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Misère de la super-héroïne au cinéma

mai 16th, 2012 Posted in archétype, Bande dessinée, Les traîtres

Je suis allé voir The Avengers, de Joss Whedon, et je dois dire que je n’ai pas boudé mon plaisir. Enfant, les Vengeurs n’étaient pourtant pas mon équipe de super-héros Marvel favorite1. En revanche, ce que j’ai toujours aimé chez eux, c’était les personnages forts qui composaient l’équipe, dont certains étaient titulaires d’une série individuelle à succès avant de se regrouper (Iron Man, Thor, Hulk, Captain America) et dont d’autres étaient très marquants, comme le Fauve (venu des X-men), Œil-de-Faucon, la sorcière rouge, la Panthère noire, Hercule, la Veuve noire, Gilgamesh, Miss Hulk, Dragon-Lune, Circé,… En fait, cette équipe a constamment vu sa composition changer, accueillant des dizaines de héros Marvel, notamment ceux dont les comic-books se vendaient mal et qui se refaisaient une santé au sein de la prestigieuse équipée, et a même ouvert deux succursales, les « Vengeurs de la côte Ouest » et les « Vengeurs des Grands lacs », et a eu une équipe quasiment jumelle, « les Champions de Los Angeles ».
Parmi les membres fondateurs du groupe se trouvent deux personnages pour l’instant absents des adaptations cinématographiques : Henry Pym « l’homme fourmi » et son épouse Janet Van Dyne, dite « La guêpe », deux héros capables de changer de taille.
Une chose attachante avec les Vengeurs était, je pense, la grande disproportion entre les talents des différents personnages : un dieu nordique, un demi-dieu grec et un dieu sumérien, un colosse colérique capable de détruire un immeuble, un super-soldat, une espionne agile, un milliardaire sans pouvoir particulier mais aidé de son exo-squelette, un géant, une femme microscopique,… Tous ces héros collaborent ensemble mais aussi, se taquinent et parfois même s’affrontent, dans une infinité de combinaisons qui ressemble au jeu Pierre-Papier-Ciseaux puisque chacun est capable de se défendre contre un de ses collègues : la veuve noire peut échapper à la brutalité aveugle de Hulk, Hulk fait peur à Thor, et Thor est bien plus fort que la Veuve Noire, etc.

Quelques couvertures du comic-book Avengers

Je savais que j’aimerais ce film, puisqu’il est de Joss Whedon, auteur qui ne m’a jamais déçu et qui a toujours su exploiter, dans ses propres créations (Buffy, Angel, Firefly, Dr Horrible), ce qu’il y avait de véritablement intéressant dans les comic-books de super-héros. Chaque protagoniste du film est traité avec pertinence, il n’y a personne d’inutile ou de dispensable, et même un héros parfois faiblard comme Œil-de-Faucon (Hawkeye) trouve ici toute sa place. Les rapports entre les personnages sont construits par les scènes d’action, ce qui est exactement la bonne voie à emprunter pour ce genre de film. Le nouveau Bruce Banner (Hulk) m’a bien plu, et l’acteur qui interprète le trickster Loki est parfait. Je ne m’étalerais pas sur le sujet, Avengers n’a aucun besoin de moi pour trouver un public, puisqu’il bat déjà des records en termes de nombre d’entrées.

Depuis la sortie du film est apparue une question intéressante : celle des super-héroïnes, dont la quasi-absence au cinéma est un vrai problème.

Un extrait d’une planche de Daredevil, par Gene Colan, avec Black Widow.

