Dirty Corner

Œuvre : Dirty Corner, par Anish Kapoor, sculpture souvent surnommée (mais pas par son auteur, le mot vient du Journal du Dimanche) « Le vagin de la reine ».
Lieu : Jardins du château de Versailles
Date : juin et 9 septembre 2015
Action : graffiti
Perpétrateurs : Si on se fie aux solgans, des ultracathos royalistes
Revendication : un ensemble de slogans divers… Et sans doute avant tout une protestation contre l’œuvre elle-même.
Citation : «Désormais, ces mots infamants font partie de mon oeuvre, la dépassent, la stigmatisent au nom de nos principes universels (…) Dirty Corner restera donc ainsi (…) et se montrera ainsi aux visiteurs et aux touristes de Versailles» (Kapoor)

Plusieurs œuvres antiques

Œuvre : Lion d’Athéna, Temple de Baalshamin, et autres œuvres antiques.
Lieu : Syrie (Palmyre, Ninive, Racca)
Date : été 2015
Action : destruction à la masse, au marteau-piqueur ou aux explosifs.
Perpétrateurs : l’État islamique
Revendication : supprimer les traces archéologiques du passé pré-islamiste de la région, et parfois aussi des ouvrages islamiques mais jugés idolâtres, comme la mosquée Nabi Yunus de Ninive (Mossoul), qui abritait le tombeau du prophète Jonas (Yunès).
Suites : Le lion a pu être plus ou moins restauré.
Certaines œuvres n’étaient que des copies récentes en plâtre. De nombreux artefacts censément détruits lors du saccage de musées ont en fait été vendus à des collectionneurs et dispersés à l’étranger, afin de financer Daech, qui a d’ailleurs encouragé une politique de fouilles archéologiques sauvages afin de profiter de cette manne.
Citation : « Au sujet de la ville historique, nous la préserverons et ne lui ferons subir aucun dommage inch’Allah, en revanche nous pulvériserons les statues que les mécréants adoraient auparavant » (Abou Leith al-Saoudi, chef des forces de l’État islamique à Palmyre, le 29 mai 2015)

Tree

Œuvre : Tree, de Paul McCarthy
Lieu : place Vendôme à Paris.
Date : le 18 octobre 2014
Action : les câbles maintenant la structure gonflable ont été volontairement sectionnés, provoquant son affaissement.
Perpétrateur(s) : non connus
Motivation : Incertaine, mais on peut supposer un lien avec la polémique qui entoure l’œuvre depuis son installation. Le conseiller municipal LR Jérôme Dubus y avait reconnu un « plug anal », tandis que le Printemps français, mouvement identitaire catholique traditionaliste, avait commenté l’œuvre sur Twitter en écrivant : « place Vendôme défigurée ! Paris humilié ! ».

La Charrette de foin

Œuvre : La Charrette de foin, par John Constable
Lieu : National Gallery, Londres
Date : 28 juin 2013
Perpétrateur : Paul Douglas Manning, 57 ans, de l’association fathers4justice.
Action : ajout à la colle d’une photographie de l’enfant de l’auteur de l’action, avec le mot « help ».
Revendication : l’auteur de l’action souhaitait faire connaître son désespoir après une confirmation en appel de la garde parentale de leur enfant par son ex-épouse.
Suites : la restauration n’a pas posé de gros problèmes, mais ce tableau emblématique de l’Histoire du paysage britannique a été à nouveau pris pour cible en 2022, cette fois par le collectif Just Stop Oil.

The Coronation Theatre

Œuvre : The Coronation Theatre, Westminster Abbey: A Portrait of Her Majesty Queen Elizabeth II, par Ralph Heimans
Lieu : Abbaye de Westminster
Date : 13 juin 2013
Perpétrateur : Tim Haries, 41 ans, de l’association Fathers4Justice, organisation parfois qualifiée de masculiniste, qui milite pour une réforme du droit à la garde parentale.
Revendication : attirer l’attention des autorités sur le déni de garde parentale pour les pères.
Action : l’auteur des faits a écrit le mot « Help » à la bombe sur le tableau.
Suites : six mois de prison, confirmés en appel.
Citation : « Sorry mate, I’ve got nothing against the queen »

