Profitez-en, après celui là c'est fini

Homo sapiens

février 11th, 2013 Posted in Non classé

(En quelques semaines mon blog actual Pokémons s’est rempli d’animaux merveilleux ou étonnants et a rencontré un grand succès1. Après m’être intéressé à toutes sortes d’animaux marins, d’insectes ou d’oiseaux amusants, j’ai choisi de me pencher sur un mammifère assez extraordinaire mais qui nous est plutôt familier, puisqu’il s’agit de nous-mêmes, l’homo sapiens. Je lui ai consacré un article à part, mais j’ai eu envie de publier celui-ci ici aussi, dans une version légèrement remaniée et dont les images sont légendées, en me disant qu’il toucherait un autre public. Même si je m’éloigne des sujets habituellement traités sur le présent blog, ce texte constitue une assez bonne expression de mon spleen anarcho-écologiste2)

Homo sapiens

Arrivé à deux-cent “vrais Pokémons”, j’ai voulu consacrer une (longue) page à un des animaux les plus effrayants et les plus étonnants qui peuplent cette planète : l’humain. Au départ, un singe parmi d’autres, il a tiré de ses dons la capacité et l’envie d’exercer un pouvoir sur tous les autres animaux. Et il y est en grande partie parvenu.

Jane Goodall

Jane Goodall (à droite sur l’image), primatologue, éthologue, anthropologue, qui a montré que les chimpanzés utilisaient des outils pour s’alimenter.

L’homo sapiens fait partie des grands singes (les hominidés), au même titre que l’orang-outan, le gorille, le chimpanzé et le chimpanzé bonobo. Le mâle humain a un poids moyen de 80 kilos mais ce chiffre peut facilement être dépassé dans certaines conditions d’alimentation : le record absolu a été atteint par un homme adulte qui pesait près d’une demi-tonne.
Comme tous les grands singes, l’humain a des poils sur l’ensemble du corps, mais ceux-ci sont généralement peu visibles et épars, excepté dans certaines zones très localisées telles que la tête, le dessous des bras et les alentours des organes reproducteurs. Il existe un léger dimorphisme entre les mâles et les femelles, les premiers étant généralement un peu plus agressifs, dotés d’une corpulence et d’une masse musculaire légèrement supérieure et d’une peau plus foncée et sensiblement moins douce au toucher. Les femelles ont une apparence plus juvénile, avec un maxillaire moins anguleux, un front moins fuyant et des cavités orbitales arrondies, notamment. Hors des fonctions purement biologiques (production de gamètes, grossesse, allaitement), la distinction des rôles entre mâles et des femelles est très majoritairement soumise à des contingences culturelles locales.
L’espèce est globalement très homogène malgré quelques différences immédiatement visibles entre individus venus de lieux ayant été longtemps isolés les uns des autres dans des conditions d’ensoleillement différentes, comme la couleur des cheveux ou de la peau.

Traalalal

Chez l’homo sapiens, la couleur de la peau dépend principalement de la concentration en mélanine, un pigment qui filtre les rayons ultra-violets, des différentes couches de l’épiderme. Il en résulte des variations dues à l’exposition au soleil des différentes régions de la planète.

L’humain a de nombreuses aptitudes que l’on rencontre rarement cumulées au sein d’une même espèce. Comme les chimpanzés, l’homme a beaucoup de muscles dédiés à l’expression du visage, ce qui lui permet de communiquer ses sentiments, ses émotions et ses intentions sans avoir besoin de la parole, d’autant qu’il utilise assez volontiers le reste de son corps dans un but de communication. Mais comme les oiseaux les plus talentueux et contrairement à tous les autres singes, voire à tous les mammifères, il dispose d’une capacité extraordinaire à moduler les sons, ce qui, associé à un cerveau bien plus complexe que celui des oiseaux les plus intelligents, lui permet de communiquer de manière très étendue, par abstractions et par concepts, allant même jusqu’à traiter de questions imaginaires, ce qui est vraisemblablement une autre de ses spécificités. Chez l’humain, l’imaginaire n’a pas forcément un statut distinct des questions prosaïques : il n’est pas rare que quelqu’un s’impose des privations ou assassine un de ses congénères en prétendant le faire au nom d’une entité improbable (ce que les humains nomment les dieux) ou de concepts tout aussi fictionnels telles que les nations. L’humain utilise aussi le langage pour déterminer en quoi il aurait raison de se sentir supérieur à tous les autres animaux : “conscience”, “raison”, “morale”, “spiritualité”, “humour”, “amour”, etc.
Une des particularités souvent remarquées chez l’homo sapiens est sa grande capacité à faire preuve d’empathie, ce qui signifie qu’il est conscient du sentiment éprouvé par autrui. Cette aptitude lui permet par exemple de provoquer du plaisir (en offrant un cadeau par exemple), de se sentir en communion avec ses semblables (par exemple lors d’une manifestation publique telle qu’un concert musical), ou encore, de pratiquer la torture en ayant conscience de la douleur que sa victime ressent.

Jonathan H

Cette image due au photographe canadien Jonathan Hobin, intitulée «The Boo Grave», appartient à la série «In the playroom» où des enfants reconstituent, sous forme de jeu, les images les plus violentes et les plus anxiogènes que véhiculent les médias. Ici, les images de torture de la prison d’Abou Ghraib. On peut compter sur de nombreux médias pour y avoir vu une œuvre polémique jouant avec l’innocence des enfants alors même que c’est le fonctionnement des médias d’information, et notamment la manière dont les enfants y sont exposés, qui est le sujet de cette série.

L’homo sapiens a des mains d’une grande habileté, notamment grâce à un doigt particulier nommé “pouce”, présent sur les deux mains, qui est à la fois plus fort et plus mobile que les quatre autres doigts. Les pieds de l’homo sapiens ne sont en revanche pas très habiles et rendent généralement l’individu moyen assez gauche lorsqu’il tente de grimper aux arbres, d’autant qu’à ce handicap se cumule celui d’avoir des bras plutôt faibles comparés à ceux de la plupart des singes. Il a par contre développé une capacité à se déplacer rapidement sur deux pattes et non sur quatre, contrairement aux autres animaux de sa famille qui ne se déplacent sur deux pattes que de manière exceptionnelle et sont bien plus rapides à quatre pattes.