La séduisante Veuve noire/Black Widow était déjà apparue au cinéma sous les traits de Scarlett Johansson dans Iron Man 2, dont j’avais d’ailleurs parlé sur le présent blog. Comme je le disais à l’époque, ce personnage a compté dans ma vie, et c’est même sans doute la première femme dont j’aie été amoureux, avec (mais je ne sais plus laquelle est venue en premier), Catwoman dans Batman. Je lisais ses aventures dans les séries Daredevil et Spiderman, plus que dans Les Vengeurs, équipe dont elle n’est d’ailleurs pas un membre historique.
Dans Iron Man 2, la Veuve Noire ne fait qu’une apparition fugace, mais son potentiel pour une éventuelle suite n’était pas difficile à deviner. Le réalisateur, John Favreau, solide gaillard qui interprétait l’entraîneur sportif de Tony Stark/Iron Man dans son film, prenait un plaisir pervers à se faire démolir le portrait par la fluette Scarlett Johansson, qui mesure une tête de moins que lui et pèse sans doute moins que la moitié de son poids. Dans The Avengers, Black Widow a les honneurs de la scène d’ouverture du film : on la voit ligotée sur une chaise, vêtue d’une petite robe, totalement à la merci de mafieux à l’accent slave qui savent qu’elle est une espionne et qui s’apprêtent à la torturer avant de la tuer. Bien sûr, dès la première image, on se doute que ce n’est pas exactement comme ça que les choses vont se passer. Je ne raconte pas la suite, mais la scène est, une fois de plus, assez jouissive.

Dans la foulée de Avengers, Scarlett Johansson a fait savoir qu’elle n’aurait pas détesté que Black Widow ait son film à elle. Ce vœu pourrait sembler une évidence, du fait de la richesse du personnage (qui a souvent joué le mauvais rôle, a été une espionne pour le KGB et a vécu plusieurs amours complexes — elle est d’ailleurs effectivement veuve), mais les studios renâclent, traumatisés par de mauvaises expériences passées : les films dédiés à une super-héroïne n’attirent pas le public, affirment-ils. Il faut dire que ces films de super-héros ont des budgets pharaoniques (220 millions de dollars pour Avengers) et que de tels investissements ne peuvent être faits de manière hasardeuse.

Si l’on regarde attentivement les films consacrés à des super-héroïnes, on s’aperçoit que leur insuccès auprès du public est dû à leur médiocrité, bien plus qu’au sexe de leur personnage principal. Supergirl (1984) était ridicule, Sheena (1984) était racoleur et sans scénario convaincant, Red Sonja (1985) n’avait pour autre ambition que d’être un sous Conan le barbare à forte poitrine2, Catwoman (2004) était terriblement plat, et Elektra (2005) réussissait l’exploit de gâcher définitivement un des personnages les plus forts de l’univers Marvel.

Enfin, même s’ils ont été rentables, les deux films consacrés à Lara Croft — que l’on peut ranger dans les super-héroïnes —, étaient terriblement médiocres malgré les qualités du personnage et malgré la personnalité de l’actrice qui l’interprétait, Angelina Jolie. Lara Croft est un personnage à part, bien entendu, puisqu’elle est à l’origine une héroïne de jeu vidéo et non un personnage de comic-book. Et une héroïne sans véritable histoire, que le joueur connait pour l’avoir aidé à courir sans cesse dans des couloirs sombres ou répéter cent fois des gestes très techniques pour monter sur une statue, neutraliser un piège ou échapper à des tigres. Lara Croft, en jeu vidéo, n’est pas le protagoniste d’un récit que l’on découvre passivement, mais un être avec lequel on partage patience et solitude, dont la psychologie ne passe pas par des dialogues ou une trame, mais par les gestes. On peut projeter beaucoup de choses dans un personnage tel que Lara Croft, les scénaristes avaient donc une grande marge de manœuvre, et il est donc très intéressant de voir à quoi ils ont employé leur liberté. Dans les films, Lara Croft est toujours une jeune femme richissime, sportive de haut niveau et un peu suicidaire qui part en quête d’artéfacts archéologiques rares, mais le premier épisode insiste sur sa relation à son père, et le second, sur une histoire d’amour cousue de fil blanc. Au cinéma, apparemment, Lara Croft ne saurait exister sans un homme pour lui donner une raison d’être. La côte d’Adam, quoi3.

Supergirl (Jeannot Szwarc, 1984), portée au cinéma pour récupérer, avec un budget plus modeste, un peu du succès de la série Superman. Si Supergirl avait rencontré le public, on peut supposer que les producteurs auraient osé consacrer un long-métrage à Krypto, le chien extra-terrestre de Superman.

