Projet Eden

Une publicité vue sur le site de la chaîne Canal+ mène au site http://www.projeteden.com, où l’on lit « la fin du monde est proche ». En fouillant le site, on peut lire que le monde est surpeuplé, sur-exploité, pollué, et même toxique au point que l’expérance de vie humaine a gravement chuté.

On ignore en quelle année cela se passe, mais c’est bien entendu une prédiction et non des faits actuels.
Une seconde page nous offre une solution : laisser tomber la terre pour un autre monde, idéalement pur de toute pollution, mais comportant des risques – le pictogramme qui le signale représente un tyrannosaure.

Je suppose qu’il s’agit d’une publicité pour Terra Nova, non pas le « think tank » politique que l’on dit lié à Dominique Strauss-Kahn mais la série produite par Steven Spielberg, dans laquelle nos futurs descendants choisissent, pour échapper à leur planète devenue invivable, d’aller vivre dans une terre préhistorique.

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Melancholia

(attention, je raconte toute l’histoire, mais je n’ai pas de scrupules à le faire car la fin est connue dès la séquence d’introduction)

Melancholia s’ouvre sur des images prémonitoires au ralenti : feux de saint-Elme, aurores boréales,… On ignore ce qu’il se passe précisément mais il se passe quelque chose, le temps est arrêté et rien ne semble normal.
Et puis on voit une planète entrer en collision avec une autre : voilà, c’est la fin du monde.

Le récit revient en arrière, avec une amusante séquence pendant laquelle une limousine géante ne parvient pas à circuler dans des chemins de campagne. Les époux doivent terminer leur route à pied et atteignent le château où les attendent leurs invités. L’action ne quittera jamais cette bâtisse et son parc, un terrain de golf. 

La jeune mariée, Justine (Kirsten Dunst), n’arrive pas à profiter de la somptueuse fête de son mariage où tout le monde, à commencer par sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg) et son beau-frère John (Kiefer Sutherland), à qui appartient le château, semble plus attaché qu’elle à ce que tout se passe bien.

Les personnages sont tout de même agités de beaucoup d’arrières-pensées : argent, travail, vieux contentieux familiaux (les parents de Justine s’affrontent en public), on ne sait pas au juste pourquoi tout ce petit monde veut tant que Justine se marie, semble attendre tant de choses d’elle, d’autant que son époux, très épris mais un peu fade, ne semble inspirer d’intérêt à personne. Ce mariage de cauchemar occupe une moitié du film. Au cours de cette soirée, Justine a remarqué un astre étrange…

Un certain temps après, des semaines, peut-être des mois plus tard, Justine revient au manoir où vivent sa sœur, son beau-frère et son neveu. Elle est en pleine dépression au point qu’il semble presque miraculeux qu’elle soit parvenue à entrer dans un taxi. La terre entière sait à présent ce qu’est l’astre qu’elle avait aperçu la nuit de son mariage : il s’agit d’une planète, baptisée Melancholia, qui fonce en direction de la terre et dont l’arrivée dans le système solaire avait été longtemps masquée par le soleil.

Les astronomes jurent qu’aucune collision ne se produira et que l’objet se contentera de nous frôler, mais sur Internet, certains proposent d’autres hypothèses : et si après son passage à proximité de la terre Mélancholia, revenait comme un boomerang, attirée par sa masse ?
Tandis que Justine semble reprendre un peu de forces et sortir de son état dépressif (qui n’a aucun lien avec la planète à la dérive), c’est sa sœur Claire qui parait affectée par les rumeurs qui accompagnent le passage de Melancholia. Quand à John, le mari de Claire, qui semblait si bien contrôler son univers, il est celui qui réagit le plus mal.

Et elle a de bonnes raisons de l’être : effectivement, toute vie disparaîtra bientôt de la terre, ainsi que le spectateur en avait été averti d’emblée. Ici pas de vaisseau pour s’échapper, comme dans When Worlds Collide, pas de scientifiques-hommes-d’action pour trouver une parade astucieuse, l’évènement cosmique se déroulera sans pitié et la seule chose qui compte, finalement, c’est de voir de quelle manière et avec qui on peut vivre la fin du monde.

