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Jésus et l’ordinateur

juillet 30th, 2011 Posted in indices, Personnel

En matière de religion, il y a des choses que la science n’explique pas. Elle est impuissante, par exemple, à me faire comprendre pourquoi je ressens constamment le besoin d’embêter les croyants sur leur foi, pourquoi je ne peux pas m’empêcher de leur fournir mes meilleurs arguments de la non-existence de Dieu, alors même que je sais très bien que la foi ne se nourrit pas d’arguments mais uniquement du besoin de foi, du besoin de croire, du besoin qu’il y ait un sens ou une harmonie à leur existence ou au monde, et que pour ceux qui ressentent ce besoin de manière si impérieuse, les arguments rationalistes, logiques, historiques, et parfois même théologiques, sont des menaces et une source de désenchantement ou de désespoir.

Peut-être que ma façon de faire procède d’une forme de jalousie puisque je sais par les statistiques que, à conditions d’existence comparables, les croyants vivent en moyenne un ou deux ans de plus que les autres, et que par conséquent, mon incapacité à me soumettre me coûte deux ans d’espérance de vie. Peut-être que c’est une forme d’auto-défense, puisque je sais que les prêtres et les religions, qui « hackent » le besoin de croire depuis la nuit des temps, ne sont jamais aussi dangereux et aussi avides de pouvoir temporel que quand on leur laisse le champ libre. De même qu’un chien est dangereux pour ses propriétaires lorsqu’il n’est pas dressé, la religion est nuisible à l’espèce humaine lorsqu’elle méconnaît sa place. Je suppose que certains lecteurs seront choqués à ce stade, mais qu’ils y réfléchissent bien : en remisant la religion dans l’espace privé, la laïcité telle qu’on l’entend en France leur a offert la liberté. Ce n’est pas une question de foi, de conviction, mais bien une question de pouvoir, et d’ailleurs le pouvoir a toujours été la seule vraie question des religions.

À côté d’une église gerçoise, on peut poser en templier… Imaginez le scandale national si, aux abords d’une mosquée de la région parisienne, on pouvait poser en Saladin.

La tuerie de l’Île d’Utøya a, c’était prévisible, suscité de nombreux débats en seulement une semaine. Je me moquerais bien de la capacité qu’ont eu les blogueurs et les éditorialistes à fournir mille et une analyses impromptues sur le sujet si je ne l’avais pas fait moi-même.
Parmi les réactions qui m’ont intéressé se trouvent celles des chrétiens fervents, qui se sont trouvés piqués au vif par le fait qu’Anders Breivik ait été constamment qualifié de « chrétien fondamentaliste ». Ils refusent d’être associés à un tel personnage, et on les comprend. Il est vrai que le meurtre de masse n’est pas explicitement recommandé par les évangiles, même s’il s’en est pratiqué plus d’un en leur nom, et il est évident aussi que la quasi-unanimité des croyants, quelle que soit leur religion, du reste, ne peuvent pas se reconnaître dans ce genre d’action. Mais en même temps, c’est assez évident : est-ce que quelqu’un pense que sa sympathique cousine catho-Télérama pourrait avoir l’idée de poser des bombes et de tuer des jeunes militants ? Et cette connaissance, plus antipathique, bien plus proche de la xénophobie1 d’Anders Breivik, qui se revendique du christianisme pour dire, par un raisonnement tordu, sa peur ou sa haine des français « issus de l’immigration », la croyons-nous capable d’un meurtre ? Bien sûr que non.

L’autre jour j’ai tweeté « Les chrétiens refusent d’être associés à Anders Breivik : bien ! Peut-être comprendront-ils mieux les 99,99% de musulmans non alqaedistes ? ». À ma grande surprise, cette phrase dont le contenu lapidaire (twitter ne permet d’écrire que des phrases de cent quarante caractères) me semble assez évident, sinon banal, a fait débat et a été re-tweetée — ce qui signifie aussi soutenue — plus de cinq cent fois, ce qui est un succès important. Plusieurs personnes se réclamant du christianisme y ont vu une attaque à leur endroit, mais ce n’était pas le cas bien entendu, je voulais simplement dire que la manière dont les musulmans sont associés, dans le discours ambiant, aux groupes terroristes, est une injustice. Je connais beaucoup de musulmans, amis, connaissances, étudiants,… certains sont musulmans comme je suis catholique, d’autres sont pratiquants, parfois très pieux. J’en connais qui vivent mal certaines injustices ou qui vivent mal ce qu’ils croient être des injustices, mais je n’en connais aucun qui soutienne de près ou de loin les actes terroristes qui ont pu être perpétrés au nom de leur religion2. Et pourtant, ils doivent subir cette réputation épouvantable de poseurs de bombes en puissance. Les médias français, par exemple, qualifient de « musulmans modérés » les musulmans qui mènent une vie normale et moderne. Modéré, ça signifie « qui se retient », « qui reste prudent », « qui sait rester sage » ?… Un journal télévisé aurait-il l’idée de dire « Les chrétiens modérés affirment ne pas soutenir les méthodes d’Anders Breivik même si certains comprennent ses motivations. La police renforce la surveillance des églises » ? Le contenu implicite d’une telle phrase est odieux, et pourtant, c’est ce qui se diffuse en toute impunité tout au long de l’année dans les médias, si ce n’est que ce sont les musulmans qui sont visés et non les chrétiens.

