Enslaved: Odyssey to the west

Enslaved: Odyssey to the west est un joli jeu vidéo post-apocalyptique sorti en 2010, développé par le studio Ninja Theory et édité par Namco/Bandai pour plate-formes Xbox 360 et PS3.

Le scénario s’inspire du Voyage en Occident, de Wu Cheng’en, classique de la littérature médiévale chinoise qui a entre autres inspiré le manga Dragon Ball.
L’action se déroule dans un monde de ruines où les rares humains survivants, revenus à un état tribal, doivent se battre contre des robots guerriers que les conflits militaires dévastateurs ont laissé derrière eux.

Les concepteurs du jeu ont défini une chronologie précise du futur, depuis la période contemporaine jusqu’à l’année 2128. Je trouve intéressant de la reproduire ici :

2017 : L’économie mondiale souffre des suites d’un effondrement des marchés financiers dû à des problèmes de production de nourriture.
2026 : L’utilisation des bio-carburants, le désastre climatique né du réchauffement global et la montée des eaux provoquent des problèmes agricoles et des tensions entre les pays.
2032 : Les réserves de nourriture ne sont pas suffisantes pour ravitailler tout le monde et la famine frappe de nombreux pays, à commencer par les plus pauvres.

2035 : La troisième guerre mondiale commence. En cherchant à améliorer la situation, les forces de l’Otan s’immiscent dans les conflits du moyen-orient, ce qui aboutit au début d’une guerre globale.
2040 : Les pays les plus pauvres s’engagent dans la voie de la guerre biologique, face aux progrès de l’armement high-tech dans les pays riches. Le massacre mondial qui en résulte causera la disparition des trois quarts de la population du globe.
2042 : Début des guerres asiatiques, dues au déficit de terres arables.
2042 : New York est évacuée du fait de menaces d’utilisation d’armes chimiques.
Certains refusent de quitter leur logis.
2052 : La guerre s’étend à la Russie et à aux derniers pays asiatiques épargnés jusque lors. Le conflit se divise en trois camps opposés.

2053 : San Francisco est détruite par une attaque venue d’Asie.
2065 : De nombreux pays produisent des robots guerriers.
2066 : Les redoutables robots de type « Titan » et « Leviathan » commencent à être produits.
2070 : Les pays les plus riches mettent au point des traitements génétiques pour résister aux armes biologiques. Cela conduit à de profondes modifications du génome humain.
2076 : Un traité de paix est signé par les super-puissances, ouvrant la voie à une ère de paix.

2078 : Subissant une baisse de ressources, notamment pétrolières, l’économie du Canada s’effondre. Pour ne rien arranger, une bonne partie de l’Amérique du nord est victime d’innondations océaniques massives.
2082
 : En Chine, on découvre un procédé de stockage énergétique nouveau, qui permet de créer des machines plus efficaces, notamment des robots.
2089
 : une seconde génération de robots « Titan » et « Leviathan » est crée.

2085 : La quatrième guerre mondiale commence, dans le but de de prendre à l’Asie ses ressources énergétiques nouvelles
2095 : Invention des robots « beast », construits par des usines autonomes et basés sur des créatures biologiques sur le modèle d’animaux prédateurs.
2103 : Désastre écologique. Les robots utilisent tous les moyens dont ils disposent, y compris l’arme atomique, pour remporter la victoire. Quasiment toute la population humaine disparaît.
2110 : La guerre s’achève avec la destruction de la plupart des « Titans » lors de la « bataille des grandes plaines ».

2112 : L’espèce humaine se regroupe en tribus dirigées par des chefs de guerre qui se battent pour le contrôle de leurs territoires.
2115 : Des rumeurs circulent sur l’existence d’une mystérieuse pyramide qui avale des groupes de personnes.
2128 : C’est l’année où se déroule le jeu. L’homme-singe « Monkey » et la jolie rousse « Trip » sont capturés par un vaisseau esclavagiste géant…

L’univers et ses personnages d’Enslaved ont aussi servi de prétexte à la production de comic-books publiés par les éditions Marvel :

J’ai pu essayer ce jeu pendant une petite heure à l’espace vidéoludique de la Gaîté Lyrique. Il m’a semblé assez facile et agréable à manier, mais comme je ne suis pas un grand joueur, je suppose que cela signifie qu’il est trop facile, ce qui explique qu’il n’ait pas eu un très grand succès, malgré ses beaux décors de ruines envahies par la végétation.

