidéo, j’ai réussi à me maîtriser presque complètement. Je n’essaie pas les jeux multijoueurs, j’efface ceux qui se trouvent sur ma machine, je n’ai jamais voulu toucher à la DS de Nathalie et je m’éloigne autant que possible de la Wii familiale.
Si je me tiens à distance respectueuse du jeu c’est que je me rappelle très distinctement des fâcheux épisodes (au sens que les psychiatres donnent au mot) que j’ai pu avoir dans le registre. Je peux me sentir comme un alcoolique repenti lorsque je jette un œil sur un écran de Pac man, Asteroids,  Sim City,  Démineur, Sim Ant, Space Invaders, Doom, Quake, Wipeout, Settlers, Joust, mais aussi des jeux sans doute moins bien retenus par l’histoire comme Defender of the crown, Metrocros, Scramble ou encore Phantasy III.  Rien que de lire ces noms que je viens moi-même d’écrire me donne des frissons : on ne s’en sort jamais vraiment !
D’ailleurs j’ai parfois des rechutes, il m’arrive de passer trois jours à ne rien faire d’autre qu’à regarder des pixels construire une civilisation médiévale (Settlers) ou à tenter de battre les meilleurs scores de jeux en ligne comme Bubble Cannon. Le tout dernier en date, c’était StoneXstone, un modeste jeu réalisé avec Processing qu’un dénommé Cheng Siu Yee a déposé sur Openprocessing.org. Cette fois-ci, je me suis tenu à une de mes résolutions qui est de m’empêcher de jouer à un jeu de ce genre tant que je ne l’ai pas reprogrammé moi-même, ce que j’ai fait.

Sur ma lancée, j’ai voulu créer une variante Tétris inspirée par StoneXstone. Le résultat est très ennuyeux, car c’est un jeu sans enjeu, sans but, sans fin : le joueur doit gérer, indéfiniment, des balles qui choient. Sa marge de mannœuvre en termes de stratégie est proche du zéro, il se retrouve mécanisé par une machine, sans aucune autre certitude que celle qu’il perdra lorsqu’il se sera lassé de jouer1. C’est finalement une déprimante métaphore de l’existence.
J’ai appelé ce jeu Boretris.

  1. On peut rapprocher ce principes de plusieurs programmes que j’ai réalisé pour et avec Claude Closky, comme Arcade (2003) ou dineurs (2002), sauf que là, le caractère absurde était voulu. []

Prix nouveaux médias/Update III, appel à projets

septembre 14th, 2009 Posted in Brève, Cimaises, Dans la boite-aux-lettres, Interactivité | No Comments »

gentBon, c’est la rentrée, il est temps de se remettre au travail. Quoi de mieux qu’un projet d’œuvre pour une manifestation artistique internationale centrée sur les nouveaux médias ?
La fondation Liedts-Meesen pour les nouveaux médias lance un appel à projets  en préparation de la troisième édition de l’exposition Update qui se tiendra au Zebrastraat de Gent en Belgique néerlandophone. Le commissariat de cette exposition sera assuré par Christine Van Assche qui succède donc à Jean-Marie Dallet (Update I) et à Peter Wiebel (Update II).
Les dix projets soumis au jury de l’exposition seront présentés au public (ils doivent donc être réalisables), et l’un d’entre eux sera couronné du Prix Nouveaux médias, doté de 5000 euros. Les candidats peuvent être de tout âge et de toute nationalité. Les projets doivent concerner (liste ouverte) le traitement des sons et/ou des lumières, l’emploi de matériaux nouveaux, le recours interactif ou non à des technologies de la communication et de l’information, etc.

On peut consulter le règlement complet du concours et compléter le formulaire d’inscription sur le site du Zebrastraat de Gent. La date limite d’inscription est le premier novembre 2009.

Tarzan dans la jungle des ayant-droits

septembre 9th, 2009 Posted in Brève, indices | 10 Comments »

Tarzan_of_the_apes_Elmo_LincolnLa Edgar Rice Burroughs inc., société californienne fondée en 19241 et dont le siège social se trouve dans la ville de Tarzana (nommée en l’honneur du héros) gère aujourd’hui encore les intérêts de Tarzan et des autres créations de son auteur chaque fois que cela est possible. La situation légale de Tarzan n’est pas simple car si les romans de la série, ainsi que certains films, tombent peu à peu dans le domaine public aux États-Unis, y sont depuis longtemps en Australie, Tarzan reste une marque déposée qui ne peut pas être employée dans n’importe quelles conditions.

La compagnie Burroughs incorporated, qui est dirigée par la famille de l’écrivain, a édicté un certain nombre de règles et de restrictions que doit respecter toute personne, société ou institution qui souhaiterait utiliser le nom de Tarzan et mettre en scène le personnage.
Un article de Libération2 consacré à l’exposition Tarzan! ou Rousseau chez les Waziri, évoquait le contenu ce document, mais celui-ci me semblait tellement abusif que j’ai fait en sorte de me le procurer afin de vérifier si ce n’était pas le résumé qui en était fait qui était caricatural.
C’est chose faite. Je doute que ce texte relève du secret d’état mais puisque  j’ignore si j’ai le droit de dire par quel biais je me le suis procuré, je me permets de remercier, mais sans la nommer, la personne qui m’en a fourni une copie. J’ignore quand ce document a été rédigé mais je sais en revanche qu’il fait autorité aujourd’hui.
En voici une traduction rapide :

