Encore au bureau
novembre 5th, 2009 Posted in indicesUne bête publicité trouvée dans le numéro du jour1 du gratuit Métro.
Quatre lignes et un visuel qui donnent la mesure des mutations technologiques et surtout sociologiques opérées dans notre rapport au travail. Nous ne sommes plus ici dans un vaudeville d’il y a quelques décennies, ce n’est pas l’épouse soupçonneuse que le mari doit convaincre qu’il est retenu par des dossiers confiés en catastrophe par un sous-chef autoritaire. Non, ceux qu’il faut convaincre, c’est « tout le monde », à présent. Le meilleur moyen de convaincre « tout le monde » d’une chose, c’est en effet de faire en sorte que cette chose soit vraie. Il n’est en effet plus vraiment question de prétendre, il s’agit de ne plus jamais vraiment quitter son bureau.

Le visuel ne nous montre pas des salarymen scotchés à leur iPhone mais un bus ou une rame de tramway complètement vide, à l’exception d’une arobase en relief qui semble désigner le coupable de la disparition de toute une population : Internet. Ce qu’on nous dit, je pense, c’est que le lieu est bien peuplé mais que ceux qui s’y trouvent ne sont pas vraiment là. Grâce à leur netbook ou à leur téléphone mobile, ils sont ailleurs, ils sont en train de travailler, de se faire confirmer des devis, des rendez-vous, des contrats, des promesses de vente ou que sais-je encore. Et le plus fort là dedans, c’est que cette évolution est un produit, puisqu’il s’agit d’une réclame.
Je prends mes aînés à témoin : une telle publicité n’aurait-elle pas été incompréhensible il y a seulement trente ans ?
- Quatre novembre 2009 [↩]
12 Responses to “Encore au bureau”
By olympe on Nov 5, 2009
je comprends l’inverse. les gens sont rentrés depuis longtemps chez eux, mais ils peuvent continuer à répondre au tél et aux messages et faire ainsi croire qu’ils sont encore au bureau. ça s’appelle le télétravail non organisé
By Jean-no on Nov 5, 2009
@Olympe : on peut interpréter l’image comme ça aussi, mais que ferait Internet dans cette rame de tram ou dans ce bus ? Internet tout seul n’a pas de sens. Le bureau désert aurait un autre sens, mais les transports ? On papotait, on lisait, on regardait ses voisins ou le paysage, mais là, on est ailleurs, ou plutôt on n’est pas ailleurs qu’au bureau : finie la flânerie et la rêverie. Et on n’est pas rémunéré pour en plus, et mieux, on doit payer un opérateur télécom !
By ben on Nov 5, 2009
Sauf qu’un simple ping ou tracert et tu vois que c’est pas l’ip du boulot ;)
il suffit d’afficher le code source d’un email !
Bref, tout le monde sauf les geeks et les nerds ^^
By André Gunthert on Nov 5, 2009
Un sequel de Surrogates?
http://www.chooseyoursurrogate.com/
By david t on Nov 5, 2009
pour être franc, je ne comprends rien de rien à cette pub. la phrase seule comporte un peu de sens, l’image en est foncièrement dépourvue.
mon interprétation, c’est que le «créatif» (*) en charge de cette pub a lu les mots «internet» et «mobilité» et a simplement copié-collé une arobase dans un tram sans chercher plus loin. le client a fait le même trajet mental et la pub est passée.
on s’est dit: «internet-mobilité, c’est à la fois dans la phrase et dans l’image donc c’est cohérent, on achète». c’est une illustration au strict premier degré faite exprès pour plaire à un client sans doute mou du bulbe — ou qui s’imagine que ses clients à lui sont mous du bulbe, ce qui revient au même.
(*) ici il faut imaginer autant de paires de guillemets que nécessaire.
By Jean-no on Nov 5, 2009
@André Gunthert : Je n’avais pas fait le lien. Effets spéciaux incroyables, au passage, ils ont réussi à mettre des cheveux à Bruce Willis.
@David : Si tu n’y comprends rien, ça veut dire que les québécois parviennent à quitter leur boulot et qu’il semblerait absurde de se faire vendre un moyen de ne jamais avoir la paix. J’ai pris le train de 7h (deux heures avant l’ouverture des bureaux en général) entre Paris et Rennes hier : les gens derrière moi parlaient boulot (ils ont parlé boulot deux heures non stop), les gens devant moi téléphonaient pour le boulot (« oui monsieur… je me permets de vous rappeler à propos du devis… »), d’autres bossaient sur leur portable,… Et il ne s’agit a priori pas de métiers passionnants (selon mon jugement en tout cas). Les français sont assez réputés pour leur étrange passion du travail et pour la manière dont le travail empiète sur les autres aspects de leur vie : l’heure du repas en dure souvent deux, mais on les passe avec les collègues, et je ne me souviens plus du pourcentage de mariages qui se font entre collègues mais il est tout bonnement incroyable.
By Jukurpa on Nov 5, 2009
On a encore la sale habitude de considérer le travail comme une valeur et non comme un moyen. Il suffit de voir la connotation négative qu’engendre les termes chômeurs ou sans emploi.
By david t on Nov 5, 2009
faudrait pas avoir une vision trop idyllique des québécois non plus. :) non, j’ai bien compris ce que la pub essaie de communiquer, je trouve juste l’image paresseuse et, ultimement, incompréhensible. pour le message, je le trouve nauséabond mais je comprends très bien ce qu’il signifie, ne t’inquiète pas. :)
By Jean-no on Nov 5, 2009
Il n’y a que toi qui peux dire, je ne suis jamais allé au Québec :-)
By pull on Nov 6, 2009
C’est parce que le Québec n’existe pas. C’est un truc inventé pour vendre du sirop d’érable et des chanteurs impossibles. :-)
Plus sérieusement je penche comme David T pour a paresse tant graphique qu’intellectuelle : suis-je le seul à remarquer le « photoshop disaster » de l’intéreieur de l’@ non évidé?
By Jean-no on Nov 8, 2009
@Pull : il s’agit d’une impression journal, je n’ai pas vu de version couleur en bonne qualité pour l’instant alors effectivement ça a l’air moche, mais je ne suis pas certain du degré de mochitude. Les autres pubs de la même série que j’ai vu ne m’ont pas choqué du point de vue de la retouche photo.
By Erwan on Nov 28, 2009
Je comprends pour ma part qu’on cherche à vendre un droit à l’accès à Internet ailleurs qu’au bureau, y compris en déplacement. La plus grande nouveauté, c’est Internet mobile, bien plus que le téléphone portable. Au passage, quitte à faire croire qu’on est encore au boulot, mieux vaut envoyer un mail depuis un bus que de répondre au téléphone. Faites ce que vous voulez de ce conseil, que je n’applique pas moi-même : une fois dans les transports en commun, je ne suis plus au bureau. Ils peuvent se le garder, leur pouf rouge.