Profitez-en, après celui là c'est fini

Le gouvernement doit oublier Twitter

décembre 26th, 2025 Posted in Écrans et pouvoir

Il y a un an, après avoir fait la même chose sur le site du parlement britannique, Gregory Harvey lançait une pétition intitulée Cesser d’utiliser X (anciennement Twitter) pour les communications officielles du gouvernement. Si je suis en parfait accord avec la requête en elle-même, j’avoue que je suis réservé quant à sa formulation.

Cessez d’utiliser cette plateforme comme l’un des principaux porte-parole des communications officielles en France. Il existe des alternatives bien mieux modérées et régulées, et il est même possible de gérer sa propre plateforme. Si vous allez ailleurs, les journalistes et les citoyens qui veulent consommer l’information du gouvernement français iront aussi ailleurs.
Le propriétaire de cette plateforme est ouvertement opposé aux valeurs de la Constitution française. Il publie régulièrement des théories du complot, sape délibérément les processus démocratiques dans son propre pays et à l’étranger, et adopte régulièrement une rhétorique raciste, misogyne et homophobe. Il est embarrassant que nos ministères officiels et des personnalités importantes, y compris le cabinet du président, continuent d’ajouter régulièrement du contenu à cette plateforme. Non seulement ils soutiennent tacitement le propriétaire, mais ils lui remplissent les poches.

(Pétition que l’on peut signer sur le site de l’Assemblée nationale. La date limite est juin 2029. Si cinq-cent mille personnes signent d’ici là, un débat parlementaire peut être organisé. Pour l’instant, on en est à cinquante fois moins)

Je tique sur la formule « les citoyens qui veulent consommer l’information du gouvernement français », qui me semble vraiment curieuse — la citoyenneté n’est pas une foire à la saucisse, informer est un devoir de nos gouvernants et l’exercice de la citoyenneté passe par le fait d’être informé de l’action publique —, mais aussi et surtout sur la demande de censure qui est induite par ce texte, et sur l’idée que X-ex-Twitter serait un espace de parole libre, et que cette liberté ferait, par essence, le jeu de toutes les idées les plus détestables.

Le problème d’X-ex-Twitter n’est pas que cette plate-forme n’est pas modérée, c’est au contraire qu’elle l’est, de manière discrète et sournoise, en distribuant la visibilité et l’invisibilité des personnes au gré de choix commerciaux et idéologiques. Tout le monde a le droit de s’exprimer sur X, sans censure explicite, mais aussi sans garantie de pouvoir être lu par ceux à qui on s’adresse, et sans aucun moyen de mesurer la portée de ses interactions. X « aime » maximiser ce que les spécialistes des réseaux sociaux appellent « l’engagement » — c’est à dire la durée et l’intensité de l’implication des différents participants —, et cela fait longtemps qu’on a découvert que la polémique, le défoulement, le besoin de se sentir supérieur, constituaient des moteurs « d’engagement » autrement plus efficaces que bien des activités sociales plus positives. Il semble clair que les situations de confrontation entre groupes irréconciliables sont favorisées par l’algorithme, d’où une ambiance généralement électrique, mais la mannœuvre est difficile à vérifier autrement que de manière empirique.

Les abonnés à Twitter se trouvent sur un simulacre d’agora, où ils sont, certes, autorisés et encouragés à dire ce qu’ils veulent, mais où ils peuvent se retrouver, par décision algorithmique, inaudibles et invisibles1, sauf à jouer le jeu attendu par la plate-forme, qui consiste soit à poster d’une manière qui agrée l’algoritme, soit à acheter son confort et sa visibilité en souscrivant aux formules d’abonnements « premium » ou « premium+ ».
Par ailleurs, si les opinions d’Elon Musk le regardent, la manière dont elles sont imposées à la totalité des abonnés à son réseau social, qui n’ont apparemment pas le droit de rater un de ses posts2, est assez ahurissante, c’est comme si chaque courrier que l’on reçoit était accompagné des élucubrations politiques du directeur des postes.

X-ex-Twitter — et ça me coûte de l’admettre — est devenu une plate-forme sociale particulièrement déloyale, une plate-forme anti-sociale, si on peut dire, et les responsables politiques, médiatiques ou autres doivent être conscientes qu’en en faisant un de leurs seuls canaux de communication3, elles participent à la légitimation d’un projet méphitique4.

  1. Il m’est arrivé à plusieurs reprise de croire de bonne foi que des gens avaient disparu de Twitter et qu’eux pensent la même chose à mon sujet, les posts de l’un n’apparaissant plus automatiquement chez l’autre… []
  2. C’était en tout cas la manière dont ça se passait quand j’y étais encore. []
  3. Rester sur Twitter, pourquoi pas, mais alors pourquoi ne pas aussi poster sur BlueSky, Mastodon,… []
  4. J’aime bien le mot « méphitique ». []
  1. One Response to “Le gouvernement doit oublier Twitter”

  2. By Roland PAVOT on Déc 26, 2025

    J’adhère complètement au propos. Ceci dit, tu mens. Tu n’es pas le dernier des blogs. J’en suis un autre ;) Et toc.

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