Fail-Safe

L’acteur Larry Hagman, connu du public pour son rôle de « J.R. » dans la série Dallas, est mort hier. Le public connaît assez mal sa carrière hors de son personnage de millionnaire texan cynique et cruel, mais il est est apparu dans des rôles très divers au cinéma, et a même réalisé un film, Attention au blob ! (1972), dans lequel l’humanité fait face à un monstre informe et gluant qui engloutit tout sur son passage. Il est, en tout cas, l’un des acteurs principaux du film Fail Safe (Point Limite, 1964),  de Sidney Lumet, où figurent aussi Henry Fonda et Walter Matthau.

Fail-Safe est un peu le jumeau triste du Docteur Folamour de Stanley Kubrick, puisque la trame des deux films est presque strictement identique : une erreur aboutit à ce que la bombe atomique soit lancée sur l’URSS. Avant que l’explosion ait lieu, le président des États-Unis (ici Henry Fonda) tente tout ce qu’il peut pour rappeler ou pour neutraliser ses bombardiers, puis pour convaincre son homologue soviétique qu’il s’agit d’une tragique erreur. Buck, l’interprète, est personnifié par Larry Hagman, qui effectue une belle prestation dans un rôle qui réclame intensité et sobriété.

Chacun, dans le scénario, est à sa place, dans son rôle, et fait ce qu’il est censé faire. Un seul personnage souhaite véritablement la guerre, le professeur Groeteschele, un anti-communiste enragé inspiré de plusieurs personnages historiques, tels que le calculateur Herman Kahn ou le mathématicien John Von Neuman. Mais la mécanique implacable des évènements, l’absurdité et la lenteur de certaines procédures aboutit au pire : Moscou sera bel et bien détruite.

Pour que les soviétiques ne répliquent pas, le président propose de faire bombarder la ville de New York, faisant le même nombre de morts et prouvant sa bonne foi au président de l’URSS. Ce dernier accepte puis change d’avis : à quoi bon doubler le nombre de morts ? Mais New York est bien détruite, dans une scène habile : un décompte est prononcé pendant que des photographies de la vie new-yorkaise défilent. Cette image fait écho au célèbre spot de la campagne qui a abouti à l’élection de Lyndon Johnson un mois plus tard, où on voyait une petite fille effeuillant une fleur pendant un décompte et avant l’explosion de la bombe.

Le film a souffert de nombreuses contingences désagréables : tout d’abord, un procès intenté aux auteurs du livre qui avait servi de base au film par l’auteur de celui qui a écrit le roman qui a donné Docteur Folamour, qui jugeait la trame des deux récits passablement identique — ce qui est exact, bien que les deux films n’aient rien à voir, puisque celui de Kubrick relève de l’humour noir, tandis que Fail-Safe est une pure tragédie. Le succès de Docteur Folamour, sorti dix mois plus tôt, sera aussi un handicap. Et ce n’est pas tout : l’armée américaine a, à l’époque, refusé toute coopération avec la production et aurait même fait pression sur des loueurs pour empêcher que Sidney Lumet accède à des accessoires militaires.

Le récit est si désespérant que le distributeur du film, Columbia Pictures, a imposé au générique de fin une déclaration lénifiante qui assure le spectateur que non seulement la trame du film est tout à fait imaginaire, mais que ce qui est raconté ne pourrait en aucun cas se produire. Deux ans plus tôt, pourtant, la Crise des missiles de Cuba avait pourtant amené le monde au bord de la catastrophe, et on sait depuis peu que, contrairement aux soviétiques et aux américains, les dirigeants cubains envisageaient et même espéraient la destruction atomique de New York1.

Malgré d’excellentes critiques à sa sortie, ce film très réussi ne rencontrera pas son public. Il aura néanmoins une influence sur de nombreux films ultérieurs, notamment Wargames (1983), qui emprunte son esthétique à la « war room » de Fail-Safe.