Les organes sensoriels de l’humain se situent dans une bonne moyenne générale, sans déséquilibres flagrants, mais il ne voit pas les couleurs dans le spectre des infra-rouges ou des ultra-violets, et ne perçoit pas non plus les sons supérieurs à certaines fréquences que l’on nomme ultra-sons. Ces noms en “infra” ou “ultra” sont précisément décidés par l’humain et sont relatifs à ses propres limites. L’odorat humain est plutôt développé, mais reste bien fruste et d’une portée limitée si on le compare aux odorats du chien, du cochon ou du loup.
Contrairement à la plupart des espèces animales qui sont adaptées à leur milieu, l’homo sapiens adapte son milieu à lui-même, aidé pour cela par son habileté, son intelligence et sa capacité à manipuler l’abstraction par le biais du langage et d’autres signes tels que le dessin ou l’écriture. L’homo sapiens est même capable de modifier sa propre nature.
L’humain a par ailleurs prolongé ses mains, ses bras, ses sens ou encore son intelligence en créant des outils à cet usage. Il n’est pas l’unique animal à le faire, mais aucun n’a atteint une telle sophistication dans la mise au point d’outils.

Chris Jordan

Sur l’île Midway, à 3000 kilomètres du continent le plus proche, lartiste Chris Jordan a photographié des cadavres décomposés de bébés albatros où, à la place de l’estomac, on trouve des déchets en plastique que leur ont amené leurs parents en guise de repas.

Il est intéressant de noter que la capacité humaine à créer des outils repose sur une accumulation collective de connaissances réalisée au fil du temps. Un objet technologique actuel, par exemple un téléphone mobile, est le fruit de plusieurs siècles de découvertes scientifiques et technologiques. Un individu humain n’a pas besoin de savoir fabriquer lui-même un objet  ni même de comprendre ce qui permet qu’il fonctionne pour pouvoir l’utiliser.

Roi du monde auto-proclamé, l’homme n’a pas tout à fait le sens des responsabilités que sa position aurait pu lui imposer. Il détruit sans ménagements l’habitat d’autres espèces, qu’il extermine, parfois massivement, pour se nourrir, pour être seul maître de son territoire, pour son confort immédiat et parfois même par jeu ou par ignorance. Il est généralement gêné par la cohabitation anarchique avec d’autres espèces animales. Un nombre incalculable d’organismes absolument vitaux à l’écologie terrestre sont ainsi victimes de l’inconséquence ou de la brutalité humaine à leur égard, du ver de terre à l’abeille, du lichen aux oiseaux, des récifs coralliens aux grands mammifères marins, etc.

L’homme est la cause directe de la disparition d’un grand nombre d’autres primates, et notamment des hominidés, ses cousins et concurrents, qui n’existeront sans doute plus qu’à l’état captif dans quelques décennies.

Le roi

Le roi d’Espagne et président d’honneur du WWF Juan Carlos (droite) pose fièrement devant l’animal qu’il a tué au Botswana : un malheureux éléphant. Ce n’est pas pour le manger, qu’il l’a tué, ni pour défendre son territoire, qui se situe à 8000 kilomètres de là, mais apparemment, pour le simple plaisir de l’avoir fait.

Bien qu’il se reproduise à une vitesse vertigineuse depuis quelques siècles et qu’il soit un animal grégaire et social, l’homo sapiens est aussi fréquemment coupable de la disparition d’autres homo sapiens, par exemple ceux qui ne respectent pas les règles liées à la propriété privée, notamment territoriale, mise au point il y a plusieurs milliers d’années avec l’invention de l’agriculture, qui elle-même a causé des inventions formidables et/ou néfastes telles que : les clôtures, la division des tâches, les employeurs, l’oppression, les rois, les frontières, les trésors, les villes, le mariage, l’argent, la prostitution, les mathématiques, l’écriture, l’histoire et la philosophie. Parmi les grands traits notables de l’humanité, il n’est pas inconcevable d’avancer que seuls le langage, l’organisation de la chasse, la mise au point d’outils et la création artistique (arts visuels, musique, conte, danse) aient existé avant la période où l’homo sapiens a délaissé son état de chasseur-cueilleur pour son état d’agriculteur puis de commerçant et d’urbain.

Un comté dans le Minnesota. La nature est découpée avec une grande précision en parcelles relatives à l'exploitation agricole humaine.

Un comté dans le Minnesota. La nature est découpée avec une grande précision géométrique en parcelles relatives à l’exploitation agricole humaine. Les animaux autrefois courants de la région qui contrariaient cette organisation, comme le cougar ou le bison, n’y existent plus.

Les derniers humains à vivre en tant que chasseurs-cueilleurs ou en tant qu’éleveurs nomades sont cantonnés aux lieux les plus inhospitaliers (inuits dans le grand nord, indiens d’Amazone, Pygmées en Afrique centrale, Papous en Nouvelle-Guinée, Touaregs dans le désert, etc.) où leur habitat est pourtant peu à peu détruit ou réorganisé d’une manière qui rend leur mode de vie intenable. Dans les zones moins extrêmes, ceux qui ne se conforment pas à la nouvelle donne et persistent à ignorer les frontières, les clôtures ou la propriété privée en général, y sont souvent contraints par la force. On se souviendra par exemple des campagnes de stérilisation récentes des nomades Samis (lapons) en Scandinavie, des Rroms et des Yéniches dans plusieurs pays d’Europe, ou des populations indigènes des Amériques du Sud ou du Nord – la liste est longue.
Les homo sapiens qui acceptent le système des territoires circonscrits et hermétiques mais tentent malgré tout de franchir les frontières dans le but d’améliorer leur condition sont traités avec une certaine rudesse et prennent le nom d’immigrés ou de clandestins. Les homo sapiens qui franchissent les frontières dans un but d’agrément et en se rendant dans des pays plus pauvres que le leur sont traités avec des égards plus ou moins sincères et sont nommés touristes.

