Orion en aéroplane

J’aime beaucoup le travail de Johanna Daniel, dite Joh Peccadille, jeune femme passionnée d’histoire et d’histoire de l’art, qui est titulaire d’un master de muséologie obtenu à l’école du Louvre et d’un master en technologies numériques appliquées au patrimoine obtenu à l’école des Chartes — l’école du Louvre et l’école des Chartes sont deux institutions extrêmement prestigieuses.

En 2012, encore étudiante, elle a lancé le blog d’érudition Orion en aéroplane, où elle met à jour des documents divers glanés ici et là, parle de musées, d’expositions, de photographie, d’estampe, de street-art et même de la guerre de 1914-1918 de son arrière-arrière-grand-père Augustin. En prenant une liste d’articles au hasard, je vois traités les photographies des lendemains de la Commune ; Le diorama de Daguerre ; Les affiches à Paris ; les premiers collectionneurs d’affichesL’espionne danseuse et courtisant Mata Hari ; Le problème des lieux d’aisance au XVIIIe siècle ; etc., j’aurais pu en citer des dizaines d’autres. Johanna aime découvrir et aime transmettre ses découvertes.
Dans la vidéo qui suit, publiée par le compte Youtube de la Bibliothèque nationale, Johanna raconte sa passion pour l’exhumation de documents rares sur le site Gallica :

Johanna n’a pas l’air pressée de se lancer dans une thèse — comment s’imposer de ne travailler qu’à un seul sujet pendant trois ans quand on aime en découvrir tous les jours ? — et elle occupe divers emplois dans le monde culturel, assurant notamment des charges de cours à Paris IV, à Paris VIII et à l’école du Louvre.
Même s’il est de bon ton, dans le monde de la culture, de faire comme si l’argent n’existait pas, il faut bien vivre, alors pour financer son activité de blogueuse (à commencer par la location du serveur), Johanna vient de lancer un Tipeee, qui permet à ses lecteurs de lui verser un salaire mensuel : 1 euro, 2 euros, 5, 10, 15… En espérant que les petits ruisseaux feront les grandes rivières et que ce système offrira un certain confort à Johanna. On commence et on arrête dès qu’on le veut, c’est un crowdfunding dont la contrepartie est d’avoir régulièrement à lire des articles de grande qualité.

Pour financer Orion en aéroplane et les autres sites de Johanna, il faut se rendre sur le site Tipeee. L’inscription est simple et rapide et le système a fait ses preuves depuis longtemps. Par ailleurs, Johanna produit des linogravures, et on peut en acheter les tirages sur sa boutique Etsy.
Investissez dans les jeunes, c’est l’avenir !

Dialectique du monstre

Les éditions Zones Sensibles produisent des livres à la fois superbes et passionnants dans le champ des sciences humaines, par des auteurs tels que John d’Agata (Yucca Mountain) ou Tim Ingold (Une brêve histoire des lignes), pour n’en citer que deux qui ont particulièrement attiré l’attention. Chaque titre du catalogue est original par son sujet et son contenu. En octobre dernier, Zones Sensibles a publié ce livre :

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Il s’agit d’un ouvrage consacré aux manuscrits hallucinés et hallucinants d’Opicino de Canistris (1296-1355), prêtre et fonctionnaire de l’administration des papes d’Avignon, qui a transformé ses conflits intérieurs en dessins complexes qui tiennent de l’illustration merveilleuse et de la cartographie.

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Dialectique du monstre, Par Sylvain Piron (postfacé par le spécialiste des psychoses Philippe Nuss), éd. Zones Sensibles 2015, ISBN 978-2930601182 (26 euros).

L’Été Diabolik

De l’excellent Thierry Smolderen et du jeune et très talentueux Alexandre Clérisse, qui avaient tous deux publié le superbe Souvenirs de l’Empire de l’atome en 2013, sort L’Été Diabolik, un récit d’espionnage et de suspense directement inspiré des bandes dessinées et des illustrations des années 1960. Dans Souvenirs de l’Empire de l’atome, Smolderen et Clérisse avaient produit un étonnant hommage à plusieurs époques de l’histoire de la science-fiction, qu’ils mettaient en parallèle avec les arts (notamment le design) et le graphisme des mêmes époques. Les dessins déjà diffusés de L’Été Diabolik indiquent un procédé semblable.

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L’Été Diabolik, éditions Dargaud, ISBN 9782205073454, sortie le 8 janvier 2016. 21 euros.

Toujours le 8 janvier, et toujours chez Dargaud, le même Thierry Smolderen publie l’ultime épisode de l’haletante série d’anticipation et d’aventures Ghost Money, qu’il scénarise pour le dessinateur Dominique Bertail : Ghost Money T5 – le Black Cloud, ISBN 978-2205074321. 15 euros.

Pulsions pasoliniennes

Fabrice Bourlez, enseignant en philosophie à l’école d’art et de design de Reims, vient de publier Pulsions pasoliniennes chez Franciscopolis. Fabrice a consacré sa thèse de doctorat à l’œuvre cinématographique de Pier Paolo Pasolini.
Je ne l’ai pas encore lu, mais l’objet lui-même est agréable à voir, et je ne doute pas de la qualité et de l’intérêt du texte.

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Pulsions pasoliniennes, éd. Franciscopolis 2015, ISBN 978-2-9544208-7-5 12€.
On peut l’acheter sur le site des Presses du réel, qui le diffuse (expédition : 1,44€).

The World of Yo-Ho

Les éditions Volumique, créées par Bertrand Duplat et Étienne Mineur, publient depuis des années des livres et des jeux interactifs qui prennent le contre-pied de la tendance dominante en termes de publication numérique, puisqu’au lieu de transposer une tradition issue du monde physique sur support virtuel, ils augmentent les supports physiques à l’aide du numérique. Certaines de leurs propositions sont expérimentales ou impossibles à faire vivre en dehors du cadre des expositions (comme un livre qui tourne ses pages lui-même), mais la plupart sont parfaitement viables, et c’est le cas de The World of Yo-Ho, un jeu d’aventure qui se joue avec un plateau et des smartphones (android et iOs) équipés de l’application (gratuite) idoine.

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Loin d’être un gadget, ce jeu est très prenant, comme en témoigne cette critique.
Financé par un crowdfunding sur Kickstarter, il est diffusé dans diverses enseignes ludiques en France, comme les jeux Descartes à Paris et Bordeaux, mais aussi à Lyon, Reims, Strasbourg, Montrouge, Annecy, Nantes et, enfin, à l’Antre-jeux à Bruxelles.
Le prix du jeu est de 60 euros, et chaque joueur doit être équipé d’un smartphone.

La vraie vie

Le dessinateur et scénariste Thomas Cadène s’intéresse aux enjeux sociaux et politiques du monde contemporain, comme en témoigne notamment son feuilleton Romain & Augustin, un mariage pour tous, publié dans le Nouvel Obs en 2013 en réaction aux débats de l’époque. Je n’ai pas encore lu La vraie vie, puisqu’il n’est pas sorti, mais les extraits diffusés par Télérama laissent penser que ce récit traite de la manière dont la vie « virtuelle » et la vie « réelle » s’entremêlent, ou peut-être plutôt, comme la vie virtuelle est une part de la vie réelle.

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Le dessinateur est le talentueux Grégory Mardon, qui s’est lui aussi plusieurs fois penché sur la société contemporaine.

La Vraie vie, éd. Futuropolis, parution le 7 janvier 2016 (ISBN 978-2754812085), 20 euros