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L’ordinateur redneck

juin 15th, 2008 Posted in Ordinateur au cinéma

Billion-Dollar brain (1967), en français Un cerveau d’un milliard de dollars, est un long-métrage britannique de Ken Russel, à qui on doit entre autres le film Women in Love et la comédie musicale des Who, Tommy. Ce film est le troisième et dernier d’une série consacrée à un agent-secret, Harry Palmer, interprété par Michael Caine.

Harry Palmer est un espion bien différent de James Bond. Il porte des lunettes correctrices, il ne connaît pas le luxe et il a assez peu de prise sur les évènements qu’il vit. Son flegme n’est pas celui d’un homme qui disposerait de tous les atouts mais celui d’une personne qui ne disposerait d’aucun atout si ce n’est l’insignifiance qu’on lui prête. James Bond obsède ses ennemis au point que ces derniers ne peuvent jamais s’empêcher de lui raconter leurs plans dans les détails ni de tenter de l’assassiner. En revanche, les ennemis comme les amis de Harry Palmer (qui ne sont pas bien différents sur ce point comme sur d’autres) se moquent de savoir ce qu’il veut, s’il va vivre ou mourir, s’il est d’accord pour qu’on lui demande de faire, s’il a compris l’histoire dans laquelle on l’embarque, s’il saura se débrouiller seul derrière le rideau de fer ou s’il va devoir faire des kilomètres à pied lorsqu’on l’abandonne dans une plaine gelée de Finlande.
Palmer a des aventures sentimentales avec de belles espionnes qui le séduisent dans le but d’obtenir des choses de lui, comme c’est le cas de James Bond, mais contrairement à ce dernier, il n’a pas eu le temps de dépasser le stade du flirt lorsqu’on décide de l’assassiner.

Le générique du film, réalisé par Maurice Binder (à qui l’on doit les génériques de la série James Bond jusqu’en 1991), ne laisse aucun doute sur l’importance qu’y aura l’ordinateur. Typographies inspirées des chiffres MICR, bandes magnétiques, voyants lumineux, claviers, cartes perforées, tout y est.
Le générique de fin nous apprend que les éléments informatiques présentés ont été prêtés par la société Honneywell, un pionnier américain de l’informatique, connu chez nous pour son éphémère association avec le constructeur français Bull pendant les années 1970.

Le film s’ouvre sur une scène de cambriolage assez réussie. Une lampe de poche et une main gantée fouillent silencieusement le bureau-appartement de Harry Palmer, détective privé (il a abandonné son métier d’agent secret). Cette séquence sert à nous présenter le personnage. Son désordre, ses goûts, ses habitudes alimentaires désastreuses. Nous apprenons finalement que le cambrioleur n’était autre que l’ancien supérieur hiérarchique de Palmer, venu (avec un mandat de perquisition) enquêter sur ce dernier afin de le convaincre de reprendre du service. Quand Harry Palmer refuse net en disant au Colonel Ross : « si vous voulez que je vous suive, il faudra que vous soyez accompagné de deux gorilles », on se doute que cela se passera exactement comme ça.

Mais avant cela n’arrive, Palmer est toujours détective privé et il accepte une mission étrange qui lui est confiée par téléphone par une voix atone qui achève ses phrases par « confirm » et qui comprend difficilement les réponses élaborées. En 2008, un service vocal interactif de ce genre est banal, mais en 1967, cela n’existait tout simplement pas. La voix lui demande de livrer une thermos en Finlande, sans en connaitre le contenu. Curieux, il trouve un moyen, sans l’ouvrir, de voir que le récipient contient six œufs. Il effectue la livraison. Son contact est une belle jeune femme, Anya, interprétée par Françoise Dorléac. Palmer ne s’attendait pas à voir Anya, il refuse donc de lui livrer l’objet qu’il transportait sans rencontrer le docteur Kaarna, son contact, en personne.

Le docteur Kaarna, qui prend un bain de vapeur dans son sauna, s’avère être en fait Leo Newbigen (Karl Malden), un ancien collègue de Harry Palmer qui affirme que Palmer, qui l’a sauvé de la noyade naguère, est son seul vrai ami. Palmer comprend rapidement que Leo n’est pas le docteur Kaarna. Leo propose à Harry de travailler avec lui sans lui expliquer en quoi consistent ses activités.
Les deux anciens espions et Anya forment un trio assez trouble, une forme de complicité s’installe très rapidement entre eux alors que chacun a de bonnes raisons de se méfier des autres.

Rentré en ville, Palmer découvre le véritable docteur Kaarna, mort d’un discret coup de poinçon dans la moelle épinière et laissé à geler devant sa fenêtre ouverte.
C’est à ce moment-là que le colonel Ross et deux gorilles enlèvent Palmer pour lui donner des instructions : il doit accepter l’offre de Leo et s’infiltrer dans son organisation et il doit récupérer les œufs livrés (qui contiennent en fait un virus mortel).

