Signalétique post-apocalyptique

J’ai photographié ce dessin sur un camion d’hydrocarbures. On trouve le même logo sur divers produits chimiques, il signifie « dangereux pour l’environnement ». Il remplace ou accompagne de plus en plus souvent le logo « toxique »(tête de mort), qui ne s’intéressait qu’au cas des seuls humains.

C’est, finalement, une vraie petite peinture figurative post-apocalyptique qui nous décrit un futur morbide et nous rappelle ce qui en sera la cause : nous ! Chacun, sur ses produits anti-insectes ou sur ses pots de peinture possède cette petite œuvre déprimante.

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Sandow Birk

Certains l’auront remarqué, ce blog ne connaît pas une activité frénétique ces temps-ci. Il faut dire que l’on m’a confié l’ambitieux projet d’un livre consacré à la fin du monde, et celui-ci m’occupe à temps complet.

Je découvre Sandow Birk, peintre californien qui a commencé à produire à la fin des années 1980, qui s’intéresse beaucoup à la représentation de catastrophes et, notamment, des guerres contemporaines, qu’il représente en recourant au langage visuel d’artistes anciens, comme Jacques Callot, dont il s’inspire pour la série The Depravities of war.

Certains de ses travaux évoquent des évènements absolument fictifs, comme la guerre qu’il imagine entre San Francisco et Los Angeles et qu’il représente à la manière des peintres d’histoire.

Avec American Qu’ran, il illustre et retranscrit à la gouache les 114 sourates du Coran, en s’inspirant des enluminures persanes et arabes.

Sa série The Rise and Fall of Los Angeles montre, en cinq tableaux, l’évolution du paysage américain : préhistoire, âge pastoral, urbanisation, et enfin, destruction et désolation.

Ces deux tableaux sont en fait une référence à la célèbre série The course of Empire (1833-1836) de l’américain Thomas Cole, qui racontait la marche du monde, depuis ses origines sauvages jusqu’à l’après civilisation :

Je trouve le travail de Sandow Birk extrêmement intéressant, car s’il est loin d’être le premier à s’être amusé avec le principe du « mash-up », il me semble qu’il le fait avec un grand sérieux et un authentique amour pour les œuvres qu’il pastiche.

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La dernière camionnette

Le Super Bowl, est la finale du championnat de football américain. Cette compétition est à ce point populaire qu’elle rassemble plus de cent millions de téléspectateurs chaque année, ce qui constitue un record. C’est toujours l’occasion pour les marques de dévoiler leurs nouvelles campagnes de publicité, ou parfois, de présenter des publicités qui ne seront jamais rediffusées par la suite. Il n’est pas exagéré de dire que les publicités du Super Bowl sont devenues une institution au même titre que le Super Bowl lui-même.

Cette année, la marque automobile Chevrolet a diffusé deux spots, dont un, qui vante le modèle « Chevy Silverado 2012 » joue avec la question de la fin du monde. On y voit un monde dévasté par plusieurs désastres (robot géant, météorite, soucoupe volante, volcan) où un homme et son chien ont survécu et émergent des décombres tandis que Barry Manilow chante Looks like we made it. L’homme et son compagnon sont dans une voiture Chevrolet. Ils se rendent à un lieu de rendez-vous où les attendent trois hommes, eux aussi possesseurs du même modèle de voiture.
Il en manque un, Dave, dont on apprend qu’il ne conduisait pas la plus durable et la plus fiable des voitures, mais qu’il roulait en véhicule Ford — la marque la plus populaire pour les camionnettes de ce genre.
Pour consoler l’assemblée de la disparition de l’imprudent Dave, un des survivants distribue des Twinkies, biscuit à base de génoise, qui sont une institution américaine depuis trois quart de siècle, qui ont la réputation d’avoir une durée de conservation hors du commun et qui sont au centre de la comédie Zombieland.
À la toute fin du film, une (molle) pluie de grenouilles tombe sur le petit groupe.

Ce film publicitaire associe plusieurs éléments de la mythologie américaine : le pickup des fermiers américains, la marque centenaire Chevrolet, l’amitié virile (où sont les femmes ?) middle-class, le Super Bowl et même une marque de biscuit. L’Amérique éternelle ?
La fin du monde qui est décrite accumule toutes les catastrophes qui ont été prédites pour le 21 décembre 2012 et fait une allusion aux punitions divines, avec la pluie de grenouilles, mais évite soigneusement les questions liées au pétrole et au réchauffement climatique.
La dernière scène se situe au milieu de ruines qui rappellent l’architecture romaine plus qu’autre chose. Avec un peu de mauvais esprit, on peut voir ici une métaphore de l’effondrement de l’empire américain, à peine gêné de son déclin tant que les voitures roulent et qu’il y a des gâteaux à manger.

