Profitez-en, après celui là c'est fini

La génération « post-micro »

décembre 22nd, 2009 Posted in indices, Interactivité

En 1996, j’ai été chargé de tenir la main des visiteurs de la biennale Artifices, à Saint-Denis. Il est souvent périlleux de se passer de médiation lors des expositions d’arts numériques, mais à l’époque, les interfaces les plus banales — celles de l’informatique bureautique — réclamaient autant d’assistance que des installations expérimentales reposant sur la présence de capteurs, par exemple.

Les cours de multimédia du département arts plastiques de l'Université Paris 8 en 2001.

Les cours de multimédia du département arts plastiques de l’Université Paris 8 en 2001. Les étudiants n’étaient pas encore nombreux à être équipés de matériel informatique chez eux.

Cette édition d’Artifices mettait d’ailleurs tout particulièrement l’accent sur les codes de la micro-informatique la plus « normale » : claviers, souris, écrans, les ordinateurs n’étaient pas cachés. On y présentait notamment des cd-roms et des sites d’artistes, à une époque où pour la plupart des gens, Internet n’existait pas et où la plupart des gens n’étaient pas persuadés d’avoir besoin d’un ordinateur chez eux un jour. Le président Chirac ignorait encore ce qu’était une souris d’ordinateur et il était loin d’être seul dans son cas. Je me souviens notamment d’un visiteur de l’exposition qui cherchait désespérément à obtenir quelque chose à l’écran en soulevant de la table la souris qu’il tenait dans la main. Par un retournement de situation assez savoureux, je note au passage que les idées bizarres des analphabètes de l’informatique de l’époque deviennent à présent assez sensées : aujourd’hui il existe des souris qui se soulèvent, ou des machines qui interprètent les gestes de leurs opérateurs sans avoir besoin de passer par l’intermédiaire de la souris et du clavier, dispositifs qui seront sans  doute bientôt considérés comme terriblement archaïques. C’est à la même époque qu’on a commencé à me confier des charges de cours, dans une salle où quatre macintosh plutôt moins puissants que le moindre lecteur mp3 actuel se battaient en duel. Les étudiants étaient curieux, voire avides de manipuler les ordinateurs, mais ils n’avaient généralement aucune connaissance de l’outil informatique. Cet état d’ignorance les rendait paradoxalement téméraires et inventifs dans leurs propositions. Ils ne se demandaient pas quel outil il fallait employer, comment, ce qu’il y avait à apprendre et quel temps cela prendrait, car pour eux, à peu près tout relevait de la magie, alors pourquoi limiter son imagination ? Il n’y avait pas de magie pour moi puisque j’appartenais à la catégorie qui avait vu naître la micro-informatique : je devais avoir dix ans lorsque j’ai touché un Apple II pour la première fois, douze ans lorsque j’ai eu mon Sinclair ZX81, et quinze ans lorsque j’ai eu un Atari 520ST. Ce que je découvrais en revanche, c’était l’idée qu’il pouvait exister une création artistique véritable sur support informatique (mais tout cela est une autre histoire).

Un cours de programmation en langage Basic dans un numéro du journal Science & Vie daté de 1983. Même pour jouer, il fallait programmer (ou du moins recopier des programmes trouvés dans des livres spécialisés ou des magazines). Le code reproduit ci-dessus, baptisé « feu d’artifices », servait à afficher de jolies couleurs à des emplacements pseudo-aléatoires. Vingt-cinq ans plus tard je n’ai pas énormément progressé finalement, c’est exactement le genre de choses que je fais faire à mes étudiants.

Année après année, j’ai vu les choses changer du tout au tout. Alors que pas un étudiant n’était équipé d’un ordinateur à son domicile, il est devenu rarissime qu’un seul ne le soit plus et les salles de cours n’ont à présent presque plus besoin d’être équipées de matériel informatique tant il y a d’étudiants qui viennent en cours avec leurs propres ordinateurs portables. En 1996, disposer d’une connexion à Internet chez soi était inimaginable pour la plupart (et une ruine financière pour ceux qui essuyaient les plâtres). Quatre ou cinq ans plus tard, c’était devenu un fait assez banal et à présent, il n’y a plus grand monde qui n’ait pas accès à Internet d’une manière ou d’une autre. La téléphonie mobile, toujours sur la même période, est passée de ses balbutiements à sa généralisation — enfin presque car à vrai dire, tant que ça ne sera pas légalement obligatoire d’être équipé d’un mobile, les opérateurs devront de passer de ma clientèle.

