La Photosculpture

Aujourd’hui, à l’aide d’un scanner 3D pour la captation et d’une imprimante 3D ou d’une fraiseuse à trois axes à commande numérique (cnc) pour la fabrication, on peut reproduire un modèle tridimensionnel à une échelle voulue. Mais ce système a un précédent : la Photosculpture de François Willème (1830-1905).

Au musée du Second Empire, à Compiègne, j’avais été vivement intrigué par ces statuettes en biscuit qui étaient désignées comme « photosculptures ». Je ne connaissais pas le procédé, mais son nom était suffisamment parlant.

Vingt ans après sa naissance, la photographie voyait son développement et ses applications techniques progresser de jour en jour1. De nombreux artistes se sont intéressés à l’aide que pouvait leur apporter la photographie pour travailler plus efficacement2. C’est le cas par exemple de Pierre Louis Pierson et des frères Louis Frédéric et Ernest Léopold Mayer, qui, dès 1857, transposaient des photographies sur toile afin de préparer le travail pour des peintres. Eugène Disdéri les a imité quelques années plus tard.

En 1859, François Willème a eu l’idée d’un procédé assez sophistiqué pour reproduire des modèles en volume, la Photosculpture, brevetée en 1860.
Le modèle se tenait au centre exact d’une rotonde et était photographié simultanément par vingt-quatre appareils photographiques.

À partir des clichés projetés, et à l’aide d’un pantographe, Willème et ses assistants pouvaient tailler les cotes de chaque profil dans un cylindre de terre ou de cire découpé en vingt-quatre sections. Il fallait ensuite l’habileté d’un modeleur pour effectuer les finitions et toutes les opérations habituelles permettant de solidifier le résultat : cuisson ou moulage.

Brevetée en France et aux États-Unis, montrée lors de l’exposition universelle de 1867, la Photosculpture a fait sensation pendant une une dizaine d’années et semble avoir disparu après 1875.
Outre le scan/impression 3D, on rapprochera cette invention de la Chronophotographie de Muybridge mais aussi du Temps mort (aussi appelé Bullet-Time ou effet Matrix) de l’artiste Emmanuel Carlier (1995).

Photostérie

À la fin du XIXe siècle, le photographe Lernac, encouragé par le vétéran Nadar, a présenté une invention permettant d’obtenir des représentations en bosse à l’aide de la photographie, la Photostérie, qui consistait à prendre deux photographies du même sujet à un court intervalle, chacune éclairée à un angle différent. L’addition des deux clichés permettait de faire apparaître les reliefs3, qui étaient transformés en moule à l’aide d’une gélatine gonflante.

  1. Rappelons que 1839 est moins la date de l’invention de la photographie que la date de la « libération » de son brevet. Au nom de la France, le ministre et savant François Arago avait acheté le brevet de la photographie à Jacques Daguerre et aux héritiers de Nicéphore Niepce, afin d’offrir cette invention au monde entier. Ce beau geste a permis à l’invention d’évoluer sans frein tout au long du XIXe siècle. []
  2. Certains artistes s’insurgeaient contre les facilités offertes par la photographie, qu’ils voyaient comme un ennemi mortel de la peinture, tels Jean-Dominique Ingres, Puvis de Chavannes et Engène Isabey, co-auteurs en 1862 d’une pétition contre l’utilisation du procédé comme outil de création artistique. Certains pensent pourtant qu’Ingres a parfois eu recours à la photographie, mais sans le dire. []
  3. On peut rapprocher ce procédé de celui, bien différent, qui est à l’œuvre dans le capteur Kinect, qui utilise la lumière — une constellation de points infra-rouges — pour faire apparaître un semblant de relief tout à fait suffisant pour détacher la silhouette d’une personne. []

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