L’apocalypse de π

Tout au long du XIXe siècle, des auteurs divers ont annoncé avoir trouvé la valeur précise du nombre π. En 1977 dans le Journal of Recreational Mathematics, Underwood Dudley1, a mis à plat une cinquantaine des résultats obtenus par ses confrères : en 1826, un dénommé Smooth a donné à π la valeur 3.2 ; en 1832, Parsey lui a donné la valeur 3.0625 ; en 1833, Baddeley lui a trouvé la valeur 3.20222 ; la même année, Bouche a trouvé la valeur 3.16483 ; etc.

La conclusion de Dudley a été que la valeur de π décroit progressivement et qu’il est même possible de proposer cette formule : πt = 4.59183 – 0.000773t, où t est l’année. En 2059, par exemple, la valeur de π sera 3, ce qui rendra les calculs extrêmement faciles pour les collégiens.
En suivant sa méthode de calcul, le mathématicien arrive à la conclusion que π tend vers 1. Lorsque ce chiffre sera atteint, la circonférence du cercle et son diamètre seront devenus égaux,  aboutissant à un effondrement de toutes les sphères (dont la section est, comme chacun sait, circulaire), notamment la Terre, la lune ou le Soleil, ce qui ne manquera pas de causer la fin du monde à une date très précise : le 9 août de l’année 4646 à vingt-et-une heure, quatre minutes et vingt sept secondes.

(source : www.futilitycloset.com, via Julien Quint. Illustration : La salle du nombre π au Palais de la Découverte, photo jnl)

  1. Underwood Dudley, né en 1937, enseignant à l’université DePauw, dans l’Indiana, s’est passionné pour les recherches de pseudo-mathématiciens obsédés par la résolutions de problèmes tels que la quadrature du cercle, et affirmant les avoir résolus. Pour lui, ces travaux négligés puisque sans intérêt scientifique relèvent du folklore des mathématiques et méritent d’être analysés. []
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Le retour de la nature

Trouvé sur le blog de Geoffrey Dorne, cette jolie installation urbaine de l’atelier Tres Birds, placée en centre-ville de Denver, dans le Colorado.
On y voit des meubles envahis par des végétaux : la nature reprend le pouvoir.

Il n’est pas indifférent que ce mobilier soit du mobilier de bureau, le bureau étant un lieu emblématique des enjeux de pouvoir mais aussi un lieu où la nature tient une place particulière, à la fois niée et très présente, que ce soit pour ses plantes décoratives ou pour les observations éthologiques que l’on peut y faire sur les rapports entre êtres humains.

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Le déluge

Le plus ancien mythe du déluge connu est le Poème du Supersage, qui se rattache à l’épopée de Gilgamesh, texte antique très important1 qui a inspiré la mythologie grecque et la Bible, notamment. On y trouve l’histoire d’un dénommé Atrahasis (ou Uta-Napishtim, ou encore Ziusudra), prévenu en rêve que les dieux, fatigués du vacarme humain, s’apprêtaient à les submerger et qu’il fallait qu’il construise un navire étanchéifié au bitume dans lequel il emporterait son clan et des spécimens de tous les animaux. L’histoire de l’Arche de Noé, rédigée de nombreux siècles plus tard, prend de nombreux éléments à l’histoire d’Atrhasis, y compris l’épisode de l’arrivée sur un mont, celui des oiseaux envoyés chercher la terre ferme ou encore la décision, par les dieux, de limiter l’espérance de vie des humains à l’issue de cet épisode.
La plus grande différence entre le poème du Supersage et l’histoire de Noé, finalement, c’est la réduction du nombre de dieux, ramenés à un seul et unique dans la Bible.

Dans la tradition védique de l’hindouisme, on connaît aussi un mythe similaire, celui de l’homme Manu, prévenu du déluge à temps pour construire une arche et échapper au désastre. On trouve plusieurs textes comparables chez les grecs  (déluge d’Ogygès, déluge de Deucalion, sans parler du mythe de l’Atlantide). Pour certains, la multiplicité des textes atteste de la réalité historique de l’évènement, tandis que d’autres y voient le manque d’originalité de mythes qui s’inspirent les uns des autres.

