Profitez-en, après celui là c'est fini

Interactivité amusante

mars 16th, 2009 Posted in Brève, indices, Les pros | 25 Comments »

Le contexte, d’abord.
Jeudi prochain je dois prendre un train pour la bonne ville de Rennes mais cela tombe un jour de grève générale.Tout naturellement, je vais voir ce qu’en dit le site de la Société Nationale des Chemins de fer Français (SNCF) puisque, paraît-il, cette vénérable institution fait d’extraordinaires efforts pour informer les voyageurs.

En bas de la page à gauche, se trouve un petit encadré (pointé par la grosse flèche noire que j’ajoute à la capture d’écran) qui me propose de vérifier si mon train ne sera pas perturbé par des travaux ou des mouvements sociaux.

Cette zone contient trois promesses d’interactivité : un menu déroulant, où je suis invité à sélectionner la date de mon train ; un bouton valider ; un lien d’aide. Tout cela semble assez familier au premier abord, mais voilà, quand je clique, rien ne se produit. Rien du tout. Le menu ne se déroule pas, l’aide ne fait rien et le bouton valider est tout aussi inutile. C’est pour cela que je parlais de promesses d’interactivité et non de zone de dialogue.

Ce genre de chose se produit régulièrement à cause de ce fléau que sont les publicités au format flash qui s’affichent, en transparence au dessus de la page entière : tant que la publicité n’a pas été diffusée, on ne peut rien faire, aucun clic n’est pris en compte. 
Mais cette fois, ce n’est pas ça. La zone en question est en fait une simple image au format png. Le menu déroulant, le bouton et le lien sont des faux. Il ne s’agit pas d’une image de placement laissée là par un graphiste en attendant que les développeurs du site intègrent la fonction, car une rapide recherche sur archive.org permet de vérifier que cette section du site a déjà fonctionné dans le passé. C’est juste une imposture, une image qui sert à faire croire à tous ceux qui n’essaieront pas de cliquer qu’ils pourraient, s’ils voulaient, s’ils en avaient besoin, être informés. Un trompe-l’œil, un cache-misère.

… Impossible de ne pas penser à la scène de Tintin au pays des soviets où le reporter belge découvre (ou plutôt feint de découvrir ) que les usines modèles des soviétiques sont en fait fausses, que les bruits des machines sont ceux de tôles frappées et que les fumées qui sortent des cheminés sont celles de paille brûlée.

Reste à comprendre la raison de l’absence de cet outil d’information.

Exposition « +1 » à l’école supérieure d’arts du Havre

mars 16th, 2009 Posted in Cimaises | No Comments »

Quelques photos du vernissage…
Comme on le voit, l’accrochage est suffisamment minimaliste (huit pièces d’assez petit format à l’exception d’une projection) pour qu’on ne voie aucune œuvre sur ce cliché :

L’exposition « +1 » a commencé à la fin du colloque « Esthétiques spéculatives 2 » organisé par Stéphane Trois Carrés où intervenaient plusieurs membres de l’association Les Algoristes : l’historienne de l’art Élise Aspord (auteur d’une thèse sur L’ Art évolutif et comportemental) ; Pierre Berger, qui est entre autres vice-président d’ACM/Siggraph France ; Xavier Gouchet, ingénieur et chargé de cours en Arts et technologie de l’image ; Benjamin Raynal et Adrien Hérubel, de l’Institut d’électronique et d’informatique Gaspard-Monge (Marne la Vallée).
J’ai clos le colloque en parlant de mes douze années de collaboration avec Claude Closky, ce qui faisait un peu le lien entre cette journée consacrée aux outils de création numérique (et dont le public était composé de nombreux profs d’arts plastiques du secondaire) et le vernissage de l’exposition.

J’en profite pour remercier tous ceux qui m’ont aidé d’une manière ou d’une autre pour le montage et la préparation de cette exposition, à commencer par Claude Closky bien sûr, mais aussi Thierry Heynen, Daniel Boisselier, Thibaut Sallard, Michel Bréant, Charly, Corinne Peuchet, Danielle Gutmann, Juliette Guernet, Solène l’Hostis et Laeticia Leleu.

OpenProcessing

mars 15th, 2009 Posted in Brève, Link-dropping, Processing | 5 Comments »

Le site OpenProcessing.org, dont la dernière version a été lancée le mois dernier, est un dépôt de créations réalisées avec Processing. Inspiré du modèle FlickR, il permet de partager ses travaux selon des licences libres. Chaque création est accompagnée de son code source.

Site « communautaire », OpenProcessing permet par ailleurs à ses utilisateurs de commenter les diverses créations déposées. Le commentaire, qui est parfois quelque chose d’inutile dans le cas des dépôts de vidéo ou d’images (Youtube, FlickR, DeviantArt, etc.), a ici tout son intérêt puisqu’il peut servir à suggérer des améliorations ou des variantes du code.

Livre électronique

mars 15th, 2009 Posted in Mémoire, publication électronique | 17 Comments »

À l’occasion de l’ouverture du salon du livre, les journaux télévisés s’agitent beaucoup autour du concept de « livre électronique ». On place un micro sous le nez des bibliophiles pour  qu’ils disent si à leur avis le livre-papier est une idée dépassée et s’il sera remplacé dans un futur proche par le support numérique1. Les interviewés répondent bien entendu non aux deux questions, souvent sur un mode sentimental : le toucher du papier, l’odeur de l’encre, rien ne remplace ça disent-ils. Ensuite on demande à un professionnel du livre s’il pense que le livre numérique rencontrera des problèmes de piratage, comme c’est le cas du disque et du film, à quoi le professionnel répond que non pas du tout, puisque toutes les mesures ont été prises pour l’empêcher. Pour finir, le reporter conclut le sujet en s’étonnant de la vigueur du marché du livre dont le chiffre d’affaire ne baisse pas malgré l’engouement suscité par les e-books, engouement qui n’est pour le moment une évidence que pour lui, mais passons.  Je suis toujours sidéré de la capacité des journaux télévisés à meubler des sujets sans grand intérêt par des micro-trottoirs où les «acteurs» d’un domaine sont transformés en mauvais acteurs de réclames. Et il s’agit bien de réclame car, manifestement, on a décidé de nous vendre le livre électronique cette année.