...

Des nomades Rroms évacués par la police en août 2012 à Saint-Priest (Rhône). Photographie de Philippe Desmazes. Les Rroms sont sans doute partis du Nord de l’Inde il y a un millénaire et se sont établis en Europe au XVe siècle. Ils ont traditionnellement des métiers liés à l’artisanat, à l’élevage de chevaux ou à la musique et au spectacle. Leur refus de se sédentariser est souvent très mal accepté.

Il faut dire que l’homme post-agriculture fait dépendre le fonctionnement de sa société sur un moyen d’échange abstrait nommé “argent”, vraisemblablement créé au départ pour fluidifier certaines transactions et permettre à un individu de troquer un bien contre un autre même si l’acquéreur du bien ne dispose pas du bien à échanger. Par exemple, grâce à l’argent, une personne A peut obtenir un bien d’une personne B en revendant son bien à une personne C. Ce système d’une grande astuce ne va pas sans poser de problèmes, car il ne peut fonctionner que si absolument tout le monde s’y conforme et s’accorde sur la valeur à donner à l’argent.
Par ailleurs, ce dispositif permet des concentrations de bien ou de territoires tout à fait disproportionnées.
Ainsi, bien qu’appartenant à la même espèce et ayant les mêmes qualités intellectuelles et physiques que d’autres, on peut fréquemment voir un individu accaparer d’immenses étendues territoriales et d’énormes ressources (nourriture, par exemple) alors qu’à côté de lui (et souvent à son service) se trouve un autre individu qui n’a le droit de s’établir nulle part et qui n’a pas même le droit de cueillir les fruits des arbres, des titres de propriété et un système juridique complexe se chargeant d’établir qui dispose ou ne dispose pas de droits sur telle ou telle ressource naturelle.

Carla Éric Feferberg

Carla Bruni, riche héritière de la grande bourgeoisie industrielle italienne, mais aussi mannequin et musicienne. Je ne sais pas quelle force irrésistible m’a poussé à placer ici, sans le moindre début de justification, cette photo impayable d’Éric Feferberg

On l’aura compris, l’homo sapiens est une espèce invasive dont le mode de vie n’est pas toujours sympathique. On restera pourtant enchanté par sa capacité à produire des formes artistiques et à s’interroger sur ce qu’il est, d’où il vient et où il va.
Il y en de sympathiques.

  1. J’ai lancé un second blog intitulé animal buildings, qui parle de constructions réalisées par des animaux et qui compte bien moins d’articles, notamment parce que toutes les constructions animales, comme les terriers, ne sont pas vraiment visuelles []
  2. L’idée de cet article m’est venue pendant une discussion sur Twitter avec un jeune homme qui semblait révolté à l’idée que l’on ait trop de considération avec les animaux, dénués de « raison », c’est à dire de capacité à bavarder. []
  1. 39 Responses to “Homo sapiens”

  2. By Ardalia on Fév 11, 2013

    Merci d’avoir légendé, c’est bien plus confortable de savoir ce que l’on regarde. Sauf CB-S, elle me fait peur.

  3. By pull-jacquard on Fév 11, 2013

    Tu as mis cette photo de Carla Bruni parce tu as mauvais fond, mais aussi parce qu’elle est l’une des humaines qui ressemble le plus à un pokémon. Le chat de la Team Rocket précisément.

  4. By Benoît on Fév 11, 2013

    Viens de comprendre (pour moi) pourquoi cette photo de Carla B. en fin d’article.

    L’immense panoplie d’expressions du visage est une des spécificités de l’espèce humaine. Ce langage du visage, bien sûr lié au langage parlé, est bien plus riche que ce que l’on a pu observer et recenser chez les autres primates.
    Et là, sur cette photo, le visage a disparu pour laisser place à un masque. Comme si l’humanité s’était déshumanisée, réduite au spectacle d’elle-même.

    Une note pessimiste, oui, certainement. Mais le sourire qu’elle provoque ne saurait nous désespérer.

  5. By Jean-no on Fév 11, 2013

    @Benoît : bien trouvé, j’adopte !

  6. By Jean-no on Fév 11, 2013

    Et je viens de comprendre pourquoi je tenais à mettre cet article ici : sur mon tumblr, pour les « pages », il ne peut pas y avoir de commentaires, c’est frustrant.

  7. By Josiane on Fév 12, 2013

    Petite critique: le nom scientifique de notre espèce est Homo sapiens (en italique, puisqu’il s’agit de latin). Sinon, j’ai beaucoup apprécié cet article.

  8. By Jean-no on Fév 12, 2013

    @Josiane : effectivement ! J’ai corrigé, je ne sais pas pourquoi je tiens absolument à mettre un tiret.

  9. By Meg on Fév 12, 2013

    Ton article me fait pensé à un film de Weber « Nos amis les terriens » qui n’est pas un film extraordinaire, mais qui essaye de prendre ce point de vue « documentaire animalier » pour parler de l’Homo sapiens.
    il est disponible en entier sur you tube
    http://www.youtube.com/watch?v=BD3F3PcuWmc

  10. By Jean-no on Fév 12, 2013

    @Meg : je l’ai en DVD, j’ai trouvé ça gentil, ça m’a rappelé une nouvelle d’Isaac Asimov, L’amour, vous connaissez ?. Mais je n’ai pas été emballé par la réalisation malgré pas mal de bonnes idées.

  11. By le sergent on Fév 12, 2013

    Bonjour,

    Précision : les roms ne sont pas des nomades mais des sédentaires.

    Cordialement

  12. By Jean-no on Fév 12, 2013

    @Le sergent : Si si, pourquoi pas ? C’est dans la définition même des rroms ! Bien sûr, un certain nombre de gens sont dits « du voyage » alors même qu’ils sont sédentarisés de longue date.