  1. Lire : Quand le Che voulait anéantir New York, par Vincent Jauvert, le nouvel Observateur, 22/10/2012. []
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Après la fin du monde, ça sera pire

Difficile de titrer sur les prédictions relatives au 21/12/2012 à la fin du mois de novembre, puisqu’elles seront démenties. Même si ce numéro consacre un article aux « prédictions convergentes » (mais contradictoires) que certains veulent faire dire à un calendrier Maya, il faut bien préparer l’année à venir…

…Et évidemment, cette année sera néfaste ou est inquiétante puisqu’elle contient le nombre « 13 », que la revue qualifie de chiffre maudit.
Après la fin du monde, la vie continue, quoi, et les fins du monde aussi.

Il faudrait prendre le temps d’analyser aussi les sorties de livres « 2012 » depuis 1987 (date de l’invention du calendrier maya par l’auteur José Argüelles), mais je sens d’instinct que l’on verrait une courbe monter d’abord très timidement, puis de plus en plus fort, promettant la fin du monde en 2012 de manière de plus en plus inquiétante puis, à l’approche de la date, disons deux ans avant, commençant à changer son fusil d’épaule, à promettre une fin du monde plus symbolique qu’autre chose… Et puis l’année prochaine, eh bien on passera à de nouvelles prédictions, bien sûr, pour dans trois, dix ou vingt ans.

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Le bug de l’an 2000

Le sujet lié à la fin du monde sur lequel on entend dire les plus grosses bêtises est sans doute celui du « bug de l’an 2000 », ou « Y2K bug ». C’est un sujet technique (quoique relativement simple à comprendre), qui est très fréquemment employé comme exemple d’une prédication absurde qui a été démentie par les faits. Dans La Fin du monde : Treize légendes, des déluges mésopotamiens au mythe maya, qui vient tout juste de paraître chez J’ai Lu/Librio, Bernard Sergent écrit par exemple, dans sa conclusion :

Il y a quelques années, nous avons connu une première angoisse mythique internationale avec le « bug » de l’an 2000 : on nous disait alors que les ordinateurs se retrouveraient tous bloqués, faute d’avoir été configurés à enregistrer des numéros d’années commençant par 2. On sait ce qu’il en a été. Il est donc étonnant qu’il se trouve encore des hurluberlus pour nous annoncer la fin du monde douze ans après, à la suite d’un calcul fallacieux portant sur le calendrier maya (objet archéologique !).

L’essai de Bernard Sergent est, pour le reste, irréprochable (et peu onéreux : 3 euros seulement), mais les lignes citées contiennent beaucoup d’idées reçues. Tout d’abord, d’un point de vue technique, le problème n’était pas que les ordinateurs en cause refusaient des dates commençant par le chiffre deux, mais que les programmeurs ont longtemps négligé (par économie de ressources) que leurs systèmes passeraient un jour non seulement un millénaire, mais aussi un centenaire : les dates y étaient écrites avec leurs deux derniers chiffres seulement : 45 pour 1945, 68 pour 1968, 84 pour 1984, etc. Or cela devient problématique dès que l’on procède à des calculs. Par exemple, que devient la pension de retraite de quelqu’un qui est né en 20 (pour 1920) alors que l’ordinateur considère que l’année en cours est 0 (pour 2000) ?
La crainte des conséquences d’un tel problème n’était pas du tout infondée, au contraire, et pas non plus irrationnelle. Bien sûr, ce n’est pas l’informatique personnelle qui risquait le plus de souffrir du bug de l’an 2000, puisque ces équipements peuvent tomber en panne sans grandes conséquences — surtout à l’époque, puisque la plus grande partie du public ne faisait que commencer à s’équiper massivement et qu’Internet ne faisait qu’une entrée timide dans les foyers —, et sont généralement assez récents, cela fait bien longtemps que les dates y sont codées de manière complète. En revanche, les systèmes informatiques qui gèrent les pensions, les hôpitaux, les centrales électriques, les stocks, les réservations de transports, les transactions bancaires, etc., sont souvent de fabrication ancienne et ne connaissent pas toujours de mises à jour régulières de paramètres aussi fondamentaux que le format des dates. Ce sont des systèmes informatiques critiques, et on n’en change pas en un claquement de doigts.