La Liberté guidant le peuple

Œuvre : La Liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix, prêté par Le Louvre-Paris.
Date : le 7 février 2013
Lieu : Le Louvre-Lens
Action : Inscriptions à l’encre indélébile des lettres « AE911 » s’étalant sur une trentaine de centimètres en bas à droite du tableau.
Perpétratrice : Une visiteuse, âgée de 28 ans, dont on sait qu’elle est titulaire d’un Master mais sans emploi.
Revendication : AE911 est l’abréviation pour Architects and Engineers for 9/11 truth, un groupe qui défend la thèse conspirationniste que l’effondrement des tours jumelles en 2001 a été causée par des explosifs préalablement installés.
Suites : L’autrice des dégradations a été interpellée mais, quoique son discours ait été cohérent, sa capacité de discernement a été jugée abolie et elle a été dirigée vers un service psychiatrique.
Une restauratrice spécialisée a été immédiatement envoyée sur place. Elle a pu faire disparaître l’inscription.
Citation : « J’explique mon geste par la volonté de lutter contre la manipulation de l’opinion et par souci d’élever le niveau de conscience du peuple »

Black on Maroon

Œuvre : Black on Maroon, de Mark Rothko (1958)
Lieu : Tate Modern, à Londres
Date : 7 octobre 2012
Action : L’auteur du vandalisme a écrit son nom et a ajouté « a potential piece of yelloism » à l’encre noire.
Perpétrateur : Vladimir Umanets, artiste russe
Motivation : faire de la publicité pour le mouvement artistique co-fondé par Vladimir Umanets et Marcyn Lodyga.
Suites : Vladimir Umanets a été arrêté et envoyé en prison. Deux ans plus tard, dans une tribune pour le Guardian, il a dit regretter son geste et se réjouir que l’œuvre ait été restaurée.
Citation : « Je ne suis pas un vandale. L’Art nous autorise à nous saisir du travail d’un autre et d’y placer un nouveau message »

Promenade

Œuvre : Promenade, par Séverine Bourguignon
Date : 17 avril 2012
Lieu : Casoria Contemporary Art Museum (près de Naples).
Action : Ignition volontaire de l’œuvre (avec l’accord de l’artiste, qui a suivi la destruction en direct)
Perpétrateur : Antonio Manfredi, conservateur du centre d’art
Motivation : protester contre des coupes budgétaires. L’action, qui était prévue pour se répéter trois fois par semaine (jusque quand ?), a été baptisée « CAM art war ». Les cendres des œuvres détruites sont conservées dans des urnes.
Suites : en 2018, Antonio Manfredi s’est menotté dans le bureau du maire de la ville afin de signifier son désespoir face aux problèmes de budgets qui menacent son musée. Celui-ci existe toujours.
Citation : « Les mille œuvres que nous exposons sont de toute façon promises à la destruction en raison de l’indifférence du gouvernement ».

1957-J No. 2

Œuvre : 1957-J No. 2, par Clyfford Still
Lieu : Clyfford Still Museum, Denver, Colorado
Date : 29 décembre 2011
Action : A frappé l’œuvre, l’a grattée, et y a frotté ses fesses. Après quoi elle a uriné sur le sol du musée et sur elle-même (mais pas sur le tableau, précise le communiqué).
Perpétratrice : Carmen Tisch, 36 ans, défavorablement connue des services de police pour conduite en état d’ivresse, mais aussi vol à main armée.
Explication : ne se souvient de rien et accuse l’alcool et la drogue cathinone (surnommée « sels de bain »).
Citation : « I was a pill popper, heroin addict. I was in the methadone clinic for while. And when I got off the methadone that’s when I started drinking a lot. That’s when I was doing the bath salt. (…) I was ashamed and also a little relieved that I didn’t murder somebody (…) I’m an artist myself. I`m sorry. I`m ashamed about what happened. »
Suites : la perpétratrice a été libérée sous caution avec une obligation de traitement psychiatrique. Le musée a finalement abandonné les poursuites. Les dégâts ont tout de même été estimés à 10 000 dollars.

Le chapeau à plumes

Œuvre : Le chapeau à plumes, par Henri Matisse
Lieu : National Gallery of Art of in Washington.
Date : 12 août 2011
Action : A tenté de décrocher le tableau du mur et d’ôter son verre protecteur
Instigatrice : Susan J. Burns, 53 ans, résidant dans l’État de Virginie, ancienne employée du Smithsonian, souffrant de schizophrénie.
Précédent : Le premier avril de la même année, Susan Burns s’en était pris aux Deux tahitiennes de Paul Gauguin.
Suites : Susan Burns a été inculpée pour destruction d’une propriété privée, menaces, entrée illégale et tentative de vol au second degré.