  13. By O. Guarani on Fév 12, 2013

    Il faudrait en faire un film… qui s’appellerait « l’île aux fleurs » :)

    Trêve de plaisanterie, c’est vraiment un court-métrage à voir (pour ceux qui ne l’auraient pas déjà vu).

    Plus d’infos :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%8Ele_aux_fleurs

  14. By d. on Fév 12, 2013

    ces considérations et le ton de l’article font irrésistiblement penser au superbe (et dérangeant) court-métrage l’île aux fleurs (partout sur le net, là par exemple : http://www.dailymotion.com/video/x13fp_ile-aux-fleurs_creation#.URppPvKoGSo).

    ou si je me trompe ?

  15. By Jean-no on Fév 12, 2013

    @d. @O.Guarani : je connais bien sûr l’île aux fleurs et je vois bien le rapport. En fait j’ai même pensé à l’île aux fleurs au moment où je parlais de l’argent. L’idée de d’essayer de prendre de la distance avec son sujet est cependant plus ancienne, c’est le principe de nombreux récits de science-fiction ou des Lettres persannes de Montesquieu. Ma référence dans le domaine, c’est le super-héros le plus nul de chez Marvel, qui s’appelait Le Gardien : un mec en toge avec une grosse tête qui ne faisait rien qu’observer le monde en entomologiste. Je pense qu’à dix ans, je m’identifiais autant à lui qu’aux héros comme Spiderman et Daredevil :-)
    Pour moi, l’île aux fleurs est avant tout à rapprocher de La vie mode d’emploi, de Georges Pérec, où les histoires s’imbriquent à l’infini (on nous raconte une pièce d’un appartement, puis la gravure au mur, puis le propriétaire de la gravure, etc.)
    Enfin quoi qu’il en soit je ne peux pas dire que je n’aie pas été marqué par l’Île aux fleurs ou que je me sente étranger à son propos ! Du même auteur, Jorge Furtado, j’ai adoré L’homme qui copiait, malheureusement inédit en France, un petit drame social très réussi.

  16. By d. on Fév 12, 2013

    ah oui la vie mode d’emploi, bien sûr, depuis le temps – je le mets sur le tas des choses à lire à la retraite (…ah, on me dit que je n’aurai jamais de retraite, au train où vont les choses).

    mais rappelle-moi pourquoi ces liens vers amazon ? on est bien d’accord que ça n’apporte rien à ton propos, ni ne nous apprend quoi que ce soit sur le livre : je n’y ai même jamais trouvé le résumé sur la page (et quelle page, je crois que c’est un des sites les plus illisibles du net, en plus d’être une usine à détruire les libraires et à broyer de l’humain exploité dans des hangars) (mais je m’égare, et il parait même que ce sont des robots qui font les paquets, alors).

    donc quoi ? des sous ? suffisamment pour que ça vaille le coup ?

    je ne dis pas ça méchamment (je précise car on sait que l’écrit durcit les mots), mais ça m’étonne (plutôt en ta défaveur, au vu de la belle tenue du lieu) à chaque fois…

    bon, c’était 1. hors sujet, 2. il me semble qu’il y a dans un coin un article où tu en parles (mais je ne l’ai pas trouvé là) et 3. si ça se trouve j’ai déjà posé la question et ne m’en souviens pas, ce qui est assez ridicule.

    non ?

  17. By Jean-no on Fév 12, 2013

    @d. : Je ne pense pas qu’on m’ait posé la question. Je le mentionne dans la page à propos de ce blog.
    Quand je cite un livre je mets toujours un lien vers Amazon, oui. Au début je faisais ça uniquement parce qu’Amazon était de loin la plus grosses base de données de livres (épuisés ou disponibles) du net, et que les frais de port y sont gratuits pour les livres en catalogue et que la remise autorisée de 5% y est pratiquée automatiquement. J’ai fini par m’affilier et les liens sont donc rémunérateurs : si quelqu’un achète en ayant cliqué, je touche 5%. Ça m’intéresse pour deux raisons. La première est de voir si les gens cliquent, tout bêtement, et de voir quand ce que j’ai raconté a donné envie aux lecteurs. La seconde raison, c’est évidemment que c’est rémunérateur. Ces temps-ci, je dirais que ça me rapporte cinq à vingt euros chaque mois, qui me sont versés sous forme de bons d’achat, puisque je suis moi-même un bon client d’Amazon (où je ne vais jamais sans avoir cliqué sur un lien vénal d’un de mes amis, comme Pierre de Minimachines.net, tant qu’à faire !). Mais je n’applique ces liens qu’aux livres (jamais aux DVDs par exemple), car du fait de la loi sur le prix unique du livre, l’acheteur paiera le même prix qu’il passe par mon blog ou qu’il achète le livre autrement. Cela me semble assez logique (je prends 5% de sa marge à Amazon, mais pour le lecteur, c’est pareil) même si je culpabilise un peu depuis que plusieurs amis éditeurs m’ont sensibilisé à la manière dont Amazon les traite. C’est cette question qui me pose problème plus que le côté mercantile.

  18. By d. on Fév 12, 2013

    bon je ne sais pas si c’est l’endroit, mais puisque tu réponds, je je me permets d’abonder (dans le sens de tes amis éditeurs).

    précisons je ne sais presque rien de toi (mais plus que toi sur moi ce qui est facile comme position), et si j’adore être péremptoire, je n’aime pas être injuste.

    mais pour ce que je comprends de ta vie à travers ce blog, je pense que nous sommes assez proches en termes socio-éducativo-culturello-etc., voire financiaro dans le sens ou je crois pouvoir te considérer (comme moi) comme largement inclus dans la société – en opposition à exclu, rejeté, à la marge, en difficulté ou autre (je suis un peu confus car je ne m’appuie que sur des suppositions).

    donc toutes ces précautions oratoires et embrouillées pour dire : cinq à vingt euros ?!

    objectivement, tu trouves que ça vaut le coup ?

    tu n’as pas l’impression de te vendre pour rien ? que ce n’est pas très ‘anarcho-écologiste’ comme démarche ?

    t’es-tu renseigné à la suite des réflexions de tes amis éditeurs sur le système amazon ? si non c’est étonnant pour un esprit curieux comme toi, si oui, ça ne te gênes pas de les cautionner ?

    quand à savoir si on est intéressés par tes avis, je suppose que tu as des stats flatteuses qui vont dans ce sens – et des commentaires itou, non ?