Publié dans Archéologie du futur, Jeux, Le retour de la nature, Ruines, Survivre | Laisser un commentaire

Les bords du monde

Trouvé sur le blog de Reynald Drouhin, les « fins du monde » de l’artiste Robert Overweg, qui photographie les mondes virtuels.

Dans cette série, le terme « fin du monde » est à comprendre comme « le lieu où le monde se termine », une fin en trois dimensions, et non en quatre.

L’image ci-dessus est issue du jeu Left 4 dead 2

À nouveau Left 4 dead 2

Half Life 2

Modern Warfare 2

Modern Warfare 2

Tout cela me rappelle une image de Passé Virtuel (The Thirteen floor, 1999), film adapté du roman de Daniel F. Galouye Simulacron 3 (1963). Un des protagonistes du récit découvre qu’il appartient à une simulation informatique, car en atteignant les limites de sa ville, il découvre des parties qui n’ont pas été modélisées :

L’idée est aussi présente dans La mémoire double, roman écrit par les frères Bogdanoff (et sans doute partiellement inspirée par Simulacron 3) en 1984.

On pense aussi aux modèles cosmologiques anciens qui affirmaient que la terre est plate et est finie, idée exploitée avec humour par Terry Jones dans Erik le Viking (1989)…

…Mais aussi par un autre membre des Monty Python, Terry Gilliam, dans The Crimson Permanent Assurance (1983), court-métrage qui précède le film Le Sens de la vie, et où l’irrésistible progression d’une petite société d’assurances partie à l’assaut des marchés financiers internationaux (où elle sème un chaos apocalyptique) est stoppée brutalement par une chute aux bord du monde.

En effet, nous explique le commentaire, « certaines théories modernes sur la forme de la terre se sont révélées désastreusement erronées ».

Publié dans Fin du monde, Jeux | 8 commentaires

Au rayon 2012

La venue de l’an 2000 avait suscité beaucoup de publications (y compris au rayon informatique, avec le très populaire « bug de l’an 2000 »), mais je ne me souviens pas avoir vu des rayons de librairie sobrement nommés « 2000 ».
Cela se rencontre avec l’année 2012.

La célèbre prophétie Maya qui situe la fin du monde en 2012, popularisée par José Argüelles (Le facteur maya, 1987) et quelques autres, est donc devenue un rayon de librairie à part entière (ci-dessus, le rayon en question dans une grande surface Cultura), situé entre les ouvrages de « développement personnel » et ceux qui veulent nous convaincre de l’existence des anges gardiens (sans vraiment expliquer les défaillances de ces derniers dans certains milieux sociaux, pays, ou dans certaines situations politiques précises).
Je suppose que ce rayon 2012 va être amené à augmenter en volume au cours de l’année.

On y trouve de tout : du martien, de l’accident cosmologique, des chutes de météorites, des collisions avec des planètes cachées, le retour du Christ, et que sais-je encore. C’est la particularité de cette fin du monde-là, à mon avis : l’instant fait consensus et tout un secteur de l’édition s’y est opportunément engagée, mais les modalités de ce qui est censé arriver diffèrent beaucoup d’un auteur à l’autre.

On commence à voir fleurir des ouvrages plus critiques : Alain Cirou (Ciel et Espace) nous dit que « la fin du monde n’aura pas lieu » et Pascal Bruckner s’insurge des menaces de désastre qui sont brandies par les écologistes dans le but de sensibiliser au tri sélectif ou aux énergies propres (curieux d’en connaître l’argumentation, j’ai acheté ce livre mais pas encore lu).
On remarque que le livre d’Alain Cirou nous rassure par son titre tout en appâtant le chaland par une couverture cataclysmique : la fin du monde n’aura pas lieu, mais cette nouvelle rassurante est moins vendeuse, moins apte à faire ressentir un petit frisson au lecteur, que la promesse visuelle du désastre.

Pas étonnant que la fiction — la science-fiction — exploite ce thème aussi.
On trouve en ce moment des dizaines de livres différents sur le thème, avec une nette prédilection, me semble-t-il, pour les histoires de zombies.

Je n’ai repéré qu’un seul « beau livre » pour l’instant, Le dernier jours des dinosaures, par Igor et Grichka Bogdanov (et, surtout, même si son nom est écrit en petit, par l’illustrateur Laurent Charlatte), qui présente des fins du monde passées, en recourant à des scènes à l’esthétique spectaculaire où les évènements surviennent de manière brutale et cinématographique. Le propos du livre est, me semble-t-il, de dire que si cela a déjà eu lieu, alors cela arrivera à nouveau, notre monde connaîtra des désastres identiques dans le futur. Nous sommes donc toujours dans le sujet.

Publié dans Actualité, Lecture, Mayas | Laisser un commentaire

La tornade de Joplin, Missouri, par Aaron Fuhrman

Le 22 mai 2011, une tornade a ravagé la ville de Joplin, dans le Missouri, faisant au moins 160 morts, détruisant 8000 maisons et 18000 automobiles.
Le photographe Aaron Fuhrman y a réalisé une quantité de photographies

Grâce à Google Street View, on peut comparer une rue avant la catastrophe…

…À ce qu’elle est devenue après le passage d’une tornade de catégorie F5, dont les vents ont dépassé les 400 km/h.

Les tornades de catégorie F5 sont les plus ravageuses qu’on ait observé jusqu’ici, mais des modèles théoriques prévoient la possibilité de tornades plus puissantes encore, dont les vents pourraient dépasser 500 km/h, voire atteindre la vitesse du son. C’est le genre de phénomène météorologique que poursuivent les « chasseurs d’orages » du roman Gros temps (Heavy Weather), par Bruce Sterling.

Publié dans Actualité, Catastrophe, Ce qui tombe du ciel | 2 commentaires

Monsù Desiderio (première moitié du XVIIe siècle)

Monsù Desiderio (« monsieur Didier ») est le nom d’un duo de peintres lorrains (Didier Barra et François de Nomé), nés vers 1590 et tous deux installés à Naples. Ils ont été très prolifiques mais on sait très peu de choses sur eux. Certains soupçonnent l’existence d’un troisième peintre.
Spécialisés dans la réalisation de capricci, ils ont produit de nombreuses peintures de ruines, mais ont aussi représenté des instantanés de catastrophes : incendies, éruptions, ou effondrements architecturaux représentés « sur le vif ». C’est notamment le cas des peintures de François de Nomé, c’est à dire celui qui n’était pas « monsieur Didier ».

Leurs peintures ont parfois un prétexte mythologique ou religieux (Babylone, Troie ou la légende dorée), mais ce n’est pas une règle. Avide de pedigree, André Breton voyait en Monsù Desiderio un travail précurseur du surréalisme1. Ayant noté une concordance de calendrier, le philosophe médiatique Michel Onfray y voit l’expression de l’effondrement des certitudes du catholicisme face à la vigueur de la Réforme luthérienne et de la contre-réforme catholique2.

(merci à Manuela de m’avoir rappelé ces artistes dont j’oublie toujours le nom)

  1. A. Breton & G. Legrand, L’Art magique, Paris, éd. Club français du livre, 1957. []
  2. Michel Onfray, Métaphysique des ruines : La Peinture de Monsù Desiderio, éd. Mollat, 1995.  []
Publié dans Art, Ruines | 3 commentaires

Hubert Robert (1733-1808)

Bien que n’ayant pas été prix de Rome, Hubert Robert (1733-1808) a effectué un long séjour en Italie, où son père était ambassadeur de France. Ayant visité les fouilles de Pompéi, il s’est passionné pour la qualité esthétique des ruines.

L’artiste aimait notamment télescoper les époques : on voit des lavandières ou des paysans installés parmi des bâtiments témoignant de la grandeur passée de Rome. La ruine est à la fois le témoin du passé et la preuve anachronique de la vanité de la puissance.

Le tableau suivant est particulièrement intéressant. Il s’agit d’une vue imaginaire de la grande galerie du Palais du Louvre, qui était alors en cours d’aménagement, tel qu’il pourrait devenir après des siècles d’abandon. Ce cappricio (paysage de fantaisie) relève, avant la lettre, de la science-fiction :

Le travail d’Hubert Robert sur la qualité poétique des ruines a notamment marqué Denis Diderot (cf. le Salon de 1767, où Diderot reproche tout de même à Hubert Robert de mettre bien trop de personnages dans ses ruines, qu’il aimerait exclusivement dédiées « à la solitude et au silence ») et participé à la mode de la « ruine romantique » qui a tant inspiré des poètes tels que Stendhal, Hugo, Chateaubriand ou Lamartine un demi-siècle plus tard. Marcel Proust, lui aussi, appréciait beaucoup les ruines d’Hubert Robert.
Peut-être a-t-il aussi inspiré les premiers récits de science-fiction tels que Le dernier homme (1805), par Jean-Baptiste Cousin de Grainville.

Publié dans Art, Ruines | Laisser un commentaire

Diderot et les ruines

Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s’anéantit, tout périt, tout passe. Il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure. Qu’il est vieux ce monde! Je marche entre deux éternités. De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m’entourent m’annoncent une fin, et me résignent à celle qui m’attend. Qu’est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de celle de ce rocher qui s’affaisse, de ce vallon qui se creuse, de cette forêt qui chancele, de ces masses suspendues au-dessus de ma tête, et qui s’ébranlent ? Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière ; et je ne veux pas mourir ! et j’envie un faible tissu de fibres et de chair à une loi générale qui s’exécute sur le bronze ! Un torrent entraîne les nations les unes sur les autres, au fond d’un abîme commun; moi, moi seul, je prétends m’arrêter sur le bord, et fendre le flot qui coule à mes côtés !

Hubert Robert, "le port de Ripetta à Rome", 1766

Si le lieu d’une ruine est périlleux, je frémis. Si je m’y promets le secret et la sécurité, je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi. C’est là que j’appelle mon ami. C’est là que je regrette mon amie. C’est là que nous jouirons de nous sans trouble, sans témoins, sans importuns, sans jaloux. C’est là que je sonde mon cœur. C’est là que j’interroge le sien, que je m’alarme et me rassure. De ce lien, jusqu’aux habitants des villes, jusqu’aux demeures du tumulte, au séjour de l’intérêt des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des erreurs, il y a loin.
Si mon âme est prévenue d’un sentiment tendre, je m’y livrerai sans gêne. Si mon cœur est calme, je goûterai toute la douceur de son repos.
Dans cet asile désert, solitaire et vaste, je n’entends rien, j’ai rompu avec tous les embarras de la vie. Personne ne me presse et ne m’écoute. Je puis me parler tout haut, m’affliger verser des larmes sans contrainte.
Sous ces arcades obscures, la pudeur serait moins forte dans une femme honnête ; l’entreprise d’un amant tendre et timide, plus vive et plus courageuse. Nous aimons, sans nous en douter, tout ce qui nous livre à nos penchants, nous séduit, et excuse notre faiblesse.

(Denis Diderot, Salon de 1767, à propos d’Hubert Robert)

Publié dans Ruines | Laisser un commentaire

Le calendrier Maya

Un dessin de Dan Piraro (Bizarro) sur la très populaire date du 21 décembre 2012 comme fin du monde.
« Je n’ai eu de la place que jusqu’en 2012 »
« Ha ! Ça effraiera quelqu’un un jour »

Effectivement, les prédictions qui concernent cette date s’appuient sur un calendrier Maya d’une très grande précision, qui s’interrompt au solstice d’hiver 2012. Mais comme l’a si bien écrit Alfred Korzybski, « la carte n’est pas le territoire », et donc, l’histoire ne s’arrête pas aux limites des calendriers.

(merci melanielelapin pour la trouvaille)

Publié dans Actualité, Fin du monde, Mayas | Laisser un commentaire

Les derniers jours du monde

L’histoire commence à Biarritz que Robinson (Mathieu Amalric) se refuse à quitter malgré l’atmosphère plutôt malsaine qui y règne. On ne sait pas bien ce qui se passe au juste : il y a une guerre, vraisemblablement mondiale, l’eau et l’air semblent déjà très pollués, sans doute même radioactifs, des gens tombent régulièrement raide-morts, des pluies de cendres infestent l’air, la terre tremble, des alarmes retentissent et des gens en combinaison font des analyses.

