Dystopies et utopies

L’utopie est un genre assez ancien, que l’on peut faire remonter à Platon et à sa Callipolis, la « belle cité », dans La République.
La description de la société idéale trouve son nom au début du 16e siècle grâce au livre de Thomas More : Utopia (1516). L’étymologie du mot est à double sens car il signifie « le lieu du bonheur » (εὖ-τόπος – avec le εὖ de « euphorie ») en même temps que « le lieu qui n’existe pas » (οὐ-τόπος) — ce qui est le sens le plus communément retenu et qui permet au mot « utopie » d’être employé pour désigner un projet politique irréalisable.
L’ouvrage de Thomas More s’inscrit dans un contexte de grands bouleversements : on redécouvre l’antiquité et sa grandeur passée, tout en rencontrant le nouveau monde, avec ses promesses d’une société rénovée à construire et la rencontre de civilisations autochtones dont le rapport à la propriété, à la vie collective et à la hiérarchie est complètement différente. L’utopie n’est peut-être un « lieu qui n’existe pas », mais elle ne sort pas pour autant de nulle part et s’avérera, au cours des siècles suivants, un puissant outil de réflexion politique et de satyre sociale : parler d’une société qui n’existe pas, c’est aussi une manière de parler, en creux, de la société qui existe. Le mot est francisé par François Rabelais quelques années après la publication de Utopia, et n’a cessé d’être employé depuis.

La dystopie (δυσ-εὖ-τόπος — utopie mauvaise) désigne une utopie négative, une contre-utopie, ou une utopie dévoyée. La plus ancienne mention du mot connue est due au philosophe John Stuart Mill, qui dénonçait la politique du gouvernement britannique dans un discours devant le parlement en 1868.
La dystopie de science-fiction n’est pas toujours bien différente de l’utopie : elle décrit une société « parfaite » (au sens où on ne peut la changer), très structurée, mais où tout le monde n’est pas heureux et même, où la liberté et l’individualité sont des notions impossibles. Très souvent dans les dystopies, la plupart des individus vivent dans la peur et refusent de constater que leur mode de vie ne leur plait pas. Ceux qui passent outre sont condamnés à l’exil, à la mort, à l’ostracisme, et en tout cas à une lutte solitaire et risquée.
La dystopie a été beaucoup utilisée pour dénoncer les dérives du XXe siècle : communisme et nazisme en tête, mais aussi société de consommation, capitalisme, eugénisme, appauvrissement culturel ou encore généralisation de la surveillance.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *