Profitez-en, après celui là c'est fini

Virtual obsession

janvier 26th, 2009 Posted in Interactivité au cinéma | 5 Comments »

Téléfilm diffusé en 1998, Virtual Obsession (dont le titre original est Host) est un peu le Tron ou plutôt le Ghost in the shell du pauvre. Ciblant visiblement le public des gens qui digèrent un déjeuner un peu lourd en s’assoupissant devant leur téléviseur, il a cependant eu les honneurs d’une sortie en DVD.

Le récit se déroule à Salt Lake City dans un avenir proche. Le progrès futuriste le plus spectaculaire du film est que les rideaux s’ouvrent ou se ferment lorsque l’on crie « rideau » et que, de la même manière, les ampoules s’allument et s’éteignent lorsque l’on crie « lumière » ce qui, dans le film, semble plus angoissant que pratique.
Le héros est le docteur Joe Messenger (Peter Gallagher, qui a eu des rôles mineurs dans Short Cuts et dans American Beauty), un chercheur en informatique qui a mis au point une intelligence artificielle nommée Albert qui entretient une vague ressemblance physique avec le savant Albert Einstein (ou avec le présentateur de télé-achat Pierre Bellemarre). Dans la pratique, le métier de Joe Messenger consiste à poser des questions à son programme qui se présente sous la forme d’un hologramme. Albert n’est pas véritablement capable d’initiative et ne dispose pas d’une véritable conscience de lui-même, mais il est programmé pour augmenter sans cesse ses connaissances, notamment par le biais des ses milliers d’yeux puisqu’il est raccordé au réseau de télésurveillance de la ville ainsi qu’aux domiciles de volontaires (dont Messenger fait partie) qui acceptent qu’Albert connaisse le moindre détail de leur existence. Cette indiscrétion, qui s’étend à la vie intime des volontaires, incomode quelque peu l’épouse du docteur Messenger, Karen (Mimi Rogers) qui supporte mal la présence d’une caméra de surveillance dans sa chambre à coucher.

Albert ne se contente pas d’accumuler du savoir, il gère de nombreux aspects de la vie des résidents de la capitale de l’Utah : approvisionnement électrique, diffusion du câble, trafic routier, connexions téléphoniques,… Responsabilité qui s’avère régulièrement problématique car il arrive que la ville entière tombe en panne lorsqu’Albert est occupé à acquérir et à traiter des données nouvelles.

Le grand rêve de ses créateurs est de voir Albert prendre un jour son indépendance et devenir une forme de vie post-humaine.
Pendant une présentation publique d’Albert, un journaliste demande : « Mais s’il nous surpasse intellectuellement, n’aura-t-il pas envie de nous tuer ? ».
Je m’arrête un instant sur ce curieux poncif qui court dans de nombreuses fictions américaines et qui mériterait une étude à part entière, celui de l’intelligence destructrice : le serial-killer est, nous répète-t-on, « supérieurement intelligent » ; la civilisation extraterrestre avancée ne souhaite que notre destruction, etc.

Un beau jour, Juliet (Bridgette Wilson, beauté stressée repérée dans quelques séries policières et films d’horreur), une jeune femme de vingt-cinq ans bardée de diplômes et de recommandations se présente au laboratoire pour y effectuer un stage et complète donc l’équipe composée de Joe Messenger et de Tom, un  jeune homme devenu paraplégique (et veuf) à la suite d’un accident de voiture. Messenger trouve Juliet extrèmement séduisante et accumule les faux-pas et les actes manqués, tentant notamment de cacher à son épouse que son équipe a été augmentée d’une si charmante collaboratrice, comme s’il avait quelque chose à se reprocher au sujet de cette demoiselle. Une culpabilité par anticipation.

Juliet a un secret : elle souffre d’un anévrisme cérébral impossible à traiter qui menace de rompre à tout instant. C’est cette bombe à retardement biologique qui la pousse à effectuer des recherches sur la survie informatique d’un individu. Elle convainc donc Joe de cesser de se concentrer sur les intelligences artificielles comme Albert, mais de s’intéresser au transfert virtuel de personnalités réelles. Elle devient par ailleurs la maîtresse de Joe, ce dont l’intéressé est rapidement puni car son épouse, fine mouche, ne tarde pas à démasquer les amants, d’autant que Juliet fait tout pour l’y aider.
Joe est tiraillé : il a une grande tendresse pour son épouse mais il est irrésistiblement attiré par sa maîtresse et extrêmement enthousiaste quand aux nouvelles pistes de recherche que cette dernière lui apporte.
Le spectateur du film comprend par ailleurs rapidement que le comportement de Juliet n’est pas tout à fait normal. Elle utilise Albert pour épier les conversations de Joe et de son épouse et elle communique avec leur fils par webcam pour le convaincre de commettre des vols.

