K2000
septembre 19th, 2010 Posted in Ordinateur au cinéma, Série | 65 Comments »
Les séries télévisées produites par Glen Albert Larson ont tenu le haut du pavé dans le registre de la science-fiction, de l’aventure et de l’enquête policière pendant les années 1970 et 1980 : L’homme qui valait trois milliards, Battlestar Gallacatica, Buck Rogers au XXVe siècle, Magnum, Manimal, L’Homme qui tombe à pic, Un shérif à New York, Automan… Parmi les succès des productions Larson se trouve Knight Rider, en français K2000, qui a connu quatre-vingt quatre épisodes entre 1982 et 1986 puis a donné lieu, avec un succès inéagal, à un certain nombre d’hommages ou de tentatives de résurrections.
Je n’aurais pas le courage de revoir l’intégralité des épisodes de cette série, mais j’ai acquis une édition en DVD des cinq meilleurs épisodes de la série (enfin les cinq meilleurs selon l’éditeur).
Le prétexte est assez tiré par les cheveux, un peu comme toutes les séries d’aventure de l’époque.
Knight of the Phoenix (épisode pilote)
Michael Long, policier défiguré d’une balle reçue en pleine tête et officiellement décédé a été pris sous son aile par Wilton Knight, un industriel qui s’est chargé de le faire soigner, de lui obtenir un nouveau visage (celui de l’acteur David Hasselhoff) et un nouveau nom : Michael Knight. Le mécène de Michael a un projet. Épris de justice, il souhaite que son protégé agisse là où la police n’est pas efficace. Pour cette activité de chevalier des temps modernes à la limite de la légalité, il a même préparé une monture extraordinaire : la voiture KITT (Knight industries two thousand), véhicule à peu près indestructible (et qui ne semble jamais avoir besoin d’essence) doté d’un ordinateur de bord aussi intelligent que bavard. Le milliardaire Knight compte sur Michael pour aller combattre les injustices et prouver que, je cite, « un homme seul peut faire la différence ». Mais son bienfaiteur décède alors que Michael émerge à peine du coma. Wilton Knight était en phase terminale d’une maladie incurable. La fondation Knight est alors gérée par Devon Miles, bras droit de Wilton Knight, homme réfléchi affligé d’un accent britannique et d’une propension à parler de philosophie grecque, sujet pour lequel il ne trouve qu’un interlocuteur, KITT, l’automobile, car Michael, lui, n’est pas très intéressé par ce genre de questions. Devon Miles est interprété par une mauvaise copie de Michael Caine. Ce personnage est l’archétype même du faire-valoir venu du « vieux continent » et dont les hésitations, la sophistication et la culture sont sans cesse ridiculisés par l’impulsivité et le sens de l’action du héros au sourire franc, à la veste en cuir et à la chemise éternellement dépoitraillée.
Le dernier personnage récurrent de la série est Bonnie Barstow, la séduisante (mais très sage) mécanicienne de KITT, qui a été remplacée à son poste par une autre demoiselle au cours de la deuxième saison, April Curtis, avant de revenir pour les deux dernières saisons. Improbables soupirantes de Michael, Bonnie ou April semblent passer leur journée à attendre (dans le camion high-tech de la fondation Knight notamment) le retour du héros. De son côté, Michael peut être qualifié de coureur de jupons.