Extrait du journal Univers >Interactif / mai 1995. Les enfants nés il y a quinze ou vingt ans constituent-ils une génération plus « numérique » que leurs aînés ?

Au cours d’une discussion récente entre enseignants en arts concernés par les nouveaux médias, un constat inattendu s’est dégagé : il semble qu’une nouvelle vague d’étudiants arrive en écoles d’art, des étudiants « post-micro-informatique », relativement malhabiles face aux logiciels bureautiques ou de création, auxquels ils ont pourtant eu accès au collège. Cette observation récente et empirique semble confortée par les travaux de chercheurs de la Fondation Travail et Technologie de Namur, auteurs d’une étude1 évoquée par une interview pour le journal Le Monde2, étude qui tend à établir qu’une partie des adolescents et des jeunes adultes manquent d’aisance avec les outils informatiques dont ils disposent pourtant et dont ils sont quotidiennement consommateurs. J’utilise le mot « consommateurs » car ce qui est nouveau, c’est qu’ils ont une approche passive ou en tout cas non-créative, l’ordinateur devient un instrument de pure récréation. Comme le raconte Gérard Valenduc, le chercheur interviewé : « chatter et mettre en page un document ne font pas appel aux même compétences, par exemple. Au cours de l’étude, des animateurs de maisons de l’emploi nous ont expliqué que certains jeunes prenaient peur face à un formulaire électronique d’inscription, alors qu’ils passent peut-être dix heures par jour sur le Web à écouter de la musique ou à discuter avec leurs amis ». Le cliché qui veut que les jeunes d’aujourd’hui, qui sont effectivement nés avec l’ordinateur et nés avec Internet, soient des surdoués dans son utilisation est donc erroné : leur compétence est limitée à l’utilisation qu’ils ont de ces outils et à des ordres de priorité qui peuvent sembler déroutant : très habiles pour communiquer par SMS, ils ne sont pas nécessairement à l’aise pour envoyer un e-mail, pour comprendre la provenance ou la fiabilité des informations auxquelles ils accèdent et pour estimer la portée que peuvent avoir les informations qu’ils diffusent eux-mêmes.

Un cliché répandu prétend que les enfants sont et seront de plus en plus précocement doués pour manipuler l’outil informatique. Ici, le jeune John Connor pirate sans peine un distributeur bancaire à l’aide de son ordinateur Atari Portfolio dans Terminator 2 (1991)

Une telle évolution n’est sans doute pas inattendue et suit un scénario logique puisque pour l’industrie, il est vital de confisquer aux utilisateurs/clients les moyens de production (ou la simple compréhension du fonctionnement de ces moyens de production) qui lui permettraient de se passer d’elle. Le processus, poussé à bout, va parfois jusqu’à la mise en place de réglementations corporatistes qui interdisent à un simple particulier d’être autonome vis à vis d’une technologie. En échange de toujours plus de services et de toujours plus de facilité dans l’usage de ces services, « l’utilisateur final » se transforme en client captif, dépendant et, au fond, handicapé — ce qui n’entre curieusement pas en contradiction avec la tendance actuelle qui consiste à forcer l’utilisateur à réaliser lui-même certaines tâches précédemment prises en charge par les organisateurs du service3, bien au contraire : lorsque les utilisateurs de blogger ou autre plate-forme commerciale de publication confient leurs données, à des sociétés comme Google plutôt que d’employer des outils libres ou d’apprendre à créer leurs propres pages html, ils participent doublement à leur propre aliénation puisqu’ils perdent la capacité à se passer du service en question tout en lui laissant leurs données en otage. La micro-informatique des origines forçait chaque utilisateur à être un peu programmeur. La grande époque du « PC assemblé » (le début des années 1990 ?) forçait ces mêmes utilisateurs à être un peu informaticiens, à savoir changer un disque dur, etc. Les débuts de l’Internet grand public imposaient de la même manière l’acquisition de certaines compétences. Il est dans l’ordre des choses que ce ne soit plus le cas, mais cette modification du rapport à l’ordinateur n’en est pas moins préoccupante à une heure où les systèmes informatiques sont plus présents que jamais, sous des formes extrêmement diverses, et où il devient difficile ou illusoire de s’imaginer vivre en évitant leur contact. Je me rappelle pour ma part de la fameuse réflexion de Marshall McLuhan : « nous forgeons les outils, puis ce sont nos outils qui nous forgent »4, réflexion que j’entends aussi comme un avertissement : « si tu ne te soucies pas de tes outils, ce sont eux qui se soucieront de toi ». Les outils cessent d’être des vecteurs d’émancipation lorsqu’on n’en a aucune maîtrise.