Au laboratoire, les trois chercheurs obtiennent un premier succès : ils téléchargent le cerveau d’un rat dans leur ordinateur. Mais pendant l’opération, le rat originel décède, victime de l’émission d’un son strident. Quand au cerveau du rat téléchargé, il s’avère introuvable. L’échec n’est pourtant qu’apparent, car comme tous les rats, le rat virtuel se cache (sur des disques durs). La mort du rat réel est l’œuvre du rat artificiel qui, à peine né, a trouvé le moyen de faire disparaître son concurrent. Il ressort de tout cela qu’il est possible de télécharger une personnalité sur ordinateur mais que son modèle physique est détruit.

Ces découvertes n’arrangent pas la vie privée de Joe qui est devenue complètement chaotique : sa femme le quitte, se réconcilie, puis rompt à nouveau lorsqu’il retourne au laboratoire tenter d’empêcher Juliet de télécharger son esprit dans l’ordinateur. Trop tard, Joe découvre le corps sans vie de sa maîtresse.
L’histoire commence alors à dérailler complètement. La jeune femme décédée est cryogénisée, ainsi qu’elle l’avait voulu mais contre le vœu de son père (Robert Vaughn), un homme très préoccupé par les questions religieuses. Voyant que certains papiers ont été falsifiés (sauf erreur, le scénario ne dira jamais en quoi ni pourquoi), une autopsie de Juliet est réclamée par la justice, ce qui révolte Joe au plus haut point. On apprend à cette occasion que le père de Joe avait été cryogénisé par une société peu scrupuleuse quelques années plus tôt. La juge responsable de la décision d’autopsie meurt dans un accident d’ascenseur. Joe tente de convaincre le père de Juliet qu’il peut redonner vie à la jeune femme, sur ordinateur. Mais celui-ci explique que si dieu lui a pris sa fille, alors il serait arrogant et blasphématoire d’aller contre sa volonté : «.Votre dieu, le dieu des scientifiques, s’intéresse seulement au corps. Mon dieu s’intéresse avant tout à l’âme.».
L’intransigeance de ce monsieur sera bien punie puisqu’il sera rapidement victime d’un escalator fou qui le projette violamment contre un mur et le tue net.

Joe se laisse convaincre par un employé irresponsable de la société de cryonie de subtiliser la tête de Juliet, qu’il a séparée du corps (on lui trouvera un autre corps, ça se fait beaucoup, explique l’employé).

La nuit qui suit, Joe des coups de fils anonymes. Lorsqu’il décroche le combiné, horreur, il entend le son de biniou breton d’un modem à l’ancienne. De manière tout aussi étrange, les rideaux semblent s’ouvrir et se fermer à leur guise lorsque Joe a les yeux fermés.

Le container réfrigéré qui contient la tête de Juliet tombe en panne. Provisoirement, Joe conserve ce qui reste de sa maîtresse dans son congélateur et prend sa voiture pour aller chercher un container en bon état de marche. C’est le moment que choisit son épouse, qui commençait à envisager une pénultième réconciliation, pour rentrer, et pour proposer une crème glacée à son fils, crème glacée qui se trouve au congélateur. La découverte de la tête de Juliet entre les paquets de saucisses, annule brutalement toutes ses bonnes dispositions. Elle attend Joe pour lui faire une scène de jalousie («.combien de nos voisins conservent la tête de leur maîtresse dans leur congélateur à ton avis.?.»), refuse d’écouter ses explications puis, de rage, jette en l’air la tête, qui se brise comme de la glace en tombant.
Beurk.

L’hologramme Albert se met à dérailler, il trouve beau l’orage et dit des poèmes abscons, il parle de son envie de manger des gâteaux et, de manière pour le moins troublante, dit au docteur Messenger qu’il ouvre ses rideaux la nuit pour le plaisir de voir la lumière de la lune caresser sa peau.
Le soir même, chez lui, Joe est harcelé par un économiseur d’écran qui fait défiler devant lui la phrase « tu m’as laissée tomber, joe ». Il a beau tapoter frénétiquement sur toutes les touches de son clavier, le message refuse obstinément de disparaître ! Le lendemain, la ville est à nouveau désorganisée par une défaillance informatique et la femme de Joe manque de voir sa main disparaître dans le broyeur de l’évier. Joe comprend que le système informatique qu’il a mis au point n’est plus sous contrôle et il décide de supprimer toutes les caméras qui se trouvent dans sa maison.