  19. By Jean-no on Fév 12, 2013

    @d. : Les stats ne disent pas tout, en tout cas. Je ne sais pas si mes amis éditeurs ont raison, ils négligent qu’Amazon évite les retours (la plaie de l’éditeur) et permet à des livres d’exister longtemps après leur sortie. Évidemment, Amazon fait du tort aux libraires, c’est un autre argument, et puis Amazon semble parti pour diriger le monde, c’est encore un problème. Mais bon, ça se discute.
    Je n’ai pas l’impression de me vendre au sens où le contenu de mes articles n’est pas le moins du monde orienté par les liens qui s’y trouvent. Et par ailleurs je n’ai pas d’embarras face au commerce (mon côté protestant, je suppose). Au moment de m’éjecter du système scolaire, en troisième, on m’a fait passer des tests pour savoir s’il y avait quelque chose à tirer de moi. On m’a trouvé moins bête que prévu et on m’a diagnostiqué une prédisposition pour la vente. Mais j’ai fait un autre CAP, peut-être raté ma vocation.

  20. By O. Guarani on Fév 12, 2013

    C’est peut-être la dernière photo de l’article qui m’a fait remarquer ça…

    C’est peut-être une autre similitude avec « l’île aux fleurs » : l’idée d’avoir une image qui semble (en apparence seulement) sans rapport avec un texte.

    Quand on y pense, c’est un peu le bénéfice lié au fait d’avoir deux moyens pour s’exprimer (et de jouer entre ces deux moyens).

    Pour l’écrit : avoir des illustrations qui semblent avoir atterri là… malencontreusement, par hasard. Et dans un film : avoir quelque chose à l’écran, et avoir une voix off qui ne fait pas comme d’habitude… dire comment il faut interpréter ce qu’on voit (un peu, en gros).

    C’est une situation où, pour comprendre, il faut faire l’effort d’interpréter. Il faut une culture, aussi, pour comprendre… la connotation, la référence, etc. Cette technique doit sûrement avoir un nom (que je ne connais pas). C’est assez habile comme idée. C’est stimulant aussi. Ça permet de faire passer des messages, l’air de rien.

  21. By Jean-no on Fév 12, 2013

    . Guarani : Je n’aimerais surtout pas des images qui soient redondantes avec le texte. Un supplément d’information ou une image qui contredit ce qui est dit est bien sûr plus intéressante. Pour moi le but de l’illustration doit être de raconter une seconde histoire, peut-être même détendre le lecteur, faire respirer la page, etc. Je pourrais théoriser ma manière d’employer l’image (qui est souvent la même) mais j’aurais peur que ça me rende systématique.

  22. By d. on Fév 13, 2013

    dont acte, je ne suis évidemment pas convaincu par tes arguments, mais j’ai soulagé ma conscience et l’intention était pure, je suis donc à ce compte-là moi-même raccord avec un vieux fond casuistico-jésuite.

    malheureusement le débat serait trop long pour cet espace de discussion, déborderait sur les questions du capitalisme, de la main-mise (acceptée ou subie) des technologies sur nos vies, et de la crise socio-écologique.

    tu serais à un moment obligé de me traiter de naïf et archaïque gauchiste, moi de te dire social-traitre, on rigolerait bien (mais en évitant le point godwin, on a de l’éducation) et on n’avancerait pas – ce n’est pas l’endroit pour refaire les débats des 60s-70s à la sauce d’aujourd’hui.

    en plus, on n’a pas le droit de fumer, c’est un lieu public – et t’imagines polac sans les cigarettes ? ce serait moins chouette.

    et comme on n’est pas fâchés, je garde sans remords le dernier blog et fins du monde dans mes rss…

  23. By Goulwen on Fév 13, 2013

    Sans être un spécialiste, il me semble que l’Homme chasseur cueilleur devait connaître la religion ( et tout ce qui va avec). De même, la territorialité et la propriété ne sont pas spécifiques au fait de cultiver un sol, la plupart des animaux protègent leur territoire. Du coup, leur corolaire, la guerre, n’est pas non plus une spécificité.

    Ce qui le semble plus spécifique, c’est le changement d’échelle permis par l’agriculture et le fait que cela nous a engagé dans une fuite en avant dont le dérèglement climatique n’est que le dernier avatar.

  24. By Goulwen on Fév 13, 2013

    En continuant d’y réfléchir, je me rend compte qu’en fait, ce qu’à surtout changer l’agriculture, c’est l’industrialisation, à la fois dans l’idée de volume de production et de spécialisation. Avant l’agriculture, il me semble que la plupart des membres avait à s’occuper un peu de toutes les tâches de la tribu. Peut être le shaman était-il plus occupé à guérir qu’à chasser, mais dans l’ensemble, la différenciation devait être faible, au moins à l’intérieur d’un sexe.

    Avec l’agriculture, on a commencé à se spécialiser et ça n’a fait que s’amplifier avec la Révolution Industrielle. Finalement, l’agriculture nous a permis de passer de singe à fourmi en somme.