Robinson est isolé : ses parents ont disparu en mer quelques mois plus tôt, sa femme (Karin Viard) l’a quitté, sa fille vit sa vie, son meilleur ami Teo (Sergi Lopez) n’est plus là non plus, il est donc seul à ruminer une amourette pour une jeune femme, Laëticia (Omahyra Mota), qui est sortie de sa vie aussi brusquement qu’elle y était entrée et qui fréquente des gens plutôt louches — on la supposera call-girl de luxe — à qui Robinson doit d’avoir perdu un avant-bras.

Dans un monde qui s’effondre littéralement mais qui conserve une étrange atmosphère de retour de vacances (le choix de Biarritz comme point de départ est à ce titre génial, puisque cette ville a été créée et n’existe que comme lieu de vacances), Robinson croise un a un les gens qui comptent dans sa vie : sa fille qui veut le sauver, Teo, et enfin son épouse. Il forme un temps un couple avec une papetière qui a été la maîtresse de son père. Son odyssée le mène à Pampelune, à Saragosse, dans des petites routes pyrénéennes, à Toulouse, dans un village du Lot, et enfin à Paris.

Contemplatif, assez passif face au désir sexuel qu’il inspire, Robinson semble n’avoir qu’une idée en tête : retrouver Laëticia.
Le film réalise un numéro d’équilibriste assez réussi entre deux registres : la métaphore du paysage mental d’un homme amoureux, qui donne sa forme au paysage tout court (nostalgie, lieux de vacances, mais aussi délitement généralisé), et la description efficace de l’atmosphère de désorganisation et de laisser-aller qui saisirait un monde qui vit ses derniers jours.

Certains deviennent subitement égoïstes et abandonnent femme et enfants, d’autres continuent leur activité de manière mécanique (l’argent a toujours cours), mais peu à peu les centre-ville se désertent, des gens se suicident ou s’assassinent,… L’État, complètement dépassé par les évènements, fait semblant d’organiser les choses, et constitue un discret élément comique du film qui sur ce point rappelle beaucoup les récits de la débâcle de 1940. Le film contient énormément de passages humoristiques ou d’anecdotes incongrues.

Parmi les bonnes anecdotes, il y a le destin d’une « élite » de survivants qui ont planifié se terrer six mois dans un abri anti-atomique. Robinson est invité au château où tous se sont réunis. À l’entrée, on lui fournit un costume : tenue chic exigée. Mais à l’intérieur, tous se prêtent à une orgie morne et sordide. Assommé par un des convives, Robinson se réveille dans le château, entouré de cadavres : tous s’étaient fait fournir un cocktail bleu empoisonné par les domestiques du château, bien décidés à utiliser l’abri pour assurer leur propre survie, eux à qui personne n’aurait pensé et dont il semblait naturel à tous qu’ils continuent à être des serviteurs, en pleine apocalypse.

Les derniers jours du monde, sorti en 2009, est l’adaptation d’un roman du même titre et de Amour noir, tous deux écrits par Dominique Noguez. J’ignore ce que valent les livres, mais le film est à mon goût une franche réussite, quoiqu’il soit un peu long et affligé d’un petit défaut de casting : on ne croit pas trop à l’amour éperdu de Robinson pour Laëticia, dont les dialogues assez faibles et le physique de mannequin androgyne n’inspirent pas grand chose, et qui est suffisamment dénuée de féminité pour que l’on soit indifférent à sa nudité, très fréquente tout au long du récit.

Publié dans Fin du monde, Plus rien ne compte | 12 commentaires

Sélection

Une petite sélection de DVDs pour l’atelier « fins du monde »… Je n’ai pas encore tout retrouvé, il manque même quelques bons films, comme Les derniers jours du monde, Docteur Folamour et Wall-E.

On verra de quoi les étudiants seront curieux (on ne va pas tout regarder).

Publié dans Fin du monde | 6 commentaires

Escape from L.A.

Difficile de donner une suite à un film « culte » tel que New York 1997 (1981), mais John Carpenter s’en est plutôt bien tiré avec Escape From L.A. (en France : Los Angeles 2013), sorti en 1996.

