Profitez-en, après celui là c'est fini

Dieu jaloux contre gène égoïste

avril 6th, 2008 Posted in Lecture, Sciences | No Comments »

Darwin caricaturéTrois évolutionnistes anglo-saxons ont accédé à une véritable notoriété populaire : Charles Darwin bien entendu, Sephen Jay Gould et enfin Richard Dawkins. Ce dernier est cependant moins célèbre en France qu’ailleurs : un de ses ouvrages les plus importants, The Extended Phénotype, n’a par exemple pas été traduit chez nous. Il est mon écrivain scientifique favori, à égalité peut-être avec le mathématicien Ivar Ekeland dont je commenterai les livres à l’occasion.
Depuis quelques années, par petites touches d’abord puis par des charges de plus en plus hargneuses, Dawkins s’attaque aux Dieux. Il a une très bonne raison de le faire : depuis la publication de l’Origine des espèces, les darwinistes sont la bête noire des religieux et on peut même constater une importante progression des dogmes anti-darwinistes dans certaines franges des principales religions monothéistes. Contrairement à une idée répandue, la religion n’est pas toujours fragilisée par la science, et donc pas toujours hostile à ses progrès : l’inquisition a bien immolé Giordano Bruno (pour de nombreuses raisons), mais on se rappellera l’enthousiasme du pape Pie XII pour le modèle théorique dit du « Big Bang » qui représentait selon lui rien moins qu’une preuve de l’exactitude du récit de la Genèse : Fiat Lux ! La vertigineuse accumulation de théories presque inaccessibles à l’entendement humain (fragilité des constantes physiques et de la réalité, multivers, physique quantique, espace courbe, etc.) sont même souvent présentées – surtout par des gens qui n’y comprennent strictement rien d’ailleurs – comme autant de faits mystiques. Certains n’hésitent pas au passage à prêter à des scientifiques comme Einstein (qui la refusait) une vision théiste de l’univers.
Il n’en va pas de même de la biologie qui trivialise l’existence, réfute la séparation de l’âme et du corps, de l’homme et de l’animal, et, mieux, parvient à expliquer comment, à partir de très peu de choses, la vie est parvenue à s’organiser et à se complexifier. On ne sait pas encore expliquer comment la vie est apparue (on n’a à ce jour pas réussi à reproduire ce processus), mais on peut sans problème faire le lien entre les micro-organismes les plus simples et des machines aussi sophistiquées que le sont nos propres organismes. Dawkins, avec sa théorie du « gène égoïste » (je recommande fortement la lecture du livre du même nom, qui existe en poche chez Odile Jacob), fait même partie des scientifiques qui ont eu les explications les plus convaincantes à ce sujet. Pour lui, la sélection naturelle ne se fait pas au niveau des espèces animales mais au niveau de chaque gènes ou association (pool) de gènes.

La théorie évolutionniste part du principe que tout ce qui existe est le fruit d’un processus progressif : s’il existe dans l’univers des objets apparemment aussi complexes que, au hasard, des bicyclettes, ce n’est pas parce que ces objets sont apparus magiquement ex machina, parce que des atomes ont été miraculeusement assemblés de manière à former cette bicyclette, comme un puzzle qui se mettrait dans le bon ordre après qu’on ait donné un coup de pied dans la boite. Non. Pour qu’une bicyclette existe il a fallu au contraire un enchaînement de conditions : l’existence d’un univers, l’existence de constantes physiques favorables à l’apparition d’une grande variété d’éléments atomiques dans une zone donnée de l’univers, l’existence de la vie dans cette zone, l’existence d’une forme de vie ayant évolué jusqu’à ressentir le besoin ou l’envie de faire exister la bicyclette afin de répondre aux contraintes de leur environement et ayant acquis les moyens techniques pour y parvenir.

Richard Dawkins - pour en finir avec dieuLe tout dernier ouvrage de Richard Dawkins, intitulé The God Delusion (en français, En finir avec Dieu), fait le point sur les réflexions du biologiste anglais, à la lumière notamment de ses débats avec les créationnistes américains. Ce sont apparemment les attentats du 11 septembre 2001 qui l’ont poussé à se lancer sérieusement dans la défense de l’athéisme : si tu ne t’occupes pas des religions, les religions s’occuperont de toi. Pour cette raison, il repousse assez brutalement le principe du « non-empiètement des magistères » (NOMA) théorisé par Stephen Jay Gould pour qui la science devait s’intéresser au « comment ? » et abandonner le « pourquoi ? » aux théologiens et aux philosophes. De manière assez convaincante, Dawkins va jusqu’à qualifier le principe du NOMA de « paix des lâches » et le compare rien moins qu’à l’attitude de Chamberlain et Daladier lors des accords de Munich, qui avaient abandonné une partie de l’Europe à Hitler, avec les conséquences que l’on sait.
Pour Dawkins, il n’y a pas de question que la science ne puisse étudier et les appels à manquer de curiosité (« laissez dieu aux théologiens ») relèvent pour lui de l’escroquerie intellectuelle. Il cite régulièrement Thomas Jefferson, à qui l’on doit cette pensée : « Les prêtres des différentes sectes religieuses […] redoutent les progrès des sciences comme les sorcières l’approche de l’aube, et voient d’un mauvais oeil ce présage funeste annonçant que vont être dévoilées les duperies qui les font vivre ».

D’une détermination sans faille, Dawkins ne concède pas un centimètre de terrain aux religieux ni même aux agnostiques. Il tord le cou à toutes les légendes (la morale n’existe pas sans religions ; les dictateurs sanglants étaient athées ; l’existence ou l’inexistence de Dieu sont également impossibles à prouver ; etc.), montre l’imbécilité fondamentale de nombreuses croyances, expose les raisons qui font exister la foi – qui selon lui exploite des faiblesses de l’esprit comme les virus exploitent les faiblesses de l’organisme -, et plaide avec brio (puisqu’il est un scientifique de tout premier plan) pour la science, c’est à dire la curiosité. Il annonce la couleur dès les premières pages : le livre est écrit pour qu’une personne qui l’ouvre en ayant la foi le referme en étant devenue athée.

