Profitez-en, après celui là c'est fini

Evilspeak (1981)

avril 5th, 2014 Posted in Ordinateur au cinéma

Stanley Coopersmith (Clint Howard, le frère de l’acteur et réalisateur Ron Howard), orphelin replet et réputé un peu plus intelligent que la moyenne, est le souffre douleur de ses camarades de l’académie militaire qui veulent à tout prix l’empêcher de faire partie de leur équipe de « soccer » (de football tel que nous l’entendons ici).
Alors voilà, Stanley décide finalement de se venger, d’autant qu’il a trouvé le livre du moine diabolique Esteban, qui vénérait Satan en Californie quelques siècles plus tôt et qui avait promis de revenir un jour. C’est évidemment à l’endroit même où le religieux hérétique pratiquait des sacrifices humains que l’école militaire a été construite. Stanley est tombé sur le livre démoniaque alors qu’il était de corvée de nettoyage dans les sous-sols de l’établissement.

Stanley effectue des rituels et dit des incantations, et le film se termine dans un bain de sang général : flottant dans les airs, possédé par Esteban, le jeune homme décapite ses camarades, l’entraîneur de l’équipe de football, ou encore le Colonel qui dirige l’école. Avant cela, étaient déjà morts un concierge, qui s’apprêtait à violer Stanley dans la cave, et une secrétaire, qui avait volé son livre au jeune apprenti-sorcier. Le concierge avait vu sa colonne vertébrale tordue jusqu’à rompre, et la secrétaire s’était fait déchiqueter dans sa baignoire par des porcs en furie.

Autant le dire tout de suite, Evilspeak (Messe-noire, en français), n’est pas vraiment un chef d’œuvre et constitue un pendant masculin faiblard au Carrie de Brian de Palma et Stephen King. Le réalisateur, Eric Weston, dont Evilspeak est le premier film, ne s’est pas fait beaucoup remarquer par la suite. En revanche, le producteur, Sylvio Tabet a eu une carrière très étrange où l’en rencontre pèle-mêle David Hamilton (Bilitis), Nicole de Buron (Vas-y maman), Jean Yanne (Liberté, égalité, choucroute), Alexandro Jodorowsky (Tusk), Pierre Granier-Deferre (Le Toubib), Georges Lautner (La vie dissolue de Gérard Floque), Francis Ford Coppola (Cotton Club) ou David Cronenberg (Faux-semblants).

Un détail mérite notre attention : l’emploi de l’ordinateur. En effet, le réalisateur, convaincu que l’informatique personnelle allait allait être amenée à occuper une place croissante dans la société (c’est en tout cas ce qu’il dit à présent), a modifié le scénario d’origine pour y donner une place centrale à un ordinateur Apple II possédé par le diable. Dans le scénario, Stanley est censé être doué avec les ordinateurs, et il se sert de sa machine pour traduire les textes en latin d’Esteban. Très vite, l’ordinateur se met à afficher des animations de pentacles en rotation, qui font d’ailleurs de ce film un des tout premiers à montrer des images de ce genre — Mais certainement pas le premier : Andromeda Strain, qui montrait des images animées de John Whitney, est sorti dix ans plus tôt ; le court-métrage Hunger, par Peter Foldes, pour l’office national du film canadien, date de 1974 ; quant à la première animation informatique à avoir été vue par un large public, il s’agit de la visite virtuelle de l’Étoile noire dans Star Wars (1977).
On note que lorsque le démon broie la colonne vertébrale du concierge, l’écran de l’ordinateur affiche une simulation symbolique de cette action sous forme d’une série de pentacles empilés qui se tordent.

Le cartel de fin est écrit avec la typographie Amelia, crée en 1964 par Stanley Davis. Ses empâtements en gouttes rappellent les typograpgies MICR, longtemps associées à l’informatique car elles étaient faites pour être lues par des machines, non pas pour leur aspect visuel, mais parce que les épaisseurs permettaient d’insérer des pistes magnétiques.

L’idée de la machine « hantée » est un grand classique. Il y a notamment les véhicules hantés : My mother the car (1963), The Twilight Zone: You Drive (1965), The Car (1977), Christine (1983), etc., mais aussi les radios hantées (Creepshow 3), les téléviseurs hantés (Les griffes de la Nuit 3, 1987), etc.
Ce qui est peut-être neuf, ici, c’est de lier l’élève complexé et l’informatique personnelle, puis l’informatique personnelle à une forme nouvelle de pouvoir, magique ou non, un outil qui donne une seconde chance à ceux qui ne sont pas capitaines de l’équipe de foot du lycée… On retrouvera maintes fois cette forme de revanche dans les années qui suivent : Wargames et Whiz Kids en 1983, Revenge of the nerds en 1984, Weird Science en 1985,… C’est le mythe du Whiz Kid : la jeune personne qui, grâce à l’informatique, chamboule les hiérarchies et prend l’ascendant sur ses aînés. Cette mythologie ne s’appuie pas que sur la fiction, que l’on pense aux premiers hackers adolescents, ou à Bill Gates et Steve Jobs face à IBM.

L’idée des appareils hantés par un démon a connu plusieurs occurrences depuis Evilspeak, et je pense à une en particulier : le huitième épisode de la série Buffy the Vampire Slayer, intitulé I Robot, you Jane (1997), où le fait de numériser un livre d’incantations démoniaques « incarne » informatiquement le démon Moloch, qui se met à manipuler des lycéens sur des salons de discussion virtuelle… Un point amusant : dans Evilspeak, le jeune Stanley finit interné dans l’asile de Sunnydale, qui se trouve être le nom de la ville fictive où se tient l’action de la série Buffy.

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