Les tours du silence

Le Zoroastrisme est la plus ancienne religion monothéiste encore en activité. Cette religion âgée d’au moins trois, et peut-être quatre mille ans, est issue du Mazdéisme (du nom du dieu Ahura Mazda). Elle a eu une grande influence sur le judaïsme1, et donc sur les religions qui s’en considèrent héritères. Aujourd’hui quasi-inexistant en Perse (Iran), où il est né2, le Zoroastrisme survit en Inde, notamment dans la région de Bombay, où l’on nomme ses adeptes les Pârsis3. C’est en Inde que les Zoroastriens peuvent continuer de pratiquer leur rite funéraire traditionnel, qui consiste à déposer les cadavres des défunts en haut d’une « tour du silence » (nom récent, forgé par un traducteur britannique au XIXe siècle), où il est dévoré par des oiseaux charognards.

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Le but de ces funérailles « célestes » est d’éviter que le cadavre, qui est impur, ne souille la terre, le feu ou l’eau, trois éléments également sacrés.

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Les grandes tours du silence sont composées de plusieurs cercles concentriques : le cercle extérieur est destiné à accueillir des cadavres d’hommes, le suivant, les femmes et un troisième, les enfants. Au centre de la tour se trouve une fosse circulaire, destinée à accueillir les ossements.

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Aujourd’hui, la décroissance démographique des vautours en Inde compromet le maintien de ces funérailles traditionnelles et les pârsis envisagent l’élevage de vautours captifs.

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Il existe un rite comparable lui aussi toujours pratiqué au Tibet, « l’inhumation céleste » : le cadavre est préparé (un moine le dépèce !) puis abandonné aux charognards (notamment les vautours) en haut d’une montagne. Fortement réprimée par la Chine maoïste et compromise par le manque d’animaux charognards, cette pratique tend à disparaître, au profit de la crémation, qui était autrefois réservée aux lamas de haut rang.
On trouve des photographies assez crues et peut-être un peu dérangeantes de cette pratique sur Wikipédia, je me contenterai de montrer le genre d’endroit où se tiennent les inhumations célestes :

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De nombreux sites archéologiques laissent penser que ce genre de pratique n’est pas rare dans l’histoire humaine. Le plus ancien est le site de Göbekli Tepe, en Turquie, où on pratiquait ce genre de funérailles il y a plus de dix millénaires. Quelles que soient les justifications religieuses qui soutiennent ces rituels, ceux-ci apportent une solution pratique à la décomposition des corps qui, lorsqu’elle est trop lente, est une source de problèmes sanitaires.

  1. Les Hébreux, déportés à Babylone, ont été libérés par les Perses. De ces derniers, ils tirent l’idée du monothéisme (en remplacement de la monolâtrie), celle de la résurrection et de la rétribution des morts, et même l’épisode de Moïse, imité de l’histoire de Sargon, sauvé des eaux et devenu roi d’Akkad. []
  2. Il existerait environ trente mille zoroastriens en Iran, souvent de conversion récente motivée par un but de résistance politique et religieuse. []
  3. Le pârsi le plus célèbre du monde est le chanteur Farrokh Bulsara, plus connu sous le nom de Freddy Mercury, du groupe britannique Queen. []
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4 réponses à Les tours du silence

  1. Wood dit :

    Ce genre de funérailles se pratique également en Mongolie. Il y a une scène dans le film « Urga » de Nikita Milhalkov où un chauffeur de camion russe, complètement paniqué vient alerter un éleveur mongol :
    – Il y a un cadavre, là-bas, les vautours sont en train de le bouffer !
    – Oui, c’était mon oncle. C’était un homme bon, c’est pour ça que les vautours l’apprécient.

  2. BOURBON Christine dit :

    FARROKH BULSARA (Alias Freddie Mercury) , décédé le 24 novembre 1991 , a été inhumé selon le rite Zoroastrien (ses ancêtres étaient PÂRSÎ ) .

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