J’ai pour ma part une impression de déjà-vu, et ce n’est pas qu’une impression puisque les premiers e-books commercialisés datent d’il y a plus de dix ans. Le e-book est un serpent de mer technologique qui n’a toujours pas trouvé son public à ce jour. Et par charité je ne rappelle pas la période où le cd-rom allait (on nous le jurait) remplacer le livre. Est-ce que cette fois sera la bonne ? Considérant le prix des engins et le prix des fichiers à lire (10 euros pour un best-seller immatériel), j’en doute un peu, mais je peux me tromper.

La technologie a cependant énormément évolué. On utilise aujourd’hui de l’encre électronique (ou du papier électronique, c’est la même chose), qui se distingue des écrans à cristaux liquides par son aspect — la page n’est pas éclairée par en dessous, mais par la source de lumière dont on dispose, comme le papier normal — et par sa faible consommation — le papier électronique n’a besoin de courant électrique qu’au moment du changement de page.

Il y a dix ans, quand on demandait aux gens qui en avaient vu (ou pas, d’ailleurs) ce qu’ils pensaient des lecteurs d’e-books à cristaux liquides, ils disaient que la lecture était pénible, désagréable à l’oeil, trop lumineuse… Mais en dix ans il s’en est passé des choses, et notamment le fait que nous sommes tous amenés à lire des pages et des pages de texte sur nos ordinateurs portables, sur nos écrans LCD d’ordinateur de bureau ou sur des téléphones. La lecture sur ordinateur est entrée dans les mœurs même si elle concerne généralement des textes courts (quelqu’un a-t-il déjà lu un roman entier sur ordinateur ?), non pour une question d’écran d’ailleurs mais souvent pour une question d’ergonomie.
La baisse du prix et l’augmentation de l’étendue des mémoires informatiques modifie en tout cas complètement ce genre d’objet, qui peut à présent embarquer des milliers d’ouvrages et bientôt des bibliothèques entières. Deux cent ou cinq cent mille pages dans un objet qui pèse moins de 300 grammes, voilà qui semble intéressant. L’universitaire qui compte passer l’été à travailler peut enfin répondre à la question « quel livre emmèneriez-vous sur une île déserte ? »

Sur son blog, Christophe Druaux expose les principaux défauts du livre numérique à commencer par le fait que la «liseuse» constitue un équipement supplémentaire qui peut faire doublon avec plusieurs ustensiles capables d’afficher du texte (ordinateur, ultraportable, pda…). Nous verrons bien.
J’ai assisté par hasard à une conversation sur le sujet à laquelle participait un célèbre auteur de bande dessinée. Il n’a pas parlé de l’odeur du papier ou du noir de l’encre, mais il a rappelé un fait tout bête qui est que le livre, le bon vieux livre, est bien un des seuls moyens de stockage des œuvres de l’esprit qui fonctionne sans piles, sans dispositif de lecture. Contrairement au disque, au cd-rom, au site web, au dvd, et bien entendu à l’ebook.
Inversement, les fichiers numériques, bien qu’ils soient théoriquement duplicables à l’infini et sans perte, connaissent une obsolescence rapide. J’ai personnellement une belle collection de cd-roms qui ne fonctionnent plus (support endommagé, inadaptation aux systèmes actuels) et il n’y a pas de raison que l’e-book s’en tire mieux. Supposons par exemple que dans trois ans Amazon décide de laisser tomber sa liseuse Kindle 2, ou qu’une faille du format vis à vis du piratage oblige ses créateurs à le modifier, eh bien ceux qui auront acquis des romans au format propriétaire du Kindle 2 perdront rapidement tout. Or la chose (l’abandon d’un format par ses promoteurs) n’est pas une chose possible, c’est une chose absolument certaine. Tout ce qui peut sauver les e-books de ce problème, ce serait qu’un format protégé de fichier s’impose (certains lecteurs lisent le pdf et le rtf il est vrai, mais ce ne sont pas des formats qui permettent d’éviter le piratage)

Ce qui m’amène aux sympathiques oeuvres du jeune artiste Cody Trepte (né en 1983) qui porte le numérique sur support papier, au contraire de la tendance qui consiste à tout virtualiser.
Avec One Year of archived e-mail, l’artiste stocke une année entière de courrier sur cartes perforées.

Avec son Photo Album, il transforme chaque photographie en un livre rempli de zéros et de uns. La couverture de chaque cahier est une description de l’image.

  1. Les médias d’information parlent sans cesse du « passage du livre au numérique ». Ils semblent oublier que la vraie « révolution numérique » dans le monde du livre a déjà eu lieu, c’est l’arrivée de logiciels de traitement de texte, de composition typographique et de mise en page. Quand à la littérature sur support électronique, elle existe depuis 1971 au moins avec le projet Gutenberg  [↩]

Science-Fiction et vocations scientifiques

mars 9th, 2009 Posted in Au cinéma, Brève, Sciences | 4 Comments »

Intéressant, je découvre qu’un documentaire proche de mes préoccupations sort aux États-Unis : Monsters from the id (Monstres du «.ça.»), de Dave Gargani, un réalisateur de films publicitaires. Le point de départ de l’auteur, tel qu’il le raconte, était de réaliser une étude sur les films de science-fiction de série B des années 1950. Au fil des visionnages, sa manière de voir ces films a complètement changé. Au delà de la lecture que les historiens ont généralement de ce cinéma fait de cerveaux rampants et de tarentules géantes qu’on prend traditionnellement pour l’expression d’une peur du communisme et de la bombe atomique, il a perçu un positivisme scientiste et un grand enthousiasme envers la notion de progrès scientifique. Il raconte aussi que le savant fou (irresponsable et dangereux) a été concurrencé sinon remplacé par le savant « moderne » (responsable et soucieux du bien de l’humanité).
Cette observation précise me semble discutable, je vois pour ma part de nombreux savants modernes dans les fictions du XIXe siècle et, surtout, de la première moitié du XXe siècle, notamment chez Edgar Rice Burroughs, chez H.G. Wells avec The Time Machine bien sûr, mais aussi avec le superbe film Things to come (scénarisé par Wells juste avant la seconde guerre mondiale), où un monde détruit par la bêtise humaine est rebâti par une république de savants élégants… (on en reparlera)
On trouve aussi un personnage marquant de savant positif dans le Flash Gordon d’Alex Raymond, le docteur Zarkov. Il est vrai qu’avant-guerre les savants positifs sont souvent des explorateurs (anthropologues, archéologues…).