Le mythe du déluge a souvent été un enjeu dans l’établissement de l’historicité de la Bible, et on a cherché des traces de sa réalité à diverses époques. Certains ont pensé que la présence de fossiles de coquillages dans les pierres sédimentaires extraites de lieux éloignés de toutes mers étaient la preuve du déluge. On a souvent proposé des hypothèses d’un engloutissement de toutes les terres (fonte massive des glaces, chute d’un objet céleste dans l’océan provoquant un tsunami,…) ou des hypothèses plus locales (débordements simultanés du Tigre et de l’Euphrate, de la Mer Noire, séisme,…).

On ne compte pas le nombre d’expéditions archéologiques parties à la recherche des vestiges de l’arche de Noé sur le mont Ararat, en Turquie. Mais ce même mythe a aussi servi à décrédibiliser la Bible, soit en montrant que le texte n’était pas original et avait été emprunté à des traditions préexistantes, soit en pointant du doigt sa profonde aberration technique, comme l’Abbé Mallet, qui, dans l’Encyclopédie Diderot-d’Alembert, avait établi des calculs pragmatiques : combien de stalles pour les animaux ? Comment stocker la nourriture nécessaire à leur survie ? Les coudées mesurées par la Bible étaient-elles plus longues que celles du 18e siècle ? Comment était-il possible que trois ou quatre hommes aient pu réaliser un tel ouvrage à eux seuls ? En lisant l’article, on doute que l’arche ait pu flotter, mais il est loin d’être certain qu’une telle conclusion ait été intentionnelle de la part de l’auteur2.

Quoi qu’il en soit, les inondations ne sont pas des phénomènes imaginaires, l’actualité le rappelle assez fréquemment, et les textes antiques peuvent tout à fait être nés du souvenir lointain de débordements aquatiques véritables. Je pense pour ma part qu’il ne faut pas exclure, en lien avec l’article précédent, que la popularité de l’idée de déluge vienne de l’envie (théorique) de tout voir disparaître, de voir le monde entier lavé à grande eau, nettoyé de tout ce qu’il a été, nettoyé de la complexité acquise, et donc apte à repartir sur une base neuve.

(illustrations : Thomas Cole, The Subsiding of the Waters of the Deluge, 1829, Smithsonian American Art Museum ; L’arche « grandeur nature » construite par l’entrepreneur Johan Huibers, à Sneek, aux Pays-Bas, en prévision de l’engloutissement de son pays, photos par bobba_dwj/FlickR CC BY-SA 2.0 ; Une boite du jeu Playmobil)

  1. L’épopée de Gilgamesh est le plus vieux récit fictionel connu, on pense qu’il a près de cinq mille ans, même si les plus anciennes tablettes conservées ont un peu moins de quatre millénaires. []
  2. Edme Mallet (1713-1755) avait été assigné à la rédaction d’articles aux thèmes historiques, littéraires et surtout théologiques pour l’Encyclopédie par les autorités, qui craignaient que cette entreprise ne nuise à la religion. Mallet était plutôt traditionaliste et réactionnaire, en général.  []
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Apocalypse déçue

Le passage de l’ouragan Irene, un des plus forts qui aient frappé la côte Est des États-Unis depuis plus d’un siècle, dit-on, a été annoncé avec emphase : Apocalypse, Armageddon, Fin du monde,… aucun terme catastrophiste n’a été oublié. Le président Obama, qui se souvient sans doute du tort considérable qu’un traitement insouciant de l’ouragan Katerina avait causé à son prédécesseur George Bush, a appelé ses concitoyens à se préparer au pire, et les autorités ont ordonné l’évacuation préventive de près d’un demi-million d’habitants de Manhattan.
Cet ouragan ravageur censé frapper New York presque exactement dix ans après la destructions des tours jumelles faisait une bonne histoire à raconter pour les chaînes d’information en continu.