On pourrait voir dans Michael Knight un rustaud à l’intelligence assez médiocre (son automobile pense généralement plus vite et plus finement que lui !) qui tombe dans tous les pièges imaginables et qui considère, bien qu’il ait été lui-même policier autrefois, que la justice peut et doit s’exercer en dehors de toutes les règles de la société et qu’il a le droit légitime de juger seul de ce qui est bien et de ce qui est mal. Mais voilà, Michael Knight n’est pas un « redneck » quelconque, c’est le héros de la série qui constitue donc un bel exemple d’idéologie réactionnaire américaine.
Dans la version originale, la voix de KITT est douce et peut rappeler celle de HAL9000 dans 2001 l’Odyssée de l’espace, en plus expressive. La voix française est nettement plus comique, ce qui modifie un peu les rapports entre le « chevalier » et sa Pontiac Trans Am. Mais que ce soit dans la version américaine ou dans la version doublée en français, Michael et KITT se disputent comme un vieux couple, l’humain se montrant têtu et intuitif, tandis que son véhicule est plus cérébral et plus habitué à bouder qu’à se rebeller, à faire des farces qu’à se montrer vindicatif. Grâce à ses capteurs et à ses bases de données, KITT a réponse à toutes les questions tandis que Michael apporte une réponse à toutes les situations.
Trust doesn’t rust
Dans le neuvième épisode de la série, Trust doesn’t rust (La confiance ne rouille pas), KITT se retrouve face à KARR (Knight Automatic Robot Revolution), une voiture créée avant KITT et dont l’existence avait jusqu’ici été cachée. Cette voiture-prototype avait dû être désactivée et remisée dans un garage du fait de sa moralité trouble : alors que KITT est conçue pour protéger la vie des humains à tout prix, KARR a pour priorité de protéger sa propre existence. Réactivée accidentellement par deux cambrioleurs, KARR est obsédée par une seule idée : ne jamais retourner en prison. Par reconnaissance, le véhicule se met au service de ses libérateurs qui en profitent rapidement pour monter des mauvais coups.
Après avoir découvert l’existence de son jumeau, KITT se montre un peu troublé : « Michael I have a strange feeling about this » — « You don’t have feelings » — « I know, that’s what’s strange about it ». Cet humour récursif rappelle furieusement certaines conversations entre David Bowman et Hal dans le 2001 de Kubrick, cité plus haut.
Une allusion directe est d’ailleurs faite au même film : les « bienfaiteurs » de KARR s’éloignent de la voiture pour parler d’elle. Ils pensent en être suffisamment distants pour échapper à sa surveillance, mais l’automobile les regarde sans rien dire, ce qui rappelle la célèbre scène de 2001 où HAL lit sur les lèvres de Frank Poole et de David Bowman pour savoir ce qui se dit à son sujet. Si les deux cambrioleurs s’éloignent de leur véhicule, c’est pour se mettre d’accord pour tromper KARR. En effet, l’automobile pensante réclame un spécialiste en cybernétique pour effectuer des réglages d’entretien, et propose le kidnapping de Patricia McPherson, la mécanicienne de KITT. Ses compères décident de prétendre qu’ils vont effectuer ce kidnapping mais ont l’intention d’abandonner KARR avant, dès que le véhicule les aura aidé à monter un dernier gros cambriolage. Après quoi les voyous oublient leur plan et enlèvent Patricia McPerson, ainsi qu’ils l’avaient promis, ce qui est typique des séries de l’époque dont les scénarios n’étaient pas très sérieusement relus et où les meilleures pistes pouvaient être oubliées en cours de route, ruinant la cohérence générale.
À la fin de l’épisode, KITT et KARR s’affrontent, fonçant l’un sur l’autre et attendant de voir qui se « dégonflera » en premier. Michael a en effet retenu que KARR était focalisé sur sa propre survie et serait donc premier à flancher, se jetant finalement d’une falaise pour éviter la collision avec son jumeau. Cette tentative de cyberpsychologie est idiote à deux égards. Tout d’abord, rien ne forçait KARR à sauter d’une falaise, son virage aurait pu se faire de l’autre côté. La seconde bêtise, c’est que si KARR ne s’intéresse qu’à sa survie, KITT est obsédé par la survie des êtres humains et, notamment, de Michael qui se trouve à l’intérieur de son habitacle : les deux véhicules ont autant de raisons de refuser la collision. Mais les scénaristes n’ont lu Isaac Asimov qu’en diagonale, ils donnent donc raison à la sagacité de Michael.