Le fait que le changement du premier siècle de l’ère informatique ait eu lieu au moment d’un changement de millénaire semble avoir créé une association d’idées malheureuse : le public aurait trouvé les « nouvelles » technologies comme support à une peur du nombre symbolique 2000, de la même manière que les hommes du moyen-âge ont eu peur de l’an mil, et on a même parlé de « millénarisme technologique ». Beaucoup de confusions encore, puisque la « grande peur de l’an mil » n’a, on le sait à présent, eu que très peu d’impact réel sur les consciences de son temps, et constitue plutôt une invention de siècles ultérieurs, tandis que le millénarisme n’est pas la peur des années multiples de 1000, mais la foi dans un règne du Christ pendant mille ans.

La plus énorme idée reçue à propos du « bug de l’an 2000 », outre son nom inadapté (il ne s’agissait pas d’un « bug » mais plutôt d’un manque de prévoyance), c’est de dire qu’il ne s’est rien passé et que l’on s’est affolé pour rien. Au contraire, pendant les années qui ont précédé le passage au 1er janvier 2000, il a fallu mobiliser d’énormes ressources pour identifier tous les systèmes informatiques qui risqueraient d’être affectés par le problème, et programmer des correctifs, à l’aide de langages de programmation parfois un peu tombés en désuétude, ou du moins peu enseigné aux jeunes ingénieurs, comme le Cobol. Il est difficile de chiffrer le coût de ces mises à jour, on parle de centaines de milliards de dollars. En son temps, le « bug de l’an 2000 » a fourni du travail à des informaticiens par dizaines de milliers. Il a aussi, il est vrai, fourni aux « survivalistes » une raison d’acheter des armes à feu de la nourriture lyophilisée en fantasmant sur leur survie dans un monde totalement désorganisé : ceux qui rêvent de fin du monde trouveront toujours un bon prétexte pour le faire. Mais les illuminés ne doivent pas cacher, par leurs excès, le bien-fondé de la peur de la panne : s’il n’avait pas été géré, le « bug de l’an 2000 » aurait pu avoir des conséquences cataclysmiques, il s’agissait d’une crainte tout ce qu’il y a de rationnelle et il est injuste de lier cette question, comme le fait Bernard Sergent dans la citation ci-dessus, à la croyance dans une « apocalypse maya » en 2012.

Il est erroné, par ailleurs, de dire que le bug n’a pas causé de dégâts. Il en a causé très peu, mais il existe au moins un exemple assez triste, celui d’un hôpital de Shefield, en Grande-Bretagne, qui, à cause du bug, a envoyé à cent cinquante femmes des résultats faux à des tests de détection du syndrome de Down, aboutissant à au moins deux avortements qui n’auraient pas eu lieu sinon. On a par ailleurs observé, dans différents pays, des arrêts subits d’équipements (centrales électriques, notamment), qui ont heureusement rapidement été gérés. On ne peut pas parler d’un désastre de proportions bibliques, donc, mais il en serait sans doute allé un peu différemment si, au cours des années qui ont précédé, les gouvernements et les entreprises ne s’étaient pas occupés sérieusement du problème : c’est précisément parce qu’il a été pris au sérieux que le désastre a été évité. On pourrait imaginer un sous-genre de science fiction uchronique (je propose de le nommer « Y2kpunk »), se situant dans un monde qui n’aurait pas cherché à gérer le bug de l’an 2000…

Il y a là un paradoxe politique : lorsqu’un problème est bien anticipé et parfaitement géré, le fait que la catastrophe ne survienne pas déçoit presque le public, qui pense que l’on s’est agité pour rien, et se moque de ceux qui se sont inquiétés, alors que c’est justement ceux qui ont lancé l’alerte qui ont permis d’éviter le désastre !

(illustrations : quelques exemples de littérature « sérieuse » sur le bug de l’an 2000, à usage des administrations et des entreprises ; la couverture du Time du 18 janvier 1999 ; quelques publications alarmistes sur le bug de l’an 2000)

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« Fin », un projet de documentaire sur Bugarach

Les jeunes gens du collectif « Sin~ » lancent en ce moment un appel sur KissKissBankBank pour aider à financer leur projet de documentaire sur le village de Bugarach, qu’ils partiront filmer le 21 décembre 2012. Bugarach est ce village du Languedoc-Roussillon dont certains disent qu’il sera seul épargné par la catastrophe indéterminée qui est censée changer la face du monde à ce moment-là…

Le porteur du projet, Robin Lachenal, achève cette année ses études aux Arts-Décoratifs de Strasbourg. Il filmera avec Quentin Caille, de l’école nationale supérieure de création industrielle, et la bande originale sera composée par Flavien Berger, musicien et apparemment lui aussi ancien étudiant de l’Ensci/Les Ateliers.
L’objectif de la levée de fonds est modeste : 950€, pour couvrir les frais de transport de l’équipe, puis la production des DVDs. On peut participer dès 5€. Si l’on donne 15€, on recevra une copie du DVD.