À la suite de mon tweet, beaucoup de mes contradicteurs se sont sentis obligés de me faire des cours sur l’Islam et sur le Coran, en me prouvant par les textes que, ontologiquement, la religion musulmane était moins pacifique que celle des chrétiens. Il est évident de Mahomet était un prophète en même temps qu’un chef de guerre, mais on peut dire exactement la même chose d’un grand nombre de rois, de patriarches et de juges d’Israël dans la Torah. Quand Moïse reçoit la terre promise « en héritage », Josué est chargé d’aller la conquérir en faisant disparaître ses habitants3.
La première objection que l’on me fait généralement à ce stade est que la Torah est un livre d’histoire, et que les Chrétiens, qui l’appellent « ancien testament » ne se fient qu’au qu’au « nouveau testament », c’est à dire les quatre évangiles auxquels ont été ajoutés quelques textes canon et deux millénaires d’exégèse. Cette objection ne concerne que les Catholiques, qui ont décrété la supériorité du Nouveau Testament sur l’ancien, établie par Saint-Paul, si je ne dis pas de bêtises. Mais de nombreux Chrétiens dans le monde, parmi les protestants, ne sont pas dans le même état d’esprit et voient la Bible comme un tout. Mais même en dehors de ça, le christianisme originel est une religion que l’on peut soupçonner de ne pas avoir été que spirituelle. De nombreux philologues, y compris chrétiens, pensent que les évangiles contiennent un message clairement nationaliste : Jésus voulait bouter le Romain hors de Palestine, et ses actions n’ont pas été forcément aussi pacifiques que ne le disent les textes. Si son histoire est vraie et si elle s’est bien déroulée à l’époque dite (ce dont on n’a pas de preuve formelle), alors la brutalité de la réaction des autorités romaines ne peut s’expliquer que par le fait que l’action de Jésus et de ses compagnons était hostile à l’occupant. Si cela est avéré, il est ironique qu’un groupe d’extrémistes locaux opposés à l’impérialisme romain aient engendré, cinquante ou cent ans plus tard, une religion à vocation universelle, installée… à Rome.
Tout ça est assez passionnant — l’histoire est une affaire passionnante.

Dans un éditorial assez bête, Jean-Pierre Denis, directeur de La Vie, explique qu’il est injuste de relier Anders Breivik au christianisme, puisque la seule preuve de son appartenance religieuse est le fait qu’il a indiqué être chrétien sur sa page Facebook. Après quoi, l’auteur du texte trouve le responsable, ce n’est pas Jésus mais le jeu vidéo et, surtout, le réalisateur Lars Von Trier, puisque Breivik affirmait (toujours sur sa page Facebook, qui devient donc fiable lorsqu’elle apporte de l’eau au moulin de J.-P. Denis) que Dogville était son film préféré et puisque Lars Von Trier avait été expulsé du festival de Cannes cette année après avoir tenu des propos douteux sur le nazisme4.
Sur le site néocon5 Atlantico, Jacques de Guillebon, bigot télégénique à l’air très gentil trouve quant à lui comme responsables du massacre suédois le néo-libéralisme et voit en Breivik « un personnage de Dantec qui assassine en masse ses contemporains perdus pour ne pas devenir un héros de Houellebecq ». Un peu léger sur l’histoire (doit-on rire des croisades et de la Saint-Barthélémy) et visiblement excédé, l’auteur explique que « Les neuneus qui vont répétant en masse sur la place du village depuis au moins quarante ans que « toutes les religions se valent » et que tout ça, c’est facteur de violence, forcément, ma bonne dame, et pis les croisades et la Saint-Barthélémy je vous raconte pas, et j’en passe et des meilleures, seraient bien inspirés – si ce mot fait encore partie de leur vocabulaire athée – de réviser leurs leçons et d’histoire religieuse et de théologie ». Avec une ironie un peu douteuse, il se demande « Où donc un « fondamentaliste chrétien », c’est-à-dire, imaginons-nous, quelqu’un qui serait aller chercher dans les textes paléo-chrétiens les motifs de sa boucherie, aurait-il pu trouver cette matière ? Chez Jésus le crucifié par amour, la victime volontaire ? Voilà qui tient parfaitement debout. Chez Paul, le citoyen romain décapité ? Evidemment. Chez Pierre, le chef des apôtres mis en croix la tête en bas par humilité devant son seigneur ? Chez Jean l’exilé de Patmos ? Chez les innombrables martyrs des premiers siècles ? Raisonnement imparable ».

Aide-mémoire d’un curé, sur le pupitre d’une église de Tarbes

Je trouve ce dernier passage particulièrement intéressant car on voit bien à quel point un catholique convaincu peut être aveugle à la perversion sado-masochiste sordide qui est contenue dans les récits du début du christianisme et par leurs innombrables représentations : du sang, des crachats, de la douleur, de la torture. Et si cette violence aussi appartenait à l’inconscient collectif chrétien ? Par ailleurs, s’il me lit, je conseille à Jacques de Guillebon de jeter un œil attentif à l’histoire d’Ananias et Saphira (Actes des apôtres 5.1), qui montre Simon Pierre, fondateur de l’église catholique romaine, en gourou avide qui tue un couple d’adeptes parce que ces derniers ne lui avaient donné qu’une partie de leurs biens. Officiellement ce n’est pas lui qui les a tués, c’est Dieu, mais ça se passe dans ses appartements et il n’y a pas de témoins. Ce récit abominable est aujourd’hui encore utilisé lors de prêches pour rappeler aux chrétiens que l’on doit s’offrir tout entier à sa religion, ou sinon, gare !
On trouve des horreurs dans la Torah, on des choses suspectes dans les Évangiles, dans les actes, tout comme on en trouve dans le Coran. Ces textes sont bourrés de contradictions internes ou de propos obscurs.
Mon point de vue sur cette question est que ce n’est pas bien grave, car personne ne s’y fie. En fait la plupart des croyants n’ont pas ou peu lu leurs textes sacrés, et, lorsqu’ils les ont lus, n’ont pas cherché à les comprendre autrement que comme ils avaient envie de les comprendre, c’est à dire selon les codes moraux qui correspondent à leur éducation, à leur milieu et à leur époque. Leurs Dieux sont toujours personnels, c’est à dire qu’ils les font à l’image qu’ils voudraient qu’ils aient, ce qui correspond généralement à une sorte de parent de substitution, moralisateur et consolateur.