(Merci à Sylvia L. de m’avoir signalé ce film)

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Moonraker

Dans le film Moonraker (Lewis Gilbert, 1979), James Bond (Roger Moore) se bat contre Hugo Drax (Michael Lonsdale), un milliardaire californien qui veut tuer la totalité de l’espèce humaine grâce à un poison neurotoxique sans effet sur les autres espèces vivantes — ou du moins sans effet sur les rats, car on n’est pas certain que le produit ait été testé sérieusement sur tous les animaux terrestres.

En secret, Drax a construit une station spatiale où il compte réunir un groupe d’hommes et de femmes d’une beauté idéale, amenés par des navettes spatiales dont il est le constructeur et qu’il a, pour partie, dérobées à ses propres clients. Son plan est de revenir sur Terre, à la tête de sa race parfaite, pour repeupler la planète1.
Ce qui sauvera James Bond, pour finir, c’est l’aide impromptue que lui fournit son ancien ennemi Jaws (en français, Requin) qui se retourne contre Drax en comprenant que sa compagne Dolly et lui-même seraient exclu du monde de beauté idéale qu’avait planifié leur employeur. La fin du monde est donc évitée.

La référence au Déluge biblique, que Dieu utilise pour nettoyer la terre de l’humanité à l’exception d’un petit groupe de survivants choisis par lui, est lourdement explicite dans le film. Voyant les passagers de la navette, Bond murmure : « et les animaux montèrent deux à deux ». Et lorsque le docteur Holly Goodhead lui demande « à quoi faites-vous allusion », il précise : « À l’arche de Noé ».

On trouve de nombreuses histoires de suppression intentionnelles de toute vie sur terre, notamment à base de virus, par exemple avec L’armée des 12 singes (1995) ou avec la nouvelle La Morale et le virologue, par Greg Egan, dans le recueil Axiomatique (1995).

Il existe aussi des tentatives d’aboutir effectivement à ce résultat. Le cas le plus spectaculaire est celui des attentats prévus ou réalisés par Aum Shinrikyō, secte japonaise qui mélange bouddhisme, apocalyptisme et hindouisme, et dont le gourou Shōkō Asahara a cherché à plusieurs reprise à se procurer ou à mettre au point des moyens de provoquer une éradication de la vie humaine sur terre : minerais radioactifs sans doute destinés à créer une bombe, toxine botulique, anthrax, cyanure et enfin gaz sarin.
Le 20 mars 1995, la secte Aum a libéré du gaz sarin dans le métro de Tokyo, faisant douze morts et cinq mille blessés. Le mois suivant, un attentat au cyanure et un autre attentat au gaz sarin ont pu être déjoués. On a retrouvé dans une chapelle cinquante tonnes de gaz sarin, qui, libérés, auraient facilement pu tuer six millions de personnes.

Plus pacifiques, les Témoins de Jéhovah, comme de nombreux autres adeptes d’évangélismes millénaristes, s’en remettent à la providence divine pour atteindre le même but : la disparition de toute vie humaine sur terre à l’exception d’une poignée d’élus qui aura le privilège de vivre éternellement sur une terre pacifiée, redevenue un Eden où hommes et animaux vivront en harmonie, où les tigres mangeront dans la main des enfants, et dont les 144000 rescapés se partageront les biens de ceux qui n’auront pas eu le courage d’assister chaque semaine aux interminables prêches de la « salle du royaume » et qui n’auront pas fait leur quota mensuel d’heures de démarchage en porte-à-porte pour le compte de la « Watchtower Society ».

  1. Dans le roman dont est inspiré le film, Drax était un ancien nazi défiguré qui avait réussi à se faire passer pour un héros de guerre britannique amnésique et qui, toujours rongé de haine pour l’Angleterre, planifiait de détruire Londres à l’aide d’un missile surpuissant. []
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La fin du monde dans une boite

Dans Kiss Me Deadly (En quatrième vitesse, Robert Aldrich, 1955), le détective Mike Hammer se trouve embarqué dans une affaire qui le change de ses enquêtes sur des adultères. Pour retrouver une boite mystérieuse tout autant que pour cacher son existence, des mafieux et des espions, peut-être même issus d’agences gouvernementales, sèment les cadavres sans le moindre scrupule…

On ne saura pas le contenu de la boite, dont le contenu a brûlé la main de Hammer.
Le lieutenant Pat Murphy, l’ami de Mike, le lui évoque de manière voilée :
« Now listen, Mike. Listen carefully. I’m going to pronounce a few words. They’re harmless words. Just a bunch of letters scrambled together. But their meaning is very important. Try to understand what they mean. Manhattan Project, Los Alamos, Trinity »1.

Le projet Manhattan, c’est le programme de recherches qui a abouti à la création de la bombe A.  Los Alamos, c’est la ville où se situait le centre de recherches qui était employé à ce projet. Enfin, Trinity est le nom du premier essai d’explosion nucléaire de l’histoire.
On comprend donc que le contenu de la boite, qui est en plomb et qui brûle les doigts de ceux qui la touchent, a un rapport avec l’arme atomique et avec la radioactivité.

Après bien des péripéties, Lily Carver, une espionne vénale, parvient à mettre la main sur le coffre, dont elle sait qu’il contient une fortune mais sans savoir de quoi il peut s’agir. Elle ne résiste pas à la tentation d’ouvrir la boite, mais c’est une mauvaise idée. Comme hypnotisée par ce qu’elle voit, elle ne referme pas la boite et est brûlée vive, avant que la villa où elle se trouve ne brûle à son tour.

Dans son montage actuel, le film se termine sur une plage ou Mike Hammer et sa secrétaire Velma s’enlacent. Il a existé une autre fin, ou le mot « The End » était appliqué sur l’image de la maison en train d’exploser. Cette version pessimiste signifiait que les deux héros ne survivaient pas, et, pensent certains, que le reste du monde non plus.
Le rapport à la peur de l’arme nucléaire n’était pas présent dans le roman dont est tiré le scénario et correspond aux peurs un peu naïves nées de la guerre froide et de l’effroi causé par les premières explosions atomiques. 

Cette histoire de boite capable de causer la fin du monde rappelle l’histoire de Pandore, qui ne résiste pas à la curiosité d’ouvrir une boite qu’on lui a confié et qui contient tous les malheurs du monde (la vieillesse, la maladie, la guerre, la famine, la misère, la folie, le vice, la tromperie, la passion, mais aussi l’espérance, seul malheur (?) que Pandore ait pu conserver dans la boite). Cela rappelle aussi l’histoire de la suicidaire Psyché,  tombée dans un sommeil éternel pour avoir contemplé la beauté de la mort : la boite contenait un peu de la beauté de Perséphone, reine des enfers.
(Ci-dessus, les deux récits mythologiques illustrés par John William Waterhouse).

On peut aussi penser à l’étrange Repo Man (La mort en prime, Alex Cox, 1984), film de science-fiction dans lequel plusieurs personnes se disputent une voiture Chevrolet Malibu 1964 dans le coffre de laquelle se trouve un objet de nature secrète qui s’avèrera être un extra-terrestre volé au centre de recherches de Los Alamos (encore !), dont la température ne cesse de monter et dont les radiations annihilent tous ceux qui s’en approchent : ouvrir le coffre, c’est signer son arrêt de mort.

Dans Mulholland Drive (David Lynch, 2001), il est aussi question d’une boite bleue dont l’ouverture modifie (ou révèle) la réalité, et qui, selon les exégètes de Lynch, est autant une référence à la psychanalyse qu’au film Kiss Me Deadly.

On trouvera sans peine de nombreuses histoires de boites mystérieuses et aux pouvoirs immenses, parfois capables de détruir l’univers entier. Les exemples qui me viennent sont l’Apocalypse Box, coffre qui renferme un savoir infini dans l’univers de Babylon 5 ; le Cube cosmique des aventures de Captain Marvel, par Jim Starlin, qui confère à son possesseur un pouvoir infini ; la boite de Lemarchand, dans la série de films d’horreur Hellraiser ; et bien sûr (mais je ne l’ai pas encore vu), la boite du film The Box.
Je note par ailleurs que le « bouton » qui permet aux présidents américains de déclencher une guerre atomique est souvent représenté comme une boite sur laquelle ou à l’intérieur de laquelle se trouve un bouton poussoir, ou une interface permettant d’entrer un code d’activation,…

  1. « À présent, Mike, écoute, écoute bien. Je vais prononcer quelques mots. Ce sont des mots inoffensifs. Juste quelques lettres associées dans le désordre. Mais leur sens est très important. Essaye de comprendre ce qu’ils signifient : Manhattan Project, Los Alamos, Trinity » []
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Fin du monde et folie (citation)

« Le thème de la fin du monde, de la grande violence finale, n’est pas étranger à l’expérience de la folie telle qu’elle est formulée dans la littérature. Ronsard évoque ces temps ultimes qui se débattent dans le grand vide de la Raison (…) »

Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, 1962

(merci à Inès Jerray qui a pensé à moi en tombant sur cette référence)

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Ruinenwerttheorie

La Ruinenwerttheorie, ou théorie de la valeur des ruines, est un principe défendu par Albert Speer, l’architecte des bâtiments construits sous le IIIe Reich1, qui en parle dans ses mémoires et s’en considère l’inventeur.