Mais voilà, le désastre ne s’est pas produit. Comme l’écrit Howard Kurtz : « the apocalypse that cable television had been trumpeting had failed to materialize »1. Pendant que les reporters envoyés vérifier les effets de la tempête se raccrochaient à l’idée du désastre, les utilisateurs de Twitter, y compris new-yorkais, persiflaient :
@kebzachDon’t worry everybody. Even though #Irene isn’t a hurricane anymore the east coast media will still go overboard & treat it like armageddon2.
@RandomnessChicI’m confused. According to tweets, #irene hardly made an impact, but according to the news, the apocalypse is beginning…3.
@ChrisGraceIrene downgraded to a tropical storm. Typical: you think you’re hot shit, then you come to NYC and you’re not as big a deal as you thought4.

Peut-être est-ce que les mesures de sécurité qui ont été prises ont joué pour beaucoup dans le bilan clément du passage de l’ouragan : quelques morts, quelques chutes d’arbres, des millions de gens temporairement privés d’électricité, mais rien de plus dramatique. Certaines images, comme ce bout de route submergé par Bronx River, montrent tout de même que le passage d’Irene sur New York n’est pas un simple coup de vent, et du reste, à l’instant où j’écris, ses effets sont loin d’être tout à fait terminés.

Au delà de la déception des médias d’information, dont l’audience dépend précisément de l’ampleur des drames rapportés et dont les motivations sont donc assez claires, on peut s’interroger sur l’envie de désastres qui existe parmi le public lui-même. Une envie qu’il se passe vraiment quelque chose, qu’advienne un évènement après lequel plus rien ne sera jamais comme avant, un évènement apte à nettoyer un monde d’une grande partie de ce qu’il est, pour pouvoir, sans doute, renaître sur de nouvelles bases. Ce frisson du déluge est à mon avis un des sentiments qui expliquent la popularité des récits de fin du monde.

(Image : Vitrine d’une maison de Presse, photo jnl ; Un débordement de Bronx River, à l’occasion du passage de l’ouragan, par Shane Keaney/FlickR CC BY-SA 2.0)

  1. The Daily Beast, Hyping the Hurricane, par Howard Kurtz []
  2. Ne vous inquiétez pas : même si #Irene n’est plus un ouragan, les médias de la côte Est vont continuer à exagérer et à traiter la chose comme Armageddon []
  3. Je suis perdue. Si je me fie aux tweets, #irene a à peine eu un impact, mais si je me fie aux journaux télé, l’apocalypse commence []
  4. Irene a été dégradée au statut de tempête tropicale. Typique : tu ne te prends pas pour de la merde, mais quand tu arrives à New York tu te rends compte que tu n’es pas si important que ça. []
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Le générique de Soleil Vert

On reparlera ici-même du film Soleil Vert (Soylent Green, 1973), situé en 2022, qui imaginait que la surpopulation et de l’activité humaine avaient fini par épuiser toutes les ressources terrestres et océaniques. En attendant, parlons de son générique1.
La séquence d’introduction est particulièrement intéressante. Il s’agit d’un diaporama non-commenté de deux minutes trente, simplement accompagné d’une musique illustrative. Le piano est calme au début, puis l’orchestration s’étoffe et s’emballe à mesure que le montage devient haché et s’accélère,… En conclusion de la séquence, l’image comme la musique redeviennent plus calmes et même, clairement mélancoliques. L’utilisation de la couleur renforce ce récit, en passant du sépia à la couleur puis en revenant au sépia.

Ce véritable film dans le film ne relève pas de la science-fiction, toutes les images montrées sont des photographies d’actualité contemporaines et a priori, aucune n’a été prise spécialement pour réaliser la séquence. On identifie Paris en mai 1968, des photographies de décharges publiques, du métro de Tokyo ou de celui de New York, etc.
Ce rapport à la réalité fait toute la force du montage, qui nous montre de manière implacable un XXe siècle de gâchis qui se dirige vers une catastrophe sociale et écologique.
Je me demande si un studio hollywoodien oserait réaliser une séquence aussi désespérée aujourd’hui.