(Merci à Charlotte Poupon qui m’a signalé ce projet)

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Psychologie de la fin du monde

Je viens de visionner une intéressante conférence animée le 23 octobre dernier à la Cité des sciences par Milena Jugel, jeune doctorante en psychologie sociale à l’Université de Bordeaux qui consacre justement ses recherches1 au le sujet de la croyance en la fin du monde, sous l’angle de sa discipline.

Au cours de son intervention, elle rappelait entre autres les mécanismes psychologiques de construction d’une image du monde et notre besoin de certitudes (certitudes plus ou moins partagées puisque croire est une activité sociale), besoin dont l’intensité est sans doute variable selon les personnes mais qui n’en n’est pas moins universel. Le public de la conférence semblait plutôt troublé de voir la science mise sur le même plan que les croyances religieuses, illustrant involontairement la question du besoin que chacun éprouve de se faire des certitudes, quel que soit le terreau dans lequel se forment ces certitudes. Évidemment il n’était pas question de dire que la croyance en des contes surnaturels peut être mis sur le même plan que l’appréhension scientifique rationnelle, mais l’un et l’autre modèle ont en commun de fabriquer une représentation du monde2

L’exposé est franchement intéressant mais je ne me hasarderai pas à tenter de le résumer. J’y ai en tout cas appris une méthode de laboratoire (qui n’était pas détaillée très précisément) pour amener les gens à dévoiler leur vision profonde d’un sujet comme la mort, la fin du monde ou l’incertitude : on les fait parler ou écrire sur le thème, dans un échange ouvert. Après quoi ils se trouvent dans l’état d’esprit qui permettra d’évaluer leur rapport à ces sujets. Je me fais au passage une réflexion qui est que chaque fiction, chaque film, chaque roman, n’est pas seulement l’expression d’un auteur (ou d’un propagandiste), c’est aussi une manière de placer le spectateur dans des conditions qui lui permettront de réfléchir au sujet dans lequel il s’est trouvé immergé. C’est un peu évident, bien sûr, mais savoir que la psychologie sociale en fait une méthode est assez intéressant.

Le thème de la fin du monde (ou de la fin d’un cycle de l’histoire du monde) a sans doute toujours existé. On ne peut pas le prouver, mais dès lors que des humains ont eu conscience qu’il existait un monde, dès lors qu’ils ont eu l’intuition que ce monde n’avait pas toujours été tel qu’ils l’ont connu, et dès lors qu’ils ont eu conscience de la mort, ils pouvaient imaginer que le monde ne serait pas éternel.
L’auteur de l’exposé parle à un moment de la convergence entre plusieurs croyances (new age, ufologues, etc.) qui aboutissent toutes à légitimer le 21 décembre 2012 comme date de la fin du monde. C’est assez passionnant, au passage, de voir que le nombre de « sources » pour cette date la légitime, lui donne du poids aux yeux de certains, alors même que cette profusion la rend absurde, puisque les causes des menaces annoncées peuvent difficilement être additionnées. C’est un peu comme les gens qui appuient leur croyance religieuse sur le fait que dans le monde, neuf personnes sur dix croient en quelque chose, même si ce quelque chose varie énormément et s’avère contradictoire : dieux uniques, fantômes, panthéons,…
Des groupes religieux, sectaires, ésotériques, se sont ralliés à cette date, mais ils n’en sont pas à l’origine, pense Milena Jugel, qui ajoute que, en quelque sorte, « 2012 est la propriété de tout un chacun ». Je fais la même observation, je pense que le succès de cette date ne vient pas d’un gourou qui l’aurait imposée, ni même du « facteur maya » (1987) de Jose Argüelles, mais du fait que les gens ont choisi de la retenir, peut-être parce qu’elle est mnémotechnique (21/12/2012). Le succès de cette date que chacun appelle pour rire « date de la fin du monde » s’explique à mon avis par une envie générale de changement dans un monde qui semble menacé économiquement, écologiquement, politiquement. Une envie d’entrer dans le XXIe siècle, peut-être ?