Tarzan ne doit avoir ni gestes ni paroles vulgaires ou injurieuses.
Il ne doit avoir ni paroles ni actions qui portent atteinte à une race, couleur, croyance, nationalité, religion ou origine.
Il ne doit pas être montré manquant de révérence envers Dieu, ses attributs ou ses pouvoirs.
Il ne doit pas être montré insensible à la sainteté du mariage, de la religion ou du foyer.
Il ne doit pas être montré tirant avantage d’autrui ou exploitant autrui.
Il ne doit pas se montrer moqueur vis-à-vis des malformations et handicaps physiques ou mentaux d’autres personnages.
Il ne doit pas se montrer égoïste, envieux ou cruel.
Il ne doit pas être montré manquant de respect pour la loi et l’ordre ou les institutions qui fondent le modèle américain
Il ne doit pas se montrer criminel ou immoral ni avoir de la sympathie ou de l’indulgence pour quelque conduite immorale que ce soit.
Il ne doit être coupable d’aucune activité sexuelle illicite de quelque sorte que ce soit, ni se montrer indulgent à l’égard d’un tel comportement.
Il doit au contraire avoir le plus profond mépris pour ceux qui se rendent coupables de telles choses.
On ne doit jamais le voir boire une liqueur, du vin, de la bière ou quelques boisson alcoolisée que ce soit ni utilisant des drogues illégales ou dangereuses  ni montrer autre chose que du mépris pour ceux qui boivent de manière excessive ou utilisent des drogues. Il ne doit fumer ni cigarettes, ni cigares, ni pipe ni aucun tabac.
Il ne doit pas se montrer insensible aux sentiments et au bien être d’autrui, particulièrement les femmes et les enfants.
Il ne doit pas non plus manquer de respect au confort et au bien être des animaux ni intimider ou brutaliser des animaux dans un but autre que celui de se défendre, de défendre d’autres personnes ou animaux.
Il doit paraître fort, énergique, rasé de frais et dans une excellente condition physique.
Il ne doit en aucun cas être montré perdant la vie, perdant un membre ou souffrant d’un handicap physique ou mental permanent.

Certains points me semblent tout à fait fidèles au personnage.
Oui, Tarzan est un héros à l’ancienne, sans faille, costaud, défenseur de la veuve, de l’orphelin et de l’éléphant. Il est amusant que l’homme-singe soit forcé contractuellement de toujours apparaître rasé de frais mais peut-on l’imaginer différemment après bientôt cent ans de représentations sous les traits d’un homme parfaitement glabre ?
Il est tout à fait normal aussi que Tarzan ne boive pas d’alcool, ne fume pas ou ne prenne pas de drogues. On sait qu’Edgar Rice Burroughs a divorcé d’avec sa première épouse parce que celle-ci était alcoolique, mais surtout, dans l’idéologie de la jungle de Tarzan, l’alcool est un parfait symbole de la corruption apportée par l’homme blanc, enfin par tout homme blanc qui n’est pas Tarzan.
On peut par contre s’étonner de l’insistance portée sur des sujets tels que la religion ou Dieu (et, nous dit-on sans préciser de quoi il s’agit, «ses attributs et ses pouvoirs»), si l’on se rappelle notamment du récit Le dieu de Tarzan dans lequel l’homme de la jungle, intrigué par les références à la notion de divinité dans le dictionnaire, développait pour finir un déisme très personnel. Pour autant qu’on sache, Burroughs ne reconnaissait l’autorité d’aucune religion organisée et a plus d’une fois présenté (notamment dans le Cycle de Mars) la religion comme une exploitation de la crédulité humaine. Cependant, il est vrai que Tarzan se montre toujours respectueux de la façon de vivre d’autrui, tant que cela ne heurte pas ses principes moraux : il n’interromperait pas une cérémonie religieuse à moins qu’on y pratique une activité cruelle telle que le sacrifice d’humains ou d’animaux.

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Les choses se compliquent au chapitre du mariage : Tarzan est censé respecter la sainteté du mariage, nous dit-on. Cette précision est étonnante. Rien n’indique que Tarzan considère qu’un concubinage soit en rien inférieur à des épousailles officielles, d’autant qu’il a lui-même toujours vécu en union libre avec Jane Porter et a eu, hors mariage, un enfant avec elle, le petit Korak3. Cependant, Tarzan n’a qu’une seule compagne et ne cherche pas à séduire les compagnes (mariées officiellement ou non) d’autres hommes : si son respect du mariage institutionnel est douteux, l’homme est bel et bien monogame au sens que les éthologues4 donnent à ce mot.
On nous parle aussi de l’aversion de Tarzan pour les «activités sexuelles illicites». La locution n’est pas définie de manière détaillée, il est donc difficile de savoir ce qu’elle signifie. Le mot «illicite» désigne un caractère illégal ou immoral. Or si la loi est écrite noir sur blanc et avec précision, la morale peut être dans une large mesure relative au lieu, à l’époque ou à la personne. Selon le jugement de certains, et sans doute selon les valeurs de l’Amérique de 1912, une union libre implique des «activités sexuelles illicites». Quant à se promener dans les arbres vêtu d’un simple slip en peau de bête, certains y ont vu un comportement tout à fait impudique et inapproprié.

