Treize œuvres

Œuvres : 13 tableaux (Roberto Matta, Wilfredo Lam, Pierre Alechinsky, Eduardo Arroyo, Erró, Jacques Lebel, Valerio Adami, Silvio Pasotti, Mimmo Rotella, Bepi Romagnoni, Antonio Recalcati, Renato Volpini, Gianfranco Pardi).
Date : 7 décembre 1964
Lieu : Place de la contrescarpe, à Paris
Action : incendie volontaire de peintures préalablement photographiées
Perpétrateur : Ivanhoe Trivulzio, marchand d’art milanais
Motivation : L’auteur des destructions entendait poser la question de l’aura des œuvres et de la place de la peinture à l’ère de la reproduction mécanique.
Suites : Cet événement, baptisé Festoman, n’a pas vraiment convaincu les spécialistes de l’art conceptuel ou du happening car il est systématiquement oublié des Histoires de l’art.

La petite sirène

Œuvre : La petite sirène, par Edvard Eriksen
Lieu : Port de Copenhague
Date : 24 avril 1964
Action : tête sciée et dérobée
Perpétrateurs : Jørgen Nash (petit frère d’ Asger Jorn) et d’autres artistes liés à l’internationale situationniste
Motivations : Protester contre la société de consommation
Autres destructions : outre les barbouillages, les slogans (Free Hong Kong en 2020), ajouts de vêtements (burqa, hijab), d’accessoires (godemichet), réguliers dont la statue fait l’objet depuis soixante ans, on retiendra :
– 22 juillet 1984, bras droit enlevé, et rendu deux jours plus tard
– 1990, tentative de décapitation, lui laissant une entaille de 18cm
– 6 janvier 1998. Décapitation par des anonymes, qui ont finalement rendu la tête.
– 11 septembre 2003, la statue est dynamitée pour être arrachée de son socle
Suites : la statue exposée dans le port est une copie et peut être remplacée. L’original se trouve dans un lieu tenu secret.

La Joconde

Œuvre : La Joconde, par Léonard de Vinci.
Date : 30 décembre 1956
Perpétrateur : Ugo Ungaza Villegas, garçon de café bolivien venu travailler à Paris qui venait d’être sujet d’un arrêté d’expulsion
Action : jet d’un caillou sur le tableau.
Revendication : a déclaré avoir agi par haine envers le tableau.
Suites : Le verre de protection s’est brisé et des éclats de verre ont abîmé le coude gauche de Mona Lisa. C’est à partir de cet événement que le tableau a été placé derrière un coffre de verre (et plus seulement une vitre, comme c’était le cas depuis qu’un homme, quelques années plus tôt, avait tenté de voler la toile)

un dessin de Willem de Kooning

Œuvre : un dessin de Willem de Kooning, devenu à présent une nouvelle œuvre : Erased de Kooning drawing.
Auteur : Robert Rauschenberg
Lieu : l’atelier de l’artiste ?
Date : 1953
Action : Effacement total d’un dessin, à l’aide de diverses gommes, opération qui a pris un bon mois.
Motivation : démontrer qu’une nouvelle œuvre peut être créée par effacement d’une autre. Rauschenberg s’est fait offrir un dessin par Willem de Kooning, qui était au courant du projet de l’effacer.
Suites : on ne connaît pas le dessin d’origine, mais en 2010, les services techniques du SFMoMa ont tenté de reconstituer le dessin en travaillant sur des photographies numériques de l’image effacée.

Une peinture rupestre

Œuvre : une peinture rupestre, représentant la trompe d’un mammouth
Date : 24 juillet 1952
Lieu : Grotte de Pech-Merle, dans le Lot.
Action : effaçage sur trois centimètres d’un dessin datant du paléolithique
Perpétrateur : André Breton
Revendication : Breton ne croyait pas ce dessin authentique et a traité de faussaire le député Bessac (dont l’épouse était concessionnaire de la grotte).
Suites : Malgré la mobilisation d’écrivains (Camus, Gracq, Levi-Strauss, Mac Orlan, Malraux, Mauriac…) et le soutien de la revue Arts et de Paul Rivet, directeur du Musée de l’Homme, André Breton a dû comparaître le 13 novembre 1953 devant le tribunal correctionnel de Cahors, où il a écopé d’une amende de 25002 francs.
Citation : « Bien sûr, il était défendu d’y toucher, mais l’atmosphère de foire qui entoure la grotte, avec vente de cartes postales, tronc pour le pourboire du guide, buvette à la surface, ne prédispose pas à un état de recueillement. Bessac vend de l’art. Breton est un artiste. Son geste ? Il n’y a pas de quoi fouetter un mammouth. Ne suivez pas le guide et relaxez mon client » (maître Mercadier, défenseur d’André Breton)