Mon hypothèse personnelle sur le 21 décembre 2012 est en effet que (presque) personne ne croit réellement en cette échéance, et que la date circule comme un gag, mais un gag aux résonances assez profondes. Il s’agit de jouer avec l’idée d’une remise à plat, d’un bouleversement majeur qui nous extrairait de l’état de tension et d’incertitude dans lequel le monde, ou en tout cas une certaine partie du monde, semble plongé.
J’ai une métaphore, pour ça : les jeux de construction, ou les châteaux de sable. Enfant, on peut fabriquer un château, le faire grandir, l’améliorer, mais il y a un moment où on se lasse de ce qu’on a bâti, parce qu’on n’arrive plus à imaginer, parce qu’on est paralysé par la forme qu’a pris l’existant. Il faut alors détruire le château. Et c’est la même chose avec le monde, dont l’organisation complexe nous mène à éprouver une « envie de fin du monde »3, une envie de faire table rase, une envie de tout casser, pour pouvoir recommencer à construire. Bien sûr, pour la plupart des gens, cette envie n’est qu’un jeu intellectuel, une « expérience de pensée », mais certains prennent le jeu très au sérieux, comme les survivalistes qui espèrent que les conditions de la catastrophes leur donneront une chance d’exister différemment, de devenir importants, héroïques, victorieux, mais aussi sans doute comme les terroristes qui provoquent sciemment des désastres pour reconfigurer la géopolitique4.

(En haut : montage maison de photogrammes issus de la conférence de Milena Jugel ; puis photos prises sur FlickR : un château de sable aux îles Canaries par KenC1983, 2007, licence CC BY-ND ; un château de sable à Copacabana, par Matt Kowalczyk, 2006, licence CC BY-NC-2.0 ; un château cassé par  Rishi Menon, 2012, licence CC BY-NC-ND 2.0)

  1. Sa thèse s’intitule Structure et fonctions des croyances, l’exemple des croyances en la fin du monde, et est dirigée par André Lecigne. []
  2. Par ailleurs, quand quelqu’un affirme que croire que la fin de la Terre aura lieu dans quatre milliards d’années, il s’en remet à l’opinion majoritaire chez les scientifiques, mais il n’en n’est pas moins dans la croyance, car il ne peut ni le prouver ni espérer le vérifier. Et il peut très bien choisir de croire en cette échéance pour des raisons totalement non-rationnelles, comme le temps que laisse à l’humanité une durée si extrême et si éloignée de tout référent historique. []
  3. Pourrait-on inventer la formule Weltuntergangwollen, comme on parle d’un Kunstwollen pour la « volonté d’art » ? Bon, je ne parle pas allemand, alors c’est peut-être n’importe quoi. []
  4. Si l’on se fie à Henri Laborit, il y a une alternative à la violence pour combattre le stress : partir. Mais où partir, lorsque le monde est « fini », qu’il n’y a plus un kilomètre de Terre à explorer et que la conquête de l’espace a été oubliée ? []
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Parutions apocalyptiques

Un grand nombre de livres sont annoncés dans les semaines qui viennent sur le thème de la fin du monde. Sans connaître encore leur contenu, je suis curieux et intéressé de ces quatre tires :

(bien entendu, il y a aussi mon livre, mais celui-là j’en ai déjà parlé)

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Avant le déluge

Cornelis Cornelisz van Haarlem (1562-1637), un des plus célèbres peintres maniéristes du Nord, a illustré à plusieurs reprises la vie de l’humanité avant le déluge, qui s’adonne aux plaisirs de la chère et de la chair avec insouciance.