Dave Gargani remarque que celui qu’il nomme le « savant moderne » est brillant, charmant, et même bel homme. Si ce personnage du savant moderne existait déjà, il est possible effectivement qu’il ait été particulièrement présent dans les années 1950.
La thèse du documentaire est que cet enthousiasme pour la science qui anime le cinéma de science-fiction d’après-guerre a provoqué de véritables vocations scientifiques. La science-fiction ne servirait donc pas à prévoir un futur mais à le construire.
Le documentaire donne entre autres la parole à Homer Hickam, un ingénieur de la Nasa autodidacte, et à Leroy Dubeck, qui utilise la science fiction comme support pédagogique à l’université.

Le film traite aussi du présent, c’est à dire de l’actuel effondrement des vocations scientifiques aux États-Unis, pays qui se trouve (je cite la bande annonce mais je n’ai pas trouvé de détails sur ce chiffre) au 25e rang mondial en nombre de diplômés à l’université dans le domaine scientifique.  La baisse de l’importance du personnage du savant moderne dans le cinéma de science-fiction y est peut-être pour quelque chose, mais on peut imaginer que l’indulgence dont jouissent les thèses inspirées par la religion (créationnisme, dessein intelligent, géocentrisme) cause aussi beaucoup de tort à l’enseignement supérieur américain.
On pourrait comparer cette situation à celle du Japon, pays où les sciences et les technologies ont une importance énorme, qui est extrèmement avancé dans le domaine, par exemple, de la robotique, et qui est sans doute aussi le pays qui produit le plus d’œuvres de science-fiction à présent, notamment par le biais du dessin animé et de la bande dessinée.

Il y a certainement d’autres raisons, notamment le manque de considération actuel (car je crois que c’est un travers spécifique à notre époque) pour ce qui n’est pas utilitaire.

Dans un de ses premiers romans (refusé par l’éditeur et édité pour la première fois il y a quinze ans seulement), Paris au XXe siècle, Jules Verne imaginait que les sciences et les techniques deviendraient l’unique passion de la population des années 1960. Le héros du livre, Michel Dufrénoy, y est la risée de tout le pays et une source d’embarras pour sa famille car il a obtenu un premier prix en versification latine. La littérature est méprisée, les poésies ont des titres tels que Le parallélogramme poétique et l’on ne peut espérer percer dans la musique qu’avec des morceaux inharmonieux aux titres tels que Grande Fantaisie sur la liquéfaction de l’acide carbonique.
Cette opposition science/lettres ou science/arts, si clairement exprimée dans le roman de Jules Verne, est un vieux poncif.
Je pense qu’il s’agit d’un lieu-commun erronné : la science n’est pas plus à la mode à présent que ne l’est la littérature. C’est à mon avis, ce qui ne rapporte pas directement d’argent qui est méprisé. Donc l’art lorsque l’on ne peut pas parler de records chez Sotheby’s, la littérature lorsque l’on ne parle pas de best-sellers ou la science lorsque l’on ne parle pas de brevets rémunérateurs.

Un an

mars 8th, 2009 Posted in Brève, Le dernier des blogs ?, Personnel | 24 Comments »

C’est avec une fierté mal contenue que je célèbre l’anniversaire, à la minute près, de la première année d’existence de ce blog. Comme on me l’a fait remarquer plus d’une fois — et à dire vrai j’avais prévu la chose —, « le dernier blog » n’aura pas vraiment été le dernier blog, il y en a eu d’autres depuis et il y en aura sans aucun doute d’autres dans l’avenir.
Ce n’est peut-être même pas mon propre dernier blog. J’ai néanmoins préféré ne pas changer de titre afin d’éviter d’égarer mes plus fidèles lecteurs et de ne pas m’enfermer dans des calculs mesquins (est-ce l’avant avant avant avant avant dernier blog, ou pour l’avant avant avant avant avant avant avant avant dernier ?).

Au passage, je salue quelques naissances : Webdrama archiv (le blog très attendu de Jean-Michel Géridan), Amazonie-Bay (mon frère Jérôme, j’ai déjà signalé ce blog il y a quelques semaines), Une grosse montre avant cinquante ans (un angoissant portrait en creux de la société de consommation) et, un peu plus vieux mais je ne l’ai pas mentionné ici je pense, Site views de Claude Closky ; Qui n’est pas un véritable blog d’ailleurs, mais il y ressemble.

À présent, quel bilan faire de cette année passée ? Tout d’abord je constate que la pratique du blog est extrêmement plaisante (ayant vécu l’époque héroïque de la home-page, que l’on codait à la main, j’ai longtemps eu une pointe de mépris pour la pratique du blog), c’est un moyen efficace pour stocker et retrouver ensuite des éléments de réflexion personnels et des bribes de choses apprises. Il n’est pas rare que je retourne à mon propre blog pour me rappeler le nom de tel artiste ou le scénario précis de tel film. Je m’en sers aussi comme outil de structuration de mes idées, c’est à dire que ce que j’ai produit ici peut servir de ferment à des textes plus structurés, notamment pour ma thèse à venir. Enfin, le blog constitue aussi un excellent moyen pour nouer ou renouer (anciens étudiants,…) des contacts.

