Profitez-en, après celui là c'est fini

La retouche photo en 2008

mars 20th, 2008 Posted in Images | 5 Comments »

Avec Photoshop, la retouche photo est à présent un processus à la portée de tous et extrèmement rapide. Parfois un peu trop, ainsi que le démontre le site Photoshop disasters, lancé au début du mois et pourtant déjà appelé à un brillant avenir. Jambes taillées à la serpe, visuels de prévisualisation issus de banques d’images, personnes répétées plusieurs fois dans une foule, etc.
On regrettera que les images reproduites soient, en général, un peu petites.
J’aime tout particulièrement la main fantôme sur l’épaule de Marissa Miller dans un catalogue Victoria’s Secret ou la demoiselle d’une édition brésilienne de Playboy qui a perdu son nombril.

Photoshop disasters

La disparition du nombril, des tétons, voire de la raie des fesses sont de grands classiques de la retouche photo névrotique. L’escamotage de personnes indésirables nous ramène à une toute autre tradition, celle de la photographie officielle sous Staline :

Staline a de moins en moins de copains

Ci-dessus, la série célèbre de photographies de Staline où, grâce aux joies du cadrage et de la retouche, on voit disparaître successivement Antipov, Chvernik et Kirov. On pourra être troublé en constatant que ces disparitions iconiques correspondent chaque fois à des disparitions politiques, et même dans certains cas, physiques.

À voir aussi, la très jolie publicité de Dove, Évolution, qui montre comme notre œil est habitué à se laisser manipuler.

Claude Closky, 8002-9891 Mac/Val

mars 19th, 2008 Posted in Cimaises, Dans la boite-aux-lettres | 5 Comments »

La première exposition rétrospective (près de vingt ans de travaux) de Claude Closky, au Mac/Val, du 28 mars au 22 juin 2008.

Le Mac/Val se trouve Place de la Libération, à Vitry-sur-Seine. Il est ouvert tous les jours de 12h à 19h sauf le lundi. Nocturne (21h) le jeudi.

Accès en bus (183, 180 ou 172), arrêts Musée Mac Val ou Henri de Vilmorin, accessibles depuis les station de métro Porte de Choisy (Ligne 7) ou Louis Aragon (Ligne 7) ou depuis les gares de RER Vitry-sur-Seine (RER C) ou Maison Alfort/Alfortville (RER D).
Pour éviter le bus : descendre à la station de métro Villejuif-Paul Vaillant Couturier (Ligne 7), puis marcher (20 minutes).
Accès en voiture : pas écologique. Ne prenez pas la voiture. Ça sent mauvais, c’est dangereux, c’est bruyant et c’est presque toujours laid.

Claude Closky, 8002-9891 Mac/Val

IBM et Mondrian

mars 17th, 2008 Posted in Ordinateur au cinéma | 2 Comments »

Desk SetEn parlant du visuel qui se trouve en haut de cette page, un ami me demande : « D’où vient l’image inspirée de mondrian ? » . Je suppose qu’il n’est pas le seul à se le demander, d’où ce billet.

L’image est en fait tirée de la séquence d’ouverture du film « Desk Set », réalisé en 1957 par Walter Lang, un réalisateur hollywoodien plutôt prolifique mais dont la carrière n’a pas de relief particulier. On dit qu’il a un temps abandonné la production cinématographique pour partir s’installer dans le quartier de Montparnasse où il rêvait d’entamer une carrière de peintre avant-gardiste parisien. Son projet ayant échoué, il est retourné dans son pays où il a réalisé des comédies et des comédies musicales.