tarzanoftheapesJe garde le meilleur pour la fin : «Tarzan ne doit en aucun cas être montré manquant de respect pour la loi et l’ordre ou les institutions qui fondent le mode de vie américain». Dans le texte : Under no circumstances shall TARZAN be portrayed (…) Lacking respect for law and order or the institutions which form a part of the American way of life.
Là encore, on hésite : qu’est-ce que le mode de vie américain exactement ? Manger de la dinde à Thanksgiving ? Fêter Halloween ? Écouter du jazz, du rock, du rap ? Attendre la publicité pour les sous-vêtements Victoria’s Secret pendant le superball ? Regarder à la télévision Miracle on the 34th street (avec Maureen O’Hara) ou Charlie Brown Christmas le soir de noël ? Élire la reine de beauté du lycée lors du bal de promo ? Se rendre à Cancùn pendant le «Spring Break» pour y faire des concours de tee-shirts mouillés et se saoûler jusqu’au coma ? Avoir le shopping au centre commercial comme activité culturelle favorite ? Considérer qu’avoir un fusil d’assaut au grenier est une liberté fondamentale ? Faire de l’ingérence politique et millitaire dans le monde entier ? Soutenir la peine de mort ?
Est-ce que l’Americain Way of life est du côté de Tom Sawyer, de Thomas Jefferson et de Franck Capra ou bien de Fox News et de Sarah Pallin ? Est-ce que l’on parle de la liberté d’entreprise, de liberté de parole, ou bien de droit du plus fort et de cauchemar climatisé ?

Lors du sommet pour la terre de Rio de Janeiro en 1992, le président George Bush senior avait posé une limite aux ambitions écologistes avec cette phrase restée célèbre : «The American way of life is not negotiable» — Le mode de vie américain n’est pas négociable. C’était clair, mais Tarzan aurait-il soutenu ce mode de vie là ?

  1. Homme d’affaires avisé, Burroughs a fondé cette société pour garder tout pouvoir sur ses créations littéraires, qu’il a ainsu pu auto-éditer, mais aussi pour des raisons fiscales. []
  2. Singe comme une image, Batholomé Girard et Édouard Launet, Libération, le 18 juin 2009 []
  3. Erreur de ma part, cf. commentaires, Tarzan et Jane se sont bien mariés, dans le second roman de la série. []
  4. Ce n’est pas une faute de frappe, je parle bien d’éthologie (l’étude du comportement animal) et non d’ethnologie (l’étude des cultures humaines). Je le précise par anticipation car il m’arrive fréquemment d’avoir à fournir cette explication. []

Trop de mémoire ?

septembre 7th, 2009 Posted in livre qu'il faudra que je lise, Mémoire | 2 Comments »

Des microprocesseurs / au silicium
remplaceront un jour / la mémoire des hommes
Je ne t’oublierai jamais

Yves Simon, Amnésie sur le lac de Constance, 1981

emmanuel_hoogEmmanuel Hoog, PDG de l‘Institut National de l’Audiovisuel (INA) publie cette semaine aux éditions du Seuil un essai intitulé Mémoire année zéro (année réseau ?). Je suis assez impatient de le lire mais je sens que je ne vais pas être d’accord avec lui sur tout. Je viens de lire ses interviews par Le Nouvel Observateur et par Libé et son propos me semble inutilement pessimiste.
On est évidemment forcé de respecter l’expertise de l’auteur sur son sujet, puisque l’INA, qui est chargé depuis plus de trente ans d’archiver et de conserver la mémoire médiatique de la France, s’est engagé de facto, et précisément sous l’autorité de son actuel président, dans une réflexion sur la valorisation de cette mémoire, aussi bien en termes de marchandisation qu’au chapitre de l’accès aux documents par le grand public.

Nous sommes sans doute effectivement entrés dans une phase nouvelle de l’histoire humaine, où l’on peut archiver les données numérisables de manière apparemment infinie. C’est l’ère de l’hyper-mémoire1, et cela pose des questions inédites. Ce que nous devons nous demander ce n’est plus comment on va conserver les données, mais comment nous allons faire pour ne pas nous perdre dans le labyrinthe de nos propres archives — et accessoirement, ce qu’il adviendra de ce qui n’est pas numérisable ou duplicable mais nous sortons de la juridiction de l’INA.

memoire_annee_zeroJe soupçonne l’auteur de se montrer légèrement élitiste lorsqu’il dit par exemple : «Sur internet, les photos du petit dernier sont traitées comme les représentations d’enfants peints par Renoir». La phrase n’a à mon avis pas de sens car les deux types d’images ont des raisons d’être bien différentes. Alors qu’une peinture réalisée dans un but esthétique s’adresse à tous, la «photo du petit dernier» aura une valeur extrême pour ses parents mais indiffèrera les autres, de même qu’une lettre d’amoureux qui n’est pas écrite par Musset ou Apollinaire semblera encombrée de phrases banales à tout lecteur qui n’en n’est pas le destinataire.
Bref c’est une image un peu facile, limite finkelkrautienne, on met en parallèle la culture «haute» avec des préoccupations modestes ou faciles à juger négligeables et vulgaires… chez les autres. Mouaif.
Je ne voudrais pas condamner le propos d’Emmanuel Hoog de manière expéditive : les interviews sont réductrices et les interviewés sont facilement amenés à tenir des propos qui ne reflètent pas leur pensée. La question de la mémoire historique publique, de l’enregistrement d’une mémoire intime, et de la possible transformation de ces souvenirs enregistrés en enjeu marchand, est en tout cas un sujet aussi brûlant que passionnant.