Philosophie, médecine et jurisprudence

Œuvres : La PhilosophieLa Médecine et La Jurisprudence, par Gustav Klimt, ainsi que des dizaines, ou des centaines d’œuvres de Klimt et d’autres membres de la Sécession viennoise.
Date : 7 mai 1945, un jour avant la capitulation de l’Allemagne.
Lieu : Château d’Immendorf, en Autriche
Perpétrateurs : La Schutzstaffel, c’est à dire les SS
Action : en pleine débâcle, alors que les troupes russes approchaient, les nazis ont incendié le château d’Immendorf avec le trésors qu’il contenait, constitué d’œuvres spoliées pendant la guerre, notamment issues de la collection d’August et Selena Lederer. L’incendie a duré plusieurs jours.
Motivation : détruire ce qu’on ne pourra plus posséder ? Le statut intentionnel de l’action n’est pas complètement certain, ou du moins pas documenté.
Suites : Pour une exposition consacrée à Klimt, Google a entraîné une Intelligence Artificielle afin de recréer une version en couleurs des peintures à partir des photographies.

L’art « dégénéré »

Œuvres : de nombreuses œuvres de Picasso, Dalí, Ernst, Klee, Léger et Miró, etc. On ne connaît pas leur liste exacte.
Date : 27 juillet 1942
Lieu : Jardin de la galerie nationale du jeu de paume
Perpétrateurs : les forces d’occupation allemandes
Action : incinération dans un bûcher.
Motif : expurger le musée d’art moderne de l’art « dégénéré »
Note : sous l’Occupation, la galerie du jeu de paume servait de local de transit avant leur départ pour l’Allemagne pour les œuvres modernes spoliées à des collectionneurs juifs (Kann, Levy-Benzion, Rothschild, Lowesnstein, Rosenberg-Bernstein,…).

Salle #15 de la galerie du Jeu de paume, dite « Salle des martyrs », car contenant les œuvres dites « d’art dégénéré », destinées à être échangées ou détruites.

L’Âme de la France

Œuvre : L’Âme de la France, par Carlo Sarrabezolles. Il existe plusieurs plâtres de cette sculpture. Celle concernée est en bronze.
Lieu : Hell-Bourg (La Réunion)
Date : Sous le gouvernement de Vichy
Perpétrateur : Gabriel Bourasseau, prêtre, et ses ouailles, avec l’accord des autorités.
Action : Tentatives de déboulonnage à l’aide de cordes, puis dynamitage.
Revendication : Les seins nus de la guerrière casquée, qui servait de monument aux morts de la première guerre mondiale, choquaient les bons catholiques. Il a été proposé un temps de couvrir la poitrine de la figure allégorique, mais les adversaires du prêtre Bourasseau refusaient cette solution.
Suites : Après-guerre, la statue est réparée, puis à nouveau détruite, par un cyclone, et oubliée pendant vingt ans derrière un salon de coiffure. La sculpture et son socle sont désormais classés à l’inventaire des monuments historiques.

Portrait de John Bensley Thornhill

Œuvre : Portrait de John Bensley Thornhill, par George Romney (1734-1802)
Date : 8 juin 1914
Lieu : Birmingham Museum and Art Gallery
Perpétratrice : la suffragette Bertha Ryland
Action : Trois coups de hachoir. Elle a laissé sur place une lettre dans laquelle elle se dénonçait.
Revendication : Protester contre le déni de droit de vote pour les femmes, et contre le déséquilibre de traitement qui distinguait les suffragettes, d’une part, des militants séparatistes nord-irlandais, qui étaient selon Bertha Ryland scandaleusement libres.
La raison du choix spécifique de cette peinture n’a pas été expliqué.
Citation : « I attack this work of art deliberately as a protest against the Government’s criminal injustice in denying women the vote, and also against the Government’s brutal injustice in imprisoning, forcibly feeding, and drugging Suffragist militants, while allowing Ulster militants to go free »
Suites : Bertha Ryland a été arrêtée, a commencé une gréve de la faim qui a endommagé un de ses reins de manière permanente. Avec le déclenchement de la guerre, la justice avait d’autres chats à fouetter et la suffragette a été libérée sans amende. Le tableau a été restauré. Le musée a fortement changé ses horaires, réduisant les plages d’ouverture afin d’améliorer la surveillance des salles.
En 2018, une plaque commémorant cette action a été installée dans le musée.