Dawkins néglige à mon avis certains points, comme l’imperméabilité des croyants aux arguments rationnels (variante du willing suspension of disbelief qui permet l’existence des fictions) et même, je crois, l’indifférence de bon nombre à la question de l’existence véritable de Dieu. En effet, si l’existence d’une divinité omnipotente était établie, chacun se positionnerait pour ou contre, tenterait de se rebeller, de communiquer, de tirer avantage des propriétés de cette divinité, et la moitié du Pentagone se consacrerait à son observation et à son « containement » ! C’est en tout cas ce que l’on ferait face aux preuves d’existence d’une vie extra-terrestre intelligente. Dawkins minimise aussi l’importance de l’organisation sociale autour de mythes non-rationnels, peut-être parce qu’il est un des biologistes qui se sont le plus exprimés contre le mythe du souci de la « survie de l’espèce » qu’on prête abusivement à de nombreux animaux (il a expliqué il y a une trentaine d’années déjà qu’une fourmi qui dédie une existence sans descendance à la survie de la reine ou au pouponnage de ses larves travaille pourtant précisément pour la survie de ses gènes). Or s’il est vrai que l’homme est un animal comme les autres, il se distingue du reste du vivant par une propriété étonnante : sa propension au bavardage. Une partie énorme des rapports entre humains passe par le langage, à un niveau d’abstraction très élevé. Il est étonnant que Dawkins néglige la question sociologique car il est l’auteur du concept des mèmes, qui sont à la pensée ce que les gènes sont au vivant : des briques d’information susceptibles d’exister de manière immortelle (les gènes sont immortels, le saviez-vous ?), qui se répliquent, s’associent, se combinent ou se concurrencent dans un processus de sélection naturelle darwinien.
Les écrits de Mary Douglas (Comment pensent les institutions) peuvent sans doute apporter un complément de réponse à la question de l’utilité des religions. Cette sociologue (et d’autres sans doute) s’intéresse à la religion au sens le plus large (religion chinoise, république, etc.), en tant qu’outils de pérénisation des institutions basés sur des principes moraux rationnels mais aussi sur des vaches sacrées ou des tabous nettement moins rationnels. Enfin là j’extrapole sans doute un peu – je ne peux une fois encore que vous recommander cette lecture.

La traduction du titre du livre de Dawkins est assez significative du contexte français. Alors que l’ouvrage aurait pu s’appeler l’illusion de dieu, qui eut été la traduction littérale, il devient chez nous Pour en finir avec dieu. La France a été un pays pionnier de la lutte contre Dieu : les débats scientifiques et théologiques aux limites du blasphème (même quand leurs conclusions restaient superficiellement favorables à l’église, comme les preuves de Thomas d’Aquin1 ou le pari de Pascal), les libertins, les encyclopédistes des lumières, la révolution française, le régicide, la séparation de l’église et de l’état,… Nous n’en sommes donc apparemment plus à lutter contre l’idée de dieu, nous passons directement à ses funérailles (c’est peut-être pour ça qu’on dit « heureux comme Dieu en France » : ici, on le laisse non-exister tranquille).
Le manque de souci des français pour la religion transparaît dans la traduction elle-même, qui contient quelques perles. Ainsi l’anglais cult (secte) est traduit « culte » et le journal Watchtower (ici La tour de garde – organe principal des Témoins de Jéhovah) devient « la tour de guet ».

Richard Dawkins - Le gène égoïste J’ignore si l’ouvrage aura en France un impact comparable à celui qu’il a eu dans le monde anglo-saxon, où il a été diffusé à plusieurs millions d’exemplaires et a suscité des débats passionnés. Je ne sais même pas si ce livre est utile, car malgré le retour de vieux démons, malgré la progression des évangélistes et des islamistes, la France reste un des rares pays où l’athéisme est une opinion moins problématique et moins aliénante que la foi. Et c’est très bien comme ça.

Une piqure de rappel ne fait cependant jamais de mal (mais peut attendre la sortie du livre en édition de poche). La description du contexte américain par Dawkins fait froid dans le dos et il ne faut pas perdre de vue que la bigoterie états-unienne est relativement récente et en contradiction avec les principes des pères fondateurs du pays – ceci dit, les sectes (anabaptistes, mennonites, etc.) qui ont été chassées d’Europe ne sont pas pour rien dans la fondation des États-Unis, un pays finalement fort étrange et déséquilibré.
On pourra trouver la chose difficile à imaginer, mais le 12 septembre 2001, aux États-Unis, un athée inspirait plus de méfiance qu’un musulman. Et à présent, les athées restent la « communauté » la plus suspecte selon le jugement des rednecks, devant les catholiques, les homosexuels non-athées, les noirs non-athées, les scientologues, les juifs ou les musulmans – difficile de savoir s’il faut se réjouir d’une certaine ouverture d’esprit ou déplorer une entente commerciale entre des « boutiques » qui se partagent le marché de la crédulité.

Tant qu’à lire du Dawkins, le curieux gagnera à commencer par un essai purement scientifique et parfaitement brillant comme le gène égoïste plutôt que par ce pamphlet précis, implacable et distrayant mais qui étonnera sans doute peu ceux qui ont échappé à la foi.
Est-ce que je viens de pondre un long article pour dire que le livre est très bien mais que ce n’est pas la peine de le lire ? Humm… J’en ai peur.

  1. Thomas d’Aquin n’était pas français mais il a d’abord été un intellectuel parisien. Cependant ses voies pour prouver l’existence de Dieu n’ont pas été rédigées à Paris. [↩]

Neige tardive

avril 6th, 2008 Posted in Depuis ma fenêtre | 1 Comment »

De la neige

Portes ouvertes à l’École Supérieure d’Art du Havre

mars 29th, 2008 Posted in Après-cours, Dans la boite-aux-lettres | No Comments »

Affiche Portes ouvertes Le HavreLes samedi 29 mars, lundi 31 mars, mardi 1er avril et mercredi 2 avril 2008, se tiennent les portes ouvertes à l’École Supérieure d’Arts du Havre, 65 rue Demidoff.

Au programme :

Video-projection du nouveau site Web de l’école – Objets VIP proposés par les 3è années en design graphique – Peintures de Yu Hai – 10 « Visuels images » de Lina Yu – Non Stop : fabrication de gravures en continu depuis l’atelier jusqu’à l’accrochage dans la cour de l’Ecole – Territoires singuliers atelier volume – Hamac Assis de Samuel Trèche – Lectures et vidéos sur l’art et le design graphique en continu dans le centre de documentation – Édifier la houle maquettes, dessins, projections – salle PAO : Animations flash et processing – Pierre Doris Show – atelier/image/mouvement – Polyglottes analphabètes – Projets personnels étudiants en 4ème année Design graphique – Travaux d’étudiants en 2ème et 3ème année Design graphique – Affiches des étudiants en concours pour le Festival international de Chaumont : Nous, les hommes et les femmes – Travaux des adultes participants aux cours du soir – Dessins réalisées par les enfants participant aux cours périscolaires – Galerie de portraits – Performances dans l’ensemble de l’école – Accrochage des travaux des 1ère années.

Esah - Portes ouvertes

Jean-Charles Philippe

mars 29th, 2008 Posted in Après-cours, Parti | 17 Comments »

Erpetologie XVIIIeUne pensée pour Jean-Charles Philippe, décédé brusquement d’une série de longues maladies, si l’on peut dire, qui sera inhumé le 1er avril.