  25. By Jean-no on Fév 13, 2013

    @Goulwen : le chasseur-cueilleur avait une religion, du genre qui a duré le plus dans l’histoire de l’humanité et qui dure encore dans certains endroits, à savoir les cultes animistes, avec l’idée de mondes parallèles (le visible et l’invisible), d’esprits, d’intercesseurs (sorcier, chaman), d’objets magiques,… Enfin c’est ce qu’on déduit du (très peu) que l’on sait. Avec l’Agriculture est venue, semble-t-il, l’idée de dieux anthropomorphes, puis de dieux uniques. Bien sûr, c’est difficile de jurer que ce que j’écris là est vrai. Il y a des indices en tout cas.
    Quand on parle du territoire des animaux, c’est déjà une formule anthropomorphique à mon avis : c’est la distance entre les individus que les animaux protègent, pas exactement des frontières. Et par ailleurs les singes n’ont pas le rapport au territoire des fauves : ils se déplacent.
    Sur l’écologie, faut voir, enfin tu as raison mais ça n’était pas une fatalité, l’agriculture a aussi été un moyen de « jardiner » la nature, c’est sa « modernisation » qui nous coûte : monocultures, remembrement, distance entre producteur et consommateur qui augmente (cf. l’agronome Claude Bourguignon par exemple ici). Donc d’accord avec ton deuxième post sur l’industrialisation qui a radicalement modifié l’équilibre de l’agriculture. Mais on dispose d’indices très précis pour prouver que l’agriculture est aussi la cause de tout ce qu’on nomme la « civilisation », avec du bien (l’écriture par exemple) et du moins bien (le pouvoir et les frontières). Et note que le shaman pouvait bien être une femme, comme c’est le cas dans plein d’endroits et comme on a du mal à l’imaginer avec notre habitude du prêtre.
    De singe à fourmi, oui, un truc comme ça :-)

  26. By Jean-no on Fév 13, 2013

    @d. : ben, le tabac me semble une manière dangereuse pour soi-même de donner de l’argent à des gens qui nous veulent du mal (ne parlons pas de toutes les autres choses qui fument, qui permettent à des lycéens rebelles de financer des meurtres dans des pays pauvres). Je m’efforce d’être un consommateur et même un prescripteur conscient, mais c’est complexe. Par exemple il y quelques jours j’ai parlé du livre 6, et grâce à Amazon je sais que beaucoup de gens l’ont acheté via mes liens, alors même qu’il n’est pas encore disponible. J’en suis très fier, ça ne me rapporte rien (5% de 12 euros…). Si j’avais fait un simple lien vers la page de l’éditeur, les gens n’auraient pas acheté le livre, ils auraient eu confirmation de son existence et connaître le nom du distributeur pour la France et la Belgique, mais c’est tout. Avec Amazon, ils peuvent acheter ce livre tout de suite, et ils le font. Pour l’auteur et l’éditeur, le bénéfice me semble très nettement bon. Bien sûr, je peux mettre un lien sans affiliation et dire ainsi « je ne touche pas à ces choses-là », mais j’aurais l’impression de faire un cadeau à Amazon : peut-être est-ce mon côté radin qui parle.
    Je ne te reprocherais certainement aucune naïveté car ce n’est pas du tout sur ce plan que je me situe : j’essaie de composer entre des arguments (j’ai fait la discussion dans ma tête, déjà) très contradictoires. Bien sûr, je n’ai pas envie de faire d’Amazon le grand méchant et du libraire du coin l’admirable gentil, parce que ça me semble un peu facile et en tant que lecteur, je vois l’incroyable accès à des ouvrages qu’Amazon m’a apporté. Mais je ne voulais pas faire des liens vers priceminister, par exemple, qui a aussi une base de données très étendue et dont je suis client régulier, parce que chez eux, les livres achetés ne rapportent ni aux auteurs ni aux éditeurs. Mais j’aurais pu me dire qu’ils rapportaient malgré tout aux libraires (souvent vendeurs sur ces plate-formes – d’ailleurs de plus en plus sur Amazon aussi) et aux livres eux-mêmes qui gagnent de nouvelles vies plutôt que de finir à la poubelle. Peut-être.
    La main-mise des technologies sur nos vies, on y résiste tous et on y succombe tous, mais chacun cherche ses zones de résistance, je suppose. Je dois dire que je suis très admiratif du système Amazon, alors est-ce que je suis comme le papillon qui ne peut pas s’empêcher d’aller droit vers l’hallogène ? Va savoir.

  27. By d. on Fév 13, 2013

    oui j’avais vu ton lien vers #6, mais ce livre ne m’a pas donné envie, alors que j’ai dévoré yucca mountain et été intéressé par flatland, malgré sa misogynie et sa justification d’un système de classes, voire de caste (livres ont tu as parlé aussi si je me souviens bien) – mais je préfère mon processus d’achat hasardeux : on m’en a offert un et j’en commandé deux autres en librairie (l’autre étant une brève histoire des lignes, qui m’est tombé des mains).

    et maintenant, de savoir que tu regardes ce qu’achètent les visiteurs suite à tes recommandations, tu peux être certain que je n’achèterai jamais par ce biais – de même que je désactive tous les traqueurs et pubs de mon navigateur – mais je noterai les références dans mon petit carnet et irai chez le libraire, en bon vieux con (qui passera commande à mon nom sur son ordinateur, ha ha ha).

    bon dans mon bled reculé, le libraire fait partie des commerces auxquels je tiens – on n’en a qu’un (plus un papetier-libraire avec un genre top ventes à la relay), il est sympathique, et une ville sans librairie ce serait un peu comme une biche qui n’a qu’un œil, non ?

    de même, je vais régulièrement au cinéma tout en téléchargeant en p2p en parallèle sans vergogne la plupart des (nombreux) films que je regarde chez moi – j’ai l’impression que ça compense un peu, même si ça ne me satisfait pas et que moi aussi (je cite:) j’ai fait la discussion dans ma tête, déjà.

    car sans contradiction, on s’amuse moins aussi – une autre preuve, je ‘réclamais’ de la fumée tout à l’heure, alors que je ne fume pas, voire que ça me dérange de plus en plus (au regard de notre endurance quand on était étudiant).

    quand à l’admiration de l’halogène de la technologie, j’hésite toujours entre fascination technophile et décroissance dans un champ à cultiver à la houe – je pratique donc les deux…

