Profitez-en, après celui là c'est fini

I Am Mother (2019)

mai 22nd, 2024 Posted in Ordinateur au cinéma, Robot au cinéma

(attention, je raconte toute l’histoire)

Un robot s’active dans un bunker high-tech. L’Humanité, nous dit-on, vient de s’éteindre. Le robot est en charge de 63 000 embryons destinés à repeupler la Terre. Il en sélectionne un, de sexe féminin, et lance son développement dans une matrice artificielle. Le temps passe, l’être se développe et finit par émerger du liquide amniotique sous la forme d’un bébé humain en parfaite santé que la machine presse contre son torse en diffusant des enregistrements de berceuses. Le temps passe encore, l’enfant fait ses premiers pas, grandit, et devient une fillette. Son univers confiné est constitué de dortoirs immenses dont elle est l’unique occupante, et sa seule compagnie, c’est « Mother », le robot qui l’élève. le « visage » de « Mother » est constitué d’un cercle lumineux qui ressemble à un œil cyclope et qui surplombe deux lumières plus petites, qui pourraient elles aussi être des yeux et qui s’écartent ou se rapprochent le long d’un rail en arc qui évoque vaguement un sourire.
La tendresse du robot se manifeste par la délicatesse de ses gestes, de l’éclairage chaleureux de son torse, de sa voix douce (qui est celle de l’actrice australienne Rose Byrne), et bien entendu de son attitude attentionnée.

13867 jours ont passés depuis la grande extinction. La fillette a grandi, elle a une petite vingtaine d’années, ce qui, si on calcule, ne correspond pas à 13867 jours (trente-huit ans). On saura bientôt pourquoi. On voit qu’elle pratique la danse, mais aussi qu’elle a acquis de nombreuses connaissances, y compris en mécanique, puisqu’un jour, alors que la main du robot est endommagée, la jeune femme la répare. Les rôles s’inversent, donc, c’est l’enfant qui prend en charge l’entité qui l’a élevée.
Tout au long du film, le robot et la fille ne s’adresseront l’une à l’autre qu’avec les noms « mother » et « daughter ».

Le robot « Mother » semble très préoccupé par les progrès scolaires de la jeune femme qu’elle éduque. On assiste à une forme de cours de morale utilitariste : si sacrifier une personne pour prélever ses organes permet d’en sauver cinq qui attendent une transplantation, alors c’est la bonne décision. L’élève se pose cependant d’autres questions : et si les personnes à sauver étaient de moins bonnes personnes que celle que l’on envisage de sacrifier ?
Un jour (façon de parler, dans un lieu où il n’y a apparemment ni jour ni nuit) les lumières sont éteintes et le robot est à l’arrêt,. « Daughter » découvre l’origine de la panne générale : un rongeur s’est introduit dans le bunker et a endommagé des câbles. C’est la première forme de vie biologique qu’elle rencontre de toute son existence, mais « Mother » ne voit dans le rongeur qu’une potentielle source de contamination. Le robot jette l’animal, vivant, dans un incinérateur, au désespoir de celle qui lui tient de fille. Lorsque celle-ci demande à « Mother » si elle ne se trompe pas en supposant que toute vie sur Terre a disparu, le robot répond un peu sèchement, un peu vite, comme si la question l’irritait et qu’elle voulait couper court à la conversation : « Est-ce que tu m’as déjà vu commettre des erreurs ? — non, mère. ».

Un jour, pourtant, l’impensable se produit, un bruit sourd se fait entendre de l’autre côté du sas qui mène vers l’extérieur. C’est une femme, qui explique être blessée et avoir besoin d’assistance. Épuisée, l’intruse s’évanouit. En prenant beaucoup de précautions, « Daughter » s’occupe d’elle. Fouillant son sac, elle découvre une arme à feu, qu’elle décide de dissimuler. Lorsque « Mother » arrive, on commence à se demander qui est une menace pour qui. La femme qu’a accueilli « Daughter » semble terrorisée par le droïde1, et affirme que si quelqu’un est dangereux dans le bunker, c’est bien le robot… Mais en même temps c’est elle qui entre armée, ce sera elle qui s’emparera d’une arme pour faire feu que le robot, quand ce dernier ne manifeste aucune hostilité et soigne la blessée — même si, comme cette dernière, nous commençons à nous dire que l’état réel de la Terre n’est peut-être pas ce qu’en dit « Mother », et que les intentions du robot peuvent être autres que ce qu’elle dit.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est I_am_mother_4-530x333.jpg.