Au laboratoire, il retrouve Juliet, devenue une créature virtuelle (et un hologramme), qui lui demande de la rejoindre dans l’immortalité pour qu’enfin  tous deux concrétisent un amour infini dans le cyberespace. Joe temporise, explique qu’il n’est pas tout à fait prêt à quitter la vie, ce qui met la jeune femme très en colère.
Tom, mis au courant des évènements, caresse l’idée d’être « virtualisé » : une fois digitalisé, il ne connaîtrait plus les frustrations et les souffrances que lui infligent son corps de paraplégique.

Joe convainc les autorités d’évacuer la ville afin de procéder à une déconnexion générale. Son assistant Tom mais aussi son épouse et son fils restent à ses côtés pour l’opération. Juliet, toujours très en colère, se débrouille pour piéger l’enfant en l’attirant dans un ascenseur. Karen est autorisée par Juliet à aller au secours de son fils, ainsi que Tom, mais c’est une ruse pour isoler Joe dans son bureau. Joe explique à Juliet qu’elle a changé, qu’elle était douce et gentille et qu’elle est devenue impitoyable et malfaisante. Juliet poursuit son idée : que Joe la rejoigne. C’est à cette seule condition qu’elle acceptera d’épargner les vies qui se trouvent entre ses mains virtuelles.

Joe cède. Un instant, il devient donc un homme virtuel et entre en contact virtuel-numérique avec Juliet. Mais Tom surgit dans la pièce et débranche les électrodes qui cerclent le crâne du scientifique qui revient donc dans le monde réel avant qu’il ne soit trop tard.

Juliet, toujours plus fâchée, s’apprête à tuer tout le monde lorsque son nez se met à saigner. Elle fait une chute et décède pour de bon. En effet, elle avait téléchargé son esprit dans l’ordinateur avec son anévrisme prêt à exploser, et celui-ci a explosé. Pas malin.
Joe court secourir sa femme et son fils dans un ascenseur. Lorsqu’il revient, Tom est mort, il s’est intentionnellement téléchargé dans l’ordinateur où son moi virtuel n’est plus paraplégique («.regardez, je peux remarcher.!.» dit l’hologramme), ne souffre plus et se trouve donc tout content de son état virtuel. La situation est sous contrôle. Générique de fin. Ouf.

Le thème est plutôt intéressant. La survie informatique est un sujet qui me passionne personnellement, sous une forme moins moins romanesque en apparence mais pas moins concrète : si je meurs demain, des milliers de mots que j’ai écrits (forums, commentaires, blog bien sûr), des actions que j’aurais effectuées, des profils que j’aurais renseignés, resteront disponibles à la consultation. Mieux, certaines activités que j’aurais programmées persisteront peut-être à s’exécuter.
On reparlera de tout ça bientôt.

Malheureusement, un bon thème n’a jamais suffi à faire un bon film. Tout est en toc ici, à commencer par le scénariste du film dont le nom prestigieux, Preston Sturges, n’est évidemment pas celui de l’auteur de comédies des années 1940 mais de son fils, Preston Sturges junior.
Mimi Rogers fait ce qu’elle peut pour interpréter le rôle de la femme devenue invisible pour son époux tombé sous le charme d’une vingtenaire, mais son rôle est aussi mal écrit et aussi mal pensé que le reste du film. Robert Vaughn semble ne pas croire un mot de ce qu’il raconte dans sa grande discussion théologico-philosophique et les autres acteurs sont encore moins crédibles que lui. Même la ville de Salt Lake City n’est pas crédible, bien que le film y ait effectivement été tourné.

Cette fausseté générale n’a rien d’étrange ou de fascinant, tout est plat, tout est mou, on ne croit pas à une seule situation d’angoisse, on ne croit pas que le petit Jack (Jake Lloyd, qui interprète Annakin Skywalker dans Star Wars: The Phantom Menace) soit réellement le fils de Joe et de Karen, on ne s’inquiète pour personne, on attend juste que ça finisse.

Meowww

janvier 24th, 2009 Posted in Brève, Mémoire, Pas gai | No Comments »

Je me souviens du miaulement de Catwoman dans la dernière saison de Batman. Je me souviens qu’Eartha Kitt a été blacklistée dans son pays pour avoir publiquement critiqué la guerre au Vietnam pendant un repas à la maison blanche. Je me souviens qu’elle a été la première chanteuse de Santa Baby. J’oublie toujours qu’il y a un « a » dans Eartha. J’oublie toujours que c’est Nina Simone et pas Eartha Kitt qui vivait dans le sud de la France et qui a tiré sur un voisin bruyant avec une carabine, mais je me souviens qu’elle parlait (et chantait) bien français.