Le titre du film est un indice suffisant pour que nous sachions que la fin du monde n’est pas le vrai sujet du film : c’est bien l’état psychologique de dépression, la bile noire, la mélancolie, dont il est question. Melancholia fait partie de ces films qui se prêtent à une analyse assez poussée. Les plans sont très réfléchis, de même que les interactions entre les personnages, y compris secondaires, tel l’énigmatique « wedding planner » (Udo Kier), qui semble constamment éviter Justine.

De nombreuses références parsèment le film : musique (Wagner, omniprésent), peinture (Kasimir Malevitch, que Justine remplace par Pieter Brueghel, John Millais et Carravage) mais aussi cinéma (là j’ai cru voir des allusions visuelles à L’Année dernière à Marienbad, Festen, Marnie, Shining, 2001 ou même Contact, et certainement aussi à des réalisateurs tels que Tarkovski et Antonioni à qui Lars Von Trier se réfère souvent).

Enfin, les effets spéciaux sont d’une grande qualité plastique. Tout en se démarquant complètement de ceux des films catastrophe du moment, ils tirent parti des technologies les plus à la pointe et, comme dans District 9 ou Cloverfield, marient impeccablement la caméra à l’épaule et l’inclusion d’éléments numériques. On apprend dans les bonus que la plupart de ces effets ont été réalisés dans un esprit de vraisemblance assez poussé. Par exemple, le choc entre les deux mondes a été modélisé en 3D calculée en fonction de paramètres physiques (écrasement, mouvement des plaques tectoniques), et cette séquence qui ne dure que quelques secondes à l’écran a réclamé des mois de travail.

Puisqu’il s’agit d’un film de Lars Von Trier, on y trouve plusieurs des tics de l’auteur, comme son goût pour le casting incongru (Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst en sœurs ne sont pas beaucoup plus crédibles que Catherine Deneuve en ouvrière américaine, dans Dancer in the Dark) et un mélange de réalisme (la caméra filme la scène comme si elle la découvrait) et de fausseté (dialogues, attitudes, situations,…).
L’ensemble fonctionne très bien.

Au passage, signalons que l’édition DVD contient en intégralité la conférence de presse scandaleuse où Lars Von Trier a déclaré « je comprends Hitler » et « je suis un nazi ». En visionnant cette séquence, on s’effraie de la malveillance des journalistes qui ont rapporté ces paroles au premier degré, car si l’auteur des propos s’embrouille et ne parvient pas à communiquer son propos à l’auditoire de manière très convaincante, il faut une sacrée dose de mauvaise foi pour y entendre un coming-out fasciste.

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When Worlds Collide

When Worlds Collide (Le choc des mondes) est un film américain sorti en 1951, qui est l’adaptation du roman du même nom qu’avaient publié Philip Wylie et Edwin Balmer en 1932 dans The Blue Book Magazine. C’est un des premiers classiques du récit de catastrophe planétaire et ses effets spéciaux ont énormément impressionné le public de l’époque.

Le film s’ouvre sur un plan montrant la couverture de la Bible, et sur une citation tirée de l’épisode du Déluge : « Alors Dieu dit à Noé: La fin de toute chair est arrêtée par devers moi; car ils ont rempli la terre de violence; voici, je vais les détruire avec la terre ».
Le récit commence en Afrique du Sud, dans l’observatoire de Mount Kenna (qui n’existe pas), où des scientifiques confient une mysérieuse valise noire à David Randall, un pilote d’avion. L’objet contient les preuves qu’une catastrophe fatale va s’abattre sur la terre.

Une planète, que l’on baptise Zyra, et son soleil, nommé Bellus, foncent à vive allure vers notre système solaire. On sait quand Zyra passera à proximité de la terre, causant un désastre épouvantable, et on sait aussi que, dix-neuf jours plus tard, Bellus entrera en collision avec la terre, et que celle-ci ne s’en remettra pas et tous ses habitants sont certains de périr. Dans le roman, ce sont deux planètes qui approchent de la terre, Bronson Alpha et Bronson Beta. Le roman fait d’ailleurs partie du cycle dit « Bronson Beta » car il est suivi d’un autre, After Worlds Collide (1934), qui évoque la vie des survivants.