  28. By Jean-no on Fév 13, 2013

    @d. : bien sûr, je ne cherche pas à espionner les gens, hein, juste à voir si j’ai servi à quelque chose, mais si je vois ce qui est acheté, je n’ai aucune idée de qui achète quoi et je n’ai absolument aucune curiosité à ce sujet.
    Dans ma ville, il n’y a plus de libraire depuis trente ans, juste trois maisons de presse dont une essaie d’avoir quelques livres en vitrine.
    Le téléchargement, pour le coup, je n’en fais pas du tout. Il y a dix ans, oui, en musique, mais les films, je les achète et à présent la musique, je l’écoute en streaming – avec mauvaise conscience car là ce sont les amis qui se trouvent dans l’industrie du disque qui me disent que ça leur est extrêmement défavorable et que les 5€ que je donne chaque mois à Spotify ne rapportent quasi rien à ceux que j’écoute. Ceci dit, là aussi ils négligent des paramètres, comme le fait qu’une musique que j’écoute en streaming rapporte (très peu, certes) chaque fois que je l’écoute, contrairement au CD qui ne rapporte qu’au moment de l’achat.
    Je suis aussi un technophilie-luddite, à la fois enthousiaste des possibilités et pessimiste face aux usages et à ce qui en découle.

  29. By d. on Fév 13, 2013

    5€ par mois aussi à spotify, mais curieusement, depuis j’achète à nouveau de la musique – spotify en streaming pour essayer, puis l’achat de ce qui me plait, afin de les mettre sur mon lecteur mp3 (certainement pas de streaming en ballade – d’abord je n’ai pas l’appareil qui va, et je suis déjà assez suivi par la marque sus-citée depuis mon pc).

    enfin ça c’était jusqu’à il y a un mois, quand ils vendaient encore de la musique – là ils ont arrêté la vente, pas assez rentable ?

    ceci dit, le catalogue s’est rétréci en deux ans : beaucoup de tes amis de la musique se sont retirés, les conditions de rémunération étant dérisoires : si ça se trouve ils gagnent in fine plus sur la vente des CD.

    ce qui renvoie au début du fil, quand tu parlais du catalogue amazon : si les musiciens ne sont pas sur spotify, nous ne les écoutons plus, ou moins beaucoup moins souvent si il faut avoir 10 entrées différentes pour chaque label.

    donc ils n’en vivent pas, donc ils arrêtent, donc il faut être chez spotify et amazon, donc, etc.

    ou alors on change tout et on en vient enfin à une licence globale (valable aussi pour le cinéma, voire les livres pour ceux qui lisent sur écran), puisqu’on pourrait tout aussi bien indexer à l’unité tous les téléchargements et répartir la somme générée par la licence au prorata, en valorisant bien évidemment les premiers téléchargements.

    débat qui a eu lieu me semble-t-il, mais les lobbies des majors et grosses boites de distribution intermédiaires ont gagné – ou si je simplifie trop ?

  30. By Jean-no on Fév 13, 2013

    @d. : ma femme achetait un peu de musique sur Spotify aussi. Effectivement ils ont l’air de ne pas trouver ça rentable. Le catalogue se rétrécit (ou plutôt, il joue au yoyo, les artistes disparaissent, reviennent, disparaissent, au fil des accords) mais je soutiens le modèle en espérant qu’il va s’améliorer pour tout le monde. Bon, Amazon c’est différent puisque presque tous les livres y sont référencés. Ceci dit pas tous, mais ceux qu’on ne trouve pas sur Amazon sont aussi ceux qui sont introuvables partout ailleurs.
    La licence globale, je n’aime pas énormément l’idée parce qu’elle avantage ceux qui vendent déjà (la rémunération est au pro-rata des indicateurs de vente, comme les forfaits de la Sacem), ça ne me semble pas viable, pas avantageux. Enfin je ne sais pas.
    L’activité de libraire papier d’Amazon ne me semble pas spécialement malhonnête au fond. Par contre son activité de libraire numérique, c’est autre chose, et là ça me semble déjà plus dangereux (à terme car ça ne marche pas du tout, malgré la propagande enthousiaste).

  31. By d. on Fév 13, 2013

    (un catalogue musical évoluant ‘au fil des accords’ ? quel poète !)

    dans ‘mon’ idée de licence globale, contrairement à la sacem, il faudrait un tarif très dégressif et progressif (je laisse les matheux faire l’algorithme mais je pense que c’est assez simple) pour compenser ça, du type : 1 seul téléchargement = 1€ pour l’artiste, 100 = 20€, 1000 = 100€, etc. (chiffres fantaisistes, c’est juste pour décrire), avec évidemment un plafond maximum de revenu… qui correspondra bien sûr au salaire maximal décent qui aura été décidé en commun par la société… et mis en place en parallèle avec le revenu inconditionnel suffisant (ou quel que soit son nom comme défendu par ex. par gorz : http://revenudebase.info/2012/11/andre-gorz-revenu-inconditionnel/).

    tu vois ? j’avais dit gauchiste.

    quand à la librairie numérique c’était pour l’exemple, je n’y crois pas non plus : vu que les gens ne lisent plus de livres, j’ai du mal à ne pas pouffer quand on nous propose de ‘partir en vacance avec le minimum, un maillot et 1000 livres’ (une pub, de mémoire).

    d’ailleurs cette ‘conversation’ m’a fait aller à la librairie (un achat, une commande) – tu es un excellent prescripteur in fine.

  32. By Jean-no on Fév 13, 2013

    @d. : Le problème avec les systèmes comme celui que tu décris, c’est ce qui sépare l’idée de sa réalisation effective. Imaginons que ça soit mis en place : comment réagiront Sacem, fnacs, universal, etc. ? Tu peux être certain qu’ils se débrouilleront pour que ce qui restera du système une fois mis en place leur profite à eux d’abord. Voir par exemple les taxes sur les disques durs qui partent d’un bon sentiment envers les artistes mais ne reviennent qu’à ceux qui se réclament d’eux. Dans un pays comme la Norvège, ultra-égalitaire, peut-être, mais en France, arh…
    Sur le livre numérique, personnellement ma liseuse contient 1500 livres. Je ne l’utilise pas pour lire, mais avant tout pour avoir dans quelques grammes tout Balzac, Zola, Maupassant, Dumas, Leblanc, Lerouge, Dickens, Doyle, etc. : une documentation de dingue que je peux emmener pour bosser en vacances, justement.