Il y a aussi des aspects négatifs. L’espèce de besoin compulsif de publier des articles (pourquoi faut-il que j’aie publié mon article sur Terminator tel jour alors que tout le monde m’attend sur des projets rémunérateurs et sérieux ?). Encore plus navrant, le besoin d’aller consulter ses statistiques…
Parfois aussi on s’écoute parler, on oublie d’être lisible ou intéressant.
Par exemple, maintenant. Bon, j’éteins, je souffle, pffft. Un chouette anniversaire ma foi.

Les professionnels et les amateurs

mars 8th, 2009 Posted in Lecture, Les pros | 6 Comments »

Un petit article paru sur LeMonde.fr puis dans l’édition papier du journal Le Monde agite la « blogosphère » depuis deux jours. Intitulé Les blogs: info ou influence? et signé par Xavier Ternisien, il entend traiter d’un phénomène qui angoisse plus d’un titulaire de carte de presse : l’influence grandissante des blogueurs.
Sous couvert d’impartialité et par le biais de citations choisies, l’article affirme haut et fort que les blogueurs sont des journalistes en pyjama irresponsables, incapables de traiter de leur sujet de manière objective, qui ôtent le pain de la bouche de ceux qui exercent avec sérieux la profession de journaliste patenté.
Pourtant ce genre de journaliste-pas-sérieux existe aussi dans les médias établis, on appelle ça un éditorialiste, c’est à dire quelqu’un qui commente l’actualité par des opinions subjectives. Il ne vérifie rien, il ne donne pas des coups de fils pour recouper les informations et il ne fait preuve ni de distance ni d’objectivité. La presse a toujours connu ces deux formes de journalisme. Sous la Révolution française par exemple, certains journaux (quotidiens souvent) rapportaient le plus fidèlement possible les débats à l’Assemblée ou les nouvelles des champs de bataille, tandis que d’autres, à parution hebdomadaires, faisaient le commentaire politique de l’actualité. On lisait les premiers pour savoir ce qu’il se passait, et les seconds, pour conforter ses propres positions : le Vieux Cordelier de Camille Desmoulins si on est un « indulgent », Les Actes des apôtres de Rivarol si l’on est monarchiste, Le père Duchesne de Jacques-René Hébert si on est un « exagéré », etc. 
Ce n’est pas par hasard que je parle de la Révolution française puisque, dans l’histoire de ce pays en tout cas, cette période a été celle d’un bouleversement total de la pratique de la diffusion des idées. La liberté d’expression est devenue, pour quelques années, un droit1 et les corporations ont été supprimées, ce qui a permis à qui le souhaitait de s’établir imprimeur et d’éditer et de diffuser ce qu’il voulait. Pendant la période révolutionnaire, il s’est créé cinq fois plus de journaux qu’au cours des deux siècles précédents. Et pourtant, les moyens techniques qui ont permis une large diffusion et un abaissement de l’imprimé (presse à vapeur, grandes rotatives et lithographie notamment) n’avaient pas encore été inventés. Il faut dire que ces moyens baissent le prix unitaire des journaux mais impliquent des investissements importants. Ils sont à la base de la grande presse capitaliste.

Je ne pense pas que le modèle économique de la presse révolutionnaire ait été très sûr, il n’était en tout cas pas unifié. Il y avait des journaux sur souscription ou sur abonnement, payés à la pièce, tous plutôt chers, mais aussi des journaux affichés sur les murs et consultables gratuitement.
Sous le Directoire puis sous l’Empire, les libertés éditoriales et financières de la presse ont progressivement disparu, notamment à coup de frais fixes (taxes spéciales et obligation de rémunérer un « censeur ») et de tracasseries policières. C’est à ce moment que la presse est devenue « professionnelle », et chaque période de suppression de la liberté d’expression qui a suivi s’est accompagnée d’une réglementation du métier de journaliste. Aujourd’hui, la quasi-totalité de la presse professionnelle est dépendante de la publicité. Ce modèle est assez pernicieux, car en pratique il ne permet pas aux journalistes de faire une critique véritable de la société de consommation, d’autant que quelques dispositifs légaux tels que la loi sur la contrefaçon de marques, l’interdiction du pastiche lorsqu’il sert des fins de dénigrement commercial, l’interdiction de l’appel au boycott ciblé2 et la loi sur la diffamation permettent de museler les récalcitrants trop bruyants. On a le droit de dire du mal de n’importe quel parti politique mais, dans la pratique, il est bien plus risqué de s’en prendre à l’Oréal ou à Orange dont le pouvoir est pourtant immense. Parmi les premiers sites à avoir été attaqués devant la justice en France, on en trouve un qui avait eu le tort de détourner le logo de la marque Danone et un autre qui s’en prenait à la RATP. La justice prend souvent le parti de la liberté de l’information, mais au terme de procès longs et coûteux.