Ce n’est pas le seul cas. Sur l’affiche de Red Sonja, par exemple, l’héroïne est montrée en bien plus petit qu’Arnold Schwartzenegger, qui n’est pourtant pas le personnage principal du film. Supergirl, à peine arrivée sur Terre, tombe amoureuse d’un bellâtre qu’elle devra sauver d’une sorcière bouffonne. Du film Elektra, je garde le souvenir d’une déchéance comparable : la tueuse à gages impitoyable devient une midinette geignarde. Dans la série Super Jaimie (1976), la femme bionique avait des ennemis au rabais et, nous expliquait-on de manière peu élégante, coûtait moins cher au gouvernement que son ami L’homme qui valait trois milliards. Le remake de 2008, Bionic Woman, aurait pu fonctionner, mais il est lui aussi assez navrant, principalement car il est très marqué par l’idéologie bushiste.

Jean Grey, des X-Men, finit par devenir Dark Phoenix, un personnage que l’on ne peut pas vraiment qualifier de positif (et qui a inspiré la Willow de la saison 6 de Buffy), que l’étendue de ses pouvoirs fait sortir du genre humain. Dans les comic-books scénarisés par Chris Claremont et dessinés par John Byrne à la fin des années 1970, le destin du Dark Phoenix constituait une tragédie marquante pour ses lecteurs, mais son utilisation dans «X-Men, l’affrontement final» manque beaucoup de relief.

Dans ses adaptations de récits super-héroïques, le cinéma se montre presque invariablement rétrograde, sinon réactionnaire, vis à vis du statut de la femme, et des histoires de couple en général. Dans Spider-man (2002) de Sam Raimi, par exemple, les amours de Peter Parker sont simplifiées au dernier stade : seule Mary Jane Watson compte pour lui alors que dans l’époque du comic-book qui est reprise au cinéma, le jeune homme papillonne et hésite entre Betty Brant, Gwen Stacy et Mary Jane Watson (qu’il épousera finalement), et cela fait même partie des péripéties importantes de la série. Il n’y a pas que dans les films de super-héros qu’on observe un rapport au couple particulièrement fleur-bleue : dans de nombreux films hollywoodiens, l’amour qui naît au premier échange de regards est aussi le seul qui vaille, et le scénario se résume souvent à savoir comment cet amour se concrétisera.
Les personnages féminins les plus puissants dans leur version comic-book sont souvent les plus maltraités, je suis assez frappé de la fadeur de Tornade, de Rogue ou de Strange-Girl/Phoenix dans X-Men, par exemple, malgré les excellentes actrices qui les interprètent. Les super-méchantes sont peut-être mieux traitées : Catwoman dans le second Batman de Tim Burton, Mystique ou Emma Frost dans les X-Men. Semble-t-il impossible aux scénaristes de créer un personnage féminin à la fois positif et puissant ?

«Les femmes nues n’ont jamais fait de mal à personne», a écrit Louis Scutenaire. Au cinéma ou dans des séries télévisées, il n’est pas rare de voir des personnages de femmes qui se révèlent mortelles précisément dans leur nudité (dépouillées de tout artifice social ?), et qui prennent leur énergie vitale aux hommes (hum…) au cours d’étreintes enflammées. Ci-dessus, Mathilday May dans ‘Lifeforce’ et Natasha Henstridge dans ‘La mutante’.