La mode du « do-it-yourself » : créer soi-même une antenne pour la télévision numérique (gauche) ou un climatiseur (droite). Photos issues de Gizmodo most popular DIY projects for 2009. Ce qui motive cette mode du « making », ce ne sont pas tant les économies financières réalisées que le plaisir de conserver une prise sur les technologies qui nous entourent.

Le remède semble tout trouvé : les pratiques amateur du hacking (détournement) et du do-it-yourself (faites-le vous-même) ont un véritable succès et sont alimentées par l’activisme des passionnés qui inondent le réseau d’outils de création libres, de tutoriels et de sources d’information diverses et variées. Mais est-ce que le rapport entre utilisateurs-créateurs et utilisateurs purement consommateurs voit le premier groupe croître plus rapidement que le second ? Rien n’est moins sûr.

  1. Les jeunes off-line et la fracture numérique, septembre 2009, par Périne Brotcorne, Luc Mertens et Gérard Valenduc. Comme son nom l’indique, l’étude était au départ destinée à traiter des jeunes qui n’ont jamais eu d’ordinateur ou de connexion à Internet mais une telle jeunesse n’existe que dans des proportions infinitésimales et le sujet se décale rapidement vers les jeunes mal armés pour utiliser l’outil informatique. []
  2. L’autre fracture numérique, celle des 16-25 ans, Damien Leloup, Le Monde, 18 décembre 2009. []
  3. exemple, les guichets dits « automatisés » — où le guichetier est remplacé par l’utilisateur. Li re à ce sujet Le travail du consommateur : De McDo à eBay : comment nous coproduisons ce que nous achetons par Marie-Anne Dujarier []
  4. « We shape our tools and thereafter our tools shape us », Marshall McLuhan, Understanding media, 1964 []
  1. 25 Responses to “La génération « post-micro »”

  2. By pull on déc 22, 2009

    le dernier paragraphe me rappelle un texte de Phil K Dick enfin un recueil d’essais nommé « si ce monde vous déplaît ». Si je me souviens bien PKD voyait l’avenir de l’humanité dans les gamins qui bricolent leur bagnole, leur stéréo ou piratent le téléphone. Je n’ai plus le courage de le relire mais je suis sûr que c’est là dedans.

  3. By Darkoneko on déc 23, 2009

    hmmm.

    malheureusement d’accord pour l’attitude de plus en plus passive de la nouvelle génération (et pourtant a 28 ans, j’en suis pas si loin).
    La fénéantise intellectuelle, là ou tout doit (nous) tomber tout cru dans le bec. C’est triste je trouve (même s’il faut sans doute ne pas généraliser)

  4. By emoc on déc 23, 2009

    Bonjour,

    La citation de P.K. Dick, que j’avais notée dans un coin :

    «Si – et il semble que ce soit le cas – nous sommes en passe d’entrer dans une société totalitaire [...], les valeurs les plus importantes pour la survie de l’être humain authentique seront : la déloyauté, le mensonge, la fuite, le faire-semblant, l’être-ailleurs, la falsification de documents, la fabrication de gadgets électroniques qui surpasseront ceux des autorités. »

    Philip K. Dick, dans « The android and the human », conférence donnée en 1972, et citée dans la biographie « Invasions divines ».

  5. By Lyonel Kaufmann on déc 24, 2009

    N’est pas aussi le reflet du peu de place qu’occupe les technologies et leur utilisation dans le monde scolaire?
    Il est intéressant de noter aussi qu’au début de la micro-informatique en milieu scolaire, il s’agissait également d’apprendre aux élèves à programmer (y compris au primaire).
    Au final, la forme de constat d’échec que vous semblez dressé est avant tout un constat un échec -au travers du prisme scolaire- sociétal plus que celui des jeunes eux-mêmes.