Les scientifiques décident de tout révéler à la presse et au monde. Une grande réunion internationale est organisée, mais la plupart des gens prennent l’affaire comme une plaisanterie. Une partie des journaux surenchérissent tandis que les autres parlent d’un canular. Sydney Stanton, un milliardaire antipathique, ne rit pas du tout et donne sa fortune pour que l’on construise une fusée capable d’emmener quelques humains (et surtout lui) sur la planète Zyra où l’on pense (mais ce n’est pas certain), que la vie est possible.
Stanton pense tout de suite à s’équiper d’armes à feu : il considère que l’homme est par nature égoïste et que certains chercheront à embarquer sans avoir été choisis.

Pendant la préparation de la fusée, Joyce Hendron (la fille du scientifique qui organise tout) délaisse son fiancé le médecin Tony pour le viril pilote David. C’est clairement l’imminence de la fin du monde qui lui fait choisir les sentiments (voire les sens) contre les épousailles de raison auxquelles elle se destinait depuis longtemps : Carpe diem. Dans une scène, on voit Joyce et David allumer leurs cigarettes avec un billet enflammé.
Ce récit secondaire est, d’une certaine manière, l’élément le plus subversif du scénario, mais sa logique n’est pas poussée très loin car le choix de Joyce est assumé sans douleur, avec la bénédiction de Tony autant que celle de Cole Hendron, le père de Joyce.
Le film contient une autre histoire d’amour : deux jeunes gens éperdument attachés, séparés par le tirage au sort, qui décident de rester tous deux sur terre : mourir ensemble plutôt que de se quitter.

En effet, si six cent personnes travaillent à la construction de la fusée, seules quarante (chiffre biblique s’il en est) auront le droit d’embarquer et pour qu’il n’y ait pas de jaloux, les survivants sont tirés au sort. Les organisateurs se sont décrétés élus d’office : Cole Hendron, sa fille, Stanton et quelques autres. Mis sur la liste des VIP lui aussi, le pilote David a des scrupules puisqu’il n’est ni savant, ni mécanicien, ni agriculteur. On le rassure facilement en lui faisant valoir qu’il faut un co-pilote au vaisseau. En fait, il ne doit sa place qu’à l’attraction qu’il exerce sur Joyce (et sur les femmes en général, ainsi qu’on le comprend au tout début du film). On notera que de leur côté, les femmes ne sont pas non plus embarquées pour leurs utilité professionnelle, mais exclusivement car elles sont des femmes jeunes et jolies.

Lorsque Zyra frôle la terre, les océans se déchaînent, des séismes et des éruptions ont lieu, New York est noyée,… David et Éric prennent le temps d’aller jeter des médicaments aux blessés ou de secourir un enfant. « Jamais l’humanité ne s’est sentie si proche de Dieu », nous dit le commentaire.
On achève de remplir l’arche d’animaux utiles à l’homme, et des jeunes femmes photographient méticuleusement sur microfilms tous le patrimoine littéraire que l’on juge important d’emmener : La Bible, un manuel d’anatomie humaine, un manuel d’agronomie, les œuvres de Shakespeare.
Le grand jour arrive. Ceux qui ne font pas partie des quarante élus tentent de se rebeller (avec les armes de Stanton, qui les leur avait laissées), en pure perte. À la dernière minute, Cole Hendron décide de ne pas partir, car le vaisseau manque de carburant, et conserve avec lui Sydney Stanton qui, miracle, retrouve l’usage de ses jambes et quitte son fauteuil roulant, mais trop tard.

Une fois le vaisseau posé sur Zyra, les quarante rescapés découvrent une planète fertile où l’air est respirable. Le film se termine sur la phrase : « et le premier jour du nouveau monde commença ». Un monde où les femmes sont uniquement des reproductrices, et qui n’est peuplé que d’américains bigots et blancs.