Est-ce que du trop-plein de mémoire découle nécéssairement une forme de confusion et, in fine, une perte complète de repères ? Emmanuel Hoog semble craindre que l’hyper-mémoire ne supprime toute forme d’histoire collective, que chacun décidera pour lui-même de ce qu’il veut retenir ou comprendre2.
Le cerveau biologique se construit entre autres par une gestion de l’oubli (pour dégager ce qui compte, il faut commencer par oublier ce qui n’a pas d’importance), mais doit-on calquer le modèle neurologique à l’échelle d’une mémoire nationale ou de la mémoire de l’humanité entière ? Il me semble qu’à une situation sans précédent — la conservation de centaines de milliards de pages de texte de toutes époques, à tout un patrimoine musical, vidéographique, etc. — correspondent des outils inédits de recherche, d’indexation, de comparaison, de marquage, de traçabilité, mais aussi d’échange et de partage — échange et partage qui créent à leur manière une forme de hiérarchie et qui, surtout, permettent d’assurer la pérénité des données échangées.
Nous ne sommes qu’au tout début d’un processus et pour ma part, j’ai plutôt confiance en l’avenir. Sur ces points précis, en tout cas : l’hyper-mémoire s’accompagne d’une gestion de plus en plus efficace de la complexité.

  1. C’est moi qui emploie ce néologisme ici et non Emmanuel Hoog. []
  2. Voici comment se termine la 4e de couverture du livre : La mémoire est devenue un devoir, après la tragédie absolue de la Shoah, fondatrice de notre Europe. Aujourd’ hui, dans nos sociétés techniques du ‘tout-mémoire’, le droit à l’oubli s’impose comme un absolu démocratique. Dans cet espace si étroit et fragile, y a-t-il encore une place pour une histoire commune ? Un avenir collectif ? Une culture partagée ? La crise actuelle n’est pas seulement économique, elle est aussi culturelle. Pour en sortir, il faut réinventer notre mémoire. Faute de relever ce défi, le monde nous oubliera, tandis que nous continuerons à mimer avec nostalgie les fables de notre enfance []

Internet, le danger (1995)

septembre 6th, 2009 Posted in Brève, Parano, Vintage | 6 Comments »

internet_le_dangerÀ voir, une belle collection de de vidéos issues du site de l’INA compilée sur le blog 36 15 Ma vie1. Ces images nous rappellent que la «menace Internet» n’est pas une nouveauté, et que les journaux nationaux français se sont penchés sur le sujet dès 1995, c’est à dire à une époque où les premières offres grand public d’abonnement à Internet venaient d’être lancées ou s’apprêtaient à voir le jour (Worldnet, Compuserve, Calvacom, Havas online, Imaginet, etc.), une époque où on parlait déjà beaucoup d’Internet à la télévision, mais où les foyers connectés étaient deux-cent fois moins nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui2.
La plus ancienne vidéo montrée (août 1995) est un extrait du journal de Daniel Bilalian. Dans le sujet, qui est consécutif à une série d’attentats meurtriers, un propriétaire de café internet démontre que «sur le fameux réseau international internet» (que l’auteur du reportage pronnonce avec l’accent anglo-saxon : ine-terre-nette) n’importe qui peut se procurer le mode d’emploi d’explosifs tels que les cocktails Molotov et la poudre noire, et même (horreur !) le prix approximatif des ingrédients.

internet_le_danger2Les explications techniques restent très approximatives : «à travers la planète, personne ne contrôle Internet chacun charge son programme comme il l’entend, dans son coin, même les programmes les plus subversifs». On ne nous dit pas, par ailleurs, si les informations contenues dans le célèbre Terrorist Handbook (toujours aussi facile à trouver sur Internet) sont exactes, on ne nous dit pas s’il suffit de savoir faire une bombe pour être terroriste et on ne nous dit pas non plus que ce document traînait sur les Bulletin Board Systems (des serveurs indépendants les uns des autres et non reliés à Internet) depuis une bonne dizaine d’années.
Le reportage présente Internet comme un espace de liberté totale (plus de frontières, le réseau est international et on peut y trouver des informations interdites) et d’irresponsabilité, poncifs toujours bien établis dans l’opinion qui étaient encore récemment employés comme arguments dans le cadre des débats entourant la loi Hadopi.