Jean-Charles a donné cours à l’École d’Art du Havre jusqu’au bout, il disait que c’est ce qui le rendait vivant. Il était pratiquement aveugle et se laissait guider dans les rues de la ville par son ami – et le nôtre – Olivier Agid.
Excellent collègue, du peu que je l’ai connu, il avait une pensée assez intense, sans doute assez biscornue. Il voussoyait, il disait des poèmes par cœur, il savait tout sur tout. Il connaissait particulièrement la médecine, les sciences, les techniques et leur histoire.
Il s’intéressait beaucoup au naturaliste, dessinateur et aventurier Charles-Alexandre Lesueur, un havrais méconnu qui a donné son nom à une île et à un cap en Australie. Lesueur avait fait partie de l’expédition Baudin, avait vécu des années dans l’Indiana (notamment à Vincennes, Indiana) avant de rentrer dans sa ville natale où il est devenu conservateur du muséum d’histoire naturelle.

Pour la peine, puisque nous en avons, une planche zoologique achetée sur e-bay qui montre un orvet et un serpent, de la main de messieurs Turpin et Prée, des étudiants de Lamarck semble-t-il. Lamarck était professeur au Muséum d’histoire naturelle de Paris et a vécu les dix dernières années de sa vie aveugle.

Premier pong

mars 27th, 2008 Posted in Interactivité, Mémoire, Mes jeux, Modèles abandonnés, Vintage | 2 Comments »

Ma première console de jeu vidéo était une Schneider Telelude, sortie en 1977. Le modèle a été décliné dans plusieurs marques d’électro-ménager (on peut voir la version Radiola chez Étienne Mineur par exemple). Sur la photo, c’est une Philips N20, exactement le même engin, sauf la couleur. J’ai trouvé celle-ci sur une brocante (je me retiens de faire un pathétique jeu de mot sur les puces électroniques et puces-où-l’on-chine) pour une dizaine d’euros.
Les jeux proposés sont assez peu nombreux : pong, pelote basque, tennis et, avec le pistolet optique optionnel (que j’avais), tir sur cibles. Tout ça s’affichait évidemment en noir et blanc et produisait des « bip » puissants. On branchait la console directement sur la prise antenne du téléviseur – la norme péritel n’existait pas encore.
Sur l’emballage, il est dit que cette console fonctionnera « sur tout téléviseur capable de recevoir la deuxième chaîne de télévision française ».

Philips N20

On croit que les souvenirs sont dans la tête mais ils sont bel et bien dans les objets:

« En réalité, comme il arrive pour les âmes des trépassés dans certaines légendes populaires, chaque heure de notre vie, aussitôt morte, s’incarne et se cache en quelque objet matériel. Elle y reste captive, à jamais captive, à moins que nous ne rencontrions l’objet. À travers lui nous la reconnaissons, nous l’appelons, et elle est délivrée. L’objet où elle se cache – ou la sensation, puisque tout objet par rapport à nous est sensation -, nous pouvons très bien ne le rencontrer jamais. Et c’est ainsi qu’il y a des heures de notre vie qui ne ressuciteront jamais. C’est que cet objet est si petit, si perdu dans le monde, il y a si peu de chances qu’il se trouve sur notre chemin ! »

(Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve).

Philips N20Sans Internet, je ne me serais pas souvenu que ma console d’époque était noire et de marque Schneider et non beige-gris de marque Philips. Car ce qui m’avait marqué à l’époque, que j’avais oublié, complètement, et qui m’est revenu d’un coup, ce n’est ni la boite, ni la marque, ni la couleur, ni même les jeux, c’est la manette.
Une manette assez particulière, qui ne ressemblait pas aux manettes des bornes d’arcade ni aux manettes des consoles plus tardives. Une manette plutôt sobre, avec un seul bouton et une grosse molette orange.

La simple vision de la manette a commencé à faire refluer les souvenirs, l’objet me disait quelque chose – un tout petit quelque chose qui me disait quelque chose.
Mais quand je l’ai prise en main, tout est revenu : le geste pour jouer, la sensation des crans de la molette lorsqu’on la tourne, le canapé en très gros bambou verni et sa table basse assortie, l’emplacement du téléviseur et l’aveuglement quand le soleil tapait juste dedans (mais tant pis, on continue), le fumet du thé à la mandarine, les cahiers sur lesquels je dessinais des robots très compliqués, la marée noire de l’Amoco Cadiz, un numéro de Pif Gadget que j’avais attendu avec impatience toute la semaine et qui m’avait déçu car il ne parlait que de football – c’était le coupe du Monde en Argentine.

Tous ces souvenirs pour seulement dix euros : bonne affaire, non ?

Director 11 bouge encore

mars 26th, 2008 Posted in Interactivité, logiciels | 7 Comments »

La version 11 du logiciel Director est sortie hier.
Champagne ?

Pour ceux qui ne connaissent pas, Director, anciennement Macromind Video Works puis Macromind Director, a été l’outil de référence des créateurs de CDrom à partir du premier tiers des années 1990. Lancé en 1986 comme un simple outil d’animation, Director s’est peu à peu étoffé jusqu’à supplanter les vétérans Hypercard (Apple) et Authorware (racheté par Macromedia en 1992). Les (nombreux) concurrents comme Icon Author, Supercard, Toolbook, mTropolis ou encore Scala ont peu à peu disparu.