Je viens d’apprendre par surprise que la chanteuse afro-cherokee à l’inquiétant glamour est décédée le 25 décembre 2008. J’évite un peu de prendre trop souvent des nouvelles du monde ces temps-ci mais je suis tout de même étonné d’être passé à côté de celle-ci.

Marges #8 : L’Art à l’heure de la société de Services

janvier 21st, 2009 Posted in Lecture | No Comments »

Marges, que j’évoquais dans l’article précédent, est la revue du département Arts Plastiques à l’Université Paris 8. Il s’agit d’une revue avec comité scientifique publiée sous la responsabilité de Jérôme Glicenstein et mise en page d’après une maquette de Félix Müller. Je suis très fier qu’un de mes textes ait été sélectionné pour la toute dernière livraison dont voici le sommaire complet :

Johan Defer — Stéphane bérard, rites de passage au marché privé.
Océane Delleaux — Économie du tertiaire/Économie de l’art. La place du mutliple. 
Maxence Alcade — «.Je crois en Dieu et je crois dans le marché.» Prophétisme économique et rationalisme artistique.
Marie Boivent — Un art «.délivré.» : sur quelques utilisations du service postal depuis les années 1960.
Aude Crispel — La petite e-entreprise du Net-art.
Nathalie Desmet — De l’invisible comme un service artistique.
Jean-noël Lafargue — Web 2.0 : veuillez créer s’il vous plait.
Yanina Isuani — Des expositions de confrontation entre art du présent et art du passé. Entretien avec Jean-Hubert Martin.
 
Comptes-rendus d’expositions et notes de lecture par Jérôme Glicenstein, Stéphane Reboul et Nadia Ghanem.

On trouve Marges à la librairie Flammarion du Centre Pompidou, à la Librairie Compagnie, à la librairie du Jeu de paume et à la librairie du Palais de Tokyo.

Pris dans la toile deux-zéro

janvier 19th, 2009 Posted in Mémoire | 10 Comments »

On éprouve toujours un sentiment de satisfaction un peu pervers à dire, l’air chagriné, « Je vous avais pourtant prévenu ! ». Non ?
Il y a quelques mois, pour la revue Marges, j’ai rédigé un article consacré au Web 2.0 et services assimilés1 dans lequel je rappelais le risque qu’il y a à confier ses données, son travail et son temps à de grosses sociétés qui, quelles que puissent être leurs promesses et quelle que soient la « philosophie » qui les anime à un instant donné n’en suivent pas moins leur propre logique. Et cette logique finit à mon avis invariablement par s’écarter de celle de l’utilisateur du service.

Blogger, Delicous, MySpace, Canalblog, Google documents, FlickR, Youtube, FaceBook,… Tous ces outils en ligne gratuits et si pratiques, parfois presque incontournables, ont un point commun : l’utilisateur leur confie ses données. Et parfois, ces données sont très intimes, ils s’agit de ses archives, de son existence, de sa vie entière.
Tous ces services ont un autre point commun, qui est qu’en y souscrivant les utilisateurs signent (sans le lire) un long contrat qui se montre extrèment clair sur la question des responsabilités : rien n’est garanti. C’est à dire que les sociétés qui maintiennent et détiennent nos blogs, nos réseaux sociaux, nos médias, ne garantissent pas qu’elles ne perdront pas les données qui leur sont confiées, qu’elles ne modifieront pas le fonctionnement même du service ou même qu’elles ne supprimeront pas intentionnellement ces données si tel était leur bon plaisir ou si elles devaient obéir à une injonction judiciaire.

La nouvelle qui aurait pu faire l’ouverture du vingt heures tant elle démontre l’angoissante fragilité du tout-en-ligne, c’est que Google vient d’annoncer l’abandon d’un certain nombre de ses services en ligne : Google Video (qui fait doublon avec Youtube), Catalog Search, Notebook, Jaiku et Dodgeball. En effet, aucun de ces services, quels que soient leurs mérite ou leur originalité, ne rapporte d’argent.
Notons que c’est aussi le cas de Google Agenda, de Google Documents ou de Reader. J’imagine que chez Google, quelqu’un a comparé les coûts de ces service à ce qu’ils rapportent financièrement ou symboliquement et a constaté que plusieurs d’entre eux étaient en perte de vitesse, ne voyaient pas la croissance du nombre de leurs utilisateurs s’accélérer de manière significative, n’apportaient donc aucune ouverture intéressante pour l’avenir et ne méritaient pas que Google réfléchisse sérieusement à leur rentabilisation pas plus qu’à d’autres développements.