Dans Babylon A.D., de Mathieu Kassovitz, le personnage d’Aurora, qui personnifie la pureté (bien qu’enceinte de jumeaux, elle est vierge, a vécu toute sa vie dans un couvent, et la mission du héros du film, Toorop, est de la transporter en lui cachant la corruption du monde), était censée se battre à la fin du récit, mais les financiers et les assureurs du film, qui voyaient la production de plus en plus mal engagée, ont eu des doutes au sujet de cette scène, comme le raconte Mélanie Thierry, l’actrice, dans le documentaire Fucking Kassovitz. Que le doute sur le film entier se traduise par l’idée que la jeune fille pure ne doit surtout pas se battre me semble révélateur.
Dans Les Quatre Fantastiques (2005), le traitement du personnage féminin, Susan Storm, est assez conforme à ce qu’elle était quarante ans plus tôt à sa création : une femme à la personnalité si fade que son super-pouvoir est l’invisibilité et la capacité à créer des champs de force4. Susan Storm se définit avant tout comme épouse du génial savant Red Richards, et comme objet de concupiscence de la part de l’ombrageux prince Namor. On ne peut pas accuser les auteurs du film d’avoir trahi le personnage historique, mais on peut leur reprocher de ne pas l’avoir mis à jour. On notera que, dans le comic-book d’origine, Sue Storm finit par devenir un personnage plus fort en devenant mère, résolue à protéger coûte que coûte son enfant contre les menaces cosmiques qui frappent régulièrement la famille Richards.

Susan Storm (Jessica Alba) dans «Les Quatre Fantastiques».

Le traitement très plat de Susan Storm dans les deux films récents est d’autant plus navrant que l’actrice qui l’interprète, Jessica Alba, avait donné toute sa mesure comme super-héroïne dans l’excellente série Dark Angel (2000). C’est d’ailleurs peut-être dans les séries que les super-héroïnes féminines fonctionnent le mieux. L’Emma Peel de la série Chapeau melon et bottes de cuir (un autre « Avengers »), reste une référence du domaine depuis presque cinquante ans. Malgré le jeu inutilement affecté de Jennifer Gardner, le personnage de Sydney Bristow, dans la série Alias, n’était pas sans intérêt. On doit évidemment parler de Buffy (par Joss Whedon, le réalisateur d’Avengers, donc), bien entendu, et des personnages féminins qui traversent la série (outre Buffy Summers : Drusila, Faith, Glory, Willow, Anja ou encore Tara), mais aussi de la série Firefly, du même auteur, avec les personnages de  Zoé, Inna, Kaylee, et surtout River Tam, qui possède des pouvoirs extra-ordinaires. Je ne peux pas parler de sa série Dollhouse, que je n’ai pas vue. Le personnage de Buffy Summers est particulièrement intéressant puisqu’il retourne un cliché : Buffy est une belle blonde fluette, pom-pom girl dont l’existence futile de « Prom Queen » est bouleversée le jour où on lui annonce qu’elle a été choisie par le destin pour combattre les vampires et les démons, responsabilité qu’elle est bien forcée d’accepter.

Quelques images extraites de Buffy contre les vampires : en haut à gauche, la timide Willow, devenue une sorcière dangereuse après le meurtre de sa compagne Tara. À côté, Buffy Summers. En bas à gauche, Faith, la Nemesis de Buffy, et à gauche, la terrifiante Glory, une divinité coincée sur Terre dans une enveloppe charnelle avenante.

En 2005, Joss Whedon s’est fait confier la réalisation d’un film consacré à la plus ancienne des super-héroïnes, ou presque5, Wonder Woman. En 1975, Wonder Woman avait eu droit à une série un peu niaise mais au fond attachante (elle l’est du moins pour moi, mais n’osant confronter mes souvenirs à la réalité, je n’ai pas revu la série Wonder Woman depuis cette époque).

Ce personnage est très important dans l’histoire de la bande dessinée : son auteur, William Moulton Marston était un psychologue réputé, inventeur d’un test de pression sanguine aujourd’hui encore utilisé pour les détecteurs de mensonge6, et un féministe militant qui a créé Wonder Woman dans un but très précis : offrir aux petites filles une héroïne en costume à laquelle s’identifier. Dans la série de comics à grand succès de l’époque, Superman, le principal personnage féminin, Loïs Lane, n’existait que pour être sauvée des situations les plus invraisemblables par le preux kryptonien Kal-el. Dans Wonder Woman, la « demoiselle en détresse » est un homme, Steve Trevor, régulièrement ligoté ou évanoui, un peu comme l’adolescent Robin dans Batman, tandis que la princesse amazone possède une force incroyable et est assimilable à une divinité. Le succès de Wonder Woman a été important puisque c’est un des rares personnages à avoir été publié de manière continue au cours des années 1950, alors que les autres super-héros, hors Batman et Superman, désertaient les kiosques et n’y sont revenus qu’au début des années 1960.