Desk Set est une comédie. Adapté d’une pièce de théâtre, le film relève presque du registre des « Screwball Comedies », en français « Comédies détraquées », ces films enlevés, aux dialogues débités à toute allure et où l’on ne craint pas d’égratigner certaines conventions morales et sociales (le mariage, pour commencer) ni d’inverser les équilibres sociaux : rapport hommes-femmes et rapport entre riches et pauvres. Si je dis que ce film relève presque du genre des « comédies détraquées », c’est que l’on situe traditionnellement la période de ces comédies aux années 1930-1940, avec les classiques de Frank Capra, Howard Hawks, Ernst Lubitsch ou Preston Sturges : His Girl Friday, It Happened One Night, You Can’t Take It with You, Bringing up Baby, Arsenic and Old Lace, etc.
Après guerre, donc, on ne parle plus de Screwball Comedies, pourtant le genre n’a cesser d’influencer le cinéma, jusqu’aujourd’hui, puisque les actuelles comédies romantiques, généralement plus consensuelles et plus mécaniques (même lorsque les réalisateurs font tout pour l’éviter, comme les frères Cohen avec leur soporifique Intolerable Cruelty), en découlent directement, ne serait-ce que par leur thème redondant, celui d’un couple dont on peut prédire la constitution dès les premières minutes du film et qui se construit dans le conflit verbal et les taquineries.
Certains associent les comédies d’après-guerre de Billy Wilder aux Screwball Comedies : The Seven Year Itch ou Some Like it Hot, par exemple. Si on le fait, alors on peut aussi ajouter Desk Set à la liste.
En français, Desk Set a été titré « Une femme de tête », peut-être pour capitaliser le succès du Tracy/Hepburn le plus célèbre en France, « Madame porte la culotte » (qui à l’origine s’appelle Adam’s Rib — la côte d’Adam).
L’adaptation scénaristique de la pièce de théâtre est due à Phoebe et Henry Ephron, un couple de spécialistes de la comédie romantique (Carousel, Daddy Long Legs, There’s no business like show business) par ailleurs parents de Delia et Nora Ephron, deux autres spécialistes de la comédie romantique (Nuits blanches à Seattle, Vous avez un e-mail, quand Harry rencontre Sally…)

Desk Set

Desk Set raconte l’irruption de Richard Sumner (Spencer Tracy) , un ingénieur en informatique, dans la vie d’un grand journal où il entend installer un « cerveau électronique » baptisé EMMARAC (Electromagnetic Memory and Research Arithmetical Calculator). Il y rencontre Bunny Watson (Katharine Hepburn), qui dirige le service de documentation et qui a peur que l’ordinateur de Sumner ne soit là pour remplacer son équipe. Elle sympathise avec Sumner malgré tout. L’un et l’autre sont des célibataires d’âges proches, cérébraux et spirituels. Bunny est attentive à tout (elle devine que Sumner est célibataire en regardant ses chaussettes) tandis que Richard est un archétype de savant lunaire, perdu dans ses pensées, qui arrive un jour en avance aux rendez-vous ou se balade en peignoir dans l’appartement de Bunny sans voir que cela risque d’être mal compris par le soupirant de cette dernière, un fat persuadé que sa supériorité hiérarchique et sa qualité d’homme lui garantissent la patience et la fidélité de Bunny. À notre grand soulagement, cet épisode l’obligera à disparaître du paysage.

Desk Set

Sumner convainc Bunny Watson de la pureté de ses intentions et explique que son invention ne servira qu’à assister les employées de la documentation, qu’on ne peut et qu’on ne pourra jamais remplacer l’intelligence humaine. Bunny et son équipe se sentent donc trahies lorsqu’elles reçoivent leur paie de la semaine sur un papier rose, qui signifie qu’elles ont perdu leur emploi. Sumner n’y comprend rien mais tout s’éclaire lorsque le directeur du journal vient lui-même demander qu’on lui explique pourquoi il a reçu sa paie sur papier rose. Il s’agissait d’un bug du programme d’un second ordinateur récemment installé dans l’immeuble, celui du service de comptabilité. Mais tout s’arrange réellement lorsque l’ordinateur EMMARAC se met à fournir des réponses incohérentes aux questions qu’on lui pose, démontrant que, effectivement, l’intelligence humaine ne se remplace pas.
Pour finir, Sumner utilise l’ordinateur pour faire sa déclaration d’amour à Bunny Watson.

Desk Set

En 1957, l’ordinateur en tant que tel n’existait que depuis une dizaine d’années. Développée pendant la guerre pour les besoins du cryptage, du calcul ballistique et des calculs qui ont servi à mettre au point la bombe H, l’invention n’aboutit réellement qu’après-guerre. L’irruption de l’ordinateur dans l’imaginaire populaire remonte en fait très précisément au 4 novembre 1952. À cette date, en effet, un ordinateur de modèle Univac 1 avait « prédit », pour le compte du network CBS, l’élection du président Dwight Eisenhower. La figure populaire de l’ordinateur-oracle, qui sait tout sur tout, qui ne peut pas se tromper, date de ce moment. Au moment de l’écriture de la pièce Desk Set, la revue The American Socialist publiait, sous la plume de l’universitaire Harry Braverman, une mise-en-garde contre la menace que l’informatique pouvait faire peser sur l’emploi (Automation: Promise and Menace, octobre 1955).