Avec When Worlds Collide, produit par George Pal (décidément inspiré par le thème de la fin du monde, puisqu’on lui doit aussi War of the Worlds, The Time Machine et Atlantis, the Lost Continent), nous avons donc un film emprunt des angoisses de l’immédiat après-guerre, mais incroyablement phallo et ethno-centré, bien moins intéressant que des films de la même année tels que The day the earth stood still, 5ive ou The Thing from another world, et qui fait facilement passer ses presque-remakes 2012 et Deep Impact pour des chefs d’œuvre de subtilité.

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Apocalypse : le guide du consommateur

En effectuant des recherches sur les prédicateurs évangélistes qui ont promis ou promettent régulièrement l’Apocalypse, je tombe sur cette page sur Amazon :

Il s’agit d’un livre publié par un pasteur célèbre, Ed Dobson, qui a trouvé cinquante éléments troublants qui indiquent que la date de la « Parousie » (second coming, le retour du Christ) est pour l’année 2000.
The End: Why Jesus could return by A.D. 2000 a été publié en 1997. Sa prédiction (prudente, car le titre est au conditionnel) s’est révélée erronée et son auteur a donc pu sortir un autre livre, il y a deux ans, The Year of Living like Jesus: My Journey of Discovering What Jesus Would Really Do.
On remarque que soixante-quatre particuliers se proposent de revendre le livre, pour la plupart entre un cent et trente cents, à l’exception de trois vendeurs qui le proposent aux prix de 8,14 dollars, 26,25 dollars et même 688,88 dollars !

Ce qui m’intéresse le plus sur cette page, c’est la contribution de Debby31, de Birmingham dans l’Alabama, qui a rédigé un commentaire sur le livre, en juillet 1999 :

Je trouve son texte assez savoureux, puisqu’il ne porte pas sur la véracité de la prédiction mais sur la qualité du livre en tant que relevant du genre « littérature prophétique » : trop de faits hors-sujet, trop d’hésitations, mais Debby laisse tout de même la note de deux sur cinq car après tout il y a un argument qui semble « suffisamment raisonnable » (!), à savoir un mot de l’évangéliste Matthieu à propos de ce qui doit se passer cinquante ans après le retour à l’unité d’Israël… ce qui fait tomber le retour du Christ en 1999 — pas loin de 2000, n’est-ce pas.
Bref, Debby ne demande qu’à être convaincue, mais il faut l’aider un peu.

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The Quiet Earth

The Quiet Earth est un film néo-zélandais sorti en 1985, dont la trame est très proche de celle de The World, the flesh and the devil, précédemment évoqué ici.

Zac Hobson, se réveille nu sur un lit. En sortant de l’hôtel où il se trouvait, il ne tarde pas à s’apercevoir qu’il n’y a pas âme qui vive dans la ville. Il se rend vers son lieu de travail, où il comprend la cause du désastre, à laquelle il a collaboré.  Il s’agit de « flashlight », un projet militaire secret qui repose sur un réseau planétaire d’antennes paraboliques. L’effet s’en est avéré dévastateur et incontrôlable puisque toute vie a disparu. Même les corps ont disparu, à l’exception de quelques cadavres rencontrés ça et là.

Zac évolue dans les environs d’Auckland où il trouve des immeubles vides et de temps en temps, les ruines fumantes d’une catastrophe : un avion écrasé, un bâtiment incendié. La plupart des services automatisés, comme l’approvisionnement en eau et en électricité, fonctionnent toujours.  Zac tente de prendre contact avec d’autres survivants, diffuse des émissions de radio, ou des annonces à l’aide d’un haut-parleur, essaie de se faire remarquer en jouant du saxophone,…

Il prend le monde comme terrain de jeu géant, transgresse les interdits (il roule en voiture à l’intérieur d’un grand magasin, conduit un train,…), s’amuse, se parle à lui-même, fait des discours devant des figurines et même, revêt une nuisette en satin, comme s’il cherchait à ressusciter ou à représenter la féminité sur cette terre vide.
Un jour, à demi nu, il entre dans une église et tire à la carabine sur une statue de Jésus. Après avoir écrasé un landau vide et avoir songé au suicide, il reprend un peu ses esprits et retrouve un train-train de survivant.

