Le projet Sillex est un peu différent du système habituel de crowdfunding : ici il s’agit d’un vrai projet éditorial où les manuscrit sont sélectionnés et accompagnés. Le volet crowdfunding sert, évidemment, à limiter la prise de risque, et si la somme prévue n’est pas atteinte, alors le livre ne paraîtra pas (ou en tout cas pas là) et les contributeurs seront remboursés.
L’éditeur troque la prise de risque contre une rémunération généreuse pour l’auteur : trente pour cent, au lieu de dix (ou moins). Bien entendu, il n’est pas question que les auteurs aient à payer quoi que ce soit, il s’agit bien d’une maison d’édition à compte d’éditeur. Et par ailleurs, Sillex a une direction éditoriale puisque les publications prévues relèvent des littératures de l’imaginaire — science-fiction et fantasy.
La formule est étrennée avec Face au Dragon, roman d’Isabelle Bauthian — romancière et scénariste de bandes dessinées. Pour être publié, le livre doit atteindre cinq mille euros pour être publié (aux formats papier et numérique).
L’appel vient d’être lancé et le livre est financé à plus de vingt pour cent. Il reste un mois pour compléter ou dépasser la somme.
J’aime beaucoup le travail de Johanna Daniel, dite Joh Peccadille, jeune femme passionnée d’histoire et d’histoire de l’art, qui est titulaire d’un master de muséologie obtenu à l’école du Louvre et d’un master en technologies numériques appliquées au patrimoine obtenu à l’école des Chartes — l’école du Louvre et l’école des Chartes sont deux institutions extrêmement prestigieuses.
Johanna n’a pas l’air pressée de se lancer dans une thèse — comment s’imposer de ne travailler qu’à un seul sujet pendant trois ans quand on aime en découvrir tous les jours ? — et elle occupe divers emplois dans le monde culturel, assurant notamment des charges de cours à Paris IV, à Paris VIII et à l’école du Louvre.
Même s’il est de bon ton, dans le monde de la culture, de faire comme si l’argent n’existait pas, il faut bien vivre, alors pour financer son activité de blogueuse (à commencer par la location du serveur), Johanna vient de lancer un Tipeee, qui permet à ses lecteurs de lui verser un salaire mensuel : 1 euro, 2 euros, 5, 10, 15… En espérant que les petits ruisseaux feront les grandes rivières et que ce système offrira un certain confort à Johanna. On commence et on arrête dès qu’on le veut, c’est un crowdfunding dont la contrepartie est d’avoir régulièrement à lire des articles de grande qualité.
Pour financer Orion en aéroplane et les autres sites de Johanna, il faut se rendre sur le site Tipeee. L’inscription est simple et rapide et le système a fait ses preuves depuis longtemps. Par ailleurs, Johanna produit des linogravures, et on peut en acheter les tirages sur sa boutique Etsy.
Investissez dans les jeunes, c’est l’avenir !
Tout comme Les autres gens, projet emmené par Thomas Cadène en 2010 qui avait révélé ou confirmé toute une génération de jeunes auteurs de bande dessinée, Le Secret des cailloux qui brillent est un feuilleton illustré par de nombreux dessinateurs et dessinatrices qui gagnent à être connus : Tarmasz, Emmanuel Espinasse, Jeanne Balas, Luchie, Timothé Le Boucher, Tamia Baudouin, Exaheva, Thomas Mathieu, Mortis Ghost, STC019, Megaboy, Fanny Grosshans, Ima, Xavier Bouyssou, Aurore Vegas, Mirion Malle et Nina Lechartier
Le premier épisode, par Tarmasz et Thomas Mathieu.
Le système de navigation et les animations fonctionnent de manière plaisante et efficace, l’univers développé est intriguant : tout ça part très bien !