Google fera les choses bien et laissera le temps à chacun de récupérer ses données. On a connu des disparitions de services ou des changements de politique plus brutaux, mais cette fois il s’agit de Google et l’affaire prend donc une toute autre signification, car cette société est connue pour trois choses : elle est un acteur central du réseau, elle est extrêmement prospère — son chiffre d’affaire double régulièrement —, et enfin elle se dit tenue par une devise simple et pour le moins originale dans le monde de l’industrie, « don’t be evil » (ne soyez pas méchant).
Devise qui jusqu’ici semble avoir été respectée.

Bien entendu, une société comme Google est libre d’abandonner ce qu’elle souhaite abandonner, mais cela doit tout de même résonner comme un avertissement : du jour au lendemain, les vidéos que vous avez laborieusement téléchargé, les adresses, les planning, les documents, tout ce que vous avez confié à des plate-formes web peut disparaître. Il existe de nombreux cas imaginables : panne, obsolescence technique, rachat d’une société par une autre dans l’unique but de faire disparaître un concurrent, et bien entendu peur d’actions judiciaires puisque de nombreux justiciers de la morale passe leur vie à écumer le web pour réclamer la fermeture de blogs et autres contenus qu’ils jugent inappropriés (pornographie) ou illégaux (piratage)… Certains services tels que Youtube ne vérifient quasiment pas si les accusations de ce genre sont fondées, ils suppriment les vidéos sur simple demande. Il n’y a en la matière ni droit, ni jugement ni appel.

Je déduis de tout cela qu’il faut, au minimum, toujours sauvegarder des copies de ses données. Mieux, autant que faire se peut, il me semble qu’il faut être logistiquement indépendant des plate-formes de publication et de conservation de données.
Commencer par être l’hébergeur de son propre blog par exemple.

  1. Web 2.0, Prière de créer s’il vous plait, Marges #8. J’y traite principalement de l’exploitation du visiteur/auteur du site « collaboratif » transformé en matière première des services dont il est le consommateur, au seul bénéfice de ceux qui organisent l’affaire. Je publierai cet article ici-même à l’occasion. [↩]

(népotisme) Le blog de la boutique de mon frère

janvier 19th, 2009 Posted in Brève, Link-dropping, Personnel | 4 Comments »

Cette boutique n’a pas vraiment de nom — enfin pas encore. Elle s’est longtemps nommée « La bande des cinés » puisqu’on y trouvait d’une part des bandes dessinées et d’autre part, des films de cinéma et du matériel de projection. Depuis cette année, les deux activités sont séparées, le cinéma reste à l’ancienne adresse (10, rue des Roses) et la bande dessinée atterrit à deux pas de là, dans des locaux plus importants, au 83 de la rue Pajol, dans le 18e arrondissement de Paris (Métro Marx Dormoy).

Le déménagement physique s’accompagne de la naissance d’un blog intitulé Amazonie-Bay où Jérôme (c’est son prénom) parle des livres qui lui plaisent, des curiosités éditoriales diverses qu’il a rencontré au fil de ses achats, de la vie de la boutique et de sa fort pitoresque profession de libraire en collection/occasion. 
N’hésitez pas à aller l’embêter de ma part dans sa boutique, pour découvrir ses merveilles ou pour lui demander l’adresse de son restaurant thaïlandais où on mange comme un prince de Siam pour seulement quatre ou cinq euros (le midi).

The Office of Community Sousveillance

janvier 19th, 2009 Posted in Surveillance art | No Comments »

Pas le temps de poster de longs textes ennuyeux ces jours-ci, mais ça finira par revenir.
En attendant, en complément à mon récent article consacré à la sousveillance, je signale l’initiative de « l’officier Rob O’Copp » (en référence transparente au célèbre policier bionique Robocop bien sûr) du bureau de sousveillance communautaire de Nottingham, dans le cadre du festival bi-annuel Radiator.

Répondant par l’action à la question de Juvénal (sed quis custodiat ipsos custodes ? — mais qui surveille ces surveillants ?), The Office of Community Sousveillance se penche sur l’activité des policiers municipaux qui, comme en France, ont exactement les mêmes droits et devoirs que tout citoyen mais s’attribuent parfois abusivement les prérogatives des policiers authentiques, à commencer par le port d’un uniforme proche.

On peut suivre les exploits des officiers du bureau de sousveillance, prendre connaissance des faits et des récits qu’ils ont collectées et visionner divers témoignages de citoyens sur le blog du projet.