Lourdes

En fait, sauf particularismes locaux ponctuels (L’Inquisition, Jérôme Savonarole à Florence, les guerres de religion, la république théocratique de Jean Calvin à Genève, le régime des Dalaï-lamas jusqu’au douzième en tout cas, l’Arabie saoudite actuelle, l’Iran des mollahs, le régime Talliban en Afghanistan,… Je ne dis pas qu’on manque d’exemples, c’est vrai), les gens accordent leur religions à leur manière de vivre, plutôt que de laisser la religion leur dicter comment vivre. Bien entendu ils sacrifient à certains rites (parfois plaisants, qui célèbrent les étapes de la vie, comme le Baptême, l’accession au statut d’adulte, le mariage ou les funérailles), ils dépensent de l’argent (a priori aucun Dieu n’a vraiment besoin d’argent pour lui-même mais on en réclame beaucoup en leurs noms, c’est même l’unique constante des religions depuis que l’argent existe en tout cas) et ils construisent de beaux lieux sacrés et des œuvres d’art pour les meubler.

Grand bien leur fasse — personnellement j’adore visiter les beaux édifices religieux et je nourris même une passion malsaine pour la visite de la ville de Lourdes. Je suis même persuadé que certaines personnes parviennent à développer une pensé fine et pertinente bien qu’ils le fassent en s’appuyant sur leurs convictions religieuses. En revanche, tout le monde n’a pas besoin de foi, et les croyants n’ont aucune légitimité à imposer les commandements religieux de leurs dieux éternellement muets (qui ne dit mot consent ? commode !) à ceux qui n’ont pas envie d’y souscrire. Le message de l’oppression religieuse, de la coercition religieuse, ce n’est pas la religion, et encore moins la morale mais bien l’oppression.

Quelqu’un me demandait, toujours sur Twitter, si j’étais croyant.
Je suppose que j’ai laissé, dans les lignes qui précèdent, suffisamment d’indices du fait que je suis ce qu’on appelle un athée. Mais néanmoins je crois à des tas de choses, y compris à des faits d’ordre « spirituel », tel que l’amour, que l’on peut ramener à la biologie et à l’éthologie si l’on veut, mais qui n’en est pas moins un sentiment que l’on peut expérimenter (et que, comme on peut expérimenter la foi en l’absence de Dieu, on peut ressentir de l’amour en l’absence de réciprocité ou même en l’absence d’objet véritable — vers 7-8 ans, j’étais éperdument amoureux de Natacha Romanov, dite « la Veuve Noire », qui sautait de building en building dans les aventures du héros masqué Daredevil).
Je crois aussi très fort aux fantômes. Pas les fantômes d’histoires de fantômes, non, je crois à des fantômes rationnels, comme tous ces indices qui nous donnent pendant quelques secondes l’impression que quelque chose de disparu vit toujours. Une odeur d’encaustique ou de parfum qui nous ramène brutalement au souvenir d’une grand-mère qui n’est plus là, une pochette de disque qui nous rappelle un ami mort prématurément, et pourquoi pas, une vieille pierre qui nous rappelle que des gens dont on ne sait rien ont vécu à un certain endroit il y a très longtemps, et qui nous donne une petite idée de ce qu’était leur vie. Et puis bien sûr les livres, les films, les ouvrages d’art, tous ces objets qui parviennent à ce qu’une pensée, un regard ou un mouvement survivent à leurs propriétaires. Bien sûr ils n’ont que le sens que nous voulons leur prêter, les fantômes sont en nous, mais c’est un genre de revenants dont j’aime bien me faire accompagner.

Ce qui me rappelle une histoire. Je suppose que ça date de la fin des années 1970, disons en 1978. Tous les mercredis, j’avais catéchisme.
Ma mère a été élevée dans le protestantisme, avec un père athée et une mère plutôt croyante. Mon père a été scout et écolier chez des frères maristes,  mais sa mère était totalement athée et je crois que c’est le cas de son père aussi, quoique l’un et l’autre aient été « légalement catholiques », c’est à dire baptisés et ayant fait leur communion. Pas particulièrement croyants (ou même sans l’être du tout je pense, mais je n’ai pas à parler à leur place), mes parents ne m’auraient jamais poussé à aller au catéchisme, même s’ils l’avaient fréquenté eux-mêmes pendant leurs enfances respectives, mais ils ne m’ont pas non plus empêché d’y aller. En fait, je voulais absolument le faire car un copain me l’avait vendu comme une espèce de cours de dessin, ou mieux, comme un endroit où on pouvait dessiner tout le temps pour son plaisir. Et c’est vrai que j’ai dessiné, un peu, que j’ai pu discuter, aussi — en comprenant malgré tout assez vite qu’il n’était pas question que les discussions dévient trop de sujets obscurs dont tout le monde faisait malgré tout mine de comprendre le sens profond : « l’esprit saint », « le mystère », « la bonne nouvelle », « la lumière », « le chemin », « la voie », enfin tout un tas de notions théologiques ou d’indications topologiques suffisamment vagues, suffisamment creuses, pour que l’on puisse les remplir à l’envi de ce qu’on voulait, de ses propres espoirs : « Ça, c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans — C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! »6. J’ai toujours été assez terre-à-terre et ce genre de choses ne fonctionne pas sur moi, j’aime savoir de quoi on me parle exactement.

Le curé était un hollandais (ou un belge néerlandophone ?) de près de deux mètres qui parlait avec un accent difficilement intelligible. On savait qu’il avait été marié, que sa femme l’avait abandonné et qu’il était devenu prêtre ensuite. De temps en temps il prenait un air terrible de prédicateur fou. Je me rappelle d’une homélie particulièrement enflammée qu’il avait consacré à expliquer le choc pétrolier à ses paroissiens : l’église chauffait au fioul et il ne voyait pas comment s’en sortir.
C’était un personnage solitaire, un peu pathétique, au point que je me suis senti forcé de me dévouer lorsqu’il lui a fallu un enfant de chœur pour l’assister lors de la messe. Ce qui fait que, agnostique (à l’époque je me considérais comme agnostique, c’est à dire comme athée, mais assez poli envers les croyants pour dire « je ne sais pas »), enfant d’agnostiques, je me suis retrouvé chaque dimanche à porter une aube, des cierges, des rameaux, à tester des micros et à lire des épitres aux Corinthiens sans rien y comprendre. Cette affaire s’est terminée un jour très triste, où l’on enterrait la mère d’un de mes meilleurs amis, dont la mini Austin avait été percutée à un carrefour par un camion. J’ai lu un texte, dont je ne me souviens plus le contenu, mais dans lequel figurait le mot « inimitiés ». Mot dont je n’avais jamais entendu parler et que j’ai prononcé « intimités ». Toute la nef est partie dans un éclat de rire qui m’a semblé interminable et qui m’a mortellement vexé. Après l’office j’ai dit au curé que je quittais ma fonction.