  1. rien à voir avec la rubrique du même nom sur le blog de Stéphane []
  2. moins de 100 000 personnes étaient abonnées à Internet en 1995, tandis que nous sommes actuellement près de 20 millions []

Sous les jupes des filles

septembre 4th, 2009 Posted in Filmer autrement, Surveillance art | 8 Comments »

Comme dans la chanson d’Alain Souchon : Rétines et pupilles / Les garçons ont les yeux qui brillent / Pour un jeu de dupes / Voir sous les jupes des filles / Et la vie toute entière / Absorbés par cette affaire / Par ce jeu de dupes / Voir sous les jupes des filles.

chaussure_camera

Plusieurs voyeurs équipés de chaussures d’espionnage ont été arrêtés de par le monde.
Selon leurs constructeurs respectifs, ces caméras-espion ne servent pourtant pas à explorer ce mystérieux et complexe espace topologique qu’est l’en-dessous-des-jupes-des-filles, mais, par exemple, de voir ce qui se passe en dessous des tables lors de réunions importantes (modèle cuir, par Wondcam) ou d’aider les enquêteurs lors d’opération policières (modèle sport, par Omejo). Les deux paires de chaussures envoient, par liaison sans fil, une image noir et blanc ou couleur au format PAL ou NTSC à un petit magnétoscope numérique.

jillmagid_legoland

L’artiste américaine Jill Magid, auteur au MIT d’une thèse consacrée à l’auto-surveillance, utilise sa «surveillance shoe» à talons hauts et à l’aspect «techno-fetish» (ce sont ses termes) pour explorer le rapport entre son propre corps et l’espace dans lequel celui-ci évolue, comme dans la vidéo Legoland (2000), balade nocturne qui fait apparaître des gratte-ciels qui évoluent autour des jambes de l’artiste.

Weird Science

septembre 4th, 2009 Posted in Robot au cinéma | 19 Comments »

weirdscience_dvdJ’apprends que John Hughes est mort le mois dernier, terrassé, comme on dit, par une crise cardiaque alors qu’il n’avait pas soixante ans. Je n’attendais plus rien du réalisateur de Breakfast club et de La Folle journée de Ferris Bueller depuis bien longtemps, mais c’est l’occasion un peu macabre de parler d’un de ses films les plus sous-estimés, Weird Science (1985), sorti en France sous le titre Une créature de rêve.

Il s’agit d’un petit conte. Gary et Wyatt, deux adolescents complexés créent la femme parfaite, selon leur goût, à l’aide d’un ordinateur. Les plus belles jambes, la plus belle bouche, les plus beaux yeux, et, s’il vous plait, le cerveau d’Albert Einstein. Il s’agit, au départ, de créer non pas une femme mais une simulation de femme, afin de tester ses réactions à la séduction, notamment. Puisque son ordinateur manque de puissance et ne peut intégrer toutes les données qui lui sont soumises, Wyatt force la sécurité d’un mainframe militaire et en pirate les ressources pendant que Gary découpe et scanne frénétiquement des filles en papier glacé trouvées dans Playboy ou dans des publicités.

Au cours d’une cérémonie qui parodie le Frankenstein de 1931, la créature virtuelle prend chair. D’une beauté parfaite (ou parfaitement stéréotypée), Lisa permet aux deux jeunes gens de réaliser leurs deux plus grands fantasmes qui sont de prendre une douche avec une femme dévêtue, tout d’abord, puis de susciter chez les autres lycéens de l’admiration, de l’envie ou la jalousie. Mais Gary et Wyatt n’ont pas créée Lisa que pour cela et comptent bien profiter de la loyauté de leur créature pour satisfaire des intentions tout ce qu’il y a d’impures. Lisa s’avère plutôt espiègle et parvient sur ce point à les faire patienter indéfiniment tout en les assurant régulièrement qu’ils sont ses seigneurs et maîtres et qu’elle leur appartient corps et âme. Sorte de génie de conte oriental, elle est par ailleurs capable d’exaucer des souhaits ou de provoquer des catastrophes diverses et variées. Chaque vœu exhaucé implique d’ailleurs une catastrophe en contrepartie, selon une mécanique tout à fait habituelle aux contes, qui rappellent que la quête de solutions faciles ou miraculeuses est toujours punie.
Tout comme le fait justement John Hughes avec ses films pour adolescents (Outre celui-ci, citons Sixteen candles, Pretty in pink, Breakfast club et Ferris Bueller’s day off), Lisa séduit Gary et Wyatt pour mieux les gratifier d’une leçon. Bienveillante, maternelle, elle les aide à grandir.

weirdscience_3

La morale que dispensent les films de Hughes est généralement très simple (au point même de se révéler fort niaise dans ses derniers films tels que Uncle Buck). Ici, la morale est qu’il faut accepter de frayer avec le monde réel, qu’on ne peut pas se satisfaire de rêver de la perfection des femmes de papier glacé, qu’on ne peut pas décider du fonctionnement et de la nature d’autrui, qu’il faut au contraire accepter ce qui est incomplet ou imparfait, mais aussi ce qui demande un investissement personnel, un engagement. Un personnage du film sert de contre-exemple aux deux adolescents, il s’agit de Chet, le grand frère sadique de Wyatt : obsédé par l’armée et la virilité, il n’a jamais quitté la maison de ses parents et n’a pas de vie affective ni même de vie tout court1. Ce qui reste à l’état virtuel est toujours idéal (Saint-Exupéry : Le mouton que tu veux est dans la caisse).

Utiliser une créature artificielle de fantaisie pour traiter pragmatiquement de la distinction aristotélicienne entre la virtualité (l’existence à l’état potentiel) et la réalité (l’existence à l’état actuel, à l’état d’acte) — puisque c’est de ça qu’il s’agit —, voilà le genre de tour de force que peut réaliser le cinéma populaire, quand il est inspiré. On peut au passage s’amuser du paradoxe que constitue une morale du réél lorsqu’elle est dispensée sous forme de fiction fantastique.
Je ne vais pas prétendre que Weird Science fait en une heure et demie le point sur des notions auxquelles des philosophes comme Gilles Deleuze ont consacré des années de travail, bien évidemment, mais je maintiens que le film met le doigt sur le véritable problème que rencontrent tous les adolescents, qui est d’accepter que l’on ne puisse pas espérer disposer des autres comme s’ils étaient des choses et même, que l’autre ne vaut que parce qu’il est un autre.