Plutôt qu’un système de lecture réservé aux abonnés, les auteurs proposent la formule du micro-mécénat : tout le monde peut tout lire gratuitement, il n’y a pas de « paywall », et tout le monde peut aussi financer, en passant par la plate-forme Patreon. Le principe est que chaque fois qu’un épisode est publié (chaque mercredi), les patrons sont débités de 1 dollar (au minimum). Il est possible de fixer une limite mensuelle1. Il est possible aussi de financer le projet en effectuant des achats sur la boutique.
Tout est expliqué ici.
Si vous êtes à la Banque Postale je vous recommande de payer via PayPal plutôt qu’en carte-bleue. En effet, la Banque Postale (et peut-être d’autres) ponctionne 1 euro de commission pour certains achats internationaux. Lorsque l’on effectue un gros achat, cela passe inaperçu, mais comme ceci, le tarif double ! Aucun problème avec Paypal, évidemment. [↩]
Les éditions Libertalialancent une souscription en vue de financer une nouvelle traduction du roman Le Talon de Fer, par Jack London. Paru en 1908, ce roman dystopique présente une Amérique industrielle qui bascule brutalement dans un régime totalitaire sanglant dirigé par l’oligarchie capitaliste en réponse à un mouvement syndical massif.
La traduction actuelle, publiée chez Phébus et 10/18, et désormais librement diffusée sur Wikisource, est due à Louis Postif — le grand traducteur de Jack London mais aussi d’Agatha Christie —… et date de 1923 ! La nouvelle traduction est confiée à Philippe Mortimer, qui a déjà traduit du Jack London, mais aussi du Percy Shelley ou encore du Daniel Defoe. Pour un livre, le montant de la souscription est de 22 euros.
La Revue Dessinée annonce la création d’une nouvelle revue, Topo, dont le premier numéro paraîtra en août prochain, et qui s’adressera aux adolescents, avec « pour objectif de développer le sens critique chez un public en plein apprentissage ». La parution sera bimestrielle.
Les rédactrices-en-chef sont Laurence Fredet et Charlotte Miquel.
La direction artistique en est assurée par Emma Huon-Rigaudeau et Cizo.
Le collectif Super fourbi géant, fondé par d’anciens étudiants de l’atelier d’illustration de la Haute école d’art du Rhin (autrefois nommée « Arts déco de Strasbourg »), produit des livres et des éditions à manipuler : découpage, pliage, masques, pantins articulés,…
Ils viennent de sortir deux cahiers de coloriage d’une vingtaine de pages au format 37,5×14 cm, nommés Parade et Danse Macabre, chacun vendu au prix de 10 euros :
Quelques pages extraites de Parade :
Hannah Lafargue
Guy Pradel
Oenothera
Mathilde Millot
Li An
Lola Félin
MaxenceR
Florian Duchesne
Quelques pages issues de Danse macabre :
Ariane Pinel
Éloïse Rey
Violaine Leroy
Claire Perret
Agathe Senn
Guillaume Deloizon
Zoé Dumond
Mi (Christelle Diale)
On peut acheter les publications de Super Fourbi Géant dans quelques librairies françaises :
Librairie Kléber, 1 Rue des Francs Bourgeois, Strasbourg
Quai des Brumes, 20 Grand’Rue, Strasbourg
La Bouquinette, 28 Rue des Juifs, Strasbourg
Séries Graphiques, 5 rue de la douane, Strasbourg
Esprit Bd, 4 Bis Rue Saint-Esprit, Clermont-Ferrand
La manufacture d’images du Bief, 23 rue des Chazeaux, Ambert
L’équipe (Guy Pradel, Mathilde Millot, Florian Duchesne et Hannah Lafargue) participe régulièrement à des salons comme Central Vapeur, l’Autre Salon, les Puces de l’illustration. Comme l’an dernier, il seront présent à la fin du mois au Festival International de la bande dessinée, à Angoulême.
Enfin, il arrive que l’Atelier du bain aux plantes, à Strasbourg, où travaillent quotidiennement trois des membres de Super Fourbi, soit ouvert au public.
