L’éruption solaire de 1859

À la fin de l’été 1859 (28 août — 2 septembre), une série d’éruptions solaires a atteint la terre, ce qui a eu pour effet d’amincir considérablement la magnétosphère terrestre, qui n’a pu jouer pleinement son rôle de protection contre les particules ionisées, effet qui s’est manifesté par des aurores boréales visibles jusque sous les tropiques et que leurs observateurs pouvaient prendre pour de gigantesques et lointains incendies.
Aussi bas qu’à Panama, on a pu lire le journal en pleine nuit.

Pour des années, cette éruption a affecté l’atmosphère de la planète, qui a perdu à cette occasion environ 5% de son ozone protectrice et s’est chargée en nitrate et de béryllium 10, ainsi qu’on a pu le vérifier par carottage des glaces.
Les impulsions électromagnétiques1 qui accompagnent ce genre de phénomène perturbent les appareils électriques. En 1859, on n’utilisait l’électricité ni comme force motrice (on lui préférait encore le cheval, le bœuf, le vent et la vapeur2), ni pour l’éclairage (on s’éclairait alors au gaz ou au pétrole, l’ampoule à incandescence n’a été inventée que vingt ans plus tard). On a pourtant pu remarquer les bizarreries causées par l’éruption solaire dans le domaine de la télégraphie électrique, brevetée par Samuel Morse en 1840 : des télégraphistes ont été victimes de violentes décharges électriques venues du sol et des stations de télégraphie ont spontanément pris feu !

Une éruption solaire d’une telle violence ne se produit, estime-t-on à présent, que deux fois par millénaire. Sachant les dommages causés au réseau électrique à une époque où celui-ci existait à peine, on ne peut absolument pas imaginer ce qui arriverait aujourd’hui, considérant l’extrème familiarité et l’état de dépendance que nous entretenons à présent vis à vis des appareils électriques et électroniques.
Le retour d’une éruption solaire majeure fait partie des évènements souvent évoqués par les catastrophistes.

(images : une aurore australe, par Samuel Blanc/Commons ; une impressionnante éjection de masse coronale par le soleil, en 2002/Nasa ; informations : Wikipédia)

  1. Se référer à la page Définitions. []
  2. Amusante coïncidence, on date le début de l’ère du pétrole au 27 septembre 1859, après la découverte d’un gisement à Titusville en Pennsylvanie. []
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L’Étoile mystérieuse

La première « fin du monde » qui m’ait marqué c’est, je pense, L’Etoile mystérieuse, par Hergé. J’écris « je pense », car j’ai lu assez jeune, et peut-être à la même époque que je lisais Tintin, les aventures de Capitaine Marvel par Jim Starlin ou celles des Quatre fantastiques par Jack Kirby, deux séries où la fin du monde, voire de l’univers entier, était une éventualité plutôt courante.

Au début du récit, Tintin s’aperçoit qu’une nouvelle étoile a fait son apparition dans le ciel. Il constate aussi qu’elle semble grossir. Il décide de se rendre à l’observatoire où il rencontre deux savants excités par le phénomène qui lui expliquent que, selon leurs calculs, un objet céleste va percuter la terre le lendemain matin.
La séquence de l’observatoire contient un élément très intéressant : Tintin croit voir une araignée gigantesque sur l’étoile, mais ce n’est qu’une illusion due à une araignée qui courait sur l’objectif du télescope.

La température ne cesse de monter, l’asphalte fond et les rats d’égout semblent pris de panique. Le public est inquiet mais reste ignorant de la situation. Un prophète de malheur, Philippulus, promet à tous les pires catastrophes pour bientôt.

Un peu plus tard, en rêve, Tintin retrouve le prophète Philippulus qui lui parle d’une immense araignée comme châtiment.
Heureusement, les calculs des astronomes étaient faux et l’objet céleste ne fait que frôler la terre, provoquant une petite secousse sans gravité. On découvre qu’un aérolithe constitué d’un métal inconnu s’est détaché de l’astre et est tombé en pleine mer. Les scientifiques, Tintin et quelques autres personnalités amies ou concurrentes partent à sa recherche.

L’étoile a des propriétés inconnues, la croissance des formes de vie s’y fait de manière accélérée et démesurée : Tintin a jeté un trognon de pomme qui en quelques heures se transforme en arbuste, puis en pommier qui donne des pommes géantes. Tout ça ne tient pas tellement scientifiquement parlant (aucun insecte ne pollinise le pommier, et Tintin et Milou ne sont pas affectés par le phénomène) mais permet une scène d’horreur : une araignée géante, qu’il a amenée avec lui sans le savoir, attaque Tintin1.