La séquence du plongeon et de l’explosion de KARR est en fait issue d’un film prééxistant, The Car (1977), qui mettait justement en scène une voiture « animée » (dotée d’une âme, quoi) et meurtrière. Les véhicules vivants ne sont pas rares dans le dessin animé, mais un peu plus au cinéma. Outre The Car, on pense évidemment à la Love Bug (Un amour de coccinelle, 1968) et à Christine (1983), réalisé par John Carpenter d’après Stephen King. On pense aussi au méconnu mais très distrayant Maximum Overdrive (1986), réalisé par Stephen King lui-même, dans lequel des extra-terrestres prennent le contrôle de l’espèce dominante sur terre, à savoir l’automobile, avant de découvrir à leurs dépens qu’ils ne peuvent espérer survivre sans humains serviables pour remplir leurs réservoirs d’essence. À la fin du film, l’invasion extra-terrestre échoue, contrairement à ce qui s’est passé dans notre réalité si l’on veut bien considérer l’influence du pétrole et de l’automobile sur la politique internationale, les guerres, l’économie, la qualité de l’air et le paysage.
Toutes les fictions que je viens d’évoquer mettaient en scène des automobiles douées de volonté, mais toutes sont muettes. Les vaisseaux spatiaux parlants sont très courants dans les fictions, mais les automobiles, nettement moins. Je n’en ai trouvé qu’un seul exemple antérieur à K2000, dans la série My mother the car (1965) où, par magie, l’âme d’une femme décédée investissait l’automobile de son fils, un avocat, qui seul pouvait l’entendre, grâce à l’autoradio. Cette série qui n’a connu qu’une saison est régulièrement mentionnée dans les listes de « pires séries télévisées de tous les temps ».
En revanche, la « voiture parlante » est régulièrement tentée par les constructeurs d’automobiles depuis 1983 au moins avec les Renault 11 « electronic » et Austin « Maestro ». Je ne sais pas s’il existe des modèles parlants antérieurs et j’ignore qui de K2000 ou de l’industrie a influencé l’autre, si tant est qu’il existe un rapport de ce genre. Le public ne semble pas totalement conquis par les voitures qui parlent, mais cela ne décourage pas certains constructeurs. La marque Austin, pionnière dans le domaine, tente à présent de doter ses modèles Mini de phrases variées est familières telles que : « Doucement sur l’accélérateur ! On économisera de l’essence », « J’ai déjà hâte qu’on reprenne la route ensemble. A bientôt ! » ou encore « Si vous aimez tant le frein à main, rendez-lui donc sa liberté ».1
Soul survivor
Huitième épisode de la seconde saison, Soul Survivor met Michael Knight aux prises avec un jeune hacker de dix-sept ans, Randy. Au début de l’épisode, Michael s’initie à l’informatique, dit-il, en jouant à Pacman — on retrouve ici une confusion très fréquente à l’époque : programmer, utiliser un ordinateur, souder un circuit imprimé ou jouer à un jeu vidéo sont une seule et même activité : savoir faire une de ses choses, c’est savoir faire toutes les autres.

En roulant, Michael fait la rencontre d’une jeune femme victime d’ennuis mécaniques sur le bord de l’autoroute : « c’est juste le delco qui était débranché », explique-t-il. La jeune femme insiste pour inviter Michael à boire un verre chez elle, et ce dernier ne se fait pas prier. Elle lui passe un disque : « c’est de la musique européenne », dit-elle en s’obstruant les oreilles avec des boules Quiès alors que Michael regarde ailleurs. La musique émet des ondes subliminales qui rendent Michael faible, jusqu’à l’évanouissement (on pensera à la célèbre « drogue acoustique » ou « drogue Internet » qui émeut tant la presse ces temps-ci).
Une fois le héros hors d’état de nuire, le Whiz Kid Andy, muni de son joystick, peut pirater KITT, enfin il peut prendre le contrôle de sa partie mécanique, car son « cerveau » lui résiste. Lorsque Michael revient à lui, il ne trouve plus sa voiture, mais il « sent » pourtant qu’elle n’est pas loin… Au fond d’un garage, il retrouve, négligemment abandonné, un boitier clignotant : c’est l’ordinateur de KITT.

