
Marjorie est née en 1991. Elle est originaire de Haguenau en Alsace. Elle a passé son enfance dans les Vosges du Nord. Son père travaille chez le fabricant de procédés industriels (chimie, pharmacie) De Dietrich, longtemps comme dessinateur industriel. Il lui arrive de dire que, dans une autre vie, il se serait bien vu architecte.
« — Déjà un petit rapport avec le dessin, alors ?
— Le dessin industriel, c’est très précis et exigeant. Aller vers l’art était plus simple ».
J’ai du mal à voir Marjorie autrement que précise et exigeante, pour ma part, et je note qu’elle a toujours été attirée par la technique.
De sa mère, elle tire un goût pour le travail manuel et la réparation, qu’elle pratique beaucoup au sein de son hackerspace. Pour l’anecdote, je me souviens très bien des parents de Marjorie, qui étaient venus très silencieusement la soutenir depuis la préparation de sa salle de diplôme jusqu’à l’annonce des résultats par le jury.
Marjorie a eu sa première console (Super Nintendo) à cinq ans et elle remplissait ses cahiers de dessins inspirés des jeux vidéo — une manière pour elle de se distraire des paysages ruraux qui l’ont vue grandir. Son intérêt pour le dessin l’a guidée vers l’option arts plastiques au lycée, puis en Mise à niveau Arts Appliqués au Lycée Le Corbusier d’Illkirch-Graffenstaden. Elle a ensuite passé deux ans en BTS de communication visuelle au Lycée de l’image et du son à Angoulême. Enfin, elle a postulé dans un certain nombre d’écoles d’art en France (ce qui lui a coûté cher puisqu’il faut chaque fois aller sur place présenter son travail) et s’est retrouvée, un beau jour de mai 2012, face à une commission d’équivalence pour entrer en deuxième année Design et Interactivité à l’école d’Art du Havre. J’y étais et je me souviens bien que deux étudiantes m’avaient semblé particulièrement vives et intéressantes, Camille Trimardeau et Marjorie Ober, qui partageaient un double intérêt pour le graphisme et pour les possibilités offertes par le numérique. J’avais peur que ces deux étudiantes idéales (qui se sont immédiatement entendues et ont plus tard fondé et animé un temps le collectif évolutif Plus Plus Égal) ne soient attirées par d’autres écoles, d’autres villes, mais non, elles sont restées chez nous, quatre ans. Malgré le vent et l’humidité — on est loin du climat continental du Grand Est —, Marjorie a apprécié Le Havre : une école pas trop snob, des gens plutôt faciles d’accès, une bonne promotion. Elle fait beaucoup la bamboche (ses mots), mais je me souviens pour ma part surtout d’une étudiante qui m’amenait chaque semaine, à la première heure, une foule d’idées et de défis.
En 2014, elle soutient son Diplôme National d’Arts Plastiques (équivalent à une licence) et en 2016, son Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique (équivalent à un Master), chaque fois avec les félicitations.
Marjorie se souvient d’une dernière année d’études un peu sous pression, où elle se reprochait tout ce qu’elle aurait pu faire de plus, de mieux. Une perfectionniste, clairement. ¨Pour autant, elle ne regrette pas ce temps passé en école d’art et l’opportunité qui lui a été donnée d’expérimenter, de produire, de se chercher : « tout le monde devrait avoir cette chance ».
Dans la foulée immédiate du diplôme, Marjorie a eu l’occasion de montrer son travail, avec l’exposition des diplômés, une exposition à la galerie Duchamp à Yvetot et une exposition personnelle à La Consigne (de la gare du Havre), dans le cadre du festival Une Saison graphique. Marjorie est retournée dans son Alsace natale et s’est installée à Strasbourg, où elle réside depuis. Le monde de la création plastique est centré sur l’individu et sur la forme, alors en réaction peut-être, Marjorie apprécie de se mettre au service de projets collectifs ou de mettre en valeur le travail de quelqu’un d’autre. Elle exerce une activité professionnelle hybride : designer graphique, mais aussi développeuse web. Elle est aussi très engagée dans le monde associatif local (technoféminisme, logiciel libre, accessibilité, autonomie, lien social), dispense des formations et profite de son expérience et de sa connaissance du dialecte pour assister des personnes en difficulté avec le numériques (âgées, handicapées, précaires, etc..). Elle tient méthodiquement la liste de tout ce qu’elle fait, et pense à se remettre à œuvrer un peu pour elle-même, notamment en revenant à l’écriture, sur son blog, laissé en jachère depuis cinq ans. Mais avant de se l’autoriser, elle veut que son site soit le plus accessible possible, ce qui réclamera un peu de temps de développement informatique, entre deux projets extérieurs.
En ce moment, Marjorie soigne son corps : dans nos métiers il arrive vite qu’on se retrouve avachi devant un écran, et après une épicondylite (« tennis elbow ») qui l’a amenée à revoir la configuration de son bureau, elle pratique assidûment la hoop dance (ou danse au cerceau), une discipline à la croisée de la dance, de la gymnastique et du jonglage.
Son site personnel : https://marjorieober.com
Le hackerspace dont elle est membre : https://hackstub.eu/