  1. Le terme « générique » est un peu abusif puisqu’il n’y a, ici, que le titre Soylent Green, mais aucun nom d’acteurs, de producteurs ou de réalisateurs, tous renvoyés à la fin du film, en contradiction avec les règlements syndicaux hollywoodiens — on se rappellera que, en refusant de ce plier à ce format pour Star Wars et surtout pour L’Empire contre-attaque, George Lucas avait dû payer de millions de dollars d’amende. []
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TF1 du monde

Le journal télévisé de TF1 vient de changer de générique aujourd’hui même.
La musique d’accompagnement, dérivée de la bande musicale du films Les Dents de la Mer (cf. La démonstration de Serge Llado, sur Europe1) , n’a pas beaucoup changé.
L’animation en 3D, en revanche, n’est plus la même. La précédente version montrait un globe terrestre stylisé, en plan rapproché et en rotation, d’où fusaient des noms de villes :

La nouvelle version montre la planète terre, perdue dans l’espace, composée de particules qui rayonnent. Pour ma part, je vois un monde en train d’exploser ou de se déliter, mais aussi une image de crâne, dont le logo TF1 deviendrait la dentition. Je suis le seul ?

On remarque que l’hallucination morbide est ensuite contredite par la chaleur rassurante du plateau et de la présentatrice.
Tout cela me fait penser à un motif visuel assez classique qui mêle la planète terre et le crâne humain, ainsi que ces quelques images trouvées sans effort sur Internet :

Il y a une logique. Tous les jours, au journal télévisé, on nous annonce une fin du monde. Une catastrophe financière, un pays qui bascule dans le chaos, un autre qui déclenche une guerre, un cataclysme écologique, etc.

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Maximum overdrive

Selon une estimation récente, la terre est à présent peuplée de plus d’un milliard d’automobiles. Puisque l’on dénombre six ou sept fois plus d’êtres humains, on peut continuer à se moquer de la méprise de l’extra-terrestre Ford Prefect, dans le Guide du Routard Galactique, qui avait cru en arrivant sur terre que l’automobile en était l’espèce dominante, qui avait tenté de prendre contact avec elle et qui avait d’ailleurs choisi son nom en pensant que ça l’aiderait à s’intégrer.

La place occupée par l’automobile sur terre n’en est pas moins devenue envahissante. On mène des guerres en fonction du cours du pétrole — la nourriture de l’automobile —, on accepte d’abîmer notre environnement (mers souillées, atmosphère chargée en particules toxiques et en gaz carbonique, dispersion de métaux lourds) même si cela altère notre santé, on remplace des champs de céréales et des paturages par des champs d’oléagineux destinés à devenir des biocarburants et on organise tout le paysage terrestre pour la circulation automobile, au détriment de nombreuses espèces vivantes mais aussi au détriment du piéton, espèce presque disparue ou en tout cas, cantonnée à certaines zones bien précises dans de nombreuses grandes villes du monde. Je parie qu’il existe sur terre plus de kilomètres carrés de routes que de surface d’habitation.
Enfin, la mortalité liée aux accidents de la route représente 2.1% des décès au niveau mondial, soit plus que le cancer du sein, par exemple, et ce chiffre augmente régulièrement.
L’automobile n’était qu’une fantaisie pour gens très riches il y a un peu plus de cent ans.

Bien entendu, les automobiles ne sont pas une espèce pensante, du moins pas encore : Google teste sur son campus des véhicules sans conducteur, et on peut supposer que l’intelligence des voitures autonomes est amenée à progresser à l’avenir — peut-être pas jusqu’à disposer d’une conscience d’elles-mêmes, cependant.
Le très amusant 
Maximum Overdrive, écrit et réalisé par Stephen King, donne le pouvoir aux machines, et notamment, aux véhicules motorisés. Le prétexte est science-fictionnesque : profitant de l’approche d’une comète aux abords de la terre, une intelligence extra-terrestre investit diverses mécaniques, notamment les poids-lourds, qui commencent à massacrer tous les humains qu’ils croisent mais finissent par chercher leur coopération lorsqu’ils découvrent qu’ils peuvent difficilement survivre sans approvisionnement en essence.
Dans ce film, donc, l’espèce humaine est à deux doigts d’être remplacée par l’espèce mécanique, comme les dinosaures ont vu leur règne terminé il y a soixante-cinq millions d’années. Mais cette « fin du monde » est évitée par un satellite « météo » soviétique, équipé d’un puissant laser, qui détruit le vaisseau extra-terrestre responsable de l’invasion.