Attention, je raconte le film

À première vue, il ne s’agit que d’un remake du film précédent, puisque le scénario est, mutatis mutandis, identique : héros déchu, Snake Plissken doit se rendre dans une zone carcérale géante (cette fois, Los Angeles, devenue une île à la suite d’un séisme majeur) pour y récupérer non plus un président, mais sa fille, qui a emmené avec elle une mallette contenant un objet stratégique. Comme dans le film précédent, il sera amené dans une arène pour être exécuté dans une parodie de jeux romains et comme dans le film précédent, il sera blessé d’un coup de feu à la jambe — c’est dire à quel point les similitudes sont nombreuses.

Pendant la campagne présidentielle, un candidat ultra-religieux, a prédit que, en l’an 2000, la ville de Los Angeles, cité du péché, serait détruite par une punition divine. Et effectivement, en 2000, un séisme d’une magnitude de 9,6 détruit une partie de la ville et fait disparaître la San Fernando Valley, devenue « mer San Fernando ».
Le candidat-prophète se voit alors investi des pleins pouvoirs et devient président à vie. La capitale du pays n’est plus Washington mais sa ville natale, Lynchburg, en Virginie.
Il décrète que ce qui reste de Los Angeles devient un lieu d’exil définitif pour toutes les personnes qui ont refusé la rédemption par la chaise électrique alors qu’ils n’ont plus leur place dans son Amérique « morale » : criminels, prostituées, mais aussi athées.

La fille du président des États-Unis, dont les opinions politiques sont à l’opposé de celles de son père, s’est réfugiée à Los Angeles où elle a apporté une mystérieuse mallette à Cuervo Jones, redoutable chef de gang déguisé en Che Guevara et qu’elle a connu dans un monde virtuel.
La malette contient en fait l’arme la plus puissante de la terre, une télécommande de satellites qui permet de perturber les appareils électriques n’importe où dans le monde, avec une précision extrême, grâce à une impulsion électromagnétique (cf. définitions).

Snake Plissken est réquisitionné, à nouveau contre son gré. Cette fois, on ne le menace pas avec une capsule de poison censée s’ouvrir à une heure précise, mais avec du Plutoxin 7, un virus créé artificiellement. Si il n’est pas soigné dans les dix heures après le début de l’infection, il mourra. Plissken essaie d’étrangler le président, qui était venu lui expliquer tout ça, mais cela s’avère impossible : l’homme n’est pas présent dans la pièce mais représenté par un hologramme, tout comme le commandant Malloy, qui dirige l’enceinte de confinement de Los Angeles. Avant son départ on explique à Plissken qu’il doit, au passage, tuer la fille du président, à la demande de ce dernier.

Envoyé à l’aide d’un sous-marin/torpille, le guerrier borgne débarque à Los Angeles. Il y fait la connaissance d’un surfer qui attend le tsunami, de Taslima, une musulmane envoyée en exil lorsque sa religion a été interdite, et enfin du guide des stars Eddie (le toujours excellent Steve Buscemi). À peine arrivé, Plissken est capturé, avec Taslima, par le personnel de la clinique de chirurgie esthétique de Beverley Hills, où l’on veut lui prendre son œil valide. Cette clinique délirante est un bon indice de ce que le film sert notamment à railler le monde hollywoodien. De nombreux détails nous ramènent à l’histoire américaine récente : lutte contre le tabac, affaire Rodney King,…

Enfin, Snake Plissken trouve Cuervo, mais aussi Utopia, la fille du président. Il est capturé. Cuervo affirme défendre le tiers-monde et les opprimés de la théocratie américaine, mais il ne vaut pas mieux que ses ennemis, ce qu’a rapidement compris la malheureuse Utopia, devenue l’animal de compagnie de cet homme assoiffé de pouvoir. Assisté par un informaticien, Cuervo contrôle les satellites et annonce par voie de télévision son intention de les utiliser. Le président décide de rayer Los Angeles de la carte, mais on lui fait comprendre que ça ne fonctionnera pas, car Cuervo a désormais le pouvoir de faire tomber en panne n’importe quel appareil, avion compris.

