Philosophie, médecine et jurisprudence

Œuvres : La PhilosophieLa Médecine et La Jurisprudence, par Gustav Klimt, ainsi que des dizaines, ou des centaines d’œuvres de Klimt et d’autres membres de la Sécession viennoise.
Date : 7 mai 1945, un jour avant la capitulation de l’Allemagne.
Lieu : Château d’Immendorf, en Autriche
Perpétrateurs : La Schutzstaffel, c’est à dire les SS
Action : en pleine débâcle, alors que les troupes russes approchaient, les nazis ont incendié le château d’Immendorf avec le trésors qu’il contenait, constitué d’œuvres spoliées pendant la guerre, notamment issues de la collection d’August et Selena Lederer. L’incendie a duré plusieurs jours.
Motivation : détruire ce qu’on ne pourra plus posséder ? Le statut intentionnel de l’action n’est pas complètement certain, ou du moins pas documenté.
Suites : Pour une exposition consacrée à Klimt, Google a entraîné une Intelligence Artificielle afin de recréer une version en couleurs des peintures à partir des photographies.

L’art « dégénéré »

Œuvres : de nombreuses œuvres de Picasso, Dalí, Ernst, Klee, Léger et Miró, etc. On ne connaît pas leur liste exacte.
Date : 27 juillet 1942
Lieu : Jardin de la galerie nationale du jeu de paume
Perpétrateurs : les forces d’occupation allemandes
Action : incinération dans un bûcher.
Motif : expurger le musée d’art moderne de l’art « dégénéré »
Note : sous l’Occupation, la galerie du jeu de paume servait de local de transit avant leur départ pour l’Allemagne pour les œuvres modernes spoliées à des collectionneurs juifs (Kann, Levy-Benzion, Rothschild, Lowesnstein, Rosenberg-Bernstein,…).

Salle #15 de la galerie du Jeu de paume, dite « Salle des martyrs », car contenant les œuvres dites « d’art dégénéré », destinées à être échangées ou détruites.

L’Âme de la France

Œuvre : L’Âme de la France, par Carlo Sarrabezolles. Il existe plusieurs plâtres de cette sculpture. Celle concernée est en bronze.
Lieu : Hell-Bourg (La Réunion)
Date : Sous le gouvernement de Vichy
Perpétrateur : Gabriel Bourasseau, prêtre, et ses ouailles, avec l’accord des autorités.
Action : Tentatives de déboulonnage à l’aide de cordes, puis dynamitage.
Revendication : Les seins nus de la guerrière casquée, qui servait de monument aux morts de la première guerre mondiale, choquaient les bons catholiques. Il a été proposé un temps de couvrir la poitrine de la figure allégorique, mais les adversaires du prêtre Bourasseau refusaient cette solution.
Suites : Après-guerre, la statue est réparée, puis à nouveau détruite, par un cyclone, et oubliée pendant vingt ans derrière un salon de coiffure. La sculpture et son socle sont désormais classés à l’inventaire des monuments historiques.

Portrait de John Bensley Thornhill

Œuvre : Portrait de John Bensley Thornhill, par George Romney (1734-1802)
Date : 8 juin 1914
Lieu : Birmingham Museum and Art Gallery
Perpétratrice : la suffragette Bertha Ryland
Action : Trois coups de hachoir. Elle a laissé sur place une lettre dans laquelle elle se dénonçait.
Revendication : Protester contre le déni de droit de vote pour les femmes, et contre le déséquilibre de traitement qui distinguait les suffragettes, d’une part, des militants séparatistes nord-irlandais, qui étaient selon Bertha Ryland scandaleusement libres.
La raison du choix spécifique de cette peinture n’a pas été expliqué.
Citation : « I attack this work of art deliberately as a protest against the Government’s criminal injustice in denying women the vote, and also against the Government’s brutal injustice in imprisoning, forcibly feeding, and drugging Suffragist militants, while allowing Ulster militants to go free »
Suites : Bertha Ryland a été arrêtée, a commencé une gréve de la faim qui a endommagé un de ses reins de manière permanente. Avec le déclenchement de la guerre, la justice avait d’autres chats à fouetter et la suffragette a été libérée sans amende. Le tableau a été restauré. Le musée a fortement changé ses horaires, réduisant les plages d’ouverture afin d’améliorer la surveillance des salles.
En 2018, une plaque commémorant cette action a été installée dans le musée.

La Vénus au miroir

Œuvre : La Vénus au miroir, par Diego Velasquez.
Perpétratrice : la suffragette Mary Richardson
Lieu : National Gallery, Londres.
Date : 10 mars 1914
Action : sept coups de hache
Motif : protester contre l’alimentation forcée d’une camarade de lutte qui faisait une grève de la faim.
Citation : « Je tiens autant à l’art que tout ceux qui étaient dans le musée quand j’ai réalisé mon acte. Mais je tiens davantage à la justice qu’à l’art. Je crois fermement que quand une nation préfère maltraiter et torturer les femmes qui luttent pour la justice, une action comme la mienne devrait être compréhensible. Je ne dis pas excusable, mais elle doit être comprise »
Postérité : Même si les camarades de lutte de Mary Richardson n’ont pas toutes jugé l’action opportune, et s’il n’est pas certain que ce soit une des raisons directes ou indirectes de l’obtention du droit de vote par les femmes, ce vandalisme est devenu la référence habituelle du groupe Just Stop Oil et groupes apparentés pour leurs actions dans les musées. Just Stop Oil a d’ailleurs réédité l’action en s’en prenant à la vitre de protection du même tableau, le 6 novembre 2023.
Anecdote : Après la première guerre mondiale, Mary Richardson deviendra un membre proéminent de la British Union of Fascists qu’elle finira par quitter, car si elle n’avait pas de problème avec le fascisme, le caractère peu féministe du mouvement a eu raison de son enthousiasme de militante.