Dans une base secrète située dans les combles d’un musée (qui est en réalité le chateau de Turku, m’apprend Marina), Harry fait connaissance avec le supérieur hiérarchique de Leo : il s’agit d’un ordinateur qui est lui-même relié à un autre ordinateur situé au Texas.
« What does it do ? Tells fortune ? » (Qu’est-ce qu’il fait ? il dit la bonne aventure ?) — « it makes fortunes ! Ours ! » (il crée les richesses, les nôtres). Pour mémoire, l’année précédente, en 1966, la société Astroflash a proposé, avec un grand succès, un service d’horoscopes personnalisés générés par ordinateur.
Leo explique que cette machine n’est certes qu’un jouet mais que ce jouet renvoie le MI5 et la CIA à l’époque de la préhistoire.
Tous les jours à une heure précise, quelqu’un doit se trouver devant l’ordinateur pour recevoir ses instructions et lui transmettre des informations. L’ordinateur impose à Leo d’assassiner un agent ennemi. Mais cet agent est Anya et Leo n’a pas le courage d’exécuter l’ordre, il ment à l’ordinateur. De son côté, Palmer est envoyé en Lettonie, à Riga, avec pour mission de récupérer des documents avec l’aide de patriotes anticommunistes. Ces patriotes, qui se présentent à Harry comme étant des cousins de Leo, sont plus des pillards qu’autre chose. Ils tentent d’assassiner Palmer sur ordre de Leo, mais celui-ci leur échappe.
Toujours à Riga, Palmer retrouve le Colonel Stok, un millitaire soviétique qui a une certaine tendresse pour l’agent britannique — ce sera le seul protagoniste de l’histoire à se montrer constamment bienveillant vis à vis de Harry — et qui le met en garde contre ses nouveaux amis.

De retour en Finlande, Palmer ne se montre pas rancunier envers Leo mais réclame à ce dernier une association plus équitable d’un point de vue financier. Leo et Harry s’envolent alors pour le Texas.
Leur employeur est le Général Midwinter (Ed Bigley), un patriote américain obsédé par la menace communiste, suffisamment fortuné pour avoir acquis un super-calculateur d’un milliard de dollars et pour avoir monté son propre réseau d’espionnage et d’activisme politique.

L’ordinateur sert à collecter toutes les informations utiles et à décider de stratégies militaires en conséquence. « Ça évite d’avoir à réfléchir », résume Palmer.

Premier convaincu des prêches exaltés qu’il déclame à ses troupes, Midwinter considère que le Texas est le seul lieu libre et non pollué au monde — il explique que les américains de la côte est sont soumis à des gaz empoisonnants envoyés par les communistes.
Passionné par les armes, il passe son temps à tirer sur des cibles à l’image de Joseph Staline. Le logo et les symboles de son organisation ressemblent furieusement aux symboles nazis.
Si le film était sorti récemment, le monde entier y aurait vu une allusion saignante à George Bush père et fils, à Ronald Reagan et autres American Talibans. Je suppose qu’un remake américain transposerait tout ça au moyen-orient et remplacerait le général Midwinter par un extrémiste religieux musulman dont on apprendrait pour finir que seul l’argent l’intéresse puisque l’idéologie hollywoodienne actuelle respecte la barbarie religieuse tant qu’elle est sincère.

Harry surprend Leo en train de modifier le programme de l’ordinateur : il efface ses traces pour que l’on ignore qu’il n’a pas toujours suivi les ordres et, notamment, qu’il s’est refusé à assassiner sa compagne Anya que l’ordinateur considérait (avec raison) comme une espionne soviétique. D’ailleurs, Leo fournit de faux renseignements à l’ordinateur depuis longtemps. En mentant à Midwinter sur le nombre d’hommes qui sont prêts à partir en guerre contre les soviétiques, il a pu détourner des sommes considérables.
Pour un film de 1967, on saluera une approche assez raisonnable de l’ordinateur : si l’on fournit de fausses données au programme, si évolué soit-il, celui-ci aboutira à de mauvaises conclusions.

Harry veut avertir Midwinter de la trahison de Leo, mais dans un premier temps, c’est lui qui est soupçonné de traitrise, ce qui laisse à Leo le temps de fuir. Midwinter accepte de laisser la vie sauve à Harry pour qu’il capture Leo. Mais pour Palmer, la mission la plus importante est d’empêcher le texan de déclencher la troisième guerre mondiale.

Palmer ne parvient pas à raisonner Midwest. Le général et ses hommes sont attaqués par l’aviation soviétique alors qu’ils entrent en Lettonnie. Ils sombrent dans l’eau glacée et meurent tous. Palmer, qui les poursuivait, parvient à s’en sortir, mais Leo meurt d’une balle perdue.
Le colonel Stok et Anya rejoignent Palmer en hélicoptère pour lui rendre les œufs qui contiennent le virus. Le colonel Stok explique à son ami que les soviétiques font leurs propres recherches sur les armes bactériologiques et n’ont donc pas besoin de celles qui émanent de l’autre camp.
Palmer rentre dans son pays.

Billion-Dollar brain est un des premiers films dont le titre lui-même désigne un ordinateur. La place de la machine n’y est cependant pas passionnante et l’intérêt du film vient plutôt du reste : le personnage cérébral de Palmer, interprété avec une grande sobriété par Michael Caine, le charme de Françoise Dorléac (dont c’est le tout dernier film), l’ambigüité des personnages et des situations, le manque de repères moraux ou politiques qui en découle, l’image très soignée, la caméra et le montage assez vifs.

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