Profitez-en, après celui là c'est fini

Eyeborgs

juin 5th, 2013 Posted in Ordinateur au cinéma, Robot au cinéma, Surveillance au cinéma

eyeborgs_dvd(attention, je raconte le film)

Eyeborgs (2009) est un film « direct-to-video », c’est à dire qu’il n’a pas été montré en salles. Il a été acheté par la chaîne SyFy et on le trouve facilement en DVD.
Le héros du film est un agent de la sécurité nationale, R.J. Reynolds, dit « Gunner », interprété par Adrian Paul1.
Ici, Gunner cherche à empêcher des activistes de saboter la société de la surveillance qu’est devenue l’Amérique, où toutes les images captées par des caméras publiques ou privées du monde sont traitées par l’Optical Defense Intelligence Network (ODIN), un immense système informatique.

Afin de décupler les capacités du réseau de surveillance, le président Hewes a imposé les « Eyeborgs », des caméras robotisées et autonomes dont le modèle le plus courant est un œil cyclope bipède. On rencontre aussi fréquemment un modèle nommé 4N6 (pour « forensics ») spécialisé dans l’investigation scientifique, qui ressemble à un crabe ou à une araignée et qui, outre sa capacité à filmer, peut effectuer des prélèvements ou des analyses,  L’objectif visé par ce réseau extravagant est la sécurité face à la criminalité et surtout, au terrorisme, qui est devenue une obsession planétaire. Gunner soutient ce système parce que son épouse a été assassinée et son fils enlevé. À l’époque, il était allé dire devant le Sénat que ce fait-divers aurait pu être empêché si la surveillance avait été plus étendue. La médiatisation de son cas fait partie des événements qui ont directement permis aux Eyeborgs d’être acceptés par le public.

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Gunner enquête sur le terroriste Sankur, qu’une policière décrit comme le « mélange de Charles Manson et de Karl Marx ». Arrêté alors qu’il s’apprêtait à tuer le neveu du président, Sankur tient des propos incohérents, prétend que les Eyeborgs ne sont pas que des caméras mais aussi des armes, et finit par se suicider dans les locaux de la police, du moins en apparence, puisque c’est ce que montrent toutes les caméras de surveillance. Mais le spectateur, lui, sait que les choses ne se sont pas passées de cette manière et que ce sont les Eyeborgs qui lui ont fait faire une chute mortelle : ces appareils constituent bien une menace.

Barbara Hawkins, journaliste, vient interroger Gunner dans les locaux de la Sécurité nationale et y est témoin de la chute mortelle de Sankur. Elle découvre, à l’aide de son cameraman Eric, que certaines images de surveillance fournies par les Eyebots ont été trafiquées. Mais elle ne peut pas disposer de preuve car en les lui amenant, son cameraman meurt dans un accident de voiture, apparemment ivre. Ayant eu son collaborateur au téléphone quelques minutes plus tôt, Barbara pense qu’il n’avait pas bu, et elle a raison : c’est un robot 4N6 qui a provoqué l’accident après avoir forcé sa victime à ingérer une grande quantité de bière. Mais Eric est parvenu à s’extraire de son véhicule accidenté, alors le drone l’a achevé à coup de lance-flammes.

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Le cameraman Eric, qui accompagne Barbara Hawkins en reportage (haut) bientôt assassiné, à coup de lance-flammes, par un drone qui vient de provoquer un accident de voiture (bas).

Quelques jours plus tôt, alors que son cadreur lui avait fait une réflexion qui lui avait déplu, Barbara Hawkins avait dit à ce dernier, sous forme de plaisanterie bien sûr : « Il existe des machines qui font le même boulot que toi, la parole en moins ». Une fois son cameraman mort, effectivement, elle remplacera ce dernier par une caméra robot. On apprend au passage que le journalisme est devenu une profession très réglementée qui ne peut être exercée que par des professionnels officiellement accrédités, comme pendant les guerres.

De son côté, Gunner s’intéresse au neveu du président, Jarett, un punk aux cheveux violets qui n’a plus de rapports avec son oncle depuis des années et qui méprise sa politique, mais qui a été invité à donner un concert devant lui. La guitare de Jarett a été détruite et il la fait réparer par G-Man (Danny Trejo, le « machete » du film éponyme de Robert Rodriguez), un activiste anti-eyeborgs qui place une charge explosive dans la guitare.
Gunner finit par comprendre que le monde d’images vidéo dans lequel il baigne peut être truqué, et que lorsque l’on dit avoir vu soi-même quelque chose, c’est souvent en parlant de ce qui est montré par une caméra de télévision ou de surveillance et non observé par soi-même2. Il découvre peu à peu que les Eyeborgs ont des activités plus que suspectes et veut absolument en avertir le président, car il pense que ces drones de surveillance ont été piratés par des terroristes. Lorsque Jarett, qui croit lui aussi que les Eyeborgs ne sont pas pacifiques, tente d’en parler à son oncle au téléphone, celui-ci lui recommande d’être discret et de n’en parler à personne. Cette fois, le spectateur en est certain : le président est le responsable

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Ronni, la petite amie de Jarett, est attaquée chez elle par un drone « araignée » qui va maquiller le meurtre en suicide.