  6. By Jean-no on déc 24, 2009

    Aux débuts de la micro-informatique, la programmation était la seule activité sur ordinateur. À présent il y en a plein d’autres, c’est une évolution logique, alors les gamins, en cours de technologie, apprennent à utiliser Word et Excel… En même temps la micro-informatique a toujours été une question d’amateurs, de particuliers, il est rare que l’école, au niveau secondaire en tout cas, y ait joué un rôle (malgré les ambitions du fameux plan « informatique pour tous » au début des années 1980). Mais il est sûr que nos « élites décidantes » ont, à l’exception des polytechniciens, souvent vécu dans le mépris de l’informatique (truc de secrétaires), et pour eux, apprendre à manipuler Word, lancer une requête google ou programmer, c’est un peu du pareil au même.

  7. By emoc on déc 24, 2009

    Je reviens sur la citation de Dick, à l’époque ou il fait cette conférence, il existe déjà un underground électronique, issu de la contre culture 60s dont il devait probablement avoir entendu parler. C’est le début des « blue box », des bidouilles téléphoniques, et des tentatives de média autonomes (tv, vidéo). Sur le sujet, on peut trouver les fanzines de l’époque : « YIPL »(Youth International Party Line) pour tout ce qui touche aux réseaux téléphoniques, ou « Radical Software » sur l’activisme média.

    C’est un rapport aux technologies qui s’est ensuite déplacé vers les premiers micros, puis avec les modems dans les années 80/90 vers le hacking (en chambre) de réseaux numériques.

  8. By Jean-no on déc 24, 2009

    Je me demande dans quelle mesure ces hackers/makers des origines (qui sont aussi les créateurs de la micro-informatique c’est vrai, cf. le film Pirates of the Silicon Valley) n’étaient pas eux-mêmes influencés par la SF pré-cyberpunk de Dick ou de John Brunner !

  9. By emoc on déc 24, 2009

    Je me demande aussi à quel point la sf a pu nourrir l’imaginaire de ces bidouilleurs, on la place assez naturellement dans l’attirail de la culture « hacker », mais à quel point c’est valide?

    Dans l’autre sens, des écrivains de sf se sont aussi intéressés à cette culture, Sterling en particulier dans « the hacker crackdown », chouette lecture, un peu ardue dans le texte (il a du vocabulaire!) mais je ne crois pas qu’il a été traduit.

    Aujourd’hui, il y a Cory Doctorow, qui me paraît à cheval entre les deux mondes, d’ailleurs, je conseillerais la lecture de « dans la dêche au royaume enchanté » si on me posait la question :)

  10. By Jean-no on déc 24, 2009

    Allez hop, c’est noël, je commande le Sterling (jamais traduit en France effectivement, mais gratuitement disponible en ebook – cependant je préfère l’avoir en papier). Commandé aussi le Doctorow – que je connais exclusivement pour son site BoingBoing.
    Je suis vaguement (car je ne me réinscrirais administrativement que quand j’aurais fini, j’ai depuis longtemps dépassé le délai que je m’étais fixé) dans une thèse sur le sujet de la relation entre SF et culture informatique, mais pour l’instant je m’occupe plutôt de la génération précédente : les cybernéticien et Isaac Asimov.

  11. By Hubert Guillaud on jan 19, 2010

    Assez d’accord avec Lionel Kaufmann pour ma part. Le manque de maîtrise des jeunes est le reflet de l’abandon de toute formation en la matière : tout concours à construire des outils de pure distraction…

    Les pratiques amateures (détournement, do-it-yourself…) sont certes intéressantes, mais comme vous, je demeure sceptique sur leur capacité à changer le rapport créateur/consommateur. Notamment parce que pour être adoptées, elles nécessitent justement beaucoup de maîtrise, de compétence… Et c’est ce qui manque ! Il va être difficile à chacun de construire des NeObjets avec Arduino si on ne sait pas ce que c’est qu’un code informatique ! Certains designer en font des choses formidables, mais l’utilisateur moyen lui, va avoir bien du mal.