Cette histoire d’araignée géante, d’abord hallucinée, puis rêvée et enfin réalisée, est un motif très réussi qui participe de la puissance fantastique du récit. L’Étoile mystérieuse a été publié dans le quotidien belge Le Soir sous l’occupation allemande2, et il n’est pas interdit d’y voir une manifestation inconsciente des angoisses liées à la guerre.

Toutes les illustrations ce cet article sont © Hergé/Moulinsart 1942
L’œuvre d’Hergé est protégée par le droit d’auteur. Aucune utilisation ne peut en être faite sans l’autorisation de la société Moulinsart.

  1. Cette histoire rappellera une authentique catastrophe écologique née de la mondialisation, celle de l’importation de la Tegenaria agrestis, araignée champêtre inoffensive en Europe mais devenue une araignée domestique dangereuse aux États-Unis, la hobo spider []
  2. Le journal était tenu par une rédaction collaborationniste et on notera que dans la version originale de l’histoire, le « méchant » est un banquier new-yorkais et juif mais il serait erroné d’en faire le sujet de l’album. Au contraire, et depuis Le Lotus Bleu (1934), quelles que soient les mauvaises fréquentations d’Hergé, son héros Tintin était déjà le personnage positif et universel qu’il est resté depuis. []
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Verdens Undergang (1916)

Je suis très curieux du film danois Verdens Undergang (en anglais The Flaming Sword, ou encore The End of the World), réalisé par August Blom en 1916.
Il a été édité en DVD par l’Institut danois du cinéma, mais je n’en connais qu’un extrait, quelques photographies officielles, le synopsis et l’affiche.

Le film est sorti six ans après le passage de la comète de Halley et alors que la Première guerre mondiale mettait l’Europe à feu et à sang — le Danemark est resté neutre mais a été très affecté par la Grande guerre. Il a connu un succès important.

Au début du film, un scientifique découvre qu’une comète va passer très près de la terre. Selon les calculs du savent, cela provoquera de véritables désastres. On décide alors de ne pas alerter la population, mais cela ne suffit pas à empêcher la panique ni les catastrophes naturelles.

On voit que tous les poncifs du film catastrophe tel qu’on en produit encore aujourd’hui sont en place : le scientifique-Cassandre, les questions d’opinion publique, les émeutes,…

(merci à Aurore Berger Bjursell)

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La comète Elenin

La comète Elenin, découverte en décembre dernier par l’astronome Leonid Elenin, excite les millénaristes de tout poil, notamment sur Internet. Ils jurent tous que la fin du monde est pour les alentours du 16 octobre 2011, date à laquelle l’objet céleste « frôlera » la terre à 35 millions de kilomètres. Certains avancent par exemple que cette comète est en fait une « naine brune » d’une masse suffisante pour perturber l’orbite terrestre et causer un désastre, et il s’en est même trouvé pour y voir la cause du séisme au Japon. D’autres disent que la comète provoquera une éclipse solaire de trois jours…

Des complotistes croient savoir de source sure que toute la Nasa est mobilisée par le sujet et n’a jamais autant observé une comète. Certains affirment que si l’administrateur de la Nasa, Charles Bolden, a récemment lancé une campagne auprès de ses salariés pour les enjoindre à être toujours prêts à répondre à des catastrophes naturelles, c’est en prévision de la collision. D’autres pensent que les décès presque simultanés de deux astronomes de premier plan, Allan Sandage et Brian Geoffrey Marsden, quelques semaines avant l’annonce publique de la découverte de la comète, ne peuvent être dus au hasard : ils auraient essayé d’alerter l’opinion sur la taille et la trajectoire réelles de la comète, mais en auraient été définitivement empêchés par la CIA. On en trouve même pour imaginer que le sens caché du nom « Elenin » est « Eleven Nine » : 11/9.
Ce scénario de série Z a tant de succès que la Nasa a du produire un démenti argumenté sur le sujet : non, la fin du monde n’est pas pour tout de suite.

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Britney Spears : Till the world ends

Till the world ends est une chanson de Britney Spears, sortie cette année. Le clip, réalisé par Ray Kay, s’ouvre sur la date du 21 décembre 2012. On voit ensuite de jeunes et belles gens entraînees par la chorégraphie de Britney Spears, faire la fête lascivement sous terre tandis qu’à l’extérieur, la ville est peu à peu détruite par des objets tombés du ciel. À la fin du film, la chanteuse en souriant d’une bouche d’égout : la catastrophe, quelle qu’elle soit, semble être passée et le soleil brille à nouveau.

Du point de vue musical, le titre rappelle beaucoup le son « eurodance » de la décennie précédente. Les paroles, écrites par la chanteuse Kesha, célèbrent l’ivresse de la danse et de la fête : « Keep on dancing til the world ends ».