Lorsque Jarett vient donner son concert en plein débat télévisé du président, il découvre que la salle depuis laquelle son oncle donne la répartie à une candidate opposée est vide. C’est ce que Gunner et son équipe découvriront à leur tour peu après : il n’y a pas de débat, pas de public, pas de président, le véritable président Hewes est sans doute mort depuis longtemps et les États-Unis sont en fait dirigés par le système ODIN, qui déclenche des guerres dans le monde entier, notamment au Zimbakistan, pour imposer ses drones dominer la Terre entière. Si Jarett a été attiré dans la salle du débat ce n’est pas pour donner un concert mais pour être scanné et éliminé. Dans la salle de conférences, Gunner découvre deux nouveaux types de drones : des petits chars militaires armés de fusils mitrailleurs, et de grands robots d’abord quadrupèdes qui se tiennent ensuite sur deux jambes et manient des couteaux pour tuer tous les humains qui se trouvent dans leur champ de vision.

Au prix de la mort atroce de tous ses équipiers, Gunner parvient à extraire Jarett du bâtiment où il était détenu. Barbara, qui s’y trouve encore, se sacrifie en tirant une balle sur la guitare piégée de Jarett : le pâté de maison entier est détruit.

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Ici avec la journaliste Barbara et le policier Gunner, le jeune punk Jarett essaie d’avertir le président des États-Unis d’Amérique, son oncle, qu’il est en danger. Ce dernier lui recommande de n’en parler à personne.

L’épilogue ne règle rien : Jarett se cache dans une église, déguisé en enfant de chœur, et Gunner assiste à la télévision au serment du vice-président, qui devient le nouveau président des États-Unis et qui, dès sa prise de fonction promet qu’il y aura encore et toujours plus d’Eyeborgs. Le film se termine sur un acte de rébellion désespéré : Gunner, suivi par un Eyeborg, détruit ce dernier à coup de barre de fer.

On ne nous dit pas si ODIN est effectivement un système « pensant », comme Echelon dans un film chroniqué récemment3, ni, le cas échéant, comment il l’est devenu, ni ce qui justifie ses meurtres barbares. Le scénario ressemble furieusement à celui d’un pilote de série télévisée qu’à un film véritable : à la fin du récit, de nombreuses questions sont en suspens, le héros a compris la menace qui pesait sur le monde et il est une des seules personnes à en être averti et même, une des seules à y croire, mais rien n’est réglé.

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Officiellement, la salle est remplie par un nombreux public et le président est sur scène, en train de répondre à des questions qui lui sont posées en duplex. C’est ce que voient tous les gens qui sont devant leur poste de télévision, mais en réalité, la salle est totalement vide.

Le sujet du film est évidemment celui de savoir à quel moment on perd toute liberté à force de vouloir défendre la liberté. Benjamin Franklin est cité pour sa célèbre phrase : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux ». Les allusions au Patriot Act et à une « septième guerre du Golfe » ne laissent aucun doute sur les intentions politiques des scénaristes : Eyeborgs s’inscrit parmi les films qui font un inventaire négatif des années Bush.

Malheureusement, le réalisateur et co-scénariste, Richard Clabaugh, n’est pas Paul Verhoeven et ce Eyeborgs manque sa chance d’être à la « société de la surveillance » ce que Robocop a été en son temps à la question de la privatisation de la sécurité urbaine. Le résultat est un peu piteux mais j’ai du mal à dire exactement pourquoi, car il y a de bonnes idées, les acteurs sont corrects, et les effets spéciaux sont très réussis si l’on considère la modestie relative du budget de production, un peu moins de quatre millions de dollars. Les robots sont incrustés dans des scènes « live » alors que le film presque intégralement filmé à l’épaule, ce qui constitue à mon avis un vrai exploit. Le processus de fabrication du film sort un peu des canons hollywoodiens puisque le studio affecté aux effets spéciaux est une minuscule société de post-production de Caroline du Nord — où a été tourné le film. La co-scénariste, Fran Clabaugh, épouse du réalisateur, est aussi la monteuse du film. Le producteur, de même que les cascadeurs, ont des rôles importants dans le scénario.

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Gunner se bat vaillamment contre les drones et survit à l’aventure, mais un nouveau président prête serment et promet qu’il augmentera le nombre d’Eyeborgs,..

Le réalisateur a travaillé comme directeur de la photographie sur de nombreux films « de genre » tels que Warlock, HellraiserLa prophétie, Python, Phantoms,… Et cela se ressent dans le goût des drones de surveillance pour le meurtre sale : ils ne se contentent pas de tuer, ils le font en coupant, en fauchant, en mitraillant, en perçant, en carbonisant, ce qui va un peu à l’inverse de la fourberie avec laquelle ils dissimulent leur nature hostile au grand public. Le message politique est un peu facile mais réjouissant, en revanche la réalisation et le scénario manquent un peu de relief. C’est souvent ça, le cinéma « Z » : une grande liberté et des idées en pagaille qui se trouvent finalement gâchées par des poncifs mal maîtrisés, par un manque de soin et par une forte dose de complaisance. Dommage.

  1. Adrian Paul était le Duncan MacLeod de la série Highlander, où son personnage était un « immortel », qui ne pouvait pas vieillir. De manière assez troublante, l’acteur semble avoir exactement la tête qu’il avait il y a vingt ans. Aujourd’hui encore, il paraît qu’il ne peut pas se montrer dans un lieu public sans que quelqu’un ne vienne lui dire « À la fin, il n’en restera qu’un » — la formule redondante de Highlander. []
  2. Lorsqu’il a montré à Sankur une vidéo le montrant en train de commettre un meurtre, ce dernier avait nié : « I didn’t do it » — « Are you saying I can’t trust what I see with my own eyes ? » — « You’re not seeing it with your own eyes. You are seing it with their eyes ». []
  3. Echelon Conspiracy, lui aussi sorti en 2009. L’année précédente était sorti Eagle Eye, en Français l’Œil du mal, toujours sur un thème voisin, celui du dispositif de surveillance qui devient un dictateur. []

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