De son côté, Plissken est utilisé comme attraction. Dans un stade rempli de renégats, on lui confie un ballon de basket et l’obligation de marquer un panier toutes les dix secondes. S’il n’y arrive pas, il sera exécuté. Mais Snake est très fort et réussit l’exploit que personne d’autre n’avait réussi avant lui. Il est acclamé par la foule, alors Cuervo se saisit d’un fusil à lunette est essaie d’abattre le héros. Utopia et une secousse sismique parviennent à gêner le tireur et Snake s’enfuit. Dans la confusion qui règne, il parvient même à emmener avec lui la valise stratégique et la fille du président, mais pas pour longtemps car Eddie le guide des stars, fidèle à Cuervo, le dépossède et lui tire une balle dans la cuisse.

Snake, laissé pour mort, est emmené par le courant des égouts et retrouve le surfer qu’il avait rencontré en arrivant. Celui-ci lui annonce qu’un tsunami arrive et lui propose de surfer avec lui, ce qui permet à Plissken de rattrapper Eddie le guide des stars et de le forcer à lui présenter la pire ennemie de Cuervo, Hershe Las Palmas (Pam Grier), un transsexuel qui s’avère avoir été Carjack Malone, un ancien associé de Plissken avec qui ce dernier à un compte à régler. Finalement, Hershe et sa bande s’associent à Plissken pour aller combattre Cuervo. Ils y parviennent à l’aide d’ailes volantes et s’enfuient dans un hélicoptère, mais une roquette envoyée par Cuervo fait tomber Eddie et tue Hershe et ses compagnons. Ne restent plus qu’Utopia et Plissken.

Avant que son hélicoptère ne s’écrase, Plissken en éjecte Utopia, car il sait qu’elle se fera assassiner par son père sinon. Il prend soin de glisser sur elle, à son insu, le module de commande des satellites. Lorsqu’il se présente devant le président des États-Unis, Plissken n’a plus que deux secondes de temps à vivre, puis une, puis zéro,… Mais il ne meurt pas : le virus n’est en fait qu’une sorte de grippe. Alors que le président s’apprête à prendre le module de commande à Plissken, sa fille est découverte, détentrice du bon module de commande. Enfin c’est ce qu’il croit car lorsqu’il s’en sert pour neutraliser les navires cubains qui approchent de Miami dans l’attention d’attaquer les États-Unis, il découvre que le module est en fait le guide touristique vocal d’Eddie.

Le président ordonne l’exécution de sa fille sur une chaise électrique et demande qu’on fusille Plissken, sous le regard des caméras. Mais surprise, Plissken n’est pas atteint par les balles, et pour cause, il ne se toruve pas là où l’on croit, c’est un hologramme qui parle à sa place. Il explique qu’il va saisir le code 666 sur le module de commande, ce qui provoquera l’extinction de tous les appareils électroniques de la terre. « Si tu appuies sur ce bouton, nous perdrons tout ce qui a été accompli en cinq cent ans », lui dit le commandant Malloy… Et Plissken appuie sur le bouton, les satellites se mettent en branle et la terre entière se retrouve « éteinte ».
Dans le noir, la voix de Plissken résume : « Welcome to the human race ».

Cette fin un peu « luddite », qui semble affirmer que la technologie éloigne l’homme de sa véritable nature, est plutôt savoureuse et peut faire réfléchir à ce qui se passe ensuite : plus rien d’électrique ne fonctionne, et après, que devenons-nous ? Le film contient de nombreux éléments bouffons (les surfers, les chirurgiens esthétiques, le basket ball,…) mais on s’étonnera rétrospectivement de sa prescience puisqu’il annonçait avec quatre ans d’avance l’élection d’un président ultra-religieux, que l’on voit même à un moment s’enfuir en disant « je dois aller prier », ce qui rappellera les pratiques de prières gouvernementales sous l’administration Bush. Il évoque aussi la mise au ban des athées et des musulmans ou encore la revanche du tiers-monde contre les États-Unis.

En mixant Los Angeles 2013 et Starship Troopers (Paul Verhoeven), sorti peu après, on obtient un portrait prémonitoire assez convaincant des années Bush. Ces deux films fonctionnent un peu comme l’oracle des Sybilles ou de la Pythie : ce n’est qu’une fois la prédiction réalisée que l’on est en mesure d’en saisir toute la pertinence.

Publié dans Empêcher la fin du monde | 2 commentaires