La femme venue de l’extérieur refuse absolument d’être opérée par « Mother », et c’est donc « Daughter » qui se charge d’extraire la balle qui se trouve dans sa cuisse. On comprend que la jeune femme, qui n’avait pourtant rencontré aucun autre être humain jusqu’ici, dispose de solides connaissances en anatomie et en médecine. Tandis que la patiente est en convalescence, « Mother » fait passer un nouveau test scolaire à « Daughter ». Les questions que l’on voit défiler semblent concerner la psychologie. Puisqu’elle a passé l’examen « mieux que jamais », « Daughter » se voit donner le privilège de sélectionner l’embryon du prochain être humain à naître dans le bunker. « Daughter » remarque qu’il manque des embryons, et ne tarde pas à découvrir une horrible vérité : elle n’est pas le premier enfant de « Mother », d’autres ont été élevés avant elle, et ont été tués et incinérés, faute d’avoir atteint les performances voulues lors des évaluations.

La femme, interprétée par Hillary Swank (Miss Karate Kid, Million Dollar Baby), raconte à « Daughter » que des robots totalement semblables à « Mother » sont responsables de sa blessure et qu’ils ont tué la plupart des humains. Les rares survivants, dont elle fait partie, vivent dans des tunnels. Nous ne sommes pas loin de croire cette histoire, mais la femme n’hésite pas à menacer « Daughter » pour sortir, avec elle, du bunker. Et l’amener dans un monde écologiquement ravagé que des robots agricoles semblent affairés à réparer en cultivant des hectares de maïs.

Un détail assez intéressant : la preuve qu’amène l’intruse de l’existence d’autres survivants humains est un exemplaire de The Gods of Mars (un livre de la série John Carter, par Edgar Rice Burroughs) qui a servi de carnet et dont les pages sont couvertes de visages dessinés sur le texte.

La femme vit dans un conteneur échoué sur une plage. Elle révèle à « Daughter » qu’elle n’a vu aucun être humain en vie depuis des années. La jeune femme regrette alors de s’être laissée entraîner et décide de retourner dans le bunker, d’autant que son petit frère va bientôt y naître et qu’elle veut s’occuper de lui.
Au retour, des dizaines de robots semblables à « Mother » — mais de couleur plus sombre, et surtout, armés — la pointent avec des viseurs laser. Elle dit qu’elle vient parler à « Mother », ils s’écartent pour la laisser entrer.

Dans le bunker, les néons crépitent : le réalisateur nous plonge dans les codes du film d’horreur, facile mais efficace. « Daughter » s’empare d’une hache, bien décidée à détruire le robot qui l’a élevée tandis qu’à l’extérieur, d’autres robots tentent de forcer l’entrée du lieu.
« Mother » et « Daughter » ont une conversation. On comprend que « Mother », les robots qui se trouvent à l’extérieur, les robots agricoles, forment un tout, une unique conscience, et que leur but a toujours été d’aider l’espèce humaine (et la planète que nos semblables auront tuée) à renaître, mais avec exigence, c’est à dire en accompagnant au mieux cette renaissance et même, en tuant la presque entièreté de l’espèce. Le robot « Mother » finit par se laisser volontairement tuer par « Daugher », qui sera désormais seule avec son petit frère et les dizaines de milliers d’embryons à faire naître.
Un robot se présente dans le conteneur de la femme qui avait attiré « Daughter » à l’extérieur du bunker. Il a la voix de « Mother » et il révèle à la femme que si elle a survécu jusque lors et si elle a pu faire sortir « Daughter », c’est parce que cela servait un but. Et que ce but n’a plus lieu d’être.
On devine que toutes les pannes (main à réparer, rongeur, intrusion…), tous les aléas qui ont frappé le bunker, ont été calculés et faisaient partie de l’éducation de « Daughter », qui a toujours été surveillée attentivement.

Réalisé en Australie avec un budget modeste, I Am Mother est un thriller psychologique qui se situe plutôt du côté psychologique que du côté du thriller. En effet, le spectateur n’est pas plongé dans un état d’angoisse, il se met juste à la place de « daughter », qui est dans un état d’indécision constante : qui croire, que croire, que faire ? La question, comme les réponses que chacun y apportera, concernent moins les technologies ou l’effondrement écologique que des dilemmes communs aux parents et aux politiciens en situation de gouverner : où placer le curseur entre bienveillance et enfermement, entre éducation et autorité, entre confiance et dissimulation ? Comment rendre autonome ceux dont on a la charge ? Peut-on faire le bien de quelqu’un en lui faisant du mal, et contre sa volonté ?

Un film plutôt réussi, donc, qui comme de nombreuses histoires de robots et d’ordinateurs parle peut-être moins de robots que de grands sujets anthropologiques ou philosophiques.

  1. « Droid » est le mot qu’elle emploie. Alors qu’il nous est plutôt familier, ce mot est une marque déposée par la société LucasFilm. []

Postez un commentaire


Veuillez noter que l'auteur de ce blog s'autorise à modifier vos commentaires afin d'améliorer leur mise en forme (liens, orthographe) si cela est nécessaire.
En ajoutant un commentaire à cette page, vous acceptez implicitement que celui-ci soit diffusé non seulement ici-même mais aussi sous une autre forme, électronique ou imprimée par exemple.

Warning: Undefined variable $user_ID in /home/aoun6729/hyperbate.fr/wp-content/themes/blue-box-01/comments.php on line 118