Le principe de la Ruinenwerttheorie est de construire des bâtiments en fonction de leur futur état de ruine : le bâtiment n’est pas seulement construit pour être utilisé par ses contemporains mais aussi pour provoquer l’admiration de ceux qui le retrouveront à l’état de vestige mille ans plus tard. Cette théorie s’inspire évidemment de l’héritage gréco-romain — dont l’architecture nazie est partiellement inspirée.
Speer a manqué de temps pour mettre ses théories en application, son plan de rénovation de la ville de Berlin (Welthauptstadt Germania — Germania, capitale du monde), notamment, n’a pas vraiment dépassé le stade du projet. De fait, les images de ruines liées au IIIe Reich qui viennent spontanément à l’esprit sont celles du Reichstag dévasté (gauche) ou des décombres de Dresde après deux jours de bombardement intensif (droite).

Une future ruine restée à l’état de projet, voilà un concept qui donne un peu le vertige. Quand au fait de penser l’architecture pour ses vestiges, elle trahit sans doute assez bien les ambitions à la fois morbides et démesurées du régime nazi, qui voulait s’inscrire dans la légende tragique des plus grandes civilisations passées, jusqu’à prévoir sa propre archéologie.

  1. Speer était aussi ministre de l’armement et des munitions, condamné à vingt ans de prison au terme du procès de Nuremberg — durée plutôt courte, si l’on considère l’implication de Speer dans le parti nazi, qui est sans doute due aux remords qu’il a exprimé vis à vis des crimes nazis, et au fait qu’il soit parvenu à convaincre qu’il n’avait eu aucune conscience de l’holocauste. []
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La fin est d’actualité, par Paul Gros

Petit film réalisé par Paul Gros dans le cadre du Workshop « fins du monde » à l’école d’art du Havre.

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Sans titre, par Marie Gallimardet

Petit film réalisé par Marie Gallimardet dans le cadre du Workshop « fins du monde » à l’école d’art du Havre.

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Steve McGhee

Steve McGhee est un illustrateur canadien. Il a été formé au graphisme et à la publicité au George Brown College de Toronto.

Sur son site, il explique ne pas être une personne morbide, qu’il n’est pas du genre qui se réjouit à l’idée des désastres véritables, qu’il aime beaucoup la vie, mais que l’illustration de cataclysmes constitue pour lui une forme de défoulement, comme d’autres font du sport ou comme d’autres s’adonnent à la boisson. Pour lui, les désastres posent des questions fondamentales : que ferait-on face à un cataclysme ? Comment réagirions-nous en apprenant qu’un être cher se trouve dans un avion en détresse ? Penser aux catastrophes permet de penser à ce à quoi (et ceux à qui) l’on tient vraiment.

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Documentation

J’ai commandé, emprunté ou feuilleté pas mal de livres relatifs à la fin du monde, mais parmi les derniers reçus je suis particulièrement satisfait d’avoir ces deux-là :

On ne tire pas sur une ambulance, novelette (grosse nouvelle ou petit roman) apocalyptique de Francis Mizio parue cette année chez l’éditeur In8. Excellente histoire d’une Apocalypse provoquée par l’annonce qu’il n’y aura pas de fin du monde…
La fin du monde en S.F., de Pierre Caillens, copieux (500 pages) ouvrage de passionné devenu tout à fait introuvable, d’autant qu’il n’en existe, si j’ai compris, qu’une centaine d’exemplaires.

Pas rare du tout mais plus inattendu, Le Nuage bleu (2000), un conte pour enfants de Tomi Ungerer où un nuage pacifiste se sacrifie pour arrêter une guerre civile. Certaines pages ont une ambiance de fin du monde très réussie.

Reçu aussi : Apocalypse de l’atome (Fernand Gigon, 1958), 120 minutes pour sauver le monde (Bryan Peters, 1959), la série de DVDs L’Apocalypse (Gérard Mordillat, Jérôme Prieur),…
Merci pour les suggestions à Francis Mizio, Daniel Sciboz et Francis Valéry.

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