Revenons-en aux peurs des journalistes. L’article de Xavier Ternisien est juste médiocre (on ne peut pas être en grande forme tous les jours), il veut nous faire prendre une mauvaise collection de préjugés pour une enquête, ce qui revient d’ailleurs à se rendre coupable du crime de manque de conscience professionnelle dont il accuse les blogueurs.
La déontologie et la méthode ne sont bien sûr qu’un prétexte (sincère) improvisé pour ne pas parler du vrai problème, qui n’est pas le professionalisme, mais bien la profession. Le problème est économique. Journaliste est un métier de passion, bien sûr (en tout cas si j’observe mon grand-père, âgé de nonante-deux ans, et qui aurait pu cesser son activité il y a vingt-cinq ans mais qui persiste à publier un article chaque jour dans Le Parisien : on ne voit pas ça dans toutes les professions), mais c’est aussi un métier tout court et non un passe-temps.
Et voilà que débarquent les blogueurs, qui jouent à l’éditorialiste, au critique, à l’essayiste, sans être pour autant tenus par un employeur ou une fiche de paie. Cela se passe dans une certaine confusion puisque parmi les blogueurs, on peut trouver pèle-mèle des enfants, des adolescents et des adultes, de quasi-analphabètes ou de grands écrivains, des philosophes du dimanche ou des professeurs d’université, des responsables politiques nationaux ou de simples citoyens et même, assez souvent, des journalistes.
Le public suit et l’influence des médias traditionnels (y compris la télévision) chute. Les constructeurs informatiques ou les éditeurs s’aperçoivent qu’il est parfois plus rentable d’envoyer du matériel ou des biens culturels à chroniquer à des blogueurs qu’à des critiques professionnels. D’autant qu’un journaliste ne peut pas (ou en tout cas pas au premier degré) parler d’un gadget high-tech en écrivant « Trop morteeeel ». Or un blogueur même (et peut-être surtout) complètement trépané qui écrit, par peur qu’on cesse de lui envoyer des cadeaux, que le dernier téléphone qu’il a reçu est « Trop morteeeel » est sans doute un meilleur investissement pour le fabricant dudit téléphone que le journaliste consciencieux qui testera toutes les fonctionnalités de l’appareil et le comparera aux modèles concurrents. Il faut dire que ce genre de journaliste consciencieux n’est pas forcément si courant.
Dans le domaine de la bande dessinée, par exemple, on pourrait réécrire le dossier de presse ou la prière d’insérer fournis avec un album rien qu’en lisant trois ou quatre critiques parues dans la presse. On ne compte pas non plus les films que la presse nous vend avant même que les copies soient distribuées.
Vous me voyez venir. La presse paie aujourd’hui pour partie ses propres manquements professionnels car le public n’est pas dupe de ses errances. Errances qui datent, d’ailleurs : la pièce The Staple of News, de Ben Jonson, qui constitue une satire du journaliste sans scrupules, date de 1626 !3


Les blogueurs, de leur côté, offrent à leurs lecteurs et à l’industrie un éventail très étendu de pratiques. Il y a ceux qui ne font que répercuter les idées les plus convenues ; ceux qui s’avèrent benoîtement (et légalement) corruptibles ; et enfin ceux, les plus rares à mon avis (mais pas les moins suivis), qui profitent véritablement de leur liberté éditoriale pour traiter de sujets originaux, ou pour employer une approche originale.

Les choses se compliquent si l’on veut bien considérer que l’immense majorité des blogueurs constitue une armée de travailleurs bénévoles qui donnent leur temps, parfois leur talent, aux sociétés qui hébergent les blogs et qui profitent financièrement de ce contenu en l’utilisant comme produit d’appel pour une diffusion de publicités. Le site le plus visité de France, par exemple, est la plate-forme de blog de la radio Skyrock. Des adolescents (principalement) y publient leurs opinions (généralement assez stéréotypées) et parlent de leurs goûts vestimentaires ou musicaux. Sauf exception, leurs propos n’ont pas d’intérêt particulier, mais ils se lisent les uns les autres, constituent des sous-réseaux (les fans de Britney Spears,…) et engendrent au final un trafic très important. Sur chacune de ces pages, l’hébergeur de leurs blogs diffuse cinq ou six publicités ciblées. La liberté éditoriale de ces blogueurs est conditionnelle car sur chaque page, l’hébergeur propose aux lecteurs de signaler tout contenu douteux. 

Tout ça est en fait assez grave à mon avis mais il ne faut le reprocher ni au  « blogueur influent » ni au journaliste, mais à leurs lecteurs dont le niveau d’exigence est devenu assez faible. Bien entendu, ce niveau d’exigence est le produit d’une éducation et la presse écrite, mais aussi et surtout la télévision, y ont une grande part.
Le manque de pluralité véritable de l’information, qui découle paradoxalement de la concurrence entre les médias (aucun ne se hasarde à parler d’une guerre africaine dont les autres n’ont pas entendu parler, quand bien même la France y serait engagée) est une des raisons qui fait que le lecteur n’hésite pas à lire la presse gratuite plutôt que celle qui est payante.
Si les journaux veulent retrouver ce qui a justifié leur essor au XIXe et au XXe siècle, il faut qu’ils réapprennent l’originalité. Et les blogueurs, de leur côté, devraient user au maximum de leur liberté de parole (ce qui passe à mon avis forcément par l’hébergement indépendant) et cesser de ne faire que réagir au « buzz » du jour comme je viens d’ailleurs précisément de le faire avec cet article.

  1. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui a valeur constitutionnelle dans le droit français, spécifie : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi [↩]
  2.  art. 225-2 du Code Pénal [↩]
  3. Jean-noël Jeanneney : Une Histoire des médias, Le Seuil, 1996 [↩]

Exposition +1, par Claude Closky

mars 7th, 2009 Posted in Cimaises, Dans la boite-aux-lettres, Interactivité | No Comments »

Du 12 mars au 15 avril 2009, la galerie de l’École Supérieure d’arts du Havre, accueillera à mon invitation une expositon de Claude Closky intitulée +1 qui sera consacrée aux compteurs réalisés par l’artiste sur différents supports : dessin, collage, objet, DVD, site web, installation multimédia interactive ou non.  

Le vernissage cloturera le colloque Esthétiques Spéculatives, qui aura lieu le jeudi 12 mars à l’école de 10 heures à 18 heures et où interviendront plusieurs membres de l’association les Algoristes invités par Stéphane Trois Carrés : Élise Aspord, Xavier Gouchet, Pierre Berger, Arnaud Palin de Sainte Agathe et Benjamin Raynal. Ils présenteront les outils de création numérique qu’ils développent (Alkwarel, Roxame) ainsi que d’autres outils « libres ». Jean-François Driand, directeur du Volcan, interviendra quand à lui pour présenter le Volcan numérique, et pour ma part, je compte occuper la dernière demi-heure de la journée à parler de mes douze ans de collaboration avec Claude Closky.