Et puis un jour, une belle rousse le tient en joue avec un revolver, elle s’appelle Joanne. Les deux survivants tombent l’un dans les bras de l’autre, comme s’ils s’étaient toujours connus. Zac redevient civilisé, porte une chemise et une cravate. Le couple retrouve les apparences de la civilisation, va au restaurant comme si tout était normal, s’amuse à des jeux de rôles. Ils sont bien partis pour devenir l’Adam et l’Ève de ce monde à reconstruire.
Zac, qui est un scientifique, constate que les lois de la physique persistent à changer et pense que la catastrophe n’est pas terminée.

Un jour, Zac rencontre un troisième survivant, Api, un Maori qui l’a pris au piège dans une allée et l’a attaqué masqué. Zac tente de lui cacher l’existence de Joanne, en pure perte. Le couple devient un trio, et si Api était méfiant et inspirait la méfiance, les trois deviennent vite assez bons amis malgré l’inévitable rivalité sexuelle qui oppose les deux hommes.
Les survivants se découvrent un point commun : tous sont morts au moment précis de la catastrophe. Api s’était fait noyer, Joanne s’était électrocutée et Zac avait tenté de se suicider. On se demande alors si l’on n’est pas dans une sorte de paradis ou d’enfer, puisque les vivants ne sont plus là et que les morts seuls vivent.

Zac décide qu’il faut faire exploser l’antenne parabolique de son centre de recherches, car les lois de la physique sont de plus en plus instables et une véritable fin du monde semble imminente. Il le fait, aux commandes d’un camion bourré d’explosifs qu’il fait exploser, avec lui dedans.
Lorsqu’il ouvre les yeux, il se trouve sur une plage, dans un paysage inconnu où une planète géante à anneaux et des nuages aux formes étranges occupent le ciel. La situation n’est n’est pas expliquée : où est-on, que s’est-il passé ? Aucune idée. Le film s’achève sur les yeux inquiets de Zac.

The Quiet Earth, adapté d’une nouvelle du britannique Craig Harrison (au départ une plaisanterie : l’auteur s’étant retrouvé un week-end dans la ville d’Auckland, qui lui avait semblée totalement déserte), est un film méconnu, réalisé de manière assez sobre, impeccablement interprété, et très pertinemment situé en Nouvelle-Zélande, Île perdue du pacifique, authentique bout du monde où il était plus que logique de faire advenir la fin du monde.

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Le fanatisme de l’apocalypse, par Pascal Bruckner

Avec une nonchalance extraordinaire, Pascal Bruckner se promène d’émission en émission, apparemment résigné à jouer le rôle de l’anti-écologiste de service avec son livre Le fanatisme de l’apocalypse, où il reproche aux écologistes politiques — dont il affirme s’être longtemps senti proche —, de recourir à un discours apocalyptique pour sensibiliser les populations aux causes environnementales.

Ce point de départ est intéressant, puisqu’il recouvre une réalité : depuis la Guerre Froide ou depuis l’alerte lancée par le Club de Rome au début des années 1970, on utilise effectivement la fin du monde comme une menace, comme un moyen pour provoquer une prise de conscience face à la course aux armements ou face au développement et à l’écologie. Ce fait mérite d’être étudié. Et puis c’est vrai, de nombreuses personnalités de l’écologie — y compris de l’écologie scientifique la plus sérieuse, comme Frank Fenner, Martin Rees ou Jacques-Yves Cousteau —, n’ont pas hésité à promettre un destin aussi funeste que rapide à l’humanité.