Psaume 127 : «Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse, et tes fils, autour de la table, comme des plants d’olivier». Ce texte, qui développe une vision un peu décorative de la famille, lu pendant une messe de mariage récemment, a bien souffert : mal photocopié, mal transcrit («fils» devient «films» – une blague du correcteur d’orthographe de Word ?), il était lu par une amie des époux qui ne parvenait pas à le déchiffrer. Dans une indifférence générale.

Pendant mes années de catéchisme, j’ai appris que les curés pouvaient se mettre en colère ou demander à une de leurs ouailles de mentir, que les dames de catéchisme pouvaient être véritablement méchantes, que les croyants pouvaient être eux aussi très éloignés de la morale de bon sens qu’étaient censées dispenser les évangiles. Mon épiphanie a été celle-ci : j’ai découvert que la religion servait souvent à faire de la morale une affaire mystique, spirituelle, mais certainement pas pragmatique, et donc, finalement hypocrite. J’avais l’impression d’être le seul gentil tout en étant (et ça je l’ai su tout de suite) le seul à n’être pas croyant.
Il m’arrive de temps en temps d’aller à une messe — mariage, enterrement —, et je constate toujours avec une pointe d’horreur que mon conditionnement, autant dire mon dressage, n’a pas été totalement raté : je sais quand il faut se lever ou s’asseoir et mes jambes le font toutes seules. Je sais quand on doit chanter, je me souviens des prières moi qui n’ai jamais pu retenir un poème ou une chanson, et le signe de croix me vient spontanément, contre mon gré, au moment où on est censé le faire. Perturbant.

La salle où se faisait le catéchisme était un préfabriqué assez laid. Sur le mur, une image me fascinait. Elle est sans doute perdue pour toujours, alors je la recrée de mémoire ici :

C’était un listing informatique (dont je ne suis pas sûr du tout que le papier ait été vert et blanc, à bien y réfléchir) sur lequel était dessiné la figure du Christ (ou plus précisément, le visage qui a marqué de son empreinte le célèbre suaire de Turin), en caractères imprimés. C’est sans doute idiot à dire aujourd’hui, mais comprendre que des lettres imprimées mécaniquement pouvaient dessiner quelque chose7 m’a ouvert à tout un monde. Ensuite, ce dessin émanait d’un ordinateur. À l’époque, bien sûr, personne n’avait d’ordinateurs et on savait à peine à quoi cela servait. Un paroissien qui travaillait chez IBM avait offert l’image au curé, et je sentais que pour cet homme elle était chargée de sens, que c’était pour lui une sorte de preuve confuse que la modernité n’était pas l’ennemie victorieuse de la foi, ou que l’esprit saint était plus fort qu’une machine à penser, que le mysticisme ou la spiritualités dépasseraient toujours le raisonnement froid et logique.
Enfin c’est ce que je suppose qu’il pensait.

  1. Comme le dit André Gunthert avec raison, le racisme disparaît au profit de la xénophobie. Lire : Martine et le terroriste, ainsi que les commentaires de l’article. []
  2. J’exclus la Palestine de la question, car la question palestinienne n’est pas une question religieuse même si les musulmans se sentent concernés par le sort des palestiniens, tout comme les juifs, et c’est bien normal, se sentent concernés par le sort des israéliens. []
  3. Dans la Bible, le retour des juifs en Israël a été permis par le massacre de ceux qui y résidaient, mais l’archéologie tend à prouver que les choses se sont en fait passées très différemment : la réalité historique de la captivité en Égypte et de l’Exode sont remis en cause, les hébreus et les habitants de la terre de Canaan étaient les mêmes, l’histoire juive s’attribue un génocide imaginaire. C’est en tout cas ce qui est conclu dans  La Bible dévoilée, passionnant ouvrage (certes contesté de tous bords) d’Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman. []
  4. Ceux qui ont visionné la totalité de la conférence de presse que Lars Von Trier a conclu par la déclaration  « Ok, je suis un nazi » ont trouvé très injuste le procès médiatique qui lui a été fait. On était en droit de trouver son humour douteux mais pas d’y voir autre chose que de l’humour il me semble. []
  5. Le mot Néocon n’est pas un gros mot, il s’agit de l’abréviation consacrée pour la notion anglo-saxonne de neoconservative, « néo conservateur ». Évidemment, en français, ça sonne curieux. Mais tout bien pesé… []
  6. Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince. []
  7. L’utilisation de lettres mécaniques pour dessiner n’est pourtant pas neuve, cf. ce document trouvé dans Popular Mechanics. []
  1. 36 Responses to “Jésus et l’ordinateur”

  2. By Jacques Pyrat on Juil 30, 2011

    Bonjour,

    À la lecture de cet article, je me dis que tu as parfaitement raison de ne pas vouloir de « cette » religion.

    En effet, en tant qu’être humain, nous avons 2 composantes essentielles :
    – l’intelligence = la recherche de la vérité
    – le cœur = le désir du bien

    Et manifestement, durant tes années de caté, ton intelligence n’a pas été satisfaite, et ton expérience lors de cet enterrement n’a rien arrangé.