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Tout ça semble évident, mais l’est-ce tant que ça ? Le sujet est à mon avis loin de ne concerner que les seuls adolescents, et même, je crois qu’il n’a jamais été si actuel. La standardisation du corps et de son utilisation que permettent la chirurgie plastique ou les médicaments destinés à modifier l’humeur ; Le rapport à l’apparence que nous imposent, notamment, la télévision et les magazines ; l’envie de voir en autrui, et notamment en ceux qui comptent (famille, amis, amours, quand ce n’est soi-même) des jouets, des instruments, des produits de consommation… Tout cela me semble constituer des tendances lourdes de notre monde actuel.

Qu’on pense au cas pathétique du président italien Silvio Berlusconi dont la presse dévoile en ce moment les conditions d’existence. Cet homme de pouvoir et d’argent a bâti sa vie affective sur la prostitution. Il impose aux créatures dont il loue les services de se vêtir toutes de la même manière, avec le même maquillage, non seulement pour avoir des rapports sexuels avec lui mais aussi pour qu’elles l’applaudissent lorsqu’il pousse la chansonnette. Ces femmes ne sont donc plus des personnes, elles sont des images, des pantins, elles sont louées pour faire croire à un des hommes les plus riches de la planète qu’il existe. Bien qu’il soit lui-même, de par ses productions télévisuelles, un promoteur actif d’une transformation des individus en produits, Berlusconi n’est qu’un simple symptôme : l’économie telle qu’elle est actuellement organisée se nourrit d’une clientèle aux réactions adolescentes, d’individus pulsionnels, immatures, et perpétuellement mal dans leur peau.

weirdscience_2

Weird Science a été continué par une série télévisée sympathique du même titre (en français : Code Lisa), produite entre 1994 et 1997 (c’est à dire dix ans après le film) avec une distribution différente et sans intervention de John Hughes.

Certains acteurs du film ont fait leur chemin. On a pu voir Anthony Michael Hall (Gary) dans de nombreux films et séries, notamment dans Dead Zone, d’après le film homonyme de David Cronenberg, où il a tenu le rôle principal. Son partenaire Ilan Mitchell-Smith (Wyatt) a par contre abandonné le cinéma, il enseigne l’histoire médiéviale à l’université de San Angelo au Texas. Kelly LeBroc (Lisa) n’a pas eu une carrière remarquable non plus. Ancien mannequin, elle est surtout connue pour ce rôle et pour celui de la femme en rouge dans Woman in red, le remake américain d’Un éléphant ça trompe énormément. L’acteur de Weird Science qui est devenu le plus célèbre par la suite est sans doute Robert Downey Jr., à présent à l’affiche des films Sherlock Holmes et Iron Man. Dans Weird Science, il interprète le rôle de Ian, un rival envié et détesté qui s’avère ne pas être très différent de Gary et Wyatt, car s’il l’exprime différemment, il est au fond tout aussi frustré et complexé qu’ils le sont eux-mêmes, ce qui constitue encore une leçon typique du cinéma de John Hughes : on réduit souvent l’autre à un cliché (le sportif, le fort-en-thème, etc.), alors qu’il est, lui aussi, un individu singulier.

Je ne vais pas dire que Weird Science est un chef d’œuvre, c’est avant tout un film amusant et léger que l’on jugera daté par bien des aspects (ce qui en fait un document intéressant : coupes de cheveux, mode, musique, éclosion de la micro-informatique), mais qui mérite malgré tout d’être vu et qui constitue une madeleine et un «guilty pleasure», pour nombre de ceux, et j’en suis, qui avaient l’âge des acteurs lorsque le film est sorti.

  1. Il est sans doute intéressant de rappeler à ce stade que le mot virtuel tire son étymologie du latin vir (masculinité, virilité), qui a aussi servi à forger le mot vertu. []

Tarzan au musée des arts premiers

septembre 3rd, 2009 Posted in Cimaises | 12 Comments »

tarzan_afficheC’est Hugo Chavez qui m’a décidé à aller voir cette exposition. L’impayable président vénézuélien, qui venait de voir son projet de loi pénalisant les «délits médiatiques» repoussé par l’Assemblée, réagissait avec humeur en expliquant dans une déclaration que, dans son pays, il y a des lois et une constitution et que, je cite :

«ceux qui ne veulent pas le reconnaître n’ont qu’à partir vivre dans la jungle avec Tarzan des singes, là où il n’y a ni loi, ni normes, ni règles»1.

Voilà : il a mis le doigt dessus, Tarzan nous parle bel et bien de la liberté.
Si des religieux et des politiques de tous horizons et de tout bord ont régulièrement réclamé et parfois obtenu la censure de Tarzan2, c’est parce que ce personnage est profondément libre : aristocrate britannique de naissance, élevé par des grands singes, il fixe lui-même en permanence son degré de civilisation. Tarzan n’est pas subversif parce qu’il vit nu dans la jungle, il est subversif parce qu’il décide seul la manière dont il vit et ne s’interdit rien, pas même de reprendre le costume guindé du comte de Greystoke, pas même de donner un enfant hors mariage, Korak, à sa compagne Jane Porter3.