Tout en étant un film d’horreur comique passablement médiocre (dont on me fera remarquer qu’il ne se rattache au sujet des « fins du monde » que de très loin, Maximum Overdrive constitue une métaphore assez réjouissante de l’importance de l’automobile dans la vie terrestre, notamment aux États-Unis.
Il serait important par ailleurs de traiter la question de l’automobile dans les fictions apocalyptiques, puisque c’est devenu, depuis Mad Max, un motif classique du genre.

(Illustrations : échangeur autoroutier à Seattle, par Qualispam/Commons CC-BY-SA-2.0 ; stockage d’automobiles à Barcelone, par Dual Freq/Commons CC BY-SA 3.0 ; circulation à Bergen, par Bosc d’Anjou/FlickR CC-BY-2.0 ; les images qui suivent sont des photogrammes extraits du film)

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The Postman

Dans le film Danse avec les loups (1990), qu’il a réalisé et dont il est l’acteur principal, Kevin Costner confrontait la barbarie civilisée des colons avec la civilisation sauvage des amérindiens. Dans Open Range (2003), dont il est réalisateur, il s’intéresse à l’affrontement entre deux versions du rêve américain : ceux qui veulent profiter de la liberté des grandes plaines et veulent conserver le libre accès aux pâturages et aux points d’eau, opposés à ceux qui veulent poser des clôtures de fils barbelés1.
Avec Waterworld (1995), dont il est un des producteurs, il incarne une sorte de Mad Max en catamaran sur la terre de l’an 2500, qui n’a de terre que le nom puisqu’elle est recouverte d’une mer géante. On en reparlera.

On sait par ailleurs que Kevin Costner soutient le parti Démocrate et notamment, l’écologiste Al Gore. En 1995, l’acteur a acheté une société créée par les États-Unis, Ocean Therapy Solutions, qui développe un système de séparation de l’eau et du pétrole lors des marées noires. Il est difficile de trop s’avancer à ce sujet mais il semble que Costner se sente personnellement concerné par les questions de civilisation humaine et de déclin écologique. Tout comme Charlton Heston ou Mel Gibson, par exemple, mais d’une manière politiquement opposée.

En 1997, Costner a sorti The Postman, un film adapté d’un roman de David Brin qui a une intrigue bien plus complexe et qui est nettement meilleur. Le film a coûté quatre-vingt millions de dollars mais n’a rapporté qu’un cinquième de cette somme. Les catastophes de ce genre sont les seules à n’être jamais appréciée ni pardonnée à Hollywood, et The Postman a reçu cinq Golden Raspberry Awards — les oscars de la honte —, dont ceux du pire film de l’année, du pire acteur et du pire réalisateur.
Pourtant, ce n’est pas un film inintéressant, loin de là.
L’histoire commence en 2013, quinze ans après le déclenchement d’une guerre nucléaire en Europe. Les structures des États-Unis se sont complètement effondrées. Parmi les survivants, Gordon Krantz circule de village en village avec son cheval Bill, avec qui il interprète des versions comiques des pièces de Shakespeare.