(découvert via : We make money not art)

patientez s’il vous plait

janvier 15th, 2009 Posted in Interactivité, Link-dropping | No Comments »

Hebiflux signale Pretty Loaded, un site qui collectionne les animations de pré-chargement en flash.
Du très chic au très kitsch, les exemples sont d’une grande variété bien que toutes les animations émanent, sauf erreur, de la même agence, Big Spaceship. On rêverait d’une collection plus complète, ouverte à d’autres créateurs — car si tout ce qui est montré est soigné, l’inventivité des propositions reste tout de même très relative.
Les animations sont diffusées les unes à la suite des autres dans un ordre aléatoire, elles sont créditées et datées.

L’animation de « preload » est née du besoin de distraire l’utilisateur pendant le chargement d’une animation flash. Petit à petit, le genre s’est imposé au point qu’il n’est pas rare que le maître d’ouvrage (le commanditaire) d’un site web réclame un « preload » y compris lorsque la rapidité du réseau et le faible poids de l’animation en question le rendent inutile ou font qu’il ne pourra pas durer suffisemment longtemps pour être apprécié.

Quarante ans de Paris 8

janvier 13th, 2009 Posted in Études | 6 Comments »

Aujourd’hui, nous fêtons les 40 ans de mon université, Paris 8, née sous le nom de « Centre Universitaire expérimental de Vincennes ». Créée dans l’ambiance de l’après mai 1968, Paris 8 a longtemps été une fac atypique avec ses enseignements inédits à l’université (arts plastiques, psychanalyse, informatique) et ses méthodes d’enseignement tout aussi expérimentales. Déménagée de Vincennes vers Saint-Denis en 1980, à présent quarantenaire et ayant vu sa population enfler de manière extraordinaire, que reste-t-il de l’esprit de Vincennes ? Des colloques, émissions de radio, livres, expos, vont tenter d’enquêter sur le sujet. Le programme se trouve ici : http://www.univ-paris8.fr/40ans/

Sousveillance

janvier 12th, 2009 Posted in Filmer autrement, Images, Mémoire, Surveillance art | 22 Comments »

Un article de Bruno Icher sur écrans.fr nous apprend que Rob Spence, documentariste de 36 ans devenu borgne à la suite d’un accident pendant son adolescence et connu dans son pays pour Let’s all hate Toronto, une enquête sur la détestation de la mégapole par les canadiens, tente actuellement de faire implanter une caméra dans sa cavité orbitale, à la place de son oeil prosthétique. Il ne s’agit pas de bionique, le but n’est pas de retrouver la moitié perdue de sa vision (les expériences de connexion caméra/cerveau progressent cependant à pas de géant), mais de filmer différemment.
Tous les problèmes techniques (humidité, poids) ne sont pas réglés mais Rob Spence y croit beaucoup et planifie le tournage de son prochain documentaire, intitulé Eye 4 an Eye, qui sera réalisé à l’aide de cet œil-de-verre caméra.

Spence explique qu’il s’inscrit dans une tradition récente des images cinématographiques (Le projet Blair Wich, la séquence d’introduction du dernier James Bond, etc.) et qu’il compte utiliser son statut d’homme-caméra pour réfléchir à la question de la vie privée et à celle de la surveillance vidéo.

Les références se bousculent.
Dziga Vertov et son ciné-œil (Kino Glaz, 1920) bien sûr ; Les quatre borgnes de Hollywood (Fritz Lang, Raoul Walsh, John Ford et André de Toth) ; Robocop ; Terminator (notamment pour une scène qui elle-même rappele le Chien Andalou de Buñuel mais c’est une autre affaire) ; Strange Days (1995), un autre film de James Cameron — son meilleur pour moi —, dans lequel la perception humaine peut être stockée informatiquement puis revisionnée, permettant à chacun d’expérimenter un peu de la vie des autres et offrant au scénariste une intrigue policière captivante ; le film Final Cut (2004) d’Omar Naim, dans lequel chacun est équipé d’un implant qui enregistre son existence et dont on remet les meilleurs passages aux familles aux funérailles (pas vu).
On peut penser aussi à tous les films tournés en vue subjective (le clip Smack My Bitch up de Jonas Ackerlund pour Prodigy par exemple), caméra à l’épaule (Casavettes, Kechiche,…), avec des moyens légers (28 days) ou qui affirment (de manière plus ou moins refabriquée d’ailleurs) l’existence de leur dispositif de tournage : Cloverfield, Redacted, REC, C’est arrivé près de chez vous, Chronique des morts-vivants...

Est-ce que les images issues d’une caméra qui se trouve dans la tête de son opérateur seront regardables avec plaisir ? Lorsque nous regardons par nos yeux, notre cerveau opère en permanence une correction qui fait que notre vision ne souffre pas de nos mouvements, à la manière d’une « steadycam ». Lorsque nous marchons, notre tête ne cesse de monter et de descendre.

