Profitez-en, après celui là c'est fini

La morale sensitive, les perspecteurs

mars 7th, 2010 Posted in Cimaises, Interactivité

L’exposition de Jean-Louis Boissier à l’École d’art du Havre, déjà annoncée ici, est ouverte tous les jours du lundi au vendredi, de 14h à 18h. Sont présentées deux installations interactives, La Morale sensitive et Les Perspecteurs.

Dans La Morale sensitive, le visiteur est invité à s’asseoir devant une table d’écolier où sont projetées des images. Ces images semblent être un flux vidéo (et ont effectivement été réalisées avec une caméra DV) mais sont en fait une succession de photogrammes montés en animation chronophotographique comportant des boucles et des chemins multiples sur le déroulement desquels on peut intervenir.

Les images sont reliées à un texte qui est projeté sur un mur perpendiculaire à la table et que l’on voit au travers d’une fenêtre. Il s’agit de textes extraits des Les Confessions et des Rêveries du promeneur solitaire, de Jean-Jacques Rousseau, dont les images sont des illustrations (et réciproquement).
La manipulation des images se fait en passant la main au dessus, sans même toucher la table.

Dans Les Perspecteurs, le visiteur est invité à manipuler une molette qui permet d’agir sur le défilement des images vidéo-projetées mais aussi sur une caméra robotisée qui effectue en direct la course qu’elle a réalisé lors du tournage d’origine.
Vous n’avez rien compris à mes descriptions ? Allez voir l’exposition !

Dans une troisième salle, on peut consulter le livre La relation comme forme : L’interactivité en art, toujours de Jean-Louis Boissier, et manipuler le cd-rom Essais Interactifs qui est fourni avec et qui constitue une anthologie (non-exhaustive) de travaux interactifs réalisés par l’artiste et chercheur entre 1989 et 20041.

Élisabeth Badinter peut avoir les oreilles qui sifflent car son nom a été plusieurs fois prononcé. Avec Globus Oculi, Flora Petrinsularis et La morale sensitive, l’exposition ne présente pas moins de trois allusions à l’allaitement maternel qui, selon la philosophe dix-huitièmiste (et actionnaire principale de Publicis) fait de la femme une guenon2.
On y retrouve évidemment un peu partout (et jusque dans le nom d’une rue adjacente à l’école et du parking le plus proche) le fantôme de Jean-Jacques Rousseau, que l’auteur de L’Amour en plus a si souvent attaqué.

  1. Sont réunis : Album sans fin, Globus Oculi, Flora Petrinuslaris, Mutatis Mutandis, Bifurcation, Autoportrait, Dozographie, Le Petit manuel interactif, Acrostiche, Modus Operandi, ainsi qu’une version cd-rom des deux œuvres exposées : La Morale sensitive et Les Perspecteurs. []
  2. À propos de la « tyranie » de l’allaitement : « C’est une réduction de la femme au statut d’une espèce animale, comme si nous étions toutes des femelles chimpanzés » — É. Badinter, interviewée par Libération le 10/02/2010. Digression : je ne me remets toujours pas de cette charge contre l’allaitement car elle met au jour une vision de l’humanité qui se ferait contre l’animalité — et je dis bien animalité et non bestialité, mot un peu trop connoté — et on retombe dans le débat Rousseau / Voltaire : quand le premier s’interrogeait sur l’état de nature (ni bon ni mauvais mais qui précède les conventions sociales et dont il semble logique de ne pas nier l’existence lorsque l’on tente de comprendre la nature humaine et de construire la société), le second le raille sur le mode de la « pente glissante » : « On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre Bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage ». Qui a dit que Rousseau n’était plus d’actualité ?  []

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