Macromind Macromedia Adobe Director Versions

Alors que Director fêtait ses 10 ans, Macromedia a racheté un petit logiciel d’animation vectorielle destiné au web, Future Splash, et l’a commercialisé sous le nom de Flash. Le succès fut rapide, il accompagnait la croissance du web à une période où les connexions étaient encore bien lentes et où la compacité des applications flash était bienvenue.
En 2-3 ans, Flash était devenu incontournable comme outil de création et de diffusion rich media (« qui bouge et qui fait du bruit »). Le besoin de standardisation et de compatibilité a rapidement éclairci les rangs des chalengers de Flash. Certains ont attendu leur heure, comme Java, qui a été énormément enseigné en écoles d’ingénieurs et qui pour cette raison reste un grand standard, d’autres sont tombés en désuétude (du fait de leurs limites créatives notamment) comme le VRML ou Quicktime VR. Le lecteur web associé à Director, Shockwave, a de son côté pâti de nombreux problèmes. Tout d’abord son téléchargement était de 2Mo quand celui du plug-in flash, souvent préinstallé, ne pesait qu’un tiers ou un quart de ce poids. Or avant l’arrivée de l’ADSL, 2Mo, c’étaient quinze ou vingt minutes d’attente, en priant pour que la connexion ne coupe pas.
Made with… Ce qui a fait perdre à Director la bataille du web, c’est avant tout la politique technico-commerciale fantaisiste de Macromedia. À une certaine époque par exemple, toute personne qui installait le Shockwave player sur son navigateur se voyait renvoyer sans avoir rien demandé vers le site commercial Shockwave.com. La distinction entre Shockwave director player et flash player (au départ baptisé Shockwave flash si ma mémoire est bonne) ont aussi coûté à Director, d’autant que Macromedia a vite fait des choix qui favorisaient nettement Flash et que je ne vais pas énumérer ici.
Adobe a racheté Macromedia en 2005 pour mettre la main sur ses deux produits-phares : Flash et Dreamweaver. Si j’en crois les rumeurs de l’époque, les effectifs de l’équipe de développement de Director ont alors été allégés jusqu’à atteindre le terrible chiffre de zéro.
Il semble que deux faits aient poussé Adobe à reprendre le développement de Director. D’une part, la base d’utilisateurs de Director est loin d’être négligeable et beaucoup semblent très attachés au produit (votre serviteur, pour commencer). D’autre part, la bataille de la 3D sur Internet – et des jeux en 3D sur Internet – n’a toujours pas été remportée et Director est sans doute la solution la mieux placée dans le domaine.
De nombreux « vieux de la vieille » du multimédia n’arrivent pas à renoncer complètement à Director. Les alternatives disponibles sur le marché (Flash, Processing, MaxMSP et… PowerPoint) ont toutes des arguments mais chacune a un usage spécialisé ou se révèle complexe à manipuler. Pour exemple, avec Flash, les métiers de designer/animateur et de développeur se sont clairement distingués, il devient difficile de prétendre toucher aux deux en partant de zéro. Director, avec son étrange mais très pédagogique langage Lingo, est un outil que l’on peut apprendre très progressivement.

Made with…Alors qu’il fête ses 22 ans (citez moi beaucoup de logiciels encore en activité qui ont 22 ans !), Director sort donc un peu en catimini – aucune annonce sur la première page d’Adobe.com – dans sa 11e version.
La 10e, Director MX2004, datait comme son nom l’indique de 2004. Elle était d’une certaine maturité (tout en trainant quelques bugs historiques de Director, comme son éditeur de dessin défectueux) et il lui manquait avant tout d’être rendue compatible avec les systèmes récents : Vista et les Macintosh Intel. Il fallait aussi y ajouter le support de la norme unicode pour les textes et perfectionner un peu le moteur d’affichage de 3D.
Il semble que ce cahier des charges minimal soit respecté, mais qu’au delà, Director 11 n’ait aucun attrait particulier. L’interface n’a pas changé, les modules additionnels (xtras) ne fonctionnent plus sur mac et doivent être recompilés (gros handicap, d’autant qu’une des grandes qualités de director est justement son extensibilité) et tout ce qu’Adobe présente comme des fonctions intéressantes relève de l’anecdote (nouveaux formats de vidéo importables,…). On peut espérer – ça ne serait pas la première fois – qu’une mise-à-jour vraiment importante sorte dans quelques mois.
Enfin en attendant on se contentera de ce Director 11…
La production de la version 12 est, semble-t-il, d’ores et déjà lancée.

Made with…Un point me chiffonne fortement : le prix ! Pour un client américain, la version mise-à-jour de Director 11 coûte 299 dollars (192 euros). Honnête. En revanche depuis la France, le prix est de 360 euros TTC (soit 560 dollars). Près du double. Et impossible d’acheter une mise-à-jour sans faire connaître l’endroit d’où on achète.
Alors quoi, j’achète, ou bien j’oublie définitivement ?

Update : Un article consacré à cette nouvelle version sur MacGeneration.
Update 2/06 : Douglas n’est pas très content de Director 11

Date limite dépassée

mars 25th, 2008 Posted in Mes jeux, Vintage | No Comments »

HardwarCe jeu, trouvé dans un bac de logiciels bradés traînait sur une étagère depuis des années. Je ne l’avais jamais déballé. Je ne suis pas un grand joueur, mais chaque fois que je m’y mets vraiment, j’ai du mal à décrocher. Je me suis fait avoir avec des jeux de simulation comme la série Sim City (mais jamais les Sims), Sim Ant et Settlers (le premier), avec des jeux d’arcade comme Space Invaders, Scramble, Pacman ou Joust, avec quelques jeux de plateau oubliés aujourd’hui comme Metrocross, avec Doom et Quake ou encore avec des jeux de karting.
Il y a un jeu de vitesse que j’ai toujours particulièrement aimé : Wipeout (1995). On y pilote des véhicules aéroglisseurs sur des pistes futuristes.
Hardwar (1997) a un point commun avec Wipeout : le graphisme de la pochette mais aussi, dans une certaine mesure, celui du jeu, est signé par la célèbre agence Designers Republic. L’accompagnement musical de chacun de ces deux jeux est très « d’époque » : Orbital, Chemical Brothers, Prodigy et Leftfield pour Wipeout ; Autechre, Black Dog et Squarepusher pour Hardwar. Le visuel de Hardwar rappelle furieusement les illustrations des space operas seventies par Chris Foss chez J’ai Lu. Le scénario évoque quand à lui celui du film Outland, ce remake de High Noon mâtiné de Philip K. Dick où Sean Connery lutte, abandonné de tous, contre une société d’extraction minière d’un satellite de Jupiter.
En glissant le CD dans le lecteur, je m’attendais donc à un jeu intéressant, captivant, aux ambiances fortes et plein de la poésie techno hypnotique et morne qui parcourt déjà Wipeout…

HardWar - 1997

Mais à la place, j’ai eu un message d’alerte m’indiquant que je n’ai pas suffisamment de place sur mon disque dur pour l’installation.  La notice dit effectivement qu’il faut disposer d’au moins trente méga-octets pour l’installation. J’essaie bien de lui faire savoir au programme que je dispose de bien plus que trente méga-octers, que l’on ne parle plus en mégas, que l’on ne trouve même plus de clés USB aussi petites, il ne veut rien savoir. Je ne connaîtrai pas Hardwar. On trouve bien un patch sur Internet, mais il ne reconnait pas ma version du jeu.
Au fond, est-ce qu’il ne vaut mieux pas que le jeu que j’imagine reste dans sa boite ?

Petite liste subjective d’auteurs de vidéo-clips

mars 24th, 2008 Posted in Clips, Link-dropping | 12 Comments »

Et maintenant, un peu de name-dropping !