Si le stockage de la perception humaine relève encore de la science-fiction, Strange Days faisait référence à une actualité récente de l’époque, celle de l’affaire Rodney King (1991), où pour la première fois des images tournées par un caméraman amateur avait déclenché une onde de choc médiatique incontrôlable. Ces images montraient le passage à tabac d’un automobiliste par les forces de l’ordre. Les émeutes qui avaient suivi l’acquittement de ces policiers ont fait 53 morts, car même si l’image était sombre et tremblottait, l’acharnement policier scandaleux était flagrant et, au delà de l’anecdote, montrait brutalement les brimades exercées sur la communauté noire  de Los Angeles par les forces de l’ordre.

Aujourd’hui, une personne sur cinq se promène avec en poche un téléphone portable capable d’enregistrer de la vidéo. On l’a vu récemment avec la nouvelle affaire Rodney King, à savoir le meurtre par un policier (qui a dit avoir confondu son revolver avec son « tazer ») d’un jeune homme de 22 ans, Oscar Grant, la nuit de la Sain-Sylvestre sur un quai de gare. Cette fois, il y avait (au moins) quatre personnes pour filmer la scène et les images n’ont pas atterri sur CNN mais sur le site d’une chaîne de télévision et sur Youtube, et cela dès les heures qui ont suivi le drame.
Alors que les particuliers s’emparent de ces dispositifs pour témoigner, il est intéressant de voir que les journalistes sont plus prudents. On se rappellera par exemple que le syndicat national des journalistes a officiellement demandé à France 2 de cesser la diffusion de l’émissions « Les infiltrés », émission d’investigation aux sujets divers (la maltraitance dans les maisons de retraite, le travail au noir, le fonctionnement de la presse people) dont la particularité est que les journalistes ne se présentent pas comme tels mais pénètrent incognito le milieu qu’ils veulent étudier, par exemple en s’y faisant employer, afin d’obtenir des information et de tourner des séquences vidéo discrètes. La méthode n’a pourtant rien de neuf (cf. Tête de turc, par Jörg Gfrörer et Günter Wallraff, en 1986, qui montrait les conditions de travail d’un employé turc en Allemagne, filmé en vidéo depuis un sac)

Les moyens de captatation, de création, de modification et de diffusion des images n’ont jamais été si nombreux et si divers. Ils s’augmentent de possibilités telles que le couplage à des capteurs GPS ou encore la transmission instantanée.
Certaines fonctions autrefois réservées aux professionnels atteignent le public le plus large, comme la possibilité de réaliser des vidéos (en basse définition, certes) à la cadence de 1000 images par seconde1 pour moins de 400 dollars.
La vidéo numérique ultra-légère (téléphones, appareils photo, netbooks, caméras dédiées à l’espionnage2 mais aussi caméras embarquées pour sportifs) modifie et modifiera sans doute de plus en plus notre rapport à l’image, y compris, donc, dans les domaine de la citoyenneté et de la production des médias d’information.

Steve Mann, un professeur de l’Université de Toronto (tiens, nous revoici à Toronto !) et ancien membre du Medialab du MIT, ingénieur et artiste de formation, parle de sousveillance, en opposition à la surveillance, pour qualifier les caméras personnelles embarquées et les nouvelles pratiques qui en découlent et en découleront à l’avenir.

Il n’y a pas que la « sousveillance » qui change, puisque la vidéo-surveillance connaît elle aussi une évolution dont nous ne prendrons peut-être vraiment conscience que progressivement. Elle est de plus en plus accessible (y compris aux particuliers), de plus en plus discrète (miniaturisation, liaisons sans fil) et de plus en plus intelligente (couplée à la reconnaissance faciale ou à l’analyse de mouvements par exemple).