Slate : goût américain

mars 6th, 2009 Posted in indices, Lecture, Les pros | No Comments »

La version française du magazine Slate (ardoise) était très attendue. Créé en 1996 par Microsoft, le webzine concurrent de Salon.com attire des éditorialistes réputés et fait partie du groupe Washington Post depuis cinq ans. D’un point de vue politique, Slate est censé être « liberal », c’est à dire très à gauche. 
La version française a été lancée par des journalistes professionnels : Jean-Marie Colombani (l’ancien président du journal Le Monde), Eric Leser, Éric Le Boucher et Johan Hufnagel. Parmi les éditorialistes réguliers, on compte François Hollande, Jacques Attali, les blogueurs influents Narvic et Versac ou encore le dessinateur Pessin et bien d’autres.
Slate.fr est majoritairement détenu par ses fondateurs mais appartient tout de même à Slate.com à hauteur de 15%. Selon un accord entre les deux supports, des articles de Slate.com sont publiés, après traduction, sur Slate.fr. J’ignore si la réciproque est vraie.

Nous sommes à un tournant historique de l’histoire des médias d’information, qui sont plongés dans un océan d’incertitudes face à l’avenir de leur modèle économique. Aux États-Unis, plusieurs centaines d’éditions locales ou nationales de journaux ont disparu cette année. En France, ce sont Rue89, Backchich.info1 ou le blog juridique de maître Eolas qui font l’évènement tandis que « le journal de référence Le Monde » apparaît à beaucoup, à tort ou à raison, comme un l’organe officiel de communication des pouvoirs et des contre-pouvoirs établis. Et effectivement, si les journalistes s’y expriment en liberté, c’est généralement en se calant sur les préoccupations (l’agenda, comme disent les américains) d’un microcosme politique assez restreint. C’est plus compliqué que ça bien sûr, enfin je l’espère, mais la presse traverse une véritable crise, tout le monde sera d’accord sur ce point, quelle que soit l’analyse que l’on fait des raisons ladite crise.

Dans ce contexte, la naissance d’un nouveau média réputé sérieux est forcément une nouvelle intéressante. J’ai donc mis, sans trop y réfléchir, Slate.fr dans la liste de mes flux rss.
Un peu moins d’un mois plus tard, je ne suis pas très convaincu. Slate interviewe Bernard-Henri Lévy, comme Le Monde, et les sujets religieux sont traités par Henri Tincq ancien de La Croix et du Monde, un bien brave homme qui milite contre les intégristes et qui pense qu’il ne vaut mieux pas trop dire du mal des darwinistes, mais qui n’en n’est pas moins un bigot de première. Pour moi c’est comme si on confiait le droit d’exercer la médecine à quelqu’un sous prétexte qu’il est atteint d’une maladie contagieuse.

Une petite déception pour la partie française, donc, qui aura du mal à se distinguer des médias traditionnels dont elle est l’héritière directe.

En revanche la partie américaine, c’est à dire les articles traduits de l’anglais, est étonnante et intéressante. Très mauvaise, aussi. Chaque fois que je prends quelques minutes pour lire un article, des bouffées d’indignation me submergent.
Trois exemples de gravité diverse :

  • Un gamin qui n’avait pas vingt ans à l’époque (Farhad Manjoo) explique que le web de 1995 était ridicule et se demande ce que les gens pouvaient lui trouver (Jurrassic Web).
  • Un spécialiste de la période nazie (Ron Rosenbaum) se montre capable de balancer, sous couvert d’antinazisme anachronique, une phrase odieuse telle que : «.La résistance allemande n’a pas été beaucoup plus réelle ou efficace que la résistance française.» (Oscar: ne donnez pas une statuette au «Liseur»).
  • Un journaliste opposé à la guerre en Iraq après l’avoir vendu à ses lecteurs le temps qu’elle soit votée (Timothy Noah) s’étonne avec une sincérité désarmante de ce que les musulmans américains n’aient pas massivement soutenu l’organisation Al Qaeda (Les musulmans américains n’ont pas suivi al-Qaida)

Je me suis inscrit à Slate juste pour pouvoir répondre à ces articles. Car sur Slate, pour répondre, il faut avoir créé un compte, comme sur Rue89 ou Libération. Cela me semble d’ailleurs normal pour les sujets d’actualité qui déchaînent les passions et qui attirent les énervés. Ce qui est moins normal, c’est que les commentaires de commentateurs enregistrés ne soient publiés qu’après visa de censure (« modération »).

J’ai posté trois commentaires dont un seul est a été accepté, qui comme par hasard est le seul qui ne contredit pas frontalement l’article. J’expliquais juste aux lecteurs du jeune homme qui découvrait l’Internet de 1995 que ce qui a vraiment modifié Internet, c’est surtout l’extension de son public et les possibilités nouvelles qu’a amené le haut-débit et la connexion permantente.
J’ai envoyé un commentaire à la suite de l’article de Ron Rosenbaum pour signaler qu’il était un peu facile d’être anti-nazi en étant né à New York en 1946 mais que cela ne dispensait pas d’avoir un tout petit peu de respect pour ceux, si petit qu’ait pu être leur nombre (il y a eu plus de résistants après-guerre qu’avant, dit-on… Et alors ?), qui ont risqué ou perdu la vie pour avoir combattu la barbarie.


Ce qui me rappelle que, avec mon frère Jérome (à droite sur la photo), j’ai eu l’honneur d’assister en 2006 à un repas amical de survivants du groupe Résistance (qui éditait notamment le journal du même nom). Chacun a cent histoires incroyables à raconter, incroyables parce qu’ils ne seraient plus là pour les dire sinon. Le monsieur aux cheveux blancs, par exemple, est un fondateur du groupe. Il a été arrêté par la police française au moment de s’embarquer pour Londres où on l’appelait. Il a survécu à un an de déportation au camp de Mauthausen et dans son annexe Ebensee, près de Linz en Autriche. Lorsque son camp a été libéré par les alliés, il avait été amputé d’une phallange à chaque doigt et il ne pesait pas bien lourd.
Sans faire de sentimentalisme, il me semble qu’on n’a pas de leçons à donner à ces gens. 