Quelques cases extraites de Wonder Woman. On voit notamment l’héroïne expliquer que le mariage force les femmes à se faire passer pour faibles. Au cours de la campagne anti-comics du milieu des années 1950, Wonder Woman a été une des principales cibles du psychiatre Fredric Wertham, qui voyait en elle une lesbienne fétichiste hostile aux hommes.

Les scénarios fournis par Joss Whedon pour le long-métrage Wonder Woman n’ont finalement jamais convaincu les producteurs et le projet de film a été abandonné. Difficile de dire ce qui a déplu dans ses propositions — on serait curieux de les connaître —, mais il se pourrait bien que ce soit son intérêt pour les personnages féminins forts et indépendants qui n’ait pas convenu aux attentes. À la même époque, je remarque un remake assez réactionnaire, celui des Femmes de Stepford, terrible fable féministe en 1975, devenu un pamphlet contre le travail des femmes en 2004, et une comédie, Ma Super Ex, où G-Girl (Uma Thurman), sorte de Wonder Woman, devient terriblement dangereuse pour son petit ami Matt (Luke Wilson), qui a eu le tort de vouloir la quitter.
Il faut enfin noter que les costumes des super-héroïnes semblent parfois bien peu pratiques pour les activités physiques qu’elles ont à mener, et si cela peut très bien passer sous forme de dessins, cela peut s’avérer ridicule une fois photographié : décolletés pigeonnants, bikinis qui ne permettent pas de sortir l’hiver, sans oublier l’encombrante poitrine de Lara Croft.

Samantha Caine (Geena Davis), est une mère modèle amnésique, qui, après avoir accidentellement tué un petit cerf, retrouve ses réflexes de tueuse impitoyable et qui doit s’en servir pour se défendre contre les ennemis de la femme qu’elle a été, Charly Baltimore. Le même principe a été réutilisé des années plus tard dans la série Jason Bourne. Geena Davis a aussi été une ‘tough girl’ dans ‘L’île aux pirates’ et ‘Thelma et Louise’.

Finalement, le problème des super-héroïnes au cinéma, c’est surtout que les films qu’on leur a dédiés étaient mauvais, mal écrits, et sans doute profondément phallocrates, ou en tout cas n’osant pas traiter les héroïnes comme des personnages puissants et indépendants. Je pense que c’est la raison du manque de succès de ces films, car le public n’a rien contre les « kick-ass girls », comme le prouvent les succès de personnages comme Ripley, dans Alien ; Sarah Connor, dans Terminator ; Charly dans Long Kiss Goodnight ; Yu Jiao Long et Shu Lien dans Tigres et Dragons ; Dizzy et Carmen dans Starship Troopers ; San dans Princesse Mononoke ; Kusanagi dans Ghost in the shell ; Jinx, Elektra King, May Day et bien d’autres « James Bond Girls » ; Starbuck dans Battlestar Gallactica ; Trinity dans Matrix ; Black Mamba, Elle Driver, Gogo Yubari et Vernita Green dans Kill Bill ; Pris dans Blade Runner ; etc.

Yu Jiao Long (Zhang Ziyi) et Shu Lien (Michelle Yeoh) dans le «Tigres et Dragons» d’Ang Lee (2000), s’affrontent pour des raisons qui leur sont extérieures et qui vont mener leurs (belles) histoires d’amour respectives vers la tragédie. Un exemple rare de film d’action sentimental réussi.

La dissonance entre les qualités que l’on associe traditionnellement aux femmes (fragilité, douceur, charme, passivité, gentillesse,…) et les qualités réputées viriles (puissance physique, agressivité, volonté, autorité, méchanceté,…) rend naturellement passionnant le principe de la super-héroïne.
En me fiant aux exemples de Hit-Girl dans Kick Ass et de Alia dans Dune, je remarque aussi que la petite fille dangereuse, la petite fille meurtrière, peut être une figure particulièrement intéressante.