Michel Gondry - Chemical brothers - Let forever be

Pas la peine de présenter Michel Gondry, étant donné sa popularité actuelle. Il n’a rien à voir avec le circuit de l’art contemporain, à une exception près, puisqu’il a réalisé une installation vidéo avec son ami Pierre Bismuth. Batteur du groupe Oui-oui, il commence à réaliser des clips pour assurer la promotion de son groupe. Ses films sont rapidement remarqués, et il se voit confier des clips des Rolling Stones et de Björk qui font rapidement de lui un créateur internationalement célèbre et qui lui permettront par la suite de passer à la réalisation de longs-métrages. À noter, Olivier Gondry, le frère de Michel, qui a collaboré plusieurs fois avec lui, est le réalisateur d’animations 3D du personnage d’Annlee (Huyghe/Parreno) par François Curlet (et peut-être d’autres, je n’ai pas plus d’informations).
Michel Gondry a réalisé entre autres les clips de son groupe Oui-oui, Star Guitar et Let Forever Be pour les Chemical Brothers, le Mia pour IAM, Come into my world pour Kylie Minnogue, Sugar Water pour Cibo Matto.

Spike Jonze, réalisateur des longs-métrages Dans la peau de John Malkovich et de Adaptation, est aussi l’auteur de clips assez marquants. Passionné par la danse, on lui doit notamment des clips pour Fatboy Slim (Praise me, Weapon of Choice) et le clip It’s oh so quiet, de Björk (qui a inspiré au cinéaste Lars Von Trier son Dancer in the Dark).
Comme Jonze et Gondry, de nombreux réalisateurs de clips sont passés à la réalisation de longs-métrages de fiction : David Fincher, Anton Corbijn, Olivier Megaton, Tarsem Singh, Jan Kounen, Alex Proyas, Simon West, Dominic Sena, Baillie Walsh… On notera que le fait d’être issu du clip vidéo rassure visiblement les maisons de production mais est considéré avec répugnance par une partie de la critique, les « clippeurs » ayant la réputation collective d’être des virtuoses, des rois de l’image tape-à-l’oeil, des faiseurs.

Téléphone - Un autre monde - Mondino

Jean-Baptiste Mondino est un des deux grands fabricants d’images français des années 1980 – en concurrence avec Jean-Paul Goude qui, de son côté, n’a quasiment tourné aucun film musical. Il a accumulé les clips (et les récompenses). Après avoir imposé un noir et blanc léché et un peu nostalgique emprunt de réalisme poétique (Carné, Clair…), Mondino a produit des images aux couleurs fortement saturées et aux univers décalés, parfois inspirés des années 50 et 60, parfois plus contemporains. Ses films les plus marquants sont pour moi Un autre monde (Téléphone), Russians (Sting), Mia Boca (Jill Jones), Cargo de nuit (Axel Bauer), La Danse des mots (Mondino), Qu’est-ce qu’il a (Krootchey), Quelqu’un comme toi (Taxi Girl), C’est comme ça (Rita Mitsouko) Time (China), Tandem (Vannessa Paradis), Justify my love, Hollywood et don’t tell me (Madonna), Tout le monde (Zazie), Violently Happy (Björk),…

Le vidéaste polonais Zbigniew Rybczynski (« Zbig ») s’est fait connaître mondialement avec son court-métrage « Tango », qui lui a valu un oscar. Il quitte alors la Pologne et réalise des clips pour Art of Noise (Close to the edit), Propaganda (P-Machinery), les Simple Minds (Alive and Kicking), Cameo (Candy), Blancmange (Lose your love), The Alan Parsons project, etc. Prolifique, il a produit des vidéos de qualité très inégale.

Parmi les autres réalisateurs spécialisés dans le clip, on peut citer Sophie Müller, Julian Temple, Mark Romanek, Roman Coppolla (fils de… frère de… et auteur du très joli Revolution 909 pour Daft Punk, qui a un petit côté Ilha das flores), Romain Gavras (fils du réalisateur Costa Gavras), Alex & Martin, Saam Farahmand, Russell Mulcahy, Steve Barron, Traktor, Anton Corbijn (notamment pour Depeche Mode), Matt Mahurin, Jonathan Glazer, Philippe Gautier (Marcia Baila, Andy, c’est la ouate, les clips de Peter Kitsch).
On peut aussi citer les célébrissimes photographes
David LaChapelle (Moby, Mariah Carey, No Doubt), Terry Richardson (Queens of the Stone Age, Death in Vegas) et Stéphane Sednaoui. Le cinéaste Spike Lee a réalisé de nombreux clips (Public Ennemy, Tracy Chapman, Michael Jackson, Arrested Development, Stevie Wonder,…). Update : l’excellent Appollo me rappelle le talent de son ami Bertrand Mandico, dont je connaissais surtout les films publicitaires (ING, 7 Cegetel, Huskvarna…).

Alex Gopher - The Child
Le groupe de graphistes H5 (toutes ces réalisations sont visibles sur leur site) est responsable de clips vidéos très réussis : Remind me, réalisé par Ludovic Houplain et Hervé de Crécy, pour les norvégiens Röyksopp, qui utilise le langage de l’infographie et qui a été honteusement auto-pompé pour devenir une publicité pour Areva. The Child, réalisé par Antoine Bardou-Jacquet, pour Alex Gopher, ne repose que sur la typographie. Et aussi : Goldfrap, Massive Attack, Étienne Daho,…
Le collectif Pleix, de son côté, a réalisé des clips pour Groove Armada, Basement Jaxx, Bleip, Bliss ou encore Vitalic.

Les amis de Björk. Björk a d’abord travaillé avec de vieux briscards du clip vidéo, comme Sophie Muller, Jean-Baptiste Mondino et Stéphane Sednaoui. Mais elle a ensuite poussé de nombreux artistes contemporains (ainsi que des gens du design graphique ou de la mode) à réaliser des clips vidéo, y compris parmi des artistes qui n’avaient jamais touché à une caméra. Michel Gondry doit une grande partie de sa notoriété internationale à sa collaboration avec Björk. Parmi les autres, citons le duo de graphistes M/M, anciens étudiants des arts décoratifs (à qui on doit aussi des clips pour Benjamin Biolay et Jean-Louis Murat), le couturier Alexander McQueen, le photographe de mode Nick Knight, la graphiste Eiko Ishioka, les graphistes Lynn Fox, Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin et enfin Chris Cunningham, à qui l’on doit aussi les clips les plus marquants d’Aphex Twin (Come to daddy, Windowlicker) ou le clip pour Frozen, de Madonna

Dimitri from Paris - Sacré Français (Kuntzel - Deygas)Olivier Kuntzel et Florence Deygas, sont deux graphistes principalement connus pour leur travail dans la communication (Bourjois, par ex.), qui ont développé leur travail dans deux directions : l’illustration « sixties revival » élégante (le générique du film Catch me if you can par exemple) et l’incrustation de vidéo et d’animation3D (pubs orangina par exemple). Ils ont aussi une activité de créateurs à part entière avec notamment le projet Winney, un veau orange qui aurait été inventé dans les années 1920 et qui aurait la popularité d’un Mickey Mouse… S’il avait vraiment existé. Pour l’industrie du disque, Kuntzel + Deygas ont réalisé des vidéos pour The Sparks, Properetta, Pierre Henry (pour le remix de Psyche Rock par Fatboy Slim), Dimitri from Paris (Sacré français), Ludovic Navarre aka Saint Germain (Rose Rouge) et Bertrand Burgalat (The Sssound Of Mmmusic).
Notons au passage qu’Olivier Kuntzel est le frère de Thiery Kuntzel, un artiste vidéaste majeur depuis les années 1980. Olivier Kuntzel a étudié aux Beaux-Arts de Nice et Florence Deygas à l’école des Gobelins, à Paris.