    Si tu cherches à trouver des chrétiens qui pourraient nourrir ton intelligence, tu pourrais voir du côté de http://institutsaintjean.fr/

  3. By Jean-no on Juil 30, 2011

    @Jacques : Si les humains cherchaient la vérité et vivaient dans le désir du bien, ça se saurait, je pense.
    Comme je suis vaniteux, orgueilleux, présomptueux, et que j’aime l’idée de l’intelligence en général, le biais intellectuel est tout à fait indiqué pour m’appâter (chaque personne a sa faille qu’exploitent les marchands de manuels pour trouver le bonheur). Mais en même temps je ne compte sur aucune religion pour m’aider dans ce que je recherche, je n’ai pas de grande quête cosmique, ma curiosité ne porte que sur ce que je peux voir et faire et du reste je ne crois pas et je n’ai jamais cru à l’unité de la vérité et du bien.
    Même si ça ne correspond ni à ma formation ni à mes capacités intellectuelles (je suis mauvais en maths et je n’ai pas beaucoup de mémoire) je pense que je suis plutôt à ranger parmi les scientifiques.

  4. By sylvette on Juil 30, 2011

    Hear hear hear, évidemment. Juste un conseil de lecture rapport à Jésus vs. Romains: un livre assez passionnant que j’ai traduit il y a deux ou trois ans Rome et Jérusalem de Martin Goodman. Si ça t’intéresse je dois en avoir quelques exemplaires à la maison, alors à la rentrée on pourra trouver moyen de faire une livraison…

  5. By Jean-no on Juil 30, 2011

    @Sylvette : je note (et oui je peux te le piquer si tu as un exemplaire en trop). Je crois que j’ai un livre de Martin Goodman à la maison, qui date de quand ma petite soeur faisait Khâgne. Mais peut-être que je confonds. Enfin elle avait x livres à lire sur l’urbanisme et l’antiquité.

  6. By sylvette on Juil 30, 2011

    Oui je te mets un exemplaire de côté… je peux te fourguer un certain nombre d’autres trucs que j’ai traduit aussi si tu ne sais pas quoi lire à la rentrée. Vous êtes partis dans le Gers? Qui bouffe les courgettes?

  7. By Bertrand on Juil 30, 2011

    Le suaire en ASCII art ça a un côté Matrix indéniable, tu n’as aucune excuse pour ne pas l’avoir fait avant les wachowski.

  8. By Jean-no on Juil 30, 2011

    @Bertrand : ah mais il y en a eu d’autres entre temps, comme le slovène Vuk Cosic qui a repris Deep Throat et King Kong en Ascii, aux tous débuts du net art.

  9. By Jean-no on Juil 30, 2011

    @sylvette : le Gers c’est dans dix jours environ donc on mange les courgettes nous-mêmes :-)
    J’ai déjà un livre traduit par Mme Kleiman-Lafon à lire figure toi, acheté il y a cinq ans, le ClinckerSmolett.
    Tu vois je vais lentement dans mes lectures, le tas descend terriblement lentement (aussi, j’achète plus que je ne peux lire).

  10. By Décolonisé on Juil 30, 2011

    « Sur le site néocon5 Atlantico, Jacques de Guillebon, bigot télégénique à l’air très gentil trouve quant à lui comme responsables du massacre suédois le néo-libéralisme »

    Ca a l’air d’être la grille d’analyse chez les éditorialistes cathos. J’ai lu la même chose chez Plunkett (il faut dire qu’il accuse toujours le libéralisme de tous nos maux) et ça possède évidemment son lot de vérité. Ce n’est pas la religion qui a motivé Breivik, cette dernière étant l’alibi d’un imaginaire de communauté à défendre. Mais n’est-ce pas à chaque fois le cas ? Il faut aussi être capable de s’interroger là-dessus.

  11. By Jean-no on Juil 30, 2011

    @Décolonisé : Breivik nous laisse un fatras d’indices ahurissant : religion, ésotérisme, franc-maçonnerie, jeu vidéo, science-fiction, nationalisme, politique, néo-libéralisme, etc. Mais jusqu’à preuve du contraire le grand responsable, c’est surtout lui :-)
    On pourrait aussi accuser l’automobile (bien des horreurs seraient impossibles sans automobile), les contrôles agricoles défectueux (six tonnes d’engrais chimiques pour une ferme bio !?), le laxisme des marchands d’armes,…
    Ça m’amuse un peu de voir que les catholiques sont piqués au vif alors qu’ils ne voient pas le problème quand le même genre d’affaire est appliquée aux musulmans, qui ne sont, à ma connaissance, pas plus nombreux que les chrétiens à être capables de soutenir un meurtre de masse semblable à celui qui a eu lieu en Norvège.

  12. By yves deligne on Juil 30, 2011

    «Ce qui caractérise alors l’expérience d’un « infini » (ce qui ne cesse de nous échapper au moment où nous en parlons), c’est que l’infini nous est nécessaire en tant que précisément il nous échappe. Au fond, il est perçu dans l’expérience comme ce sans quoi un homme ne peut pas vivre, ce sans quoi une communauté, un groupe d’hommes, ne peut pas exister. C’est quelque chose de si fondamental qu’en être privé serait périr. Et pourtant on ne peut pas le saisir, ni le détenir. Aussi le disons-nous in-fini.
    Pour caractériser cette expérience radicale, je prendrai un mot qui n’est pas spécialement mystique (bien qu’on en trouve des équivalents chez les spirituels). Il est d’un philosophe. Heidegger essayait de définir le rapport que nous avons avec l’être en le caractérisant par le fait qu’on ne peut pas parler sans lui. Cette catégorie « pas sans » énonce en effet la tension d’un rapport et le lien indéfiniment retrouvé par l’expérience. »
    «Qu’est-ce que cela veut dire : « pas sans » ? Si je la reprend à mon compte, je pense que cette catégorie peu désigner ce que l’Evangile nous apprend de plus mystérieux : Dieu ne peut pas vivre sans nous. Cela veut dire aussi que Jésus, comme homme historique, ne peut pas vivre ni parler sans ceux qui le suivront et qui l’ignorent encore. Cela veut dire encore que chacun de nous ne peut pas vivre sans ce que nous ignorons, sans un au-delà de nous-mêmes que nous ne connaissons plus, ou pas encore, ou que nous ne connaîtrons jamais. Dans l’itinéraire ou l’incohérence de chaque expérience personnelle, tout instant de vérité – expérience affective, élucidation intellectuelle, rencontre avec quelqu’un – perdrait sa signification, s’il n’était pas relié à d’autres et finalement à l’Autre. Il n’a de sens que dans la mesure où il est inconcevable sans d’autres moments, sans d’autres rencontres. » (Michel de Certeau, L’étranger ou l’union dans la différence, p. 9-10)

  13. By Décolonisé on Juil 30, 2011

    @Jean-no : Le responsable sera toujours Breivik mais les influences viendront toujours de l’extérieur. Les démêler c’est arrivé à mieux comprendre et réagir.