Alors si j’étais décideur dans un studio hollywoodien, je dirais qu’il faut absolument et évidemment donner son film à Black Widow, et tant qu’à faire, en confier le scénario ou même la réalisation à quelqu’un comme Joss Whedon, que les personnages féminins forts n’effraient pas.
Mais bon, je suis certain qu’aucune personne concernée ne lira cet article.

(Lire ailleurs : Marché et conservatisme au pays des super-héros par Denis Colombi. The Avengers – Hulk, Buffy et la parité des monstres par Marguerin)

  1. Aux Vengeurs, j’ai infiniment préféré les Quatre Fantastiques, période Kirby, les X-Men de Chris Claremont, les nouveaux mutants, notamment dessinés par Bill Sienkiewicz, ou des équipes plus exotiques comme les canadiens de la Division Alpha, les britanniques d’Excalibur, ou encore les tragiques Morlocks, qui se terrent dans les égouts de Manhattan []
  2. L’actrice qui interprète Red Sonja, Brigitte Nielsen, a participé à la préparation d’un film intitulé Miss Hulk au début des années 1990, mais ce film n’a finalement pas existé. []
  3. Rappelons que dans des récites alternatifs au récit de la Genèse qui se trouve dans l’actuel canon biblique, il est fait allusion à une autre première femme que la naïve Eve, une dénommée Lilith, véritable première femme, créée en même temps qu’Adam et dont elle est égale en droits et sans doute supérieure en intelligence, qui finit par être chassée du jardin d’Eden pour son refus d’avoir des enfants, parce que son goût pour la sexualité rend Adam soupçonneux et jaloux et parce qu’elle refuse de faire l’amour sous son compagnon. []
  4. Entre Sue Storm (1961), Strange Girl (1963), Mary Poppins (1964) et Ma sorcière bien-aimée (1964), je note une nette tendance aux personnages féminins dont les pouvoirs se manifestent de manière modeste : tout ce qu’elle font semble se faire (ou se fait effectivement) par magie et leur plus évident talent est de savoir disparaître ou se montrer discrète. Ce qui nous ramène à un film plus récent, La femme invisible (2009), d’Agathe Teyssier, avec Julie Depardieu, qui traite assez magistralement de la question de l’affirmation de soi chez les femmes. []
  5. Avant Wonder Woman, née en 1942, notons, en 1940 la très étrange Fantomah de Fletcher Hanks, suivie par l’Invisible Scarlet O’Neil, la diabolique Black Widow (par Timely, l’éditeur qui deviendra Marvel), Red Tornado, Phantom Lady, Miss Victory, Catwoman (dans Batman) ou encore Black Cat. []
  6. Certains y ont vu un rapport avec le lasso de Wonder Woman, qui force ceux qu’elle a capturé à dire la vérité. Il y a bien un rapport entre l’héroïne et le détecteur de mensonges, car William Moulton Marston a conclu de l’usage de son invention que les femmes étaient meilleures que les hommes, plus honnêtes et plus fiables dans le travail, et c’est ce qui l’a motivé à créer une héroïne. Il avait une vie privée assez particulière puisqu’il vivait dans un parfait accord avec son épouse et avec une ancienne étudiante devenue sa collaboratrice. Après sa mort en 1947, les deux femmes ont continué à vivre sous le même toit et à élever ensemble leurs quatre enfants — deux chacune. []
  1. 44 Responses to “Misère de la super-héroïne au cinéma”

  2. By Pier-Alexis Vial on Mai 16, 2012

    Pour compl

  3. By Jean-no on Mai 16, 2012

    @Pier-Alexis : j’avais oubli

  4. By sf on Mai 16, 2012

    Je n’avais pas fait le rapprochement entre Dark Ph

  5. By Jean-no on Mai 16, 2012

    En VO il y a carr

  6. By Stanislas Gros on Mai 16, 2012

    Il me semble que derri

  7. By Jean-no on Mai 16, 2012

    @Stanislas : Tu penses

  8. By Vainzou on Mai 16, 2012

    Un ami fan de comics pr

  9. By Wood on Mai 16, 2012

    Quelques liens et r

  10. By Wood on Mai 16, 2012

    D’autres trucs en vrac :
    – Ca vaut la peine de citer la partenaire de Wonder Woman dans les premiers comics : Etta Candy, une femme qui se fiche bien d’