La chorégraphe Trish Sie a réalisé les vidéos du groupe Ok Go : le superbe Here it goes again et, précédemment, A million ways. Le styliste Thierry Mugler a réalisé un clip pour George Michael. L’actrice Victoria Abril a réalisé un film pour la française Buzy. Sean Penn, lui aussi, a réalisé quelques clips. Serge Gainsbourg, pour lui-même, Indochine, Birkin. Luc Besson, pour Madonna, Isabelle Adjani, Mylène Farmer,… Morgan Freeman pour Rilo Kiley. Asia Argento pour Sean Lennon et Marilyn Manson. Pierre et Gilles ont réalisé au moins un clip, tout comme le réalisateur australien de comédies musicales Baz Luhrmann.

Quelques réalisateurs proches du monde l’art contemporain ont tourné des clips : Jean-Luc Godard, par exemple. Très intéressé par la culture musicale (il a réalisé un documentaire sur les Rolling Stones et un autre sur les Rita Mitsouko), Godard a réalisé un clip, Plus haut, pour France Gall. Les fans de la chanteuse ont été pour le moins désarçonnés et le film a été très peu montré. Chris Marker. Le cinéaste a réalisé un clip pour le groupe Electronic, Getting away with it. Toujours dans la Nouvelle Vague, Éric Rohmer a réalisé Bois ton café, pour Rosette, une de ses actrices fétiches. Gus Van Sant. Cinéaste capable de sauter sans problème du cinéma populaire (Good Will Hunting) au cinéma d’art et d’essai (Elephant, Gerry, Paranoïd Park) , Gus Van Sant a aussi touché au clip, pour les Red Hot Chili Peppers (Under the bridge, Desecration smile), Elton John (the last song), David Bowie (Fame 90), Chris Isaacs (San Francisco days, Solitary man) ou encore Tracy Chapman (Bang Bang Bang). Peter Greenaway, pour Guesch Patti. Wim Wenders, pour U2 notamment. Jim Jarmush (Talking Heads). David Lynch a réalisé quelques clips (Michael Jackson, Massive Attack, Chris Isaacs).

Corine Stubi : Working Girl
Des vidéastes contemporains : Corine Stübi, ancienne étudiante des Beaux-Arts de Genève, a réalisé plusieurs clips thématiquement proches de son propre univers. Elle s’intéresse notamment à la perception sociale de la féminité et s’en prend avec un certain humour à l’absurdité des fantasmes masculins. Dans une installation, elle s’amusait notamment à proposer au public une borne interactive où, en appuyant sur les bons boutons, on pouvait assister à un strip-tease dépassionné. Mais pour mériter cette gratification, le spectateur devait supporter de recevoir des chocs électriques de plus en plus douloureux, les boutons étant électrifiés, faisant mentir Louis Scutenaire qui prétendait qu’une femme nue n’a jamais fait de mal à personne.
Trois clips réalisés par Corine Stübi : Working Girl, pour le deejay brésilien Amon Tobin, Rocker, pour Alter Ego et Pleasure Island, pour Demeter. Pierrick Sorrin. Artiste vidéaste très important, Sorrin a réalisé le clip Le chien mouillé, pour Miossec. Jérôme Lefdup a réalisé The Long Voyage pour Hector Zazou et Ali Click pour Brian Eno.

Curiosity killed the cat - Misfit (Warhol)Parmi les plasticiens contemporains, on remarque qu’Andy Warhol a réalisé deux clips : Misfit pour Curiosity Killed the Cat et True to you pour Rick Ocasek. Damien Hirst, un des artistes britanniques les plus importants des années 1990 (et depuis) a lui aussi réalisé un clip pour le groupe Blur, country song. Charles Fréger. Le photographe rouennais Charles Fréger, qui réalise des portraits de personnes membres de groupes précis et portant souvent des uniformes (militaires, patineuses, majorettes, etc.) a réalisé le clip Rio Baril pour le chanteur Florent Marchet. Andres Serano a réalisé un clip pour Goldflesh. Laurie Anderson. Les clips de Laurie Anderson sont pour la plupart réalisés par Laurie Anderson elle-même. Musicienne, artiste « mixed medias » et représentante de l’avant-garde new-yorkaise, elle est diplômée d’une école d’art. De la même manière, de nombreux clips des Talking Heads sont réalisés par David Byrne, pillier du groupe et ancien étudiant de la Rhode Island School of Design (dont John Maeda est devenu directeur en 2008). Le peintre Giger a réalisé deux clips pour Debbie Harry.

Les dessinateurs Petra Mrzyk et Jean-François Moriceau ont réalisé le très beau don’t be light, pour le duo Air, le clip (signalé par Enro en commentaire) pour excuse-moi, par Philippe Katerine, et le clip de Look pour Sébastien Tellier. David Shrigley. Autre grand dessinateur contemporain, Shrigley a réalisé le triste et beau Good Song, de Blur et Agnes, queen of sorrow, pour Bonnie Prince Willy. Quelques auteurs de bande dessinée ou de dessin animé ont réalisé un clip ou deux : Hayao Miyazaki (On your Marks pour Chage & Aska), Joann Sfar (pour Thomas Fersen), John Kricfalusi (Björk) et bien entendu Jamie Hewlett pour Gorillaz.

Clip vidéo et création artistique

mars 24th, 2008 Posted in Après-cours, Clips | 7 Comments »

Note : au départ, l’article qui suit entendait juste fournir quelques références d’auteurs intéressants de vidéo-clips. Il a enflé et est devenu une longue dissertation sur le clip qui, peut-être, enfonce les portes ouvertes. Une polémique en ressort tout de même : Steak, de Quentin Dupieux, est-il un film expérimental ou un film raté, et, question corolaire, quelle est la différence ?

