Le code-source qui en savait trop
novembre 1st, 2008 Posted in Brève, indices, Lecture, logicielsLe code-source d’un programme laisse souvent apparaître bien des choses dont on ne pourrait pas se douter en ne faisant qu’assister à l’exécution du programme. Si toutes les variables ont des noms tirés d’un feuilleton ou d’un film, cela nous renseigne sur les goûts de l’auteur, par exemple. Dans la plupart des cas, seul le programmeur peut accéder au code, mais le code-source des pages HTML est quand à lui toujours disponible depuis les navigateurs1.
Le ministère de la culture et de la communication a lancé un site nommé « j’aime les artistes » et dont le but est de faire la publicité du projet de loi Création et Internet qui a été adopté au Sénat jeudi dernier.
Passons sur les divers faits curieux qui entourent ce texte à la légalité débattable (justice privée, double-peine, espionnage logiciel légalisé, déni du droit élémentaire à la défense) et ne parlons pas du contenu même du site qui, par ses omissions, relève sans doute autant de la désinformation que de l’information — je vous renvoie aux séries d’articles qu’y consacrent, notamment, Écrans et Numérama.
Ce qui m’intéresse ici c’est une perle qu’a justement découvert Numérama (à qui j’emprunte cette image) en regardant le code-source HTML des pages du site :
Si vous ne lisez pas le langae HTML couramment ou que vous n’avez pas de bons yeux, sachez que le « <!– » qui ouvre toute la partie notée en vert sert à mettre une section en « commentaire », c’est à dire à l’empêcher d’être interprétée par le navigateur.
Les programmeurs, dans tous les langages de programmation, utilisent le commentaire soit pour annoter leur code, soit pour désactiver certaines instructions sans pour autant les effacer. C’est le cas ici : on a sans doute demandé au développeur de supprimer la liste des partenaires du site, et il l’a fait mais en se réservant avec prudence la possibilité de changer d’avis.
Ici, ce qui a été placé en commentaire, c’est un bloc nommé « partenaires » (il pourrait avoir n’importe quel nom mais la raison commande aux programmeurs d’utiliser des noms qui se rapportent à l’usage). À l’intérieur du bloc se trouve un autre bloc dont le noms est « logos » et qui contient des images aux noms éloquents : logo_canal.jpg, logo_orange.jpg, logo_sacem.jpg, logo_tf1.jpg, etc.2 Chaque image est par ailleurs cliquable et renvoie vers les sites des institutions correspondantes.
Je ne peux pas dire pourquoi tout ce code a été désactivé. Est-ce que l’énormité que constitue le fait de laisser sponsoriser une loi par ceux-là mêmes qui vont en profiter financièrement a fini par sauter aux yeux de certains ? Est-et le fait de l’afficher de manière ostentatoire a finalement été jugé trop cynique ? Reste qu’après la publication de l’article de Numérama, cette partie du code-source des pages a été tout simplement effacée3, preuve de l’embarras qu’a causé cette découverte.
Bref, derrière les pages qui nous sont présentées sur Internet, il y a leur code-source qui, comme ont vient de le voir, a parfois beaucoup de choses à dire.
- Vous pouvez par exemple voir le code source de la présente page en faisant Affichage->Code source de la page (Firefox) ou Affichage->Source (Explorer) [↩]
- La liste complète des partenaires est une énumérations de philantropes désintéressés bien connus : Canal+, M6, France Télévisions, TF1, Disqueenfrance (SNEP), UPFI, Sacem, SACD, SCAM, ARP, USPA, Neuf Cegetel, Numericable, Telecom Italia, et Orange [↩]
- Au moment où je poste l’article, les adresses des vignettes des sponsors sont en revanche accessibles : photos/logo_tf1.jpg par exemple. Le nom du propriétaire du domaine jaimelesartistes.fr est en revanche caché. [↩]

3 Responses to “Le code-source qui en savait trop”
By Christian Fauré on Nov 2, 2008
Le code a parlé ! :-)
By Fab80s on Nov 5, 2008
Je suis fan, merci. Ce genre de billet est plus qu’informatif, ça en devient éducatif. Apprenons le HTML aux internautes !