La philosophie de Pascal Bruckner, avec Le Sanglot de l’homme blanc (qui éreintait le masochisme complaisant à l’œuvre dans le discours tiers-mondiste), La Tyranie de la pénitence (au sujet similaire), et enfin Le Fanatisme de l’apocalypse, pourrait constituer un refus assez sain des larmes de crocodile que verse une certaine bourgeoisie occidentale sur les malheurs dont elle est responsable dans le monde, larmes qui servent parfois, suivant un calcul un peu pervers, à dédouaner les fautifs des méfaits qu’ils persistent à commettre. Bruckner se débat ostensiblement contre son éducation religieuse, qui l’a semble-t-il marqué au fer rouge (au point qu’il la rejette tout en se félicitant de ses effets positifs), et établit un lien entre la culpabilisation écologiste et la culpabilisation religieuse. Il semble lui-même constamment tiraillé entre l’adage « Là où il y a de la gène, y’a pas de plaisir » et la morale protestante qui consiste à accorder ses actes à ses principes et à faire ce qui est censé être bien.

L’angoisse de l’auteur, au fond, c’est qu’il ne sait plus quoi faire des messages culpabilisateurs, catastrophistes et désespérants qu’émettent les écologistes. Il en vient à considérer la parole écologique comme un bloc, comme si la totalité de ceux qui s’en réclament (depuis les mystiques de la terre-mère Gaïa aux scientifiques les plus sérieux en passant par les journalistes sensationnalistes, les politiques plus ou moins responsables et les tenants de la décroissance) constituait une unique personne, parlant d’une seule voix et l’accablant d’injonctions contradictoires tandis que lui, Pascal Bruckner, ne demande qu’une chose : qu’on lui dise comment régler les problèmes de la planète, qu’on lui dise s’il est utile de trier ses déchets, qu’on lui dise quoi manger, bref, qu’on le rassure et que l’on cesse de lui promettre un futur forcément inconfortable.

Les raccourcis historiques, logiques et idéologiques que contient le livre pourraient sembler malhonnêtes de prime abord (glisser de Jean-Jacques Rousseau aux antipathiques « survivalistes » en passant par le père de la désobéissance civile Henry David Thoreau, il fallait l’oser !)  mais ils constituent juste l’expression du désarroi de l’auteur face à une situation qu’il aimerait savoir sous contrôle alors qu’il voit bien qu’on ne sait qu’essayer d’en gérer les effets en pilotant à vue. Ce livre est donc plus un autoportrait personnel et générationnel qu’un pamphlet, c’est un peu un gag, finalement. À 20 euros, ça fait un peu cher de l’éclat de rire, mais l’écriture n’est pas déplaisante et on y trouve, à défaut d’un propos effectivement convaincant, une foultitude de références et de citations piochées dans l’actualité ou dans la littérature qui peuvent donner à réfléchir, y compris à l’opposé des intentions de l’auteur.

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Gianni Motti : Big Crunch Clock

Créée en 1999, la Big Crunch Clock de Gianni Motti est une horloge digitale (solaire !) à vingt chiffres qui effectue le compte à rebours de la période prévue pour l’explosion du soleil, dans cinq milliards d’années.

Sur le site du Mamco, qui abrite cette horloge dans ses collections, on lit :
« après avoir revendiqué tremblements de terre, pluies de météorites, éclipses de lune et de soleil, G. Motti s’approprie la plus grosse catastrophe naturelle, jamais connue, responsable de la disparition du système solaire, et par là-même de la terre, délivrant du même coup l’humanité de ses terreurs millénaristes »
.

(merci à Daniel de me l’avoir signalé)

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Recherche de documents

J’en reparlerai plus tard en détails, mais on m’a proposé de produire un livre illustré lié au sujet du présent blog, lequel blog va continuer à me servir d’outil de recherche et de bloc-notes. Je dois accélérer un peu mes recherches, car j’ai extrêmement peu de temps pour travailler :  le livre doit sortir avant la date de la fin du monde, évidemment !

Blague à part, vous, lecteurs, qui en serez remerciés, pouvez m’aider.