Le vidéo-clip est un genre intéressant pour les créateurs d’images – nombreux sont en tout cas ceux qui s’y sont épanouis. La contrainte initiale que représente le fait d’avoir un morceau musical à illustrer, loin d’être une entrave, permet souvent d’évacuer certaines questions puisque la durée du film et la nature de sa bande sonore sont imposées et donc, connues. Dispensé d’avoir à captiver le public par un récit traditionnel, le réalisateur de clips peut avoir recours à une palette artistique très étendue, allant jusqu’au registre de ce qu’on appelle dans d’autres contextes de la « vidéo expérimentale ».
Le problème récurrent de la vidéo d’artiste telle que l’on peut en visionner dans les lieux d’exposition d’art contemporain est que ce qui est véritablement original – au sens « jamais vu » – perturbe le public, lequel public est généralement à la recherche de repères auxquels se raccrocher (on se souviendra au passage de l’imprécation un tantinet culpabilisatrice de Picabia : Pour que vous aimiez quelque chose, il faut que vous l’ayez vu ou entendu depuis longtemps, tas d’idiots). Par définition, la musique populaire enregistrée est appelée à être répétée à l’exacte ad libitum. De plus, elle est généralement structurée par un rythme, des phrases musicales, des motifs, des gimmicks, et elle est même souvent fortement standardisée (durée, genre musical de rattachement, public ciblé…). Ces repères permettent au spectateur d’un clip de ne pas avoir à se poser les questions anxiogènes suscitées par les œuvres contemporaines basées sur le temps (diaporamas, vidéos d’artistes, performances) et que l’on n’ose pas toujours demander à haute voix : « qu’est-ce que c’est ? », « qu’est-ce que ça veut dire ? » et surtout « combien de temps est-ce que ça dure ? », « quand est-ce que ça finit ? ». Avec le clip, pas de suspense, le film est fini quand le morceau est fini. Notons au passage que certains lieux d’exposition ont la bonne idée d’indiquer la durée des œuvres sur les cartels, ce qui change radicalement le rapport qu’on peut y avoir.

Francis Picabia - pour que vous aimiez quelque chose…

Contrairement à la publicité – un autre format court qui donne des moyens financiers conséquents aux créateurs -, la réalisation de clips musicaux n’est pas considérée comme une activité strictement alimentaire. En effet, mettre son talent au service de Björk, de Peter Gabriel ou de David Bowie est d’un « bénéfice symbolique » nettement supérieur au fait de créer pour le compte de l’Oréal, d’Unilever ou de Procter & Gamble.
Ce bénéfice n’est pas uniquement symbolique puisque l’industrie musicale est, quoi qu’elle veuille faire croire, riche et puissante (plus que l’industrie du jeu vidéo qui elle-même dépasse l’industrie du cinéma). Le clip n’est donc pas qu’un espace de liberté créative, c’est aussi un espace d’émancipation financière pour les créateurs. Un auteur tel que Michel Gondry n’a sans doute jamais eu besoin de quémander une subvention pour réaliser ses clips, ce qui lui offre des libertés que beaucoup d’artistes peuvent lui envier – réciproquement, les artistes contemporains bénéficient eux aussi de libertés que les auteurs de films promotionnels peuvent leur envier. Et par ailleurs, pour un Gondry ayant réussi à faire respecter son intégrité artistique, combien de tâcherons sans épaisseur ou d’artistes dont le talent ne peut se développer ? Le rapport à l’argent, aux musiciens et au public ne va pas sans écueils et demande aux réalisateurs de jongler entre les intérêts de chacun sans pour autant affadir leur travail. Lorsque Jean-Luc Godard a réalisé un vidéo-clip pour France Gall, cette dernière (qui avait choisi Godard en connaissant son travail) n’avait pas prévu que l’on n’y verrait pas son visage, ou très peu. Or c’est une chose à laquelle son public n’avait pas spécialement été habitué, puisque depuis ses débuts, le visage de la chanteuse a été omniprésent sur ses pochettes, dans ses scopitones et dans ses vidéos. Le clip n’a été diffusé qu’une fois, officiellement pour une sombre question de droits d’auteur.
La question de la représentation visuelle des artistes est un problème souvent évoqué. Michel Gondry, toujours lui, explique qu’il préfère abandonner un projet de clip (quitte à le recycler plus tard avec un autre artiste) si on lui impose de trivialiser son concept de départ, par exemple par l’incursion régulière des visages des musiciens.
La musique électronique a souvent affranchi les réalisateurs de clips de l’obligation de montrer le « produit » (le musicien), et ce à une époque où on annonçait la mort artistique du clip vidéo. Daft Punk, Aphex Twin, les Chemical Brothers, Massive Attack, Dj Roudoudou, Saint Germain ou encore Fatboy Slim ne mettent pas leurs visages (ni leur voix, cela semble aller avec) en avant. On ne s’étonnera pas au passage que cette génération « électro » ait a son tour réalisé des films que l’on peut nettement rattacher au registre du cinéma expérimental : Quentin Dupieux (Mr Oizo) avec Steak ou Daft Punk avec Electroma.
C’est sans doute aussi par refus du culte de la personnalité que les labels de musique électronique (Ninja Tune, Warp, F Communication,…) ont souvent suscité une très grande créativité visuelle dans leur communication, en faisant réaliser leurs pochettes ou leurs clips par des graphistes à la pointe de leur profession, comme les collectifs Designers Republic, Dj Food, Pleix, Matt Gorski ou encore comme la graphiste Geneviève Gauckler.
La musique instrumentale non-électronique a permis le même genre de choses, comme avec le très beau clip Individual Choice, du Jazzman Jean-Luc Ponty. Malheureusement, la musique classique ou le jazz suscitent peu de vidéo-clips, car ceux qui sont réalisés (il y en a) ne sont pas diffusés, pâtissant notamment du fait que le public de ces genres musicaux n’a pas la réputation (fondée ou non) d’être demandeur.

Video Killed the radio starOn ne s’accorde pas sur la date de naissance du vidéo-clip. Le rapport entre musique et cinéma date de la naissance du cinéma, puisque le besoin de sonoriser les films s’est fait sentir dès les premières représentations publiques. Piano ou orchestre d’accompagnement, chanteurs, acteurs disant le texte, etc., tout a été essayé. Il a fallu attendre 1927 pour que les moyens techniques et commerciaux de diffusion de films sonore soient disponibles. Aussitôt, la musique est mise à contribution et le premier film « parlant », The Jazz Singer, est aussi un film chantant.
Pour certains, le scopitone des années 1960 à 1980 était une forme primitive de clip. Souvent basés sur des concepts rudimentaires et sur un playback des chanteurs à l’image, ils ont notamment permis à Claude Lelouch d’effectuer de nombreuses expériences.
On cite souvent aussi les films musicaux des Beatles tels que Help!, le Magical Mystery Tour ou encore Yellow Submarine. Le film de Bohemian Rhapsody (1977), par le groupe Queen, constitue une date intéressante. Destiné à remplacer le groupe sur scène, il a connu un énorme succès. Une autre date célèbre est celle du 1er août 1981 : ce jour-là, la chaîne MTV, première chaîne musicale, a été officiellement lancée (avec le clip Video killed the radio star, des Buggles). Ce nouvel espace dédié à la diffusion de clips a suscité des pratiques qui subsistent aujourd’hui : pas de lancement musical important sans vidéo et accessoirement, pas d’industrie musicale sans télévision. On peut donc dater l’ère du vidéo-clip au tout début des années 1980 avec le lancement de MTV.
La période est intéressante pour une autre raison, technique cette fois : les caméras vidéo deviennent plus légères et les consoles d’effets spéciaux se perfectionnent. Bien que tout ce matériel soit à l’époque encore extrèmement coûteux, il donne certains avantages à la vidéo sur le cinéma, permettant des tournages moins contraignants et des effets visuels inédits – effets qui, cependant, lasseront rapidement le public.