  12. By Guillaume on jan 19, 2010

    Il me semble que dans un tel article manque une petite référence au logiciel libre, qui est le pendant ‘immatériel’ du DIY.
    En tant qu’utilisateur de logiciel libre, et un eu apôtre aussi, je me heurte d’ailleurs souvent à la réticence des gens, mes amis, au simple fait de devoir faire ‘un effort’ pour utiliser une technologie qui échappe justement à ce projet d’asservissement si efficacement mis en œuvre par Microsoft et ses comparses…

  13. By Jean-no on jan 19, 2010

    Bon c’était discret mais si si, j’ai mentionné les logiciels libres, ou du moins j’y pensais en écrivant : [...] des passionnés qui inondent le réseau d’outils de création libres, de tutoriels et de sources d’information diverses et variées

  14. By jojolafrite on jan 20, 2010

    le diy aka haking aka bidouillage aka system D a toujours existé et n’a pas attendu que Philipe k Dick le décrive pour exister (aussi talentueux fusse l’auteur). J’en veut pour preuve les récit de mon grand-père qui me raconte comment il bricolais un poste a galène avec un caillou et un fil de fer entortillé.
    Il me viens aussi a l’esprit les résistants de la 2nd guerre mondiale (ou bien meme au sein des camps nazis comme on peut le voir série Papa Shultz ;-) )…

  15. By Jean-no on jan 20, 2010

    La série Papa Shultz n’est pas forcément un documentaire.
    Le DIY a toujours existé bien sûr, et justement il s’est perdu dans beaucoup de domaines : on ne sait plus cuisiner, on ne sait plus réparer un meuble ou un vêtement et les journaux comme « Popular Mechanics » ne sont plus des catalogues de trucs à faire mais plus des catalogues de choses à acheter. De même en France, « Science & Vie » ne propose plus de montages électroniques ou de programmes en Basic. La nouveauté actuelle du DIY c’est cette volonté de créer dans des domaines habituellement laissés à l’industrie (une imprimante 3D par exemple) et ce souvent grâce à des solutions open source comme les cartes Arduino. Mais bon c’est sûr, rien de neuf dans le fait de vouloir faire par soi-même.

  16. By KISS on jan 20, 2010

    et le Kapital, on peut le hacKer ?

  17. By Jean-no on jan 20, 2010

    Moyen. J’ai un étudiant qui avait un projet de hacking bancaire et qui a passé des mois en prison, parce que la loi défend les interventions artistiques mais défend bien plus encore l’argent.

  18. By tangi on jan 21, 2010

    Bon billet. C’est malheureusement un constat quotidien …

    Une des explication que j’entrevoie c’est qu’en se simplifiant d’un coté utilisateur, les technologies se sont diablement complexifiés.

    Deux grandes conséquences pour moi :

    1- tant que l’on jamais vu une ligne de code, on sait pas que ça existe. Quand on eu « la chance » de se confronter à un OS textuel type DOS, on découvre très vite une nouvelle dimension. Aujourd’hui avec l’empilement des couches, peu de end user réussissent à imaginer ce qui peu bien ce cacher derrière le soft qu’il utilise (mais surtout en a t il envie. Ce n’est plus l’époque des pionnier, mais celle de l’utilisation de masse).

    2- Aujourd’hui pour faire ne serait ce qu’une page web il va falloir savoir maitriser : le html/CSS, avoir des bases sur la validité du code, mettre rapidement les mains dans le html, … Il n’y a pas si longtemps, un petit morceau de httml, un js dégueulasse et c’était le bonheur :)
    Du coup un fossé se creuse naturellement …

    Mais il est plutôt naturel que la fracture se creuse entre les utilisateurs : les gens veulent que ça marche peut importe comment. Et le pouvoir de sublimation de la technique joue un poids assez lourd : « moi je suis pas technicien », donc, j’abandonne, je laisse ça aux techos.

    En tout cas impatient de lire votre thèse :)

  19. By Karkaf on fév 28, 2010

    Très intéressant billet, qui met des mots sur cette impression que j’ai eue en corrigeant pour la première fois cet hiver des dossiers rendus par mes étudiants en licence d’information-communication (à P8, d’ailleurs), dans un cours de méthode (conception, administration et analyse d’un questionnaire).

    La question de la différence de compétences soulignée par Gérard Valenduc est essentielle : aucun n’a en effet de problème pour envoyer des SMS en cours, mais nombreux sont ceux qui n’ont pas su mettre en forme leur dossier. Ils ont su faire les tableaux croisés comme nous l’avions vu en cours, mais les intégrer dans un document texte, ou mettre en page un tableau de façon à ce qu’il passe sur un A4 a posé problème, à tel point que certains m’ont envoyé de trois à dix fichiers différents pour leur devoir, qu’il me fallait remettre dans le bon ordre.

    Le problème, c’est qu’on est bien obligé de considérer certaines bases comme acquises pour pouvoir travailler. Mais si tout le monde considère que c’est acquis, où les élèves/étudiants apprennent-ils cet usage « productif » (sans même parler de bidouillage, qui vient après pour une minorité) de l’informatique ?