Avant le déluge, par Cornelis Cornelisz van Haarlem, Musée national de Varsovie

L’épisode de Noé, dans la Genèse, n’est pas prolixe en détails sur les plaisirs de la vie des hommes avant le déluge, alors le peintre s’est inspiré de l’évangile de Matthieu, qui parle du jour du jugement dernier, qu’il compare aux temps antédiluviens : « Comme les jours de Noé, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme. En ces jours qui précédèrent le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et les gens ne se doutèrent de rien jusqu’à l’arrivée du déluge, qui les emporta tous. Tel sera aussi l’avènement du Fils de l’homme. Alors deux hommes seront aux champs : l’un est pris, l’autre laissé ; deux femmes en train de moudre : l’une est prise, l’autre laissée. » (Matthieu 24, 37-42)

L’Humanité avant le Déluge, par Cornelis Cornelisz van Haarlem. Musée des Augustins, Toulouse

Le sujet apporte une justification religieuse et un discours moralisateur à des scènes qui, si on ne connaissait pas le titre ou si on manquait l’arche que l’on voit au loin dans le paysage, ressemblerait plus à un classique « âge d’or » antique qu’à autre chose.

La corruption du monde avant le déluge, par Cornelis Cornelisz van Haarlem, Musée de la Chartreuse de Douai

Le peintre veut-il vraiment représenter, en la jugeant avec sévérité, l’inconscience de ceux qui s’abandonnent aux plaisirs sans voir que leur monde est en passe de sombrer, comme le ferait un photographe contemporain avec des portraits de Californiens aisés, ou bien est-ce qu’il y a dans son propos une part d’envie pour le monde de volupté qu’il peint ?
De fait, le même peintre a représenté de nombreux sujets bien différents avec le même genre de personnages, dans des postures amoureuses.

La corruption du monde avant le déluge (détail), par Cornelis Cornelisz van Haarlem

Sur un site amateur, j’ai trouvé un quatrième tableau sur ce même thème, toujours attribué à Corneille de Harlem :

Pêcheurs avant le déluge, par Cornelis Cornelisz van Haarlem (?)

Mais impossible de savoir de quelle collection il provient, ni de l’identifier avec certitude.
Le style morphologique des figures me semble différent et moins dynamique.

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La fin du monde (1931)

Censé être adapté du roman La fin du monde (1894), de Camille Flammarion, ce film d’Abel Gance aurait dû être le premier grand spectacle du cinéma parlant français. Malheureusement, le distributeur a raccourci le film, lui faisant perdre beaucoup de son ambition, tandis que la concurrence anglo-saxonne a rapidement donné un aspect vieillot à ses effets spéciaux : Frankenstein, King Kong, The Invisible man, Noah’s Ark, Deluge, etc.

Le scénario est un peu naïf, mais plutôt intéressant de par son pacifisme post-première guerre mondiale. Les frères Novalic, très liés, sont aussi très différents. Martial est un scientifique de premier plan, récipiendaire d’un prix Nobel qui l’a rendu riche. Son frère Jean est un poète mélancolique qui ne parvient pas à être heureux, malgré l’amour que lui porte la très belle Geneviève, fille d’un scientifique concurrent de Martial.

Alors qu’il prend la défense d’une jeune fille battue par son père, Jean est blessé à la tête, et  craint de perdre la raison et la vie. Son frère, parti observer le ciel au Pic du Midi, où il découvre une comète qui s’apprête à détruire la Terre, rentre juste à temps pour voir Jean mourir. Le poète, qui a toujours su que la fin du monde était proche, laisse en héritage des écrits et des disques où il donne des instructions au monde entier. Son but est que les hommes, avant de voir leur planète détruite, doivent s’unifier.

Martial fera tout son possible pour mener à bien le plan de son frère, à coup de manipulations boursières et en prenant le contrôle du plus gros émetteur radiophonique de France : la Tour Eiffel. Geneviève, qui veut vivre, se lie d’abord à Schomburg, un milliardaire à qui la guerre profite trop pour qu’il accepte de laisser Martial mener à bien ses plans pacifistes. Schomburg viole Geneviève, déshonneur que le père de la jeune femme propose de réparer… En la mariant à son bourreau.

Une fois la nouvelle de la fin prochaine du monde connue de tous, deux attitudes sont observées : d’un côté, des représentants de tous les pays créent un parlement pour proclamer une république pacifique européenne, voire mondiale. De l’autre côté, on s’enivre de volupté et de débauche. Les scènes d’orgie filmées par Abel Gance sont exclusivement suggestives mais devaient être plutôt osées pour l’époque. On voit aussi des gens paniquer ou prier.