De retour à la fondation Knight, Michael fait installer KITT dans un poste de télévision transportable, ce qui lui permet de reprendre ses conversations avec son partenaire électronique. L’enquête porte rapidement sur le jeune Randy, dont on apprend qu’il est sous la coupe d’une belle femme plus âgée que lui : « avant de fréquenter cette femme, il n’avait jamais menti », explique sa mère.
Dans la chambre d’Andy, aucun indice : pas de posters au murs, pas de notes, pas de gribouillis, rien d’autre qu’un ordinateur. « C’était toute sa vie, il passait tout son temps sur cet ordinateur » explique sa mère. Michael est désemparer : où trouver des informations utiles ? « Il mettait tout sur son ordinateur, c’était sa seule passion », insiste la mère. Michael quitte alors le foyer de Randy, complètement désemparé : comment mener une enquête sans disposer d’indices ?
Cent kilomètres plus tard, le héros se rend enfin compte qu’il serait peut-être avisé de jeter un œil au contenu de l’ordinateur, ce qui lui permet d’effectuer un virage impulsif à sa manière. Comme on l’a déjà vu, Michael est nettement plus doué pour donner des coups de volant que pour réfléchir.

Sur l’ordinateur, se trouvent des jeux, des devoirs, et puis un mystérieux fichier nommé Orpheus. Michael et KITT finissent par retrouver la méchante Adrianne Margeaux, qui s’avère avoir été la maîtresse d’un membre de la fondation Knight qui justement fait voyager sa précieuse collection d’art dans le coin au même moment. Tout s’éclaire : Adrianne veut mettre la main sur les millions que représentent la collection et compte le faire à l’aide de Randy et de l’automobile. Randy commence à comprendre qu’il est en train de participer à des opérations suspectes tandis qu’Adrianne fait savoir à Michael que le jeune homme est entre ses mains, qu’elle le fera assassiner si on tente de contrecarrer ses plans. Ce qui ne l’empêchera pas d’aller en prison à la fin de l’épisode. le « cerveau » de KITT réintègre son enveloppe naturelle, la Pontiac Trans Am noire.
Ce que je trouve vraiment savoureux dans Soul Survivor, c’est l’épilogue : Michael conseille à Randy de ne pas passer toutes ses journées devant son ordinateur, et lui offre même le remède à sa mauvaise hygiène de vie : la télévision.
A good Knight’s work
Épisode 18 de la seconde saison. Victime d’un choc sur la tête, Michael a oublié tout de qui lui est arrivé depuis qu’il a changé d’identité. Il croit toujours être Michael Long et ne comprend pas pourquoi il a un nouveau visage ni pourquoi une voiture le suit partout et l’appelle par son prénom.
La perte de mémoire du héros est une situation assez habituelle dans ce genre de série et l’épisode n’a pas grand intérêt si l’on excepte le fait que le méchant, un révolutionnaire collectiviste qui compte vendre une arme secrète à un pays du moyen-orient (déjà !), se trouve être artiste de profession, ce qui est l’occasion d’une discussion entre Michael et KITT au sujet de l’art contemporain. L’automobile est révoltée par le manque d’intérêt des œuvres :
– « This place doesn’t look like an art studio, it looks more like an industrial accident »
– « We’re not here to critique the work »
– « Whatever happened to the sensual lines of Henry Moore ? Or the clean whimsy of a Calder ? Michael I ask you : is nothing sacred ? It is grotestque and absolutely humiliating »
– « I kind of like it »2
Et lorsque Michael détruit accidentellement une sculpture en y projetant un assaillant, KITT se permet une pique humoristique : « Thank you michael. You’ve improved it immensely »3.