  11. By nautilebleu on Mai 17, 2012

    Ahhh Excalibur d’Alan Davis, mon comic pr

  12. By Jean-no on Mai 17, 2012

    @nautilebleu : tr

  13. By Florence on Mai 17, 2012

    Super Girl est le premier film devant lequel je me suis endormie. Depuis, je m’endors pendant tous les films !

  14. By Jean-no on Mai 17, 2012

    C’est marrant de se souvenir du premier film devant lequel on s’est endormi. Ce n’est pas le dernier, en tout cas, comme tu dis.

  15. By St on Mai 17, 2012

    Au passage, je n’irai pas jusqu’

  16. By St on Mai 17, 2012

    PS : on peut voir les couvertures magnifiques que tu as montr

  17. By Jean-no on Mai 17, 2012

    @St

  18. By EmmanuelG on Mai 17, 2012

    Un chouette billet comme souvent :)

    Parmi tout

  19. By Sous la poussi on Mai 17, 2012

    The Avengers est le premier des films Marvel m’ayant donn

  20. By audrey gourd on Mai 18, 2012

    Au moins dans la s

  21. By Naryende on Mai 19, 2012

    Sur ce tumblr http://eschergirls.tumblr.com/
    sont r

  22. By Jean-no on Mai 19, 2012

    @Naryende : j’ai lu quelque part qu’Angelina Jolie avait trouv

  23. By Wood on Mai 19, 2012

    Tout est une question de v

  24. By Wood on Mai 20, 2012

    Et ben c’est pas gagn

  25. By antoine bablin on Mai 21, 2012

    Incroyable ! tu as zapp

  26. By Jean-no on Mai 21, 2012

    @Antoine : ce sont deux h

  27. By Olivier on Mai 22, 2012

    Je me dois de r

  28. By Jean-no on Mai 22, 2012

    @Olivier : cette histoire d’identification est une tarte-

  29. By Olivier on Mai 22, 2012

    (c’est d’ailleurs probablement la diff

  30. By sylasp on Mai 22, 2012

    @Olivier : vous accordez peu de cr

  31. By Prose on Mai 22, 2012

    @sylasp Attention

  32. By sylasp on Mai 22, 2012

    @Prose j’ai utilis

  33. By Olivier on Mai 23, 2012

    Jean No
    On s’est mal compris. Quand je parle d’identification, c’est ce que vous appelez projection.
    Maintenant oui, on peut se projeter dans des personnes plus

  34. By Jean-no on Mai 23, 2012

    @Olivier : vous me dites l’id

  35. By Wood on Mai 27, 2012

    @Jean-no : je pense qu’olivier faisait allusion

  36. By Jean-no on Mai 27, 2012

    @Wood : Effectivement.

  37. By Wood on Mai 27, 2012

    Un peu hors-sujet, mais

  38. By Satyneh on Juin 1, 2012

    Haaaaaaaaaaaaaaaa !!! Quel plaisir de retourner par ici (j’y cherchais un truc que j’ai pas trouv

  39. By triton on Juin 6, 2012

    http://twitpic.com/9i8dcn

    un bon d

  40. By Jean-no on Juin 6, 2012

    @Triton : dr

  41. By Jyrille on Août 6, 2012

    Superbe billet ! Je suis en tout points d’accord et milite

  42. By Jean-no on Août 6, 2012

    @Jyrille : je suis tr

  43. By Jyrille on Août 6, 2012

    Serais-tu ironique avec ce « beaux » …? De toute fa

  44. By Jean-no on Août 6, 2012

    @Jyrille : non non, pas ironique, j’ai lu plusieurs articles qui semblent faire un peu le point sur les questions id

  45. By Jyrille on Août 6, 2012

    Ah oui d’accord, c’est vrai que j’ai lu de tr

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