Tarzan a créé sa propre morale, une morale fondée sur le respect de la vie et de l’harmonie de la jungle. Dès qu’il en a l’occasion, il fait régner une forme de justice rationelle où la démesure et la cruauté de l’homme sont les crimes les plus graves : Tarzan respecte la faim du fauve mais pas la passion de l’ivoire des chasseurs.

tarzan_animaux

Dans une nouvelle assez étonnante, The God of Tarzan (issu du recueil Jungle tales of Tarzan), l’homme de la jungle s’intéresse au mot «Dieu», qu’il a croisé dans un dictionnaire — on se rappellera que la lecture a une grande importance dans l’histoire de Tarzan. Intrigué par l’absence de définition claire ou de description de Dieu, il part interroger des chefs singes ou des sorciers tribaux pour savoir s’ils sont Dieu eux-mêmes ou s’ils le connaissent… insatisfait par les réponses, il finit par décréter que Dieu doit être le responsable de tout ce qui est bel et bon dans la nature, tout en restant troublé à l’idée qu’il soit aussi le créateur des serpents.
Bref, Tarzan est à ce point libre qu’il s’autorise à définir Dieu.
L’exposition s’intitule Tarzan ! ou Rousseau chez les Waziri4, tout un programme, car la comparaison entre l’«état de nature» du roi de la jungle et celui dont parle le philosophe genevois peuvent sans doute être distingués. Je compte un peu sur la lecture du catalogue pour voir si le parallèle tient debout au delà de l’anecdote et de la caricature.

tarzan_femmes

C’est là le problème de l’exposition d’ailleurs : je compte beaucoup sur la lecture du catalogue (que je n’ai pas encore acheté) car l’exposition en elle-même m’a semblée extrèmement confuse. La scénographie, faite de dessins agrandis de Burne Hogarth, est plutôt séduisante. De loin. Les documents présentés sont parfois beaux, amusants, émouvants : planches originales de Foster, Hogarth, Buscema, Kubert ; Photogrammes extraits des premiers Tarzan muets ; Affiches de cinéma ; livres méconnus. Le fait de faire intervenir tous les médias (bande dessinée, livre, jouet, film, viewmaster) est bienvenu, même s’il manque, sauf erreur, le jeu vidéo et la radio.
Il y a des surprises, comme l’évocation de Saturnin Farandoul (1879), personnage d’Albert Robida (qu’on ne cesse décidément de redécouvrir) qui comme Tarzan (1912), Rima (1904)  ou Mowgli (1894) grandit dans la jungle, élevé par des bêtes sauvages. Il y a aussi une planche inattendue de Peter Poplaski, auteur über-underground.
On s’amuse entre autres d’une case assez osée (quoique chaste) du journal français Tarzan dans laquelle Jane est complètement nue — case qui fut vite censurée bien entendu.

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Mais pour le reste ? On peut imaginer que le parcours a été mûrement réfléchi et que les connexions (King Kong, la mode, le jouet, les robots, etc.) l’ont été tout autant, mais l’exposition n’en reste pas moins illisible :  pourquoi une vitrine contient-elle de beaux jouets des années 1950 à côté de pelluches récentes qui semblent avoir achetées au supermarché du coin ? Comment peut-on exposer un manteau synthétique imitation léopard avec comme seule légende : « XXe siècle » ? Comment peut-on mélanger sans (trop) prévenir d’authentiques fétiches africains avec des accessoires issus du tournage du dernier Astérix ?
Bien entendu, le rapport entre le vrai et le faux, entre le fantasme colonialiste et la réalité africaine, entre l’antropologie et la science-fiction, tout cela est au cœur du sujet et des diverses représentations de Tarzan depuis un siècle. Mais le rôle d’une exposition de ce genre devrait être de faire apparaître la confusion, pas d’y participer !

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J’aurais bien aimé aussi une évocation plus exhaustive des «faux» Tarzan, et notamment des personnages féminins qui ont été inspirés par l’homme-singe (formule pléonastique mais on se comprend). En effet, on voit bien quelques fascicules de Akim ou de Zembla, mais où sont les autres ? Les Ka-Zar, les Rahan, les Sheena, Shanna, Camilla, Jungla, Durga Rani, Jan, Jill et White Princess of the Jungle ? Le sujet pourraît être étendu à d’autres personnages qui vivent dans la jungle sans pour autant être des «sauvages», comme le Fantôme du Bengale ou The Black Panther, qui participent à construire un imaginaire de la jungle comme terrain de liberté. À moins que ça m’ait échappé, tous ces personnages manquent tandis que la gynoïde de Métropolis, Batman ou encore King Kong sont bien présents.
Il aurait pu être possible de parler aussi du culturisme et du naturisme, qui sont précisément contemporains de Tarzan, et plus généralement de toute l’évolution du rapport à la nature entre le XVIIIe et le XXe siècle, de Defoe et Rousseau jusqu’au Bikini et à l’écologie politique en passant par Bernardin de Saint-Pierre et Johanna Spyri. Le sujet est extraordinairement vaste, je comparerais cette exposition à un apéritif agréable mais un peu court : quand arrivent les plats ?