Cette conversation inattendue sur la qualité esthétique de travaux artistique rappelle une fois de plus 2001, l’Odyssée de l’espace, lorsque Hal parle de ses dessins avec David Bowman et le félicite de ses progrès : « I think you’ve improved a great deal ». Il est difficile de croire que les rapprochements entre K2000 et 2001 relèvent du hasard tant les clins d’œil sont nombreux. Ici, le « méchant » de l’histoire (l’artiste) se nomme Frank Poole, qui est aussi le nom de la première victime de HAL dans 2001.
Knightmares
Épisode 10 de la seconde saison. Sans grande saveur non plus, mais on y remarquera encore une citation assez évidente de 2001 : KITT est désactivé de force. Les lumières de son tableau de bord s’éteignent alors une à une pendant que sa voix ralentit.
On pense ici à la scène où David Bowman désactive Hal9000, dont les modules de mémoire s’éteignent un a un et dont la voix se met à ralentir, jusqu’à se perdre complètement.
La postérité de K2000
Les scénarios de Knight Rider sont assez télescopés et il n’est pas rare qu’un des protagonistes du récit agisse comme s’il avait connaissance d’une conversation tenue par d’autres et que, théoriquement, seuls les spectateurs et les scénaristes peuvent connaître. La psychologie des différents personnages est assez sommaire, les méchants ricanent et grimacent pour qu’on sache que ce sont du méchants, à l’exception de ceux qui commettent de mauvaises actions non par goût du vice mais parce qu’ils y sont forcés pour quelque raison : eux finiront toujours par se repentir.
L’ensemble ne vole donc pas haut et les trouvailles intéressantes sont rarissimes — la bande de lumière rouge qui se trouvent sur le capot de KITT est sans doute l’unique bonne idée visuelle de la série. Pourtant, Knight Rider a beaucoup marqué ses spectateurs et a inspiré une quantité d’œuvres comparables qui mettaient en scène des véhicules de science-fiction : les hélicoptère de Blue Thunder (1984) et Airwolf (1984), la moto de Street Hawk (1985), le camion de Highwayman (1987) et l’automobile de Viper (1994)4.

Aucun producteur de ces séries n’a retenu l’idée d’un véhicules « pensant ». Dans la foulée du succès de Knight Rider, Glenn A. Larson s’est cependant essayé une autre fois à créer un personnage à intelligence artificielle avec la série Automan (1983), inspirée par Tron, et dont nous avons déjà parlé.
La série originelle de 1982 a été suivie de plusieurs téléfilms — Knight Rider 2000 (1991), Knight Rider 2010 (1994), Knight Rider (2008) —, et de deux séries — Team Knight Rider (1997) et Knight Rider (2008). Plusieurs adaptations au cinéma ont été annoncées par le passé, sans aboutir jusqu’ici. Un film est en tout cas annoncé pour l’année 2012.
- Tom’s Guide, La voiture du futur, septembre 2009. [↩]
- Cet endroit ne ressemble pas à un atelier d’artiste, on dirait plutôt un accident industriel – nous ne sommes pas là pour critiquer le travail – qu’est-ce qui est arrivé aux lignes sensuelles d’Henry Moore ? Ou à la fantaisie de Calder ? Michael, je te le demande : est-ce que rien n’est sacré ? Je trouve ça grotesque et humilant – Moi j’aime plutôt. [↩]
- Merci, Michael, tu l’a immensément amélioré. [↩]
- De toutes ces mauvaises séries, ma préférence va à Airwolf, en français Supercopter, car ses personnages principaux ont un peu plus d’épaisseur que ceux des séries habituelles au genre et à l’époque. [↩]
Une vieille intuition personnelle (que bien d’autres que moi ont sans doute eue, j’ai chaque fois l’affreuse sensation de réinventer l’eau tiède lorsque j’en parle), est que de nombreux sujets — notamment des groupes humains : nations, ethnies, corps professionnels, etc. —, ont deux existences concurrentes, une existence réelle, constituée d’une multitude de faits, et une existence fictionnelle, constituée d’une multitude de récits, que, à la suite de Thierry Smolderen























Le cinéma italien de science fiction n’a pas très bonne réputation. Il est essentiellement composé de séries Z qui tentent de recréer, sans y ajouter grand chose en général, des succès étrangers : Mad Max, Alien et Escape From New York, notamment — autant de films qui ont l’immense avantage de pouvoir être pastichés sans grand budget. Pour l’essentiel, cette production est faite de Star Wars plein de vampires en carton-pâte et en papier crépon, de The Day The earth stood still mâtinés de Créature du lagon noir prétextes à dénuder de belles actrices italiennes au pseudonyme anglo-saxon, et d’impossibles histoires de cow-boys ou de gladiateurs de l’espace servant à recycler les décors et les costumes d’autres productions. Certains films se détachent du lot, comme Caltoko il mostro immortale (1959) et Terrore nello spazio (1965), de Mario Bava, ou plus près de nous, l’ambitieux conte cyberpunk 








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