Bref, ce commentaire, rédigé je pense dans un français a priori convenable, ne contenant pas de grossièretés et se conformant en tout point à la charte de Slate.fr en la matière, a malgré tout disparu dans les limbes du web.

Mon troisième et dernier commentaire concernait l’article consacré au terrorisme et qui s’inscrit dans une enquête consacrée à, je cite, l’absence d’attentat d’ampleur aux Etats-Unis depuis 2001 et à l’étonnement que cette absence suscite chez certains. Un des articles de cette série, intitulé Al-Qaida cherche-t-il à dépasser le succès du 11-Septembre?, est illustré par une photographie d’explosion de bombe atomique, arme qui n’a à ma connaissance été utilisé dans un cadre offensif que par les États-Unis. Quand la communication visuelle sert à faire du révisionnisme diffus et confus…

Je faisais remarquer qu’un tel article me semblait extrèmement américain, que nous avions en France nos naïvetés et nos poncifs et qu’il n’était peut-être pas utile d’importer ceux des autres, bien que, à titre documentaire, ça reste intéressant non de comprendre mais au moins de connaître la mentalité qui anime les habitants du nouveau monde. Si un progressiste-pacifiste s’étonne de ce qu’il y ait des gens paisibles parmi le milliard de musulmans qui peuplent cette petite planète, comment pourrions-nous nous indigner de la bêtise des néo-conservateurs bushistes ? Ici, Slate.fr ne fait donc pas d’analyse mais constitue juste un symptôme de l’efficacité de Fox News. L’énumération des entrées de la rubrique « Monde » est assez éloquente : Afghanistan, États-Unis, Gaza, Irak, Israël, Obama, Religion, Terrorisme.
Ce que je trouve vraiment amusant, c’est que les mêmes faits ne me choquent pas en anglais. C’est à dire qu’une même idée change complètement de portée ou de signification selon la langue dans laquelle je la lis, non pour une question linguistique mais uniquement du fait de mon appréciation du contexte dans lequel je rencontre l’article. 

Ce commentaire-là n’est pas passé non plus mais il s’est produit un fait intéressant : un des fondateurs de Slate.fr m’a répondu en personne en manifestant son étonnement devant mes critiques, me rappelant que l’Espagne ou la Grande-Bretagne ont connu des attentats après le 11 septembre 2001 mais pas les États-Unis (drôle de parallèle, au passage, puisque l’on peut dire que ces deux pays ont chacun connu un attentat majeur, tout comme les États-Unis, ni plus ni moins). Et au passage, le journaliste patenté m’explique que les relents d’américanitude de Slate.fr ne devraient pas m’étonner, car me dit-il, sur Internet, les américains sont précurseurs. Et de me citer une dizaine d’exemples, dont Wikipédia (qui tient énormément à son internationalisme et qui n’est pas vraiment précurseur), Microsoft (encore moins précurseur, la présence de Microsoft sur Internet s’étant faite à coup d’acquisitions) et puis Dailymotion (qui est une société française). Mouais.
J’ai répondu mais cette fois, sans retour.

Après un mois d’existence, il est difficile de jurer que la version de Slate est un projet bancal, mais pour l’instant je reste sur cette idée. Bancal, et assez inélégant avec ses lecteurs, puisque l’on y censure les commentaires.
Si c’est ça l’avenir de la presse…

  1. date : le 11 mars 2009, Nicolas Beau, directeur de la rédaction de Backchich.info, interviendra dans le cadre de l’Observatoire des nouveaux médias, à l’École Nationale Supérieure des Arts décoratifs à Paris. [↩]

Filmer autrement

mars 5th, 2009 Posted in Filmer autrement, Images, Parano | 3 Comments »

Outre les caméscopes à cartes mémoire et les téléphones portables capables de réaliser des films, de nombreux appareils de prise de vue numériques originaux sont arrivés sur le marché. Certains de ces matériels existent depuis longtemps mais la baisse des prix des mémoires flash de grande capacité permet de les commercialiser à un prix raisonnable et donc d’atteindre un large public.
J’ai fait un petit tour du web pour repérer quelques modèles intéressants ou intrigants.
Je n’en ai en revanche testé aucun.

Caméras sportives

Ces caméras sont prévues pour être fixées sur un objet mobile ou une personne. Elles sont légères, mais pas nécessairement discrètes. Certaines d’entre elles sont destinées au marché du jouet ou du gadget, d’autres, avec des spécifications apparemment proches, sont destinées une utilisation beaucoup plus professionnelle. Ces modèles onéreux sont souvent anti-choc et dotés d’une meilleure qualité optique. Leur utilisation est un peu plus complexe car ils séparent l’enregistreur de la caméra.

Oregon scientific ATC2K – $150

Cette caméra autonome (elle embarque son alimentation et son support de stockage) se fixe sur le guidon d’un vélo ou sur un casque. Étanche jusqu’à 3m, elle filme au maximum en 640×480 pixels à 30 images par seconde. Avec une carte mémoire de 2Go, elle peut filmer une heure en haute qualité et jusqu’à une dizaine d’heures en 160 x 120 pixels à 15 ips. N’est pas réellement anti-chocs. Le modèle le plus récent, l’ATC3K, a des spécifications très proches.

Acme FlyCam 2 – $75

Sa taille (40x80x14mm), son autosuffisance (pas d’enregistreur externe) et son poids négligeable (35g) en font une des caméras préférée des modélistes.

Elle peut être connectée à une servocommande distante et produit des séquences vidéo de 640×480 à 25 images/seconde. Sa batterie se recharge par connexion USB.

Caméra troisième-œil – $300

Capable d’enregistrer six heures de vidéo en 320×240 pixels et à 30 images par seconde. Enfin presque, car l’autonomie de la batterie n’est que de deux heures et demie.

Il est possible de régler l’appareil pour qu’il ne filme qu’en cas de mouvement.