On peut aussi en passer commande en contactant l’équipe à l’adresse e-mail superfourbi [at] gmail [point] com. On peut suivre leur actualité sur Facebook et sur leur site web.
Les Presses Universitaires de Vincennes (la maison d’édition de l’université Paris 8) ont sorti une nouvelle collection intitulée Libre Cours, qui entend produire des ouvrages de référence sur divers sujets, pour un prix très raisonnable, à savoir dix euros.
La maquette, à la fois sobre et agréable, est due aux jeunes et talentueux Élise Gay et Kévin Donnot, anciens étudiants des Beaux-arts de Rennes.
Les titres parus traitent des sujets divers dans le champ des sciences humaines : L’Art face à la guerre (Claire Maignon), Roland Barthes (Jonathan Culler), Clémenceau (Sylvie Brodziak) et enfin Les Études culturelles (Anne Chalard-Fillaudeau).
J’ai lu Les études culturelles, par Anne Chalard-Fillaudeau, qui expose l’histoire complexe des Cultural Studies / Kulturwissenschaften / Études culturelles, des disciplines dont le périmètre d’investigation et les approches scientifiques varient fortement selon… les cultures au sein desquelles elles sont établies. Il s’agit d’un essai, développant un point de vue, mais c’est aussi un ouvrage de référence précis et documenté, le genre de livre auquel on revient pour se remémorer des noms, des citations, des événements.
Parmi les titres à venir, j’attends avec impatience Le Cinéma Expérimental, par Dominique Willoughby. Cette collection mérite d’être suivie, et je signale au passage à tous mes amis universitaires, chercheurs, essayistes, que les Presses Universitaires de Vincennes sont à la recherche de sujets futurs à accueillir dans cette collection.
Les éditions Zones Sensibles produisent des livres à la fois superbes et passionnants dans le champ des sciences humaines, par des auteurs tels que John d’Agata (Yucca Mountain) ou Tim Ingold (Une brêve histoire des lignes), pour n’en citer que deux qui ont particulièrement attiré l’attention. Chaque titre du catalogue est original par son sujet et son contenu. En octobre dernier, Zones Sensibles a publié ce livre :
Il s’agit d’un ouvrage consacré aux manuscrits hallucinés et hallucinants d’Opicino de Canistris (1296-1355), prêtre et fonctionnaire de l’administration des papes d’Avignon, qui a transformé ses conflits intérieurs en dessins complexes qui tiennent de l’illustration merveilleuse et de la cartographie.
Dialectique du monstre, Par Sylvain Piron (postfacé par le spécialiste des psychoses Philippe Nuss), éd. Zones Sensibles 2015, ISBN 978-2930601182 (26 euros).
De l’excellent Thierry Smolderen et du jeune et très talentueux Alexandre Clérisse, qui avaient tous deux publié le superbe Souvenirs de l’Empire de l’atome en 2013, sort L’Été Diabolik, un récit d’espionnage et de suspense directement inspiré des bandes dessinées et des illustrations des années 1960. Dans Souvenirs de l’Empire de l’atome, Smolderen et Clérisse avaient produit un étonnant hommage à plusieurs époques de l’histoire de la science-fiction, qu’ils mettaient en parallèle avec les arts (notamment le design) et le graphisme des mêmes époques. Les dessins déjà diffusés de L’Été Diabolik indiquent un procédé semblable.
L’Été Diabolik, éditions Dargaud, ISBN 9782205073454, sortie le 8 janvier 2016. 21 euros.
Toujours le 8 janvier, et toujours chez Dargaud, le même Thierry Smolderen publie l’ultime épisode de l’haletante série d’anticipation et d’aventures Ghost Money, qu’il scénarise pour le dessinateur Dominique Bertail : Ghost Money T5 – le Black Cloud, ISBN 978-2205074321. 15 euros.