Très curieusement, Desk Set n’est pas seulement le premier film mettant en scène un programmeur informatique (ce qu’il est) ni le premier film évoquant l’angoisse des employés du tertiaire face à une machine qui peut concurrencer leurs talents. C’est aussi le tout premier film de propagande pédagogique sur les bouleversements sociologiques liés à l’informatique. Répondant de manière amusante et au final rassurante à toutes les questions, le film a été réalisé avec le concours de la société IBM, ainsi que l’explique le générique : The filmmakers gratefully acknowledge the cooperation and assistance of the International Business Machines Corporation. Néanmoins, l’opération de relations publiques que constitue Desk Set n’est pas complètement réussie, car en répondant, sur un mode défensif, à une question longtemps avant qu’elle soit véritablement posée, il l’impose.

Desk Set

On notera au passage qu’en cette même année 1957, IBM a commandé aux designers Charles et Ray Eames un film d’animation destiné à expliquer le fonctionnement et l’utilité de l’ordinateur, The Information Machine, montré l’année suivante dans le cadre de l’exposition universelle de Bruxelles.
Pour l’anecdote, notons que l’ordinateur créé par Ray Kellogg, spécialiste en effets spéciaux pour la Fox, a été recyclé dans plusieurs films : The Invisible Boy, The Fly ou encore la série Voyage to the bottom of the sea.

Je me rends compte que l’énigme du départ n’est pas résolue : pourquoi est-ce que la première image du film constitue un hommage incongru à Mondrian ? Le plan est un traveling plongeant vers une imprimante de marque IBM, sur un fond musical un peu trop gai de Cyril Mockridge.
MondrianLes éléments qui sont disposés de part et d’autre sont les composants et les périphériques d’un ordinateur IBM 704, un modèle de 1955, connu notamment pour être le premier ordinateur à avoir jamais été utilisé pour faire de la musique. À cette époque, l’ordinateur n’est généralement pas conçu d’un seul bloc (au contraire de l’EMMARAC que vient installer Sumner dans le film) mais d’éléments épars : unités de calcul, mémoires, interface de saisie, imprimante (élément vital puisque, sauf applications spécifiques telles que la défense aérienne, les ordinateurs ne disposaient pas encore d’écrans). L’image escamote complètement la redoutable câblerie qui reliait les éléments d’un système informatique : tout est sagement et joliment disposé sur un sol effectivement inspiré par Piet Mondrian, décédé une quinzaine d’années plus tôt. Les câbles ont disparu, mais ils ne sont pas seuls, l’élément humain est lui aussi absent de l’image, et son absence est elle-même absente, puisqu’on ne voit nulle part de fauteuil, or tout système informatique à l’époque incluait au minimum un fauteuil. On peut lire dans cette présentation de l’ordinateur un idéal des ingénieurs d’IBM à l’époque (qui se réalise en partie dans l’IBM 704), celui d’une informatique moins bricolée, moins artisanale, plus « carrée », plus rationnelle, qui se passe d’opérateurs humains affectés au changement des lampes à vide et de la saisie d’instructions sur cartes perforées.
La peinture géométrique de Mondrian, qui a chassé la nature de ses toiles, semble tout à fait adaptée au sujet.

Interlud(dit)e

mars 17th, 2008 Posted in Interactivité | No Comments »

« La souris, qu’est-ce que c’est ? »
(Jacques Chirac, pendant l’inauguration de la bibliothèque François Mitterrand, 1996)

La souris, mais qu’est-ce que c’est ?