À la même époque, un homme qui se fait appeler le Général Bethlehem tente de prendre le pouvoir dans le pays à la tête d’une armée fasciste. Ce chef de guerre enrôle de force Krantz, qui ne résiste pas mais s’échappe à la première occasion. Alors qu’il s’est réfugié dans un convoi postal abandonné, Krantz découvre une besace remplie de lettres à poster, qui date d’avant la catastrophe. Il décide d’utiliser ce trésor apparemment inutile comme laisser-passer : chaque fois qu’il veut entrer dans un village et y être nourri et choyé, il prétend être un facteur et affirme que le gouvernement des États-Unis vient de renaître et a restauré le service des postes. Il accepte de se charger des nouvelles lettres qu’on lui confie. Ce qui n’était au départ qu’une astuce à la limite de l’escroquerie finit par devenir un vent d’espoir dans tout le pays, créant des vocations spontanées de postmen, ce qui irrite énormément le Général Bethlehem qui craint que cela ne sape son autorité.

La suite du film ne mérite pas tellement d’être racontée, on tombe dans le film d’action post-apocalyptique assez banal, avec le combat de l’armée du Général Bethlehem contre les facteurs, dont l’organisation est devenus une quasi religion, qui se sont organisés et qui ont même réinventé le principe du tri postal. L’épilogue, situé des décennies plus tard, montre l’inauguration d’une statue du Postman, dans un monde apparemment « réparé ».

On retiendra du film une affirmation forte, déjà présente dans le roman, et qui mérite d’être méditée : l’État, voire la civilisation, selon la philosophie développée dans The Postman, ne procède pas de la force et de l’autorité, mais du service public, de la communication et du lien social.

  1. Je n’ai pas vu Open Range, qui me semble être une version light du Heaven’s Gate de Michael Cimino qui racontait comme les grands propriétaires terriens de l’ouest ont massacré méthodiquement les immigrants pauvres qui se trouvaient sur leurs terres. Le western est le genre roi pour disserter sur la question de la civilisation ou des libertés. Il entretient plus d’un rapport avec les fictions post-apocalyptiques. []
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The Survivalist (le film)

Une bombe atomique américaine explose dans un désert sibérien, ne faisant aucun mort. Les États-Unis nient leur implication (à se demander comment ils savent que la bombe est américaine) mais ça ne suffit pas aux soviétiques qui lancent la troisième guerre mondiale. Le gouvernement américain en profite pour décréter l’état d’urgence et pour suspendre l’application de tous les droits constitutionnels : déplacement, manifestation, etc.

Jack Tillman, un « survivaliste »1, était prêt à tout cela. Sa maison contient un arsenal impressionnant. Son obsession est de réunir et de protéger sa famille mais ça ne fonctionne pas très bien, car lorsqu’il laisse son épouse et sa fille seules pour aller chercher quelque chose à la banque, celles-ci se font assassiner (et sans doute pire) par trois rôdeurs. Tillman ne sombre pas pour autant dans le désespoir et passe à la suite de son plan : sauver son fils, qui a quitté son camp de vacances pour aller se réfugier dans une grotte du désert, ainsi que son père lui avait appris à le faire.

Armé jusqu’aux dents, équipé de couteaux dans ses bottes et de shurikens dans les poches, Tillman quitte sa maison avec un couple d’amis, un médecin et une infirmière qui se moquaient un peu de sa paranoïa mais qui doivent bien admettre, ironie du sort, qu’ils peuvent difficilement survivre autrement que sous sa protection. Tout de même un peu jaloux de voir que sa femme n’obéit qu’aux ordres de Tillman, le médecin finit par décider de tenter sa chance de son côté. Trop confiant dans l’espèce humaine, il se fera égorger par un couple d’auto stoppeurs, au moment même où son épouse succombe aux charmes de Tillman, veuf depuis quelques heures mais apparemment déjà en manque de tendresse.

À Spring Wells, au Texas, où il vit, Tillman a un ennemi de toujours, un membre de la garde nationale avec qui il a un contentieux depuis la guerre du Viêt-nam. Cette vieille inimitié dont on ne nous dit rien est apparemment une raison suffisante pour que tous les militaires de la région soient aux trousses du survivaliste, dans le but de le tuer.
Mais le bonhomme est un dur à cuire et zigouille ses ennemis un par un. Il s’enfuit finalement dans l’hélicoptère de l’armée avec son fils, retrouvé, et sa nouvelle compagne. Fin du film.