Pour finir, le monde subit beaucoup de catastrophes et de destructions, mais il reste des survivants. La dernière image est celle d’un paysan qui mène ses deux chevaux de trait : le monde repart sur des bases bucoliques, comme dans le Ravage de Barjavel, qui sera publié dix ans plus tard.

Lyrique, emprunte de bigoterie, espérant réconcilier spiritualité et science (qu’incarnent les frères Novalic), cette Fin du Monde n’a pas rencontré le succès et a pesé négativement sur la carrière d’Abel Gance. Vu aujourd’hui, le film n’est pas dénué de qualités, mais on sent bien que son auteur n’était pas encore habitué à filmer des acteurs parlants, et l’ensemble est extrêmement poussif.

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Parution de « Les Fins du monde », de l’antiquité à nos jours

Mon livre sort !
Produit direct de ce blog, bien que son contenu n’ait rien à voir, ce « beau livre » de 312 pages explore les mythes de la fin des temps, depuis les déluges de la plus haute antiquité jusqu’aux angoisses écologistes qui ont cours de nos jours.

Inutile de dire que j’en suis très fier.
J’en raconte un peu plus ailleurs : hyperbate.fr/dernier/?p=21589

Les fins du monde, de l’antiquité à nos jours, par Jean-Noël Lafargue.
François Bourin éditeur. 45€, disponible à compter du 25 octobre 2012.
Isbn 978-2-84941-345-6.

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Se préparer à la fin du monde en achetant des disques…

Le super-store culturel Virgin Megastore s’amuse avec l’idée de la fin du monde : un homme en combinaison de protection (chimie ? radiations ?) en position du lotus…

Je suis entré dans la boutique, un peu déçu de voir qu’on n’y trouvait pas de sélection de livres ou de films sur le sujet de la fin du monde, mais juste des promotions censées être avantageuses mais qui ressemblent à celles que cette boutique fait en permanence (trois pour le prix de deux…)

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Doomsday

Doomsday (Neil Marshall, 2008) s’inscrit dans la tradition de Escape from New York (New York 1997), qui est aussi devenue celle d’une quantité de jeux vidéo : le héros — l’héroïne pour être précis — doit se rendre en territoire hostile et y accomplir une mission au profit d’un pouvoir cynique et corrompu.

Tout commence en 2008 : l’Écosse est subitement ravagée par l’épidémie fulgurante d’une maladie de films d’horreur, le Reaper. On ne sait pas trop ce qui arrive aux gens atteints mais ils ne sont pas beaux à voir, leur visage est pustuleux, ensanglanté, et ils meurent rapidement dans de spectaculaires souffrances. Pour contenir le mal, la Grande-Bretagne reconstruit le mur d’Hadrien, qui protégeait l’Angleterre des tribus de Calédonie. Ce mur de métal est immense, scellé, infranchissable, et renforcé par un dispositif côtier à base de mines et de patrouilles : plus personne ne peut sortir d’Écosse. Le plan est de laisser les Écossais mourir entre eux. Le jour où le mur est achevé, une femme confie sa fille, la petite Eden, à des militaires : elle grandira du bon côté du mur, mais a perdu un œil. Contrairement à Snake Plissken dans Escape from New York, Eden ne porte pas un bandeau de corsaire, elle utilise un œil-de-verre caméra qui envoie des images vers sa montre. Grâce à cette prothèse, elle peut enregistrer ce qu’elle voit, mais aussi envoyer son œil loin d’elle et s’en servir comme d’un drone de surveillance, ce qui lui sert dans sa profession de policier de choc.

L’Écosse est isolée depuis trente ans lorsque la maladie Reaper refait subitement surface au cœur de Londres. Politiquement, la Grande-Bretagne n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été. Isolée internationalement, elle est dirigée par un premier ministre sans grande personnalité qui prend ses ordres d’un homme d’affaire d’extrème-droite nommé Canaris. Le plan de Canaris est de laisser un grand nombre de londoniens succomber au virus, car le pays est surpeuplé, puis de se présenter comme un sauveur en fournissant un remède. Car il pense qu’un remède existe : par satellite, on s’est aperçu que l’Écosse se repeuple, et on pense que cela peut être lié aux travaux d’un grand biologiste, Kane, qui était resté piégé dans l’enceinte.
Eden, un médecin et une escouade de soldats sont envoyés de l’autre côté du mur, dans des véhicules blindés. Assez rapidement, ils rencontrent Sol, qui dirige une innombrable bande de punks anthropophages et cruels. On apprendra par la suite que Sol est le fils, mais aussi l’ennemi juré du savant Kane. À peine arrivés à Glasgow, les membres de l’équipe d’Eden sont tués, à l’exception d’Eden elle-même, du médecin et d’un militaire. Les survivants échappent à Sol et partent dans les montagnes où se trouve Kane.