tarzan_divers

Les textes présents dans l’exposition sont sans doute intéressants mais ne donnent pas envie d’être lus, ils sont disposés un peu n’importe où, en lettres capitales grasses sur fond jaune, ce qui est censé évoquer, je suppose, les récitatifs de la bande dessinée. Or faute de lire ces textes attentivement, certains choix dans la sélection des objets montrés semblent au mieux étonnants et au pire, franchement douteux. De nombreux extraits de films sont montrés, mais ils ne sont pas toujours dûment légendés, si bien que l’on ne sait pas ce que l’on voit : quelle année, quel acteur, quel studio, quel réalisateur ?… On ne sait pas toujours ce qui est à voir et ce qui n’est là que pour décorer.
Pour finir, de nombreux objets, notamment des planches originales, n’étaient plus présentes au moment où j’ai visité l’exposition : n’en restaient que les légendes.
Je suis un poil déçu donc, mais j’ai malgré tout ressenti la présence émouvante (mais discrète) du fantôme de Francis Lacassin, décédé il y a un an tout juste. Une soirée hommage au regretté spécialiste des littératures populaires sera d’ailleurs organisée dans le cadre de l’exposition le 10 septembre prochain.

Le musée du Quai Branly

C’est mon tout premier passage au musée du Quai Branly, je l’ai donc visité avant d’aller voir l’exposition Tarzan. Ayant été fortement marqué par le Musée de l’Homme lorsque j’étais enfant, j’apréhendais un peu la visite du Musée des Arts premiers, qui a partiellement dépouillé de ses collections un musée scientifiques (le Musée de l’Homme, donc) et hérité des collections d’un musée colonial (le Musée des arts africains et océaniens) pour en faire un espace orienté vers le grand public5. J’ai été assez agréablement surpris par le résultat. Non seulement c’est un beau musée — on est loin des salles poussiéreuses déprimantes du Musée de l’Homme — mais en plus on reste bien dans le registre du musée scientifique puisque les objets sont bien légendés. On sent bien, en revanche, que seuls les beaux objets sont montrés.
Le nom «arts premiers» montre que l’époque a changé, il ne s’agit plus du triomphe des explorateurs sur fond colonialiste ni d’ethnologie humaniste, mais d’un hommage quelque part assez respectueux à un monde disparu et dans lequel, pour faire bonne mesure, on aurait même pu intégrer des objets d’Europe occidentale.
Un monde d’artisanat, de traditions, de magie et de culte des ancètres.

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Il me semble, en faisant appel à mes lointains souvenirs du Musée de l’Homme, que ce dernier mettait nettement plus en avant l’obession de nombreuses cultures dites primitives pour la sexualité : difficile d’alignier les étuis péniens et les sculptures équivoques pour un musée grand public ? Ceci dit, le Musée de l’Homme n’a pas été complètement vidé au profit du musée des Arts premiers, il est même censé ré-ouvrir dans trois ans. Il faut bien qu’il lui reste des choses à montrer.
Je ne suis pas certain d’avoir vu tout ce qu’il y a à voir, il y a des alcôves sombres un peu partout et la circulation n’est pas complètement évidente. L’espace est assez simple et plutôt ouvert mais se révèle malgré tout labyrinthique à l’usage, ce qui n’est pas forcément désagréable.
L’extérieur, avec ses jardins, est assez plaisant malgré sa proximité avec une voie à grande vitesse. L’entrée vaut huit euros cinquante pour les adultes et est gratuite pour les enfants.

  1. «aquí hay una Constitución y unas leyes, y si no quieren reconocerlas que se vayan a vivir en la selva con Tarzán de los monos, donde no hay leyes ni normas ni reglas» []
  2. Rappelons le récent cas de la candidate à la vice-présidence américaine Sarah Palin qui a voulu bannir le livre Tarzan of the apes (mais aussi Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau !) de la bibliothèque de sa ville de Wasilla. []
  3. Afin de ne pas se mettre à dos les ligues morales, le fils de Tarzan et Jane est un enfant adopté dans la série de films avec Johnny Weismuller. Voir aussi mon article sur les règles d’utilisation du personnage de Tarzan édictées par la E.R. Burroughs inc. []
  4. La tribu imaginaire des Waziri vit à proximité de la forêt où Tarzan a grandi. Le nom Tarzan signifie Homme blanc en langue Waziri. []
  5. Les musées dépendant de l’éducation nationale ou de la recherche connaissent tous ce destin depuis quelques temps. La plus triste réalisation dans le domaine étant à mon sens La Grande galerie de zoologie du jardin des plantes, où des dizaines de milliers d’animaux naturalisés ont été jetés à la benne pour ne garder que deux individus de chaque espèce (de chaque espèce bien connue des enfants), dans une parodie d’arche de Noé qui n’est ni pédagogique ni scientifique et qui me semble même relever du révisionnisme scientifique. La problématique n’est certes pas simple : comment éviter de rebuter le public avec un contenu scientifique sans pour autant tirer le musée vers la bêtise ? Dans la séduction, où se situe la frontière entre la dignité et la putasserie ? Si j’avais un taser, je m’en servirais pour empêcher les graphistes et les sponsors privés de s’approcher des musées : quelques soient leurs bonnes intentions, ces gens constituent souvent un grave péril pour les musées scientifiques. Comment ? Un peu radical, moi ?… Hmm… []