Ivan le Terrible et son fils Ivan

Œuvre : Ivan le Terrible et son fils Ivan le 16 novembre 1581, par Ilia Répine
Lieu : Galerie Tretiakov, Moscou
Date : 16 janvier 1913
Action : trois coups de couteau
Perpétrateur : Un peintre en icônes très pieux de 29 ans, Abram Balachov.
Motivation : possiblement liée au sentiment patriotique. L’épisode illustré par Ilia Répine est un peu tabou (et discuté), il s’agit du meurtre du fils du Tsar par son propre père.
Suites : apprenant l’attentat, le conservateur du musée, Georgy Khruslov, s’est jeté sous un train. C’est Ilia Répine lui-même qui a restauré le tableau.
En 2013, un groupe d’historiens et d’activistes orthodoxes demande au ministre de la Culture de la Fédération de Russie de retirer la toile de la galerie Tretiakov, car elle offense les sentiments patriotiques des Russes.
En mai 2018, un visiteur brise la vitre de protection du tableau à l’aide d’une barre en métaln et l’endommage sérieusement. Ivre au moment des faits, il justifie néanmoins son geste parce que tableau « ne correspond pas aux faits historiques ».

Le Retour de la conférence

Œuvre : Le Retour de la conférence, par Gustave Courbet.
Date : (pense-t-on) vers 1900
Perpétrateur : (pense-t-on) un catholique exalté, qui a acquis le tableau expressément pour le détruire.
Motif : violemment anti-clérical, ce tableau satirique dans la lignée de Hogarth n’a cessé de faire scandale depuis sa première exposition, en 1863. Refusé de tous les salons officiels, il a néanmoins voyagé (Gand, New York), restant en possession de son auteur jusqu’à sa mort, en 1877. Il en reste des reproductions, des esquisses et dessins préparatoires, et une copie.

La Colonne Vendôme

Œuvre : La Colonne Vendôme, et notamment la statue de Napoléon premier qui se trouvait à son sommet, par Antoine Denis Chaudet. 
Lieu : Place Vendôme, à Paris
Date : 16 mai 1871
Action : destruction avec cérémonie officielle
Perpétré par : La Commune de Paris, sur une proposition de Gustave Courbet
Motivation : Protester contre la glorification de Napoléon Bonaparte et de ses guerres.
Citation : « La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : Article unique. La colonne Vendôme sera démolie. »
Suites : Le président Mac Mahon décide la reconstruction de la colonne en 1873, aux frais du seul Gustave Courbet, pour la somme de 323091 francs. L’artiste obtient de payer 10000 francs par an pendant 33 ans, mais meurt le 31 décembre 1877, exilé en Suisse, un jour avant l’échéance de la première traite de son paiement.
La statue était une copie de l’œuvre originale.

Les Derniers Moments de Michel Lepeletier

Œuvre : Les Derniers Moments de Michel Lepeletier, par Jacques-Louis David (tableau qui formait un dyptique avec sa Mort de Marat)
Lieu : château de Saint-Fargeau
Date : avant 1829
Perpétratrice : Suzanne Le Peletier de Mortefontaine, fille de Michel Lepeletier.
Motivation : Royaliste, Suzanne le Peletier aurait voulu faire disparaître le passé révolutionnaire de son père, conventionnel régicide.
Histoire alternative : Jean d’Ormesson, descendant de Suzanne Le Peltier, se fiait à une légende familiale selon laquelle le tableau n’avait pas été détruit mais avait été dissimulé dans les murs du château de Saint-Fargeau. Pourtant, près de deux siècles de recherche n’ont rien donné.

Art précolombien

Œuvres : Temples et œuvres plastiques (statues, bas-reliefs, peintures,…) précolombiens… Et bien sûr, assassinat méthodique d’innombrables hommes, femmes et enfants Mayas, Aztèques, Incas… Pour exemple, la population mexicaine a été divisée par vingt (par le meurtre, mais aussi les épidémies) entre 1500 et 1600.
Lieux : Amérique centrale et Amérique du Sud
Dates : Entre le début du XVIe siècle et la fin du XVIIIe ?
Perpétrateurs : Hernan Cortés et autres conquistadors, soldats, religieux, etc.
Motivation : profiter d’une supériorité militaire pour éradiquer les traces d’un riche patrimoine artistique et pouvoir prétendre avoir amené la civilisation ; dépeupler les pays conquis et pouvoir prétendre les avoir découverts et s’approprier leurs ressources ; baptiser les survivants de force afin qu’ils acceptent le message de paix et d’amour de Jésus Christ.