Kane (Malcom McDowell — qui interprétait Alex dans Orange Mécanique) est aussi fou que son fils. Il considère que le destin de l’Écosse doit être pris comme une bénédiction, une purification nécessaire, et dirige une troupe d’hommes et de femmes revenus au moyen-âge, vivant dans un château et se battant en armure. Avant de les exécuter, Kane révèle à Eden et à ses compagnons qu’il n’existe pas de traitement, que les survivants ne sont que le fruit d’une sélection naturelle. Eden parvient à se sauver et à emmener avec elle la fille de Kane, immunisée contre le virus et grâce à qui on peut imaginer de mettre au point un traitement.
Eden, qui cherche à retrouver des traces de sa mère, dont elle a tout oublié, reste en Écosse mais se débrouille tout de même pour filmer Canaris en train de détailler cyniquement ses projets, film qu’elle transmettra ensuite au chef de la police (Bob Hoskins). Après quoi elle part, semble-t-il, reprendre en mains la bande de Sol, qu’elle a décapité.

Pèle-mèle, le scénario emprunte à Escape from New York et Escape from L.A., les Guerriers de la nuit, 28 jours plus tard, Children of men, V for Vendetta, A boy and his dogResident EvilLe SurvivantMad Max, Beyond Thunderdome, et sans doute aussi au cirque Archaos et aux clips de Billy Idol… Ce récit m’en a rappelé encore deux autres, qui ne font sans doute pas partie des influences directes du réalisateur : After London (1885), de Richard Jefferies, où l’Angleterre retombe au moyen-âge, et l’abominable nouvelle The Unparallaled invasion ( 1910), de Jack London, où l’écrivain, pourtant humaniste, internationaliste et socialiste, imagine avec une froideur inquiétante que pour régler le problème de la surpopulation chinoise, il faudra un jour encercler l’Empire du milieu de murs bien gardés, puis y envoyer par voie aérienne des ampoules de gaz empoisonné dans le but d’y supprimer toute vie.

Puisqu’il recourt à des clichés pris à d’innombrables autres films, le réalisateur-scénariste Neil Marshall (Dog Soldiers, The Descent) ne se fatigue pas beaucoup pour expliquer les situations, les comportements ou les réactions des uns et des autres, ni pour expliquer, entre autres détails, comment on se procure de l’essence trente ans après avoir été totalement coupé du monde ou comment on enferme la population d’une région comme l’écosse en quelques heures. La naïveté du scénario ne fonctionne pas comme elle pouvait fonctionner dans les films du début des années 1980, parce qu’elle n’est plus sincère, elle s’adresse moins aux peurs du futur du cinéaste et de son public qu’à l’histoire du cinéma de genre. Et il ne suffit pas que la bande-son soit antique (Siouxie and the banshees, Fine young canibals, Frankie Goes to Hollywood) pour que l’on marche. En encore moins réussi, j’y vois le même défauts qu’aux films de Quentin Tarentino : beaucoup de références, mais rien d’intime. Par ailleurs, les fréquents effets « gore » — un homme brûlé vif pour être mangé, par exemple — rendent moins mal à l’aise pour le détail avec lequel ils sont traités que par la distance dont semble faire preuve le réalisateur.

L’ensemble est un peu raté. Pourtant il y avait un certain potentiel à ce récit, à une époque où l’Écosse revendique à nouveau fortement son indépendance et où se posent plus que jamais dans le monde de cruelles questions de frontières. L’œil-caméra, qui renoue avec des récits de sorcellerie, est plutôt sympathique.
Les acteurs, dont Rona Mithra qui interprète Eden, sont plutôt convaincants, mais dans l’ensemble, il manque à ce Doomsday la fraîcheur et la modestie qui en auraient fait un film « culte ».

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