The Survivalist (Opération survie, en France) date de 1987. Mal réalisé, mal scénarisé, mal interprété, ce film propose une vision très angoissante de la société où la moindre tension peut faire basculer en quelques heures un pays civilisé dans un état de chaos total où l’on ne peut plus avoir confiance en personne, ou presque2.
Ce film relève de la propagande médiocre pour la National Rifle Association, mais il induit à l’insu de ses auteurs une question grave : Et si les gens les plus aptes à la survie, les mieux préparés, étaient précisément ceux avec qui nous avons le moins envie de vivre ?

  1. Voir ce mot sur la page « définitions« . []
  2. Comme dans Ravage, de Barjavel, les seules personnes valables et dignes de confiance sont des paysans aux pieds sur terre qui vivent plus ou moins hors de la société. []
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Protei

La fin du monde, il y a aussi ceux qui veulent en reculer la date. C’est le cas par exemple l’équipe qui met au point Protei, une série de prototypes de bateaux à voile articulés et robotisés destinés à collecter automatiquement le pétrole des marées noires, comme celui qui s’est déversé dans le Golfe du Mexique il y a un peu plus d’un an.

Le projet a été financé par le biais du site Kickstarter et relève du « Open hardware », c’est à dire que les plans des prototypes ainsi que les technologies  mises au point pour l’occasion ne sont pas soumises à des brevets industriels mais sont, au contraire, offerts au public qui peut à son tour les utiliser, les améliorer et leur trouver d’autres usages.
Protei n’est qu’un des laboratoires du projet international Open Sailing, dont on reparlera.

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The Survivalist (romans)

Entre 1981 et 1993, l’écrivain américain Jerry Ahern a publié vingt-sept tomes de The Survivalist1 , une série de romans populaires centrée sur la personnalité de John Rourke, ancien officier de la CIA à la recherche de sa famille dans un monde dévasté par une guerre atomique qui a décimé les deux tiers des habitants des États-Unis et un tiers de ceux de l’Union soviétique.

Comme le suggère le titre de la série, Rourke est un expert en survie, mais aussi en techniques de combat et en maniement des armes.
Il doit affronter des motards, des mutants, des cannibales, des Nazis ainsi que les envahisseurs soviétiques qu’il combat à lui seul. Selon Wikipédia, la série gagne en politiquement correct au fil de son évolution et on y trouve des personnages positifs noirs, juifs ou même soviétiques.
The Survivalist n’est sans doute pas qu’un amusement pour son auteur, qui est militant du deuxième amendement (le droit, pour les citoyens, d’être armé), adhérent de la National Rifle Association, qui écrit dans la presse spécialisée du domaine des armes à feu et qui a publié, en 2010, un guide intitulé Survive!: The Disaster, Crisis and Emergency Handbook, où le lecteur apprend tout ce qu’il y a à savoir sur les menaces nucléaires et terroristes et sur les catastrophes naturelles. Il y détaille les pratiques de survie : s’approvisionner en énergie, en eau, en nourriture, s’armer, connaître les bases du secourisme et de la médecine, savoir comment communiquer en période de crise,  etc.

En France la série est publiée par les presses de la cité avec le titre Le Survivant, sous le label « Gérard de Villiers présente ».
On remarque une nette différence entre les couvertures des éditions françaises et celles des éditions américaines. Alors que les éditions d’origine montrent toutes un culturiste portant des lunettes d’aviateur et équipé d’armes lourdes, les éditions françaises montrent des jeunes femmes certes armées, mais par ailleurs très court-vêtues et généralement dépoitraillées.

The Survivalist a inspiré plusieurs autres séries : The Traveler (D.B. Drumm), EndWorld (David L. Robbins), The Guardians (Victor Milan), The Doomsday Warrior (Ryder Stacy). The Survivalist aurait été tiré à cinq millions d’exemplaires dans le monde.

  1. Voir le mot Survivalisme sur la page Définitions. []
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