Dans de nombreux pays, les premiers films de l’ère du vidéo-clip ont bénéficié de modalités commerciales avantageuses : les chaînes de télévision les diffusaient comme des œuvres musicales et cinématographiques, c’est à dire qu’elles s’acquittaient de droits d’auteur pour les montrer. Puis le clip a été considéré comme une forme de publicité, ce fut donc à l’industrie musicale de payer. Cette évolution (que je raconte de mémoire : si quelqu’un a des détails, ça m’intéresse) s’est sans doute faite sous la pression même de cette industrie musicale qui, en payant, décide de ce qui passe et comment, s’assurant la possibilité d’user de la meilleure arme commerciale dont dispose la musique populaire : le matraquage. Le résultat immédiat de ce mouvement a été la diminution du nombre de clips différents diffusés. L’appauvrissement quantitatif s’est souvent doublé d’un appauvrissement qualitatif et le grand public a délaissé le clip au cours des années 1990, provoquant la disparition des émissions qui y étaient consacrés sur les chaînes hertziennes et même, la diminution des diffusions de clips sur les chaînes musicales.

Il est probable que 99% des clips vidéo soient totalement inintéressants et, pire, que les clips intéressants soient justement les moins diffusés. Néanmoins, après avoir survécu à de nombreuses prophéties funestes, le clip vidéo semble pourtant persister à exister et, régulièrement, un nouveau créateur intéressant se révèle.
On peut tenter de se tenir au courant en consultant le blog ClipTip, qui est consacré au sujet – avec des mises-à-jour d’une régularité incertaine.

Update : l’ami Dumez me signale un autre blog dédié au clip : supe-r-aitte.blogspot.com

Voir et entendre

mars 22nd, 2008 Posted in Après-cours, Clips, Link-dropping | 10 Comments »

L’information n’est pas la connaissance. La connaissance n’est pas la sagesse
La sagesse n’est pas la vérité. La vérité n’est pas la beauté
La beauté n’est pas l’amour. L’amour n’est pas la musique
La musique est la meilleure des choses

Frank Zappa (Packard Goose)

Signalé par Charly, la vidéo du norvégien Lasse Gjertsen (youtube). Ce jeune homme (23 ans), originaire de Larvik, est un artiste vidéo (j’ignore s’il se définit ainsi lui-même) de la génération Youtube, il propose beaucoup de choses un peu dans tous les sens, parfois très drôles.
Dans la vidéo évoquée plus haut, le son et l’image sont synchronisés et utilisés en même temps pour composer un morceau de musique (une note ou un accord = une image).

Dans un registre voisin, Jérôme Lefdup vient de sortir un DVD intitulé « Musique de chanvre« , qui fonctionne de la même manière. Voir par exemple ce morceau au Ukulélé. À propos de Lefdup, les étudiants de l’Esah reconnaitront l’acteur qui joue le médecin dans cette autre vidéo.

Coldcut et Hextatic ont produit en 1997 trois titres dans le genre : Frog Jam, Natural Rhythm et Timber.

Voir encore : The hardest button to button, des White Stripes, avec un clip de Michel Gondry. Ici chaque coup de grosse caisse devient une nouvelle instance de la batterie.

Un autre clip assez réussi est celui du groupe australien The Avalanches, pour leur titre Frontier Psychiatrist. Ici aussi, l’image correspond précisément au son, mais d’une manière différente puisque tout est filmé au même endroit et de façon fluide (le « cut » du montage n’est pas utilisé pour souligner le « cut » musical) et les samples sont traités comme autant de membres d’un orchestre réunis sur une scène. Les personnages tirés de films en noir et blanc sont en noir et blanc, certaines images un grain fifties, d’autres sixties, d’autres plus récentes. On reconnait notamment un extrait du Polyester de John Waters. L’effet visuel est assez impressionnant mais tombe un peu à plat lorsqu’on regarde le clip en qualité « youtube ».
The Avalanches - Frontier Psychiatrist Au passage, le groupe The Avalanches gagne à être connu. Leur premier album, Since I left you (2001), constitue un sommet dans l’accumulation de samples, à tel point que la version initiale de l’album (qui circule sur les réseaux peer-to-peer) n’a pas pu sortir dans le commerce car les droits d’auteur à reverser auraient été d’un montant supérieur au produit des ventes du disque. Il y avait des extraits des Beatles, de Michael Jackson ou de Bob Dylan, par exemple. Intéressée par le travail des Avalanches, Madonna a accepté qu’ils incluent un bout de Holliday à un de leurs titres, autorisation qu’elle n’a jusqu’ici jamais accordé à qui que ce soit d’autre.
Un autre morceau, qui donne son titre à l’album : Since I left you. Le clip, quoique sympathique, n’a rien de marquant (des mineurs débarquant pour danser le Hustle au milieu d’une audition façon Flashdance) mais la musique s’écoute bien. The Avalanches utilise les samples pour leur valeur nostalgique, très années 1960-1970-1980 souvent (Kid Creole, Fern Kinney, Cerronne, The Mamas and the papas, Cyndi Lauper, Françoise Hardy…). Du Hip Hop sentimental, en somme. J’aime tout particulièrement les titres Two Hearts in 3/4 Time, Etoh et A different feeling et, hors de l’album, Run Dna (qui mixe les Beastie Boys à une balade brésilienne des années 60), Electricity, Belle and Sebastian,…

Puisque l’on parle de clips vidéos, un lien de derrière les fagots : ClipTip, qui est un blog dédié au vidéoclip. Voir aussi le site Promo News.

Update 2/04/08 : Enro me signale en commentaire son intéressante série de billets sur des clips mêlant animation et son, qu’il nomme lui-même « vidéo concrète », ce qui est plutôt bien trouvé.
Update 25/11/11 : Voir aussi : Les mixs de Pogo et le travail de Pomplamoose