Premiers pas en informatique, éd. Marabout, 1987

Prototype oublié : Colossus

mars 16th, 2008 Posted in Modèles abandonnés, Ordinateur au cinéma, Parano | 7 Comments »

L’histoire de l’informatique est pleine de modèles orphelins, de standards abandonnés. On se rappellera avec émotion des tristes fins de la BeBox, de l’Acorn, du TRS80, des Sinclair ZX ou des Thomson MO5 et TO7, des Oric, Alice, Amiga, Atari, Lynx, Dragon… Certains ont disparu alors qu’ils disposaient d’atouts technologiques qui n’ont été égalés que bien plus tard – la BeBox par exemple – car, comme on le sait, la qualité n’est qu’un des paramètres (et rarement le paramètre déterminant) qui entrent en jeu dans le processus industriel et commercial de la standardisation.

Mon modèle d’ordinateur abandonné préféré, c’est peut-être le modèle Colossus.

Colossus : The Forbin Project

Je ne connais pas les caractéristiques techniques exactes du Colossus, mais je sais qu’il a été inventé par un dénommé Charles Forbin, en 1966, dans le roman de Dennis Feltham Jones, « Colossus » (devenu un film en 1970, sous le titre « Colossus: The Forbin Project« , et en français : « Le cerveau d’acier« ).

Colossus, qui n’a été construit qu’en un seul et unique exemplaire est un ordinateur surpuissant créé dans le but de décharger les États-Unis d’Amérique du difficile travail que constitue l’organisation de la défense millitaire nationale. Enfermé dans une montagne, il pilote toutes les armes nucléaires du pays. Il ne sait pas seulement défendre son pays, il sait aussi se défendre lui-même.
À peine mis en route, Colossus prend un peu d’indépendance et entre en contact avec son homologue soviétique, un super-calculateur nommé « Guardian ». On ne connaît pas la teneur des messages binaires que s’adressent les deux machines, mais celles-ci décident rapidement d’organiser la survie conjointe des blocs géopolitiques atlantistes et soviétiques, conformément au cahier des charges qui a présidé à leur construction. Il leur semble clair qu’un tel but ne peut être atteint que par une attitude un brin autoritaire et, notamment, par la suppression de tout pouvoir politique autre que le leur. Dictateur auto-proclamé de l’humanité, le tandem Colossus-Guardian, qui se donne le nom de « World Control » promet à ses sujets la fin des famines et des guerres et ne doute pas que ces succès rendront l’humanité respectueuse de son action, et que ce respect se transformera un jour en véritable amour. Un peu lents à réagir, les scientifiques et les politiques observent d’abord ce qui leur arrive avec le sourire, puis avec inquiétude et enfin, avec panique. Ils tentent un sabotage mais découvrent vite que leur despote électronique sait parfaitement se défendre. En représailles, ce dernier cause d’ailleurs des milliers de morts.

Contrairement aux ordinateurs actuels, qui prennent toutes sortes de pincettes, se veulent « ludiques » et « conviviaux », qui multiplient les « wizards », les « assistants » et autres « guides », Colossus est assez brut de décoffrage. Quand il réclame une action quelconque, il écrit en lettres rouges « IMMEDIATELY ». Pas de s’il-vous-plait ou de merci, pas de ronds de jambe inutiles.

Colossus : The Forbin Project

En plus de diriger le monde, Colossus régit l’existence de son créateur, Charles Forbin. Celui-ci doit de lever à 6:00, faire de l’exercice pendant une heure, prendre une douche, manger un petit déjeuner précis (trois tranches de bacon, un oeuf, un toast), passer sa journée à construire des périphériques pour améliorer sa création, selon les demandes précises qui lui sont faites. Quatre fois par semaine, Forbin doit par ailleurs prendre une seconde douche à 18h puis attendre sa maîtresse, car après une âpre négociation, il a obtenu l’autorisation de mener une vie affective normale, c’est à dire en dehors du regard des centaines de caméras de Colossus.

Colossus : The Forbin Project

Forbin n’a pas de maîtresse mais parvient à convaincre le super-calculateur que sa collaboratrice, le docteur Cleo Markham, lui est liée affectivement. Sous le regard froid de l’ordinateur, les deux scientifiques doivent boire un martini, danser, prendre leur repas puis se déshabiller complètement avant d’être autorisés à aller s’enfermer dans la chambre à coucher où Colossus éteint ses caméras. Cléo n’est pas la plus laide des collègues de Forbin, et leur liaison, factice au départ (c’est le seul moyen qu’a trouvé Forbin pour échanger des informations secrètes avec ses collègues), devient vite réelle. Sans aller jusqu’à accuser Forbin d’avoir créé Colossus dans le but d’améliorer sa vie sentimentale, force est d’admettre qu’il y trouve son compte.
Est-ce que les inventeurs du World Wide Web draguent sur Meetic ?