    Je trouve pour ma part que les indices que l’on peut relever dans son manifeste n’ont rien d’un fatras et suivent une logique et une idéologie bien identifiable. Il y a les références et la manière de les ordonner, et sur ce point il suit ce qui se dit de plus ordinaire au sein des nouvelles extrême-droites en Europe.

    Si on en revient aux chrétiens, toutes tendances confondues, ils jouent eux-mêmes régulièrement le jeu de la victimisation et du deux poids deux mesure s’agissant des musulmans. Alors oui, c’est assez piquant que de constater que cette fois-ci ils s’avèrent les derniers à jouer de ce parallèle de situation. Sans doute parce que ça ne les as jamais choqués jusque là.

  14. By Jean-no on Juil 30, 2011

    @Décolonisé : Je pense que Breivik ne sort pas de nulle part, on est d’accord. Mais il brouille quand même pas mal les pistes avec ses références (jusqu’à l’Eurovision). Ceci dit il brouille moins les pistes qu’on pense peut-être. J’ai lu pas mal de genre dire « on ne peut pas être chrétien et Franc-maçon, c’est un motif d’excommunication automatique », mais ce n’est pas évident partout. En Norvège les francs-maçons se réclament du christianisme et la religion (d’état !) les tolère apparemment tout à fait, et du reste, l’excommunication est une une pratique catholique, qui ne concerne pas le protestantisme (sauf peut-être anglicans ?).

  15. By Décolonisé on Juil 30, 2011

    @yves deligne : J’ai lu votre commentaire et je ne suis pas certain d’en avoir bien compris le sens, aussi vous m’excuserez du décalage. Comme je le comprends vous semblez apporter une explication de « l’expérience » de Dieu en tant qu’infini qu’on ne peut – et qu’on ne doit pas – chercher à connaître et se contenter d’accepter comme nous précédant.

    Or ramené à la matière l’on sait que l’univers est infini et que notre monde est lui bel et bien fini. Notre monde ne peut pas [vivre] sans l’univers. Mais chercher à connaître l’univers n’empêche pas ce monde d’exister. Si je reprends le parallèle spirituelle, nous vivons tout aussi bien – sinon mieux – en ayant accès à la connaissance.

    Si Dieu ne peut pas vivre sans nous, c’est parce qu’il est de notre création.

  16. By Décolonisé on Juil 30, 2011

    @Jean-no : Je ne trouve pas qu’il brouille grand chose, pas si on prend en compte le fait qu’il soit aussi un Norvégien de 32 ans. Soit les jeux-vidéos, la SF, la pratique d’internet, la franc-maçonnerie, la pratique religieuse inexistante et les quelques références historiques propres aux pays scandinaves. Après je n’ai pas clairement pas lu les 1600 pages de son manifeste mais ce doit forcément être plus touffu que vraiment confus.

  17. By Jean-no on Juil 30, 2011

    @Décolonisé : Je ne l’ai pas lu non plus. Mais je pense que je le ferai quand ça sortira en poche (inévitable). Je ne dis pas qu’il est confus, il est complexe comme tout le monde mais il y a une façon de semer des indices qui ne se relient pas tellement sauf justement, par une certaine banalité.

  18. By Jean-no on Juil 30, 2011

    @Yves Deligne : je suis un peu handicapé de la philosophie (par hasard j’aime quelques philosophes sans rapport les uns avec les autres mais en général c’est une lecture à laquelle je ne prends pas de plaisir et dont je ne tire pas grand chose). Quand je lis un texte comme celui que vous reproduisez, je n’arrive pas une seconde à comprendre comment le relier à quoi que ce soit de tangible. Ce qui ne signifie pas que ça ne soit pas intéressant, je n’en sais rien, disons que dans le doute, suivant mon complexe de cancre (je n’ai pas eu de cours de philosophie à l’école, je suis un peu comme le gueux crotté qui baisse son chapeau en visitant un palais où il était venu se plaindre) et en constatant rétrospectivement que certaines choses qui me semblaient autrefois fumeuses me paraissent à présent compréhensibles ou intéressantes, je respecte. Mais en même temps je ne sais pas trop quoi en penser :-)

  19. By colodio on Juil 30, 2011

    En lisant jusqu’au bout un long article sur Jesus j’ai pu découvrir Deep Throat en ASCII, Vie De Grace…

  20. By Poum on Juil 31, 2011

    Bonjour, c’est un peu fatras et grand déballage quand même cet article…
    Du terroriste chrétien franc-maçon con en passant par une lapidation en règle des croyants de tout bord, vils et pleutres face à la gentillesse des athés en passant par la St Barthelemi et des interprétations de récits tardifs d’actes prétés a Pierre.

    Je voudrais juste vous dire que, du fait de ce en quoi je crois, je pense que votre personne, votre vie, vis actions sont aussi mais pas plus importantes que celles d’un autre humain de cette planète. Vous n’êtes meilleur que parce que vous n’avez pas eu l’occasion d’être pire. Ne vous attribuez pas des mérites que vous n’avez pas: Hitler, Staline, Néron étaient athés ou croyants mais ils étaient surtout humains donc faibles.

    J’aimerai qu’il suffisse d’être athé pour être bon. Je pense surtout que l’on ne choisit pas d’être croyant, on l’assume et ce malgré les critiques en règle de certaines bonnes personnes qui souhaiteraient les rééduquer.