    Cela étant dit sans vouloir rejeter la faute aux collègues des niveaux précédents : la question est ici celle du désengagement généralisé de l’Éducation nationale de ce type d’enseignement (c’est du moins l’impression que j’en ai), alors qu’on entre dans l’âge où la consultation-consommation prend le pas sur la production (ce qu’Apple semble avoir bien compris avec son iPad), et qu’il devrait y avoir des lieux où on se préoccupe de la maîtrise (et de la critique) des outils quotidiens.

  20. By aldoniel on mai 5, 2010

    L’informatique ne fait que s’aligner sur le paradigme de notre société
    moderne : « Tu n’as pas besoin de comprendre. »

    Le monde a atteint un degré de sophistication tel, qu’il est impossible, même en une vie humaine, d’acquérir la connaissance de la moindre discipline.
    L’hyperspécialisation est la règle et c’est la force même de notre monde, ne nous en plaignons pas trop. (Bien que, bien que l’ont se pose parfois la question, que sais-je vraiment faire ? La réponse est souvent déplaisante :expert d’un domaine, étranger à tous les autres…)

    L’informatique n’a fait que rejoindre ce constat général.

    Mais comment ce monde hyperspécialisé peut-il encore attirer le quidam de sa douce question « Qui suis-je ? Quels sont mes rouages ? », alors qu’en parallèle à l’effort incroyable qu’il faudrait fournir, existe la solution prédigérée, et gratuite (syn. « indirectement payante »).

    De même que plus grand monde ne s’intéresse à l’électronique (parmi ceux qui sont nés au temps du circuit intégré), peu s’intéressent à l’informatique qui de par son abord hautement complexe et déroutant a rejoint la dimension magique.

    Un fossé culturel s’est crée, il faut être bien curieux pour le sauter.

    Etant jeune, je n’ai connu les 1ers ordinateurs qu’avec le DOS, et ce n’est que tardivement que j’en suis arrivé à la programmation. Celle-ci était alors pour moi très ardue à la base (la conception fouillis et tordue du C++, les mystères de l’API windows tout le temps changeante et mal documentée) : il faut vraiment s’accrocher dans le cadre d’une curiosité hors de tout professionnalisme.

    J’ai connu l’ouverture du web au grand public : HTML 1, c’était si simple. Point d’outils spécialisés , ceux qui ont écrit le web 1 n’avaient que deux choses :
    du contenu
    un syntaxe élémentaire de quelques balises.

    A peine ai-je abandonné tout cela quelques années (études…) que le web 2 est né.
    Et voici resurgir ce même niveau de haute complexité. Quel individu humain peut encore prétendre maitriser les technologies de bout en bout ? Un expert, et encore…

    Et c’est pour ça que les gens utilisent des services de blog. (Sans même avoir besoin d’invoquer une volonté d’aliénation de notre société*)
    Vous croyez vraiment qu’on peut encore créer un site d’allure décente avec une frame, quelques balise et un peu de javascript ?

    *(bon, qui existe. Vous savez encore ce que ça veut dire réparer ? C’est synonyme de « coût supérieur à celui de l’achat » ; bien qu’en général le composant à changer, s’il n’est pas intégré, coûte 15c, mais il faut une expertise…)

    Quant à nos enseignants…
    Les anciens sont encore du côté de l’ancienne fracture
    Souvenir de seconde : on nous avait imposé l’achat de calculettes programmables. Comme vous sur vos PC ancestraux j’ai recopié des jeux BASIC, puis, même en l’absence de documentation ou d’une quelconque formation, j’ai rapidement écrit mes propres jeux puis programmes, tellement le langage est simple et abordable. Un jour où je n’avais rien fait en cours à part taper du code, le prof (qui devait nous former à utiliser ces belles machines) m’a convoqué à la fin.
    Il voulait que je lui explique les boucles logiques…

    Quant aux nouveaux enseignants, mes amies, j’ai vu leurs cours, leurs programmes… le lien n’est pas toujours évident… Et vu le niveau en informatique…, il semble que l’ancienne fracture ait enseigné à la nouvelle.
    On n’est pas sortis.

    (désolé, c’est un peu long)

  21. By aldoniel on mai 5, 2010

    Ah oui, et merci pour cet excellent billet qui m’a fait comprendre deux trois réalités ce soir.

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