Ce gros œil très « Hal 9000 », avec son cerclage noir, a un faux-air de tefiline, ces boites que les hommes juifs doivent porter contre le front et qui contiennent des morceaux de parchemins bibliques.

Viosport POV-1 – $700

Enregistreur audio/vidéo résistant à l’eau, à la poussière et aux chocs. Caméra grand angle (100°). L’enregistreur vidéo externe et raccordé par file est équipé d’un écran de contrôle. Au maximum, cette caméra peut filmer en 720×480 pixels à 30 images par seconde.

Enregistreur Chasecam PDR100 et la caméra CS520 PRO Grand Angle – €1100

L’enregistreur seul vaut 800 euros. Résistant aux chocs, il enregistre les images en 720×576 pixels à 25 images/seconde, c’est à dire au format DVD. Il peut être utilisé avec d’autres caméras et la caméra présentée peut être utilisée avec d’autres enregistreurs. Il existe aussi des enregistreurs pouvant être utilisés avec plusieurs caméras en même temps.

Espionnage

Parmi les gadgets de ce genre, on trouve des chargeurs de batteries ou des adaptateurs de courant, des multi-prises, des mini-chaines hi-fi, des lecteurs de DVD (et autres appareils alimentés sur le secteur, ce qui règle le problème de l’autonomie), des briquets, des ours en peluche, des cravates, des chaussures, des sacs, des livres, des clés usb, des boucles de ceinture, des boutons, des porte-clefs, des enceintes d’ordinateur, etc.
Les moins chers (qualité d’image médiocre, autonomie faible) de ces appareils valent parfois moins de trente dollars.

Horloge – $120

Les boutiques d’espionnage vendent de nombreux modèles d’horloges-caméras : horloges digitales, radio-réveils, coucous… (si on vous offre un coucou, c’est suspect).

Celle-ci filme en noir et blanc et dans une résolution de 420 lignes, ce qui est assez médiocre.

Mais c’est aussi une véritable horloge.

Montre-caméra – $180

L’objectif est dissimulé dans la boucle du chiffre 2 (14 heures).

Cette caméra enregistre des vidéos sonorisées  en 352×288 pixels à 15 images par seconde. Avec 4 Go de mémoire, elle peut enregistrer pendant une quinzaine d’heures.
Et elle donne l’heure, bien sûr.

Oreillette-caméra – $580

dotée d’une autonomie de 6 ou 7 heures, elle film sur le côté (pas besoin de fixer ce que l’on souhaite filmer). La résolution est de 380 lignes/280 000 pixels, ce qui est assez faible.

Ce n’est qu’une caméra, il faut utiliser un enregistreur audio-vidéo externe. L’idée de l’oreillette est astucieuse puisque personne ne s’étonnera de voir un fil entre cet engin et la poche de son utilisateur.

Stylo-caméra DVR-007 – $90

Il peut photographier en 640×480 pixels et filmer en 352 X 288 pixels à 15 images seconde, avec prise de son.

L’enregistrement se fait jusqu’à saturation de la carte-mémoire (16 heures). L’objectif se trouve au dessus de l’agrafe du capuchon, ce qui permet de filmer devant soi avec le stylo dans une poche de chemise.

lunettes-caméra et enregistreur – $1200

Il existe de nombreux modèles de lunettes caméra. Le plus petit prix est d’environ 150 ou 200 dollars, mais selon les usages, la qualité, et les fonctionnalités, on en trouve de bien plus onéreuses – 1000, 2000, 3000 dollars…

Le modèle montré ici impose une connexion fillaire entre la caméra et l’enregistreur.

Robots et drones

Deux marchés semblent exister pour les caméras robotisées pilotables à distance : le marché du jouet high-tech et le marché professionnel de la sécurité civile ou militaire.

Eolo Sport Spy Kite – €40

Un cerf-volant équipé d’un appareil numérique (appareil photo uniquement, apparemment).

WowWee Spyball spy camera – $169

Boule robot munie de deux roues contrôlée à distance, capable de se déplacer silencieusement à plusieurs vitesses. La caméra se déploie ou se rétracte au besoin et transmet ses images par Wifi.

La qualité de la caméra n’est pas connue.

WowWee Rovio – $349

robot pilotable par Wifi (ou autonome) doté d’une caméra articulée.

Il est équipé d’un haut-parleur et permet donc à son utilisateur d’être présent à distance. On peut le piloter depuis un iPhone.

La qualité de la caméra n’est pas connue.

Draganflyer X16 – $1000

hélicoptère télécommandé et silencieux (65db à 3m) en fibre de carbone doté de six hélices, pesant un kilo, capable de porter 500 grammes et de faire face à des vents de 30 km/h. Son encombrement en vol est d’environ un mètre.

Il embarque un GPS et on peut y fixer plusieurs appareils différents : caméscope HD, appareil photo numérique, caméra de surveillance noir et blanc, caméra nocturne, etc. Le signal vidéo est transmis par ondes hertziennes.

DraganFly Tango – prix non communiqué pour l’instant.

Avion télécommandé capable de faire des pointes à 95km/h et prévu pour une vitesse de croisière de 60km/h à une altitude de 640 mètres pendant cinquante minutes. Son envergure est d’1,5m. Comme l’hélicoptère montré ci-dessus, plusieurs modèles de caméras différents peuvent être adaptés à cet appareil. Les images sont aussi transmises par connexion hertzienne.

Contre-espionnage

Puisque l’on ne peut plus remarquer la présence d’une caméra à coup sûr, des appareils ont été mis au point pour le faire automatiquement, par exemple celui-ci :

Camera Finder II – $350

Détecteur de caméras laser capable d’identifier la présence d’une caméra à 15 mètres de distance et de la localiser.

Je n’ai pas traité des systèmes de télé-surveillance qui n’ont rien de neuf mais que l’on trouve à présent au catalogue de société spécialisées dans la vente de gadgets électroniques destinés au grand public, à des prix très raisonnables.