    Ps: je n’ai pas parlé de la religion, institution humaine se créant à partir d’une foi

  21. By Jean-no on Juil 31, 2011

    @Poum : fatras est mon second prénom ! Je n’ai aucune idée de la réalité des actes prêtés à Pierre mais je note que cet épisode ignoble est souvent utilisé dans des démonstrations théologiques. Je ne pense pas non plus qu’il suffise d’être athée pour être bon et je m’accord avec vous sur le fait que les humains sont faibles. En fait j’admets même que la foi donne des forces : celle d’aller panser des lépreux ou celle de torturer des gens en étant persuadé de servir une cause supérieure.
    Pour vous résumer l’article sur ce point, je ne dis aucunement que Anders Breivik a agi comme il a agi en fonction de sa foi religieuse, mais je veux dire aussi que la situation des chrétiens est semblable concernant le monde musulman, qui est très majoritairement, quasi-unanimement, constitué de gens tout à fait normaux, c’est à dire qui veulent vivre et laisser vivre, qui peuvent avoir des défauts comme des qualités, dont certaines seront universelles et d’autres sembleront liées à leur culture, mais qui ne méritent en tout cas pas l’image que le discours ambiant renvoie d’eux depuis des années, et de manière de plus en plus insultante depuis dix ans.
    Sur la question de la religion, on peut discuter des heures : oui, la religion a un truc à vendre, c’est une boutique, rien d’autre. Beaucoup de petites religions agressives démarrent leur commerce en chantant cet air-là, en disant que la vraie foi vient de chacun et pas des institutions – en fait c’est un principe de l’Islam sunnite (qui n’a pas de clergé) comme du christianisme réformé. Et pourtant ceux-là aussi ont un truc à vendre.
    L’envie de croire précède effectivement les religions (qui sont les parasites ou les canalisateurs – selon la manière dont on veut le voir – de cette envie de croire), mais pour les gens comme moi qui n’ont pas cet appétit d’être guidés, dominés, de recevoir des explications d’autorité au grand tout, voir ceux qui se trouvent dans un autre état d’esprit est toujours une source d’étonnement et de consternation. Ça m’épate que le fait d’avoir besoin de croire donne à certains l’idée que ce en quoi ils croient est forcément vrai et ne doit surtout pas être questionné, évalué, comparé. Mais je le constate et je finis par l’accepter, de même qu’on ne peut pas dire à quelqu’un qui a faim qu’il n’a pas faim.

  22. By yves deligne on Juil 31, 2011

    @Jean-no Je comprends votre réaction parce qu’il n’est pas simple de se faire une idée valable quand on a simplement affaire à une citation qui forcément renvoie à un ouvrage qui lui-même s’inscrit dans une discipline, la philo en l’occurrence. Sans quelques solides références une citation comme celle-ci a donc tout pour ressembler à un texte hermétique. J’ai cité MdC parce en raison de votre croyance aux fantômes, c’est à dire votre foi en un au-delà : « chacun de nous ne peut pas vivre sans ce que nous ignorons, sans un au-delà de nous-mêmes que nous ne connaissons plus, ou pas encore, ou que nous ne connaîtrons jamais. » Mais, je n’en dit pas plus parce que ça nous entraînerait à des développements qui ne sont peut-être pas ceux que vous apprêtez à faire en publiant vos textes. Il y a pas mal de points, dans votre billet, qui pourraient êtres discutés, comme la phrase suivante : « les gens accordent leur religions à leur manière de vivre, plutôt que de laisser la religion leur dicter comment vivre » Mais, là encore ça nous conduirait assez loin, et je n’ai malheureusement pas le temps d’entrer par écrit dans une telle discussion. Une autre fois peut-être :)

  23. By Mathieu Tremblin on Juil 31, 2011

    Je ne peux pas m’en empêcher, ce jeu de mots m’est apparu comme une révélation, il traîne dans un recoin de mon cerveau depuis que j’ai lu ton billet.

    Ce listing informatique,
    c’est le Suaire de Turing.

  24. By Jean-no on Juil 31, 2011

    @Mathieu : ça aurait fait un excellent titre pour le billet !

  25. By Jean-no on Juil 31, 2011

    @Yves Deligne : ma phrase est un peu péremptoire, et je suis le premier à lui trouver des contre-exemples en pagaille. En fait elle se situe surtout dans le cadre de la religion « utilitaire », souvent mise en avant par des gens, croyants ou pas, qui pensent que la religion a la vertu de donner des bases morales aux gens. En anthropologue gonzo amateur, je constate que les rites de passage, les célébrations saisonnières, les tabous et les principes moraux varient selon les endroits et les époques, mais assez peu sur l’essentiel, que l’on parle de sociétés aux religions théistes ou non (la religion chinoise, qui concerne tout de même pas mal de monde sur terre, n’est pas théiste, même si on y rencontre des divinités). Il n’existe pas un endroit ou une époque où tuer, et plus généralement faire du mal à autrui, ne sont pas réglementés par des règles légales et par des règles supérieures plus ou moins irrationnelles, du moins en apparence. Mais cela existe aussi chez les pigeons (animaux assez méchants pourtant) et l’éthologie et les mathématiques (théorie des jeux) ont même montré la source logique de la conformité à une certaine morale commune. Pour moi il est évident que la religion ne fait que se greffer sur tout ça, tout comme la loi d’ailleurs (qui s’appuie sur des bases non-rationnelles aussi, cf. Mary Douglas, Comment pensent les institutions), au profit, généralement, de pouvoirs terrestres, mais à la demande plus ou moins inconsciente de l’ensemble de la société. C’est ainsi que les gens déduisent la morale commune de textes vieux de centaines d’années et dont le propos s’écarte souvent sensiblement de ce qu’ils y lisent.
    Mais comme vous dites, si on commence sur ce terrain, on n’est pas couchés !

  26. By yves deligne on Juil 31, 2011

    @Jean-no Et bien justement, pour l’avoir lue, vous deviez vous souvenir que M. Douglas fait le ménage du côté individualiste : on ne peut pas scinder les sociétés humaines en deux cercles, ou deux genres, dont l’un serait affectif (et holiste) et l’autre rationnel (et individualiste). Tous les acteurs humains ont, explique M. Douglas, à la fois un rapport calculé au bien commun et une certaine idée – apparemment arbitraire – de ce qui est « vrai ». Mais, ce n’est pas grave : les blogs servent avant tout à exprimer ce qui déborde en nous et peu importes les vérités scientifiques, sciences humaines comprises !