Cela me fait penser à la chanson Baby Pop, écrite par Serge Gainsbourg pour France Gall, où une adolescente se fait conseiller de chanter et de danser pour conjurer un avenir qu’on lui promet terne, triste et sordide. Métier abrutissant, mariage raté, et même, catastrophe nucléaire :

Tu ne peux ignorer les dangers / Que représentent les libertés / Les menaces de guerre / Semblent se préciser / À cet instant Baby tu le sais / Où tous les soleils vont se lever / Quelque part sur la terre / Les balles sifflent / Le sang est versé / Chante, danse Baby pop / Comme si demain Baby pop / Ne devait jamais Baby pop / Jamais revenir

(merci à Sylvia qui m’a signalé ce clip)

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Science & Vie : une fin du monde chaque mois

Il faudrait recenser sérieusement les couvertures du magazine Science & Vie qui annoncent la fin du monde : menaces venues du ciel, planète en péril, insectes ou bactéries devenues incontrôlables et capables de conquérir le monde…

Ce storytelling anxiogène, est si courant pour ce magazine que j’ai trouvé huit couvertures en rapport en me contentant d’en regarder une pile au hasard. J’aurais pu ajouter les couvertures qui affirment que la matière ou le temps sont des objets fragiles, nés du hasard et destinés à y retourner… Chaque mois, une fin du monde, ou l’affirmation que le monde n’existe pas vraiment.

Depuis combien de temps est-ce que Science & Vie produit ce genre de couvertures ? Est-ce que les journaux concurrents (Popular Science, Scientific American, Popular Mechanics, Sciences et Avenir, etc.) ont des couvertures comparables ?
Et très prosaïquement : est-ce que c’est vendeur ?

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L’Amérique de 1951 sous les bombes thermonucléaires

Les illustrations utilisées pour composer le visuel d’en-tête de ce blog proviennent du numéro de février 1951 du magazine américain Pageant1.
La trouvaille est due à Alan Scherstuhl, du blog Studies in crap / Sfweekly.

Les dessins sont dus au baron Sandor Leidenfrost, dit « Alexander Leydenfrost », né à Debrecen, en Hongrie en 1888.
L’artiste était invité à produire une vision « réaliste » de ce qui adviendrait si deux villes américaines majeures étaient touchées par la bombe atomique. L’autre article annoncé en couverture affirme : « homosexuality can be cured ».

Leydenfrost est venu vivre aux États-Unis au milieu des années 1920 avec trois amis proches, tous devenus des acteurs célèbres : Peter Lorre, Bela Lugosi et Paul Lucas. La bande se faisait appeler « les quatre L ». Leydenfrost a travaillé comme designer industriel pour Chrysler et General Motors avant de devenir un illustrateur à succès, réputé pour le rendu photographique de ses dessins2 pour Planet Stories, Popular Mechanics, Life Magazine, Look, Colliers ou encore Esquire. Il est mort en 1961.

  1.  Le mot Pageant singnifie « cortège », « défilé », « spectacle » ?… []
  2. En France, on prête les mêmes qualités à Angelo Di Marco, spécialisé dans l’illustration de faits-divers. []
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Rendez-vous manqué

Mercredi soir 7 janvier 1998, la police de Santa Cruz de Tenerife, archipel espagnol des Canaries, a mis en échec une tentative de suicide collectif de trente-trois membres d’une secte, en majorité britanniques et allemands. Cette secte se dénommerait : « Centre holistique Isis » (…) les adeptes de la secte comptaient mettre fin à leurs jours ce jeudi au sommet du volcan Teide – point culminant des Canaries mais également du territoire espagnol. Une soucoupe volante serait ensuite venue récupérer leurs cadavres avant la fin du monde, prévue pour 20 heures GMT.

Extrait d’une dépêche de l’AFP du 8 janvier 1998 à 14h45, citée par Jean-Marie Abgrall dans Les sectes de l’Apocalypse: gourous de l’an 2000, éd. Calmann-Lévy 1999

Difficile de ne pas penser à la fin de l’album de Tintin Vol 714 pour Sydney.

Illustration © Hergé/Moulinsart 1968.

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Doomsday clock

Créée en 1947, la Doomsday Clock (horloge de l’Apocalypse) est une horloge conceptuelle censée indiquer symboliquement la distance qui sépare le monde de sa destruction. Les aiguilles de cette horloge sont régulièrement avancées ou reculées par les directeurs du Bulletin of the atomic scientists de l’Université de Chicago.

Au moment où est publié cet article, l’heure donnée par l’horloge de l’Apocalypse est minuit moins six minutes. La pire « heure » à ce jour, minuit moins deux minutes, a été réglée en 1953, alors que l’URSS et les États-Unis rivalisaient à coup d’essais de bombes thermonucléaires. Au départ créée en réaction à la bombe atomique, la Doomsday Clock prend à présent en compte les modifications du climat par l’activité humaine ou toute technologie apte à menacer la vie sur terre.

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