  33. By Goulwen on Fév 13, 2013

    En ce qui concerne les liens, avant je pointais aussi vers Amazon, maintenant je privilégie Wikipédia. Si l’œuvre n’y est pas, en général je pointe vers l’auteur, même si j’ai bien conscience que je devrais me prendre par la main et rédiger l’article.

  34. By Jean-no on Fév 13, 2013

    @Goulwen : Wikipédia a un bon système de liens bibliographiques en plus, qui permet d’atterrir sur des tas de bases de données, dont celles des librairies en ligne. Mais bon, il y a des pages sur des auteurs, mais beaucoup moins sur des œuvres, surtout récentes.

  35. By d. on Fév 13, 2013

    dire que je décris un système est me prêter beaucoup d’ambition – je tirais juste un fil.

    mais donc nous sommes d’accord – sur le constat en tout cas : le système (capitaliste dans une très grande acception du terme, et pour simplifier) est plus fort si on joue avec ses règles.

    malheureusement je ne suis ni le messie, ni marx, ni même gorz précédemment cité, loin de là : je n’ai pas la solution – j’espère que tu n’es pas trop déçu (prière d’insérer ici un smiley).

    par contre je sais que si on ne fait pas au moins le pas de côté cher à gébé (qui lui est dans mon panthéon) en considérant qu’on n’y peut rien changer, on ne risque pas de provoquer quoi que ce soit.

    (cf. http://www.dailymotion.com/video/x3pxjs_l-an-01-un-pas-de-cote_shortfilms#.URwC0PLYiSo pour ceux qui ne connaissent pas, mais je recommande l’achat de la bd, autrement mieux que le film qui est sympathique dans son principe mais un peu poussif – ça se trouve chez l’association, ou alors là, gratos : http://www.sami.is.free.fr/gebe/gebe_p1.html (gébé est mort en 2004, et se fichait assez du droit d’auteur (j’espère), mais en livre c’est plus chouette à mon sens).

  36. By Jean-no on Fév 13, 2013

    @d. : je ne pense pas que Gébé se fichait de droit d’auteur, il fallait bien qu’il mange, quand même ! Enfin bon, maintenant, ça ne le concerne plus. Un pas de côté, on arrête tout et on réfléchit, oui, bien. Mais il faut être pragmatique sur un point quand même, il faut se souvenir que ceux qui tiennent les rennes d’un système ne le lâchent jamais volontairement. C’est précisément ce que j’admire chez Amazon, notamment : avant d’être maîtres du monde, ils ont forcé tout le monde à se remettre en question et ils ont amené une certaine transparence au domaine du livre, et parfois une espèce d’équité : pas question qu’on renvoie l’exemplaire restant d’un excellent livre pour faire de la place à une palette de « 50 shades of gray », par exemple.

  37. By d. on Fév 14, 2013

    il me semble qu’on peut considérer que le processus de création de l’an 01 (bd puis film), totalement coopératif et foutraque, était parfaitement étranger à la notion de droit d’auteur comme on l’entend aujourd’hui, et j’imagine mal gébé s’opposer à une circulation (évidemment non commerciale) de ce travail – je pèche peut-être par naïveté, mais si c’était le cas, il(s) se serai(en)t tiré une balle dans le pied conceptuel (ils n’auraient pas été les premiers, certes).

    mais on pourrait continuer longtemps, et je propose de toper-là en bouclant cette boucle sur l’idée qu’amazon a fait un pas de côté en commençant son bizness… et que je t’absous urbi et orbi (on peut, le pape est vacant) pour le droit d’utiliser ce monstre pour son côté ‘long tail’, comme disent les marketeux.

    mais si ça me prenait de lire la vie mode d’emploi ou les lettres persannes, je suis certain que mon libraire les a en stock…

  38. By Jean-no on Fév 14, 2013

    @d. : je pense que tu as raison, mais ça n’en était pas moins son gagne-pain, et donc il a perçu des droits d’auteur. Les auteurs de cette génération ont parfois payé cher de ne pas être attentifs à ces questions, comme Cabu et Cavanna qui, arrivés à un âge respectable, se sont aperçus que Hara Kiri/Charlie Hebdo n’avait jamais cotisé à leur retraite, avait fait de fausses fiches de paie, et qu’ils étaient donc loin d’avoir les semestres suffisants pour prétendre en jouir. On ne peut pas reprocher aux auteurs de s’intéresser à leurs revenus de même qu’on ne peut pas reprocher à un employé de s’intéresser à sa paie. Après ça, et notamment depuis Internet, certains auteurs sont dans la paranoïa, et plus vis à vis des éditeurs, etc., mais vis à vis des lecteurs ou des auditeurs. Et comme tous les gens qui stressent, ça les pousse à dire pas mal de grosses bêtises.

    Je pense aussi que ton libraire a les Lettres persanes. Note qu’Amazon les propose au tarif avantageux de 0,00 euros, puisque ça fait partie de leur énorme catalogue de livres gratuits pour lectrice ou logiciel kindle. Enfin sur ce point ils ne sont pas seuls, Wikisource dispose des mêmes textes. La Vie mode d’emploi, que je te recommande chaudement, doit aussi être disponible.

  39. By d. on Fév 14, 2013

    (je m’étais proposé de ne pas réagir à nouveau, mais quand même : sérieusement, tu lirais la vie mode d’emploi sur tablette ? 600 pages ?)

  40. By Jean-no on Fév 14, 2013

    @d. : les tablettes me fatiguent, avec leur éclairage assez puissant. Par contre la liseuse à encre numérique (kobo, cybook, kindle – enfin les noir et blanc), à ma grande surprise c’est pas mal pour la lecture. Néanmoins le progrès qui consiste à remplacer une technologie sans piles par une technologie à piles m’a toujours paru un peu dangereux. Mais bon, sur ma « kobo » j’ai lu un bouquin entier (un recueil de nouvelles de Maurice Leblanc, sans doute ~150 pages) sans souffrir.

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