  27. By Jean-no on Juil 31, 2011

    @Yves Deligne : oui oui, c’est bien ce que j’ai compris à Mary Douglas, c’est ce qui me fait dire que les religions suivent les hommes et pas le contraire, mais certainement pas au niveau individuel – l’homme est un animal social, chacun concilie ses pulsions individuelles avec divers réflexes grégaires (là, il faut se pencher sur la psychologie sociale, encore un autre sujet). L’actualisation des institutions n’est jamais immédiate, c’est ce qui fait que ce sont des institutions, mais elle est certaine.

  28. By yves deligne on Juil 31, 2011

    Pas tout à fait, Jean : les institutions sont inséparables de l’homme, elles naissent avec l’homme, sans le précéder ni le suivre.

  29. By Jean-no on Juil 31, 2011

    @Yves : Aussi loin qu’on puisse le savoir, l’homme a toujours eu des institutions, mais le nombre, le contenu et le mode opératoire de celles-ci peuvent varier.

  30. By yves deligne on Juil 31, 2011

    …ainsi que les niveaux de complexité, on est d’accord !

  31. By Décolonisé on Juil 31, 2011

    @Poum « J’aimerai qu’il suffisse d’être athé pour être bon. »

    Comme je le conçois, l’athéisme n’est pas une morale mais une exigence « philosophique ». Dieu et tout ce qui découle des vérités révélées participent à un mensonge* qui freine le progrès humain. C’est en soit quelque chose de plus à dépasser dans les sociétés humaines.

    * Mensonge qui n’a rien d’un complot et possède son utilité sociale et stabilisatrice.

  32. By Jean-no on Juil 31, 2011

    @Décolonisé : je suis sûr que les dieux ne sont pas vraiment utiles socialement (avec ou sans dieux, une morale et des institutions se créent toujours, cf. la religion chinoise, sans dieu, et pourtant pas moins stabilisatrice qu’une autre). Pour moi l’utilité est plus personnelle, mais les gens qui n’ont pas besoin de dieux ont tendance à essayer de rationaliser en imaginant que c’est utile à la morale. J’ai longtemps été de cet avis d’ailleurs mais ça me semble une erreur tout compte fait.

  33. By Décolonisé on Août 1, 2011

    Oui mais ça n’a vraiment aucun rapport avec la morale.

    Les premiers hommes sur cette terre ont probablement essayé de trouver une raison pour que l’immensité de ce monde puissent fonctionner et ceci sans les notions de hasard et du chaos. Les premiers Dieux étaient à l’image de ce qu’ils pouvaient voir, soit des animaux fétiches, le Soleil ou la Lune. Les religions d’aujourd’hui sont seulement plus élaborées, avec ou sans Dieux. Le problème intrinsèque aux religions est de nous poser des limites au-delà desquelles l’homme n’a plus à s’interroger sur le fonctionnement du monde, de lui-même et de la vie en collectivité. Les religions ont des raisons d’êtres mais elles ne définissent pas le monde tel qu’il devrait être. Si on veut aller plus loin il faut faire preuve de ce que j’appellerai l’exigence athée. C’est une démarche scientifique.

  34. By Jean-no on Août 1, 2011

    @Décolonisé : je ne sais pas dans quelle mesure les religions actuelles sont plus élaborées. Bien sûr elles se sont complexifiées dans les faits (textes, dogmes, pratiques) mais dans un sens elles simplifient la vision du monde. Du « chaque chose de la nature est divine » on est passé à « chaque chose de la nature a pour cause un même et unique dieu », qui est aussi une manière d’affirmer (puisque ce Dieu est humain à tout point de vue) la primauté de l’homme sur la nature, avec les implications qu’on sait en matière d’écologie. Tant qu’à vénérer le surnaturel, je trouve que le monothéisme est plutôt une régression !

  35. By Décolonisé on Août 1, 2011

    @Jean-no : Elles se sont complexifiées à mesure qu’elles regorgeaient de contradictions. Pour expliquer un phénomène tel que celui de la Vierge Marie, il y eu des bataillons de philosophes et de théologiens expliquant aussi bien le pourquoi que le comment. Ce sont les fameux débats sur les sexes des anges (discipline officielle par ailleurs).

    Mais elles sont aussi plus élaborées dans le sens où elles sont capables de muter et s’ingérer dans des domaines de croyances a priori sans Dieux, telles que les idéologies politiques, les pseudo-sciences ou la philosophie elle-même. Les religions antiques semblaient n’avoir qu’une place bien définie et identifiable et c’est moins le cas aujourd’hui.

    Je suis d’accord sur le caractère paradoxalement simpliste de toutes ses complexifications religieuses. Cela participe aussi de l’illusion populaire qui veut que plus ces dernières s’avèrent fécondes (en nombres de dogmes, d’interprétations, de courants, d’hétérodoxies) elles n’en seraient que plus vraies alors qu’en accord avec à un raisonnement scientifique des plus basique c’est avant tout le signe qu’elles soient fondées sur des théories faites de bric et de broc.

  36. By Jean-Baptiste Maillard on Déc 20, 2011

    Je viens d’écrire un livre sur le thème « Dieu et Internet » et je vous invite à découvrir le blog consacré http://www.dieuetinternet.com. Vous aurez peut-être un autre son de cloche ! :-)

  37. By Jean-no on Déc 20, 2011

    @J-B Maillard : votre livre est publié par les éditions des béatitudes, du nom du mouvement qui tente d’appliquer au catholicisme des méthodes proches de celles des évangélistes américains. Autant vous dire que ce n’est pas ma tasse de thé, et il est donc évident que j’y trouverais « un autre son de cloche » : contrairement à vous, je n’ai rien à vendre, et certainement pas de l’imbécillité et de la manipulation.
    Je me suis permis de modifier un peu le lien vers votre site, j’espère que vous ne m’en voudrez pas trop.

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