Colossus : The Forbin Project

Après toutes les catastrophes qu’il a provoqué en enchaînant les mauvaises décisions, Charles Forbin ne peut plus faire qu’une chose : collaborer servilement à la mécanique perverse qu’il a lui-même inventé. À la toute fin de l’histoire, il tente de faire preuve de dignité en criant « jamais ! » à la machine qui lui affirme qu’un jour, il l’aimera.

On peut s’amuser à repérer dans ce récit de nombreuses thématiques : l’absurdité des conflits entre pays (dont un ordinateur froid et dépassionné se rend compte immédiatement), les dangers qu’il y a à abdiquer ses prérogatives, tel le libre-arbitre, à des systèmes électroniques (plus encore si ceux-ci sont fiables), les dangers induits par la foi positiviste en la science, etc. Mais on peut aussi y voir une métaphore de la religion – les hommes créent les dieux et finissent par subir le joug de ceux-ci.
Colossus, inspiré notamment par le Multivac d’Isaac Asimov, et peut-être du Alpha 60 de Jean-Luc Godard, a inspiré à son tour de nombreux ordinateurs de fiction, comme le WOPR, dans le film Wargames.

La retouche photo en 1985

mars 13th, 2008 Posted in Diplômes, Images, Vintage | 10 Comments »

En 1985, on écoutait Prince, Depeche Mode, Visage, Tear for fears, Lionel Ritchie, les Simple Minds, Simply red, les Cure, Eurythmics, Sting, les Talking Heads, Laurie Anderson, les Fils de Joie, Toto, Run Dmc, LL Cool Jay, The Sisters of Mercy, Sade, Genesis, UB40, INXS, Madonna, Level 42, Grace Jones, Cock Robin, les Rita Mitsouko. Le tube de l’année, c’était « We Are The World », par le groupe USA for Africa, un collectif réuni par Michael Jackson, Lionel Ritchie et Quincy Jones. Et le tube français, « Un autre monde », par Téléphone, servi par un très beau clip de Mondino. À l’époque, Canal+ démarrait avec son fameux « Top 50 », les autres chaînes (TF1, Antenne 2 et FR3) étaient toutes publiques. On parlait pas mal de l’Apartheid en Afrique du Sud, Nina Hagen rêvait qu’un jour l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest soit réunifiées, et le groupe Frankie Goes to Hollywood nous rappelait, sur la pochette de son tube « Two Tribes » à combien de mégatonnes s’élevaient les puissances nucléaires américaines et soviétiques. Cinq ans plus tard, ce monde, ou en tout cas ses symboles et ses institutions, avait disparu.

Les ordinateurs personnels étaient encore un peu des jouets. Mais des jouets sérieux. On ne jouait qu’aux jeux qu’on avait soi-même programmé en Basic ou en Assembleur sur nos Sinclair Spectrum, et la marque Apple faisait parler d’elle avec son fameux Macintosh : écran couleur (rectification après commentaires : la couleur n’est effectivement venue qu’un peu plus tard), souris et interface graphique,… Les gens qui voulaient faire sérieux préféraient se fier au PC d’IBM, plus austère, disaient-ils, mais plus professionnel. L’avenir leur a donné tort. Mais pour avoir raison il fallait payer le prix car les Macintosh étaient hors de prix et il était difficile de savoir à quoi, au juste, ces ordinateurs pourraient bien servir. Du moins jusqu’à ce que Microsoft vienne à la rescousse du Mac en proposant les deux premières applications « professionnelles » qui tiraient parti de l’interface graphique : Word et Excel.