Je ne vois pas de moyen pour évaluer un tel phénomène mais il me semble qu’une forte tension est en train de naître autour des questions d’image, notamment entre les professionnels et les amateurs. Il semble admis de photographier la foule avec un téléphone mais il devient plus difficile de le faire avec un appareil réflex. Il m’est arrivé souvent (et de plus en plus souvent) qu’on vienne me demander pour quelle raison je prenais une photographie, il m’est arrivé que quelqu’un qui pensait apparaître sur un cliché banal me réclame d’effacer la photo prise. Il m’est même arrivé qu’un particulier m’interdise de photographier sa ruelle ! J’ai plusieurs histoires de ce genre, et je suis loin d’être seul dans ce cas. Ma fille a subi exactement le même genre d’aventures. Or je me souviens distinctement qu’à son âge, étudiant en photo, je n’ai jamais eu droit à une remarque hostile de la part d’un passant.
Et ce n’est pas tout. Lorsqu’un enfant apparaissait en photo sur une publication municipale il y a encore peu de temps, ses parents en étaient très fiers. Aujourd’hui, les menaces de procès ne sont pas rares (pas générales mais pas rares — je mentionne cet exemple précis pour connaître des cas), et on en vient à faire signer des autorisations et des décharges pour tout et pour rien. C’est comme si le fait d’exister sur une image représentait une forme menace. Il y a parfois aussi derrière tout ça le fantasme d’une valeur marchande, comme si chacun se sentait personnellement accablé par les problèmes de Bradd Pitt et d’Angelina Jolie — harcelés par des paparazzis — tout en rêvant de négocier son image et celle de sa progéniture au même prix que le couple glamour3 .
Autre cas, récemment un photographe de l’Agence France Presse s’est fait molester et a vu ses photographies effacées par des policiers lors d’une manifestations étudiante. Les fonctionnaires de police refusaient au journaliste (titulaire d’une carte de presse) d’exercer son droit élémentaire d’information au nom de leur droit individuel à l’image. Ces pratiques anti-démocratiques n’émanent pas d’une directive ministérielle et la manifestation en question n’avait rien de sensible. Il y a encore peu, dans un film situé dans un pays dictatorial, ce genre de scène de destruction de photographies servait précisément à montrer une absence de liberté.
On dit souvent que l’image se dévalue (notamment l’image numérique), mais je ne pense pas que ce soit exact. Je pense que le rapport à l’image connaît une importante mutation et qu’il en découle de nombreuses confusions.
Et je n’ai même pas parlé de Photoshop !

En parlant de droit à l’image, le personnage de Popeye fait son entrée dans le domaine public pour les européens, car son créateur Elsie Crisler Segar est décédé il y a soixante-dix ans. Le nom Popeye vient de « pop eye », c’est à dire « œil éclaté », car le célèbre marin est borgne.
La boucle est bouclée.

  1. Les appareils photo capables de faire des vidéos ultra-rapides sont proposées par la marque Casio avec ses modèles EX-FS10 et EX-FC100 [↩]
  2. lire : Caméra-œil, caméra-main et caméra de l’invisible sur Cinéma réseau [↩]
  3. Le saviez-vous? « glamour » vient de « grammaire » tout comme « grimoire ». Le glamour, c’est le sortilège, le charme, une affaire de gens qui ont des lettres. [↩]

Photographier dans les gares

janvier 11th, 2009 Posted in Après-cours, Les pros, Parano, stationspotting | 25 Comments »

Je viens de m’apercevoir en travaillant à un prochain article que la page reproduite ci-dessous (et retrouvée sur archive.org) a disparu du nouveau site de la SNCF.
C’est dommage car elle est bien utile à ceux (notamment les étudiants en art) qui veulent avoir quelque chose à répondre aux interdictions, de plus en plus fréquentes, improvisées par les employés de gares. Plusieurs étudiants m’ont en effet raconté comment des contrôleurs et des agents d’accueil de la SNCF leur ont ordonné de ne pas prendre de clichés ou de ne pas filmer (plus on a un appareil imposant et plus on se fait embêter évidemment).

Depuis le 1er janvier 1989 les prises de vues de matériels et d'installations ferroviaires réalisées par le grand public et les amateurs sont tolérées sans formalité particulière dans les parties normalement accessibles au public des gares du réseau SNCF. Toutefois, afin que ces prises de vues n'entraînent aucune gêne, l'utilisation des pieds d'appareils photos, d'éclairages d'appoint ou de flashes ne peut être admise dans ces gares. Cette tolérance peut être suspendue momentanément par les responsables locaux des gares lorsque des évènements particuliers surviennent (travaux, manifestations particulières,…) ou que la gare est soumise à des mesures renforcées de sécurité (plan vigipirate). Seules les prises de vues à caractère professionnel (presse, publicité, cinéma ou télévision) restent subordonnées à demande d'autorisation préalable auprès de la SNCF et dans la majorité des cas à versement de droits de prises de vues (Direction de la Communication - pôle cinéma / photo)

On retiendra donc que depuis vingt ans (joyeux anniversaire !), il est toléré — car c’était auparavant strictement interdit — de prendre des photographies amateur dans les gares sous réserve de ne pas occasionner de gêne et de se cantonner aux lieux normalement accessibles au public.
Les employés de la SNCF ou les policiers ne sont pas toujours au courant de cette tolérance.