Je suis à la recherche de documents visuels inattendus ou difficiles à se procurer, par exemple les brochures de l’Église universelle de Dieu telles que 1975 in the prophecy!, par Herbert Armstrong et Basil Wolverton (ci-dessus : j’en connais des reproductions en basse définition mais je n’ai pas pu me procurer les originaux), ou les brochures qui évoquent la fin des temps par des églises évangélistes diverses, comme les Témoins de Jéhovah. Je pense à ce genre de documents en particulier car leur diffusion sous forme de brochures de propagande fait qu’on ne les trouve pas aussi aisément que d’autres publications.
Si vous disposez de belles affiches de cinéma, des photographies de plateau de films en rapport avec la fin du monde, je prends aussi. Si vous êtes sur Paris et alentours, je me déplacerai bien évidemment pour emprunter vos documents puis pour vous les rendre.
Si vous avez des suggestions d’œuvres (notamment visuelles, et particulièrement si elles ont un vrai intérêt esthétique) dont il vous semble que j’ignore l’existence, n’hésitez pas non plus à me les signaler.
Si vous disposez d’une collection de Science & Vie antérieure aux années 1970, ou de revues de vulgarisation diverses ayant traité la fin du monde (Je sais tout, Ça m’intéresse, Popular Science, Popular Mechanics, etc.), je suis très intéressé.

Vous pouvez bien entendu m’écrire en commentaire à ce blog ou bien par mail à l’adresse jnlafargue (chez) gmail (point) com

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The last of us

The Last of us est un jeu post-apocalyptique produit par Naughty Dog pour plate-forme Playstation 3. Son développement a été officiellement annoncé le mois dernier et sa sortie est prévue pour fin 2012 ou début 2013.

Il s’agit d’un jeu de « survival horror » dans lequel le joueur suit Ellie et Joel, un couple de survivants à une épidémie qui a ravagé la planète.

Les survivants s’entre-tuent et certains, si je me fie à la bande-annonce, ont subi des mutations qui font qu’ils ne sont plus exactement des êtres humains. Pour le peu que l’on puisse voir, The Last of us constitue donc une énième déclinaison du thème de I am Legend (Richard Matheson, 1954), mais semble plutôt bien fait.

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À l’heure maya

Débusqué par Alexandre (Souslapoussiere.org), cette montre de luxe nommée Kukulkán, éditée par la société 219, créée pour l’occasion à La Chaux-de-fonds, en Suisse.
Émeraudes, saphir, diamant, or blanc, l’objet est très luxueux et n’est tiré qu’à douze exemplaires. Je n’en ai pas trouvé le prix mais je parie que c’est au dessus de mes moyens.

Contrairement aux montres habituelles, celle-ci est prévue pour ne pas durer puisqu’elle cessera de fonctionner le 21 décembre 2012, date théorique (et très disputé) de la fin du cinquième cycle du calendrier maya, cycle entamé en 3114 avant notre ère et au terme duquel des désastres sont censés ravager la terre et réduire sa population à près de zéro.
Le calcul temporel, expliqué sur le site officiel de la marque semble assez complexe.

Pas très loin de la Doomsday clock créée par des savants atomistes en 1947.

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Gerry Judah

Découvert chez Transplant, les peintures/sculptures de Gerry Judah.

Artiste britannique né en 1951 à Calcutta de grands parents juifs irakiens partis habiter en Inde et en Birmanie, Gerry Judah a suivi des études d’art à Londres.

Pour gagner sa vie, il a longtemps travaillé pour des théâtres, comme machiniste ou comme décorateur.

Ses peintures sont des maquettes minutieusement construites qu’il détruit ensuite à coup de manche à balai. Il fixe les éléments à l’aide de colle, puis noie l’ensemble dans une peinture monochrome.

Ce travail se veut une réponse à la violence du monde, et notamment à la violence que l’homme s’inflige à lui-même et inflige à sa planète.

Chez lui, la guerre, l’écologie, le gaspillage ou les désastres naturels aboutissent tous au même résultat. En faisant disparaître tout indice culturel ou politique, il nous « confronte à la réalité et à l’urgence d’une recherche de solutions » (Jenny Blyth).

Avec des préoccupations similaires, Gerry Judah a aussi produit une maquette du camp de concentration d’Auschwitz pour l’Imperial War Museum.

Dans ce travail de commande, la politique et l’histoire sont présentes, mais cette fois encore, figées dans une atmosphère fantomatique.

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