La retouche photo en 1985

À l’époque j’étais dans un LEP1 de Retouche Photo. Quand j’en suis sorti en 1987, nos deux profs de photo, qui étaient aussi chercheurs au CNRS, nous annonçaient que, de notre vivant, nous verrions sans doute venir la photographie numérique : plus de pellicule, plus de bains, plus d’acide acétique. Bien avant que des appareils photo numériques sérieux n’arrivent sur le marché (progrès très récent finalement, et l’argentique est loin d’avoir perdu son intérêt dans de nombreux cas), la première révolution numérique de la photo a été celle de Photoshop. Publié en 1990, ce logiciel a rendu caduc le métier que j’avais passé trois ans à apprendre, la retouche.

« De mon temps », comme on dit, la retouche photo ne se faisait pas à la palette graphique, mais au pinceau, au grattoir, au crayon et au « gris-film ». Le résultat ressemblait à ça :

La retouche photo, en 1985

Ce que j’ai appris à l’époque est donc obsolète mais il m’en est resté quelques petites choses, notamment le besoin d’avoir les mains très propres pour travailler. En arrivant aux Beaux-Arts, en peinture, j’ai vite remarqué que j’étais le seul à y faire attention.

  1. LEP : Lycée d’enseignement professionnel, un établissement qui délivrait un CAP — Certificat d’aptitude professionnelle. Même s’il existe toujours des CAP dans les métiers qui réclament un savoir-faire et un savoir précis, c’est à dire les métiers de l’artisanat, les CAP ou BEP sont peu à peu remplacés par des filières de type Baccalauréat professionnel, ou conditionnés à des formations en alternance, qui offrent une main d’œuvre sous-payée aux entreprises, lesquelles sont partie prenantes dans la délivrance du diplôme et peuvent abuser de cette position pour exercer divers chantages sur leurs apprentis. [↩]

Nana Mouskouri – pour les enfants

mars 13th, 2008 Posted in Chansons, Mémoire, Personnel | 13 Comments »

Un beau jour, pendant une brocante, mon regard est attiré par la pochette d’un disque que je connaissais par cœur : « Nana Mouskouri – pour les enfants ». Je m’apprête à raconter au copain qui chinait avec moi un fait extraordinaire : je suis un des enfants sur le disque ! J’ai posé pour la photo. Quand j’étais petit.

Nana Mouskouri - pour les enfants

Au moment de raconter ma très belle et très étonnante anecdote, un doute m’assaille malgré tout : d’où est-ce que je sors cette histoire ? Comment est-ce que j’aurais pu participer à une séance de photos avec Nana Mouskouri sans en avoir le moindre souvenir ? Et par quel biais est-ce que ça aurait pu arriver ? Et puis surtout, comment se fait-il qu’aucun enfant ne me ressemble de près ou de loin et que ces gamins soient visiblement un peu plus âgés que je ne l’étais quand le disque est sorti ?

Nana Mouskouri - pour les enfants

Tout ce qu’il y a de moi là-dedans, c’est que j’ai eu exactement le même pull-over que tous ces gamins. Est-ce qu’on avait tous les mêmes pulls à l’époque ? Est-ce qu’on avait tous des têtes à sortir de l’Argent de Poche ? Est-ce que toutes les femmes portaient des robes Op’Art marron-gris, comme ma grand-mère et comme Nana Mouskouri ?

L’affreuse vérité m’apparaît maintenant assez clairement : j’ai inventé cette histoire. J’ai réussi à m’y faire croire, à force de regarder ces photos des heures durant en écoutant Le Tournesol, L’Enfant au tambour et bien entendu Petit Garçon, chanson qui s’adressait directement à moi. Car je veux bien admettre que je ne suis pas sur la photo mais on me laissera tout de même ça : Nana chantait pour moi. D’ailleurs c’est écrit : « Pour les enfants ». J’étais un enfant, donc c’était moi.

Nana Mouskouri - pour les enfants

Je n’ai donc pas raconté mon étonnante anecdote, enfouie depuis plus de trente ans dans le casier des certitudes, mais j’ai acheté le disque.

 

Le dernier des blogs

mars 8th, 2008 Posted in Le dernier des blogs ? | 3 Comments »

Dernier blog
Voilà, nous sommes le 8 mars 2008, et je ne connais plus personne qui n’ait pas son blog. Mes amis, mes enfants, les gens avec qui je travaille, les gens avec qui je ne travaille pas, les beaux, les moches, les gentils, les méchants, tout le monde a son blog.

Je peux donc enfin m’y mettre.